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Full text of "Histoire des relations de la Chine avec les puissances occidentales .."

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qI^tW.  RCVOLI'TION.  AND  PEACE 


s 


HISTOIRE 


DES 


RELATIONS  DE  LA  CHINE 


AVK<: 


LES  PUISSANCES  OCCIDENTALES 

1860-1 900 


AUTRES  OUVRAGES  DU  MEME  AUTEUR 

Catalogue   of  the  Library  of  the  North-Ghina  Branch  of  the 

Royal  Asiatic  Society,  Shanghai,  1873,  gr.  in  8. 
A  Narrative  of  the  Récent  Events  in  Tong-King-Shanghaï,  1875, 

gr.  in -8. 
Bibliotheca   Sinica.    Dictionnaire    bibliographique   des    ouvrages 
relatifs  à  l'Empire    Chinois.   Paris,    1881-1895,   3  vol.  gr.  in-8. 
(^Prix  Stanislas  Julien  à  l'Académie  des  Inscriptions  et  Belles- 
Lettres,  1880). 

Le  Conflit  entre  la  France  et  la  Chine.  Étude  d  histoire  colo- 
niale et  de  droit  international.  Paris,  i883,  br.  in-8. 
La  France  en  Chine  au  XVIII«  siècle.  Paris,  i883,  in-8. 
Le  Consulat  de  France  à  Hué  sous  la  Restauration.  Paris,  i883, 

in-8. 

Historique  abrégé  des  relations  de  la  Grande-Bretagne  avec  la 
Birmanie.  Paris,  i8g4,  br.  in-8. 

Les  origines  de  deux  établissements  français  dans  l'Extrême- 
Orient.  Chang-Haï-Ning-Po.  Paris,  1896,  iii-8. 

Les  Voyages  en  Asie  au  XI V«  siècle  d'Odoric  de  Pordenone. 

Paris,  1891,  gr.  in-8. 

Jean  de  Mandeville.  Lcidc,  1891,  in-8. 

Situation  de  Ho-Lin  en  Tartarie.  Lcidc,  1891,  in-8. 

L'Extrême-Orient  dans  l'Atlas  catalan  de  Charles  V,  roi  de  France. 

Paris,  1891,  in-8. 

Le  Centenaire  de  Marco  Polo.  Paris,  1896,  pet.  in-8. 

Description  d'un  atlas  sino-coréen.  Manuscrit  du  British  Muséum. 

Paris,  189O,  in-fol. 
La  Révolution  en  Chine.  Les  origines.  Lcidc,  1900,  in-8. 

Bibliographie  des  Œuvres  de  Beaumarchais.  Paris,  i883,  in-8. 

Stendhal  et  ses  amis,  yotes  d'un  Curieux.  1890,  in-4. 
Molière  jugé  par  Stendhal.  Paris,  1898,  in-8. 

EN    l>RKPA.HATIO:«  : 

Histoire  générale  des  relations  de  l'Empire  Chinois  avec  les 

Pays  d'Occident  depuis  les  temps  anciens  jusqu'à  nos  jours. 


CHARTRES.    —   IMPRIMERIE  DURA.Nb,  H1;E    FULBERT. 


HISTOIRE 

DES 


RELATIONS  DE  LA  CHINE 


VVKC 


LES  PUISSANCES  OCCIDEJNTALES 

1860-1900 
• 

L'EMPEREUR  T OUNG  TCHÉ 

(1801-1875) 


PAB 


Henri  CORDIER 

Professeur  à  TËcole  des  lanju'uen  orientales  vivante», 
Vice- Président  de  la  Société  de  Géographie 


PARIS 

FÉLIX  ALCAN,  ÉDITELU 

ANCIKN.NK  LIBKAIRlt:  (iKH.MKU   HAILMKHK    KT  (:'• 

108,      bOlU.EVAKD      SAINT- G  KKM  AIN,      I08 

1901 

Tous  droits  réservés. 


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LES  RELATIONS  DE  LA  CHINE 

AVEC  LES  PUISSANCES  OCCIDENTALES 

1860- 1900 


CHAPITRE  PREMIER 
LES  CONVENTIONS  DE  PÉKIN6 

SIGNATURE    DE    L.\   CONVENTIOX    FRANC  VISE   DE    PÉklNG 

Le  jeudi  20  octobre  1860,  noire  ambassadeur  en  Chine, 
le  baron  Gros*,  se  rendait  du  quartier  général  français, 
situe  hors  de  Péking,  au  ministère  des  Rites  (^Li  Poii)  pour 
signer  avec  le  prince  Koung  la  convention  qui  rélabhssait  la 
paix  avec  la  Chine,  et  procéder  ensuite  à  rechange  des  ra- 
tifications du  traité  de  Tien-Tsin. 

a  Je  suis  sorti  de  la  ville,  h  huit  heures  du  malin,  dit 
notre  ambassadeur,  pour  me  rendre  au  quartier  général  de 
Tarniée  françiiise,  et  rentrer  à  onze  heures  ollicicUement  dans 
Pé  King  avec  le  cortège  qui  devait  donner  à  Pacte  qui  allait 

1.  Gros,  Baron  Jeattliaplisle- Louis  j  né  le  8  fc^vrior  1793  a  Ivr>-sur- 
Scinc  ;  attaché  au  d<^partomciit  on  i8a3  ;  accompagna,  on  juin  i8:i3, 
Hvie  «le  Neuville  h  Lisbonne  :  est  envoyé  en  mission  en  Espagne  en  août 
de  la  mùme  année,  au  quartier-général  du  Daupliin  ;  y  retourne  deux 
mois  apreH  pour  une  nouvelle  mission  ;  accom|)agne  en  France  Tinfant 
Dom  Miguel,  mai  i8j4  ;  chevalier  de  la  Légion  d'honneur,  8  juin  i8'i4; 
envoyé  en  Egypte,  au  Caire  et  à  .Vhîxaiidrie.  pour  hî  rachat  des  esclaves 
grecs  qu'il  rapatrie  à  Égine  et  h  Paros.  juin  i8'j/i;  rentre  en  France  en 
juillet  1828;  créé  baron  jwr  onionnance  du  i5  février  18^9  ;  secrétaire 
surnuméraire  à  Lisboimc,  36  avril  i83o  ;  premier  secrétaire  de  légation 
au  Mexique,  i3  mai  i83i  ;  chargé  d'alTaires  à  la  Nouvelle-Cirenade, 
16  février  i838;  mis  en  disponibilité,  la  février  18G0;  ministre  pléni- 
potentiaire, 13  février  i85o;  commissaire  médiateur  d<;  la  Uépublitpie 
française  entre  la  Grande-Bretagne  et  la  (Jîrèce,  lu  lévrier  i85o:  ministre 

CORDIER.  L    I 


!.KS    CONVENTIONS    DE    PFKIXG 


S'accomplir  toute  la  solennité  possible.  Le  général  en  chef, 
les  denx  généraux  de  brigade,  Janiin  el  Collineau,  et  deux 
mille  hommes  h  peu  près  escortaient  TAmbassadeur  de  TKm- 
pereur.  Le  drapeau  du  loi*',  celui  du  102*^  el  celui  du  régi- 
ment d'infanterie  de  marine,  placés  Tun  auprès  de  Tautre, 
précédaient  le  palanquin  de  rambassfideur  porté  par  huit 
coolies  en  livrées  de  soie  grise  el  écarlate,  coilTés  de  bonnets 
chinois  recouverts  de  franges  tricolores. 

«  Le  traité  de  Tien-Tsin,  relié  en  velours  de  soie  bleue, 
auquel  le  sceau  impérial,  renfermé  dans  une  boîle  de  ver- 
meil, était  (Ixé  par  des  cordons  d'or  à  glands  de  même  métal, 
était  porté,  avec  le  sceau  de  Tambassadc,  par  quatre  sous 
ofliciers  de  Tarmée,  appartenant  à  diflerents  corps.  Un  esca- 
dron d'artillerie  à  cheval,  mais  sans  pièces,  venait  après  le 
palanquin,  et  plusieurs  bataillons  composaient  le  cortège. 
Dans  rintérieur  de  la  ville,  la  haie  était  formée  par  Tinfan- 
terie  sur  la  ])lus  grande  partie  du  parcours.  Les  spahis  en 
burnous  écailate,  et  les  chasseurs  d'Afrique  ouvraient  la 
marche  ;  un  bataillon,  musi(pie  en  tète,  les  suivait,  et  les 
trois  généraux  s'étaient  placés,  devant  Tambassadeur,  entre 
les  drapeaux,  et  le  traité  porté  à  découvert  sur  un  coussin 
de  velours  pour  qu'il  fut  remarqué  par  tout  le  monde.  Sans 
uniforme,  puisque  tous  les  micn^  a> aient  été  perdus  dans  le 
naufrage  du  Malabar  y  à  Ceyian,  je  n'ai  pu  m'habiller  que 
de  noir,  mais  avec  plaques  et  cordon*.  » 


plriiipolonliairc  pour  la  démarcation  de  la  fronlièro  ciilro  la  France  el 
rKspaf^Mie,  \f\  juillet  i853  ;  ambassadeur  extraordinaire  eu  Chine.  38 
avril  1807  ;  grand  officier  de  la  Légion  d'honneur.  9  mai  1867  ;  commis- 
saire exlraordinairc  en  Cliine,  i/|  mai  1857;  sénateur,  ao  seplembre 
i858;  ambassadeur  extraordinaire  et  haut  commissaire  en  Chine.  7  mars 
1860:  grand  croix  delà  Légion  d'honneur,  7  mars  i8(ii  ;  ambassadeur 
à  Londres.  i4  novembre  1862  ;  relevé  de  ses  fonctions,  3o  octobre  i863  ; 
mort  h  Paris,  en  aoùl  1870. 

1.  (iénéral  Cousin -Montauban. 

2.  JJ\'re  jaune  du  Baron  Gros.  p.  i(35-G. 


CONVENTION    FRANÇAISK    DE    PKRINO,     20    OCTOBRE     18G0  3 

Le  baron  Gros  chercha  «  à  èlre  aussi  convenable  et  aussi 
respectueux  |K)ur  son  Altesse  Ini[)ériale  que  Ton  avait  été, 
dit-on,  froid  et  sévère  pour  elle,  la  veille,  dans  le  même  lieu 
et  dans  des  circonstances  identiques  !  '  »  11  ajoute  :  «  Pendant 
la  cénunonie  et  alors  que  le  i>rince  examinait  mon  costume, 
j'ai  (l\i  lui  dire  qu'à  mon  grand  regret,  je  n'avais  pu  me 
présenter  devant  lui  en  uniforme,  attendu  que  j'avais  perdu 
tous  mes  eflels  dans  mon  naufrage,  h  Ceylan!...  Une  légère 
rougeur  a  coloré  son  visage  ;  et  me  montrant  sa  robe  :  eh  ! 
moi  aussi,  m'a-l-il  dit,  je  n'ai  pas  mis  le  plus  beau  de  mes 
costumes,  car  si  les  vôtres  ont  péri  dans  Teau  ,  c'est  le  feu  qui 
a  détruit  les  miens"! 

CONVENTION    FRANÇAISE    DE    PÉklNG,     25    OCTOBKE     iSGo 

Convention  de  jtair  additionneUe  au  traité  de  Tien-Tsin  concilie 

h  Pékiny,   le  ub  octobre  18G0. 

Sa  Majesté  TEmpereur  des  Français  cl  Sa  Majesté  T Empereur 
de  la  Chine,  voulant  mettre  un  terme  au  diiïércnd  qui  s'est 
élevé  entre  les  deux  Empires  ot  rélablir  el  assurer  à  jamais  les 
relations  de  paix  cl  d'amilié  qui  exislaienl  enlre  eux  et  (pie  de 
regrettables  événements  ont  inlcrrompuos,  oui  nommé  \iQur 
leurs  PlénijK)tentiaires  respectifs,  savoir  : 

S.  M.  l'Empereur  des  Français,  le  sieur  Jean-Ba))lisle  Louis, 
baron  Gros,  Sénateur  de  l'Empire.  Ambassadeur  et  Haut  Com- 
missaire de  France  en  Chine,  Grand-OHicier  de  l'Ordre  Impérial 
de  la  Légion  d'Honneur,  Chevalier  Grand-Croix  de  plusieurs 
ordres,  etc.,  etc.,  elc.  ; 

Et  S.  M.  rEm|)crcur  de  la  Chine,  le  prince  de  Kowuj^  mend)re 
de  la  Famille  Impériale  el  Haut  Commissaire  ; 

Les(piels,  après  avoir  échangé  leurs  pleins  jmuvoirs,  Irouvéscn 
bonne  et  due  forme,  sont  con\enus  des  arlicles  siii>anls  : 

Art.  I''''.  —  S.  M.  rEnqKTeur  de  la  Chine  a  vu  avec  peine  la 

1.  1.0C.  cit.t  p.  lOS.  .Vlhision  h  Lord  Elgiii. 

2.  Lot\  cit..  p.  168-9.  ^^Ihision  h.  1  inciMulic  ihi  Palais  d'Klc. 


l\  LES    CONVENTIONS    DE    PltKING 

conduilc  que  les  aulorili's  militaires  chinoises  ont  tenue  à  Tein- 
boucliure  de  la  rivière  de  Tien-Tsin,  dans  le  mois  de  juin  de 
Tannée  dernière,  au  moment  où  les  Ministres  Plénipotentiaires 
de  France  et  d'Angleterre  s'y  présentaient  pour  se  rendre  à 
Péking,  afin  d'y  procéder  à  l'échange  des  ratifications  des  Traités 
de  Tien-Tsin. 

Art.  3.  — Lorsque  l'Ambassadeur,  Haut  Commissaire  de  Sa 
Majesté  l'Empereur  des  Français,  se  trouvera  dans  Péking  pour 
V  procéder  à  l'échange  des  ratifications  du  Traité  de  Tien-Tsin, 
il  sera  traité  pendant  son  séjour  dans  la  capitale  avec  les  hon- 
neurs dus  à  son  rang,  et  toutes  les  facilités  possibles  lui  seront 
données  par  les  autorités  chinoises  pour  qu'il  puisse  remplir 
sans  obstacle  la  haute  mission  qui  lui  est  confiée. 

Art.  3.  —  Le  Traité  signé  à  Tien-Tsin,  le  37  juin  i858, 
sera  fidèlement  mis  à  exécution  dans  toutes  ses  clauses,  innné- 
diatement  après  rechange  des  ratifications  dont  il  est  parlé  dans 
l'article  précédent,  sauf,  bien  entendu,  les  modifications  que 
peut  y  ap{X)rter  la  présente  Convention. 

Art.  [\,  —  L'article  4  du  Traité  de  Tien-Tsin,  par  kxpiel 
S.  M.  l'Empereur  de  la  Chine  s'engage  à  faire  payer  au  Gouver- 
nement français  une  indemnité  de  deux  millions  de  laëls  est 
annulé  et  remplacé  par  le  |)résent  article,  qui  élève  à  la  somme 
de  huit  millions  de  taëls  le  montant  de  cette  indemnité. 

11  (îst  convenu  que  les  sonunes  déjà  pavées  par  la  douane  de 
(Canton  à  conq^te  sur  la  somme  de  deux  millions  de  taëls  sti- 
pulée par  le  Traité  de  Tien-Tsin  seront  considérées  comme  ayant 
été  payées  d'a\ance  et  à  com|)te  sur  les  huit  millions  de  taëls 
dont  il  est  (|uestion  dans  cet  article. 

Les  dispositions  prises  dans  l'article  [\  du  Traité  de  Tien-Tsin 
sur  le  mode  de  payement  établi  au  sujet  des  deux  millions  de 
taëls  sont  annulées.  Le  montant  de  la  somme  qui  reste  à  pa>er 
par  le  Gouvernement  chinois  sur  les  huit  millions  de  taëls  sti- 
pulés par  la  présente  Convention,  le  sera  en  y  affectant  le  cin- 
(pnème  des  revenus  bruts  des  douanes  des  ports  ouverts  au  com- 
merce étranger,  et  de  trois  en  trois  mois  ;  le  premier  terme 
conuuençant  au  i**"  octobre  de  cette  année  et  finissant  au  3i  dé- 
cembre suivant.  Cette  somme,  spécialement  réservée  pour  le 
payement  de  l'indemnité  due  à  la  France,  sera  comptée  en 
piastres   mexicaines  ou  en  argent  cissé'  au  cours    du  jour  du 

1.   Syceo  (soie  fuie),  argr^nl  en  lingol,  ressemblant  à  un  soulier. 


CONVENTION    KR\NÇVISK    DK    PKRINn,     'jT)    OCTOHUK     1  (S()0  5 

payement,  entre  les  mains  du  Ministre  de  France  ou  de  ses 
délégués. 

Une  somme  de  cinq  cent  mille  taêls  sera  payée  cependant 
à-compte  d'avance,  en  une  seule  fois,  et  à  Tien-Tsin,  le  ao  no- 
vembre prochain,  ou  plus  tôt  si  le  Gouvernement  chinois  lejugc 
convenable. 

Une  commission  mixte,  nommée  par  le  Ministre  de  France  et 
par  les  autorités  chinoises,  déterminera  les  règles  à  suivre  pour 
effectuer  les  payements  de  toute  rindenmité,  en  vérifier  le  mon- 
tant, en  donner  quittance  et  remplir  enfin  toutes  les  formalités 
que  la  comptabilité  exige  en  pareil  cas. 

Anr.  5.  —  La  somme  de  huit  millions  de  taëls  est  allouée  au 
Gouvernement  français  pour  l'indemniser  des  dépenses  que  ses 
armements  contre  la  Chine  Font  obligé  de  faire,  comme  aussi 
pour  dédommager  les  Français  et  les  protégés  de  la  France  qui 
ont  été  spoliés,  lors  de  l'incendie  des  factoreries  de  (lanton,  et 
indemniser  aussi  les  missionnaires  catholiques  qui  ont  souffert 
dans  leurs  personnes  ou  leurs  propriétés.  Le  Gouvernement 
français  répartira  cette  somme  entre  les  parties  intéressées  dont 
les  droits  ont  été  légalement  établis  devant  Lui  et  en  raison  de 
ces  mêmes  droits,  et  il  est  convenu,  entre  les  Parties  contrac- 
tantes, qu'un  million  de  taëls  sera  destiné  à  indemniser  les  sujets 
français  ou  protégés  par  la  Francedes  pertes  qu'ils  ont  éprouvées 
ou  des  traitements  qu'ils  ont  subis,  et  que  les  sept  millions  de 
taels  restant  seront  affectés  aux  dépenses  occasionnées  par  la 
guerre. 

Art.  6.  —  Conformément  à  l'édit  impérial  rendu  le  'io  mars 
iS\i\,  par  l'Auguste  Empereur  Tao  Kouang.  les  établissements 
religieux  et  de  bienfaisance  qui  ont  été  con(is(piés  aux  chrétiens, 
pendant  les  persécutions  dont  ils  ont  été  les  victimes,  seront 
rendus  à  leurs  propriétaires  par  l'entremise  de  Son  Excellence  le 
Ministre  de  France  en  Chine,  aucpiel  le  Gou\ernement  impérial 
les  fera  délivrer  avec  les  cimetières  et  les  autres  édilices  qui  en 
dépendaient. 

Art.  7.  —  La  ville  et  le  port  de  Tien-ïsin,  dans  la  province 
de  Pe  Tché-li,  seront  ouverts  au  commerce  étranger,  aux  mêmes 
conditions  que  le  sont  les  autres  villes  et  ports  de  l'Empire  où  ce 
conmierce  est  déjà  permis,  et  cela  à  dater  du  jour  de  la  signa- 
ture de  la  présente  Convention,  qui  sera  obligatoire  pour  les 
deux  nations,  sans  qu'il  soit  nécessaire  d'en  échanger  les  ratifica- 


6  LES    CONVENTIONS    l)K    PKRING 

lions,  cl  qui  aura  la  même  force  et  valeur  que  si  clic  était  insérée 
mol  h  mot  dans  le  Traité  de  Ticn-Tsin. 

Les  troupes  françaises  qui  occupent  cette  ville  pourront,  après 
le  payement  des  cinq  cent  mille  laëls  dont  il  est  question  dans 
Tarlicle  4  de  la  présente  Convention,  Tévacuer  pour  aller  s'éta- 
blir à  Ta-Kou  et  sur  la  côte  nord  du  Chan-toung,  d*oii  elles  se 
retireront  ensuite  dans  les  mêmes  conditions  qui  présideront  à 
l'évacuation  des  autres  points  qu'elles  occupent  sur  le  littoral  de 
l'Kmpire.  Les  commandants  en  chef  des  forces  françaises  auront 
cependant  le  droit  de  faire  hiverner  leurs  troupes  de  toutes  armes 
à  Tien-Tsin,  s'ils  le  jugent  convenable,  et  de  ne  les  en  retirer 
qu'au  moment  où  les  indemnités  dues  j>ar  le  Gouvernement 
chinois  auraient  été  entièrement  pavées,  à  moins  cependant  qu'il 
ne  convienne  aux  commandants  en  chef  de  les  en  faire  partir 
avant  cette  époque. 

Ai\T.  8.  —  11  est  également  convenu  que,  dès  que  la  présente 
Convention  aura  été  signée,  et  que  les  ratifications  du  Traité  de 
Tien-Tsin  auront  été  échangées,  les  forces  françaises  qui  occu- 
pent Chousan  évacueront  cette  île,  et  que  celles  qui  se  trouvent 
devant  Péking  se  retireront  à  Tien-Tsin,  à  Ta-Kou,  sur  la  côte 
nord  du  Chan-toung,  ou  dans  la  ville  de  Canton,  et  que,  dans 
tous  ces  lieux,  ou  dans  chacun  d'eux,  le  Gouvernement  français 
pourra,  s'il  le  juge  convenable,  y  laisser  des  troupes  juscju'au 
moment  où  la  somme  totale  de  huit  millions  de  taëls  sera  payée 
en  entier. 

Art.  q.  —  11  est  convenu  entre  les  Hautes  Parties  Contrac- 
tantes que,  dès  que  les  ratifications  du  Traité  de  Tien-Tsin 
auront  été  échangées,  un  édit  impérial  ordonnera  aux  autorités 
supérieures  de  toutes  les  provinces  de  l'Empire  de  permettre  à 
tout  Chinois  qui  voudrait  aller  dans  les  pays  situés  au  delà  des 
mers  pour  s'y  établir  ou  y  chercher  fortune,  de  s'embarquer,  lui 
et  sa  famille,  s'il  le  veut,  sur  les  bâtiments  français  qui  se  trou- 
veront dans  les  ports  de  l'Empire  ouverts  au  commerce  étranger. 

Il  est  convenu  aussi  que,  dans  rintérét  de  ces  émigrés,  pour 
assurer  leur  entière  liberté  d'action  et  sauvegarder  leurs  intérêts, 
les  autorités  chinoises  compétentes  s'entendront  avec  le  Ministre 
de  France  en  Chine  ]30ur  faire  les  règlements  qui  devront  assu- 
rer à  ces  engagements,  toujours  volontaires,  les  garanties  de 
moralité  et  de  sûreté  qui  doivent  y  présider. 

AiiT.  lo  ET  DEKNiER.  —  Il  cst  bien  entendu,  entre  les  Parties 


r,oNVK.\Tio>   KHVN(.;\isK   di:   iM:M\r;,    'i'}  (x/roiiiu:    icSOo  7 

Contradarilcs,  que  h;  ilroit  de  tonnage  qui,  par  erreur,  a  été 
fixé  dans  le  Traité  français  de  Tien-Tsin,  à  cincj  niaccs'  par 
tonneau  sur  les  bâtiments  qui  jaugent  cent  cinquante  tonneaux 
et  au-dessus,  et  qui,  dans  les  Traités  signés  avec  l'Angleterre  et 
les  Ktals-Lnis.  en  i858,  n'est  porté  qu'à  la  sonune  de 
quatre  niaces,  ne  s'élc'vera  qu'à  cette  même  souniie  de  rpiatre 
niaces,  sans  avoir  à  invoquer  le  dernier  paragraphe  de  l'article  27 
du  Traité  de  Tien-Tsin,  qui  donne  à  la  France  le  droit  formel 
de  réclamer  le  (raitement  de  la  nation  la  plus  favorisée. 

La  présente  Convention  de  paix  a  été  faite  à  Péking,  en  quatre 
expéditions,  le  m5  octobre  i8()0,  et  y  a  été  signée  par  les  Plé- 
nipotentiaires resj>ectifs,  qui  y  ont  apposé  le  sceau  de  leurs 
armes. 

Bahon  (îiios.  Prince  dk  Koung. 


La  convention  de  Péking  est  muette  au  sujet  des  200000 
Uivh  réclamés  dans  Tultimatum  du  i3  octobre*  pour  être 
répartis  aux  victimes  du  guel-a[)ens  de  Toung-tcbcou  ;  «  par 
condescendance  pour  le  prince  Koung,  il  a  été  convenu, 
entre  Lord  Elgin  et  moi,  dit  le  baron  (iros,  que  cette 
indemnité  imposée  comme  punition  au  gouvernement  chi- 
nois, et  qui  axait  déjà  été  i>aYce  avec  exactitude,  ne  serait 
pas  mentionnée  dans  un  acte  officiel  qui  rétablissait  la  paix 
entre  la  Chine  et  les  puissances  alliées  *  ». 


I.  La  fliiièmc  partie  <lii  lacl.  marc  vient  du  malais  mi/.s,  saiihkril 
mnsha,  une  fcvc. 

3  Le  i3  octobre  1860.  li.»  baron  (jros,  dans  une  dépùche  au  Prince 
(le  Koung.  avait  stipulé  deux  clauses  : 

«  Par  la  première,  le  gouvernement  chinois  promellra  rie  pa>er  une 
indemnité  de  'j 00  000  laëls  aux  victimes  françaises  de  1  attentat  du  18  sep- 
tembre dernier,  et  à  verser  <le  suite  celte  somme  entre  les  mains  du  tré- 
sorier de  l'armée  française  en  (]hine. 

«  Par  la  seconde,  le  gouvernement  chinois  s'engagera  à  faire  rendre 
au  ministre  do  France  en  (jhine  les  églises,  cimetières,  maisons,  l(Trains 
et  autres  propriétés  <pji  en  dépendai(>nt  et  dont  parle  le  décret  impérial 
de  Tao-Kouang.  »  (LtK're  jaune  du  Baron  (iros,  p.  i38-i3f).) 

3.   Livre  jaune  du  Baron  Gros,  p.  17/1-5. 


8  LES    CONVKNTIONS    DE    PÉKIING 

RATIFICATIONS    DU    TRAITÉ    DE    TlE^ï-TSIN,    25    OCTOBRE    1860 

Le  jour  même  (25  octobre  1860)  de  la  signature  de  la 
convention,  les  ratifications  du  traité  de  Tien-Tsin  étaient 
échangées  : 

Le  a 5  octobre  1860,  les  Hauts  Commissaires  des  Empires  de 
France  et  de  Chine,  munis  de  pleins-pouvoirs  trouvés  récipro- 
quement en  bonne  et  due  forme,  savoir  : 

Pour  TEmpire  de  France,  S.  Exe.  le  Baron  Gros,  sénateur  de 
TEmpire  et  Ambassadeur  Extraordinaire  de  S.  M.  l'Empereur 
des  Français  en  Chine,  Grand-OfTîcier  de  la  Légion  d'Honneur, 
Chevalier  Grand-Croix  de  plusieurs  ordres,  etc.,  etc.  ; 

Et  pour  l'Empire  de  la  Chine,  le  Prince  de  Koung,  membre  de 
la  Camille  Impériale  et  Haut  Commissaire; 

Se  sont  réunis  au  palais  de  Li-Pou,  dans  Péking,  à  l'cfTet  de 
procéder  à  l'échange  des  ratifications  du  Traité  de  paix,  d'amitié 
et  de  commerce  signé  à  Tien-Tsin  le  37  juin  i858,  ayant  avec 
eux  les  secrétaires  et  les  interprètes  des  deux  nations  ;  et  S.  Eve. 
le  Haut  Commissaire  de  France  a  remis  entre  les  mains  de  S.  A. 
Impériale  le  Prince  de  Koung  l'instrument  original  du  Traité  de 
Tien-Tsin,  transcrit  dans  les  deux  langues  et  revêtu  du  grand 
sceau  de  TËtat  de  l'Empire  de  France,  et  delà  signaturede  S.  M. 
l'Empereur  des  Français,  qui  déclare  dans  cet  acte  que  toutes 
les  clauses  dudit  traité  sont  ratifiées  et  seront  fidèlement  exécutées. 

S.  A.  I.  ayant  reçu  le  traité  ainsi  ratifié,  a  remis  à  son  tour  a 
S.  Exe.  le  Haut-Commissaire  fiançais  l'im  des  exemplaires  du 
môme  traité  approuvé  et  ratifié  au  pinceau  vermillon  par  S.  M. 
l'Empereur  de  la  Chine,  et  rechange  des  ratifications  du  traito 
signé  à  Tien-Tsin  en  i858  ayant  eu  lieu,  les  Hauts-Commis- 
saires Impériaux  ont  signé  le  présent  procès-verbal,  rédigé  par 
leurs  secrétaires  respectifs,  et  y  ont  apposé  le  cachet  de  leurs 
armes. 

Fait  en  double  expédition,  dans  le  palais  de  Li-Pou,  à  Péking, 
le  26  octobre  1860. 

Baron  Gros.  Roung. 

La  déclaration  suivante  a  été  apposée  sur  le  texte  original  du 
traité   de  Tien-Tsin,  que  le   Prince  Koung  a  remise  à  l'Am- 


ÉDIT    IMPKUIAL  Q 

bas5€ideiir  de  France  en  écliange  du  texte  ratifié  par  S.  M.  l'Em- 
pereur des  Français  : 

Ratification  da  traité  signé  à  Tien-Tsin  le  n"]  juin  i858. 

Moi.  Prince  de  Roung,  membre  de  la  Famille  Impériale  et 
Haut-Commissaire,  muni  de  pleins-pouvoirs,  je  déclare  et  certifie 
que  le  sceau  de  TEmpereur  a  été  apposé  sur  l'ensemble  des  ar- 
ticles qui  précèdent,  et  qui  (ormentle  Irailé  original  signé  à  Tien- 
Tsin,  il  y  a  deux  ans,  afin  de  prouver  clairement  que  rEnq)ereur 
de  la  Cliine  ralifie  et  confirme  ce  traité,  et  donner  une  garantie 
qu'il  sera  mis  à  exécution  dans  toutes  ses  clauses,  sans  qu'il  soit 
nécessaire  de  le  revêtir  d'une  autre  ratification  Impt'riale. 

En  foi  de  quoi,  j'ai  écrit  la  présente  déclaration  sur  le  traité 
lui-même,  pour  qu'elle  lui  serve  de  garantie  à  |)erpétuité. 

Fait  à  Pé-Ring,  le  a 5  octobre  18G0. 

(Suit  la  signature  du  Prince  et  son  sceau  de  Commissaire  Im- 
périal). 

IjC  ministre  Won  Siang  avoua  depuis  h  M.  Wadc  que  les 
trois  points  sur  les(|uels  rEnq)ereur  était  décidé  à  résister 
étaient  :  la  résidence  à  Péking,  le  système  de  passeports  et 
rouvcrture  du  Yang-tseu  au  commerce  étranger'. 

KDIT    IMPÉRI  \L 

Le  Conseil  intime  a  reçu  le  38  octobre  dernier  un  décret 
impérial  ainsi  conçu  : 

Le  Prince  Koung,  Yi-Sin,  nous  ayant  adressé  un  rap|)ort  sur 
l'échange  des  ratifications  des  traités  (pii  a  eu  lieu  le  :i4  et  le 
20  octobre  dernier,  nous  avons  décrété  (pie  les  traités  échangés 
par  le  Prince  Roung,  Yi-Sin,  ainsi  que  les  conventions  nou\ elles 
signées  avec  la  France  et  l'Angleterre  sont  confirmés  et  ratifiés 
dans  tous  leurs  articles  et  seront  toujours  exécutés. 

A  partir  d'aujourd'hui  les  hostilités  cesseront  |)our  toujours, 
la  paix  est  rétablie  et  |)0ur  (pie  les  uns  et  hîs  autres  aient  une 
entière  confiance  dans  cette  paix,  et  ne  se  laissent  |x»s  «égarer  par 
des  sentiments  de  défiance,  nous  ordonnons  (jue  ces  traités  soient 

I.  Rcnnic,  Peking  and  the  Pekingcse,  II,  p.  67-8. 


lO  LKS    COWKNTIONS    l)K    PKKING 

publics  en  ciilierdans  toutes  les  provinces,  afin  que  les  \ice-rois, 
les  gouverneurs  et  les  grands  mandarins  agissent  en  conséquence. 
Que  ceci  soit  respecté. 


CmCLLAIHE    Dt    PIlINCK    KOUN'G  * 

Moi,  Prince  de  Koung,  membre  de  la  famille  impériale, 
assisté  du  premier  ministre  Roucï-Liang,  et  du  Ministre  des 
Finances  Wen.  je  porte  à  votre  connaissance  que  dans  le  mois 
d'octobre  de  cotlt*  année,  j'ai  arrêté,  signé  et  scellé  avec  le  repré- 
sent^int  de  la  France,  une  convention  de  l\ii\,  et  échangé  aussi 
les  ratifications  du  traité  conclu  il  y  a  deux  ans,  et  que  je  viens 
de  recevoir,  en  outre,  un  décret  imp<'rial  qui  ordonne  de  publier 
le  traité  en  entier  dans  la  Gazette  de  Péking^  et  de  l'envoyer  dans 
toutes  les  Provinces  pour  qu'il  soit  rendu  public  dans  charpie 
déparlement,  dans  chaque  arrondissement  et  dans  chaque  district, 
alin  que  partout  on  s'y  conforme. 

Il  est  donc  de  mon  devoir  de  vous  adresser,  avec  C(?lte  dépêche, 
5o  exemplaires  du  Traité,  300  de  la  (lazelte,  et  aoo  de  la  Pro- 
clamation, et  j'espère  que  le  noble  gouverneur  agira  en  consé- 
quence. 

C'est  à  cet  effet  que  j'écris  cette  dépêche  au  noble  gouverneur 
de  la  Province  des  deux  Rouang,  etc..  mois  de  novembre  i85o. 

CONVE>TIO>  ANGLAISE  DE  PÉRIN'G,  l!\   OCTOBRE  1860 

La  veille  (2/1  octobre)  le  plénipotentiaire  anglais,  Lord 
Elgin -,  avait  également  signé  à  quatre  heures  au  Li  Pon, 
la  convention  de  paix  et  était  ensuite  retourné  au  quartier 
général  anglais;  deux  niille  hommes  rescortaicnt.  Son  col- 
lègue, le  baron  Gros,  écrivait  le  même  jour:  «  J'ai  su  dans 

I.  Adressée  aux  gouverneurs-généraux  des  provinces  du  Kouang- 
Toung,  du  Kiang-Sou.  du  Fou-Kicn,  du  Ghan-Toung  et  du  Tché-Kiang. 

a.  James,  huitième  comte  d'Elgin  et  douzième  comte  de  Kincardinc, 
nis  de  l'ambassadeur  à  Constantinoplc,  dont  la  collection  de  marbres  est 
aujourd'hui  conservée  au  British  Muséum,  né  à  Londres,  ao  juillet  181 1 . 
Avant  ses  missions  en  Chine,  il  avait  été  gouverneur  de  la  Jamaïque  et 
gouverneur  général  du  Canada  ;  depuis  il  a  été  vice -roi  do  Tlnde  où  il 
mourut  le  ao  novembre  i8G3. 


COWKNTION    ANGLAISE    l)i:    l»KKI.\(;.     '4/|    fX.nUillK     1800  II 

la  journée  que  le  prince  Koiing,  exact  au  rendez-vous  donné, 
avait  attendu  |)endant  deux  heures  trois  quarts  l'arrivée  do 
Tambassadeur  d'Angleterre.  Que  celui-ci  avait  montré  une 
roideur  qui  avait  elFravc  le  jeune  prince,  et  que  Tentrevue 
avait  été  plus  que  pénible  pour  lui  S). 

Par  cette  convention,   lord  lilgin  obtenait  :   des  excuses 
pour  l'attaque  de  Ta-Kou  de  juin  1859,  le  droit  de  résiderKc 
]K»ur  un  ministre  anglais  h  Péking,  une  indemnité  de  huit 
millions  de  taëls  pour  frais  de  guerre  (six  millions)  et  dom 
mages  aux  résidents  anglais  (d<Mix  millions)  au  lieu  de  Tin 
demnité    de    l'article  séparé   du  traité  tie  Tien  Tsin;  Ticm 
Tsin  ouvert  au  commerce,  règlement  de  l'émigration,  cession 
à  TAngleteri-e  de  Kao-loung  (Kieou-loung)  en  face  de  Hong- 
kong;  exécution   immédiate  du   traité    de  Tien-Tsin;    é\a- 
cuation  des  Chou-san,  après  la  signature  des  conventions; 
(tccupation  de  Tien-Tsin,  des  forts  de  Ta-kou,  de  la  cote 
nord-est  du  Clian-toung  et  de  (Canton  jusqu'au  paiement  de 
rindemnité.  Les  ratifications  du  traité  de  Tien-Tsin  étaient 
échangées  le  même  jour. 

I,   Livre  jauin'  du  Baron  Gros,  j».  105. 


CHAPITRE  II 

ANCIENNES  RELATIONS  DE  L'ANGLETERRE  ET  DE  LA  FRANCE 

AVEC  LA  CHINE 

ANCIE^JNES    RELXTIONS    DE    1/ ANGLETERRE 

Le  conmicrce  anglais  avec  la  Chine  commence  en  réalité 
le  16  juillcl  1596,  époque  à  laquelle  la  reine  Elisabeth  écrit 
a  Tcmpereur  de  la  Chine  une  lettre  en  faveur  des  deux  né- 
gociants et  citoyens  de  Londres,  Richard  Allen  et  Thomas 
Bromfield.  Cette  lettre  devait  être  portée  par  le  capitaine 
Benjamin  Wood,  qui  commandait  trois  navires,  tlœ  Bear, 
the  Bear  s  Wltelf)  et  le  Benjamin^  équipés  aux  frais  do  Sir 
!\f)herl  Dudley.  Les  trois  navires  disparurent  en  route.  La 
première  couq)agnie  anglaise  des  Indes  orientales  obtint  sa 
charte  de  la  reine  Elisabeth  le  3i  décembre  1600,  sous  le 
nom  de  the  Govevnour  and  Company  of  Merc fiants  of  Lon- 
don  trading  inlo  the  East  Indies.  En  160/»,  Jacques  L"" 
accorda  la  permission  de  faire  le  commerce  au  «  (iathay, 
Chine,  Japon,  Corée  et  Cambodge  »  à  Sir  Edward  Michel 
borne  ;  les  elTorts  des  Anglais  avaient  d'ailleurs  pour  objectif 
les  Indes  et  les  Moluques.  Une  autre  compagnie  connue  sous 
le  nom  de  Courtens  Association  ou  de  the  Assada  '  Mer- 
chantSy  créée  en  i635,  fut  réunie  à  la  Compagnie  de  Londres 
en  i65o.  En  i654-i655,  Olivier  Cromvvcll  accorda  une 
charte  à  la  Company  of  Merchant  Adi^enturers,  qui  fusionna 
également  avec  la  Compagnie  de  Londres  en  i655-i657.  En 

1 .   A  Madagascar. 


ANCIENNES    RELATIONS    DE    L^ANGLETERHE  l3 

1698,    une   concurrence  formidable   fut  faite  par  7//^  -^'^^'- 
lis/t  Company  tradirti^  ta  the  East  Jndies  ou  En^lish  Coin- 

pany. 

En  Chine,  nous  notons  qu'en  i63^,  le  capitaine  Weddell 
explora  la  rivière  de  Canton,  où  il  fut  mal  reçu,  grâce  aux 
agissements  des  Portugais,  mais  il  obtint  par  son  énergie 
pleine  satisfaction.  En  i6/i4,  les  Anglais  envoient  à  Macao 
le  navire  llinde^  qui  est  obligé  de  payer  des  droits  énormes  ; 
en  1672,  on  donne  Tordre  d'établir  des  factoreries  au  Tong- 
king,  à  Tai-wan,  au  Japon  et  en  Chine  ;  ils  ne  réussirent 
d'ailleurs  à  établir  aucun  commerce  avec  Formose.  Enfin, 
en  1702-8-9,  les  compagnies  rivales  de  Londres  g\.  Anglaise 
des  Indes  orientales  sont  réunies  en  une  seule  sous  le  nom 
de  the  United  Company  of  Merchants  trading  to  the  East 
Indies*  ;  à  cette  époque,  les  Anglais  avaient  cherché  h  établir 
des  factoreries  au  Tong-king,  à  Poulo-Condor,  à  Macao,  à 
Amoy,  aux  Chousan,  à  Tai-wan,  à  Canton  et  à  Magindanao; 
les  deux  premières  seulement  sont  indiquées  dans  Tacle  de 
constitution  des  compagnies  comme  étant  en  activité.  Nous 
avons  ailleurs^  marqué  les  difficultés  des  Anglais  en  Chine 
au  wni**  siècle  et  la  manière  dont  le  commerce  était  conduit 
dans  cette  ville  à  la  même  époque.  Nous  ne  rappellerons  ici 
que  les  dates  principales:  i'jf\'2,  arrivée  à  Canton  du  Com- 
modore Anson,  qui  obtient  avec  peine  Tautorisation  de  faire 
réparer  son  navire  ;  175^4,  les  Anglais,  fatigués  des  exigences 
des  autorités  locales,  veulent  s'établir  à  Ning-po;  1762,  TAn- 
glais  Flint  est  emprisonné  pendant  trois  ans  pour  avoir  essa>é 
d'aller  en  ambassade  à  Péking  ;  1773,  un  autre  Anglais, 
Scott,  est  exécuté  parles  Chinois  pour  un  crime  imaginaire; 
178/1,  un  canonnier  de  la  Lady  Ifughes,  cause  involontaire 
de  la  mort  d'un  Chinois,  est  également  mis  à  mort.  Enfin, 


I .   Désigner  sous  le  nom  de  The  Honourdble  East  India  Company. 
j.    Grande  Encyclopédie. 


ll\       RELATIONS  DE  L  ANGLETERRE  ET  DE  LA   FRANCE  AVEC  LA  CHINE 

les  Anglais,  espérant  régulariser  une  situation  de  jour  en 
jour  plus  intolérable,  se  décidèrent  à  envoyer  une  ambassade 
à  Péking,  sur  l'avis  de  lord  Melville  ;  l'ambassade  était 
chargée  de  demander  l'autorisation  de  faire  le  commerce  aux 
(iliousan,  à  Ning-po  et  à  Tien-Tsin  et  d'avoir  un  entrepôt  à 
Péking,  l'abolition  des  droits  de  transit  entre  Canton  et 
Macao  ou  au  moins  une  grande  réduction  ;  enfin,  qu'aucun 
droit  vexatoire  ne  soit  prélevé  en  dehors  de  ceux  prescrits  par 
le  tarif  officiel.  Une  première  ambassade  envoyée  avec  le  co- 
lonel Cathcart  à  bord  de  la  V^es  ta  le  a\  ait  péri  en  mer  (1788). 

LORD    MACARTNEY 

On  mit  à  la  tête  de  l'ambassade  George  Macartney  ;  Ma- 
carlney,  nommé  le  3  mai  1792,  quittait  Portsmouth  le 
26  septembre  de  la  même  année  ;  son  ambassade  débarqua 
près  de  Toung-tcheou,  se  rendit  h  Péking,  fut  obligée  d'aller 
il  la  résidence  d'été  de  l'empereur,  en  Mongolie,  à  Dje-hol, 
où  elle  n'obtint  d'ailleurs  aucun  avantage.  Arrivée  à  Péking 
le  21  août  1793,  l'ambassade  quittait  cette  ville  le  7  octobre 
suivant  et  reprenait  la  route  du  Sud,  on  partie  par  le  (irand 
Canal  jusqu'à  Hang-tcheou,  de  là  aux  Chousan,  et  enfin  à 
Canton  et  à  Macao.  Macartney  quittait  la  (^hine  le  17  mars 
179^1  et  débarquait  à  Portsmouth  le  5  septembre  de  la  même 
année.  Son  voyage  avait  coûté  80000  livres  sterling  et 
n'avait  rien  rapporté  à  son  pays.  Au  commencement  du 
siècle,  à  signaler  les  efforts  malheureux  des  Anglais  en  1802 
et  1808  à  Macao,  et  la  déconfiture  de  l'amiral  Drury.  En 
1816,  nouvelle  ambassade  anglaise,  sous  la  conduite  de  lord 
Amherst,  qui  s'embarqua  sur  VAlcesfe  le  8  février  ;  la  guerre 
du  Népal,  pays  tributaire  de  la  Chine,  et  la  maladresse  des 
négociateurs  firent  de  cette  ambassade,  à  l'époque  de  kia- 
K'ing,  un  véritable  désastre  diplomatique.  D'année  en  année, 
les  difficultés  sur^'issent  à  Canton  entre  Anglais  et  Chinois  ; 


% 


TRAITK    DK    NANKING,    29    AOUT     l8l\2  l5 

une  mission  spéciale  de  lord  Napier,  envoyée  h  Canton  par 
Guillannie  IV  (i833-i83^),  ne  réussit  pas  et  se  termine  par 
la  retraite  et  la  mort  par  épuisement  de  lord  Napier  (en  oc- 
tobre i834)  ;  enfin,  la  destruction  de  20  288  caisses  d'opium 
au  mois  de  juin  1889  amena  définitivement  Tinlervention 
armée  de  F  Angleterre. 

TRAITÉ    DE    NANKINO,     29    AOUT     18/42 

Inutile  ici  de  raconter  à  nouveau  celte  guerre  dite  (Topin/n  ; 
disons  seidement  cpraprès  la  prise  de  Chang-IIaï,  la  floUe 
anglaise  remontant  le  Kiang  pour  attaquer  Nanking,  obligea 
les  Chinois,  malgré  leur  entêtement,  à  signer  un  traité  dans 
cette  dernière  ville.  Le  traité  de  Nanking  du  29  août  18/12, 
ratifié  h  Hongkong  le  26  juin  i8.^3,  signé,  d'une  part,  par 
le  major  général.  Sir  Henry  Poltinger,  et,  de  Tautre,  par 
les  Hauts  Commi.ssaires  Ki-Ying  et  llipou  à  bord  du  navire 
de  guerre  anglais  le  (\>rn\valtis,  se  compose  de  treize  ar- 
ticles, dont  le  second  est  le  plus  important  ;  il  marque  que 
les  cinq  ports  de  Canton,  Amoy,  Fou-tcheou,  Ning-po  et 
Chang-Haï,  sont  ouverts  au  commerce  britannique  et  que  des 
consuls  y  seront  installés  ;  par  le  troisième,  Tile  de  Hong- 
kong est  cédée  à  TAngleterre;  une  indemnité  totale  de 
21  millions  de  dollars,  tant  pour  Topium  saisi  (jue  pour  les 
dépenses  de  guerre,  devait  être  payée  à  TAngleterre  et  la 
corporation  des  marchands  hannistes  *  cessait  d'exister.  On 
ne  peut  exagérer  Timportance  de  ce  traité,  qui  est  le  point 
de  départ  de  nouvelles  relations  des  étrangers  avec  la  Chine. 
Sir  John  Francis  Davis  est  le  premier  gouverneur  de  Hong- 
kong, mais  ce  port,  reconnu  colonie  anglaise  par  un  ordre 
du  Conseil,  le  5  avril    i8/|3,  est  déclaré   libre:   Macao   et 

I.  Les  hannistes  ou  Hong  Merchanis,  étaient,  à  Caiilon,  les  mar- 
cliaiids  ayant  le  privilège  exclusif  du  commerce  avec  les  étrangers  ;  leur 
réunion  formait  le  co-hong  ou  co-hang. 


iG       RELATIONS  DE  L*A.NGLETEHRE  ET  DE  L\  FRANCE  AVEC  LA  CHINE 

Canton  perdent  ainsi  beaucoup  de  leur  importance.  D'autre 
part,  les  Anglais  organisent  leurs  autres  établissements  con- 
sulaires et  particulièrement  celui  de  Chang-Iiai. 


ANCIENNES  RELATIONS  DE  LA  FRANCE 

Les  relations  de  la  France  avec  la  Chine  ne  sont  pas  fort 
anciennes.  Une  compagnie  de  Chine,  créée  le  20  sep- 
tembre 1660,  fut  réunie  à  la  Compagnie  des  Indes  en  août 
iGG4  ;  celle  dernière  céda  son  privilège  pour  la  Chine  à  une 
société  Jourdan,  de  la  Coulange  et  C''^,  le  4  janvier  1698, 
qui  installa  le  commerce  de  la  France  h  Canton.  Une  troi- 
sième compagnie  créée  par  lettres  patentes  du  19  février  1718 
envoya  des  vaisseaux  en  Chine  h  partir  de  171^  ;  lors  de  la 
réunion  de  toutes  les  compagnies  en  une  seule,  en  mai  1719, 
noire  commerce  en  Chine  prit  im  peu  plus  d'extension. 
Lors  de  la  suspension  du  privilège  de  la  Compagnie  des  Indes 
orientales,  un  consulat  de  France  fut  créé  h  Canton  le  3  fé- 
vrier Î77G  ;  il  ne  dura  que  jusqu'à  la  lui  du  siècle  ;  pendant 
cetle  période,  Tinlluence  de  la  France  ne  s'exerce  guère  que 
par  les  missions  catholiques,  et  surtout  à  Péking. 

Le  consulat  de  France  à  Canton  ne  fut  rétabli  que  sous 
la  Restauration,  en  1829  ;  il  se  composait  en  i8/|3,  lorsqu'on 
se  décida  à  envoyer  une  mission  extraordinaire  en  Chine, 
d'un  consul  ;  le  comte  de  Katti  Menton;  d'un  élève-consul, 
Charles- Alexandre  Cliallaye;  d'un  chancelier,  Aimé  Kivoire, 
et  d'un  interprète,  J.-M.  Callery,  ancien  prêtre  des  Missions 
étrangères. 

AMBASSADE    DE    LAORENÉ. 

Le  titre  d'envoyé  extraordinaire  et  ministre  plénipoten- 
tiaire fut  donné  à  M.  Théodose  de  Lagrené*;   le  chef  de  la 

I.  Théodosc  -  Ma  rio-Melchi  or -Joseph   de   Lagroné,    né  on   PicanJie.   lo 
i4  mars  i8o(J,  iiiorl  le  u-  avril  18G2  ;  entré  en  1822  aux  Aflaires  élran- 


\ 


TRAITÉ  DE  NANtKIXG,  3^  OCTOBRE  l844  I7 

mission,  accompagné  par  sa  femme  et  ses  deux  filles, 
M"**  Gabrielle  et  Olga  de  Lagrené,  avait  pour  le  seconder  : 
i®  MM.  de  Ferrière-le-Vayer,  premier  secrétaire;  Callery, 
interprète  ;  Bernard  d'Harcourt,  second  secrétaire  ;  Xavier 
Reymond,  historiographe  ;  Melchior  Yvan,  médecin  ;  de 
Montigny,  chancelier;  Macdonald  de  Tarente,  attaché  libre; 
Marey-Monge,  Fernand  Delahante,  attachés  payés  ;  de  la 
Guiche  et  de  Charlus,  attachés  libres  ;  2**  les  délégués  du 
Ministère  du  Commerce,  désignés  par  les  Chambres  de 
commerce  de  Reims,  de  Mulhouse,  de  Saint-Etienne,  de 
Lyon  et  de  Paris:  MM.  Auguste  Haussmann,  cotons; 
Natalis  Rondol,  laines;  Isidore  Hedde,  soies;  Renard, 
articles  dits  de  Paris  ;  Z^  les  représentants  du  Ministère  des 
Finances  :  MM.  Jules  Itier,  inspecteur  des  douanes,  chargé 
d'étudier  la  question  des  tarifs  et  de  la  navigation  ;  Charles 
La  voilée,  employé  des  finances. 

TRAITÉ    DE    WIIAMPOA,    2 4    OCTOBRE    \%l\k 

Le  résultat  de  cette  mission  fut  le  traité  signé  à  Tem- 
bouclîure  de  la  rivière  de  Canton,  à  Whampoa,  à  bord  de  la 
corvette  française  à  vapeur,  V Archimede^  le  i!\  octobre  i84^4 
(iS*"  jour  de  la  9"  lune  de  la  2/1"  année  Ïao-Kouang),  par 
M.  de  Lagrené  et  Ki-ying,  plénipotentiaire  chinois;  les 
ratifications  furent  échangées  à  Macao,  le  25  août  i845.  Le 
traité,  qui  a  comme  modèle  les  conventions  anglaise  et 
américaine,  se  conn)ose  de  trente-six  articles,  dont  l'un, 
l'article  XXII,  a  une  importance  exceptionnelle,  car  il  est 

gères  sous  le  ministère  de  Matliieu  de  Montmorency  ;  successivement 
secrétaire  d'Ambassade  en  Russie  (où  il  se  maria)  ;  ministre  pléni|x>ten- 
tiaire  en  Grèce  ;  ctiargé  de  sa  grande  mission  de  Cliine  ;  à  son  retour  créé 
Pair  de  France,  juillet  i846;  siégea  au  Luxembourg  jusqu'en  i848  ;  élu 
en  1849  représentant  de  la  Somme  à  TAssemblée  législative  ;  rentré  dans 
la  vie  privée  après  le  coup  d'État  du  1  décjcmbre,  il  devint  Tun  des  mem- 
bres du  Conseil  d'Administration  du  Chemin  de  fer  du  Nord.  M'"^  de 
Lagrené,  née  Daubcnsky,  est  morte  en  janvier  1901. 

CORDIER.  L    —    a 


l8       RELATIONS  DE  l'a.>GLETERRE  ET  DE  LA  FRANCE  AVEC  LA  CHINE 

cilé  fréquemment  dans   les  documents  que  nous  publions 
aujourd'hui;  le  voici  : 

«  Tout  Français  qui,  conformément  aux  stipulations  de  l'ar- 
ticle Jl,  arrivera  dans  Tun  des  cinq  ports,  pourra,  quelle  que  soit 
la  durée  de  son  séjour,  y  louer  des  maisons  et  des  magasins  pour 
déposer  ses  marchandises,  ou  bien  affermer  des  terrains  et  y 
bâtir  lui-môme  des  maisons  et  des  magasins.  Les  Français  jx»ur- 
ront,  de  la  même  manière,  établir  des  églises,  des  hôpitaux,  des 
hospices,  des  écoles  et  des  cimetières.  Dans  ce  but,  l'autorité 
locale,  après  s'être  concertée  avec  le  consul,  désignera  les  ([uar- 
tiers  les  plus  convenables  pour  la  résidence  des  Français,  et  les 
endroits  dans  lestjuels  pourront  avoir  lieu  les  constructions  pré- 
citées. Le  prix  des  loyers  et  des  fermages  sera  librement  débattu 
entre  les  parties  intéressées,  et  réglé,  autant  que  faire  se  ]X)urra, 
conformément  à  la  moyenne  des  prix  locaux.  Les  autorités 
Chinoises  empêcheront  leurs  nationaux  de  surfaire  ou  d'exiger 
des  prix  exorbitants,  et  le  consul,  de  son  c^té,  veillera  à  ce  que 
les  Français  n'usent  pas  de  violence  ou  de  contrainte  pour  forcer 
le  consentement  des  propriétaires.  Il  est  bien  entendu»  d'ailleurs, 
que  le  nombre  des  maisons  et  l'étendue  des  terrains  à  aflecler 
aux  Français  dans  les  cinq  ports  ne  seront  point  limités,  et  qu'ils 
seront  déterminés  d'après  les  besoins  et  les  convenances  des 
ayants-droit.  Si  des  Chinois  violaient  ou  détruisaient  des  églises 
ou  des  cimetières  Français,  les  coupables  seraient  punis  suivant 
toute  la  rigueur  des  lois  du  pays.  » 

Cette  clause  était  une  nouvelle  confirmation  du  protectorat 
exercé  sur  les  missions  par  la  France  et  devait  servir  de  [)ré- 
cédent  au  baron  Gros  à  Péking  en  1860. 


NOUVELLES  CAUSES  DE  CONFLIT. 

Mais,  de  jour  en  jour,  les  difllicullés  augmentaient;  la 
Chine  voyait  grandir  Tinfluence  de  ces  étrangers  qu'elle  mé- 
prisait plus  qu'elle  ne  les  redoutait;  elle  ignorait,  restée  sta- 
tionnaire  elle-même,  les  progrès  faits  autour  d'elle,  et  les 
demandes  faites  par  les  Européens  n'étaient  [)Our  elle  que  des 
suppliques  respectueusement  présentées  an  Trûne  par  des 


NOUVELLES  CAUSES  DE  CONFLIT  IQ 

peuples  tributaires.  Cependant  il  devenait  nécessaire  aux 
puissances  occidentales  d'avoir  accès  aux  ports  du  Nord  et  à 
la  capitale  de  l'Empire  ;  les  jours  de  Macartney  étaient  loin- 
tains et  c'était  avec  le  Fils  du  Ciel  lui-même,  non  avec  ses 
représentants  provinciaux,  dans  son  Palais  et  non  dans  le 
Yamen  d'un  vice-roi,  que  Français  et  Anglais  désiraient  con- 
tinuer des  relations  entamées  dans  une  capitale  du  centre  ou 
du  midi  de  l'Empire.  La  communauté  des  intérêts  de  la 
France  et  de  l'Angleterre  établie  par  la  guerre  de  Crimée 
permettait  et  préparait  une  action  commune  de  ces  deux 
puissances  contre  l'Empire  du  Milieu.  Que  de  prétextes 
n'était-il  pas  facile  de  trouver  pour  intervenir  soit  diploma- 
tiquement, soit  militairement  ! 

Le  28  février  i856,  un  prêtre  du  séminaire  des  Missions 
étrangères  de  Paris,  l'abbé  Auguste  Chapdelaine*,  était  mis 
à  mort,  après  de  cruelles  tortures,  h  Si-lin  Hien  dans  le 
Kouang  Si  ;  le  prétexte  était  bon  pour  la  France  :  il  fut 
moins  bon  iK)ur  l'Angleterre.  Le  lortcha^  Arrow  battant 
pavillon  anglais,  et  commandé  par  un  Irlandais,  Thomas 
Kennedy,  était  saisi  à  Canton  le  8  octobre  i856.  Les  Chi- 
nois prétendaient  avec  juste  raison  que  la  licence  de  ce  navire 
était  expirée  depuis  le  27  septembre  et  ne  devait  plus  par 
suite  porter  le  pavillon  anglais.  L'occasion  était  excellente 
pour  obtenir  de  la  Chine  de  nouvelles  concessions,  toute 
satisfaction  étant  refusée  par  les  autorités  de  Canton. 

La  guerre  fut  donc  déclarée  et  la  France  et  TAnglelerre 
firent  choix,  pour  diriger  leurs  négociations  avec  la  Chine,  du 
Baron  Gros,  et  du  Comte  d'Elgin  et  de  Kincardine.  Sans 
entrer  dans  le  détail  des  opérations  militaires,  rappelons  que 
la  barre  du  Pei  Ho  ayant  été  forcée  à  Ta-Kou  par  les  alliés 

I.  Chapdclainc,  Auguste,  ne  à  La  Rochelle  (diocèse  de  Coulances), 
6  janvier  i8i4  ;  parti  |)our  la  Chine,  29  avril  i853. 

a.  On  appelle  lorteha  un  bâtiment  à  coque  européenne,  généralement 
commandé  par  un  Européen,  avec  une  mâture  et  un  équipage  indigènes. 


aO       RELATIONS   DK  L  ANGLETERRE  ET  DE   LA  FRANCE   AVEC  LA   CHINE 

(20  mai  i858),  les  Chinois,  représentés  par  Kouci-Liang  et 
Houa  Cha-na,  se  déterminèrent  à  signer  à  Tien-Tsin  des 
traités  avec  l'Angleterre  et  la  France.  Le  traité  anglais 
(26  juin  i858)  comprend  cinquante-six  articles.  Les  prin- 
cipales clauses  de  ce  traité  sont  :  le  droit  pour  l'Angleterre 
d'avoir  un  ambassadeur  ou  un  ministre  à  la  cour  de  Péking, 
de  même  que  pour  la  Chine  d'avoir  un  représentant  k  la 
cour  de  Saint-James;  liberté  du  culte;  Tchen-Kiang,  sur  le 
Yang-tseu,  est  ouvert  immédiatement  au  commerce;  Han- 
Kéou  le  sera  après  le  rétablissement  de  la  paix.  Outre  les 
ports  de  Canton,  Amoy,  Fou-tchéou,  Ning-po  etChang  Haï, 
ouverts  par  le  traité  de  Nan-King,  les  étrangers  devront 
également  avoir  accès  à  :  Nieou  Ichouang  (Mandchourie), 
Tang-tchéou  (Tche-fou,  Chan-toung),  Tai-wan  (Formose), 
Tchao-tchéou  (Swatow,  Kouang-toung)  et  Kioung-tchéou 
(Ilaïnan).  D'autres  clauses  traitent  des  droits  de  douane,  de 
navigation,  etc.  Enfin  les  ratifications  devaient  être  échangées 
à  Péking,  dans  l'année  qui  suivrait  la  signature  du  traité. 
Dans  un  article  supplémentaire,  il  était  convenu  que  les 
forces  anglaises  se  retireraient  de  Canton  après  le  paiement 
d'une  indemnité  de  deux  millions  de  taëls  pour  donuna- 
ges-et-intércts,  et  de  deux  millions  de  taëls  j)our  les  frais 
d'exj)édition. 

TRAITÉ   DE    TIEX-TSIN,    27  JUIN   l858 

Le  traité  français  renferme  quarante-deux  articles,  diffé- 
rant peu  du  traité  anglais.  Parmi  les  ports  ouverts,  Tam- 
soui  dans  l'île  de  Formose,  ainsi  que  Nan-King,  dans  le 
Kiang-sousont  ajoutés  (cette  dernière  stipulation  resta  lettre 
morte)  dans  le  traité  français;  en  revanche,  Nieou-lchouang 
n'y  iigure  pas. 


TR\ITÉ    1>K     IIKN-TSIN,     2~    JlIN     [858  3  1 


Traité  d*amitié,  de  commerce  et  de  navigation  entre  la  France  et 
la  Chine,  signé  à  Tien-Tsin,  le  2"^  juin  i858. 

Sa  Majesté  TEmpcreur  des  Français  et  Sa  Majesté  TEmpereur 
de  la  Cliine,  animés  l'un  et  Taiilre  du  désir  de  mettre  un  terme 
aux  différends  qui  se  sont  élevés  entre  les  deux  Empires,  et  vou- 
lant rétablir  et  améliorer  les  relations  d'amitié,  de  commerce  et 
de  navigation  qui  ont  existé  entre  le^  deux  Puissances,  comme 
aussi  en  régulariser  l'existence,  en  favoriser  le  développement  et 
en  perpétuer  la  durée,  ont  résolu  de  conclure  un  nouveau  Traité, 
haso  sur  l'intérêt  commun  des  deux  pays,  dont,  en  conséquence 
nommé  pour  leurs  Plénipotentiaires,  savoir  : 

Sa  Majesté  l'Empereur  des  Français,  le  sieur  Jean-Baptiste 
Louis  baron  Gros,  (îrand  Olïicier  de  la  Légion  d'honneiu*.  Grand 
Croix  de  l'Ordre  du  Sauveur  de  Grèce,  Commandeur  de  l'Ordre 
de  la  Conception  de  Portugal,  etc.,  etc.,  etc., 

El  Sa  Majesté  l'empereur  de  la  Chine,  Kouei-Liang,  Haut 
Commissaire  impérial  de  la  dynastie  Ta-Tsing,  Grand  Ministre  du 
Palais  Oriental,  directeur  général  des  affaires  du  conseil  de  jus- 
tice, etc.  ;  et  Hoiia  Cba-na.  Haut  Commissaire  impérial  delà  dy- 
nastie Ta-Tsing,  président  du  conseil  des  finances,  général  de 
l'armée sino-tartare  de  la  Bannière  bordée  d'azur,  etc.,  etc.,  etc.  ; 

Lesquels,  après  avoir  échangé  leurs  pleins-pouvoirs,  qu'ils  ont 
lrou>és  en  bonne  et  due  forme,  sont  convenus  des  articles  sui- 
vants :  ^ 

Art.  i^'.  — 11  y  aura  paix  constante  et  amitié  perpétuelle  entre 
Sa  Majesté  l'Empereur  des  Français  et  Sa  Majesté  l'EmjxTcur  de 
la  Chine,  ainsi  qu'entre  les  sujets  des  deux  Empires,  sans  excep- 
tion de  personnes  ni  de  lieux. 

Ils  jouiront  tous  également,  dans  les  États  respectifs  des  Hautes 
Parties  Contractantes,  d'une  pleine  et  entière  protection  pour 
leurs  personnes  et  leurs  propriétés. 

Art.  2.  —  Pour  maintenir  la  paix  si  heureusement  rétablie 
entre  les  deux  Empires,  il  a  été  convenu  entre  les  Hautes  Parties 
Contractantes  qu'à  l'exemple  de  ce  qui  se  pratique  chez  les  nations 
de  l'Occident,  les  Agents  diplomatiques  dûment  accrédités  par 
S.  M.  rEnq)ereur  des  Français  auprès  de  S.  M.  l'Empereur  de  la 
Chine  pourront  se  rendre  é>entuellement  dans  la  capitale  de 
l'Empire,  lorsque  des  affaires  importantes  les  y  appelleront. 

Il  est  convenu  entre  les  Hautes  Parties  Contractantes  que,   si 


33   RELATIONS  DK  l' ANGLETERRE  ET  DE  LA  FRANCE  AVEC  LA  CHINE 

Tune  des  puissances  qui  ont  un  Traité  avec  Ja  Chine  obtenait, 
pour  ses  agents  diplomatiques  le  droit  de  résider  à  poste  fixe  à 
Péking,  la  France  jouirait  immédiatement  du  môme  droit. 

Les  Agents  diplomatiques  jouiront  réciproquement,  dans  le 
lieu  de  leur  résidence,  des  privilèges  et  immunités  que  leur 
accorde  le  droit  des  gens  ;  c'est-à-dire  que  leur  personne,  leur 
famille,  leur  maison  et  leur  correspondance  seront  inviolables, 
qu'ils  pourront  prendre  à  leur  service  les  employés,  courriers, 
interprètes,  serviteurs,  etc.,  qui  leur  seront  nécessaires. 

Les  dépenses  de  toute  espèce  qu'occasionneront  les  Missions 
diplomatiques  de  France  en  Chine  seront  supportées  par  le  Gou- 
vernement Français.  Les  Agents  diplomatiques  qu'il  plaira  à 
S.  M.  l'Empereur  de  la  Chine  d'accréditer  auprès  de  S.  M.  l'Em- 
pereur des  Français  seront  reçus  en  France  avec  tous  les  hon- 
neurs et  toutes  les  prérogatives  dont  jouissent,  à  rang  égal,  les 
Agents  diplomatiques  des  autres  nations  accrédités  à  la  Cour  de 
S.  M.  l'Empereur  des  Français. 

Art.  3.  —  Les  communications  officielles  des  Agents  diplo- 
matiques et  consulaires  Français  avec  les  autorités  chinoises  seront 
écrites  en  Français,  mais  seront  accompagnées,  pour  faciliter  le 
service,  d'une  traduction  chinoise  aussi  exacte  que  possible,  jus- 
qu'au moment  où  le  Gouvernement  Impérial  de  Péking,  ayant 
des  interprètes  pour  parler  et  écrire  correctement  le  Français,  la 
correspondance  diplomatique  aura  lieu  dans  cette  langue  pour  les 
Agents  Français  et  en  chinois  pour  les  fonctionnaires  de  TEmpire. 
Il  est  convenu  que  jusque-là,  en  cas  de  dissidence  dans  l'inter- 
prétation à  donner  au  texte  Français  et  au  texte  Chinois  au  sujet 
des  clauses  arrêtées  d'avance  dans  les  conventions  faites  de  com- 
mun accord,  ce  sera  le  texte  Français  qui  devra  prévaloir. 

Cette  disposition  est  applicable  au  présent  traité.  Dans  les 
communications  entre  les  autorités  des  deux  pays,  ce  sera  toujours 
le  texte  original  et  non  la  traduction  qui  fera  foi. 

Art.  4.  —  Désormais,  les  correspondances  officielles  entre  les 
autorités  cl  les  fonctionnaires  des  deux  pays  seront  réglées  suivant 
les  rangs  et  les  positions  respectives  et  d'après  les  bases  de  la 
réciprocité  la  plus  absolue.  Ces  correspondances  auront  lieu  entre 
les  hauts  fonctionnaires  français  et  les  hauts  fonctionnaires  chi- 
nois, dans  la  capitale  ou  ailleurs,  par  dépêche  ou  communi- 
cation ; 

Entre  les  fonctionnaires  français  en  sous-ordre  et  les  hautes 


TRAITK    l)K    TIKN-TSIN.     27    JTIN     l858  a3 

autorités  des  provinces.  [X)ur  les  premiers  par  exposé,  pour  les 
seconds  par  déclaration  : 

Entre  les  oiTiciers  en  sous-ordre  des  deux  nations,  comme  il 
est  dit  plus  haut,   sur  le  pied  d'une  parfaite  égalité. 

Les  négociants,  et  généralement  tous  les  individus  qui  n'ont 
pas  de  caractère  odiciel,  se  serviront  réciproquement  de  la  for- 
mule Représentation  dans  toutes  les  pièces  adressées  ou  destinées 
pour  renseignements  aux  autorités  respectives. 

Toutes  les  fois  qu'un  Franv<ais  aura  k  recourir  à  l'autorité 
chinoise,  sa  représentation  devra  d'abord  être  soumise  au  consul, 
qui,  si  elle  lui  parait  raisonnable  et  convenablement  rédigée,  lui 
donnera  suite,  et  qui,  s'il  en  est  autrement,  en  fera  modifier  la 
teneur  ou  refustTa  de  la  transmettre.  Les  Chinois  de  leur  cùlé, 
lorscju'ils  auront  à  s'adresser  au  consulat,  devront  suivre  une 
marche  analogue  auprès  de  l'autorité  chinoise,  laquelle  agira  de 
la  même  manière. 

AiiT.  5.  —  Sa  Majesté  TEmpereur  des  Français  pourra  nom- 
mer des  Consuls  ou  des  Agents  consulaires  dans  les  ports  de  mer 
ou  de  rivière  de  l'Empire  chinois  dénommés  dans  l'article  G  du 
présent  Traité  pour  servir  d'intermédiaires  entre  les  autorités 
Chinoises  et  les  négociants,  et  les  sujets  Français,  et  veiller  à  la 
stricte  observation  des  règlements  stipulés. 

Ces  fonctionnaires  seront  traités  avec  la  considération  et  les 
égards  qui  leur  sont  dus.  Leurs  rapports  avec  les  autorités  du 
lieu  de  leur  résidence  seront  établis  sur  le  pied  de  la  plus 
parfaite  égalité.  S'ils  avaient  à  se  ])laindre  des  procédés  de  ladite 
autorité,  ils  s'adresseraient  dirwtement  à  l'autorité  supérieure 
de  la  province,  et  en  donneraient  immédiatement  avis  au  Mi- 
nistre plénipotentiaire  de  TEnqîereur. 

En  cas  d'absence  du  consul  français,  les  capitaines  et  les  négo- 
ciants français  auront  la  faculté  de  recourir  à  l'inlervention  du 
consul  d'une  puissance  amie,  ou,  s'il  était  impossible  de  le  faire, 
ils  auraient  recours  au  chef  de  la  douane,  qui  aviserait  au  moyen 
d'assurer  à  ces  capitaines  et  négociants  le  bénéfice  du  présent 
Traité. 

Art.  6.  —  L'ex|x*rience  ayant  démontré  que  l'ouverture  de 
nouveaux  ports  au  commerce  étranger  est  une  des  nécessités  de 
l'époque,  il  a  été  convenu  que  les  ports  de  Kioung-tchéou  et 
Tchao-lchéou  dans  la  province  de  Kouang-toung,  Taï-wan  et 
Tamsoui  dans  l'île  de  Formose,  province  de  Fou-kien  ;  Tang-tchéou 


i 


34        RELATIOa   DK  l'aNGLETERRE  ET  DE   LA   FRANCE  AVEC  LA   CHINE 

dans  la  province  de  Clian-toung,  el  Nanking  dans  la  province  de 
Kiang-nan,  jouiront  des  mêmes  privilèges  que  Canton,  Chang- 
Haï.  Ning-po,  Amoy  et  Fou-tchéou. 

Quant  à  Nanking,  les  agents  français  en  Chine  ne  délivreront 
de  passeports  à  leurs  nationaux  pour  cette  ville  que  lorsque  les 
rebelles  en  auront  été  expulsés  par  les  troupes  impériales. 

Art.  7.  —  Les  Français  et  leurs  familles  pourront  se  trans- 
porter, s'établir  et  se  livrer  au  commerce  ou  à  l'industrie  en  toute 
sécurité  et  sans  entrave  d'aucune  espèce  dans  les  ports  et  villes 
de  l'Empire  Chinois  situés  sur  les  côtes  maritimes  et  sur  les  grands 
fleuves  dont  l'énumération  est  contenue  dans  l'article  précédent. 

Us  pourront  circuler  librement  de  l'un  à  l'autre,  s'ils  sont 
munis  de  passeports,  mais  il  leur  est  formellement  défendu  de 
pratiquer,  sur  la  côte,  des  ventes  ou  des  achats  clandestins,  sous 
peine  de  confiscation  des  navires  et  des  marchandises  engagés 
dans  ces  opérations,  et  cette  confiscation  aura  lieu  au  profit  du 
gouvernement  chinois,  qui  devra  cependant,  avant  que  Ya  saisie 
et  la  confiscation  soient  légalement  prononcées,  en  donner  avis 
au  Consul  français  du  port  le  plus  voisin. 

Art.  8.  —  Les  Français  qui  voudront  se  rendre  dans  les  villes 
de  l'intérieur  ou  dans  les  ports  où  ne  sont  pas  admis  les  navires 
étrangers  pourront  le  faire  en  toute  sûreté,  à  la  condition 
expresse  d'être  munis  de  passeports  rédigés  en  français  et  en 
chinois,  légalement  délivrés  par  les  Agents  diplomatiques  ou  les 
Consuls  de  France  en  Chine,  et  visés  par  les  autorités  chinoises. 

En  cas  de  perte  de  ce  passeport,  le  Français  qui  ne  jx)urra  pas 
le  présenter,  lorsqu'il  en  sera  requis  légalement,  devra,  si  l'au- 
torité chinoise  du  lieu  où  il  se  trouve  se  refuse  à  lui  donner  un 
permis  de  séjour,  pour  lui  laisser  le  temps  de  demander  un  aiHre 
passeport  au  Consul,  être  reconduit  au  Consulat  le  plus  voisin, 
sans  qu'il  soit  permis  de  le  maltraiter  ni  de  l'insulter  en  aucune 
manière. 

Ainsi  que  cela  était  stipulé  dans  les  anciens  Traités,  les 
Français  résidant  ou  de  passage  dans  les  ports  ouverts  au  com- 
merce étranger  pourront  circuler  sans  passeport  dans  leur  voisi- 
nage immédiat,  et  y  vaquer  à  leurs  occupations  aussi  librement 
que  les  nationaux  :  mais  ils  ne  pourront  dépasser  certaines 
limites  qui  seront  fixées,  de  commun  accord,  entre  le  Consul  et 
l'autorité  locale. 

Les  Agents  français  en  Chine  ne  délivreront  de  passeport  à 


TRAITÉ    DE    TIEN-TSIN,     Q'j    JlIN     1 858  30 

leurs  nationaux  que  pour  les  lieux  où  les  rebelles  ne  seront  pas 
établis  dans  le  moment  où  ce  passeport  sera  demandé. 

Ces  passeports  ne  seront  délivrés  par  les  autorités  françaises 
qu'aux  personnes  qui  leur  offriront  toutes  les  garanties  dési- 
rables. 

Art.  9.  —  Tous  les  changements  apportés  d'un  commun 
accord  avec  Tune  des  puissances  signataires  des  Traités  avec  la 
Chine,  au  sujet  des  améliorations  à  introduire  au  tarif  actuelle- 
ment en  vigueur,  ou  à  celui  qui  le  serait  plus  tard,  comme  aussi 
aux  droits  de  douane,  de  tonnage,  d'importation,  de  transit  et 
d'exportation,  seront  immédiatement  applicables  au  commerce 
et  aux  négociants  français,  par  le  seul  fait  de  leur  mise  à  exécu- 
tion. 

Art.  10.  —  Tout  Français  qui,  conformément  aux  stipula- 
tions de  l'article  6  du  présent  Traité,  arrivera  dans  l'un  des  ports 
ouverts  au  commerce  étranger,  pourra,  quelle  que  soit  la  durée 
de  son  séjour,  y  louer  des  maisons  et  des  magasins  pour  déposer 
ses  marchandises,  ou  bien  aflermer  des  terrains  et  y  bâtir  lui- 
même  des  maisons  et  des  magasins.  Les  Français  pourront,  de 
la  même  manière,  établir  des  églises,  des  hôpitaux,  des  hospices, 
des  écoles  et  des  cimetières.  Dans  ce  but,  l'autorité  locale,  après 
s'être  concertée  avec  le  Consul,  désignera  les  quartiers  les  plus 
convenables  pour  la  résidence  des  Français,  et  les  endroits  dans 
lesquels  pourront  avoir  lieu  les  constructions  précitées. 

Le  prix  des  loyers  et  des  fermages  sera  librement  débattu 
entre  les  parties  intéressées,  et  réglé,  autant  que  faire  se  pourra, 
conformément  à  la  moyenne  des  prix  locaux. 

Les  autorités  chinoises  empêcheront  leurs  nationaux  de  sur- 
faire ou  d'exiger  des  prix  exorbitants,  et  le  Consul  veillera,  de 
son  côté,  à  ce  que  les  Français  n'usent  pas  de  violence  ou  de  con- 
trainte pour  forcer  le  consentement  des  propriétaires. 

Il  est  bien  entendu,  d'ailleurs,  que  le  nombre  des  maisons  et 
l'étendue  des  terrains  à  affecter  aux  Français,  dans  les  ports  ou- 
verts au  commerce  étranger,  ne  seront  point  limités,  et  qu'ils 
seront  déterminés  d'après  les^besoinset  les  convenances  des  ayants- 
droit.  Si  des  Chinois  violaient  ou  détruisaient  des  églises  ou  des 
cimetières  français,  les  coupables  seraient  punis  suivant  toute  la 
rigueur  des  lois  du  pays. 

Art.  II.  —  Les  Français,  dans  les  ports  ouverts  au  commerce 
étranger,  pourront  choisir  librement,  et  à  prix  débattu  entre  les 


a6       KELATIONS  DE  i/aX.LKTEUUK   ET   I»E  L\    PUWCE  AVEC  LA    ÇHIJÏE 

parlies,  ou  sous  la    seule  intervention  des  consuls,  des  compra- 
dors,  interprètes,  écrivains,  ouvriers,  bateliers  et  domestiques. 

Us  auront,  en  oulre,  la  faculté  d'engager  des  lettrés  du  pays 
pour  apprendre  à  parler  ou  à  écrire  la  langue  chinoise  et  toute 
autre  langue  ou  dialecte  usilés  dans  l'Empire,  comme  aussi  de 
se  faire  aider  par  eux,  soit  pour  leurs  écritures,  soit  pour  des 
tra\au\  scientiliques  ou  littéraires.  Ils  pourront  également  ensei- 
gner à  tout  sujet  chinois  la  langue  de  leur  pays  ou  des  langues 
étrangères,  et  vendre  sans  obstacle  des  livres  français  ou  acheter 
eux-mêmes  toutes  sortes  de  livres  chinois. 

Aht.  l'A.  —  Les  propriétés  de  toute  nature  appartenant  à  des 
Français  dans  l'Empire  chinois  seront  considérées  par  les  Chinois 
comme  inviolables  et  seront  toujours  resjKîclées  par  eux.  Les  au- 
torités chinoises  ne  pourront,  quoi  qu'il  arri>e,  mettre  embargo 
sur  les  navires  français,  ni  les  frapper  de  réquisition  pour  quel- 
que service  public  ou  privé  que  ce  puisse  être. 

Aht.  i3.  —  La  religion  chrétienne  ayant  pour  objet  essentiel  de 
porter  les  hommes  à  la  vertu,  les  membres  de  toutes  les  commu- 
nions chrétiennes  jouiront  d'une  entière  sécurité  pour  leurs  per- 
sonnes, leurs  propriétés  et  le  libre  exercice  de  leurs  pratiques  re- 
ligieuses; et  une  protection  efficace  sera  donnée  aux  mission- 
naires qui  se  rendront  pacifiquement  dans  l'intérieur  du  pays, 
munis  des  passeports  réguliers  dont  il  est  parlé  dans  l'article  8. 
Aucune  entrave  ne  sera  apportée  par  les  autorités  de  l'Empire 
chinois  au  droit  qui  est  reconnu  à  tout  individu  en  Chine  d'em- 
brasser, s'il  le  veut,  le  christianisme  et  d'en  suivre  les  pratiques 
sans  être  passible  d'aucune  peine  infligée  pour  ce  fait. 

Tout  ce  qui  a  été  préc('»demment  écrit,  proclamé  ou  publié  en 
Chine,  par  ordre  du  Gouvernement,  contre  le  culte  chrétien  est 
complètement  abrogé,  et  reste  sans  valeur  dans  toutes  les  pro- 
vinces de  l'Empire. 

Akt.  i^.  —  Aucune  société  de  commerce  privilégiée  ne  pourra 
désormais  s'établir  en  Chine,  et  il  en  sera  de  même  de  toute  coali- 
tion organisée  dans  le  but  d'exercer  im  monopole  sur  le  commerce. 

En  cas  de  contravention  au  présent  article,  les  autorités  chi- 
noises, sur  les  représentations  du  Consul  ou  de  l'Agent  consu- 
laire, aviseront  aux  moyens  de  dissoudre  de  semblables  associa- 
tions, dont  elles  s'elTorceront,  d'ailleurs,  de  prévenir  l'existence 
par  des  prohibitions  préalables,  afin  d'écarter  tout  ce  qui  pour- 
rait porter  atteinte  à  la  libre  concurrence. 


TRAITÉ    DE    TIEN-TSIN,    37    JUIN     l858  3 7 

Art.  i5.  —  Lors(iu*un  bàlinicnl  français  arrivera  dans  les 
eaux  de  Tun  des  |M)rl5  ouverts  au  commerce  étranger,  il  aura  la 
faculté  d'engager  tel  pilote  qui  lui  conviendra,  pour  se  faire  con- 
duire immédiatement  dans  le  port  ;  et  de  même,  quand,  après 
avoir  acquitte  toutes  les  charges  légales,  il  sera  prêt  à  mettre  à  la 
voile,  on  ne  pourra  pas  lui  refuser  des  pilotes  pour  le  faire  sortir 
du  port  sans  retard  ni  délai. 

Tout  individu  qui  voudra  exercer  la  profession  de  pilote  pour 
les  bâtiments  français  pourra,  sur  la  présentation  de  trois  certifi- 
cats de  capitaines  de  navire,  être  commissionné  par  le  Consul  de 
France,  de  la  même  manière  que  cela  se  pratiquerait  pour  d'au- 
tres nations. 

La  rétribution  payée  aux  pilotes  sera  réglée  selon  l'équité, 
pour  chaque  port  en  particulier,  par  le  Consul  ou  Agent  consu- 
laire, lequel  la  fixera  convenablement  en  raison  de  la  distance  et 
des  circonstances  de  la  navigation. 

Art.  16.  —  Dès  que  le  pilote  aura  introduit  un  navire  de 
commerce  français  dans  le  port,  le  chef  de  la  douane  déléguera  un 
ou  deux  préposés  pour  surveiller  le  navire  et  empêcher  qu'il  ne 
se  pratique  aucune  fraude.  Ces  préposés  pourront,  selon  leurs 
convenances,  rester  dans  leurs  propres  bateaux,  ou  se  tenir  à  bord 
du  bîltiment. 

Les  frais  de  leur  solde,  de  leur  nourriture  et  de  leur  entretien 
seront  à  la  charge  de  la  douane  chinoise,  et  ils  ne  pourront  exiger 
aucune  indemnité  ou  rétribution  quelconque  des  capitaines  ou 
des  consignataires.  Toute  contravention  à  cette  disposition  entraî- 
nera une  punition  proportionnelle  au  montant  de  l'exaction,  la- 
quelle sera,  en  outre,  intégralement  restituée. 

Art.  17.  —  Dans  les  vingt-quatre  heures  qui  suivront  l'arrivée 
d'un  navire  de  commerce  français  dans  Tun  des  j)orts  ouverts  au 
commerce  étranger,  le  capitaine,  s'il  n'est  dûment  empêché,  et  à 
son  défaut,  le  subrécargue  ou  le  consignataire  devra  se  rendre  au 
Consulat  de  France  et  remettre  entre  les  mains  du  Consul  les  pa- 
piers de  bord,  les  connaissements  et  le  manifeste.  Dans  les  vingt- 
quatre  heures  suivantes,  le  Consul  enverra  au  chef  de  la  douane 
une  note  détaillée  indiquant  le  nom  du  navire,  le  rôle  de  l'équi- 
page, le  tonnage  légal  du  bâtiment  et  la  nature  de  son  charge- 
ment. Si,  par  suite  de  la  négligence  du  capitaine,  cette  dernière 
formalité  n'avait  pas  pu  être  accomplie  dans  les  quarante-huit 
heures  qui  suivront  rarri>ée  du  navire,  le  capitaine  sera  passible 


aS       RELATIONS  DE  i/aNCLETEUHE  ET  DE   I. A   I'U\NCE   AVEC  LA  CHINE 

d'une  amende  de  5o  piastres  par  jour  de  retard,  au  profit  du  Gou- 
vernement chinois;  ladite  amende»  toutefois,  ne  pourra  dépasser 
la  somme  de  300  piastres. 

Aussitôt  après  la  réception  de  la  note  transmise  par  le  Consu- 
lat, le  chef  de  la  douane  délivrera  le  |)ermis  d'ouvrir  la  cale.  Si 
le  capitaine,  avant  d'avoir  reçu  le  permis  précité,  avait  ouvert  la 
cale  et  commencé  à  décharger,  il  pourrait  être  condamné  h  une 
amende  de  5oo  piastres,  et  les  marchandises  déharquées  pour- 
raient ùtr.e  saisies,  le  tout  au  profit  du  Gouvernement  chinois. 

Art.  18.  —  Les  capitaines  et  négociants  français  pourront 
louer  telles  espèces  d'allèges  et  d'embarcations  qu'il  leur 
plaira  pour  transporter  des  marchandises  et  des  passagers,  et  la 
rétribution  à  paver  pour  ces  allèges  sera  réglée  de  gré  à  gré  par 
les  parties  intéressées,  sans  l'intervention  de  l'autorité  chinoise 
et,  par  conséquent,  sans  sa  garantie  en  cas  d'accident,  de  fraude 
ou  de  disparition  desdiles  allèges.  Le  nombre  n'en  sera  pas  limité, 
et  le  monopole  n'en  pourra  être  concédé  à  qui  que  ce  soit,  non 
plus  que  celui  du  transport,  par  portefaix,  des  marchandises  à 
embarquer  ou  à  débarquer. 

Art.  19.  —  Toutes  les  fois  qu'un  négociant  français  aura  des 
marchandises  à  embarquer  ou  à  débarquer,  il  devra  d'abord  en 
remettre  la  note  détaillée  au  Consul  ou  Agent  consulaire,  qui 
chargera  immédiatement  un  interprète  reconnu  du  Consulat  d'en 
donner  communication  au  chef  de  la  douane.  Celui-ci  délivrera 
sur-le-champ  un  permis  d'embarquement  ou  de  débarquement. 
Il  sera  alors  procédé  à  la  vérification  des  marchandises  dans  la 
forme  la  plus  convenable  pour  qu'il  n'y  ait  chance  de  perte  pour 
aucune  des  parties. 

Le  négociant  français  devra  se  faire  représenter  sur  le  lieu  de  la 
vérification  (s'il  ne  préfère  y  assister  lu i-^même)  par  une  personne 
réunissant  les  ([ualités  requises,  à  l'efTel  de  veiller  à  ses  intércMs 
au  moment  oq  il  sera  procédé  à  cette  vérification  pour  la  liqui- 
dation des  droits;  faute  de  quoi,  toute  réclamation  ultérieure 
restera  nulle  et  non  avenue. 

En  ce  qui  concerne  les  marchandises  taxées  cul  valorem,  si  le 
négociant  ne  peut  tomber  d'accord  avec  l'employé  chinois  sur  la 
valeur  à  fixer,  chaque  partie  appellera  deux  ou  trois  négociants 
chargés  d'examiner  les  marchandises,  et  le  prix  le  plus  élevé  qui 
sera  offert  par  l'un  d'eux  sera  réputé  constituer  la  valeur  desdites 
marchandises. 


TRAITÉ    DE    TIEN-TSIN,     37    Jl  IN     l858  39 

Les  droits  seront  prélevés  sur  le  [)oids  net  ;  on  déduira,  en  con- 
sécjuence,  le  poids  des  emballages  et  contenants.  Si  le  négociant 
français  ne  peut  s'entendre  avec  l'employé  chinois  sur  la  fixation 
de  la  tare,  chaque  partie  choisira  un  certain  nombre  de  caisses  et 
de  ballots  parmi  les  colis  objets  du  litige;  ils  seront  d'abord  pe- 
sés bruts,  puis  tarés  ensuite,  et  la  tare  moyenne  des  colis  jjesés 
servira  de  tare  pour  tous  les  autres. 

Si,  i^endant  le  cours  de  la  vérification,  il  s'élève  quekpie  difli- 
cullé  qui  ne  puisse  être  résolue,  le  négociant  français  pourra 
réclamer  l'intervention  du  Consul,  lequel  portera  sur-le-champ 
l'objet  de  la  contestation  à  la  connaissance  du  chef  des  douanes, 
et  tous  deux  s'eflbrceront  d'arriver  à  un  arrangement  amiable; 
mais  la  réclamation  devra  avoir  lieu  dans  les  viçgt-quatre  heures, 
sinon  il  n'y  sera  pas  donné  suite.  Tant  que  le  résultat  de  la  con- 
testation restera  pendant,  le  chef  de  la  douane  n'en  portera  pas 
l'objet  sur  ses  livres,  laissant  ainsi  toute  latitude  |X)ur  l'examen 
et  la  solution  de  la  difliculté. 

Les  marchandises  importées  qui  auraient  éprouvé  des  avaries 
jouiroAi  d'une  réduction  de  droits  pro|X)rtionnée  a  leur  dépré- 
ciation. Celle-ci  sera  déterminée  équitablcment  et,  s'il  le  faut, 
par  expertise  contradictoire,  ainsi  qu'il  a  été  stipulé  plus  haut 
pour  la  fixation  des  droits  ad  valorem. 

Art.  30.  —  Tout  biUiment  entré  dans  l'un  des  |)orts  de  la 
Chine,  et  qui  n'a  |X)int  encore  levé  le  permis  de  débarquement 
mentionné  dans  l'article  19,  pourra,  dans  les  deux  jours  de  son 
arrivée,  quitter  le  [)ort  et  se  rendredans  un  autre  port  sans  avoir 
à  payer  ni  droits  de  tonnage,  ni  droits  de  douane,  attendu  qu'il 
les  acquittera  ultérieurement  dans  le  ix)rt  où  il  ellectuera  la  vente 
de  ses  marchandises. 

Art.  31  —  Il  est  établi,  de  commun  accord,  que  les  droits 
d'importation  seront  acquitlés  par  les  capitaines  ou  négo- 
ciants français  au  fur  et  à  mesure  du  débarquement  des  mar- 
chandises et  après  leur  vérification.  Les  droits  d'ex[)ortation  le 
seront  de  la  même  manière,  lors  de  rembarquement.  Lorsque 
les  droits  de  tonnage  et  de  douane  dus  par  un  bi\timent  français 
auront  été  intégralement  acquitlés,  le  chef  de  la  douane  délî- 
M*era  une  quittance  générale,  sur  l'exhibition  de  laquelle  le 
Consul  rendra  ses  papiers  de  bord  au  capitaine  et  lui  permettra 
de  mettre  à  la  voile. 

Le  chef  de  la  douane  désignera   une  ou  plusieurs  maisons  de 


3o       RELATIONS  DE  l' ANGLETERRE  ET  DE  LA  FRANCE  AVEC  LA  CHINE 

change  qui  seront  autorisées  à  recevoir  la  somme  due  par  les 
négociants  français  au  compte  du  Gouvernement,  et  les  récépissés 
de  ces  maisons  de  change  pour  tous  les  payements  qui  leur  au- 
ront été  faits  seront  réputés  acquits  du  Gouvernement  chinois. 
Ces  payements  pourront  s'opérer  soit  en  lingots,  soîl en  monnaies 
étrangères  dont  le  rapport  avec  l'argent  sycé  '  sera  déterminé  de 
commun  accord  entre  le  Consul  ou  Agent  consulaire  français  et 
le  chef  de  la  douane  dans  les  différents  ports,  suivant  le  temps, 
le  lieu  et  les  circonstances. 

Art.  aa.  —  Après  l'expiration  des  deux  jours  mentionnés  dans 
l'article  20  et  avant  de  {»océder  au  déchargement,  chaque  hAti- 
ment  de  commerce  français  acquittera  intégralement  les  droits  de 
tonnage  ainsi  réglés:  pour  les  navires  de  i5o  tonneaux,  de  la 
jauge  légale  et  au-dessus,  a  raison  de  5  maces  (un  denii-taêl)  par 
tonneau;  pour  les  navires  jaugeant  moins  de  i5o  tonneaux,  à 
raison  de  i  mace  (un  dixième  de  taël)^  par  tonneau. 

Toutes  les  rétributions  et  surcharges  additionnelles  antérieure- 
ment imposées  à  l'arrivée  et  au  départ  sont  expressément  suppri- 
mées et  ne  pourront  être  remplacées  par  aucune  autre. 

Lors  du  payement  du  droit  précité,  le  chef  de  la  douane  déli- 
vrera au  capitaine  ou  auconsignataireunreçuen  forme  de  certifi- 
cat constatant  que  le  droit  de  tonnage  a  été  intégralement 
acquitté,  et,  sur  l'exhibition  de  ce  certiiicat  au  chef  de  la  douane 
de  tout  autre  port  où  il  lui  conviendrait  de  se  rendre,  le  capitaine 
sera  dispensé  de  payer  de  nouveau  pour  son  biUimcnt  le  droit  de 
tonnage,  tout  navire  français  ne  devant  être  [>assible  qu'une  seule 
fois  à  chacun  de  ses  voyages  d'un  pays  étranger  en  Cliinc. 

Sont  exemptés  des  droits  de  tonnage,  les  barques,  goélettes, 
bateaux  caboteurs  et  autres  embarcations  françaises,  pontées  ou 
non,  employées  au  trans{x>rt  des  passagers,  bagages,  lettres,  co- 
mestibles et  généralement  de  tous  objets  non  sujets  aux  droits. 
Si  lesdites  embarcations  transportaient  en  outre  des  marchan- 
dises, elles  resteraient  dans  la  catégorie  des  navires  jaugeant 
moins  de  i5o  tonneaux  et  payeraient  à  raison  d'un  dixième  de 
taêl  (un  mace)  par  tonneau. 

Les  n(îgociants  français  pourront  toujours  affréter  des  jonques 
et  autres  embarcations  chinoises,  lesquelles  ne  seront  soumises  à 
aucun  droit  de  tonnage. 

I.   Voir  note  p.   4- 
a.   Voir  noie  p.   7. 


TRAITK    DE    TIF.N-TSIN,    37    JUIN     l858  3l 

Art.  23.  —  Toutes  marchandises  l'rançaises,  après  avoir  ac- 
quitté dans  un  des  ports  de  la  Chine  les  droits  de  douane  liqui- 
dés d'après  le  tarif,  pourront  être  transportées  dans  l'intérieur 
sans  avoir  à  subir  aucune  autre  cliarge  supplémentaire  que  le 
payement  des  droits  de  transit  suivant  le  taux  modéré  actuelle- 
ment en  vigueur,  lesquels  droits  ne  seront  susceptibles  d'aucune 
augmentation  future. 

Si  des  agents  de  la  douane  chinoise,  contrairement  à  la  teneur 
du  présent  Traité,  exigeaient  des  rétributions  illé-gales  ou  préle- 
vaient des  droits  plus  élevés,  ils  seraient  punis  suivant  les  lois 
de  l'Empire. 

Art.  a4-  —  Tout  navire  français  entré  dans  l'un  des  ports 
ouverts  au  commerce  étranger,  et  qui  voudra  n'y  décharger 
qu'une  partie  de  ses  marchandises,  ne  payera  les  droits  dédouane 
que  pour  la  partie  débarquée;  il  pourra  transporter  le  reste  de 
sa  cargaison  dans  un  autre  port  et  l'y  vendre.  Les  droits  seront 
alors  acquittés. 

Dans  le  cas  où  des  Français,  après  avoir  acquitté  dans  un  port 
les  droits  sur  des  marchandises,  voudraient  les  réexporter  et  aller 
les  vendre  dans  un  autre  port,  ils  en  préviendraient  le  Consul  ou 
Agent  consulaire  ;  celui-ci,  de  son  côté,  en  informera  le  chef  de  la 
douane,  lequel,  après  avoir  constaté  l'identité  de  la  marchandise 
et  la  parfaite  intégrité  des  colis,  remettra  aux  réclamants  une  dé- 
claration attestant  (jue  les  droits  afférents  auxdites  marchandises 
ont  été  effectivement  acquittés. 

Munis  de  cette  déclaration,  les  négociants  français  n'auront,  à 
leur  arrivée  dans  l'autre  port,  qu'à  la  présenter,  j>ar  l'entremise 
du  Consul,  au  chef  de  la  douane,  qui  délivrera  pour  cette  partie 
de  la  cargaison,  sans  retard  et  sans  frais,  un  permis  de  débar- 
quement en  franchise  de  droits  ;  mais  si  l'autorité  découvrait  de 
la  fraude  ou  de  la  contrebande  parmi  ces  marchandises  ainsi 
réexport4»es,  celles-ci  seraient,  après  vérification,  confisquées  au 
proiit  du  Couvernement  chinois. 

Art.  25.  — Aucun  transbordement  de  marchandises  ne  pourra 
avoir  lieu  que  sur  permis  spécial  et  dans  un  cas  d'urgence.  S'il 
d<*vient  indispensable  d'effectuer  cette  opération,  il  devra  en  être 
référé  au  Consul,  qui  délivrera  un  ceHiïicat,  sur  le  vu  duquel  le 
transbordement  sera  autorisé  par  le  chef  de  la  douane.  Celui-ci 
pourra  toujours  déléguer  un  employé  de  son  administration 
|X3ur  y  assister. 


3a   RELATIONS  DE  l'aNGLETERRE  ET  DE  L\  FRANCE  AVEC  LA  CHINE 

Tout  transbordement  non  autorise,  sauf  le  cas  de  péril  en  la 
demeure,  entraînera  la  confiscation,  au  profit  du  Gouvernement 
chinois,  de  la  totalité  des  marchandises  illicitement  transbor- 
dées. 

Art.  26.  —  Dans  chacun  des  ports  ouverts  au  commerce 
étranger,  le  chef  de  la  douane  recevra  pour  lui-môme  et  déposera 
au  Consulat  français  des  balances  légales  pour  les  marchandises 
cl  pour  l'argent,  ainsi  que  des  poids  et  mesures  exactement 
conformes  aux  poids  et  mesures  en  usage  à  la  douane  de 
Canton,  et  revêtus  d'une  estampille  et  d'un  cachet  constatant 
cetle  conformité.  Ces  étalons  seront  la  base  de  toutes  les  liqui- 
dations de  droits  et  de  tous  les  payements  à  faire  au  Gouverne- 
ment chinois.  On  y  aura  recours  en  cas  de  contestation  sur  le 
poids  et  la  mesure  des  marchandises,  et  il  sera  statué  d'après  les 
résultats  qu'ils  auront  donnés. 

Art.  37.  —  Les  droits  d'importation  et  d'exportation  prélevés 
en  Chine  sur  le  commerce  français  seront  réglés  conformément 
au  tarif  annexé  au  présent  Traité  sous  le  sceau  et  la  signature 
des  plénipotentiaires  respectifs.  Ce  tarif  pourra  être  revisé  de 
sept  années  en  sept  années  pour  être  mis  en  harmonie  avec 
les  changements  de  valeur  apportés  par  le  temps  sur  les  produits 
du  sol  et  de  l'industrie  des  deux  empires. 

Moyennant  l'acquit  de  ces  droits,  dont  il  est  expressément 
interdit  d'augmenter  le  montant  dans  le  cours  des  sept  années 
susmentionnées,  et  que  ne  pourront  aggraver  aucune  espèce  de 
charge  ou  de  surtaxe  quelconque,  les  Français  seront  libres  d'im- 
porter en  Chine  des  ports  français  ou  étrangers,  et  d'exporter 
également  de  Chine  pour  toute  destination,  toutes  les  marchan- 
dises qui  ne  seraient  pas,  au  jour  de  la  signature  du  présent 
Traité,  et  d'après  la  classilication  du  tarif  ci-an nexé,  l'objet  d'une 
prohibition  formelle  ou  d'un  monopole  spécial. 

Le  Gouvernement  chinois  renonçant  à  la  faculté  d'augmenter 
par  la  suite  le  nombre  des  articles  réputés  contrebande  ou  mono- 
pole, aucune  modification  ne  pourra  être  apportée  au  tarif 
qu'après  une  entente  préalable  avec  le  Gouvernement  français, 
et  de  son  plein  et  entier  consentement. 

A  l'égard  du  tarif,  aussi  bien  que  pour  toute  stipulation 
introduite  ou  à  introduire  dans  les  Traités  existants  ou  qui  se- 
raient ultérieurement  conclus,  il  demeure  bien  et  dûment  établi 
que  les  négociants  et   en  général   tous  les   citoyens  français  en 


TRAITK    DE   TIEN-TSIN.    37    JUIN    l858  33 

Chine,   auront  droit  toujours  et  partout  au  traitement  de   la 
nation  la  plus  favorisée. 

Art.  38.  —  La  publication  d'un  tarif  convenable  et  régulier 
ùtant  désormais  tout  prétexte  à  la  contrebande,  il  n'est  pas  à 
présumer  qu'aucun  acte  de  cette  nature  soit  commis  par  des  bâti- 
ments du  commerce  français  dans  les  \K>ris  de  la  Chine.  S'il  en 
était  autrement,  toute  marchandise  introduite  en  contrebande, 
par  des  navires  ou  par  des  négociants  français  dans  ces  |K)rts, 
quelles  que  soient  d'ailleurs  sa  valeur  et  sa  nature,  comme  aussi 
toute  denrée  prohibée,  débarquée  frauduleusement,  seront  saisies 
par  l'autorité  locale  et  confisquées  au  profit  du  Gouvernement 
chinois.  En  outre,  celui-ci  pourra,  si  bon  lui  semble,  interdire 
l'entrée  de  la  Chine  au  bâtiment  surpris  en  contravention  et  le 
contraindre  k  partir  aussitôt  après  l'apuration  de  ses  comptes. 
Si  quelque  navire  étranger  se  couvrait  frauduleusement  du  pa- 
villon de  la  France,  le  Gouvernement  français  prendrait  les  me- 
sures nécessaires  pour  la  répression  de  cet  abus. 

Art.  39.  —  S.  M.  l'Empereur  des  Français  pourra  faire  sta- 
tionner un  bâtiment  de  guerre  dans  les  |K)rts  principaux  de  l'Em- 
pire où  sa  présence  serait  jugée  nécessaire  pour  maintenir  le  bon 
ordre  et  la  discipline  parmi  les  équipages  des  navires  marchands 
et  faciliter  l'exercice  de  l'autorité  consulaire.  Toutes  les  mesures 
nécessaires  seront  prises  pour  que  la  présence  de  ces  navires  de 
guerre  n'entraîne  aucun  inconvénient,  et  leurs  commandants 
recevraient  l'ordre  de  faire  exécuter  les  dispositions  stipulées 
dans  l'article  33  par  rapport  aux  communications  avec  la  terre 
et  à  la  police  des  équipages.  Les  bâtiments  de  guerre  ne  seront 
assujettis  h  aucun  droit. 

Art.  3o.  —  Tout  bâtiment  de  guerre  français  croisant  j)our 
la  protection  du  commerce,  sera  reçu  en  ami  et  traité  comme  tel 
dans  tous  les  ports  de  la  Chine  où  il  se  présentera.  Ces  bâti- 
ments pourront  s'y  procurer  tous  les  objets  de  rechange  ou  de 
ravitaillement  dont  ils  auraient  besoin,  et,  s'ils  ont  fait  des 
a\aries,  les  réparer  et  acheter  dans  ce  but  les  matériaux  néces- 
saires ;  le  tout  sans  la  moindre  opposition. 

Il  en  sera  de  même  à  l'égard  des  navires  de  commerce  français 
qui,  par  suite  d'avaries  majeures  ou  pour  toute  autre  cause, 
seraient  contraints  de  chercher  refuge  dans  un  port  quelconque 
de  la  Chine. 

Si  quelqu'un  de  ces  bâtiments  venait  à  se  perdre  sur  la  cùle, 

CORDIER.  L    —   3 


34       RELATIONS  DE  l'aNGUîTERRE   ET   DE  LA  FRANCE  AVEC  LA  CHINE 

Tautorité  chinoise  la  plus  proche,  dès  qu'elle  en  serait  informée, 
porterait  sur-le-champ  assistance  à  Téquipage,  pourvoirait  à  ses 
premiers  besoins  et  prendrait  les  mesures  d'urgence  nécessaires 
pour  le  sauvetage  du  navire  et  la  préservation  des  marchandises. 
Puis  elle  porterait  le  tout  à  la  connaissance  du  Consul  ou  Agent 
consulaire  le  plus  à  portée  du  sinistre,  pouf  que  celui-ci,  de 
concert  avec  l'autorité  compétente,  pût  aviser  aux  moyens  de 
rapatrier  Téquipage  et  de  sauver  les  débris  du  navire  et  de  la 
cargaison. 

Art.  3i.  —  Dans  le  cas  où,  par  la  suite  des  temps,  la  Chine 
entrerait  en  guerre  avec  une  autre  puissance,  cette  circonstance 
ne  porterait  aucune  atteinte  au  libre  commerce  de  la  France  avec 
la  Chine  ou  avec  la  nation  ennemie.  Les  navires  français  pour- 
raient toujours,  sauf  le  cas  de  blocus  effectif,  circuler  sans 
obstacle  des  ports  de  Tune  aux  ports  de  l'autre,  y  trafiquer  comme 
à  l'ordinaire,  y  importer  et  en  exporter  toute  espèce  de  marchan- 
dises non  prohibées. 

Art.  Sa.  —  S'il  arrive  que  des  matelots  ou  autres  individus 
désertent  des  bâtiments  de  guerre  ou  s'évadent  des  navires  de 
commerce  français,  l'autorité  chinoise,  sur  la  réquisition  du 
Consul,  ou  à  son  défaut,  du  capitaine,  fera  tous  ses  efforts  pour 
découvrir  et  restituer  sur-le-champ,  entre  les  mains  de  l'un  ou 
de  l'autre  les  susdits  déserteurs  ou  fugitifs. 

Pareillement,  si  des  Chinois  déserteurs  ou  prévenus  de  quel- 
que crime  vont  se  réfugier  dans  des  maisons  françaises  ou  à 
bord  des  navires  appartenant  à  des  Français,  l'autorité  locale 
s'adressera  au  Consul,  qui,  sur  la  preuve  de  la  culpabilité  des 
prévenus,  prendra  immédiatement  les  mesures  nécessaires  pour 
que  leur  extradition  soit  effectuée.  De  part  et  d'autre,  on  évitera 
soigneusement  tout  recel  et  toute  connivence. 

Art.  33.  —  Quand  des  matelots  descendront  à  terre,  ils  seront 
soumis  à  des  règlements  de  discipline  spéciale  qui  seront  arrêtés 
par  le  Consul  et  communiqués  à  l'autorité  locale,  de  manière  à 
prévenir,  autant  que  possible,  toute  occasion  de  querelle  entre 
les  marins  français  et  les  gens  du  pays. 

Art.  34.  —  Dans  le  cas  où  les  navires  de  commerce  français 
seraient  attaqués  ou  pillés  par  des  pirates,  dans  des  parages  dé- 
pendants de  la  Chine,  l'autorité  civile  et  militaire  du  lieu  le  plus 
rapproché,  dès  qu'elle  aura  connaissance  du  fait,  en  poursuivra 
activement  les  auteurs,  et  ne  négligera  rien  pour  qu'ils  soient 


k 


TRAITÉ    DE    TIEN-TSIN,    2 7    JUIN     l858  35 

arrêtes  et  punis  conformément  aux  lois.  Les  marcliandises  enle- 
vées, en  quelque  lieu  et  dans  quelque  état  qu'elles  se  trouvent, 
seront  remises  entre  les  mains  du  Consul,  qui  se  chargera  de  les 
restituer  aux  ayants  droit.  Si  l'on  ne  peut  s'emparer  des  coupa- 
bles ni  recouvrer  la  totalité  des  objets  volés,  les  fonctionnaires 
chinois  subiront  la  peine  infligée  par  la  loi  en  pareilles  circons- 
tances ;  mais  ils  ne  sauraient  être  rendus  pécuniairement  respon- 
sables. 

Art.  35.  —  Lorsqu'un  sujet  français  aura  quelque  motif  de 
plainte  ou  quelque  réclamation  à  for nm  1er  contre  un  Chinois,  il 
devra  d'abord  exposer  ses  griefs  au  (ionsul,  qui,  après  avoir  exa- 
miné l'affaire,  s'elTorcera  de  l'arranger  à  l'amiable.  De  même, 
quand  un  Chinois  aura  à  se  plaindre  d'un  Français,  le  Consul 
écoulera  ses  réclamations  avec  intérêt  et  cherchera  à  ménager 
un  arrangement  à  l'amiable  ;  mais,  si,  dans  l'un  ou  l'autre  cas, 
la  chose  était  impossible,  le  Consul  requerra  l'assistance  du  fonc- 
tionnaire chinois  compétent,  et  tous  deux,  après  avoir  examiné 
conjointement  l'alTaire,  statueront  suivant  l'équité. 

Art.  36.  —  Si,  dorénavant  des  citoyens  français  éprouvaient 
quelques  dommages  ou  s'ils  étaient  l'objet  de  quelque  insulte  ou 
vexation  de  la  part  de  sujets  chinois,  ceux-ci  seraient  poursuivis 
par  l'autorité  locale,  qui  prendra  les  mesures  nécessaires  pour  la 
défense  et  la  protection  des  Français;  à  bien  plus  forte  raison, 
si  des  malfaiteurs  ou  quelque  partie  égarée  de  la  population 
tentaient  de  piller,  de  détruire  ou  d'incendier  les  maisons,  les 
magasins  des  Français  ou  tout  autre  établissement  formé  par  eux, 
la  môme  autorité,  soit  à  la  réquisition  du  Consul,  soit  de  son 
propre  mouvement,  enverrait  en  toute  hâte  la  force  armée  pour 
dissiper  l'émeute,  s'emparer  des  coupables  et  les  livrer  h  toute  la 
rigueur  des  lois  ;  le  tout  sans  préjudice  des  poursuites  à  exercer 
par  qui  de  droit  pour  indemnisation  des  pertes  éprouvées. 

Art.  37.  —  Si  des  Chinois,  à  l'avenir,  deviennent  débiteurs 
de  capitaines  ou  de  négociants  français  et  leur  font  éprouver  des 
pertes  par  fraude  ou  de  toute  autre  manière,  ceux-ci  n'auront 
plus  à  se  prévaloir  de  la  solidarité  qui  résultait  de  l'ancien  état 
de  choses;  ils  pourront  seulement  s'adresser,  par  l'entremise  de 
leurs  Consuls,  à  l'autorité  locale,  qui  né  négligera  rien,  après 
avoir  examiné  l'alTaire,  pour  contraindre  les  prévenus  à  satis- 
faire à  leurs  engagements  suivant  la  loi  du  pays. 

Mais  si  le  débiteur  ne  j^eut  être  retrou>é,  s'il  est  mort  ou  en 


I 


36       RELATIONS  DE   i/aNGLETEHHE  ET  DE  LA  FRANCE  AVEC  LA   CHINE 

faillite,  el  s'il  ne  reste  rien  pour  payer,  les  négociants  français 
ne  pourront  point  appeler  l'autorité  chinoise  en  garantie. 

En  cas  de  fraude  ou  de  non-payement  de  la  part  des  négociants 
français,  le  Consul  prêtera  de  la  môme  manière,  assistance  aux 
réclamants,  sans  que  toutefois,  ni  lui  ni  son  Gouvernement, 
puissent,  en  aucune  manière,  ôtre  rendus  responsables. 

Art.  38.  —  Si,  malheureusement,  il  s'élevait  quelque  rixe  ou 
quelque  querelle  entre  des  Français  et  des  Chinois,  comme 
aussi  dans  le  cas  où,  durant  le  cours  d'une  semblable  querelle, 
un  ou  plusieurs  individus  seraient  tués  ou  blessés,  soit  par  des 
coups  de  feu,  soit  autrement,  les  Chinois  seront  arrêtés  par 
l'autorité  chinoise,  qui  se  chargera  de  les  faire  examiner  et 
punir,  s'il  y  a  lieu,  conformément  aux  lois  du  pays.  Quant  aux 
Français,  ils  seront  arrêtés  à  la  diligence  du  Consul,  et  celui-ci 
prendra  toutes  les  mesures  nécessaires  pour  que  les  prévenus 
soient  livrés  à  l'action  régulière  des  lois  françaises,  dans  la  forme 
et  suivant  les  dispositions  qui  seront  ultérieurement  déterminées 
par  le  Gouvernement  français. 

Il  en  sera  de  môme  en  toute  circonstance  analogue  et  non 
prévue  par  la  présente  convention,  le  principe  étant  que,  pour 
la  répression  des  crimes  et  délits  commis  par  eux  en  Chine,  les 
Français  seront  constamment  régis  par  les  lois  françaises. 

Art.  39.  —  Les  Français  en  Chine  dépendent  également,  pour 
toutes  les  dilTicullés  ou  les  contestations  qui  pourraient  s'élever 
entre  eux,  de  la  juridiction  française.  En  cas  de  différends  sur- 
venus entre  Français  et  étrangers,  il  est  bien  stipulé  (|ue  l'auto- 
rité chinoise  n'aura  à  s'en  mêler  en  aucune  manière.  Elle  n'aura 
piireillement  à  exercer  aucune  action  sur  les  navires  français  ; 
ceux-ci  ne  relèveront  que  de  l'autorité  française  et  du  capitaine. 

Art.  4o.  —  Si  dorénavant  le  Gouvernement  de  Sa  Majesté  l'Em- 
pereur des  Français  jugeait  convenable  d'apix)rter  des  modilica- 
lions  à  quelques-unes  des  clauses  du  présent  Traité,  il  sera  libre 
d'ouvrir,  à  cet  effet,  des  négociations  avec  le  Gouvernement  chi- 
nois, après  un  intervalle  de  douze  années  révolues  à  partir  de 
l'échange  des  ratifications. 

11  est  d'ailleurs  entendu  que  toute  obligation  non  consignée 
expressément  dans  la  présente  convention  ne  saura  être  imposée 
aux  Consuls  ou  aux  Agents  consulaires,  non  plus  qu'à  leurs  na- 
tionaux, tandis  que,  comme  il  a  été  stipulé,  les  Français  jouiront 
de  tous  les  droits,  privilèges,  immunités  el  garanties  quelconques 


à 


ARTICLES    COMPIJ-:\IE>TAini:S,     3  y    JUIN     l858  87 

qui  auraient  élô  accordées  par  IcCiouverncmenl  chinois  à  d'autres 
puissances. 

Art.  4 1 .  —  Sa  Majesté  l'Empereur  des  Français,  voulant  donner 
à  Sa  Majesté  l'Empereur  de  la  Cliine  une  preuve  des  sentiments 
qui  l'animent,  consent  à  stipuler,  dans  des  articles  séparés  ayant 
la  même  force  et  valeur  que  s'ils  étaient  insérés  mot  à  mot  au 
présent  Traité,  les  arrangements  convenus  entre  les  deux  Gou- 
vernements au  sujet  des  questions  antérieures  aux  événements  de 
Canlon  et  aux  frais  qu'ils  ont  occasionnés  au  Gouvernement  de 
Sa  Majesté  l'Empereur  des  Français. 

Art.  43.  —  Los  ratifications  du  présent  Traité  d'amitié,  de 
commerce  et  de  navigation  seront  échangées  à  Péking,  dans  l'in- 
tervalle d'un  an  a  partir  du  jour  de  la  signature,  ou  plus  tôt  si 
faire  se  peut,  par  S.  M.  l'Empereur  des  Français  et  par  S.  M. 
l'Empereur  de  la  Chine. 

Après  l'échange  de  ces  ratifications,  le  Traité  sera  porté  à  la 
connaissance  de  toutes  les  autorités  supérieures  de  l'Empire  dans 
les  provinces  et  dans  la  capitale,  afin  que  sa  publicité  soit  bien 
établie. 

En  foi  de  quoi,  les  Plénipotentiaires  respectifs  ont  signé  le 
présent  Traité  et  y  ont  apposé  leurs  cachets. 

Fait  à  Tien-Tsin,  en  quatre  expéditions,  le  vingt-septième 
jour  du  mois  dejuin.de  l'an  de  grâce  i858,  correspondant  au 
dix-septième  jour  de  la  cinquième  lune  de  la  huitième  année  de 
Ilien-Foung. 

Signé  :  Baron  Gros. 
Les  signatures  des  Plénipoten- 
tiaires Chinois. 


ARTICLES  COMPLÉMENTAIRES,    27   JUIN     l858 

De  plus,  le  même  jour,  six  articles  complémentaires 
furent  signés,  par  lesquels  il  était  stipulé  que  le  mandarin 
de  Si -lin  Hien,  où  avait  été  martyrisé  Tabbé  Chapdelaine, 
serait  dégradé  et  qu'une  indemnité  de  deux  millions  de  taëls 
devait  être  versée  par  la  Chine  à  la  France  pour  les  dépenses 
occasionnées  par  les  armements  considérables  faits  par  ce 
dernier  pays,  et  pour  les  propriétés  des  Français  et  protégés 


I 


38        RELATIONS  DE  l'aNC.LKTEIIRE  ET  DE  J.A   FRANCE  AVEC  LA  CHINE 

de  la  France,  pillées  ou  incendiées  à  Canton,  le  i4  décembre 
i856: 


Articles  séparés  servant  de  complément  au  Traité  conclu  entre  S.  M. 
l'Empereur  des  Français  et  S.  M,  C Empereur  de  la  Chine,  à 
Tien-Tsin,  dans  la  province  de  Tche-li,  le  2']  juin  i858. 

Art.  i".  —  Le  magistral  de  Si-lin  Hien  coupable  du  meurtre 
du  missionnaire  français  Auguste  Chapdclaine  sera  dégradé  et 
déclaré  incapable  d'exercer  désormais  aucun  emploi. 

Art.  3.  —  Une  communication  oflicielle  adressée  à  Son  Excel- 
lence Monsieur  le  Ministre  de  France  en  Chine  lui  annoncera 
Fexécntion  de  cette  mesure,  qui  sera  rendue  publique  et  motivée 
convenablement  dans  la  Gazette  de  Péking. 

Art.  3.  —  Une  indemnité  sera  donnée  aux  Français  et  aux 
protégés  de  la  France  dont  les  propriétés  ont  été  pillées  ou  incen- 
diées par  la  populace  de  Canton  avant  la  prise  de  cette  ville  par 
les  troupes  alliées  de  la  France  et  de  TAngleterrc. 

Art.  4.  —  Les  dépenses  occasionnées  par  les  arménien! s  con- 
sidérables qu'ont  motivés  les  refus  obstinés  des  autorités  Chi- 
noises d'accorder  à  la  France  les  réparations  et  les  indemnités 
qu'elle  a  réclamées,  seront  payées  au  Gouvernement  de  Sa  Ma- 
jesté l'Empereur  des  Français  par  les  caisses  de  la  douane  de  la 
ville  de  Canton. 

Ces  indemnités  et  ces  frais  d'armement  s'élevant  à  peu  près  à 
une  somme  de  deux  millions  de  taëls  (aoooooo),  cette  somme 
sera  versée  entre  les  mains  du  Ministre  de  France  en  Chine,  qui 
en  donnera  quittance. 

Cette  somme  de  deux  millions  de  taëls  sera  payée  à  Son  Excel- 
lence Monsieur  le  Ministre  de  France  en  Chine,  par  sixièmes 
payables  d'année  en  année,  et  pendant  six  ans,  par  la  caisse  des 
Douanes  de  Canton  ;  elle  pourra  l'être  soit  en  numéraire,  soit 
en  bons  de  douane,  qui  seront  reçus  par  cette  administration  en 
payement  des  droits  d'importation  et  d'exportation  et  pour  un 
dixième  seulement  de  la  somme  qu'on  aurait  à  lui  payer,  c'est- 
à-dire  que,  si  un  négociant  doit  à  la  douane  de  Canton  une 
somme  de  dix  mille  taëls,  par  exemple,  pour  droits  d'importa- 
tion ou  d'exportation,  il  pourra  en  payer  neuf  mille  en  espèces 
et  mille  en  bons  dont  il  s'agit. 

Le  premier  sixième  sera  payé  dans  le  cours  de  l'année  qui  sui- 


i 


ARTICLES    COMPLÉMENTAinES.     3"    JLIN     l858  Sq 

vra  la  signature  du   présent  Traité,    à  compter  du  jour  où  elle 
aura  lieu. 

La  douane  de  Canton  pourra,  si  elle  le  veut,  ne  recevoir  cha- 
que année  en  payement  de  droits,  que  le  sixième  des  bons  émis, 
c'est-à-dire  pour  une  somme  de  trois  cent  trente-trois  mille  trois 
cent  trente-trois  laëls  et  trente-quatre  centièmes. 

Une  commission  mixte,  nommée  à  Canton  par  l'autorité  chi- 
noise et  parle  Ministre  de  France,  fixera  d'avance  le  mode  d'émis- 
sion de  ces  bons  et  les  règlements  qui  en  détermineront  la  forme, 
la  valeur  et  le  mode  de  destruction  dès  qu'ils  auront  servi. 

Art.  5.  —  L'évacuation  de  Canton  par  les  troupes  françaises 
s'elTecluera  aussitôt  que  possible  après  le  payement  intégral  de 
la  somme  de  deux  millions  de  taëls  stipulée  ci-dessus  ;  mais  pour 
hâter  la  retraite  de  ces  troupes,  ces  bons  de  douane  pourront 
être  émis  d'avance  par  série  de  six  années  et  déposés  dans  la 
chancellerie  de  la  Légation  de  France  en  Chine. 

Art.  6.  —  Les  articles  ci-dessus  auront  même  force  et  valeur 
que  s'ils  étaient  inscrits  mot  à  mot  dans  le  Traité  dont  ils  font 
jjarlie.  et  les  Plénipotentiaires  respectifs  les  ont  signés  et  y  ont 
apposé  leurs  sceaux  et  leurs  cachets. 

Fait  à  Tsien-Tsin,  en  quatre  expéditions,  le  27' jour  du  mois 
de  juin  de  l'an  de  grâce  i858,  correspondant  au  17*  jour  de  la 
5"  lune  de  la  8®  année  de  Hien  Foung. 

Baron  Gros. 

Signatures  des  Plénipotentiaires  Chinois. 


Aux  termes  de  Part.  9  du  traité  de  Ticn-Tsin,  un  tarif  de 
douane  et  des  règlements  commerciaux  furent  signés  à 
Chang-Haï,  le  2 4  novembre  i858  (19*  jour,  10®  lune, 
8®  année  Hien  Foung),  par  le  baron  Gros  et  Kouei-Liang  et 
Houa  Cha-na,  auxquels  furent  adjoints  :  Ho,  second  tuteur 
de  Phérilier  présomptif,  secrétaire  d'État  au  département  de 
la  guerre,  vice-roi  des  deux  Kiang;  Min,  fonctionnaire  de 
deuxième  rang,  chargé  des  mouvements  militaires  ;  et  Touan, 
fonctionnaire  de  cinquième  rang,  membre  du  conseil  général, 
attaché  au  ministère  de  la  justice.  Ce  tarif,  considéré  comme 


4o       RFLATIONS  DE  i/aNGLETERRE   ET  DE   LA   FRANCE  AVEC  LA  CHINE 

complément  du  traité  du  27  juin  i858,  fut  ratifié  en  même 
temps  que  lui,  à  Pé-king,  le  26  octobre  1860  *. 

AFFAIRE  DE  TA-KOU,    25  JUIN    1869 

L'année  suivante,  lorsque  M.  de  Bourboulon  pour  la 
France,  et  M.  Frederick  W.  A.  Bruce',  pour  l'Angleterre, 
se  rendirent  dans  le  Nord  pour  échanger,  ainsi  qu'il  avait  été 
convenu,  les  ratifications  du  trailé  de  Ticn-Tsin,  ils  furent 
accueillis  à  coups  de  canon  par  les  forts  de  Ta-Kou  (26  juin 
iSSg),  grâce  aux  conseils  donnés  à  TEmpereur  par  le  gé- 
néral mongol  Seng-ko-lin-sin. 

Une  nouvelle  guerre  était  inévitable. 

GUERRE   DE    1860 

Il  ne  rentre  pas  dans  mon  plan  de  raconter  ici  la  glorieuse 
campagne  de  1860,  les  exploits  des  généraux  Cousin- 
Montauban  et  Sir  Ilope  Grant,  des  amiraux  Charner  et 
James  Hope  ;  rappelons-en  seulement  les  principales  étapes  : 
débarquement  des  alliés  à  Tembouchure  du  Pe-T'ang  Ho 
(i"'  août  1860)  ;  prise  des  forts  de  Ta-Kou  (21  aoiit  1860); 
occupation  de  Tien-Tsin  (2^  août  1860);  guet-apens  de 
Toung-Tchéou,  dans  lequel  11  Français  et  26  Anglais  sont 
traîtreusement  saisis  par  les  Chinois  (18  septembre  1860)^  ; 
victoire  de  Pa  H  k'iao  (21  septembre);  pillage  et  incen- 
die du  Palais  d'Eté  ;  reddition  de  Pé-King  le  i3  octobre  ; 
enfin,    signature    des  conventions  à  Péking. 

I .  Voir  p.  8-9. 

a.  Plus  lard  sir  ;  frère  de  Lord  Elgin;  né  i4  avril  181 4  ;  mort  19  sep- 
tembre 1867,  à  Boston,  États-Unis. 

3.  Ce  guetapcns  ne  fut  l'œuvre  ni  de  l'Empereur  ni  du  général  Scng- 
ko-Iin-sin,  mais  bien  des  princes  de  Tcheng  et  de  1. 

Le  capitaine  Brabazon  cl  Tabbé  Deluc  furent  décapites  le  21  septembre 
1860  dans  la  cour  d'une  pagode  déj>endant  d'un  petit  temple  à  environ  6  lis 
de  Pa-li  k'iao,  entre  onze  heures  et  midi;  Harrjr  S.  Parkes  et  H.  B.  Loch 
furent  menés  à  Péking  ;  les  autres  furent  enfermés  au  Youen-ming-jouen. 


I 

i 


CHAPITRE  III 
LES  PLÉNIPOTENTIAIRES  Â  PÉKING 

Le  28  oclobre  1860,  presque  toute  Tarmée,  l'ambassade 
de  France,  le  général  Ignatiev,  ministre  de  Russie,  la  mis- 
sion ecclésiastique  russe  avec  rarchimandrite  Goury,  M*^' 
Mouly*,  évéque  de  Péking,  et  M'"*  Anouilh*,  conduisirent, 
au  cimetière  de  Cha-la-eul,  les  corps  de  six  des  Français', 
victimes  du  guel-apens  de  Toung-tcliéou  (18  septembre 
1860)  :  le  colonel  d'artillerie  Foulon-Grandchamps,  le  sous- 
intendant  Dubut,  Tofficier  comptable  Ader,  Tinlirmier  Blan- 
quet,  le  soldat  du  train  Bonicbo  et  le  chasseur  à  pieds  Ozouf  ; 
on  n'avait  pu  retrouver  les  restes  de  Tabbé  Deluc*. 

«  Le  général  Grant,  écrit  Gros,  et  son  Etat-Major  s'étaient 
joints  à  nous  ;  le  général  Ignatiev  nous  a  reçus  dans  le  cime- 
tière confié  depuis  longtemps  à  la  garde  de  la  mission  ecclé- 
siastique russe  de  Péking,  et  Lord  Elgin,  souffrant  et  dans 
son  lit,  m'a  fait  témoigner  les  regrets  qu'il  éprouvait  de  ne 
pas  pouvoir  se  joindre  à  nous.  » 

Le  même  jour  le  baron  Gros  recevait  la  visite  des  deux 

I.  Josoph-Mariial  Mouly,  né  à  Figeac,  le  2  août  1807;  évc^uc  de 
FuRsulan,  vice-ap.  du  Pé  Tché-li  septentrional  ;  mort  à  Péking,  le  (\  dé- 
cembre 1868  ;  lazariste. 

a.  Jean- Baptiste  Anouilh,  ne  le  10  novembre  181 9,  dans  le  diocèse  de 
Pamiers,  évéque  d'Abjrdos,  vic.-ap.  du  Pé  Tchc-li  occidental;  mort  à 
Tching-ting  fou,  le  18  février  1869;  lazariste. 

3.  Plus  tard,  ils  furent  transférés  au  cimetière  français. 

4.  Dominique  Deluc,  du  diocèse  d*Agen;  des  missions  étrangères 
de  Paris  ;  arrivé  au  KouangToung  en  i852  ;  il  était  âgé  de  34  ans. 


{ 


4a  l.KS    PLKMPOTKNTIAIRES    A    PKRIKG 

évêques  qui  lui  présenlèrent  une  députation  du  clergé  chi- 
nois et  une  députation  des  chrétiens  qui  résidaient  dans  la 
capitale. 

Le  29,  la  cathédrale  du  Nan  T'ang  ayant  été  déblayée  par 
une  compagnie  du  génie,  la  croix  de  fer  avait  été  rétablie 
sur  le  sommet  de  Tédifice,  un  service  funèbre  y  fut  célébré  ; 
une  messe  basse  fut  dite  par  Tabbé  de  Serres  assisté  de  deux 
aumôniers;  le  coadjuteur,  M^*"  Anouilh,  donna  l'absoute; 
M*''"  Mouly  prononça  une  allocution  et  chanta  un  Te  Deum 
et  un  Domine  sahutn  fac  Imperatorem, 

L'abbé  Trégaro*,  aumônier,  qui  accompagnait  le  comman- 
dant Campenon^  dans  sa  reconnaissance  du  Nan  T'ang,  faisait 
ainsi  le  récit  de  leur  visite  à  cette  ancienne  église  ^  : 

«  Elle  a  peu  souffert  à  l'extérieur,  mais  comme  la  porte 
était  murée  et  qu'il  y  avait  une  foule  de  décombres  on  dut 
employer  deux  jours  à  la  dégager  au  dedans  et  au  dehors. 
Puis  on  la  revêtit  à  l'intérieur  d'immenses  pièces  de  soie 
noire  parsemées  de  croix  blanches.  Et  un  service  solennel  y 
fut  célébré  pour  les  victimes  de  la  trahison  dernière.  On 
avait  là  les  corps  de  six  d'entre  elles  ;  puis  eut  lieu  Tenterre- 
ment  au  cimetière  ;  deux  évêques  et  une  vingtaine  d'ecclé- 
siastiques, soit  Européens,  soit  Chinois,  prêtres  ou  sémina- 
ristes, avec  une  longue  suite  de  catéchistes  revêtus  de  Thabit 
de  chœur  (plus  de  i5o),  tout  ce  cortège  auquel  se  mêlaient 
plusieurs  personnages  de  l'ambassade  russe  était  des  plus 
imposants.   » 

I.  Franco is- Marie  Trv.gBTO,  né  à  Peillac  (Morbihan),  19  juin  182^  ; 
aumônier  de  i''^  classe  delà  marine,  i^i'mars  i856  ;  aumônier  supérieur, 
a5  septembre  i86i  ;  en  chef,  33  septembre  1866  ;  évèque  de  Séez,  36  jan- 
vier 1883. 

a .  Jean- Baptiste-  Marie-Edouard  Gampenon,  né  à  Tonnerre  (Yonne), 
4  mai  1819;  depuis  général  et  ministre  de  la  guerre;  mort  à  Paris, 
16  mars  1891. 

3.  Lettres  des  nouvelles  Missions  de  la  Chiné,  111,  a®  partie,  Lettre 
du  F.  Dovergne,  p.  248. 


L 


LES    PLÉNIPOTENTIAIIIES    A    PÉkING  43 

En  arrivant  à  Péking,  les  allies  se  trouvèrent  sans  empe- 
reur; Hien  Foung  ayant  fui  à  Djehol,  mais  plus  heureux 
que  les  étrangers,  en  cette  année  1900,  ils  eurent  la  bonne 
fortune  de  se  trouver  en  présence  d'un  prince  jeune  et  intel- 
ligent, frère  du  souverain,  le  prince  de  Koung.  Encore  cette 
chance  faillit-elle  leur  échapper  :  «  J'ai  su  plus  tard,  écrit  le 
baron  Gros,  que  l'incendie  du  palais  d'Eté  avait  été  au  mo- 
ment d'amener  cette  fâcheuse  éventualité  [la  fuite  de  Koung], 
et  qu'à  la  vue  des  tourbillons  de  fumée  qui  s'étendaient 
jusque  sur  Péking,  le  prince  avait  voulu  partir,  et  qu'il  avait 
fallu  presque  le  retenir  par  force  pour  qu'il  n'abandonnât 
pas  la  résidence  où  il  s'était  caché,  en  proie  à  la  plus 
incroyable  frayeur*».  Yi-Sin,  prince  de  Koung,  sixième  fils 
de  Tempereur  Tao  Kouang,  est  né  en  i832.  «  Il  a,  dit  un 
témoin  oculaire,  une  expression  très  agréable,  ses  traits  sont 
du  vrai  type  tartare  ;  la  joue  droite  est  légèrement  marquée 
de  deux  cicatrices,  rapprochées  l'une  de  l'autre,  apparem- 
ment les  marques  de  deux  petits  clous.  Sa  figure  et  ses  mains 
sont  petites,  les  doigts  étant  déhcats  et  efféminés  d'appa- 
rence... Il  est  d'une  taille  moyenne,  et  de  forme  grêle.  *  » 

Le  ministre  d'Angleterre,  Frederick  A.  Bruce,  arrivé  de 
Tien-Tsin,  le  6  novembre,  s'était  rendu  avec  son  frère.  Lord 
Elgin,  près  du  baron  Gros  pour  demander,  comme  indispen- 
sable, l'établissement  immédiat  des  légations  d'Angleterre  et 
de  France  à  Péking. 

Le  baron  Gros  écrivait  à  ce  sujet  au  Ministre  des  Affaires 
étrangères  (17  novembre  1860)  : 

a  Le  7  de  ce  mois  lord  Elgin  installé  cnfm  dans  Péking  est 
venu  me  voir  et  a  amené  chez  moi  monsieur  Bruce  son  frère, 
que  je  n'attendais  pas  et  qui  venait  d'arriver  avec  toute  sa  léga- 
tion, matériel  et  personnel,  et  si  Votre  Excellence  veut  bien  me 


I.  Livre  jaune  du  Baron  Gros,  p.  ig3. 
a.  Rennie,  Péking ,  l,  p.  4a. 


/|4  LKS    PLKMPOTKXTIAIUES     V    PKKING 

permettre  de  lui  dire  avec  cinquante  caisses  de  verres  à  vitre 
destinés  à  remplacer,  dans  le  palais  qu'il  comptait  occuper 
immédiatement,  les  carreaux  de  papier  en  usage  dans  le  pays. 
Apres  les  compliments  d*usage  échangés  de  part  et  d'autre,  la 
conversation  a  porte  nécessairement  sur  les  événements  du  jour, 
et  avec  une  assurance  qui  m'a  paru  au  moins  singulière, 
M.  Bruce  a  déclaré  aux  deux  ambassadeurs  qu'il  fallait  que  les 
deux  Légations  des  puissances  alliées  fussent  établies  immédiate- 
ment en  permanence  dans  Péking,  et  il  ajouta  du  ton  le  plus 
impératif  (\ue  se  trouvant  maintenant  dans  la  ville,  il  n'en  sor- 
tirait que  si  on  l'en  chaasail.  Ce  langage  peu  convenable  a  paru 
froisser  et  embarrasser  son  frère  qui  m'ayant  inl(Tpellé  m*a 
demandé  de  lui  faire  connaître  mon  avis  au  sujet  de  l'établisse- 
ment immédiat  des  légations  alliées  dans  Péking  :  j'ai  répondu  à 
Lord  Elgin  que  bien  qu'il  connut  déjà  mon  opinion  à  cet  égard, 
j'aurai  l'honneur  de  la  lui  donner  par  écrit  dans  la  journée.  Les 
deux  frères  se  sont  retirés  et  le  soir  même,  j'ai  fait  parvenir  à 
Lord  Elgin  [ma]  lettre  ». 

Dans  une  dépêche  du  même  jour,  7  novembre,  à  Lord 
Elgin,  le  baron  Gros,  en  effet,  leur  donna*  les  raisons  qui 
rQmpêcliaient  de  partager  leur  manière  de  voir  : 

a  Je  me  suis  arrêté  à  l'idée  que  l'établissement  immédiat  des 
ministres  étrangers  dans  Pé-king  serait  prématuré  et  dange- 
reux peut-être,  car  il  pourrait  donner  au  vieux  parti  tartare,  qui 
entoure  encore  l'empereur  et  flatte  ses  goùls,  ses  passions  et  ses 
rancunes,  une  arme  dont  il  se  servirait  avec  succès  pour  renverser 
le  prince  Koung  et  les  hommes  qui  lui  prêtent  leur  aj^pui,  ce  qui 
remettrait  peut-être  en  question  tout  ce  que  nous  avons  fait  ici. 

«  Si,  comme  vous  me  Pavez  dit  vous-même,  l'empereur  était 
revenu  dans  Pé  -King,  et  avait  voulu  nous  y  recevoir,  la  présence 
des  légations  auprès  de  lui  aurait  été  parfaitement  simple.  Elle 
n'eût  été  que  la  continuation  des  bonnes  relations  que  nous 
aurions  heureusement  établies  entre  lui  et  nos  gouvernements  ; 
mais  l'empereur  a  fui,  il  n'a  pas  voulu  rentrer  dans  Pé-Ring  pen- 
dant que  nous  y  étions,  et  le  voudrait-il  davantage  alors  que  nos 


I.   Livre  jaune  du  Baron  Gros,  p.  201 -a. 


k 


DÉPAUT    DE    LOUD    ELGIN  ^5 

drapeaux  y  auraient  été  arborés  à  demeure  sur  les  deux  légations 
alliées  ?  Ne  préférerait-il  pas  mettre  à  exécution  l'idée  qu'il  a 
émise  déjà  plusieurs  fois  et  très  sérieusement,  d'aller  établir  sa 
résidence  impériale  dans  Tune  des  villes  de  l'intérieur? 

«  Au  contraire,  lorsque  nos  troupes  auront  quitté  J^é-Ring.  et 
que  nous  n'y  serons  plus  nous-mêmes,  l'empereur  pourra  y  re- 
venir, sans  que  son  amour-propre  soit  froissé;  tout  sera  rentré 
dans  l'état  normal,  et  les  deux  minisires  pourront  alors  venir 
s'établir  auprès  de  lui,  conformément  aux  traités  ;  il  les  recevra 
au  lieu  de  les  subir,  et  cela  ne  vaudrait-il  pas  mieux  pour  lui 
comme  jx)ur  nous  ? 

a  Voici  donc  le  parti  que  je  prendrais  si  fêlais  seul.  J'établi- 
rais la  légation  de  l'Empereur  à  Tien-tsin,  en  annonçant  que 
ce  n'est  que  pour  y  passer  Thixer.  De  là.  elle  correspondrait 
directement  avec  les  bauts  fonctionnaires  de  Pé-King  jX)ur  les 
affaires  courantes,  comme  pour  la  mise  à  exécution  des  obligations 
qui  lient  la  France  et  la  Cbinc.  Pendant  ce  temps,  un  local  con- 
venable serait  préparé  dans  Pé-Ring.  et  au  mois  d'avril  et  avant 
qucTien-Tsin  fut  abandonné  par  nos  troupes,  la  légation  vien- 
drait s'établir  dans  la  capitale,  où  elle  serait  annoncée  et  atten- 
due depuis  longtemps  »... 


DKPART    DE    LORD    ELGIN. 


Le  baron  Gros  et  le  général  Ignatiev  étant  du  même  avis, 
Lord  Elgin  se  rallia  à  leur  opinion.  Le  8  novembre  ce  der- 
nier rendait  visite  au  prince  Koung  «  avec  une  imposante 
escorte  militaire  »  et  lui  présentait  son  frère  Bruce  comme 
ministre  plénipotentiaire.  Le  lendemain,  les  deux  frères  quit- 
taient la  capitale  avec  les  forces  anglaises,  laissant  derrière 
eux  Harry  S.  Parkes  qui  les  rejoignit  quelques  heures  après. 
Klgin  s'embarquait  enlin  à  Tien-Tsin  le  26  novembre  18O0, 
appelé  ensuite  à  de  plus  liantes,  mais  certainement  pas  plus 
importantes  fonctions  :  celles  de  vice-roi  de  Tlnde. 

Au  reçu  des  dépêches  de  Lord  Elgin  du  21  au3i  octobre, 
le  gouvernement  de  la  Reine  transmit  à  l'heureux  négocia- 
teur, l'expression  de  son  entière  approbation,  par  Pinlermé- 


46  LES    PLÉNIPOTENTIAIRES    A    PÉKING 

diaire  de  Lord  John  Russell,  minisire  des  affaires  étrangères 
(9  janvier  1861)'  : 

«  La  Convenlion  que  vous  avez  conclue  avec  le  Prince  de 
Roung  le  3^  octobre  est  entièrement  satisfaisante  pour  le  Gou- 
vernement de  Sa  Majesté.  Elle  enregistre  la  réparation  faite  par 
l'Empereur  de  Chine  pour  avoir  méprisé  Tan  dernier  son  traité  ; 
elle  libère  le  Gouvernement  de  Sa  Majesté  de  l'engagement  im- 
pliqué de  ne  pas  insister  en  détail  sur  l'accomplissement  de  ces 
engagements  ;  elle  impose  à  la  Chine  une  amende  sous  la  forme 
d'une  augmentation  de  taux  d'indemnité  ;  elle  produit  une  ou- 
verture additionnelle  pour  le  commerce  britannique  ;  elle  place 
sur  un  pied  reconnu  l'émigration  des  coolies  chinois,  dont  les 
services  sont  si  importants  dans  les  possessions  coloniales  de  Sa 
Majesté  ;  elle  délivre  la  Colpnie  de  Sa  Majesté.  Hong  Kong,  d'une 
source  d'ennuis  précédents  ;  et  elle  fournit  l'occasion  de  porter 
généralement  à  la  connaissance  des  Chinois  les  engagements  que 
l'Empereur  a  contractés  avec  la  Grande  Bretagne. 

«  Ce  sont  tous  là  de  solides  et  réels  avantages,  et  joints  aux 
conditions  du  Traité  de  Tien-Tsin,  ils  placeront,  il  faut  l'espérer, 
les  relations  des  deux  pays  sur  un  pied  solide,  et  raffermiront 
la  continuation  de  la  paix  pour  une  longue  période  à  venir.  Le 
pays  est  principalement  redevable  de  tous  ces  avantages  au  juge- 
ment et  à  la  prudence  de  Votre  Excellence  aussi  bien  à  Tien-ïsin 
qu'à  Pé-King,  soutenus  qu'ils  ont  été,  plus  particulièrement  dans 
cette  dernière  occasion,  par  la  valeur  des  forces  de  Sa  Majesté, 
el  par  la  vigueur  et  la  détermination  montrées  par  les  comman- 
dants de  terre  et  de  mer  de  Sa  Majesté  agissant  de  concert  avec 
les  forces  de  l'Empereur  des  Français. 

«  Ces  résultats  satisfaisants  n'ont  pas  été,  il  est  vrai,  peu 
attristés  par  la  perte  de  nombreux  sujets  de  Sa  Majesté,  tanl 
militaires  que  civils,  faits  prisonniers  par  trabison,  et  succom- 
bant sous  les  cruautés  pratiquées  sur  eux  par  les  Chinois  aux 
mains  desquels  ils  tombèrent  :  cependant,  tandis  qu'elle  déplore 
profondément  la  perte  de  tant  d'existences  de  valeur.  Sa  Majesté, 
en  commun  avec  toutes  les  classes  de  ses  sujets,  se  réjouit  de 
l'heureux  élargissement  de  M.  Parkes  et  de  M.  Loch  des  fatigues 
(ju'ils  ont  endurées  dans  la  prison  de  Pé-Ring. 

I.  Letters  and  Joumals  of  James,  eighlh  Earl  of  Elgin...  ediled 
by  Théodore  Walrond...  London,  187a,  in  8. 


i 


ORDRE  DE  DÉPART  DU  GÉNÉRAL  DE  MONTAUBAN        ^7 

«  J'ai  eu  l'occasion  d'exprimer  en  personne  à  M.  Loch  ma  sa- 
tisfaction de  son  évasion,  mais  je  dois  prier  Votre  Excellence  de 
transmettre  à  M.  Parkes  de  la  part  de  Sa  Majesté  la  pleine  expres- 
sion de  son  approbation  pour  la  constance  et  le  dévouement 
qu'il  a  montrés  dans  les  difficultés  et  épreuves  d'une  description 
si  extraordinaire. 

«  Maintenant  il  ne  me  reste  plus  qu'à  complimenter  Votre 
Excellence  de  l'heureuse  conclusion  de  sa  mission  et  d'exprimer 
l'espoir  que  vous  aurez  un  retour  prospère  dans  ce  pays,  où  vos 
services  sont  hautement  appréciés  et  votre  dévouement  à  ses  inté- 
rêts reconnu  avec  reconnaissance*.  » 


ORDRE    DE    DÉPART    DU    GÉNÉRAL    DE    MONTAUBAN 

29  Octobre  1860, 

L'infanterie  de  Marine  sera  dirigée  en  entier  sur  Canton,  sauf 
la  garnison  de  Chusan  qui  restera  ce  qu'elle  est. 

Une  première  colonne,  commandée  par  le  colonel  de  Vassoigne, 
partira  le  3o  au  matin.  Des  ordres  de  détail  ont  été  donnés 
pour  la  mise  en  route  sur  Tien-ïsin. 

Le  convoi  des  vivres  et  des  objets  restant  à  Toung-tchéou  ou  h 
Palikiao  partira  le  i*''"  novembre  au  matin,  sous  la  conduite  du 
capitaine  de  vaisseau  Jauréguiberry  et  sous  l'escorte  des  marins 
de  débarquement. 

Le  général  on  chef  partira  de  Péking  le  3i  octobre.  Le  batail- 
lon du  loi*^  commandé  par  le  Commandant  Blot,  restera  seul  à 
Péking  avec  deux  pièces  de  quatre,  et  il  partira  en  même  temps 
que  l'armée  anglaise. 

L'ordre  de  marche  sera  donné  ultérieurement. 

Le  Général  en  Chef, 
Signé  :  C.  DE  Montauban. 
Le  Chef  d'État-Major, 
Signé  :  Sciimitz. 

Au  quartier  général  devant  Péking,  le  29  octobre  rSOo. 
I.   Correspondence  respecting  Affairs  in  China  1869-60,  p.  25a. 


48  LES    PLÉNIPOTENTIAIRES    A    PÉKIN6 

L'occupation  prolongée  des  Chousan  aurait  pu  amener  des 
complications  avec  l'Angleterre  :  «  L'évacuation  des  Chousan, 
écrit  G rosau  Général  de Montauban,  Péking,  3 1  octobre  1860, 
est  arrêtée  en  principe  par  Lord  Elgin  et  moi  pour  mettre  un 
terme  aux  différends  qui  surgissaient  entre  les  alliés  occupant 
Tîle  collectivement,  et  parce  que,  ai-je  ajouté,  si  nos  troupes  y 
sont,  ce  n'est  que  pour  em|)éclier  les  Anglais  d'y  être  seuls 
et  d'en  faire  un  autre  Hong-Kong  devant  le  Yang-tseu  Kiang. 
Le  général  Grant  appuyait  cette  mesure  ».  Heureusement  le 
général  répondit  qu'il  «  n'avait  jamais  eu  l'intention  de  ne 
pas  exécuter  les  traités  et  qu'il  ferait  évacuer  Chousan  de 
concert  avec  le  général  Grant  ». 

DÉPART    DU    BARON    GROS. 

Le  baron  Gros,  ayant  heureusement  terminé  sa  mission, 
quitta  Péking  le  9  novembre,  le  même  jour  que  Lord  Elgin, 
ainsi  qu'il  avait  été  convenu  entre  les  deux  diplomates  ;  ar- 
arrivé  h  Tien-Tsin  le  i4,  il  remet  «  ofliciellemenl  à  M.  de 
Bourboulon  *  une  copie  des  actes  de  Pé-king.  Il  lui  donne, 
dit-il,  les  instructions  que  le  département  m'a  chargé  de  lui 
laisser,  et  je  lui  annonce  que  je  l'ai  accrédité  auprès  du  prince 
Koiing,  comme  seul  désormais  chargé  des  intérêts  français 
en  Chine*  ».  Gros  quitte  Ta-Kou  le  25  novembre  et  arrive  à 

1.  Bourboulon,  Alphonse  de,  ne  à  Troyes  le  1 5  décembre  1809  ; 
allaché  à  la  direction  politique  en  janvier  i83i  ;  secrétaire  de  légation  à 
Buenos- Ayres  par  ordonnance  du  9  mai  18/42;  clievalier  delà  Légion 
d'honneur,  6  novembre  18W  '»  chargé  d'afTaires  par  intérim,  à  Buenos- 
Ayres,  du  21  avril  iSfi^  au  i***  mars  i845;  secrétaire  de  légation  aux 
États-Unis,  le  10  avril  18^7;  chargé  d'alTaires  par  intérim,  à  Washing- 
ton, du  i»"*  avril  i848  au  !«•'  août  18^8;  ministre  plénipotentiaire  en 
Chine,  20  février  i85i  ;  rappelé  par  décret  du  i5  avril  i852  ;  rétabli  par 
décret  du  19  octobre  i852  ;  envoyé  extraordinaire  et  ministre  plénipo- 
tentiaire, 6  mars  1869;  ministre  plénipotentiaire  de  f*^  classe.  9  octobre 
i8G3  ;  admis  h  la  retraite,  28  octobre  i86(). 

2.  Livre  jaune  du  Baron  Gros,  p.  207. 


RÉSULTATS  ^9 

Hong  Kong  le  3  décembre,  où  il  a  la  douleur  de  perdre  le 
secrétaire  de  Tambassade,  le  comte  Léon  de  Bastard,  qui 
avait  été  frappé  à  Tien-Tsin  d'un  accès  de  fièvre  chaude 
(i8  novembre).  Il  visite  Canton,  quitte  définitivement 
Hong  Kong  le  i8  décembre  1860  et  arrive  à  Marseille  le 
26  février  1861  avec  le  deuxième  secrétaire  de  l'ambassade, 
M.  de  Vernouillet*.  Le  général  Montauban'  avait  quitté  la 
Chine  le  20  novembre,  laissant  le  commandement  au  général 
Collincau.  L'expédition  était  bien  terminée  et  le  baron  Gros 
pouvait  s'écrier:  a  J'avais  quitté  Paris  le  28  avril;  que  de 
choses  faites  en  douze  mois  !  et  que  je  suis  heureux,  à  la  fin 
d'une  longue  et  laborieuse  carrière,  commencée  en  1828,  du 
succès  d'une  mission  sans  précédent  dans  les  annales  diploma- 
tiques, et  qui,  par  ses  résultats,  est  peut-être  un  de  ces  jalons 
placés,  à  de  longs  intervalles,  dans  l'histoire  de  l'humanité.^  » 

RÉSULTATS. 

Voici  les  résultats  obtenus  dont  le  baron  Gros  s'enor- 
gueillit à  juste  raison  : 

«  Pour  la  France  comme  pour  l'Angleterre,  le  gouverne- 
ment chinois  a  été  contraint  de  payer,  h  chacune  de  ces 
deux  puissances,  ime  indemnité  de  guerre  de  8  millions  de 
taëls  ou  de  60  millions  de  francs,  le  taël  valant  7  fr.  5o. 

«  Pour  vingt-six  sujets  de  Sa  Majesté  Britannique,  vic- 
times de  l'attentat  du  18  septembre  à  Toung-lchéou,  le  gou- 
vernement chinois  a  donné  une  indemnité  de  3oo  000  taëls, 
ce  qui  fait  en  chiffres  ronds  86  000  francs  pour  chaque 
individu,  et  il  a  remis  entre  mes  mains  200  000  taëls  pour 

1.  Augustin- Maurice  Marchant  de  Vernouillet.  né  le  18  avril  1829'; 
depuis  ministre  au  Pérou  et  au  Maroc. 

2.  Charles- Guillaume-. Warie- Apollinaire- Antoine  Cousin -Mon  tau - 
ban,  né  le  a4  juin  1796  ;  sénateur;  comte  de  Palikao,  22  janvier  1862  ; 
mort  à  Paris.  8  janvier  1878. 

3.  Lac.  cit.,  p.  220. 

GORDISR.  I.    —   4 


5o  LES    PLÉMPOTEXTIAIUKS    A    PÉKING 

onze  Français  victimes  du  même  allenlat,  ou  i36  ooo  francs 
pour  chacun  de  nos  compatriotes,  pris  le  même  jour  et  si 
cruellement  traités  pendant  leur  captivité. 

«  Enfin,  si  le  gouvernement  chinois  a  cédé  en  toute  pro- 
priété à  l'Angleterre  un  territoire,  non  de  trente  lieues  car- 
rées ou  de  trente  lieues  de  cMes  en  terre  ferme,  situées  en 
face  de  Hong-Kong,  mais  un  terrain  n'ayant,  d'après  la 
carte  publiée  par  l'amirauté,  que  la  cinquième  ou  la 
sLvième  partie  seulement  d'une  lieue  carrée,  petite  langue 
de  terre  nommée  Kao-loung,  tellement  indispensable  à  la 
sûreté  de  Hong-Kong  que  l'Angleterre  en  avait  la  jouissance 
exclusive  en  vertu  d'un  bail  indéfini,  et  y  avait  élevé  dos 
redoutes  depuis  longtemps,  le  gouvernement  chinois  s'est 
engagé  à  rendre  au  ministre  de  France  toutes  les  éghses 
catholiques,  avec  leurs  cimetières,  leurs  terrains  et  leurs  dé- 
pendances, qui  avaient  été  confisqués,  dans  les  provinces  et 
dans  la  capitale  de  l'empire,  aux  chrétiens  qui  les  possé- 
daient autrefois'.  » 

11  faut  ajouter  à  ces  avantages  obtenus,  l'ouverture  au 
commerce  de  nouveaux  ports,  l'autorisation  d'établir  des 
agents  diplomatiques  à  Péking,  le  système  des  passeports, 
la  confirmation  des  droits  des  chrétiens. 

I.   Livre  jaune  du  Baron  Cros.  p.  3-/|. 


^ 


CHAPITRE  IV 
LES  MISSIONS  CATHOLIQUES 

ORIGINRS 

Le  vrai  fondateur  des  missions  chrétiennes  en  Chine  fut 
le  célèbre  père  jésuite  Matteo  Uicci,  mort  à  Péking  le 
II  mai  1610.  La  mission  de  Péking  doit  surtout  sa  célébrité 
au\  cincf  jésuites  envoyés  en  i685  par  Louis  XIV:  Jean  de 
Fontaney*,  Joachim  Bouvet^,  Jean-François  Gerbillon', 
Claude  de  Visdelou*,  Louis  Le  Comte  *\  et  leurs  successeurs. 
La  Compagnie  de  Jésus  ayant  été  supprimée^  le  16  août  1773 
par  le  bref  Uominus  ac  redemplor  de  Clément  XIV,  les 
prêtres  de  la  Mission  (Lazaristes)  furent  substitués  à  Péking 
aux  jésuites  par  décret  de  Rome  du  7  décembre  1783, 
approuvé  par  Louis  XVI  le  25  janvier  178/1  à  Versailles. 

«  La  substitution  des  Lazaristes  aux  Jésuites,  étant  dé- 
sormais un  fait  accompli,  le  supérieur  général,  M.  Jacquier, 
désigna  pour  cette  nouvelle  mission  de  Péking  :  M.  Nicolas- 
Joseph  Raux",  né   k  Ohain,    dans  le  Ilainaut,    diocèse  de 

I.  Né  au  diocèse  de  Léon,  17  février  i(543;  mort  à  la  Flèche,  if3  jan- 
vier 17 10. 

3.  Né  au  Mans,  18  juillet  i65(5;  mort  28  juin  1730,  à  Péking. 

3.   Né  à  Verdun,  ai  janvier  i65.'i  :  mort,  à  Péking,  le  aa  mars  1707. 

f\.  Né  au  château  de  Hicnassis  en  Pléneuf  (Coles-du  Nr>rd).  la  aoiU 
1050;  év^juc  de  Claudiopolis  :    mort  à  Pondichérv.  11    novemhre  1737. 

5.  Louis-Daniel  Le  Comte,  né  à  Bordeaux,  10  oclohre  i655  ;  mort 
dans  cette  ville,  19  avril  1738. 

6.  Le  bref  fui  signé  le  ai  juillet  et  publié  à  Home  le  i()  août  1773. 

7.  Mort  iG  novembre  i8oi. 


Sa  l'ES    MISSIONS    CATHOLIQUES 

Cambrai,  le  i^  avril  1764 ;  M.  Jean-Joseph  Gbislain*,  né 
à  Salles,  diocèse  de  Cambrai,  le  5  mai  1761,  et  le  frère 
Charles  Paris,  né  le  8  décembre  1788  à  Verderonne,  diocèse 
de  Beauvais.  Ils  arrivèrent  devant  Macao  le  23  août  178/1, 
et  le  29  ils  débarquaient  à  Canton.  M.  de  Torre,  procureur 
de  la  Propagande,  leur  offrit  rhospilalilé.  Après  cinq  mois 
d'attente,  ils  partirent  de  Canton  le  7  février  1780,  arrivè- 
rent à  Péking,  le  29  avril,  et  furent  présentés  à  l'empe- 
reur   M*'^   Alexandre  de  Gouvea,  franciscain  fX)rtugais, 

publia  le  8  mai  1786,  le  décret  pontifical  avec  l'ordonnance 
royale,  et  le  même  jour,  M.  Raux  fut  reconnu  par  tous 
comme  supérieur  de  la  mission,  dont  il  prit  possession  en 
s'établissant  au  Pé-l'ang*  ». 

Les  persécutions  de  Kia  K'ing  firent  péricliter  la  mission  de 
Péking  jusqu'à  la  mort  de  M**"  Gaétan  Pires,  le  dernier  des 
anciens  missionnaires  de  Péking,  mort  le  2  novembre  i838  et 
enterré  à  Cha-la-eul.  Après  lui,  le  Nan  T'ang  était  passé  aux 
mains  des  lazaristes  [X)rtugais  ;  il  retourna  aux  lazaristes  français 
(1860)  avec  M.  Mouly,  arrivé  à  Macao,  le  i^  juin  i83/j. 


CHARTE 


On  peut  dire  que  la  charte  des  missionnaires  catholiques  se 
compose  de  :  1°  la  bulle  de  Benoit  XIV,  Ear  qno  sini^ulari 
(11  juillet  1742)  qui  règle  définitivement  la  question  des 
Rites  :  en  pratique  les  missionnaires  qui  vont  en  Chine,  à 
quelque  congrégation  qu'ils  appartiennent,  doivent  prêter 
le  serment  de  regarder  comme  idolâtrique  tout  hommage 
rendu  à  Confucius  et  aux  Ancêtres,  et  de  n'employer  qu'un 
seul  terme,  celui  de  Tien  Tchouy  pour  désigner  TÊtre  Su- 
prême*; 2°  l'article  XXII   du  Traité  Lagrené  (i84/j)  (voir 

1.  Mort  la  août  181  a. 

2.  Favier,  PeAin^,  p.  aa3-4. 

3.  Henri  Cordier,  dans  VHist.  générale  de  Lavisse  et  Rambaud,  Vï, 


CHARTE  53 

p.  17-18)  ;  3"  l'article  XIII  du  Traité  de  Tien-Tsin  (i858)  ; 
4**  Tarlicle  VI  de  la  convention  de  Péking  (1860)  ;  et  5^  la 
Convention  Berthemy  (voir  p.  76). 

Voici  les  articles  VI  de  la  Convention  de  Péking  et  XIII 
du  Traité  de  Tien-Tsin  consacrés  aux  missions  catholiques  : 

Art.  VI.  —  «  Conformément  à  TÉdit  Impérial  rendu  le  vingt 
mars,  mil  huit  cent  quarante-six,  par  TAugusle  Empereur  Tao- 
Kouang,  les  établissements  religieux  et  de  bienfaisance  qui  ont 
été  confisqués  aux  Chrétiens  pendant  les  persécutions  dont  ils  ont 
été  les  victimes,  seront  rendus  à  leurs  propriétaires  par  rentre- 
mise  de  Son  Excellence  le  Ministre  de  France  en  Chine,  auquel 
le  Gouvernement  Impérial  les  fera  délivrer,  avec  les  cimetières  et 
les  autres  édifices  qui  en  dépendaient.  » 

Le  texte  chinois  de  la  convention  est  différent  ;  en  voici  la 
traduction  : 

M  A  faire  savoir  le  plus  tôt  possible  à  tous  les  Chinois  par  édit 
impérial...  Art.  6.  —  Tout  Chinois  de  quelque  condition  qu'il 
soit,  est  libre  d'embrasser  la  religion  catholique,  de  la  propager  ; 
il  est  permis  aux  Chrétiens  de  se  réunir  pour  les  assemblées  ;  de 
b«^lir  des  églises  pour  faire  les  prières.  Qui  osera  injustement 
rechercher  les  chrétiens  et  les  prendre  subira  la  peine  qu'il  mé- 
rite. Les  temples  catholiques,  collèges,  cimetières,  maisons, 
champs  et  toute  autre  possession  autrefois  confisquée  durant  la 
persécution  seront  rendues  à  l'Ambassadeur  français  résidant  à 
Péking  qui  en  fera  la  restitution  à  qui  de  droit.  Les  Missionnaires 
français  seront  libres  de  louer  du  terrain  en  toutes  les  provinces 
de  l'Empire,  d'acheter  et  de  construire  des  maisons,  comme  ils 
le  trouveront  bon*.  » 

Art.  XIII.  —  «  La  religion  Chrétienne  ayant  pour  objet  essen- 
tiel de  porter  les  hommes  à  la  vertu,  les  membres  de  toutes  les 
communions  Chrétiennes  jouiront  d'une  entière  sécurité  pour 
leurs  personnes,  leurs  propriétés,  et  le  libre  exercice  de  leurs 
pratiques  religieuses,  et  une  protection  efficace  sera  donnée  aux 


I.  Lettres  des  nous'elles  iWssions  de  la  Chine,  III,  a'' partie,  Lettre 
du  F.  Dovergne,  p.  247. 


i 


54  l'KS    MISSIONS    CATllOI.IQrKS 

missionnaires  qui  se  rendront  paciliquenicnl  dans  l'intérieur  du 
pays,  munis  des  passeports  réguliers  dont  il  est  parlé  dans  Tar- 
ticle  Vill. 

«  Aucune  entrave  ne  sera  apportée  par  les  autorités  de  TEm- 
pire  chinois  au  droit  qui  est  reconnu  h  tout  individu  en  Chine 
d'embrasser,  s*il  le  veut,  le  Christianisme  et  d*en  suivre  les 
pratiques  sans  être  passible  d'aucune  peine  infligée  pour  ce 
fait. 

a  Tout  ce  qui  a  été  précédemment  écrit,  proclamé  ou  publié 
en  Chine  par  ordre  du  gouvernement  contre  le  culte  Chrétien, 
est  complètement  abrogé,  et  reste  sans  valeur  dans  toutes  les 
provinces  de  FEmpire.  » 

Voici  la  traduction  de  cet  article  fait  sur  le  texte  chinoia 
par  les  missionnaires  catholiques  : 

Art.  XIII.  —  «  La  religion  catholique  depuis  son  origine, 
ayant  pour  but  propre  de  porter  les  hommes  à  faire  le  bien,  ceux 
qui  la  professent  doivent  jouir  de  la  sécurité  pour  eux-mêmes 
et  pour  tout  ce  qu'ils  ont.  Avoir  la  liberté  de  se  réunir  pour  en 
faire  les  exercices.  Les  Missionnaires  munis  du  diplôme  (dont  il 
est  parlé  art.  8.  Espèce  de  passeport  que  tout  Européen  qui  aura 
besoin  de  voyager,  devra  posséder)  et  faisant  chacun  mission, 
pacifiquement  entrés  dans  l'intérieur  doivent  être  traités  tout-à- 
(ait  ofticieusementet  protégés  par  les  autorités  locales.  Tout  Chi- 
nois qui  veut  embrasser  la  religion  catholique  et  en  observer  les 
lois  ne  doit  être  nullement  inquiété  toute  défense  étant  levée. 
Toutes  les  défenses  portées  contre  la  religion  catholique  soit 
contenues  dans  des  édils,  soit  imprimées  dans  les  livres  quelque 
part  qu'elles  soient,  sont  entièrement  annulées  ^  » 

ÉTABLISSEMENTS    RELIGIEUX    DE    PÉKING. 

M*^'  Mouly  réclama  et  obtint^  les  anciens  terrains  des 
quatre  établissements  catholiques  de  Péking  avec  les  sépul- 

I.   Ibid.y  p.  2^17-8. 

3.  Lettre  de  M»?''  Mouly  h  M.  Etienne,  su |»cneur  général,  Péking. 
33  février  i8t)i  {Annales  Cong.  de  la  Mission,  3G.  p.  2Z!\-'i!\!x).  Avec 
cette  lettre,  Mk»"  Mouly  envoyait  la  copie  authentique  de  la  restitution  de 
CCS  Établissements. 


\ 


riKSTITUTlOX     DE    LA    CATIIKDIl  VI.K    I)K  •  l'KM\4;     \     L\    VIWSCK       55 

liires  qui  y  étaient  adjointes.  (]es  établissements  compre- 
naient :  i"  l'église  du  Nord  (Pé  T'ang)  où  s'installèrent 
révèquc,  les  abbés  Smoremburg  et  Thierry  et  cinq  autres 
missionnaires  indigènes,  Kho,  Mong,  Mu,  Balthasar  Tching 
et  Franrois  Lieou  ;  le  séminaire  était  dirigé  par  M.  Smo- 
remburg ;  2"  l'église  du  Midi  (Nan  ï'ang),  ancienne  cathé- 
drale, avec  M.  Thierry  comme  curé;  3**  Téglise  de  TOucst 
(Si  T'ang)  ;  et  .V  Téglise  de  l'Est  (Toung  T'ang)  dans  un 
étal  plus  déplorable  que  les  deux  premières. 

En  réalité  il  ne  restait  que  le  Nan  T'ang  ;  le  Si  T'ang  fut 
démoli  en  i8ii,  après  le  départ  de  quatre  missionnaires 
de  la  Propagande  pour  l'Europe  ;  le  Toung  T'ang,  d'où 
furent  renvoyés  les  Portugais  au  i\an  T'ang,  subit  le  même 
sort  ;  le  Pé  T'ang,  vendu  à  un  mandarin  nonmié  Yu  pour 
3ooo  taëls,  fut  jeté  bas  en  1827;  le  Nan  T'ang  ^  n'échappa 
au  sort  des  autres  établissements  catholiques  que  «  par  la 
prévoyance  de  M"''  Pires,  qui  se  voyant  seul  et  craignant 
que  tout  fut  détruit  après  sa  mort,  avait  confié  ses  titres  de 
propriété  à  l'archimandrite,  lequel  réclama  de  suite  et  finit 
par  obtenir  un  décret  portant  que  «  l'église  et  la  maison 
seront  remises  à  M.  Ouée,  de  la  nation  russe  ».  Il  sauva 
ainsi  Tancienne  cathédrale  où  les  scellés  furent  apposés  ;  les 
cimetières  des  missionnaires  et  la  bibliothèque  du  Nan  T'ang 
lui  doivent  aussi  leur  conservation '^  ». 

RESTITUTION    DE    LA    CATHÉDRALE    DE    PÉRI.NG    A    LA    FRANCE. 

Le  5  novembre  1860,  le  Prince  Koung  écrivait  au  baron 
Gros:  «  En  ce  qui  concerne  les  églises  du  Nord  et  du  Sud 

I.  I^  Nan  Tang  avait  cto  incendie  accidentellement  en  1770;  lem- 
percur  Kien-Ioiing.  imitant  lexemple  de  son  aïeul  Rang  lli,  donna 
10  000  tacls  pour  contribuer  aux  frais  do  reconstruction. 

a.  Favicr,  Pcking,  p.  a^o. 


56  LES    MISSIONS    CATHOLIQUES 

et  les  terrains  qui  en  dépendent,  et  que  je  dois  remettre  à 
Votre  Excellence  avec  un  document  authentique,  afin  qu'elle 
puisse  à  son  tour  les  confier  à  M**"  Mouly,  Tévêque  du  lieu, 
je  vous  restitue,  dès  aujourd'hui,  l'église  du  Sud,  avec  les 
terrains  qui  en  dépendent,  et  je  vous  envoie  un  titre  authen- 
tique qui  constate  cette  remise,  afin  que  vous  puissiez  vous- 
même  confier  cette  église  à  l'évêque. 

«  Quant  à  celle  du  Nord,  comme  il  s'est  écoulé  un  grand 
nombre  d'années  depuis  qu'elle  a  dispani,  j'ai  ordonné  aux 
autorités  locales  de  faire  une  enquête  équitable  et  scrupu- 
leuse à  ce  sujet,  et,  dès  qu'elle  sera  terminée,  je  remettrai  à 
Votre  Excellence  cette  église  et  ses  dépendances,  et  avec 
elles  un  document  qui  constatera  cette  restitution.  » 

TITRE    DE    RESTITUTION. 

«  Le  prince  de  Koung,  membre  de  la  famille  impériale 
et  Haut-Commissaire,  etc.,  délivre  le  présent  certificat. 

«  Ayant  appris  qu'il  se  trouvait  dans  l'intérieur  de  la 
ville,  auprès  de  la  porte  Souen-ouy  une  église  catholique, 
je  la  remets  avec  les  terrains  et  les  maisons  qui  en  dépen- 
dent, au  gouvernement  français,  pour  qu'il  puisse  la  confier 
à  l'évêque  du  lieu,  M^*"  Mouly,  qui  l'administrera. 

«  C'est  pour  constater  cet  acte  que  je  délivre  à  M*'  Mouly, 
l'Évêque  du  lieu,  le  présent  titre  qu'il  conservera  pour  lui 
servir  de  témoignage. 

«  Écrit  le  5  novembre  i86o. 
«  L.  S.  » 

REMERCIEMENTS    A    LA    RUSSIE. 

Le  5  novembre  i86o,  le  baron  Gros  écrit  au  ministre  de 
Russie  à  Péking,  le  général  Ignatiev  qui  avait  reçu  du  prince 
Gortchakov  l'ordre  de  lui  remettre  les  établissements  catho- 
liques : 


lettre  a  mgr  mouly  07 

«  Monsieur  le  général, 

«  Conformément  à  Farticle  6  de  la  Convenlion  de  Pé-Ring. 
dont  j*ai  eu  -rhonneur  de  vous  envoyer  une  copie,  article  par 
lequel  le  gouvernement  chinois  s'engage  à  remettre  aux  Chré- 
tiens et  par  Tentremise  du  ministre  de  France  accrédité  auprès 
de  lui,  tous  \es  édifices  religieux  qui  avaient  été  confisqués  sur 
eux  dans  tout  l'empire,  j'ai  été  prévenu,  par  ordre  du  prince 
Koung,  que  la  cathédrale  de  Pé-king  m'était  remise,  et  cpe  le 
cimetière  catholique  dans  lequel  reposent  les  restes  des  Gcr- 
billon,  Ricci,  Verbiest,  SchalP  et  autres  propagateurs  du  chris- 
tianisme en  Chine,  cimetière  confié  à  la  garde  de  la  mission  ecclé- 
siastique de  Sa  Majesté  l'Empereur  de  toutes  les  Russies,  m'était 
également  rendu.  Votre  Excellence  a  bien  voulu  aller  au-devant 
de  la  demande  que  j'aurais  eu  à  lui  adresser  à  ce  sujet,  et  elle 
m'a  fait  remettre  ce  cimetière  que  la  pieuse  sollicitude  de  M'^' 
l'archimandrite  a  préservé  de  toute  profanation,  et  nous  a  livré 
dans  un  état  de  conservation  parfaite. 

a  Votre  Excellence  sait  que  j'ai  confié  la  garde  et  l'adminis- 
tration de  ce  cimetière,  comme  de  la  cathédrale  de  Pé-Ring,  à 
M^  Mouly,  évêquedu  Pé  Tché-li,  qui  devra  s'entendre  plus  tard 
avec  la  légation  de  France,  pour  régulariser  une  position  dans 
laquelle  des  tiers  peuvent  être  intéressés. 

a  Je  crois.  Monsieur  le  Général,  que  quelques  dépenses  ont 
été  faites  pour  la  conservation  de  ce  cimetière,  par  la  mission 
russe  de  Pé-Ring,  et  je  vous  prierai  de  vouloir  bien  faire  remettre 
à  M^""  Mouly  ou  à  M.  le  Ministre  de  France  en  Chine,  les  comptes, 
documents  ou  autres  titres  formant  les  archives  du  cimetière, 
afin  que  tout  soit  liquidé  conformément  au  droit  et  à  l'équité.. .   » 


lettre  a  mgr  moult. 

«  Monseigneur, 

«  L'article  6  de  la  convention  de  paix  signée  à  Pé-Ring,  le 
25  octobre  dernier,  porte  que  :  «  Conformément  à  l'édit  impérial 

I.  Ferdinand  Verbiest,  S.  J.,  né  à  Pitlhem,  près  Courtrai,  9  octobre 
1628  ;  mort  &  Pé-Ring,  29  janvier  1688.  —  Jean-Adam  Schall  von 
Bell,  né  en  1691  à  Cologne;  mort  &  Pé-Ring,  i5  août  1669. 


58  LKS    MISSIONS    ('\ri!<)LIOLKS 

«  rendu  en  i8/|6,  par  raiigusle  empereur  Tao-Kouaiig,  les  éla- 
«  blissemeiils  religieux  et  de  bienfaisance  qui  ont  été  confiscpiés 
«  aux  Chrétiens  pendant  les  persécutions  dont  ils  ont  été  vic- 
«  tlmcs,  seront  rendus  à  leurs  propriétaires  par  rentreinise  du 
«  ministre  de  France  en  Chine,  au(piel  le  gouvernement  iinpé- 
«  rial  les  fera  délivrer,  avec  les  terrains,  les  cimetières,  les  mai- 
«  sons  et  autres  édifices  qui  en  dépendaient.  » 

«  Ainsi  que  vous  le  savez.  Monseigneur,  cette  clause  a  reçu  un 
commencement  d'exécution,  puisque  la  cathédrale  de  Pé-King  a 
été  mise  à  ma  disposition,  cl  que  le  cimetière,  cpii  depuis  quel- 
ques années  se  trouvait  confié  à  la  garde  de  la  mission  ecclésias- 
tique de  Sa  Majesté  rEnq>ercur  de  Russie,  nous  a  aussi  été 
rendu. 

«  J'ai  l'honneur.  Monseigneur,  de  remettre  entre  >os  mains 
ces  deux  établissements  religieux  ;  et  pour  régulariser  nne[)osilion 
dans  laquelle  des  tiers  peuvent  un  jour  intervenir,  je  vous  prie 
de  vouloir  bien  vous  entendre  a\ec  M.  le  Ministre  de  France  en 
Chine,  auquel,  d'après  la  convention  de  Pé-King,  la  restitution 
de  tout  établissement  religieux  appartenant  au  culte  chrétien 
doit  être  faite  en  premier  lieu. 

«  Je  joins  à  cette  lettre  luie  copie  de  celle  ([ue  j'adresse  au- 
jourd'hui même  à  M.  le  général  Ignaliev,  ministre  de  Sa  Majesté 
ri']m|KTeur  de  toutes  les  lUissies  en  Chine,  afin  que  vous  con- 
naissiez. Monseigneur,  ce  qu'il  y  aura  h  faire  |)our  que  la  position 
soit  établie  aussi  clairement  (pie  |>ossible. 

«  Je  n'ai  pas  besoin  de  vous  dire,  Monseigneur,  cond)ien  je 
suis  heureux  d'avoir  attaché  mon  nom  au  grand  acte  [)ar  lequel 
le  culte  catholique  a  été  publiquement  et  légalement  rétabli  dans 
la  capitale  de  l'empire  chinois,  et  <|ue  je  joins  mes  prières  à  celles 
de  tous  les  mendjres  du  clergé  pour  appeler  les  bénédictions  du 
Seigneur  sur  l'auguste  sou\crain  dont  je  n'ai  fait  qu'exécuter  les 
ordres. 

«  Veuillez  agréer.  Monseigneur,  etc. 

Baron  Gros. 

P. -S.  du  mardi  6  novembre  1860. 

«  Monseigneur,  je  suis  heureux  de  |X)uvoir  ajouter  un  pont- 
scriplnm  a  la  lettre  <pie  j'ai  eu  l'honneur  de  vous  écrire  le  5.  et 
qui  n'est  pas  partie.  Le  prince  Koung  m'envoie  le  document  par 
lequel  il  me  remet  olliciellemcnt  la  cathédrale  du  Sud  de  Pé-King, 


LETTRE    ai:    PUlNr.K    KOI  ><;  ,)() 

calhodralo  que  j'ai  rlrjà  coiïfic»c  à  volrc  ;L(ar(le  cl  à  votre  aclinlnis- 
tralioii.  Le  prince  nie  parle  (Puiie  autre  éi^'lise,  située  au  nord  de 
la  ville,  cl  qui  nous  sera  rendue  ou  tout  au  moins  le  lerrain  (juVIle 
occupait  et  ses  déjMîudances,  quand  on  saura  où  elle  se  lrou>ail, 
car  clic  a  été  détruite,  dit-on,  depuis  longlemps. 

«  Veuillez,  je  vous  prie.  Monseigneur,  me  renvoyer  le  docu- 
ment olliciei  que  je  vous  conununique  aujourd'hui  et  qui  doit 
rester  dans  les  archives  de  la  léji;ation  de  France,  pour  constater 
nos  droils.  Je  vous  en  (erai  déli>rer  une  co|)ie  Ié«jfalement  cer- 
tifiée qui  restera  entre  vos  mains,  comme  témoignage  de  celte 
restitution. 

M*^'  Mouly  acaisa  réception  de  celte  lettre  le  7  novembre. 


LETTIŒ   AL'    PRINCE   KOING. 

Le  3  novembre  18G0. 

Le  baron  Gros  au  ])rince  Koung. 

cr  Le  soussigné,  etc.,  a  reçu,  ce  matin  la  dé|)éche  cpie  S.  A.  1. 
le  j)rince  de  Koung,  lui  a  (ait  riiomieurde  lui  écrire  jjonr  lui  en- 
vover  un  document  oHiciel  (|ui  constate  (|ue  l'église  catholique, 
située  au  midi  de  la  ville,  a  été  n'ndue  par  le  gouvernement 
chinois  au  représentant  du  gouvernement  français,  qui  Ta  confiée 
à  M*^''  Mouly,  afin  qu'il  puisse  en  jouir  ainsi  que  des  terrains 
qui  en  dépendent.  Son  Altesse  Impériale  ajoute  encore  cpTune 
enquête  se  (ait  |)our  commître  le  lieu  oii  devait  se  trouver 
l'église  catholique  du  Nord,  qui  doit  être  également  restituée  à  la 
France. 

«  Le  soussigné  voit  avec  bonheur  le  gouvernemenl  chinois 
tenir  religieusement  ses  engagements,  et  Son  Altesse  Impériale 
|)cut  être  assurée  que  le  gouvernement  français  ne  manquera 
jamais  aux  siens. 

Le  soussigné  remercie  Son  Altesse  Impériale  des  vœux  qu'elle 
forme  pour  la  France  et  pour  son  auguste  souverain.  Il  se  fera 
un  devoir  de  les  j>orler  à  la  connaissance  du  gouvernement 
français  par  les  premières  dépêches  qu'il  enverra  en  Franct-,  et  il 
ne  manquera  pas  de  faire  connaître  à  l'Empereur  des  Français, 
des  qu'il  sera  de  retour  auprès  de  Sa  Majesté,   tous  les  services 


6o  LES    MISSIONS    CATHOLIQUES 

que  Son  Altesse  Impériale  a  rendus  à  sa   pairie,    en  concluant 
loyalement  la  paix  avec  les  puissances  alliées'.  » 


PASSEPORTS. 

«  Les  deux  évêques  du  Pc  Tché-li  et  l'abbé  Delamarrc, 
m'ont  demandé  des  passe-ports  pour  vingt-huit  mission- 
naires établis  depuis  longtemps,  mais  en  secret,  dans  l'inté- 
rieur de  l'empire  ou  qui  veulent  s'y  rendre;  voici  la  formule 
que  j'ai  adoptée,  et  le  prince  Koung,  par  condescendance 
pour  moi,  a  bien  voulu  viser  de  sa  main  chacun  des  passe- 
ports délivrés  h  MM.  L.-C.  Delamarre,  Sage,  Charles  Re- 
nou,  Eyraud,  M*^'*  Emmanuel  Verrolles,  Fabien  Tapie, 
Vinçot,  M*"  Jacques. -L.  Pérocheau,  Faurie,  J.-B.  Arnal, 
Paul  Perny,  Huot,  M'^'"  Eugène  DesIIèches,  M^'  Joseph 
Ponsot,  M*^*^  Joseph  Chauveau,  Antoine  Papin,  M*^'  Pin- 
chon,  Juhcn  Pichon,  Charles  Pignoux,  Fage,  M^*"  Martial 
Mouly,  M*""  Jean  Anouilh,  M*^'  Henri  Baldus,  Antoine 
Smoremburg,  Thierry,  Vincent-Marie  Talmier,  Alexandre 
Journiac  et  Julien  Bertrand^  : 


I.  Négociations  entre  la   France  et  la   Chine  en  1860.  —  Lis're 
jaune  du  Baron  (iros...  Paris,  i864,  in  4.  p   nj/i-199.  —  Et  Col.  Part. 

3.  Missions  étramgfres  dk  Paris  :  Louis-Charles  Delamarre.  de 
Houen,  parti  le  i5  mars  i835  ;  missionnaire  au  Sc-tch*oucn;  mort  3  oc- 
tobre i863,  à  Ilan-kéoii.  en  roule  pour  Péking.  —  Ferréol  Sage,  du 
dioc.  de  Besançon;  parti  27  février  i846;  miss,  au  Se-lchouen;  mort  à 
Cha-pin-pa,  près  de  Tchoung-king,  3o  novembre  i865,  à  48  ans.  — 
CharleS'René-Alexis  Renou,  du  dioc.  d'Angers;  parti  le  i5  mai  i838  ; 
mort  à  Kiang-Ka  (Tibet)  18  octobre  i863,  à  5i  ans.  —  Jean  Eyraud, 
né  à  Saint-Bonnet  (dioc.  de  Gap),  i5  mai  i8a3;  partile  a4  janvier  18^9  ; 
miss,  au  Se-tch'oucn  ;  mort  h  la  Procure  de  Chang-Haï,  l\  juillet  1874. 
—  Emmanuel- Jean- François  Verrolles,  né  à  Caen.  12  avril  i8o5; 
partie  novembre  i83o;  ôv.  de  Colombie;  \ic.  ap.  de  Mandchourie  ; 
mort  à  Ing-tse,  23  avril  1878  —  Fabien  Tapie,  du  dioc.  de  Tarbes  ; 
parti  9  août  i848;  miss,  au  Se-tchouen  occidental.  — Jacques  Vinçot, 
du  diocèse  de  Saint  Brieuc  ;  parti  le  i3  mars  i85i  ;  miss,  au  Se-tchouen 
oriental.  —  Jacques- Léonard  Pérocheau,  des  Sables-d'Olonne  ;  parti 
23  février  1818;   év.  de  Maxula,  vie.  ap.   du  Se-tch'oucn;  mort  6  mai 


PASSEPORTS  '  6l 

«  Le  soussigné,  ambassadeur  et  haut  commissaire  de  Sa  Ma- 
jesté TEmpcreur  des  Français  en  Chine,  prie  les  autorités  civiles 
et  militaires  de  l'empire  chinois,  conformément  à  Tarticlc  8  du 
traité  de  Tien-Tsin,  ratifié  à  Pc-king  le  35  octobre  dernier,  de 
laisser  librement  circuler  dans  Tempire,  et  de  lui  donner  aide  et 
protection  en  cas  de  besoin,  le  sieur  L.-G.  Delamarre,  mission- 
naire français,  se  rendant  dans  la  province  de  Se-tcirouen  pour  \ 
exercer  son  saint  ministère. 

a  Le  sieur  L.-G.  Delamarre  étant  connu  à  l'ambassade  de 
France  pour  un  homme  de  bien,  qui  ne  s'occupe  que  d'œuvres 
de  piété  et  de  charité  dignes  d'éloge,  le  présent  passe-port,  qui 
devra  être  visé  par  l'autorité  chinoise  du  lieu  où  il  a  été  délivré, 
lui  est  donné  à  Pé-king.  le  39  octobre  1860,  à  la  condition  que 
le  sieur  Delamarre  ne  se  rendra,  sous  aucun  prétexte,  dans  les 
villes  ou  les  villages  occupés  par  les  rebelles. 

a  Fait  à  Pé-king,  le 

L.  S.  Baron  G  nos. 

L.  S. 

Signature  du  porteur  de  ce  passe-port. 

1861  à  7^  ans.  —  Louis  Faune,  né  i3  juin  1824  à  Monsegur  (dioc.  de 
Bordeaux);  parti  i3  mars  i85i  ;  cv.  d'Âpollonie;  vie.  ap.  du  Kouci- 
tchcou  ;  mort  à  Kouy-fou,  dans  le  Se-tch'ouen,  18  juillet  1871.  —  Jean- 
Baptiste  Arnal,  du  dioc.  de  Toulouse;  parti  5  mars  i855;  miss,  au  Sc- 
tchouen  occidental.  —  Paul- Hubert  Perny,  du  dioc.  de  Besançon;  parti 
5  juillet  1847;  miss,  au  Kouei-tchcou  ;  a  quitté  la  Société  en  187a.  — 
Jacques- Alexandre  Iluot,  du  dioc.  de  Langrcs  ;  parti  ai  juin  i843  ; 
miss,  au  Yun-nan  ;  mort  à  Tchen-foung-chan,  7  mai  i8G3,  à  43  ans.  — 
Joseph- Eughte-Jean-Claudc  Desflèches,  né  à  Jonage  (dioc.  de  Gre- 
noble), i3  février  i8i4  ;  parti  i5  mai  i838;  vie.  ap.  du  So-tchouen 
oriental;  év.  de  Si  ni  te  ;  démissionnaire  et  archevêque  do  Claudianopolis  ; 
mort  au  sanatorium  de  Saint-Haphacl  (Monbeton),  7  novembre  1887. 
—  Joseph  Ponsot,  dioc.  de  Besançon;  parti  ai  janvier  i83o;  miss,  au 
Se-tch'ouen  ;  év.  de  Pliilomélie,  vie.  ap.  du  Yun  nan  ;  mort  à  Longkj, 
17  novembre  1880,  à  78  ans.  —  Joseph-Marie  Chauvcau.  né  à  Luçon, 
24  février  18 iG:  parti  G  février  i844;  >'ic.  ap.  du  Tibet;  mort  à  Ta 
Tsien  lou,  ai  décembre  1877.  —  Pierre-Antoine  Papin,  dioc.  de  Ghar- 
Ires,  miss,  et  prov.  au  Se-tchouen  ;  mort  à  Kiong-tcheon,  18  octobre 
1880,  à  71  ans.  — Jean-Théophile-Anet  Pinchon,  né  7  janvier  i8i4, 
dioc.  de  Limoges;  parti  37  février  i84C;  vie.  ap.  du  Se  tchouen  sept.  ; 
mort  1891.  —  Pierre-Maric-Joseph-Julien  Pichon,  né  le  8  septembre 
1816  à  Neuillyle-Vendin  (dioc.  du  Mans);  parti  10  mars  i845  ;  premier 
vie.  ap.  du  Se-tchouen  mérid.  ;   mort  la  mars  1871,  à  Saint-Fraimbault 


03  LES    MISSIONS    CATHOLIQUES 

«  Ce  passe-port  et  les  vingt-sept  autres  délivrés,  le  même 
jour,  ont  été  visés  par  le  prince  Koung  et  revêtus  de  sa 
signature*.  » 


PASSEPORT    ACTUEL. 

(Tradnclion). 

«  Conformément  à  Tarticle  VIII  du  Traité  de  Tien-Tsln  et  à 
Tarticle  IV  de  la  convention  de  Péking,  Nous avons  déli- 
vré un  passeport  au  S'...,  prêtre  enseignant  la  religion  de 
T^ien  Tchou,  Sachant  que  votre  compatriote  est  un  homme 
connu  pour  sa  vertu  et  pour  son  honorabilité,  nous  prions 
les  grands  fonctionnaires  et  les  autorités  civiles  et  militaires 
de  la  Chine,  ainsi  que  les  commissaires  impériaux  des  fron- 
tières   de de   le  laisser  y  prêcher  sa    religion,  y  résider 

dans  toute  localité,  y  louer  ou  acheter  des  terrains,  y  cons- 
truire des  temples  au  Tien  Tchou  ou  des  maisons,  de  le 
traiter  en  ami  et  de  le  protéger  en  toute  circonstance.  Nous, 
ministre,  avons  délivré  le  présent  passeport  pour  que  dans 
tous  les  pays  intérieurs  ou  extérieurs  placés  sous  la  domina- 


de  I^asKA)'  ((Jioc.  de  Laval).  —  Charles  Pignoux.  du  dioc.  de  Poitiers; 
parli  if)  se[)leml)ro  1847  ;  miss,  au  Se  Ichoucn  occid.  ;  mort  lïimai  1888. 
à  G'i  ans.  —  Jean-Charlos  Fagc.  du  dioc.  de  Tulle  ;  miss,  au  TilxH  et  au 
Yun-nan  ;  mort  19  août  1888,  à  O'i  ans.  —  Alexandre  Journiac.  du 
dioc.  de  Rouen;  parli  i^'""  juin  i856;  miss,  au  Se-tchouen  oriental  ;  mort 
à  Hia'ngpao  tang,  près  de  Ku-hien.  23  octobre  i8(i5,  à  3/|  ans.  — 
Pievrv-Julien  Bertrand,  dioc.  du  Puy  ;  miss,  au  Se-tchouen:  mort 
l'A  juillet  i865,  à  62  ans. 

Lazaristes:  Nf?»"  Mouly.  supra,  p.  4i  ;  —  Mk»"  Anouilh,  supra,  p.  :4i. 
—  Jean-Hcnri'MaximiLien  lîaldus,  né  en  181 1,  à  AUy.  près  de  Mauriac 
(dioc.  de  Saint-Flour)  ;  év.  de  Zoara  ;  vie.  ap.  du  Ho-nan,  puis  du  Kiang- 
Si  :  mort  29  septembre  18G9.  —  Edouard  Smoremburg.  hollandais, 
arrivé  en  i854  :  miss,  à  Péking.  —  Jean-Iinptiste  Thierry,  né  à  Ar- 
thonnay  (dioc.  de  Sens),  \!\  juin  182^;  mort  28  septembre  1880,  à 
Péking.  —  Hippolyle  Vincent,  arrivé  en  18^0.  —  Vincent-Marie 
Talmier.  arrivé  en  i8'i9;  mort  en  18C2  <lans  le  Tche-li  sept. 

I.   Livre  jaune  du  Baron  (hos,  p.  186-7. 


CATlIÉDItALE    CATIIOMQfi:    DE    CANTON  G3 

lion  chinoise,  ce  certificat  soit  respecté  sans  résistance,  espé- 
rant qu'à  l'avenir  le  traité  sera  toujours  observé.  » 

CATHÉDRALE  CATHOLIQUE  DE  CANTON 

Dans  le  Sud  nous  obtenions  à  Canton  un  superbe  empla- 
cement pour  notre  cathédrale  par  le  contrat  suivant  : 

Canton,  le  vingt-cinq  janvier  dix-huit  cent  soixante-un. 

CoNTHAT  entre  : 

Son  Excellence  Lac,  décoré  d'un  bouton  de  premier  rang. 
Président  du  bureau  de  la  Guerre,  Censeur,  Gouverneur  (îénéral 
des  deux  Kouang. 

El  MM.  CoLPVKNT  DES  l^ois.  Commandant  supérieur  des 
forces  Françaises  à  Canton,  Capitaine  de  Vaisseau,  Oriicier  de 
la  Légion  d'honneur, 

de  TANOUAUX,(iOmmissaire  du  Gouvernement  Français  à  Can- 
ton, Capitaine  de  frégate.  Chevalier  de  la  Légion  d'honneur, 
pour  fixer  clairement  et  défini liAcnient  les  stipulations  citées 
ci -dessous. 

Le  lo*^  jour  du  9*  mois  de  la  lo'^  année  de  llien-Foung  a  paru 
l'Ordre  impérial  suivant  : 

«  Le  prince  Yi-Six  nous  adresse  un  mémorial  renfermant  les 
traités  échangés  a>cc  la  Fuanc.k  et  I'Angi.etkhre,  et  nous  infor- 
mant que,  le  Onze  et  le  Douze  de  ce  mois  il  a  conclu  ces  traités 
qui  se  comj)Osent  de  celui  conclu  la  huitième  année  de  notre 
règne,  et  du  traité  additionnel  conclu  cette  année,  et  les  a 
échangés  avec  ces  deux  nations. 

ce  Nous  acquiesçons  à  lous  les  articles  de  ces  traités  quils  soient 
pris  dans  leur  ensemble  ou  séparément.  Quib  soient  tous  en  vigueur 
éternellement,  que  dès  maintenant  la  guerre  soit  à  jamais  éteinte, 
que  la  paix  soit  sincère ,  que  tous  croient  à  la  bonne  harmonie  et 
chassent  le  doute  de  leurs  cœurs. 

«  Pour  que  les  articles  de  ces  traités  .soient  mis  à  ejécution,  quon 
les  promulgue  de  suite  devant  tout  ï Empire  et  que  les  ( iouverneurs 
Généraux  des  provinces  s'y  conforment  dans  la  transaction  des 
affaires  fu  tures .  » 

Tel  est  xothe  ohdke  impéhial. 


64  LES    MISSIONS    CATHOLIQUES 

Cet  ordre  impérial  auquel  il  faut  obéir  dans  la  conduite  des 
afîaires,  est  déjà  consigné  dans  les  archives. 

Observant  dès  lors  que  dans  le  lo"  article  du  traité  français, 
il  est  dit  entre  autres  que  :  «  dans  tous  les  ports  ouverts  au  com- 
merce» les  Français  pourront  h  volonté  louer  des  terrains  pour  y 
bâtir  des  églises,  des  Écoles  et  autres  établissements  de  ce  genre, 
et  que  le  prix  de  Tétendue  du  terrain  loué  sera  discuté  et  fixé 
par  les  deux  parties  contractantes. 

Observant  que,  dans  le  ô*"  article  du  traité  supplémentaire,  il 
est  dit  entr'autres  que  :  les  églises,  les  écoles,  les  maisons  avec 
leurs  dépendances,  et  autres  propriétés  confisquées  antérieure- 
ment aux  Chrétiens,  seront  rendues  au  Ministre  de  France  pour 
être  transmises  par  lui  aux  Chrétiens  des  localités  où  ces  pro- 
priétés se  trouvaient,  qui,  (s'il  s*agit  de  terrains)  pourront  y 
bâtir  ce  qu'ils  voudront. 

D'une  autre  part.  Le  Commandant  supérieur  M.  Coupvext  des 
Bois  et  le  Commissaire  Français  M.  de  Tanouarx,  ayant  fait 
choix  en  dehors  de  la  vieille  ville  de  Canton  et  dans  la  nou- 
velle ville  d'un  terrain  vide  convenable  divisé  en  deux  parties  : 

La  première  bornée  : 

A  l'Est  par  le  mur  arrière  des  maisons  de  la  rue  Pae-mi-hang 
(rue  du  riz  blanc)  en  regard  duquel  les  Missionnaires  bâtiront 
un  mur  de  façon  à  laisser  entre  les  deux  une  rue  de  six  pieds  de 
large  =  Étendue  sur  cette  face  soixante-neuf  tchangs,  sept  tchcs, 
sept  feunns  (Deux  cent  quarante-neuf  mètres  soixante-dix-huit 
centimètres). 

A  l'Ouest  par  la  rue  Yu-tzc-hang  (rue  du  Jade)  =  Étendue 
sur  cette  face  soixante-qualre  Ichangs,  neuf  Iches,  neuf  tsounns, 
cin(j  feunns  (Deux  cent  trente-deux  mètres  quatre-vingt-deux 
centimètres). 

Au  Sud,  par  la  rue  Mae  Ma  Riai  (rue des  marchands  de  chan- 
vre ou  rue  de  la  folie).  Étendue  sur  cette  face  =  vingt-sept  tchangs, 
neuf  tches,  neuf  tsounns,  trois  feunns  (Cent  mètres  vingt-un 
centimètres). 

Au  nord,  par  la  rue  Ta-sinn-Riai  (grande  rue  neuve  ou  rue 
Cha|)delaine  r^  Étendue  sur  cette  face  quarante-six  tchangs, 
sept  tches,  deux  tsounns.  cinq  feunns  (cent  soixante-sept  mètres 
vingt-sept  centimètres)  et  mesurant  une  superficie  de  quarante 
ineous,  deux  lis,  six  haos.  (Trois  heclares ,  sept  ares,  vingt-huit 
centiares)  ; 


V 


CATHÉDRALE    CATHOLIQUE    DE    CANTON  65 

La  deuxième  : 

Située  au  Sud  de  la  première  et  bornée  au  sud  par  le  mur  da 
Dragon  encore  existant  (Jtchaopi)  et  mesurant  sur  ses  quatre 
faces  : 

Au  Nord  :  Dix  tchangs,  huit  Iches,  neufs  tsounns,«  neuf 
feunns  (trente-neuf  mètres  un  centimètre). 

A  Touest  :  Onze  tchangs,  deux  tches,  quatre  tsounns,  cinq 
feunns  (Quarante  mètres  vingt-cinq  centimètres). 

Au  sud  :  Treize  tchangs,  trois  tches,  huit  tsouns,  sept  feunns 
(Quarante-sept  mètres  quatre-vingt-douze  centimètres). 

Au  nord  :  Quinze  tchangs,  deux  tsounns,  cinq  feunns  (Cin- 
quante trois  mètres  soixanle-dix-huit  centimètres)  et  mesurant 
une  superficie  de  deux  meous  cinq  feunns  huit  lis  (dix-neuf 
ares  quatre-vingt-trois  centiares)  qui  devra  rester  vide  de  toute 
construction  ;  le  tout  enfin,  mesurant  une  superficie  do  qua- 
rante-deux meous,  six  feunns,  six  tsounns  (Trois  hectares 
vingt-sept  ares,  onze  centiares). 

Les  mesures  employées  étant  celles  prescrites  par  le  nouveau 
traité  français. 

El  le  Commandant  Supérieur,  par  Tintermédiaire  du  Com- 
missaire Français,  demandant  que  ce  terrain  soit  loué  à  perpé- 
tuité à  la  France,  pour  y  bàlir  aux  frais  de  son  trésor  une  Eglise, 
une  maison  pour  les  missionnaires,  un  Séminaire  et  une  École 
pour  les  gens  du  pays,  un  Asile  pour  les  pauvres,  un  hôpital,  un 
hospice  des  enfants  trouvés,  en  tout  Cinq  établissements  qui, 
ainsi  que  TÉglise  et  la  maison  des  missionnaires,  ne  pourront  être 
à  l'avenir  habités  et  desservis  que  par  des  prêtres  de  la  Congréga- 
tion Française  des  Missions  Étrangères. 

Son  Excellence  Lao,  Gouverneur  Général  des  deux  Kouang, 
après  avoir  délibéré  avec  les  autorités  locales  et  les  notables, 
consent,  en  vertu  de  l'article  lo  du  traité,  et  de  Tarlicle  t)  du 
traité  supplémentaire,  à  louer  à  perpétuité  ce  terrain  à  la  France. 

Le  Commandant  Supérieur,  après  avoir  reçu  ce  terrain  par 
l'intermédiaire  du  Commissaire  Français  en  enverra  le  Contrat  de 
location  au  Mlnistke  de  France  à  Péking,  Officier  de  la  Légion 
d'honneur,  etc.,  etc.,  etc.,  pour  être  transmise  par  Son  Excellence 
aux  Missionnaires  de  la  province  de  Canton. 

Toutefois,  ce  terrain  restant  propriété  chinoise  il  est  établi, 
conformément  aux  traités,  que  chaque  Année  il  sera  payé  par 
méou  un  loyer  de  Mille  cinq  cents  sapées,   ce  qui  l'ait  pour  ce 

CuRDIER.  l.   —  5 


66  LES    MISSIONS   CATHOLIQUES 

terrain  qui  compte  quarante-deux  niéous,  six  feunns,  six  haos 
(trois  hectares,  vingt-sept  ares,  onze  cenliares),  un  loyer  annuel 
de  soixante-trois  mille  neuf  cent  sapées  qui  sera  versé  chaque 
année  par  les  Autorites  françaises  entre  les  mains  des  autorités 
locales  de  Canton.  En  dehors  de  ce  loyer,  il  est  défendu  aux 
Autorités  chinoises,  aux  gens  des  Yamens,  aux  Notables  et  aux 
gens  du  peuple  de  venir  sous  un  prétexte  quelconque  prélever  de 
l'argent  pour  ce  terrain,  et  toute  démarche  dans  ce  but  ne  serait 
qu'une  fraude.  Mais,  pour  les  Églises,  que  possédaient  antérieu- 
rement les  missionnaires  dans  la  ville  et  dans  les  faubourgs  de 
Canton,  il  ne  sera  demandé  d'autre  compensation  que  la  location 
de  ce  terrain  ;  et  ainsi  à  l'avenir  il  ne  pourra  plus  être  élevé  de 
nouvelle  réclamation  à  leur  égard. 

En  foi  de  quoi,  ce  contrat  a  été  conclu,  dressé  en  trois  expédi- 
tions revêtues  des  sceaux  et  des  signatures  des  parties  contrac- 
tantes, et  chacune  en  gardera  une  expédition  comme  témoignage 
authentique.  Dés  lors,  les  formalités  nécessaires  à  la  conclusion 
d'un  Contrat  auront  été  remplies. 

Canton,  le  vingt-cinq  janvier  dix-huit  cent  soixante-un*. 

Signé  :   Lao. 

Trois  sceaux.  A.  Coupvent  des  Bois. 

de  Tanouarn. 


Au  sujet  de  celte  négociation,  la  note  suivante  fut  insérée 
au  Moniteur  du  ii  janvier  1861  : 

«  Il  vient  d'être  obtenu  h  Canton  une  importante  concession 
conforme  h  l'esprit  des  clauses  libérales  qui  ont  été  insérées  dans 
le  traité  de  paix  signé  à  Péking  ;  le  Vice-Roi  a  accordé  à  nos 
missionnaires,  pour  l'érection  d'une  église  catholique,  un 
magnifique  emplacement  situé  dans  Canton  même  et  où  s'élevait, 
avant  l'occupation  de  cette  ville,  le  palais  du  fameux  gouverneur 
Yé.  Depuis  deux  ans  les  autorités  Françaises  demandaient  qu'on 
rendît  k  l'évéque  des  deux  Kouang  une  jyortion  au  inoins  des 
terrains  aflectés  anciennement  à  des  établissements  catholiques 

I.  Le  texte  chinois  porte  i5''  jour,  la*'  lune,  io«  année  lïieng- 
Foung. 


Cathédrale  Catholique  de  canton  67 

et  dont  les  possesseurs  avaient  été  chassés  et  spoliés  à  l'époque 
des  dernières  persécutions  dirigées  dans  le  Céleste  Empire  contre 
les  Chrétiens.  Bien  que  les  autorités  chinoises  eussent  reconnu 
en  principe  la  légitimité  d'une  restitution  de  cette  nature,  elles 
multipliaient  les  expédients  pour  s'y  soustraire,  nos  succès  dans 
le  nord  ont  heureusement  mis  un  terme  à  leur  mauvais  vouloir 
et  l'église  qui  ne  tardera  pas  à  s'édifier  témoignera  bientôt 
d'une  manière  éclatante  de  la  sollicitude  du  Gouvernement  de 
l'Empereur  pour  les  intérêts  religieux  placés  sous  la  protection 
traditionnelle  de  la  France  dans  l'Extrême-Orient.  L'établisse- 
ment de  nos  missionnaires  sur  ce  point  profitera  d'ailleurs  à 
tout  le  monde  à  Canton,  car  il  constatera  et  maintiendra  le  droit 
toujours  refusé  jusqu'ici  aux  étrangers  d'avoir  un  libre  accès 
dans  l'intérieur  de  cette  ville.  » 


CHAPITRE  V 

LES  MISSIONS  CATHOLIQUES 

(Suite). 

CONVENTIOîî    BERTHEMY 

L'article  VI  de  la  convention  de  Péking  était  fort  large 
dans  ses  termes,  puisqu'il  dit  que  «  les  établipsements  reli- 
gieux et  de  bienfaisance  qui  ont  été  confisqués  aux  Chrétiens 
pendant  les  persécutions  dont  ils  ont  été  les  victimes,  seront 
rendus  à  leurs  propriétaires  par  rentremise  du  Ministre  de 
France  en  Chine,  auquel  le  gouvernement  Impérial  les  fera 
délivrer,  avec  les  cimetières  et  les  autres  édiûces  qui  en  dé- 
pendaient. »  Il  est  évident  qu'exécutée  à  la  lettre,  cette  clause 
ne  causerait  rien  moins  qu'un  nouveau  bouleversement  du  ca 
dastre  chinois  déjà  singulièrement  transformé  par  la  rébellion 
des  T'aï  P'ing;  il  aurait  fallu  remonter  au  temps  des  per- 
sécutions du  commencement  du  xviii*  siècle  pour  retrouver 
les  terrains  jadis  possédés  par  des  Chrétiens.  Tel  n'était  pas 
d'ailleurs,  en  pratique,  le  but  de  la  convention  de  Péking  ;  il 
n'était  nullement  question  d'exiger  l'exécution  à  la  lettre  d'un 
article  qui  aurait  eu  pour  résultat  d'enrichir  les  missions  au 
plus  grand  préjudice  moral  de  leur  œuvre  dont  le  caractère 
et  l'objet  sont  si  élevés,  de  causer  de  véritables  spoliations 
et  d'amener  une  terrible  perturbation  dans  la  propriété  fon- 
cière en  Chine.  Il  fallait  simplement  rendre  plus  facile 
l'œuvre  des  missionnaires,  et  non  l'édifier  sur  des  ruines;  le 
terrain  nécessaire  pour  bâlir  des  églises,  établir  des  cime- 


I 


CONVKNTIO.N     HKRTIIKMY  Gq 

lières,  fonder  des  écoles  et  des  orphelinats,  était  la  seule 
réclamation  que  Ton  dût  formuler;  la  propriété  des  missions 
ne  devait  pas  être  constituée  dans  un  but  de  spéculation  et 
de  lucre  et  au  profit  de  prêtres  étrangers;  elle  était  créée 
en  réalité  dans  l'intérêt  même  des  Chinois,  puisque  le  Chris- 
tianisme doit  être  une  amélioration  dans  leur  éducation  mo- 
rale et  religieuse.  Il  fallait  donc  permettre  et  assurer  Tachât 
des  terrains  nécessaires  aux  congrégations  européennes, 
mais  en  même  temps  pour  bien  marquer  qu'elles  n'étaient  en 
quelque  sorte  qu'usufruitières,  la  Chine  conservant  la  nue- 
propriété,  le  nom  de  l'acquéreur,  inutile  d'ailleurs  à  con- 
naître, restait  anonyme,  la  collectivité  qu'il  représentait  de- 
vant seule  être  en  titre.  C'est  ce  qu'avait  fort  bien  compris 
notre  ministre,  M.  Berlhemy',  successeur  de  M.  de  Bourbou- 
lon,  qui  a  laissé  en  Chine  de  si  grands  souvenirs,  désireux, 
tout  à  la  fois,  de  sauvegarder  nos  intérêts  sans  les  exagérer 
et  d'éviter  aux  Chinois  d'inutiles  froissements.  De  là,  la 
signature  de  l'acte  qui  règle  les  conditions  d'achat  de  la 
propriété  foncière  par  les  missionnaires  dans  l'intérieur  du 
pays. 


I.  Berlhemy,  Jules- François- G ustas'C,  fils  du  général  de  ce  nom; 
né  le  i^^  décembre  i8a6,  à  Paris  ;  attaché  libre  à  Washington,  7  juillet 
i8'|8  ;  à  Madrid,  30  janvier  i85o;  aspirant  diplomatique  à  Constanti- 
nople,  17  février  i85a  ;  2^  secrétaire  d'ambassade  au  même  poste,  3  mai 
i855;  secrétaire  de  a*^  classe,  3o  août  i856  ;  maintenu  à  Constanlinople, 
i3  septembre  i856;  désigné  secrétaire  à  Dresde,  17  août  1857  ;  mis  à  la 
disposition  du  déparlement,  37  juin  1809  ;  désigné  pour  remplir  tempo- 
rairement les  fonctions  de  i^^**  secrétaire  à  Constanlinople,  i3  juillet  1859; 
chef  du  cabinet  et  du  secrétariat  aux  Affaires  étrangères,  a 4  janvier  1860  ; 
secrétaire  de  i"""  classe  pour  prendre  rang  à  dater  du  a^  janvier  1860, 
37  octobre  186 1  ;  ministre  plénipotentiaire  chargé  de  gérer  la  légation  à 
Péking,  i4  octobre  i86a  ;  envoyé  extraordinaire  et  ministre  plénipoten- 
tiaire près  TemjKîreur  de  la  Chine,  9  octobre  i863  ;  commandeur  de  la 
Légion  d'honneur,  i^  août  1866;  envoyé  extraordinaire  et  ministre  plé- 
nipotentiaire près  les  États-Unis,  a8  octobre  1866  ;  près  le  roi  des  Belges, 
la  juin  1870. 


•yO  LES    MISSIONS    CATHOLIQUES 

TEXTE    DE    LA    CONVENTION,    20    FÉVRIER    l865 

Le  20  février  i865  (26*  jour  de  la  i"  lune  delà  4*  année 
T'oung-tché),  le  Tsoung-li  Yamen  adressait  la  lettre  suivante 
à  M.  Berthemy  : 

«  Nous  avons  l'honneur  de  vous  annoncer  que,  en  ce  qui 
concerne  les  biens  collectifs  des  missions  catholiques,  nous 
avons  arrêté  ce  qui  suit  :  à  V avenir ^  si  des  missionnaires 
français  i^ont  acheter  des  terrains  et  des  maisons  dans 
l'intérieur  du  paysj  le  vendeur  y  —  tel  ou  tel  (son  nom)y  — 
devra  spécifier,  dans  la  rédaction  de  l'acte  de  vente,  que 
sa  propriété  a  été  vendue  pour  faire  partie  des  biens  col- 
lectifs de  la  mission  catholique  de  la  localité.  Il  sera  inutile 
d'y  inscrire  les  noms  du  missionnaire  ou  des  chrétiens. 

«  Nous  avons  déjà  écrit  au  gouverneur  du  Kiang-Sou,  Li, 
pour  qu'il  se  conforme  à  cette  mesure  et  nous  vous  envoyons 
ci-joint  copié  de  la  lettre  que  nous  lui  avons  adressée  à  ce 
sujet. 

«  Nous  profitons  de  cette  occasion  pour  vous  présenter  nos 
souhaits.  » 

LETTRE    ANNEXÉE    A    LA    CONVENTION    BERTHEMY 

Copie  de  la  lettre  adresssée  au  gouverneur  du  Kiang-Sou, 

Li,  par  le  Tsoung-li-Yamen. 

A  Son  Excellence  Ciiao-tsiuan  (surnom  de  LiHoung-tchang). 
«  Éloignés  à  regret  de  votre  demeure  fleurie,  nous  tournons 
sans  cesse,  avec  un  ferme  espoir,  nos  modestes  pensées  vers  elle  et 
les  sentiments  qui  nous  animent,  dressés  que  nous  sommes  sur  la 
pointe  des  pieds  pour  vous  chercher,  s'augmentent  à  l'unisson  du 
temps.  Quant  à  présent,  nous  nous  plaisons  à  croire  que  le  bon- 
heur suit  vos  pas  et  va  grandissant,  comme  la  félicité  attachée  à 
votre  stable  personne  offre  l'image  de  la  paix.  Nous  nous  portons 
vers  la  contemplation  de  votre  brillante  prestance,  et  nos  expres- 
sions sont,  de  tout  point,  d'accord  avec  nos  sentiments  intimes. 


LETTRE    A    M.    BOLRÉK,    5    FKVRIF.R     1882  7I 

ce  A  litre  d'iiiformalion  actuelle  :  pour  ce  qui  concerne  la 
question  d'achats  de  terrains  par  la  France  pour  rétablissement 
d'édifices  religieux,  notre  Yamen  vient  de  décider,  après  entente, 
que  désormais  si  des  missionnaires  français  pénètrent  dans  l'in- 
térieur et  y  achètent  des  terrains  ou  des  maisons,  on  devra  écrire 
sur  les  contrats  la  stipulation  que:  Tel  ou  tel  (nom  et  prénoms 
de  celui  qui  vend  la  propriété),  qui  dresse  ledit  contrat,  vend  la 
propriété  en  question  pour  qu'elle  devienne  bien  collectif  de  la 
mission  catholique  du  lieu.  11  ne  sera  pas  nécessaire  d'énumérer 
spécialement  les  noms  des  missionnaires  ou  des  chrétiens. 

«  Tel  est  le  but  de  la  présente  lettre,  que  nous  vous  adressons 
en  vous  priant  de  prescrire  à  vos  subordonnés  de  s'y  conformer. 
En  agissant  de  la  sorte,  les  établissements  religieux  demeurent 
propriétés  collectives  des  chrétiens,  ce  qui  ne  saurait  porter  pré- 
judice à  la  Chine. 

a  Nous  profitons  de  cette  occasion,  pour  vous  présenter  tous 
nos  souhaits,  a 

INEFFICACITÉ    DE    LA    CONVENTION 

Cette  circulaire  aurait  donné  pleine  satisfaction  au  vœu  de 
M.  Berthemy  ;  malheureusement  les  autorités  provinciales 
avaient  ajouté  au  texte  officiel  des  instructions  pour  les  chefs 
de  villages  de  s'assurer  par  une  sorte  d'enquête  de  commodo 
et  mco/zi/worfo  que  l'achat  était  vu  d'un  bon  œil  par  leurs 
concitoyens  ;  naturellement,  les  fonctionnaires  aidant,  il  était 
rare  que  la  réponse  fût  favorable  et  partant  que  la  requête  du 
vendeur  fut  accordée.  Cet  état  de  choses  rendait  donc  illusoire 
la  convention  Berthemy,  et  à  diflcrentes  reprises  nos  minis- 
tres à  Pcking  essayèrent  d'y  remédier,  d'abord  M.  Brenier 
de  Monlmorand,  puis  M.  Bourée,  qui,  à  une  lettre  du 
3o  janvier  1882,  reçut  en  réponse,  le  5  février  1882,  les  éclair- 
cissements du  Tsoung-li  Ya-men   : 

LETTRE    A    M.    BOURÉE,    5     FÉVRIER    1882 

a  Nous  avons  eu  l'honneur  de  recevoir,  le  3o  du  mois  dernier 
(il  de  la  13®  lune),  la  lettre  de  V.  Exe.  relative  aux  achats  de 


72  LES    MISSIONS    CATHOLIQUES 

terrains  par  les  missionnaii'cs  dans  l'intérieur  [suit  un  résume  de 
cette  lettre). 

«  Cette  Convention  [la  Convention  Berthemy]  a  été  faite  d'un 
commun  accord,  elle  est  conforme  au  Traité  et  son  but  est  d'en- 
tourer de  garanties  les  acquisitions  faites  par  les  missions  reli- 
gieuses. 

«  Dans  sa  lettre,  V.  Exe.  demande  à  ce  qu'on  agisse  purement 
et  simplement  suivant  les  termes  de  la  Convention,  et  que.  toute 
réglementation  exceptionnelle  soit  supprimée. 

«  La  Convention  dont  il  s'agit  s'exprime  ainsi  :  ...  «  Le  nom 
du  vendeur  devra  figurer  dans  l'acte  de  vente,  qui  indiquera 
également  que  l'achat  est  fait  pour  devenir  bien  collectif  de  la 
mission  religieuse.  Il  sera  inutile  que  le  contrat  porte  le  nom 
d'un  missionnaire  ou  d'un  chrétien,  etc.  »  Or,  si  le  vendeur  ne 
.  présente  pas  le  contrat  de  vente  à  l'examen  de  l'autorité  locale, 
comment  celle-ci  pourra-t-elle  voir  si  ce  document  porte  le  nom 
du  vendeur  et  s'il  établit  clairement  que  l'acquisition  est  faite 
pour  devenir  bien  collectif  de  la  mission  ?  C'est  seulement  en 
examinant  le  contrat  de  vente  que  l'autorité  locale  peut  se  ren- 
dre compte  de  la  manière  dont  on  s'est  conformé  à  la  Conven- 
tion et  s'il  y  a  lieu  d'enregistrer  l'acte  ainsi  passé.  De  celte  ma- 
nière, aucune  fraude  ne  peut  être  commise  et  on  empêche,  en 
même  temps,  de  revenir  sur  un  marché  déjà  fait.  L'accomplisse- 
ment de  ces  formalités  n'est  pas  sans  présenter  de  grands  avan- 
tages pour  les  missions  religieuses.  » 

«  D'habitude,  dans  les  marchés  passés  entre  Chinois  pour  les 
achats  de  terrains  ou  de  maisons,  on  dresse  un  contrat  de  vente 
qui  est  présenté  à  l'autorité  pour  être  enregistré.  Si  l'on  se 
soustrait  à  cette  formalité,  le  contrat  n'a  aucune  valeur  et,  dans 
le  cas  de  procès,  ne  peut  être  présenté  pour  faire  foi.  Dans  ces 
sortes  de  transactions,  les  droits  doivent  être  payés  et  c'est  seule- 
ment après  examen  du  contrat  de  vente  que  ce  document  peut 
être  enregistré.  La  présentation  à  la  sous-préfecture,  l'examen 
du  contrat  et  le  paiement  des  droits  pour  l'apposition  du  sceau 
sur  ledit  contrat  doivent  certainement  avoir  lieu  après  que 
le  transfert  de  la  propriété  a  été  elTectué  et  nullement  avant  la 
vente.  » 

«  Les  autorités  locales  doivent  agir  en  se  conformant  non  seu- 
lement à  la  Convention,  mais  encore  aux  stipulations  des  traités. 
Aussi,  lorsqu'une  mission  religieuse  achète,  soit  des  terrains, 


REPRISE    DES^   ^ÊGOCIATIO^S,    2/»    JUILLET     l8()/j  "jS 

soit  des  maisons»  ladite  aulorilé  doit  examiner  si  l'acquisilion  a 
été  faite  suivant  les  règles  établies  et,  s*il  en  a  été  ainsi,  elle  doit, 
à  son  leur,  faire  ce  qui  a  été  prescrit  par  les  règlements.  Pour- 
quoi susciterait-elle  des  difficultés  ou  mettrait-elle  des  empêche- 
ments ? 

«  V.  Exe.  sait  bien  Elle-même  que  la  Convention  dont  il  est 
question  ici  présente  des  avant^nges.  La  présentation  à  l'autorité 
du  contrat  de  vente  pour  être  enregistré  est  une  formalité  par- 
faitement en  conformité  avec  l'esprit  de  la  Convention  et,  en 
l'exigeant,  ce  n'est  certainement  pas  établir  une  réglementa- 
tion exceptionnelle.  .Nous  espérons  que  V.  Exe.  s'en  rendra 
compte.  » 

REPRISE    DES    NÉ(;OCI AXIONS,     'i^    JUILLET     iSq^ 

M.  Patenôtre  paraît  s'être  désintéressé  de  la  question  :  ce 
diplomate  heureux,  disaient  les  mauvaises  langues,  était 
imbu  des  principes  qui  ont  dicté  Tarticlc  7  plutôt  qnc  de 
l'idée  politique  qui  avait  fait  dire  à  Gambetla  que  Tanticlé- 
ricalisme  n'était  pas  un  article  d'exportation.  Je  n'en  crois 
rien.  Il  est  probable  qu'une  occasion  favorable  ne  s'était  pas 
présentée  de  reprendre  les  négociations.  En  1894,  une  nou- 
velle affaire  avait  donné  au  Tsoung-li  Yamen  (16  juillet  1894) 
Poccasion  de  citer  la  Convention  Berthemy,  ainsi  que  ce 
passage,  dans  une  lettre  à  notre  ministre,  M.  Gérard  : 

«  Le  vendeur  devra  au  préalable  aviser  les  autorités 
locales  et  demander  leur  autorisation  :  elles  décideront  si 
elles  doivent  on  non  l'accorder  » . 

Saisissant  l'occasion,  ^L  Gérardrappelant(*>./|  juillet  189/1) 
les  termes  de  la  Convention  ainsi  que  ceux  de  la  lettre  de 
réponse  adressée  à  M .  Bourée,  écrivait  : 

«  11  résulte  de  cette  réponse  que,  si  le  Tsong-li  Ya-men  con- 
sidère que  le  contrat  de  vente  doit  être  présenté  à  l'autorité 
locale  et  enregistré  avec  acquittement  des  droits,  c'est  non  pas 
aa  préalable,  mais,  ainsi  qu'il  est  dit  dans  la  lettre,  après  que  le 
marché  a  clé  conclu. 


74  l-ES    MISSIONS    CATHOLIQUES 

«  Je  n'ai  aucune  objection  à  élever  contre  cet  acte  d'enregis- 
treinenl  qui  est  conforme  à  la  loi  chinoise  et  n'est  pas  contraire 
aux  stipulations  des  traités.  Mais  il  est  bien  entendu  que  cette 
formalité  de  la  présentation  et  de  l'enregistrement  du  contrat 
suit  la  vente  et  ne  la  précède  pas,  11  est  bien  entendu,  de  même, 
que  cet  acte  ne  comporte,  de  la  part  de  l'autorité  locale,  aucune 
autorisation  préalable.  Ainsi  est  satisfaite  la  volonté  de  l'Empe- 
reur, qui  a  désiré  assurer  aux  missions  le  libre  usage  de  leur 
droit  d'achat  dans  l'intérieur  de  l'Empire.  » 

Sans  entrer  dans  le  détail  de  négociations  assez  longues, 
qui  furent  d'ailleurs  facilitées  par  le  retour  du  prince  Koung 
au  pouvoir,  M.  Gérard  finit  par  obtenir  l'addition  d'une 
clause  à  la  Convention.  Rappelant  ses  lettres  précédentes,  il 
précisait  ses  réclamations  dans  une  dépêche  adressée  le  1 2 
avril  1895  au  Tsoung-li  Yamen  : 

DEM.ODE    DE    M.    GÉRARD,    12    AVRIL     iSqS 

oc  J'ai  demandé  et  je  demande  : 

1°  —  Que  le  texte  même  de  la  Convention  relative  à  l'achat 
par  les  missions  catholiques  de  terrains  et  de  maisons  dans  l'in- 
térieur de  la  Chine  soit  rédigé  ainsi  qu'il  suit  : 

«  A  l*avenir,  si  des  missionnaires  français  vont  acheter  des  ter- 
rains et  des  maisons  dans  ^intérieur  du  pays,  le  vendeur  (tel  ou  tel, 
son  nom)  devra  spécifier,  dans  la  rédaction  de  lacté  de  vente,  que 
sa  propriété  a  été  vendue  pour  faire  partie  des  biens  collectifs  de  la 
mission  catholique  de  la  localité.  Il  sera  inutile  d'y  inscrire  les  noms 
du  missionnaire  ou  des  chrétiens.  Im  mission  catholique,  après  la 
conclusion  de  Vacte,  acquittera  la  taxe  d'enregistrement  fixée  pur  In 
loi  chinoise  pour  tous  les  actes  de  vente,  et  au  même  taux.  Le  l'^/i- 
deur  naura  ni  h  aviser  les  autorités  locales  de  son  intention  de  ven- 
dre, ni  à  leur  demander  au  préalable  leur  autorisation.  » 

«  J'ai  demandé  et  je  demande  : 

2®  —  Que  ce  texte,  ainsi  complété,  de  la  Convention  soit 
adressé  par  Vos  soins  aux  maréchaux  Tar tares,  vice-rois  et  gou- 
verneurs de  toutes  les  provinces  de  l'Empire  et  publié  dans  toutes 
les  provinces,  non  point  sous  le  sceau  des  simples  mandarins 
locaux,  mais  sous  le  sceau  des  autorités  supérieures  ; 

(c  J'ai  demandé  et  je  demande  : 


TEXTE  DÉFINITIF  DE  LA   CONVENTION    BERTIIEMY,    I /J    AVRIL   iSgO        ^5 

3°  —  Que  le  texte  des  instructions  circulaires  envoyées  par 
Votre  Yamen  aux  maréchaux  Tartares»  vice-rois  et  gou\er- 
neurs  de  toutes  les  provinces  me  soit  communiqué  dans  son  inté- 
grité. 

a  Ces  trois  conditions  sont  toutes  également  indispensables 
pour  satisfaire  mon  Gouvernement  et  pour  assurer  Texéculion 
stricte  et  loyale  par  les  autorités  provinciales  d'une  Convention 
trop  longtemps  enfreinte  et  méconnue,  que  le  Gouvernement  de 
la  République  est  résolu  à  faire  désormais  scrupuleusement  res- 
pecter. 11  ne  doit  plus  subsister  à  cet  égard  ni  obscurité,  ni  équi- 
voque. 

«  J*attends  de  Vos  Altesses  et  de  Vos  Excellences,  dans  le 
plus  bref  délai  qui  Leur  sera  possible,  une  réjx)nse  entièrement 
et  de  tout  point  conforme  à  la  présente  communication  oflicielle. 
Ceci  est  urgent  et  de  la  plus  grande  importance.  » 

Enfin,  le  i4  avril  iSgS*,  le  Tsoung-li  Yamen  remettait  à 
notre  ministre  copie  des  instructions  circulaires  qu'il  avait 
expédiées  dans  toutes  les  provinces;  ce  document  nous  donne 
enfin  la  forme  oflGcielle  et  définitive  avec  la  clause  addition- 
nelle de  la  Convention  Berthemy ,  conformément  à  la  demande 
de  M.  Gérard: 

TEXTE   définitif   DE  LA  CONVENTION   BERTHEMY,    l/|  AVRIL   iSgO 

Copie  de  la  dépêche  aux  vice- rois  et  gouverneurs  de  tontes 

les  provinces. 

lettre  officielle  : 

a  Déjà,  pendant  la  9*^  lune  de  Tannée  dernière,  (octobre  189^), 
notre  Yamen  a,  relativement  à  la  question  des  achats  de  terrains 
faits  par  les  missions  religieuses  dans  Tintérieur  du  pays,  adressé 
dans  toutes  les  provinces,  ainsi  que  le  constatent  les  archives,  le 
texte  du  Règlement  conclu,  pendant  la  4*"  année  T'oung-lché 
(i865),  par  le  Ministre  de  France,  S.  E.  M.  Berthemy,  avec 
notre  Yamen. 

«  S.  E.  M.  Gérard,  Ministre  de  France,  vient  maintenant  de 

I.  ao  de  la  3^  lune. 


'^6  LES    MISSIONS    C\TllOLIQLKS 

nous  adresser  une  coiumuiiicalion  olïicielle  dans  laquelle  il  nous 
dit  que  les  autorités  locales  de  certaines  provinces,  telles  que  le 
Hou-Kouang,  le  Tchc-li,  la  Mongolie  et  la  Mandchourie,  décla- 
rent n'avoir  j>as  encore  reçu  d'ordres  quant  à  la  façon  dont  le 
Règlement  primitif  de  M.  Berthemy  doit  être  appliqué,  et  qu'il 
y  a  aussi  d'autres  provinces  où  on  continue  d'obliger  les  per- 
sonnes vendant  leurs  terrains  à  en  donner  préalablement  avis 
aux  autorités  locales  en  demandant  leurs  instructions.  Des  ordres 
donnés  par  apostille  du  Gouverneur  du  Kiang-si,  une  proclama- 
lion  des  autorités  provinciales,  ssc  et  tao,  du  Se-tcb'ouen,  et 
une  prcxîlamalion  du  lao-taide  Lei-tchéouet  Kioung-tchéou.dans 
le  Kouang-toung,  ont  été  envoyés  en  copie  h  notre  examen  (par 
le  Ministre  de  France),  en  nous  priant  d'expédier  de  nouveau 
des  instructions  circulaires  dans  toutes  les  provinces,  portant 
que  :  «  A  F  avenir,  si  des  missionnaires  français  vont  acheter  des 
terrains  et  des  maisons  dans  ^intérieur  du  pays,  le  vendeur  Qel  ou 
tel,  son  nom^  devra  spécifier^  dans  la  rédaction  de  Vacte  de  vente, 
(pie  sa  propriété  a  été  vendue  pour  faire  partie  des  biens  collectifs  de 
la  mission  catholique  de  la  localité.  Il  sera  inutile  d*y  inscrire  les 
noms  du  missionnaire  ou  des  chrétiens.  La  mission  catholique,  après 
la  conclusion  de  iacte,  acquittera  la  taxe  d* enregistrement  fixée  par 
la  loi  chinoise  pour  tous  les  actes  de  vente,  et  au  même  taux.  Le 
vendeur  naura  ni  à  aviser  les  autorités  locales  de  son  intention  de 
vendre,  ni  à  demander  au  préalable  leur  autorisation.  »  De  cette 
façon,  le  règlement  conclu  entre  les  deux  nations,  —  est-il 
ajouté,  —  pourra  recevoir  son  application. 

Ayant  reçu  cette  communication,  nous  croyons  devoir  adresser 
la  j)résente  lettre  ofTicielle  à  tous  les  Vice-Hois  et  (îouverneurs 
des  provinces  |K)ur  qu'ils  en  prennent  connaissance,  agissent  en 
conséquence  et  prescrivent  aux  autorités  locales  de  s'y  conformer 
uniformément,  sans  qu'il  y  ait  lieu  de  s'en  tenir  h  ce  qui  a  été 
dit  précédemment  sur  l'avis  préalables  donner  auxdites  autorités 
locales,  ce  qui  provoquerait  des  discussions.  Ceci  est  très  impor- 
tant. » 

Ainsi  que  Fécrivait  M.  Gérard  au  Tsoung-li  Yamcn  le  21 
mai  1895,  il  restait  encore  :  «  à  donner  à  la  Convention  la 
publicité  nécessaire  dans  toutes  les  provinces,  par  voie  de 
proclamations  ou  d'édits  revêtus  du  sceau  des  autorités 
supérieures.  »  Satisfaction  fut  donnée  à  notre  Ministre  par 


COMMUNICATION    FINALE,    26    MAI    iSqS  77 

renvoi   du  document  suivant   qui    clôt  déûnilivenient   ces 
délicates  négociations  : 


COMMUÎilCATION    FINALE,     26    MAI     1896 

Kouang-Siu   ai®   année,  5*    lune,    3*  jour. 

(26  mai  1895). 

COMMUNICATION    OFFICIELLE  : 

«  Le  27  de  la  /l*  lune  de  la  21*^  année  Kouang-Siu  (21  mai 
1890),  nous  avons  reçu  la  dépêche  dans  laquelle  V.  Kxc.  nous 
dit  que,  jusqu'ici,  il  n*a  pas  été  donné  suite  à  la  demande  con- 
tenue dans  Sa  communication  officielle  du  18  de  la  IV  lune 
(12  avril),  tendante  à  ce  que  des  instructions  circulaires  soient 
envoyées  aux  vice-rois  et  gouverneurs  de  toutes  les  pro>inces 
pour  qu'ils  fassent  donner  une  large  publicité,  par  voie  de  pro- 
clamations revêtues  du  sceau  des  autorités  supérieures  (à  la  Con- 
vention relative)  aux  achats  de  propriétés  dans  l'intérieur  de  la 
Chine.  Vous  nous  priez  de  donner  des  ordres  dans  toutes  les 
provinces  pour  que  ces  proclamations  soient  lancées. 

«  Notre  Yamen  adresse  des  circulaires  dans  toutes  les  pro- 
vinces pour  que,  sous  le  sceau  des  vice-rois  et  des  gouverneurs, 
la  Convention  relative  aux  achats  de  propriétés  par  les  missions 
religieuses  y  fasse  promptement  l'objet  de  proclamations.  Nous 
croyons  devoir,  en  outre,  en  aviser  V.  Exe.  par  la  présente  ré- 
ponse officielle.  » 


7» 


LES    MISSIONS   CATHOLIQUES 


TEXTE    CHINOIS    DÉFINITIF    DE    LA    CONVENTION 


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CHAPITRE  VI 
RUSSES  ET   AMÉRICAINS 

MARCHE    DES    RUSSES 

Deux  puissances  prenaient  un  intérêt  particulier  à  la 
double  lutte  diplomatique  et  militaire  des  Français  et  des 
Anglais:  les  Russes  et  les  Américains.  Aussi  est-il  nécessaire 
de  jeter  un  coup  d'oeil  rapide  sur  leurs  relations  antérieures 
avec  la  Chine. 

C'est  sous  le  règne  d'Ivan  IV,  au  milieu  du  xvi''  siècle, 
que  commence,  à  l'Est  de  l'Oural,  cette  marche  formidable  des 
Russes  que  la  mer  même  n'arrêtera  pas,  puisque  la  puissance 
du  tsar  s'étendit  jadis  au  delà  du  détroit  de  Behring  ;  ce  n'est 
qu'en  1867,  en  effet,  que  les  possessions  des  Russes  en  Améri- 
que, l'Alaska,  furent  vendues  aux  États-Unis.  L'unité  des  Elats 
Grands-Russiens,  la  conquête  du  royaume  de  Kazan  en  i552 
et  d'Astrakhan  en  i554  étendaient  les  frontières  de  la  Russie 
vers  l'Est  ;  Etienne  Bathory  avait  battu  les  Russes  en  Livonie, 
retardant  ainsi  leur  marche  vers  la  Baltique  ;  leurs  efforts 
devaient  donc  se  diriger  vers  l'Orient;  en  i558,  un  certain 
Grégori  Strogonov  obtint  du  tsar  la  concession  de  terres 
désertes  sur  la  Kama  ;  ses  compagnons  et  lui  s'y  établirent, 
fondèrent  des  colonies  et  quelques-uns  des  leurs  dépassèrent 
même  l'Oural.  Un  Cosaque  du  Don  Ermak  ïimofeevitch, 
|>assait  au  service  de  Strogonov,  franchissait  l'Oural  à  la  tête 
de  85o  hommes  et  s'avançait  jusqu'à  Tlrtych  et  l'Ob.  Ermak 
fut  le  véritable  conquérant  de  la  Sibérie  occidentale;  mais 
s'il  lui  fut  donné  d'ajouter  un  royaume  nouveau  aux  États  du 


8o  RUSSES    ET    AMÉRICAIxNS 

souverain  qui  a  été  surnommé  le  Terrible,  à  ses  successeurs 
fut  réserve  Thonneur  de  fonder  la  première  grande  ville  du 
territoire  pris  aux  Tartares,  car  Ermak  se  noya  en  i584 
dans  rirtych  et  Tobolsk  ne  date  que  de  1587.  L'effort  des 
Russes  se  dirigea  ensuite  vers  le  Nord  de  la  Sibérie  ;  ils  n'y 
rencontrèrent  aucune  résistance  jusqu'à  la  Lena  ;  ils  con- 
struisirent, en  i632,  le  fort  de  Iakoutsk  et  poussèrent  leurs 
explorations  jusqu'à  la  mer  d'Okhotsk.  Ce  n'est  qu'en  i636 
que  les  Russes  entendirent  pour  la  première  fois  parler  du 
fleuve  Amour  par  des  Cosaques  de  Tomsk  qui  avaient 
poussé  leurs  incursions  vers  le  Sud;  en  i638,  Perviliev,  chef 
des  Cosaques  d'Eniséïsk,  explora  la  Vitim,  affluent  de  la 
Lena,  avec  36  hommes  et  rapporta  des  renseignements  sur 
l'Amour.  Le  voïévode  de  Iakoutsk  dirigea  plusieurs  explora- 
tions vers  le  grand  fleuve  dont  la  plus  importante  fut  mise 
sous  le  commandement  de  Vasili  Poyarkov  (i 643-1 646) 
qui  est  le  premier  Russe  ayant  navigué  sur  l'Amour  depuis 
son  confluent  avec  la  Zcia  jusqu'à  son  embouchure.  Plus 
tard,  Khabarov  dirige  en  i<)48-i65i  une  nouvelle  expédition 
au  cours  de  laquelle  il  bâtit  plusieurs  forts,  enti*e  autres 
Albasine  sur  les  bords  du  fleuve;  en  1 65/| ,  Stcpanov remonte 
pour  la  première  fois  le  Soungari  où  il  rencontre  les  Chinois 
qui  le  forcent  à  redescendre  vers  l'Amour;  en  i654,  il  con- 
struit le  fort  de  Kamarski  à  l'embouchure  de  la  Koumara. 
En  i658,  Athanase  Pachkov,  voïévode  de  Éniséisk,  fonde 
Nertchinsk,  au  confluent  de  la  Chilka  et  de  la  Nertcha  ;  sur 
ces  entrefaites,  Stepanov,  avec  270  Russes,  est  tué  par  les 
Chinois  à  l'embouchure  du  Soungari..  Cet  échec  force  les 
Russes  à  abandonner  ce  fleuve  temporairement.  C'est  en 
1672  qu'Albasine  reçoit  son  premier  gouverneur  :  le  Polonais 
Nicolas  Czernigovski.  Une  première  mission  en  Chine  fut 
envoyée  en  i653  sous  la  direction  de  Féodor  Isakovich 
Baïkov.  En  1676,  à  son  retour  de  Péking,  où  il  avait  été 
envoyé   en   ambassade,    Nicolas    Spatar    Milescu    conseille 


TBAITÉ  DE  NERTCHINSK,  2"]    AOUT  1689  81 

aux  habitants  d'Albasine  de  ne  plus  continuer  leurs  expé- 
ditions sur  l'Amour  et  de  tâcher  de  s'attirer  les  bonnes 
grâces  des  Chinois  ;  ses  avis  d'ailleurs  ne  sont  pas  écoutés  ; 
la  ville  d'Albasine,  devenue  un  voïévodinat,  continue  à 
organiser  des  explorations  sur  le  fleuve;  aussi,  en  i684,  les 
Chinois  se  préparent-ils  à  commencer  les  hostilités.  A  la 
suite  de  deux  sièges  d'Albasine,  les  négociations  entre  Chinois 
et  Russes  amènent  le  27  août  1689  la  signature  du  traité  de 
Ncrtchinsk  en  six  articles  rédigés  en  russe,  latin  et  mand- 
chou par  lequel  furent  délimitées  les  frontières  russo-chinoises 
et  fut  décidée  la  destruction  d'Albasine.  Il  ne  faut  pas  se  dis- 
simuler l'importance  de  ce  traité,  le  premier  qui  ait  été  conclu 
par  la  Chine  non  seulement  avec  la  Russie,  mais  avec  une 
puissance  européenne.  Les  ambassadeurs  qui  s'étaient  assem- 
blés à  Nertchinsk  avaient,  aux  termes  du  traité,  la  mission 
de  «  réprimer  l'insolence  de  certaines  canailles  qui,  faisant 
des  courses  hors  des  limites  de  leurs  terres  pour  y  chasser, 
pillent,  tuent  et  excitent  des  troubles  et  des  brouilleries,  de 
déterminer  clairement  et  distinctement  des  bornes  entre  les 
deux  empires  de  la  Chine  et  de  la  Moscovie  et  enfin  d'établir 
une  paix  et  une  intelligence  éternelles  ». 

TRAITÉ    DE    NERTCHINSK,     27    AOUT    1689 

Les  Chinois  avaient  comme  interprètes  les  deux  jésuites 
Jean-François  Gerbillon  et  Thomas  Pereyra*. 

Sancti  Sinarum  Imperatoris  mandato  missi  ad  dcterminandos 
limites  Magnâtes. 

Som  Go  Tu  Praetorianorum  militum  praefectus  intcrioris 
palatii  Palatinus,  Imperii  consiliarius  etc. 

I.  Gerbillon,  voir  p.  5i.  —  Thomas  Pereyra,  né  à  S.-Marlinho  de 
Valo,  le""  novembre  iC45  ;  arrivé  en  Chine  en  1678  ;  mort  à  Péking, 
24  décembre  1708. 

GORDIER.  I.  —  6 


i 


Sa  RUSSES    ET    AMÉRICAINS 

Tum  QiieCam  inlerioris  palalii  palatinus,  primi  ordinis  cornes, 
Imperialis  vcxilli  dominus,  Imperaloris  avunculus  etc. 

Laiii  ïan  vnius  etiam  vexilli  dominus 
•    Pam  Tarcha  item  vnius  vexilli  dominus 

Sap  so  circa  Sagalien  Via  aliasque  terras  generalis  exercituum 
praefectus 

Ma  La  vnius  vcxilli  praefectus 

Wen  Ta  exterorum  tribunalis  alter  praeses  et  caeteri  una  cum 
missis. 

Dei  gratia  magnorum  dominatorum  Tzarum  Magnorumque 
Ducum  loannis  Alexiewicz,  Pétri  Alexiewicz  totius  magnae  ac 
parvae,  nec  non  albac  Russiae  Monarcharum,  multorumque 
dominiorum  ac  terrarum  Orientalium,  Occidentalium  ac  Seplem- 
trionalium/Prognatorum  Haeredum,  ac  Successorum,  domina-, 
torum  ac  possessorum 

Magnis  ac  plenipotentibus  Suac  Tzarcae  Majestatis  Legatis 
Proximo  Okolnitio  ac  locitenente  Branski  Theodoro  Alexiewicz 
Golovin  dapifero  ac  locitenente  lélatomski,  loanne  Eustabievicz 
Wlasopb  Cancellario  Simone  Cornitski 

Anno  Gain  Hi  38"  crocei  serpentis  dicto  7"  Lunae  diea^  prope 
oppidum  Nipcbou  congregati  tum  ad  coercendam  et  reprimendam 
insolentiaiu  eorum  inlerioris  notae  venatorum  liominuin,  qui 
extra  proprios  limites,  sive  venabundi,  sivese  muluo  occidentes, 
sive  depraedantes,  sive  perturbationes  aut  tumultus  quoscumque 
commoventes  pro  suo  arbitrio  excurrunt,  tum  ad  limites  in  1er 
utrumque  Imperium  Sinicum  videlicet  et  Ruthenicum  claré  ac 
perspicué  delerminandos  acconstiluendos,  tum  denique  ad  pucem 
perpetuam  stabiliendam  aeternumque  loedus  percuticndum, 
sequentia  puncta  ex  mutuo  conscnsu  statuimus  ac  determina- 
viinus. 

I. 

Rivulus  nomine  Kerbicbi,  qui  rivo  Cliorna  Tarlaricé  Vruni 
dicto  proximus  adjacet  et  fluvium  Sagalien  Via  induit,  limites 
inter  utrumque  Imperium  constiluet.  ïlem  a  vertice  rupis  seu 
montis  lapidei,  qui  est  supra  dicti  rivuli  Kerbicbi  fontem  et  ori- 
ginem  et  per  ipsa  buius  montis  cacumina  usquead  mare,  ulrius- 
que  ïmperii  dilionem  ita  dividet,  ut  omnes  terrae  et  fluvii  sive 
parvi  si>e  magniqui  a  meridionali  buius  montis  parte  in  fluvium 
Sagalien  Via   inlluunt  siiil  sub  Imporii  Sinici  dominio,  omnes 


4 


TRAITÉ  DE  NERTCniNSK,  27  AOUT  îBSq  83 

terrae  vero  et  omnes  rivi  qui  ex  altéra  montis  parte  ad  Borealem 
plagam  vergunl  sub  Ruthenici  Imperii  dominio  remaneant  ita 
tamen,  ut  quicunque  fluvii  in  mare  influunt  et  quaecumque 
terrae  sunt  intermediae  inter  fluvium  Vdi  et  seriem  montiuin 
pro  limitibusdesignatam  prointeriin  indelerminatae  relinquantur. 
De  his  autcm  post  uniuscuiusquc  Imperii  legatorum  in  proprium 
regnum  reditum  rite  cxaminatis  et  clare  cognitis  vel  per  legatos 
\el  per  lilteras  postea  determinabitur.  Item  fluvius  nominc  Ergon 
qui  etiam  supra  dictum  fluvium  Sagalien  Via  influit,  limites  ita 
constituel,  ut  omnes  terrae  quae  sunt  ex  parte  meridionali  ad 
Sinicum,  quae  vero  sunt  ex  parte  boreali,  ad  Huthenicum  Impe- 
rium  perlineant  :  et  omnes  aedes  quae  ex  parte  dicli  fluminis 
meridionali  in  faucibus  fluvii  nomine  Meyrelke  extructae  sunt  ad 
lit  lu  s  boréale  transferentur. 


a. 


Arx  seu  fortalitia  in  loco  nomine  Yagsa  a  Russis  extructa  fun- 
ditus  eruetur  ac  destruetur.  Omnesque  illam  incolentes  Rutheni 
Imperii  subditi  cum  omnibus  suis  cuiuscumque  generis  rébus  in 
Russi  Imperii  terras  deducentur. 

Atque  extra  hos  limites  determinatos  nuUamob  causam  utrius- 
que  Imperii  vcnatores  transibunt. 

Quod  si  unus  aut  duo  inferioris  notae  homines  extra  hos  sta- 
tutos  limites  vel  venabundi,  vel  latrocinaturi  divagabuntur, 
statim  in  vincula  coniecti  ad  illarum  terrarum  constitutos  in 
utroque  Imperio  Praofcctos  deducentur,  qui  cognitam  iflorum 
culpam  débita  poenâ  mulctabunt  :  Si  vero  ad  decem  aut  quin- 
deeim  simul  congrcgati  et  armis  instructi,  aut  venabuntur,  aut 
alterius  Imperii  homines  occident,  aut  depraedabuntur  de  hoc  ad 
uniuscuiusque  Imperii  Imperatorcs  rcferetur,  omnesque  huius 
criminis  rei  capitali  poenâ  mulctabuntur,  nec  bellum  propter 
quoscumque  particularium  hominum  excessus  suscitabitur,  aut 
sanguinis  eflusio  procurabitur. 

3. 

Quaecumque  prius  acta  sunt.  cuiuscumque  generis  sinl, 
aeternâ  oblivione  sopiantur.  Ab  oo  die  quo  inter  ulrumque  Im- 
periumhaec  aetcrna  pax  iurala  fuerit,  nulli  in  posterum  ex  altero 


I 


84  RUSSES    ET    AMÉRICAINS 

Imperio  transfugae  in  alterum   Impcrium  admiiientur  :  sed  în 
vincula  coniecli  statini  reduccnlur. 

4. 

Quicumque  ver6  Ruthcni  Iinperii  subditi  in  Sinicoet  quicum- 
que  Sinici  Impcrii  in  Ruthcnico  nunc  suni,  in  eodem  statu 
relinquanlur. 

5. 

Propler  nunc  contractam  amicitiam  atquo  acternuin  focdus 
stabilituin,  cuiuscumque  generis  homines  litteras  patentes  iteneris 
sui  afTerentes,  licite  accèdent  ad  régna  utriusque  doininii,  ibique 
vendent  et  einent  quaecumque  ipsis  videbuntur  necessaria  niutuo 
commercio. 

6. 

Concilio  intcr  utriusque  Imperii  legatos  celebrato,  et  omnibus 
utriusque  Regni  limitum  contenlionibus  diremptis,  paceque  sta- 
bilité, et  aelerno  amicitiae  foedere  percusso,  si  hae  omnes  deter- 
niinatae  conditiones  rite  observabuntur,  nullus  eril  ainplius  per- 
turbationi  locus. 

Ex  utraque  parte  bujus  foederis  conditiones  scriplo  nianda- 
buntur,  duplexque  exemplar  huic  conforme  sigillo  munilum  sibi 
invicem  Iradent  magni  utriusque  Imperii  legati. 

Demum  et  iuxta  hoc  idem  exemplar  eaedem  conditiones  Sinico 
Ruthcnico  et  latino  idiomate  lapidibus  incidentur,  qui  lapides  in 
utriusque  Imperii  limitibus  in  perpetuum  ac  aeternum  monu- 
mentum  erigenlur. 

Datum  apud  Nipchou  anno  Cam  Ili  28°  7"  Lunae  die  24- 


MISSIONS    DIVERSES 

Si,  d'une  part,  malgré  leur  demande  de  conserver  tous  les 
territoires  au  Nord  de  TAmour,  les  Russes  sont  refoulés  au 
delà  de  ce  grand  fleuve  jusqu'à  la  chaîne  de  montagnes  qui 
s'étend  jusqu'à  la  mer,  restituant  aux  Chinois  le  pays  dont 
sont   formées  aujourd'hui  l'Amourskaya  et  une  partie  de  la 


MISSIONS    DIVERSES  85 

Zabaïkalskaya,  d'autre  part,  ils  obtiennent  une  délimitation 
oflicielle  des  frontières  et,  chose  fort  importante,  la  liberté  de 
circuler  et  de  faire  le  commerce  en  Chine  pour  leurs  na- 
tionaux munis  d'un  passeport  en  règle.  Nous  sommes  arrivés 
h  la  première  étape  de  Tinvasion  qui  portera  Tenvahisseur 
jusqu'à  Tembouchure  de  l'Amour.  Désormais  plus  de  guerre, 
mais  une  série  d'ambassades  qui  proGteront  de  circonstances 
favorables  pour  obtenir  pacifiquement  ce  que  les  armes 
n'eussent  peut-être  point  suffi  h  arracher.  Ce  qu'il  y  a  de 
plus  remarquable  dans  cette  histoire  des  relations  des  deux 
vastes  empires  asiatiques,  c'est  la  ténacité  du  Moscovite  aux 
prises  avec  l'astuce  du  Chinois  et  la  comparaison  entre  le 
point  de  départ  de  ces  relations  :  la  Russie  d'Ivan  le  Terrible 
et  la  Chine  de  Kang-Hi  et  leur  point  culminant  en  1860 
quand  ces  mêmes  nations  auront  passé  l'une  entre  les 
mains  de  fer  de  Pierre  le  Grand  et  sera  devenue  la  Russie 
de  Nicolas  II,  l'autre  sous  le  gouvernement  des  empereurs 
Kia-K'ing  et  Tao-Kouang  et  sera  devenue  la  Chine  de  leur 
successeur  Hien-Foung.  On  doit  reconnaître  que  les  succes- 
seurs de  Golovine,  le  signataire  du  traité  de  Ncrtchinsk, 
n'eurent  guère  à  se  féliciter  du  résultat  de  leurs  missions  et 
que  Pierre  le  Grand  n'eut  pas  à  compter  parmi  ses  succès 
les  ambassades  qu'il  envoya  à  la  cour  de  Péking.  C'est 
d'abord  l'Allemand  Evert  Isbrand  Ides  qui,  dans  un  récit  peu 
digne  de  créance  de  son  voyage  (1692-^),  omet  de  dire  que  la 
lettre  du  tsar  son  maître  fut  renvoyée  parce  que  le  nom  de 
Pierre  le  Grand  précédait  celui  de  Kang-IIi.  Il  avait  sans  doute 
pour  mission  de  faire  confirmer  les  termes  du  traité  de  Nert- 
chinsk  et  de  consolider  des  relations  que  compromettaient  les 
brigandages  et  les  incursions  des  colons  nouveaux  de  l'Amour. 
Cependant  une  ambassade,  dirigée  par  Ton  Li-chen  (1712- 
1715)  envoyée  par  Kang-Hi  aux  Tartares  Tourgoutes  sur  les 
bords  de  la  Caspienne  passa  sur  le  territoire  russe  et  fut  bien 
traitée  par  le  gouverneur  de  Sibérie  qui,  à  la  demande  du 


86  RUSSES    ET    AMÉRICAINS 

Fils  du  Ciel,  envoya  plus  tard  à  Péking  un  médecin.  Ce  mé- 
decin était  accompagné  d'un  Suédois  nommé  Lange,  qui  fit 
partie  des  ambassades  suivantes  et  devint  vice-gouvemeur 
d'Irkoutsk.  Malgré  le  succès  de  cette  dernière  mission,  Tin- 
conduite  des  négociants  russes  leur  avait  fait  interdire 
l'entrée  dans  la  capitale.  Ismaïlov  fut  chargé  d'obtenir  de 
nouveau  de  la  Chine  libre  circulation  des  caravanes  portant 
des  produits  russes  à  Péking.  Ismaïlov,  accompagné  d'une 
brillante  escorte,  arriva  à  Péking  le  29  novembre  1720  et 
séjourna  dans  cette  capitale  jusqu'au  2  mai  172 1.  Sa  mission 
n'eut  d'ailleurs  pas  d'effets  durables  par  suite  de  la  désertion 
de  quelques  Mongols  qui  passèrent  aux  Russes.  Lange,  qui 
était  resté  à  Péking  comme  consul  de  Russie,  fut  même 
obligé  de  quitter  cette  ville  en  1722  à  la  suite  d'intrigues 
des  jésuites,  dit-on,  plu^  probablement  à  cause  de  nouveaux 
désordres  des  marchands  russes  à  Ourga.  La  guerre  même 
ne  fut  évitée  que  par  la  mort  de  Kang-Hi,  Cependant  les  Rus- 
ses ne  perdaient  pas  de  vue  l'occupation  de  l'Amour  ;  une  nou- 
velle ambassade,  sous  la  conduite  du  comte  Sara  Vladislavitch, 
partit  en  1726  pour  la  Chine  avec  la  mission  officielle  d'an- 
noncer au  Fils  du  Ciel  l'accession  au  trône  de  Russie,  de 
Catherine,  la  veuve  de  Pierre  le  Grand,  qui  venait  de  mou- 
rir. On  remarquera  que  dans  toutes  les  circonstances  la 
Chine  regarde  la  Russie  comme  sa  vassale;  le  nom  du 
monarque  chinois  précède  dans  les  lettres  de  créance  celui 
du  tsar  ;  l'avènement  d'un  nouveau  souverain  à  Saint-Péters- 
bourg est  immédiatement  annoncé  à  Péking;  les  présents 
sont  considérés  comme  un  tribut,  et  les  ambassadeurs  sont 
soumis  à  des  cérémonies  humiliantes  ;  parfois  ils  sont  retenus 
à  la  frontière,  parfois  ils  sont  obligés  de  faire  les  neuf  pros- 
ternations (Ao  téou^  en  usage  en  Chine.  Vladislavitch  ne 
put  aller  à  Péking,  mais  il  conclut  à  Kiachta  un  nouveau 
traité  (21  octobre  1727)  qui  est  la  seconde  étape  des  Russes 
dans  leur  conquête  de  l'Asie  orientale.  Ils  obtenaient  que  la 


MISSION    ECCLÉSIASTIQIE    RUSSE    DK    PÉRING  8/ 

frontière  fût  mieux  délermince,  la  permission  de  bâtir  une 
église  à  Péking  et  que  de  nouveaux  arrangements  fussent 
pris  pour  les  caravanes. 


MISSION    ECCLESUSTIQUE    RUSSE    DE    PEKING 

Lors  du  premier  siège  d'Albasine  (7  juillet  i684)  3i  Russes 
furent  faits  prisonniers  par  les  Chinois  et  conduits  à  Péking, 
011,  pendant  deux  ans  ils  furent  retenus  en  captivité,  mais 
sans  mauvais  traitements;  Isbrand  Ides  avait  été  chargé  de 
réclamer  leur  mise  en  liberté,  mais  quoique  Tempereur 
Kang  Ili  eut  accordé  cette  demande,  les  Russes  restèrent  à 
Péking.  Parmi  eux  se  trouvait  un  prêtre  nommé  Maxime 
ou  Dmitri  Léontiev,  qui,  en  171 1  était  déjà  fort  âgé. 

L'empereur  consentit  alors  à  ce  que  la  Russie  envoyât 
quelques  prêtres  à  Péking  pour  satisfaire  aux  besoins  reli- 
gieux des  Russes  captifs.  En  1716  arriva  à  Péking  Tarchi- 
mandrite  Hilarion,  accompagné  d'un  prêtre  et  d'un  diacre; 
ce  fut  la  première  mission  ecclésiastique  russe  en  Chine; 
Tarlicle  5  du  traité  Vladislavitch  fait  mention  de  cette  mis- 
sion  pour  la  première  fois  dans  un  instrument  diplomatique  : 

a  Rocn.  scu  domus,  qua?  modo  est  Pekini  pro  Russis,  in  pos- 
teruin  quiciiiiiquc  vcnerint  Russi,  ipsi  soli  iiicolcnt  hanc  domum  ; 
quod  aulom  Russiue  Legalus  Sava  Vladislavich  Illyricus  Comes 
dixil  de  templo  faciendo,  faclum  est  in  hac  ipsâ  domoadiuvanti- 
bus  magnalibus,  qui  curarn  habent  de  negociis  Russorum.  In  hoc 
habitabil  unus  Lama  (sacerdos)  qui  modo  est  Pekini,  et  addcn- 
tur  1res  alii  Lama  (sacerdos)  venturi,  sicut  deliberatum  est, 
quando  autcm  pervcnerint  dabuntur  illis  victualia,  sicut  dantur 
ilH,  qui  prius  venerat,  et  in  hoc  Templo  collocabuntur  :  Non  iin- 
pedientur  Russi  recilare  et  colère  suum  Dcum  suo  modo.  Prae- 
terea  quatuor  pueri  Russi  scholastici,  et  duo  alii  provectioris 
ietatis  scicnles  linguam  lalinam,  et  russam,  quos  legatus  Russiae 
Sava  Vladislavich  Cornes  Illyricus  vult  relinqucre  Pekini  ad  dis- 
cendas  linguas,  habitabunt  etiani  in  hàc  domo  ;  ipsis  ministra- 


88  RUSSES    ET    AMÉRICAINS 

buntur  victualia  cxpeiisis  regiis,  absolulis  autcm  studiis  reducat 
eos  ad  libitum.  » 


Le  traité  de  1 727  a  été  la  base  des  relations  de  la  Russie  avec 
la  Chine  jusqu'au  xix*  siècle.  Bien  des  fois  des  malentendus 
graves  s'élevèrent  entre  les  deux  pays  ;  mais  quoique  la  guerre 
ait  été  en  plusieurs  occasions  sur  le  point  d'éclater,  par  suite 
surtout  de  déserteurs  passant  aux  Russes,  les  difficultés 
furent  toujours  pacifiquement  surmontées.  Les  différentes 
ambassades  de  Kropotov  (1768),  de  Golovkine  (i8o5-i8o6) 
etde  Timkovski  (1820-1822)  n'eurent  pas  de  résultats  immé- 
diats. La  guerre  de  la  Chine  avec  l'Angleterre  et  la  signature 
du  traité  de  Nanking  encouragèrent  les  Russes  à  demander  des 
termes  aussi  favorables  que  les  autres  nations  européennes. 


MOURAVIEV 


La  proie  que  convoitait  la  Russie  depuis  169  ans  allait 
enfin  lui  appartenir.  En  18^7,  Mouraviev,  gouverneur  de 
Toula,  fut  nommé  gouverneur  général  de  la  Sibérie  orientale  ; 
il  s'empressa  de  réclamer  les  services  du  capitaine  Nevelsky, 
ancien  commandant  du  transport  le  Baîkaly  de  la  Com- 
pagnie russo-américaine,  pour  explorer  la  côte  Sud-Est  de  la 
Sibérie.  Arrivé,  en  mai  18^9,  à  Petropavlovsk,  Nevelsky  se 
dirigea  vers  la  pointe  Nord  de  Sakhalin,  doubla  les  caps 
Elisabeth  et  Marie,  découverts  par  Krusenstern,  arriva  dans 
la  Baie  Trompeuse,  appelée  depuis  baie  Baïkal,  passa  la 
pointe  Golovatchev  et  pénétra  enfin  dans  l'Amour.  Il  décou- 
vrait en  même  temps  qu'il  existait  entre  Sakhalin  et  le 
continent  asiatique  une  route  permettant  de  se  rendre  de  la 
mer  du  Japon  à  la  mer  d'Okhotsk,  sans  avoir  besoin  de 
passer  par  le  détroit  de  La  Pérouse.  On  voit  immédiatement 
de  quelle  importance  énorme  était  cette  découverte  et  le 
nouveau  détroit  qui  conduisait  du  golfe  de  Tartarie  à  la  mer 


TRAITÉ    dViGOUN,     i6    MAI     l858  89 

d'Okhotsk  reçut  le  nom  de  son  explorateur  :  Nevelsky.  A  la 
suite  de  nouvelles  expéditions  de  Nevelsky  et  de  plusieurs 
autres  voyageurs  russes,  Mouraviev  se  disposa  à  partir  pour 
la  Sibérie  orientale.  Le  i8  mai  i854,  à  la  tète  d'une  flottille, 
il  entra  dans  les  eaux  du  fleuve  Amour,  fermé  à  la  naviga- 
tion russe  depuis  le  traité  de  ISertchinsk.  Dans  une  nouvelle 
expédition,  Mouraviev  fonda,  le  9  mai  i858,  Blagovietchensk 
à  Tembouchure  de  la  Zéïa,  puis,  le  16  du  même  mois,  il 
signa  k  Aïgoun  un  traité  avec  la  Chine  par  lequel  la  rive 
gauche  de  TAmour  appartenait  aux  Russes  depuis  Tembou- 
chure  de  ce  fleuve  jusqu'à  TArgoun. 


TRAITÉ    d'aÏGOLN,     i6    MAI     l858 

Ce  traité  signé  par  le  lieutenant-général  Nicolas  Mouraviev 
et  le  prince  I-Chan,  commandant  en  chef  sur  l'Amour, 
comprend  trois  articles  dont  le  premier  qui  nous  intéresse 
est  ainsi  conçu  : 

«  La  rive  gauche  du  fleuve  Amour,  à  partir  de  la  rivière 
Argoun  jusqu'à  l'embouchure  de  l'Amour,  appartiendra  à 
l'empire  de  Russie,  et  sa  rive  droite,  en  aval  jusqu'à  la  rivière 
Ousouri,  appartiendra  à  l'empire  Ta-Tsing;  les  territoires 
et  endroits  situés  entre  la  rivière  Ousouri  et  la  mer,  comme 
jusqu'à  présent,  seront  possédés  en  commun  par  l'empire 
Ïa-Tsing  et  l'empire  de  Russie,  en  attendant  que  la  frontière 
entre  les  deux  Etats  y  soit  réglée.  La  navigation  de  l'Amour, 
du  Soungari  et  de  l'Ousouri  n'est  [)ermise  qu'aux  bâtiments 
des  empires  Ta-Tsing  et  de  la  Russie  ;  la  navigation  de  ces 
rivières  sera  interdite  aux  bâtiments  de  tout  autre  tltat.  Les 
habitants  mantchous  établis  sur  la  rive  gauche  de  l'Amour, 
depuis  la  rivière  Zéia  jusqu'au  village  de  Hormoldzin  au 
Sud,  conserveront  à  perpétuité  les  lieux  de  leurs  anciens 
domiciles  sous  l'administration  du  gouvernement  mantchou, 


90  RUSSES    ET    AMÉIUCAINS 

et  les  habitants  russes  ne  pourront  leur  faire  aucune  offense 
ni  vexation.   » 


TRAITÉ    DE    TIEN-TSIN,     I-l3  JUIN     l858 

Peu  de  temps  après,  précédant  de  quelques  jours  les  traités 
anglais  et  français,  un  autre  traité  était  signé  à  Ïien-Tsin  par 
le  vice-amiral  Comte  Euthyme  Poutiatine  avec  Kouei-Liang  et 
Houa  Cha-na  (i-i3  juin  i858);  il  comprend  douze  articles 
dont  nous  citerons  le  second  : 

«  L'ancien  droit  acquis  à  la  Russie  d'expédier  des  envoyés  à 
Péking  toutes  les  fois  que  le  gouvernement  russe  le  juge  nécessaire 
est  confirmé  par  le  présent  traité. 

«  Le  gouvernement  russe  et  le  gouvernement  chinois  commu- 
niqueront entre  eux,  non  plus,  comme  autrefois,  par  l'inter- 
médiaire du  Sénat,  et  du  Li-fan-yucn,  mais  par  l'intermédiaire 
du  ministre  des  affaires  étrangères  de  Russie,  et  du  premier 
membre  du  conseil  suprême  de  TEmpire  (Rioun-Ki-lchou)  ou 
principal  ministre,  sur  la  base  d'une  parfaite  égalité. 

«  La  correspondance  ordinaire  entre  les  deux  dignitaires  sus- 
dits sera  transmise  par  les  autorités  frontières.  Mais  quand  il  y 
aura  nécessité  d'envoyer  une  dépèche  concernant  une  affaire  de 
haute  importance,  un  fonctionnaire  spécial  sera  désigné  pour  la 
porter  dans  la  capitale,  et  pour  en  conférer  personnellement  avec 
le  principal  ministre.  A  son  arrivée  il  transmettra  la  dépêche  par 
Tenlremisc  du  président  de  la  Chambre  des  Cérémonies  Li-pou. 

a  Une  parfaite  égalité  sera  aussi  observée  dans  la  correspon- 
dance et  lesentre>ues  des  envoyés  ou  ministres  plénipotentiaires 
de  Russie  avec  les  membres  du  conseil  de  l'Empire,  les  ministres 
de  la  cour  de  Péking  et  les  gouverneurs  généraux  des  provinces 
limitrophes  ou  maritimes.  C'est  sur  cette  même  base  qu'auront 
lieu  toutes  les  relations  entre  les  gouverneurs  généraux  et  les 
autres  autorités  des  localités  limitrophes  des  deux  Empires. 

«  Si  le  gouvernement  russe  jugeait  nécessaire  de  désigner  un 
ministre  pléni|K>tentiaire  pour  résider  dans  l'un  des  ports  ouverts, 
il  se  conformera  dans  ses  rapports  personnels  et  dans  la  corres- 
pondance avec  Içs  autorités  supérieures  locales,  ou  avec  les  mi- 


V 


LE    GÉNÉRAL    IGNATIEV  Ql 

nisiros  à  Péking,  aux  règles  gcncTales  acluellcmcnt  clablies  pour 
tous  lesLtats  étrangers. 

«  Les  envoyés  russes  peuvent  screndre  à  Péking  soit  de  Kiakhta 
par  Ourga,  soit  de  Ta-Kou  à  Tembouchure  du  fleuve  Pei-ho, 
soit  par  une  voie  quelconque,  des  autres  villes  ou  ports  ouverts 
de  la  Chine. 

«  Le  gouvernement  chinois  s'engage  à  prendre  immédiatement, 
sur  avis  préalable,  les  mesures  nécessaires  aussi  bien  pour  Tache- 
minement  prompt  et  sûr  de  l'envoyé  et  des  personnes  qui  rac- 
compagnent, qu'afm  qu'ils  soient  reçus  dans  la  capitale  avec  les 
honneurs  qui  leur  sont  dus,  convenablement  logés  et  pourvus  de 
tout  ce  qui  leur  sera  nécessaire. 

«  Les  frais  concernant  ces  divers  articles  sont  supportés  par  le 
gouvernement  russe  et  nullement  par  le  gouvernement  chinois. 

L'article  III  marque  rouverture  des  ports  de  Chang-Haï, 
Ning-Po,  Fou-tchéou,  Amoy,  Canton,  Taï-VVan  et  K'ioung- 
tchéou  dans  File  de  Haï  Nan. 


LE    GENERAL    IGNATIEV 


Mais  voici  le  général  Nicolas  Ignatiev^  chargé  des  intérêts 
de  la  Russie  dans  rExtrême-Orienl  ;  il  suit  pas  à  pas  le 
baron  Gros  et  lord  Elgin  et  s'insinue  d'ailleurs  dans  les 
bonnes  grâces  de  l'un  et  de  l'autre  ;  le  second  dit  de  lui  : 

«  Nous  sommes  toujours  très  bons  amis.  Peut-être  prend-il 
avantage  de  ma  simplicité  ;  mais  en  tout  cas,  nous  paraissons 
toujours  nous  entendre  remarquablement*.  »  Le  général 
autorise  l'ensevelissement  des  viclimes  anglaises  du  guot- 
apens  de  T'oung-tchéou  dans  le  cimetière  russe  ^.    Le  pre- 


j.  Nicolas  Pavlovitch  Ignaliev.  né  à  Saint-Pétersbourg  le  39  janvier 
i83a. 

a.  Th.  Walrond,  p.  368. 

3.  Voici  l'inscription  placée  au-dessus  des  tombes  dans  le  cimetière 
russe  de  Péking  des  victimes  anglaises  du  guet-apons  de  T'oung-tchéou  : 


ga  RISSES    ET    AMÉRICAINS 

mier  pourra  écrire  le  lendemain  de  la  signature  de  la  Con- 
vention de  Péking  :  «  J'ai  dû  me  servir  confidentiellement 
du  général  Ignatiev,  qui  s'y  est  prêté  de  bonne  grâce,  et  qui 
m'a  rendu  de  véritables  services.   » 

Le  Baron  Gros  qui  avait  quitté  Tché-fou  le  25  juillet 
1860,  écrivait  «  A  bord  du  Du  Chai/la^  en  rade  devant 
Pétang,  le  5  août  1860  »,  à  M.  Thouvenel,  Ministre  des 
Affaires  étrangères  : 

«...  En  arrivant  au  mouillage  devant  Pétang,  nous  >  avons 
trouvé  le  général  Ignaliov,  avec  quatre  navires  de  guerre  russes, 
et  M.  Ward.  le  ministre  américain,  avec  deux  bâtiments  portant 
son  pavillon,  ils  avaient  pris  ce  mouillage  depuis  plusieurs 
jours,  et  leur  présence  dans  ces,  parages  a  dû  nécessairement 
faire  comprendre  aux  Chinois  que  Ta-Kou  ne  serait  pas  le  point 
attaqué  par  les  alliés,  mais  que  tous  leurs  efforts  allaient  être 
dirigés  sur  Pétang.  Malgré  cela,  aucun  préparatil'de  défense  n*a 
été  fait  à  Tcntréc  de  la  rivière  et  le  général  Ignatiev,  comme 
M.  Ward,  croycnt  qu'il  entre  dans  la  politique  du  gouvernement 
chinois  de  prouver  qu'en  fortifiant  le  Pei-IIo  dont  il  interdit 
l'entrée  aux  navires  étrangers  et  en  leur  indiquant  le  Pc-Tang 
Ho,  comme  une  roule  ouverte  depuis  longtemps  il  est  consé- 
quent avec  lui-même  et  qu'il  établit  ainsi  la  sincérité  de  ses 
bonnes  intentions. 

«  Peu  de  jours  avant  notre  arrivée  devant  Pé  Tang,  le  général 
Ignatiev  avait  reçu  une  communication  ollicielle  de  l'un  des 
principaux  mandarins  de  la  province,  du  gouverneur  général, 
je  crois,  et  cette  communication  était  faite,  évidemment,  pour 
être  montrée  aux  Agents  de  la  France  et  de  l'Angleterre,  mais 
sans  qu'un  désir  formel  fut  exprimé  à  ce  sujet,  dans  le  docu- 
ment dont  il  s'agit. 

«  Sacrcd  to  ihe  mcmory  of  Captain  Brabazon.  Royal  A.rtillery  ;  Lieu- 
tenant R.  B.  Andcrson,  Fanc's  Horsc  ;  Private  Phipps.  isl  Dragoon 
Guards  ;  W.  de  Norman,  Esq.,  Attaché  to  H.  B.  Majesty's  Légation; 
T.  W.  Bowlhy,  Esq..  and  eight  Sikh  soldiors,  who  woro  treacherously 
soized  in  violation  of  a  flag  of  truce,  on  thc  i8th  of  Septembcr.  1860, 
and  sank  under  the  inhuman  treatmcnt  to  which  thcy  were  suhjccted  by 
the  Ghinesc  (îovcrnment  during  thcir  caplivity.  » 

Rennic,  Pokiiig^  T,  p.  94. 


LE    GÉXl^RAL    IGNATIEV  gS 

«  Celte  communication  est  la  reproduction  presque  littérale 
des  réponses  faites  par  le  gouvernement  chinois  aux  ministres  de 
France  et  d'Angleterre,  lorsqu'il  a  rejeté  leur  ultimatum.  Il  y 
est  dit  :  «  que  la  France  est  étrangère  au  conflit  actuel,  puis- 
«  qu'aucun  de  ses  bâtiments  ne  se  trouvait  à  l'attaque  du 
«  Pei  Ho  en  1859  '  ;  on  y  rappelle  que  la  navigation  de  cette 
«  rivière  est  interdite  aux  navires  étrangers  par  des  motifs  de 
«  sécurité  intérieure,  tandis  que  le  Pe  Tang  Ho  est  ouvert  et  le 
a  sera  toujours  ;  et  que  si  les  agents  français  et  anglais  veulent 
«  prendre  cette  voie  pour  aller  à  Péking  y  procéder  à  l'échange 
«  des  ratifications  des  traités  de  Tien-Tsin,  ils  y  seront  reçus 
«  avec  tous  les  honneurs  dus  h  leur  rang  et  les  traités  seront 
«  mis  a  exécution  sans  arrière-pensée.  Quant  à  des  excuses  à 
a  faire,  il  était  impossible  au  gouvernement  chinois  de  com- 
«  prendre  qu'il  pût  devoir  en  présenter,  et,  pour  des  indemnités 
a  de  guerre,  il  lui  semblait  que  ce  serait  à  lui  h  en  recevoir, 
a  bien  plus  qu'à  en  donner  puisqu'on  était  venu,  sans  motif, 
«  détruire  dans  le  Pei  Ho  les  défenses  qu'il  y  avait  élevées  ». 
Le  général  Ignaliev  m'a  dit  qu'il  avait  cru  devoir,  pour  ne  pas 
m'embarrasser,  ne  pas  me  faire  officiellement  une  communica- 
tion de  cette  nature,  puisqu'on  ne  lui  avait  pas  fait  la  demande 
formelle  de  m'en  parler,  mais  qu'il  s'empressait  de  m'en  ins- 
truire confidentiellement.  Il  m'a  dit  encore  que  pas  un  barrage, 
pas  le  moindre  obstacle  ne  se  rencontrait  à  Pé  Tang,  et  le  fait 
a  prouvé  qu'il  était  bien  informé  à  ce  sujet  ». 

«  Je  me  suis  empressé  de  communiquer  celte  bonne  nouvelle 
à  M.  l'amiral  Charner  et  à  M.  le  général  de  Montaubaii  :  mais 
ils  n'ont  pas  jugé  prudent  de  changer  les  dispositions  qu'ils 
avaient  prises,  et,  les  canonnières  anglaises,  qui  étaient  en 
retard,  étant  arrivées,  un  corps  de  a  000  Français  et  de  3  000  An- 
glais a  franchi  la  barre  le  i®*"  août-.  » 

Cependant  le  général  Ignaliev  s'était  rendu  à  Péking  [)our 
donner  aux  Chinois  des  conseils  de  prudence  et  il  écrit  au 
Baron  Gros  : 


1 .  CVsl  une  erreur. 

j.  Collection  particulière. 


94  RUSSES    ET    AMÉRICAINS 

Péking,  le  16-18  octobre  1860. 

Monsieur  le  Baron, 

Voyant  le  Gouvernement  Mandchou  prêt  à  descendre  dans 
Tabime  que  son  inconcevable  obstination  lui  a  creusé,  je  me  suis 
décidé  à  entrer  à  Péking.  —  comme  j'avais  eu  Thonneur  d'en 
prévenir  V.  Exe.  — ,  afin  de  m*assurersi  Ton  peut  compter  encore  ' 
sur  Tcxistence  d*un  gouvernement,  dans  Tétat  de  désorganisation 
où  se  trouve  en  ce  moment  le  pouvoir  central. 

V.  Exe.  appréciera  certainement  Tintérét  que  le  Cabinet  de 
Saint-Pétersbourg  doit  nécessairement  attacher  à  cette  importante 
question. 

Arrivé  h  Péking.  j*ai  trouvé  que  tous  les  membres  du  Conseil 
Suprême,  les  Ministres  et  les  plus  hauts  dignitaires  avaient  fui 
dans  différentes  directions,  après  le  départ  de  leur  Empereur  et 
que  Roung  Tsin-wang  lui-même,  le  Régent  de  TEmpire,  ainsi 
que  les  principaux  mandarins  chargés  par  un  ordre  spécial  de 
TEmpereur  de  diriger  les  négociations  diplomatiques,  se  tiennent 
hors  de  la  ville,  par  suite  de  la  panique  que  leur  a  inspirée  la 
présence  des  armées  alliées  aux  portes  de  Péking. 

En  restant  dans  Tattitude  que  me  prescrivaient  mes  instruc- 
tions, je  devais  tâcher  de  persuader  au  Gouvernement  Chinois 
d'arriver  à  des  négociations  définitives  avec  les  ambassadeurs  de 
France  et  d'Angleterre  et  de  mener  ces  négociations  avec  plus  de 
bonne  foi  qu'il  ne  l'avais  fait  jusqu'alors.  Je  tenais  particulière- 
ment à  lui  faire  connaître  le  sentiment  d*horfeur  que  m'inspire 
la  manière  barbare  avec  laquelle  ont  été  traitées  les  personnes 
que  le  sort  avait  fait  tomlxT  entre  les  mains  des  autorités  chi- 
noises. L'occasion  m'en  fut  bientôt  offerte.  Ceux  des  principaux 
mandarins  qui  sont  restés  jusqu'à  présent  dans  la  capitale,  se 
sont  présentés  chez  moi.  et  je  leur  ai  exprimé,  dans  des  termes 
énergiques,  l'indignation  que  j'avais  éprouvée  à  la  nouvelle  du 
traitement  exécrable  que  les  Autorités  chinoises  avaient  fait  subir 
aux  personnes  dont  elles  s'étaient  emparées  h  Toung-tchéou.  Je 
leur  ai  fait  également  sentir  l'impression  défavorable  qu'un 
événement  pareil  doit  produire  sur  le  (iouvernement  que  j'ai 
l'honneur  de  représenter  dans  ce  pays.  En  même  temps  je  leur 
démontrai  la  nécessité  de  donner  sur  le  champ  une  ample  satis-. 
faction  à  ce  sujet  aux  Puissances  alliées,  de  signer  immédiatement 


LE    GKNÉIIAL    IGNATIEV  96 

le  Irailé  de  paix,  et  de  procéder  à  r('»c!iange  des  ratifications;  je 
leur  montrai  tous  les  dangers  de  la  situation  absurde  dans 
laquelle  ils  s'étaient  placés,  et  l'urgence  de  la  rentrée  à  Pékuig 
du  frère  de  l'Empereur,  muni  de  pleins  pouvoirs  suffisants. 

Dans  la  situation  grave  et  imprévue  dans  laquelle  se  trouvent 
les  afTaires  de  Chine  au  moment  actuel,  je  crois  de  mon  devoir 
de  m'adresser  à  V.  Exe.  en  la  priant  de  vouloir  bien  me  com- 
muniquer, autant  qu'elle  le  jugera  possible,  ses  intentions 
concernant  la  crise  présente  et  en  particulier  la  ville  de  Péking, 
afin  que  je  puisse  prendre  des  arrangements  en  conséquence  pour 
sauvegarder  les  intérêts  des  Russes  qui  s'y  trouvent  '. 

J'ai  l'honneur,  etc. 

N.  Ignatiev. 


Comme  le  général  Ignatiev  a  devancé  les  alliés  dans  la 
capitale,  il  semble  préparer  les  voies  pour  eux,  et  le  baron 
Gros  lui  répond  de  la  «  Lamaserie  de  Kouang  tscu,  le 
23  octobre  1860  : 

«  J'ai  reçu,  il  y  a  déjà  quelques  jours,  la  lettre  que  Votre 
Excellence  m'a  fait  l'honneur  de  m'écrire  pour  me  fa  ire  connaître 
les  conseils  qu'elle  avait  donnés,  en  entrant  dans  Pé-King,  aux 
autorités  chinoises  qui  n'avaient  pas  abandonné,  comme  l'empe- 
reur, la  capitale  de  l'empire,  et  qui  constituaient,  par  conséquent 
encore,  une  apparence  de  gouvernement. 

a  J'ai  eu  l'honneur  de  vous  faire  savoir  verbalement  et  ù  plu- 
sieurs reprises,  que  si  nous  nous  trouvions  réduits  h  prendre 
quelque  détermination  qui  put  alîecter  les  intérêts  de  la  mission 
de  Sa  Majesté  l'empereur  de  toutes  les  Russies,  dans  Pé-King,  je 
vous  le  ferais  savoir  assez  à  temps  pour  que  Votre  Excellence  pût 
aviser  ainsi  qu'elle  le  jugerait  convenable  à  sauvegarder  les  intérêts 
qu'elle  est  chargée  de  défendre. 

a  Dès  que  la  convention  sera  signée,  j'aurai  l'honneur  d'en 
envoyer  confidentiellement  une  copie  à  Votre  Excellence  ^.  » 


I.  Col.  part. 

3.  Lis're  jaune  du  Baron  Grosy  p.  161-2. 


qG  russes  et  américains 


TRAITÉ    RUSSE,    PÉKIIKG,     2-1 4    îiOVEMBRE     1860 

Mais  le  général  Ignatiev  n'a  garde  d'oublier  les  intérêts  de 
son  pays  ;  h  son  tour  il  signe,  avec  le  prince  de  Koung,  un 
traite  additionnel  le  2-i/|  novembre  1860  dont  le  premier 
article  est  à  citer  : 

a  Pour  corroborer  et  élucider  rarlicle  i**"  du  traité  conclu 
dans  la  ville  d*Aïgoun,  le  iG  mai  i858  (VHP  année  de  Hien- 
Foung,  3  1*^  jour  de  la  1V°  lune)  et  en  exécution  de  l'article  9  du 
traité  conclu  le  i"  juin  de  la  même  année  (3"  jour  de  la  V*  lune) 
dans  la  ville  de  Tien-Tsin,  il  est  établi  : 

«  Désormais  la  frontière  orientale  entre  les  deux  empires,  h 
commencer  du  confluent  des  rivières  Chilka  et  Argoun,  descen- 
dra le  cours  de  la  rivière  Amour  jusqu^au  confluent  de  la  rivière 
Ousouri  avec  cette  dernière.  Les  terres  situées  sur  la  rive  gaucbe 
(au  nord)  de  la  rivière  Amour  appartiennent  à  Tempire  de 
Russie,  et  les  terres  situées  sur  la  rive  droite  (au  sud)  jusqu'au 
confluent  de  la  rivière  Ousouri,  appartiennent  h  l'empire  de 
Chine.  Plus  loin,  depuis  le  confluent  de  la  rivière  Ousouri  jus- 
qu'au lac  Hin  Kaï,  la  ligne  frontière  suit  les  rivières  Ousouri  et 
Son'gatclia.  Les  terres  situées  sur  la  rive  orientale  (droite)  de 
ces  rivières  appartiennent  à  l'empire  de  Russie,  et  sur  la  rive 
occidentale  (gauche)  à  l'empire  de  Chine.  Plus  loin,  la  ligne 
frontière  entre  les  deux  empires,  depuis  le  point  de  sortie  de  la 
rivière  Son'gatcha,  coupe  le  lac  Hin  Kaï,  et  se  dirige  sur  la  rivière 
Bélén-ho  (Tour)  ;  depuis  l'embouchure  de  cette  rivière  elle  suit 
la  crête  des  montagnes  jusqu'à  l'embouchure  de  la  rivière  Hou- 
pitou  (Ilouptou),  et  de  là,  les  montagnes  situées  entre  la  rivière 
Khoun-tchoun  et  la  mer  jusqu'à  la  rivière  Thou-men  Kiang. 
Le  long  de  cette  ligne,  également,  les  terres  situées  à  l'est  appar- 
tiennent à  l'empire  de  Russie  et  celles  à  l'ouest  à  l'empire  de 
Chine.  La  ligne  frontière  s'appuie  à  la  rivière  Thou-men  Kiang,  à 
vingt  verstes  chinoises  (li)  au  dessus  de  son  embouchure  dans  la 
mer...  » 


Ce  traité  en  i5  articles  ratifié  à  Pélersbourg  le  20  déceni- 


TRAITÉ    AMÉRICAIN,    3    JUILLET     l844  97 

bre  et  promulgué  le  26  décembre  1860,  marquait  donc  que 
les  territoires  entre  FOusouri  et  la  mer,  au  lieu  d'être  com- 
muns aux  deux  empires,  appartiendraient  à  la  Russie.  Le 
droit  de  courtage  était  bonnête. 

Notre  ambassadeur  à  Saint-Pétersbourg,  le  duc  de  Mon- 
lobcllo,  écrivait  à  la  date  du  28  février  1861,  au  sujet  de  ce 
traité  : 

a  Le  dernier  traité  signé  entre  la  Russie  et  la  Chine  a  sulfi- 
sammcnl  mis  en  lumière  les  tendances  de  la  Russie  à  s'établir 
plus  solicloment  sur  l'Océan  Pacifique,  en  jetant  dès  à  présent 
les  bases  de  débouchés  maritimes  et  de  stations  navales  qui  ne 
soient  plus  soumis  aux  rigoureuses  conditions  climalériques  de 
ceux  qu'elle  possédait  jusqu'ici  ;  les  établissements  entre  la  baie 
d'Okhotsk  cl  rcmbouchuredel'Amoursonlloind'étre  abandonnés, 
et  c'est  dans  la  presc|u*ile  comprise  entre  ce  fleuve  et  TOusouri 
aux  pieds  des  Monts  Ketchen  que  vont  se  fonder  les  nouveaux 
établissements  qui  mettront,  dans  un  avenir  sans  doute  encore 
éloigné,  le  pavillon  Russe  en  mesure  de  rivaliser  dans  les  mers 
de  la  Chine  et  sur  les  cotes  américaines  de  l'Océan  Pacifique 
a\ec  les  pavillons  de  la  France  et  de  T  Angleterre  et  des  États-Unis . 

«  L'emplacement  du  principal  de  ces  établissements  destiné  à 
la  marine  militaire  est  déjà  Hxi"^^  et  sera  dans  la  baie  de  Napoléon 
au  dessous  de  l'embouchure  de  la  Suitiana  ;  il  prendra  le  nom 
d<;  Vladivostok  ([ui  veut  dire  dominateur  de  l'Orient.  » 


TRAITÉ    AMÉRICAIN,     3    JUILLET     l844 

Les  Américains  suivirent  de  bonne  heure  l'exemple  des 
Anglais  ;  leur  premier  Consul  à  Canton  fut  le  major  Samuel 
Shavv,, originaire  de  Boston  (Vïassachussetls),  ou  il  était,  né 
le  2  octobre  lyS/j.  Désireux  de  faire  des  aflaires  avec  la  Chine, 
il  accepta  la  position  de  subrécargue  que  lui  offrait  son  ami 
Daniel  Parker  et  s'embarqua  à  New-York  le  22  février  178/$, 
à  bord  du  navire  Empress  of  China  y  commandé  par  John 
Green,  pour  se   rendre  en   Chine.  Deux  ans  plus  tard,    il 

GORDIER.  I.  —  7 


g8  RUSSES    ET    AMÉRICAINS 

était  nommé  consul  des  États-Unis  à  Canton  par  le  Congrès, 
•fut  maintenu  à  son  poste  par  le  général  Washington  en  1790 
et  mourut  vers  le  12  avril  181 4.  Depuis  lors,  le  commerce 
américain  n'avait  cessé  de  croître,  faisant  une  concurrence 
redoutable  à  celui  des  Anglais  ;  d'autre  part,  les  mission- 
naires de  ï American  Board  of  Commissioners  for  Foreign 
Missions,  dont  le  premier  fut  Elijah  Coleman  Bridgman, 
arrivé  en  Chine,  le  19  février  i83o  sur  le  Homany  allaient 
prendre  une  part  très  active  aux  travaux  évangéliques  * . 

TRAITÉ    AMÉRICADI,     l8    JUIN     l858 

Lorsqu'après  la  signature  du  traité  anglais  de  Nan-King,  les 
Américains  se  décidèrent  à  envoyer  un  ministre  plénipoten- 
tiaire, ils  firent  choix,  à  défaut  d'Edward  Everett,  de  Caleb 
Cushing^,  du  Massachussetts,  qui  reçut  sa  commission  le 
8  mai  1 843.  La  frégate  Brandy  wine,  qui  le  portait  ainsi  que  les 
autres  membres  de  la  mission,  arriva  à  Macao  le  24  février 

1844.  La  mission  comprenait,  outre  le  ministre  plénipoten- 
tiaire, un  secrétaire,  Flotcher  Webster  ;  deux  interprètes, 
les  Rév.  E.  C.  Bridgman  (qui  faisait  en  même  temps  fonc- 
tions d'aumônier)  cl  P.  Parker;  des  attachés,  John  H. 
O'Donnell,  Robçrt  Me  Intosh,  S.  Hernisz,  T.  R.  West  et 
John  R.  Peters  Jr.  ;  plus  un  chirurgien,  le  Dr  E.  K.  Kane. 
Un  traité,  fait  sur  le  modèle  de  celui  de  la  Grande-Bretagne, 
fut  signé  à  Wanghia,  près  de  Macao,  le  3  juillet  i844  ;  les 
ratifications  en  furent  échangées  à  Canton,  le  3i  décembre 

1845,  par  le  coramodore  Biddle'. 

Après  les  Français  et  les  Anglais,  le  18  juin  i858,  le  mi- 

1.  Voir  Henri  Cordier,  Américains  et  Français  à  Canton  au  xviii« 
siècle  (Journ.  Soc.  Américanistes  de  Paris,  1898). 

2.  Né  à  Salisbury  (Massachusetts),  17  janvier  1800;  mort  à  New- York, 
2  janvier  1879. 

3.  Caleb  Cushing,  of  Massachusetts  :  Gommissioncd  envoy  extraordi- 


LE    GÉNÉRAL    WAR1S(  QQ 

nistre  américain  William  B.  Reed*  signa  avec  Kouei-Liang 
elHoua  Cha-na,  à  Tien-Tsin  un  traité  en  3o  articles  h  l^imita- 
tion  des  précédents.  L'article  XIV  marque  l'ouverture  des 
sept  ports  de  :  Canton,  Swatovv,  Amoy,  Fou-tchéou,  Taï- 
wan, Ning-Po  el  Chang-Haï. 


LE    GÉNÉRAL  WARD 

Pendant  la  campagne  de  1860,  le  ministre  américain,  le 
général  John  E.  Ward^,  suivit  les  opérations  des  alliés  franco- 
anglais  dans  le  golfe  du  Tché-li  ;  ce  fut  lui,  que,  le  4  octo- 
bre, Heng-fou,  vice-roi  de  la  province^,  chargea  de  remettre 
une  note  au  baron  Gros  au  sujet  de  laquelle  ce  dernier 
écrit  au  Ministre  des  Affaires  étrangères  : 


nary  and  minister  plenipotcntiarjf  and  commissioner  May  8,  i843.  Edward 
Everett,  of  Massachusetts,  was  commissioned  commissioner  March  3, 
1843,  but  did  not  accept.  Mr.  Cusliing  held  two  commissions,  one  as 
commissioner  and  the  other  as  envoy  extraordinary,  and  minister  pleni- 
potentiary,  bearing  tho  same  date.  Lcft  Macao  for  the  United  States 
August  37.  1844.  and  arrived  in  Washington  January  4r  i845,  with  copy 
uf  treaty  with  China.  Resigned  March  i3,  i845.  Peter  Parker  was  left 
in  charge.  —  Voir  la  liste  des  ministres  américains  dans  le  T'oung  Pao, 
Vil.  p.  4i4-4i6. 

I.  William  B.  Reed,  de  Pennsylvanie,  envoyé  extraordinaire  et  mi- 
nistre plénipotentiaire,  18  avril  1867  ;  quitta  la  Chine  8  décembre  i858  ; 
remplacé  par  John  E.  Ward,  nommé  i5  décembre  i858. 

3.  De  Géorgie;  retourna  en  congé  le  i5  décembre  1860  et  laissa  le 
Commodore  Strîbbling  comme  chargé  d'affaires  jusqu'au  a3  juillet  1861. 
W.  Wallace  Ward,  de  Géorgie,  secrétaire  de  légation,  a4  janvier  1859. 
démissionnaire  à  Hong  Kong,  18  février  1860,  et  George  W.  Heard  Jr., 
de  Massachussetts,  secrétaire  de  légation  la  septembre  1860,  démission- 
naire i***  janvier  1861,  remplirent  les  fonctions  diplomatiques  pendant 
l'intérim.  Burlingame  fut  enfin  nommé  ministre  le  i4  juin  1861. 

3.  Hcn-Fou,  président  du  ministère  de  la  guerre,  vice -président  du 
bureau  des  censeurs  généraux,  gouverneur  général  civil  et  militaire  du 
Pé  Tché-li,  intendant  général  des  voies  fluviales  et  des  approvision- 
nements. 


{ 


lOO  RUSSES    KT    AMÉRICAINS 

A  bord  du  Du  Chayla,  dcvanl  Pétang,  le  7  noiil  1860. 

Monsieur  le  Ministre, 

Le  Gouvernement  Chinois  \ienl  enfin  de  rompre  le  silence 
(jiril  avait  gardé  jusqu'ici  en\ers  nous  ;  mais  c'est  par  l'organe  de 
M.  Ward,  le  Minisire  des  Etats-Unis,  qu'il  a  fail  pro|)oser  à  Lord 
KIgin  et  à  moi  un  projet  d'arrangement  pacifique  qui  se  termine 
cependanl  ])ar  un  nllimnlum  menavant  surtout  |)our  les  deux 
ambassadeurs.  M.  Ward  ne  m'a  pas  donné  une  copie  de  ce  sin- 
gulier document .  il  n'a  fail  que  me  lire  la  traduction  anglaise 
qu'il  en  avait,  et  voici,  si  je  ne  me  trompe,  ce  qu'il  contient  de 
plus  remarquable. 

Le  Gouvernement  rappelle,  à  son  ])oint  de  vue,  cela  va  sans 
dire,  les  négociations  de  Tien-Tsin,  pendant  lesquelles  l'Empe- 
reur, dans  son  inépuisable  bonté,  a  concédé  plusieurs  privilèges 
im]>ortants  aux  nations  étrangères.  II  parle  ensuite  de  l'échec 
que  les  Anglais  ont  essuyé  devant  Ta-Kou  en  voulant,  contraire- 
ment à  la  raison,  détruire  les  fortifications  d'une  route  fermée, 
alors  qu'on  leur  en  indiquait  une  autre  libre  de  tout  obstacle. 
Knfin.  arrivant  aux  événements  du  jour,  il  dit  que  l'Empereur 
a  ap])ris  avec  un  profond  élonnement  que  des  soldats  et  des 
matelots  Français  et  Anglais  avaient,  ])ar  ordre  des  deux  Ambas- 
sadeurs récemment  arri\és  en  Chine,  débarqué  à  Pétang  le 
r*^  août,  chassé  les  habitants  de  la  ville  et  oitu|m»  les  forts  des 
deux  rives  de  la  ri>iere  ;  mais  que  S.  M.  voulant  encore  donner 
aux  nations  étrangères  ime  preu\e  de  sa  clémence,  consentait  à 
ne  |)as  consitlérer  la  guerre  comme  déclarée  et  demandait  iixw  les 
troupes  alliées  retournassent  sur  leurs  na\ires  en  même  tem])s 
(pie  les  troupes  iin|MM'iales  s'éloigneraient  dans  l'intérieur  du 
pavs  ;  et  (pi'alors  les  deux  Ambassadeurs  pourraient  s'entendre 
a\ec  de  hauts  dignitaires,  et  se  rendre  à  Péking  |)our  \  procéder 
à  l'échange  des  ratifications  des  Traités  de  Tien-Tsin  :  le  gmiver- 
neur  ajoute  (pi'en  agissant  ainsi,  de  grands  malheurs  seraient 
évités  et  la  paix  assurée  à  jamais  entre  l'Empire  et  les  deux 
nations  alliées. 

Le  (iou>erneur  Général  priait  M.  h»  Ministre  des  fitats-l  nis 
de  vouloir  bien  communiquer  ces  propositions  aux  deux  ambas- 
sadeurs, et  l'engageait  surtout  à  bien  leur  faire  comprendre  que 
leurs  troupes,    assurément    très  habiles  et  très  fortes  sur  mer,  ne 


LE    (JKNKRAI.    W\KD^'"*.   -  IOI 


le  seraii'nl  pas  sur  lonv  on   pirseiirc  (\vs  irmnjnJirabIcs  arinc'ps 
impériales,    el    qu'un   second  éeliec    subi    par  l'Htô   auraient  de 
|)Ius  graves  ronstVpieuees  que  le  pr«Mnier  ;    il  de>'îu».- aussi  bien 
eiii^airer  les  deux  aniba^isatb'urs  à   rélléfbir  sur  leur. i)w>il ion   el 
leur  conseiller  de  ne  pas  rendre    leiu'   retour  dans  refir    patrie 
absolum(»nt    impossible  !    vSi,    dfins    un   délai   de   trois  /(TÛrs,^-les 
propositions  du  cabinet  de  Pékin;^  n'étaient  pas  accL'ptées,  T)h';î^. 
M.  Ward   n'avait    pas  jugé   à    propos  de  les  communiquer  atj-' 
baron  (îros  et  à  Lord  Klgin,  les  troupes  impériales  campées  noir  - 
loin    de   Pétang  agiraient    conformément    au\  ordres  qu'elles 
recevraient  de  l'Empereur. 

Je  n'ai  pas  bien  cofupris  si  l'intention  de  M.  Ward  était  xlc. 
laisser  cette  comnumication  sans  réponse  ou  s'il  voulait  faire 
savoir  au  gouvernement  cbinois  qu'il  ne  lui  est  pas  possible  de 
|)résenter  aux  ambassadeurs  des  propositions  aussi  inacceptables 
que  celles  dont  il  est  question.  M.  Ward  m'a  paru  très  alTecté 
de  l'aveuglement  dans  lequel  se  trouve  cndore  le  cabinet  de 
Péking,  et  il  ne  comprend  pas  que  le  baut  dignitaire  qui  lui  a 
écrit,  et  qu'il  considère  comme  l'un  des  bommes  les  plus  éclai- 
rés de  l'Empire,  ait  pu  accepter  la  mission  dont  il  s'est  cbargé. 
Il  désespère  donc  de  pouvoir  jouer  ce  rôle  de  médiateur  qu'il  lui 
est  si  fortement  recommandé  de  prendre  par  son  gouvernement 
et  il  retourne  demain  à  Sbangbai  en  passant  par  Tcbé  fou. 

En  quittant  le  Duchnyln,  M.  Ward  s'est  dirigé  sur  Pétang,  où 
Lord  Ëlgin  s'est  établi  à  bord  du  (iranada,  petit  navire  alTecté 
au  service  du  général  Hope  Grant.  Le  ministre  américain  m'a 
prié  de  conmiuniquer  à  mon  collègue  d'Angleterre  les  ouver- 
tures qu'il  venait  de  me  taire  de  la  part  du  Gouverneur  du 
Pé  Tché-li,  mais  dans  le  cas  seuleinent  où  il  ne  rencontrerait 
pas  Lord  Elgin  à  Pétang. 

La  dépécbc  du  Gouvernement  Cbinois,  datée  du  /|  de  ce  mois, 
a  été  reçue  le  5  par  M.  Ward.  Je  dois  la  considérer  comme  non 
avenue,  puisqu'elle  ne  m'a  pas  été  adressée  officiellement  et 
qu'elle  est  encore  bien  plus  inacceptable  par  le  fond  que  par  la 
forme  ! 

Les  deux  corps  expéditionnaires  sont  débarqués  et  ce  sont  eux 
qui,  dans  deux  ou  trois  jours,  ré|)ondront  à  l'inconcevable 
dépecbe  du  (iouvernemeiit  du  Pc  Tcbé-li  '. 

Agréez,  etc.  Baron  Gros. 

I.  Col.  part. 


I03  •..RTUSSES    ET    AMÉRICAINS 

Tout  ceci  macj^ue  que  le  gouvernement  chinois  considé- 
rait alors  la,ïN^nce  comme  étrangère  au  conflit. 

Le  8  poYombre  iSBg,  le  général  Ward  lança  une  procla- 
mation ppur  accompagner  la  publication  du  traité  de  Tien- 
Tsin  ;  ".Bwatow  dans  le  Kouang-Toung  et  Taï-wan  dans  le 
FoVKien  étaient  ouverts  au  commerce  américain  à  partir 
•  ,  du  i**"  janvier  1860. 


ARTICLES    ADDITIONNELS,     28    JUILLET    1868 

Huit  articles  additionnels  au  traité  de  Tien-Tsin  furent  si- 
gnés à  Washington  le  28  juillet  1868  par  le  secrétaire  d'état 
William  H.  Seward  et  Ansoa  Burlingame,  alors  ambassa- 
deur de  Chine,  et  ratifiés  à  Péking  le  23  novembre  1869  *. 

I .   Voir  plus  loin . 


CHAPITRE  VII 


LE  GOUVERNEMENT  CHINOIS 


GOUVER>EMENT    GHinOIS 


L'Empereur  dont  la  puissance  est  théoriquement  absolue 
porte  le  titre  de  Hotiang-Ti ou  Hotiang Chang ou  simplement 
Chang  ;  l'appellation  de  Fils  du  Ciel,  Tien  Tseii,  est  une 
marque  de  respect.  Outre  son  nom  personnel,  quand  Tem- 
j^ereur  monte  sur  le  trône  il  donne  un  nom  à  son  règne, 
nien  hao,  par  exemple  T'oung-Tdié,  Kouang-Siu  sont  les 
noms  de  règne  de  Tsai-Tchoun  et  de  Tsai-Tien.  Après  sa 
mort,  TEmpereur  reçoit  un  nom  de  temple,  miaohao^  ainsi 
K'ang  Hi  sera  le  Saint- Aïeul,  Cheng  Tsoung,  etc.  L'impé- 
ratrice est  désignée  par  le  titre  de  Honang-Heou  et  dans  le 
style  littéraire  par  celui  de  Tclioung-Koung.  Quand  il  y  a 
deux  impératrices,  on  les  désigne  sous  le  nom  d'impératrice 
deTOuest,  5i-A'o/m^,  et  d'impératrice  de  T  Est,  Toung-Koung. 
C'était  là  le  cas  des  deux  femmes  survivantes  de  l'empereur 
Hicn-Foung;  l'impératrice  Ts'eu-ngan  (morte  le  lo  avril 
1881)  était  l'impératrice  de  l'Est,  tandis  que  l'impératrice 
de  l'Ouest  est  la  fameuse  douairière  Ts'eu-Hi,  qui,  on  peut 
le  dire,  dirige  la  politique  chinoise  depuis  quarante  ans  et  a 
déchaîné  la  tempête  qui  bouleverse  en  ce  moment  l'Empire 
du  Milieu  ;  Kouo  Mou,  Mère  du  Royaume,  est  une  marque 
de  respect;  l'impératrice  douairière  est /fowa/i^'  T'aî  Heou, 

Les  conquérants  mandchous  ont  très  peu  modifié  les 
usages  de  la  Chine  et  les  rouages  de  l'administration.  Le 


I04  l'K    r.()i:VERXKMi:.\T    CHINOIS 

fait  le  plus  apparent  de  leur  domination  est  la  mode  qu'ils 
ont  imposée  aux  Chinois  de  se  raser  le  haut  de  la  télé  et  de  ne 
laisser  qu'une  loufle  de  cheveux,  qui,  tressée,  forme  une 
natte  tombant  le  long  du  dos.  Presque  partout  ils  se  sont 
contentés  de  doubler  les  fonctionnaires  chinois  de  fonction- 
naires mandchous  et  il  faut  avouer  que  l'absorption  de  ces 
derniers  par  leurs  collègues  indigènes  a  été  rapide.  Ils  ont 
créé  en  1780  un  Grand  Conseil  connu  sous  le  nom  de 
Kioun  ki'tchoUy  qui  sans  attribution  spéciale,  n'en  est  pas 
moins  la  cheville  ouvrière  de  l'Empire,  et  est  présidé  par 
Tempereur.  Le  nombre  de  ses  membres,  qui  d'ailleurs  on! 
également  d'autres  fonctions,  est  indéterminé  ;  il  ne  dépas- 
sait pas  le  chiffre  de  cinq  dans  ces  dernières  années.  Soixante 
secrétaires,  Tcliang-Kin^  ou  Siao  Kioun-Ki,  sont  attachés 
au  Grand  Conseil  qui  se  réunit  tous  les  matins  au  lever  du 
soleil.  Ce  Conseil  a  diminué  considérablement  rim|X)rtancc 
de  la  Chancellerie  Impériale  ou  Nei-Ko.  Cette  dernière 
comprend  quatre  grands  secrétaires  Ta-Hio  Che  ou  Te  hou  n^ 
Tangy  dont  deux  mandchous  et  deux  chinois.  On  choisit, 
pour  en  faire  partie,  des  personnages  considérables,  comme 
des  gouverneurs-généraux  de  province,  Tseng  Kouo-fan, 
Li  Iloung-tchang  par  exemple.  Ils  sont  chargés  de  donner 
les  Nien-HaOy  les  noms  de  temple,  de  la  rédaction  des 
inscriptions,  etc. 

Après  ces  deux  grands  corps  viennent  les  six  ministères 
Lion  Pou  ;  chaque  ministère  comprend  deux  présidents, 
C/inrif'^-C/tou,  l'un  mandchou  et  Tautre  chinois,  quatre 
vice  présidents,  CheLang,  moitié  mandchou,  moitié  chi 
nois,  etc.  Ces  ministères  sont  le  Li-Pou,  ministère  de  Tin- 
lérieur,  divisé  en  quatre  bureaux,  qui  s'occupe  des  fonction- 
naires, etc.  ;  le  Ifou-Pou,  ministère  des  finances,  chargé 
des  impôts,  du  cadastre,  etc.  ;  le  Li-Pou,  ministère  des  rites 
ou  des  cérémonies,  auquel  il  faut  ajouter  le  Yo-Pou,  bureau 
de  la  musique  officielle,   qui  en    est  une    dépendance  ;    le 


r.OC  VEU\KMK\T    CHINOIS  Io5 

Pi'n^^'Poii,  minislèrc  de  la  guerre,  qui  dirige  rarmée  et  la 
marine;  le  Hing-Poii,  ministère  de  la  justice  ou  plutôt  des 
châtiments,  et  enfin  le  Kong-Pou^  ministère  des  travaux 
publics. 

Il  nous  faut  citer  également  la  Cour  des  Censeurs,  Toti- 
Tcha-Youen.  Il  y  a  56  censeurs  ou  YnChey  repartis  en 
i5  Tao  ou  juridictions  comprenant  les  dix-huit  provinces, 
outre  celle  de  la  capitale,  King-Ki  Tao. 

Les  dix-huit  provinces  {Clie-pa  C/te/tg)  de  la  Chine  sont 
administrées  par  des  gouverneurs  généraux  ÇTsong-Tou^  et 
des  gouverneurs  PouTai  (^Sun-Fon^.  Il  y  a  Iniit  Tsong- 
Tou  :  i"  le  Tche-Li  TsoiigTou  \  2^  le  Liang  (deux)- Kin/t g 
Tsnng-Tou,  qui  administre  le  Kiang-Sou,  le  Ngan-Mouei 
et  le  Kiang-Si  (les  deux  Kiang  sont  le  Kiang-Siet  le  Kiang- 
Nan,  dédoublé  sous  Kien-Loung  en  kiang-Sou  et  en  Ngan- 
Ilouei);  3**  le  Min-Tche  Tsang-Tott ,  qui  administre  le  Fou- 
Kien  et  le  Tche-Kiang  (le  Min  est  la  principale  rivière  du 
Fou-Kien);  V*  le  Liang-Hon  Psong-Ton,  qui  administre  le 
Hou-Pé  et  le  Ilou-Man  ;  5''  le  Liang-Kouang  Tsong-Ton, 
qui  administre  le  Kouang-Toung  et  le  Kouang-Si  ;  6'^  le 
YuR-Kouei  Tsong-Totiy  qui  administre  le  Vun-Nan  et  le 
Kouei-Tcheou  ;  7"  le  Chen-Kan  Tsong-Touy  qui  administre 
le  Chen-Si  et  le  Kan-Sou;  8"  le  Se-Tc/t'oiien  Tsong-Tou. 

•  Le  gouverneur  général  du  Tche-Li  est  en  même  temps 
surintendant  du  commerce  pour  les  trois  ports  du  Nord  : 
Ïien-Tsin,  Nieou-Tchouang  et  Tche-Fou,  et  porte  de  ce 
chef  le  titre  de  Pe-Yang  Tn-Tclien.  Le  gouverneur  général 
des  deux  Kiang  a  la  surintendance  du  commerce  des  ports 
méridionaux  et  est  désigné,  par  suite,  sous  le  nom  de  JSdn- 
Y(ini^  Ta-Tchen. 

Sauf  le  Telle -Li,  le  Kan-Sou  et  le  Se  Tclfouen,  les  provinces 
ont  en  outre  un  gouverneur  ou  fou-toï.  Les  fou-taï  sont 
donc  au  nombre  de  quinze,  ceux  du  Chan-Toung,  du  Chan- 
Si  et  du  Ilo-.Nan  ne   relèvent  d'aucun  tsong-tou  et  corres- 


106  LE    GOCVERNEMENT    CHINOIS 

pondent  directement  avec  la  capitale.  Par  exemple,  le  gou- 
verneur du  Hou-Nan,  hostile  aux  étrangers,  dans  la  juridiction 
duquel  ont  été  massacrés  Tévéque  Fantosati  et  les  francis- 
cains italiens,  dépend  de  Tchang  Tchi-toung,  gouverneur 
général  des  Deux-Hou  ;  en  revanche,  le  gouverneur  du 
Chan-Toung,  Youen  Che-kai,  qui  avec  Cheng  Tao-Tai,  nous 
inonda  de  télégrammes  plus  ou  moins  authentiques,  est 
quasi-indépendant. 

Naturellement,  les  gouverneurs -généraux  sont  des  per- 
sonnages extrêmement  importants. 

Au-dessous  de  ces  hauts  fonctionnaires  sont  placés  les 
Se-Taoy  quatre  grands  dignitaires  provinciaux:  i°  le  rece- 
veur général  des  fînances  (J^on-Tching  Che-Scy  Fan-Tai)\ 
2^*  le  juge  provincial  ÇNgan^Tcha  Che-Se,  Nié-Taï);  3**  le 
contrôleur  de  la  gabelle  (^Yen-Yiin  C/ie-Scy  Tou-Tchouan) 
et  4**  le  contrôleur  des  grains,  ou  de  l'impôt  sur  les  grains 
(^Liang  Tao). 

Les  provinces  Cheng  sont  divisées  en  Fou  (préfectures), 
7'V/ig^ (sous-préfectures  indépendantes),  Tche-Li  TvhèouÇdx- 
rondissements  indépendants),  Tcheou  (arrondissement  dé- 
pendant d'un  Foii)  et  Hien  ;  elles  ont  à  leur  tête  des  Tche-Fou , 
des  Tong'Tchéy  des  Tché-Tclieou  (district);  des  Tché- 
Hien,  Un  Tao-Taî  (Fên-Sinn  Tao),  intendant  de  circuit, 
dirige  deux  ou  plusieurs  Fou  ;  il  y  en  a  92.  Les  fonction- 
naires jusqu'au  Tao-Taï  inclusivement  ont  le  titre  de  Ta- 
Jen,  au-dessous,  TV/i^Z-Fom  jusqu'à  Tché-Hieny  ils  ne  sont 
que  Ta  LaO'Yé;  puis  simplement  Lao-Yé. 

On  appelle  les  fonctionnaires  chinois  kouan  ;  le  nom  de 
mandarin  est  d'origine  portugaise,  mandar^  commander  ; 
il  y  a  neuf  rangs  de  fonctionnaires  qui  se  distinguent  par  le 
globule  porté  sur  le  chapeau  officiel,  la  broderie  pectorale  et 
la  boucle  de  la  ceinture  ;  les  globules  sont  en  pierre  rouge 
transparente  ou  rubis,  corail,  saphir,  lapis-lazuli,  cristal, 
pierre  de  lune,  or  uni,  or  ciselé  et  argent;  le   pectoral  des 


^ 


TSOU.NG-LI    Y  AMEN  IO7 

mandarins  civils  représente  un  oiseau  (grue,  faisan  doré, 
paon,  oie  sauvage,  faisan  argenté,  héron,  canard  mandarin, 
caille,  geai  à  longue  queue)  ;  celui  des  militaires,  un  qua- 
drupède (licorne,  lion,  léopard,  tigre,  ours,  chat- tigre,  ours 
tacheté,  phoque,  rhinocéros);  les  boucles  sont  en  jade  avec 
rubis,  or  avec  rubis,  or  ciselé,  or  ciselé  avec  un  bouton  d'ar- 
gent, or  uni  avec  un  bouton  d'argent,  nacre,  argent,  corne 
translucide,  corne  de  buffle.  Nommés  au  concours,  Tavan- 
cement  des  mandarins  est  dû  néanmoins  en  grande  partie 
autant,  sinon  plus,  aux  pots-de-vin  qu'au  vrai  mérite.  On 
appelle  Yamen,  rhôteld'un  mandarin  ayant  un  sceau  officiel, 
et  KongSo,  la  résidence  d'un  fonctionnaire  d'un  rang  infé- 
rieur n'ayant  pas  de  sceau  *. 


TSOUNG-LI    YAMEN. 

Le  Tsoung'li  Yamen,  ou  mieux  le  Tsoung-li  Ko-Koito 
Che  Woii  Yameiiy  bureau  des  affaires  étrangères,  est  une 
création  relativement  récente  que  la  guerre  de  1860  avec  la 
France  et  l'Angleterre  a  rendue  nécessaire.  Jadis,  les  relations 
avec  les  étrangers  étaient  réglées  par  les  vice-rois  des  pro- 
vinces par  lesquelles  ils  entraient  dans  l'Empire,  et  comme 
pendant  longtemps,  les  étrangers,  sauf  les  Russes,  ne  débar- 
quaient qu'à  Canton,  c'était  le  vice-roi  des  deux  Kouang, 
résidant  dans  cette  ville,  qui  débattait  avec  eux  toutes  les 
questions.  Ce  haut  fonctionnaire  avait  également  dans  ses 
attributions  les  affaires  d'Annam,  pays  limitrophe  de  son 
gouvernement.  Au  contraire,  les  affaires  des  Russes  qui  pé- 
nétraient parle  Nord,  étaient  réglées  par  le  Li-Fan-Yotien, 
chargé  du  contrôle  des  tribus  mongoles  et  des  affaires  du 


I.  Henri  Cordicr,  dans  la  Semaine  politique  et  littéraire,  4  aoiH 
1900, 


Io8  LE    r.OlJVKRNKMENT    CHINOIS 

Tibel.  Ce  bureau  ue  comprenait  qu'un  président  et  deux 
vice-présidents.  Lorsque  tout  récemment  deux  censeurs  con- 
seillaient de  rattacher  à  nouveau  les  affaires  étrangères  à  ce 
bureau,  c'était  placer  les  nations  occidentales  dans  la  situa- 
lion  d'états  Iribulaires.  Xprès  la  signature  des  conventions  de 
Péking  (octobre  1860),  un  Conseil  spécial,  présidé  par  le 
prince  de  Houei,  adressa  au  Trône  un  rapport  à  la  suite 
duquel  le  Tsoung-li  Yamen  fut  créé  par  décret  du  19  janvier 
1861.  Les  fonctionnaires  de  ce  nouvetiu  ministère  étaient 
pris  dans  les  différentes  branches  de  Tadminislration  et  leur 
nombre  a  varié  suivant  les  époques. 

M.  do  Bourboulon  accusa  réception  au  prince  de  Kouiig 
du  décret  iuq)érial  portant  création  d'un  ministère  des 
affaires  étrangères  à  l¥king  : 

Tieii-Tsin,  le  i!i  février  1861. 

Le  soussigné,  etc.,  etc.,  a  reçu  la  dépêche  (pio  le  Prince  de 
Koung  lui  a  fait  riionueur  de  lui  adresser  le  6  courant  et  par 
la([nelle  S.  A.  L  lui  a  communiqué  im  décret  impérial  rendu  le 
:i'S  du  mois  dernier  et  portant  la  création  d'un  Ministère  des 
A  (Fa i  res  étrangères . 

Le  soussigné  a  appris  avec  une  grande  satisfaction  Tadoption 
de  cette  mesure  si  bien  faite  pom-  consolider  et  assurer  désormais 
les  bonnes  relations  entre  la  Chine  et  les  empires  étrangers,  et 
il  félicite  sincèrement  le  noble  Prince  d'en  avoir  été  le  conseiller 
et  le  promoteur.  Si  quel([ue  cliosc  pouvait  encore  aiigmenter  le 
])laisir  et  la  satisfaction  (pic  lui  a  causés  ce  décret,  c'est  de  voir 
(pie  S.  A.  L  le  Prince  de  Koung  lui-même  dont  la  haute  sagesse 
a  tant  contribué  au  rétablissement  de  la  paix  et  ([ui  a  dirigé  de- 
puis (juatre  mois  les  atTaires  avcîc  un  esprit  si  éclairé  et  si  conci- 
liant, devait  continuer  h  en  exercer  la  haute  direction,  comme 
placé  à  la  l(*'tc  du  nouveau  ininislèrc,  et  secondé  par  deshonunes 
d'une  sagesse  et  d'ime  babileté  dt^jà  maintes  fois  éprouvé'es 
connue  Ivouei-Liang  et  Wen-Siang.  Le  soussigné  ne  doute  pas 
(pie  cette  heureuse  décision  (jui  met  doréna>anl  les  ministres 
étrangers  à  même  de  communi(pier  directement  et  personnelle- 


[■ 


TS()U>t;-LI    YAMKN  lOQ 

ment  avec  les  personnages  les  plus  haut  placés  clans  reslime  et  la 
conQance  de  rEm[)ercurde  la  Cliine  ne  soil  le  plus  sur  moyen  de 
maintenir  et  de  consolider  à  jamais  des  relations  de  sincère  ami- 
tié et  il  s'en  félicite  également  pour  la  France  et  pour  la  Chine. 

Le  soussigné  espère  d'ailleurs,  pouvoir  avant  longtemps  se 
rendre  lui-même  à  Péking,  et  manifester  en  personne  au  Prince 
les  sentiments  dont  il  est  animé  à  cet  égard,  et  le  haut  prix  qu'il 
attache  en  particulier  aux  rapports  qu'il  est  appelé  k  avoir  l'hon- 
neur d'entretenir  avec  S.  A.   I. 

En  attendant  il  lui  présente  ses  hommages  et  ses  compliments 
empressés  à  l'occasion  du  renou>ellement  de  l'année  qui  s'ouvre 
sous  d'aussi  heureux  auspices  et  prie  S.  A.  I.  d'agréer  l'expres- 
sion des  vœux  qu'il  forme  |X)ur  son  bonheur, 

Signé  :  A.  Bol  «boulon. 

On  remarquera  la  date  du  décret  du  ?.3  au  lieu  du  if^  jan- 
vier 1861  donnée  géiïéralenienl  coinnio  celle  qui  est  ofliciclle. 

A  Porigine,  le  Tsoung-li  Yamen  fui  comjjosé  du  prince 
Koung,  frère  de  Tcnipcreur  lllen-l'oung,  président,  de  Kouei- 
Liang,  Tun  des  grands  secrétaires  et  de  Wen-Siang,  Pun  des 
vice  présidents  du  ministère  de  la  guerre.  L'année  suivante, 
fpiatrenou\eaux  membres  furent  désignés  :  PaoTcbun,  mand- 
chou, président  du  Hoti-Poii,  Tsoung  Loun,  chinois,  lettré 
distingué,  vice-président  du  lïniiPnu,  surintendant  de  la  Mon 
naie,  Pun  des  plénipotentiaires  du  traité  belge  (i8G()),  T'an 
Ting  tsiang,  conseiller  au  Ifoti-Pou,  Pun  d(»s  plénipoten- 
tiaires du  traité  italien  (18G6),  Tcboung  Louen,  président 
du  LiFan  Yoven\  Kouei  Liang  étant  mort,  il  y  avait  donc 
six  meml)res  faisant  également  partie  du  Kiotin  kitchoii  \  en 
i8(*H),  ils  atteignaient  le  chilfre  de  dix.  La  mort  de  Wen 
Siang  (mai  187G)  d'une  part,  et  Taduilssion  de  deux  mem- 
bres du  Grand  Conseil  (décembre  1877)  a  porté  le  nombre 
des  membres  de  ce  ministère  ji  onze.  11  est  depuis  redescendu 
il  neuf.  Les  membres  du  \amcn  sont  désignés  Wnn^  Ta 
Tvhen,  le  prince  et  les  ministres.  Le  prince  Koung  fut  le 
premier   président  du   Tsoung-li  Vamen  ;  il   a  été  remplacé 


I  ÎO  LE    GOUVERNEMENT    CHINOIS 

en  avril  i884  par  le  prince  K'ing.  Ce  dernier  (Yi  Kouang, 
R'ing  Kioun-Wang)  le  prince  Ch'ing  des  Anglais,  qui  a  él^ 
également  directeur  général  du  bureau  de  TAmirauté  (1891) 
est  un  homme  énergique  qui  était  en  mauvais  ternies  avec 
rimpératrice  douairière.  Il  commandait  les  5oooo  hommes 
de  troupes  de  la  plaine  de  Péking.  Outre  les  membres  titulai- 
res qui  étaient  au  nombre  de  dix  dans  les  derniers  temps  (prince 
K'ing,  contrôleur  général  du  bureau  des  Finances  et  de  la 
Guerre  ;  Jong-Lou,  contrôleur  général  du  bureau  des  Finances 
et  de  la  Guerre  ;  Wang  Wen-chao,  président  du  bureau  des 
Finances;  Liao  Cheou-heng,  président  du  bureau  des  Rites; 
Tchéong  Li,  président  du  bureau  de  la  Justice;  TchaoChou- 
K'iao,  président  du  bureau  de  la  Justice  ;  Siu  Yong-i,  prési- 
dent du  bureau  de  la  Guerre  ;  Siu  King-tch'eng,  premier  vice- 
président  du  bureau  des  Affaires  civiles  ;  Lien-Youen,  direc- 
teur de  la  Gourdes  Banquets  ;  Youen-Tch'ang,  fonctionnaire)', 
le  Tsoung-Li  Yamen  comprend  quatre  secrétaires  principaux, 
Tchang  Kingy  deux  secrétaires  adjoints  et  une  trentaine  de 
clercs,  chargés,  suivant  leurs  connaissances,  des  affaires  dos 
divers  pays  étrangers.  G'est  en  se  rendant  au  ïsoung-li 
Yamen,  on  se  le  rappellera,  que  le  baron  von  Kellelcr  fut 
assassiné.  Dans  une  entrevue  récente  avec  le  comte  Cassini, 
ancien  ministre  de  Russie  à  Péking,  le  correspondant  parisien 
de  la  Rossia  dit  qu'à  l'époque  du  séjour  de  ce  diplomate 
dans  la  capitale  de  la  Chine,  le  prestige  de  la  Russie  était 
si  grand  qu'il  n'avait  pas  à  se  rendre  au  Tsoung-li  Yamen, 
dont  les  membres  venaient  au  contraire  le  trouver  à  sa  léga- 
tion. 

Le  corps  diplomatique  chinois  à  l'étranger  est  d'origine 
assez  récente.  Le  premier  ministre  chinois  résidant  en  Europe 


I.  Au  mois  de  mars   1899.   Jong-lou   ne   faisait   pas  encore   partie  du 
Tsoung-li  Yamen  ;  il  fallait  ajouter  kouei  Tch'oun  et  Yû  Kêng. 


\ 


TSOUNG-LI    YAMEN  I  î  î 

fut  Kouo  Soung-lao,  accrédité  à  Paris  et  à  Londres  après  la 
convention  de  Tche-Fou  (1876)  ;  Lieou  fut  nommé  à  Berlin  ; 
Tchen  Lan-pin   eut  à  représenter  la  Chine  dans  les  pays 
d'émigration  :  Espagne,  États-Unis,  Pérou.  Les  autres  léga-  * 
tions  furent  créées  plus  tard'. 

I.  Henri  Cordicr,  dans  la  Semaine  politique  et  littéraite,   4   août 
1900. 


CHAPITRE  Mil 


DERNIERS  RÉSULTATS  DE  LÀ  GUERRE  DE  1860 


INSTALLATION    DES    LKGATIONS. 

Le  vendredi,  ii2  ni<ars  18G1,  M.  de  Bourboulon,  ministre 
de  France,  M.  Bruce,  ministre  d'Angleterre,  M.  VVade,  in 
terprète  et  le  1)''  Rennie',  médecin  de  la  légation  britannique, 
quitUiient  à  cheval  Tien-Tsin  pour  Péking.  Le  baron  de  Mé- 
rilens,  interprète  de  la  légation  de  France,  le  lieutenant- 
colonel  Neide,  secrétaire,  MM.  Saint  Clair  et  Wyndham, 
attachés  à  la  légation  d'Angleterre,  partis  en  avant  avec  une 
escorte,  attendaient  les  ministres  à  T'oung-tchéou.  M.  do 
Bourboulon  arriva  a  IVking  le  25  mars  et  insl^nlla  sa  léga- 
tion dans  le  Tsing  Koung  fou.  Trois  jours  plus  tard,  M.  de 
Bourboulon  faisait  sa  visite  officielle  au  prince  de  Koung 
dans  une  chaise  à  huit  porteurs,  tandis  que  Tinterpréle 
M.  le  baron  de  Méritens  et  le  comte  Rleczkowski  *  n'a 
vaient  que  quatre  porteurs.  La  légation,  escortée  par  de 
rartillerie  et  de  la  gendarmerie  montée  fournie  j^ir  le  général 
O'Vlalley  conmiandant  à  Tien-Tsin,  fut  reçue  au  Tsoung 
li  Yamen  par  Wen  Slang  \  llang-ki^  et  Tchoung-Louen,  puis 

I.   iiciiu'w,  Pékin f(  and  the  PcÂinf^ese,  i,  p.  1  cl  a. 

•j.  liO  conile  Klec/kowslii,  prcnner  sccrôlairo  de  la  liégalion,  avait  rté 
ciivoYÔ  par  M.  de  l^ourboulon  ù  i'éking  dt's  le?  5  février,  pour  préparer 
l'Iiabilalion  du  niiiiistro.  M.  kleczkowski  clail  arrivé  dans  la  capilalc;  le  (> 
au  soir;  il  fut  reçu  le  ij  en  audience  par  le  prince  Koun^?. 

3.  Wen-Siang.  mandchou,  alors  Agé  de  \\  ans,  était  preniitîr  \ivo- 
président  du  Ministère  des  iMnances  ;  il  fui  plus  tard  grand  secrétaire  ;  il 
est  mort  en  1875. 

4     Ancien  llappo  de  Canton. 


liNSTALLATION    DES    LÉGATIONS  Il3 

parle  vieux  Kouei-Liang,  âgé  de  72  ans,  beau-père  de  Koung, 
et  enfin  par  ce  dernier. 

Le  comte  Klcczkowski  avait  écrit  de  Péking,  10  février 
1861,  à  M.  de  Bourboulon  : 

«  Notre  demeure  oflicielle  n'a  pas,  il  est  vrai,  le  caractère 
d'une  résidence  princière  que  possède,  incontestablement,  Thôtcl 
de  la  Légation  anglaise  ;  mais  clic  se  fait  remarquer  par  trois 
avantages  qui  ne  sont  pas  de  peu  de  valeur.  Le  premier  entre 
tous  c'est  une  façade  d'une  grande  longueur  donnant  sur  la  rue 
et  par  conséquent  offrant  toutes  les  ressources  d'embellissement 
même  grandiose  à  peu  de  frais.  Le  deuxième  avantage  me  parait 
être  un  très  beau  jardin  susceptible  d'une  foule  d'améliorations, 
et  séparant  tout  à  fait  les  demeures  du  Ministre  et  du  premier 
Secrétaire,  avec  facilité  pour  tout  le  personnel  de  la  Légation  d'en 
jouir  tour  à  tour  ou  ensemble.  Celui  d'une  distribution  des  bâti- 
ments aussi  naturelle,  —  indiquée  par  les  lieux  mêmes,  —  que 
s'adaptant  admirablement  aux  nécessités  du  service,  n'est  certes 
pas  le  moindre  à  tous  égards.  » 

La  légation  d'Angleterre  fut  établie  dans  le  Liang  Koung 
fou*,  palais  situé  sur  le  Yu  liang  ho,  canal  qui  sert  au  trans- 
port du  grain  impérial  et  qui  communique  avec  le  cours  d'eau 
qui  rejoint  le  Pei-Ho  à  Toung-Tchéou.  Ce  palais  fut  donné 
par  Tempereur  Kang-Hi  à  l'un  de  ses  trente -trois  fils  dont 
les  descendants  sont  connus  sous  le  titre  de  ducs  de  Liang  ;  le 
duc  actuel  avait  loué  à  perpétuité  sa  résidence  au  gouverne- 
ment britannique,  moyennant  un  loyer  annuel  de  i  5oo 
laëls,  aucun  loyer  ne  devait  être  payé  pour  les  deux  pre- 
mières années,  à  cause  des  réparations  et  des  changements  à 
faire*.  M.  Bruce  arriva  le  26  mars  1861,  à  la  légation 
accompagné    du  colonel  Neale,   de  son  personnel  et  d'une 

I.  En  i86a,  une  dépense  de  £  5  760  fut  approuvée  par  le  gouverne- 
ment anglais  pour  l'achat  et  les  réparations  de  la  légation  d'Angleterre  à 
Péking;  au  3i  mars  1867.   ses  bâtimenls  avaient  coûté  £  17  890  107'*. 

2    Rennie,  Péking,  I.  p.  ao. 

GoRDIER.  1.    ~  8 


ij4  derniers  ri^.sultats  de  la  guerre  de   1860 

escorte  de  cavaliers  Sikh  ;  le  2  avril,  le  ministre  anglais  falr 
sait  à  cheval  une  visite  de  compliments  au  prince  de  Koung 
auquel  il  avait  été  présenté  quelques  mois  auparavant  par 
son  frère  Lord  Elgin  ;  sa  première  visite  d'affaires  eut  lieu 
onze  jours  plus  tard. 

OUVERTURE    DU    KTANG. 

Le  21  novembre  1860,  M.  Bruce*,  à  Tien-Tsin,  donnait 
avis  au  prince  de  Koung,  qu'en  conséquence  de  Tarticlc  10 
du  traité  de  i858,  il  serait  désirable  que  les  ports  de  Ilan- 
Kéou  et  de  Kieou-Kiang,  sur  le  Fleuve  Bleu,  fussent  ouverts 
au  commerce  britannique.  Quoique  la  guerre  des  T'ai-P'ing 
ne  fût  pas  finie,  le  prince  s'empressa  d'accéder  aux  vœux 
du  ministre  anglais. 

Par  suite,  le  vice-amiral.  Sir  James  Hope,  fut  invité  à  re- 
monter le  Kiang  pour  ouvrir  les  [)orts  au  commerce.  L'ami- 
ral, accompagné  de  M.  Ilarry  Parkes,  quitta  Wou-soung  le 
9  février  1861,  installa  des  consuls  h  Tchen-Kianget  h  Kioou- 
kiang  et  laissa  comme  consul  provisoire  à  Han-Kéou,  le 
commandant  Harvey  du  Snake^.  De  Han-Kéou,  l'amiral  se 
rendit  à  l'entrée  du  lac  Toung-ting,  à  Yo-tchéou,  où  il  laissa 
quelques  explorateurs  qui  se  proposaient  d'aller  aux  Indes 
par  le  Tibet;  c'étaient  le  major  Sarel,  du  17*  lanciers,  le 
capitaine  Blakislon,  de  l'artillerie  royale,  le  D*"  Barton  et 
l'interprète,  M.  Schereschewsky  ^,  depuis  évêque  prolestant  à 

1.  Further  Correspondence  respect ing  Affairs  in  China  (Expédit- 
ion up  the  Yang-tze- Kiang)  [2777].  —  Correspondence  respecting 
the  Opening  of  the  Yang-tze-Kiang  River  to  Foreign  Trade  [2840]. 
London,  18C1. 

2.  Le  premier  consul  en  titre  fut  William  Raymond  Gingell,  mort 
août  i863. 

3.  Joseph  J.  Schereschewsky,  juif  converti,  envoyé  en  Chine  comme 
missionnaire  par  le  Bureau  des  Missions  Étrangères  de  l'Église  épiscopale 
protestante,  aux  Étafs-Unis  ;  il  arriva  à  Chang-Haî  le  aa  décembre  1839 


CONVENTION    DALLIOUZEK,    20    FÉVRIER -4    MARS     1863  II 5 

Péking.  Ils  n'allèrent  pas  jusqu'au  Tibet,  mais  ils  firent  une 
reconnaissance,  restée  célèbre,  du  Yang-tseu  jusqu'à  I-tchang. 
Trois  délégués  de  la  Chambre  de  Commerce  de  Chang-Haï, 
Rowland  Hamilton,  A.  Michie,  et  T.  Fredk.  Ballance  ac- 
compagnaient l'amiral  et  le  3o  mars  1861,  rédigèrent  un 
rapport  sur  leur  voyage  jusqu'à  Han-Kéou. 


LÉGATION    DE    RUSSIE 

Le  18  mai  i86i,  M.  Eugène  Butzov,  secrétaire  diploma- 
tique du  gouverneur  d'Irkoutsk,  arrivait  à  Péking,  précé- 
dant de  peu  l'arrivée  du  ministre  de  Russie,  le  colonel  de  Bal- 
liouzek.  «  Hongrois  de  naissance,  celui-ci  avait  été  quelque 
temps  au  service  russe.  C'était  un  officier  d'artillerie,  et  il 
servit  au  siège  de  Sébastopol.  Il  avait  accompagné  le  général 
Ignatiev  dans  sa  mission  à  Péking  l'année  précédente,  comme 
attaché  militaire,  et  depuis  son  retour  à  Saint-Pétersbourg, 
il  avait  été  nommé  ministre  résidant  à  la  Cour  de  Péking*.  » 
M.  de  Balliouzek  arriva  de  Kiachta  dans  la  capitale  de  la 
Chine  le  8  juillet  1861  au  matin,  et  le  pavillon  russe  fut 
hissé  immédiatement  sur  la  légation  ;  trois  pavillons  étrangers 
flottaient  désormais  à  Péking  :  français,  anglais  et  russe. 


CONVENTION    RALLIOUZEK,     20    FÉVRIER-4    MARS     1862. 

Le  nouveau  ministre  russe  ne  perdit  d'ailleurs  pas  son 
temps  :  le  20  février^  mars  1862,  il  signait  une  convention 
relative  au  commerce  par  terre,  qui  fut  complétée  le  i5- 
27  avril  1869  à  Péking,  par  son  successeur,  le  général  A. 
Vlangaly. 

I.  Rennie.  Péking,  1,  p.  187. 


Il6  DERNIERS    RÉSULTATS    DE    LA    GUERRE    DE    1860 


CONCESSION    FRANÇAISE    DE    TIEN-TSIN 

Le  Règlement  relatif  à  Vaffermage  à  perpétuité  des  ter^ 
rai/is  situés  dans  tes  limites  de  la  Concession  Française  à 
Tien-Tsin  débute  ainsi  : 

Le  Comte  Kleczrowski,  premier  Secrétaire  de  la  Légation  de 
Sa  Majesté  l'Empereur  des  Français  à  Pékinget  Tcuolng,  Digni- 
taire de  première  classe  comme  Vice-Président  honoraire  de  l'un 
des  ministères  de  la  Capitale,  vice-ministre  à  la  Cour  Suprême 
pour  les  affaires  judiciaires,  surintendant  du  commerce  dans  les 
trois  ports  de  Ïien-Tsin,  Nieou-tchouang  et  Teng-tchéou  et 
Directeur  général  des  Douanes  maritimes  dans  les  circonscrip- 
tions douanières  des  trois  ports  sus-nommés,  etc.,  etc.,  etc., 
s'élant  réunis  en  commission  pour  délibérer  sur  les  meilleures 
mesures  à  prendre  à  fin  de  régler  à  Tavance,  suivant  la  teneur 
de  l'article  X  du  Traité  français  de  Tien-Tsin,  le  mode  d'après 
lequel  aura  lieu  l'affermage  à  perj^étuité  des  terrains  par  les 
Français  ou  protégés  de  la  France  dans  les  limites  de  la  conces- 
sion française  à  T'ien-Tsin,  telles  qu'elles  ont  été  fixées  par  la 
proclamation  du  soussigné  surintendant  en  date  du  39  du  mois 
précédent  ont  arrêté  de  commun  accord  le  règlement  on  1 3  articles 
(|ui  suivent  et  que  tous.  Autorités  et  sujets  des  deux  nations  au 
nom  desquelles  vient  d'être  conclu,  sont  tenus  d'observer  scru- 
puleusement. 

Tien  Tsin,  a  juin   1861  (24*  jour  de  la  4*  lune 
de  la  1 1«  année  de  Hien  Foung). 

RLEGZKOWSkI, 

Tch'oung  Heou, 

Les  limites  de  la  concession  française  de  Tien-Tsin  avaient 
été  établies  par  Tcb'oung  Heou  de  concert  avec  notre  pre- 
mier consul  (provisoire)  le  lieutenant  de  vaisseau  Trêve,  le 
brillant  officier  qui  entra  dans  Paris  tenu  par  la  Commune 
en  1871. 


ÉVACUATION    DE    CANTON,     3  1     OCTOBRE     1 86 1  II7 


ÉVACUATION    DE    CANTON,     21     OCTOBRE     1861. 

Les  Iroupes  alliées  évacuèrent  complètement  Canton  le 
21  octobre  1861  *  ;  les  Français  commandés  par  le  capitaine 
de  vaisseau  Coupvent  des  Bols,  les  marins  anglais  par  le 
capitaine  Borlase,  et  Tinfanterie  anglaise  par  le  capitaine 
Dowbiggin  s'embarquèrent  avec  les  commissaires  des  deux 
nations,  M.  de  ïanouarn  et  Harry  S.  Parkes;  les  pavillons 
français  et  anglais  étaient  hissés  sur  les  Yamens  de  la  Tréso- 
rerie et  des  Commissaires  alliés,  résidences  des  consuls,  ba- 
ron de  Trenqualye'  et  D.  B.  Robertson. 

Comme  suite  à  cette  évacuation,  Lord  Cowley,  ambassa- 
deur d'Angleterre  à  Paris,  adressa  la  lettre  suivante  à  notre 
Ministre  des  Affaires  étrangères  : 

Paris,  January  7,  1862. 
M.  LrE  Ministre, 

In  accordance  wilh  instructions  irom  Earl  Hussell,  I  hâve  the 
honour  to  enclose  herewith,  for  the  information  of  the  Impé- 
rial Government,  an  extract  of  a  despatch  addressed  by  Briga- 
dier General  Grawford  to  the  Major  General  commanding  lier 
Majesty's  Troops  in  China,  reporting  the  cordial  relations  which 
had  existcd  between  the  British  and  French  Troops  during  the 
period  of  the  allied  occupation  of  Canton, 

I  avail  m)'self  of  this  opportunity  to  rcncw  to  Your  Excol- 
lency  ihc  assurance  of  my  highcst  considération. 

Sig.:  CoWLEY. 

His  Excellency 

Monsieur  Thouvenel 
etc.,  etc, 

I.  Corrcspondence  respecting  the  Evacuation  of  Canton  [agigj, 
i86a.  —  Life  of  Sir  Harry  Parkes  y  I,  p.  455. 

a.  Trcnqualye,  Gilbert-Gabriel  (baron  de),  né  à  Clcrmont  (Puy-dc- 
Dùme),  ai  décembre  181 9;  chancelier  en  Chine,  avec  le  titre  de  consul 
honoraire  de  2^  classe,  en  remplacomeai  de  M.  Haussmann,  appelé  à  le 


Il8        DERNIERS  RÉSULTATS  DE  LA  GUERRE  DE  1860 


CONSULAT  FRANÇAIS  A  CANTON 

La  France  obtint  du  prince  de  Koung,  ou  mieux  de  Wen- 
Siang,  que  le  yamen  de  la  Trésorerie,  situé  dans  la  vieille 
ville  de  Canton,  lui  serait  loué  pour  y  établir  son  consulat  ;  un 
contrat  fut  signé  en  conséquence  à  Canton,  le  i8  mai  1861  ; 
mais  les  terrains  étant  trop  considérables,  un  nouveau  contrat 
fut  signé  à  Canton  par  le  vice-roi  des  deux  Kouang,  Lao 
Tchoung-kouang  et  le  Comte  Kleczkowski,  le  6  mars  1862 
(6^  jour,  2*  lune,  i*^*  année  T^oung-tché),  en  cinq  articles 
par  lequel  une  portion  seulement  du  yamen  était  affermée  à 
perpétuité,  moyennant  une  rente  de  100  piastres  versée 
chaque  année  le  1 5®  jour  de  la  12*  lune. 

Le  pauvre  Lao  fut  destitué  en  octobre  1862,  sous  le  pré- 
texte qu'il  avait  envoyé  dans  l'intérieur  du  Kouang-Toung 
un  magistrat  collecteur  d'impôt  concussionnaire. 


DEPART    DES    FRANÇAIS. 

En  mai  1861,  à  l'exception  d'un  bataillon  d'infanterie  et 
d'une  batterie  d'artillerie,  la  Loire  avait  embarqué,  à  Ta-Kou, 
les  troupes  françaises  à  destination  de  Cochinchinc.  Le  gé- 
néral O'Malley  s'embarqua  à  Tien-Tsin  le  16  novembre  1861  ; 
c'était  la  fin  de  l'occupation  française;  il  ne  restait  plus 
que  quelques  marins  et  soldats  d'infanterie  de  marine  dans 
le  fort  nord  de  Ta-Kou,  sous  le  commandement  du  capitaine 
Bourgoine*. 

remplacer  à  Hanovre  (5  janvier  i855);  consul  provisoire  à  Canton  (fé- 
vrier i858);  gérant  du  consulat  général  de  Canton  (a  février  1859);  en 
disponibilité  (27  novembre  1869). 
I.  Rennio,  II,  p.  17a. 


li 


CHAPITRE  IX 

MORT  DE  HIEN-FOUNG.  —  AVÈNEMENT  DE  T'OUNG-TCHÉ 

LE  COMTE  KLEGZKOWSKI 

MORT    DE    HIEN-FOING,     22    AOUT     1861. 

Au  moment  de  la  signature  des  conventions  de  Péking,  la 
Chine  se  trouvait  dans  le  plus  triste  état,  menacée  aussi  bien 
à  l'intérieur  qu'à  Textérieur  ;  ses  ennemis  du  dedans  ne  cau- 
saient pas  moins  de  craintes  à  la  dynastie  mandchoue  que 
Tenvahisseur  du  dehors  :  les  T\n-P*ing  ou  Tchang-Mao 
(longs  cheveux)  occupaient  Nan-  King  et  dévastaient  les  pro- 
vinces du  Kiang  ;  les  mahométans  du  Yun-Nan  étaient  en 
révolte  et  ceux  du  Kan-Sou  et  des  T'ien-Chan  donnaient 
des  inquiétudes  qui  ne  tardèrent  pas  à  être  justifiées;  des 
bandits,  les  Nien-Fei^  désolaient  le  Chan-Toung;  pas  de 
flotte,  une  armée  désorganisée,  un  empereur  incapable,  en 
fuite,  complétaient  le  triste  tableau  d'un  pays  en  décadence 
que  rien  ne  semblait  pouvoir  relever.  C'est  dire  beaucoup 
à  la  louange  de  ceux  qui  assumèrent  la  tâche  complexe  et 
ardue  de  l'administration  à  celte  époque  qu'ils  réussirent  au- 
delà  de  toute  espérance  et  dans  un  laps  de  temps  relative- 
ment court. 

Le  prince  de  Koung,  frère  de  l'empereur,  resté  à  Peking, 
parait  au  plus  pressé  ;  il  avait  déjà  écarté  le  danger  de  l'étran- 
ger par  les  conventions  d'octobre  1860;  il  avait  créé  le 
Tsoung-li  Yamen  et  il  se  préparait,  avec  l'aide  de  ces  mêmes 
Barbares  d'Occident,  naguère  ennemis  aujourd'hui  alliés,  à 
écraser  les  T'aï-P'ing  et  à  réorganiser  flotte,  armée,  douanes. 


I30        MORT    DE    HIETî-FOlNG     —    AVÈNEMENT    DE    T*Ot'NG-TCHÉ 

Mais  un  retour  de  l'esprit  de  réaction  qui  avait  dicté  tous 
les  actes  de  Hien-Foung  était  à  craindre  ;  il  fallait  le  com- 
battre pour  éviter  à  la  Chine  de  nouveaux  désastres  que  ne 
pouvaient  prévoir  ni  l'empereur,  ni  ses  conseillers  ancrés  dans 
leurs  idées  de  routine  séculaire. 

En  réalité,  le  gouvernement  chinois  était  double  :  dans  la 
capitale  le  prince  de  Koung,  Wen-Siang  et  Hang-Ki  repré- 
sentaient la  Chine  devant  les  étrangers.  Au  loin,  dans  sa  re- 
traite de  Djehol  *,  Hien  Foung,  —  entouré  de  ses  femmes  et  de 
fonctionnaires  hostiles  à  toute  idée  de  progrès,  ignorants  des 
conditions  de  la  vie  extérieure,  partant  ennemis  du  parti  op- 
portuniste resté  à  Péking,  —  terminait  un  règne  néfaste  à  son 
pays  et  une  triste  vie  qui  n'avait  à  aucun  moment  pu  don- 
ner l'illusion  qu'elle  était  celle  d'un  descendant  de  K'ang  Hi 
et  de  K'ien  Loung. 

Enfin  Hien  Foung  mourut  le  22  août  1861,  à  trois  heures 
du  matin.  La  nouvelle  du  décès  fut  annoncée  ofTicicllement 
aux  légations  étrangères  le  25  août  par  le  prince  de  Koung. 

La  note  suivante  fut  insérée  dans  la  Gazette  de  Péking 
du  it\  août  1861  : 

Un  message  expédié  en  toute  hâte  de  Dje-hol  vient  d'arriver 
ce  malin  11  contient  le  testament  de  TEmpcreur  défunt  qui  s'est 
envolé  sur  un  Dragon,  pour  devenir  l'hôte  d'en  haut,  le  17* 
jour  de  la  présente  lune  à  l'heure  ynn  (le  aa  août  1861,  entre  3 
et  5  lieures  du  matin). 


KI-TSIAKG. 

Aussitôt  la  camarilla  qui  entourait  l'empereur  s'empara  du 
pouvoir;  le  fils  de  Ilien-Foung,  Tsai-Tchoun,  montait  sur 

I.  Djehol.  ou  Tching-te  fou,  ville  mongole  de  la  province  chinoise  de 
Tche-li,  près  du  Lan  ho;  son  palais  a  été  construit  en  1708  sur  le  modèle 
de  celui  du  Youen  Ming  Yoiien. 


Kl-TSIANG.  131 

le  trône  avec  lenienhao  de  lu- tsiang  (bonne  chance)  ;  et  un 
conseil  de  régence  composé  de  huit  personnages  qui  assis- 
taient le  souverain  à  ses  derniers  moments  était  constitué,  ou 
plutôt  se  constituait  lui-même. 

La  Gazette  de  Pèking  du  23  août  1861  renfermait  les 
décrets  impériaux  suivants,  datés  de  Djehol  le  22  août,  qui 
préparaient  les  événements  : 

«  Que  notre  fils  aîné,  Tsai  Tchoun,  soit  Théritier  présomplif 
du  trône.  » 

«  Un  décret  extraordinaire.  » 


Et 


«  Notre  fils  aîné,  Tsai  Tchoim,  ayant  clé  institué  l'Héritier 
présomptif  du  Trône,  que  Tsai  Youen,  Touan  Houa,  King 
Cheou,  Sou  Ghouen,  Mou  Yin,  Kouang  Youen,  Tou  Ilan  et 
Tsiao  Yeou-ying,  Taident  de  toute  leur  force  comme  conseillers 
dans  toutes  les  affaires  appartenant  à  l'administration  du  Gou- 
vernement. 

«  Un  décret  extraordinaire.  » 

Voici  les  notes  de  M.  Wade  et  celles  que  j'ai  recueillies 
ailleurs  sur  chacun  de  ces  personnages  : 

a  Tsai- Youen.  Prince  de  l.  comme  le  montre  le  préfixe  Tsai. 
est  de  la  maison  impériale,  dans  la  même  génération  que  le 
Prince  Héritier;  premier  Commissaire  à  T'oung-tchéou,  chef  du 
Clan  Impérial. 

«  Touan  Houa,  Prince  de  Tchèn,  Commandant-en-chef  de 
Péking,  Général  des  Neuf-Portes,  frère  aîné  de  Sou  Choucn. 

a  King  Cheou,  mari  de  la  sixième  tante  du  Prince  Héritier. 

«  Sou-Chouen,  un  des  deux  jeunes  membres  du  Grand 
Secrétariat  ;  ministre  des  Finances. 

«  Mou  Yin,  collègue  du  Prince  de  I,  comme  deuxième  com- 
missaire à  T'oung  Tcliéou  en  1860,  maintenant  en  deuil. 

<c  Kouang  Youen,  chinois  du  Chan-Toung;  a  fait  partie  du 
Grand  Conseil,  un  Vice-Président  du  Ministère  de  Tlntéricur. 


I 


133        MORT    DE    HIEN-FOUNG    AVÈNEMENT    DE    T*OU>'G-TCHÉ 

«  Tou  Han,  chinois  du  Chan-T'oung,  Vice-Président  du  Mi- 
nistère des  Affaires  civiles,  fils  de  Ta  Ciian-ticn,  précepteur  de 
Tancien  Empereur;  Han-lin-Youen. 

«  Tsian  Yeou-ying,  chinois  de  Tien-Tsin,  Vice-Président  d'une 
des  Cours  inférieures,  précepteur  du  Prince  Héritier*.  » 

Le  Prince  de  Koung  fit  part  de  la  mort  de  rempereur  aux 
Ministres  étrangers  dans  les  termes  suivants  : 

J'ai  rhonneur  de  vous  faire  connaître,  noble  Ministre,  que  le 
17'' jour  de  la  présente  lune  feu  notre  Empereur  a  quitté  ce 
monde  pour  devenir  l'hôte  d'en  haut.  Moi,  Prince  Koung.  si 
proche  parent  de  Sa  Majesté,  je  ne  puis  pas  en  maîtriser  ma 
douleur.  Comme  d'ailleurs,  ce  qu'il  y  aura  à  statuer  concernant 
le  deuil  et  les  funérailles  est  de  toulc  importance  et  exigera  de 
nombreuses  occupations,  il  se  peut  que  les  Affaires  de  votre 
noble  Empire,  au  sujet  desquelles  nous  avons  à  délibérer  de 
concert,  subissent  un  retard  de  quelques  jours.  Mais  je  reste 
exclusivement  chargé  de  la  direction  des  Affaires  Étrangères,  et 
toute  affaire  que  vous  aurez  à  traiter,  noble  Ministre,  le  sera 
toujours,  comme  par  le  passé,  sans  qu'il  y  ait  le  moindre  délai 
ou  la  plus  petite  négligence.  J'ai  cru  de  mon  devoir,  noble 
Ministre,  de  vous  adresser  la  présente  dépêche  et  je  vous  prie  de 
vouloir  bien  la  prendre  en  très  sérieuse  considération. 

Le  30®  jour  de  la  7*  lune  (le  35  août  186 1). 

Mais  les  conjurés  avaient  commis  une  lourde  faute  en  lais- 
sant à  récart  les  frères  de  l'empereur;  ils  comptaient  sans 
leur  hôte,  et  cet  hôte  fort  avisé  était  le  prince  de  Koung  qui, 
quelque  temps  après  la  mort  de  Hien-Foung,  avait  rendu 
visite  à  Djehol  a  rimpératricc-Douairièrc  et  s'était  en- 
tendu avec  elle  au  sujet  du  gouvernement  futur  de  la  Chine. 


COUP  d'état. 


Le  i*'*'  novembre  1861,  lorsque  le  nouvel  empereur  arri- 
I.  Rcnnio,  Pt*kingy  II,  p.   i5-i6;  et  Col.  Part.  Le  D"*  Hennie  était  à 


COUP  d'état  123 

vait  à  Péking,  malgré  la  défense  du  nouveau  conseil  de  ré- 
gence, Koung  se  rendit  au  devant  de  Ki  Tsiang,  et  raccom- 
pagna dans  la  capitale  avec  rimpératrice-douairièrc.  Immé- 
diatement, le  conseil  de  régence  était  convoqué,  et  le  prince 
de  Koung  lui  adressait  une  longue  mercuriale  rédigée  à 
Djehol,  d'accord  avec  Timpéralrice,  qui  se  terminait  par 
cet  ordre  (Sc*  jour  de  la  q^  lune  =  2  novembre)  : 

c<  ...Nous  ordonnons,  alors,  que Tsai-Youcn ,  Touan  Houa.  et 
Sou  Chouen  *  soient  éloignés  de  leurs  postes  et  que  King-Gheou, 
Mou-Yin,  Kouang  Youen,  Tou-IIan  et  Tsian  Yeou-ying  se  reti- 
rent du  Grand  Conseil  ;  et  nous  donnons  la  mission  au  Prince 
de  Koung,  de  concert  avec  les  membres  du  Grand  Secrétariat, 
les  Six  Ministères,  les  Neiif  Hautes  Cours,  le  Han-lin  Youen,  le 
Chan  Che  Fou'  et  les  Censeurs,  de  considérer  d'une  façon  impar- 
tiale et  de  nous  faire  le  rapport  du  degré  de  châtiment  auquel 
ils  sont  chacun  séparément  exposés  devant  la  loi  pour  leurs 
crimes. 

«  Au  sujet  des  formes  sous  lesquelles  Sa  Majesté  Tlmpéra- 
Irice-Douairière  doit  administrer  le  Gouvernement,  Nous  ordon- 
nons que  les  mêmes  hauts  officiers  confèrent  ensemble  et  nous 
fassent  un  rapport. 

«  Un  décret  extraordinaire'.  « 

Tsaï- Youen  et  Touan-Houa  furent  assez  imprudents  pour 
aller  présenter  leurs  doléances  au  palais  ;  ordre  était  immé- 
diatement donné  de  les  arrêter. 

«  Les  trois  individus,  Tsai- Youen ,  Touan-Houa  et  Sou-Chouen , 
ayant  négligé  leurs  fonctions  comme  nos  serviteurs,  avant  que 
nous  quittâmes  la  Cour  à  Djehol,  Nous  donnâmes  des  ordres  à 
Yi-Houan,  prince  de  ïch'ouen,  de  rédiger  pour  Nous  un  décret 
ordonnant  que  Tsai- Youen  et  les  deux  autres  soient  éloignés  de 

Péking  lors  de  ces  événements  et  les  renseignements  qu'il  donne  ont 
par  suite  d'autant  plus  de  valeur. 

I.   Sou-Chouen  escortait  le  corps  de  Hien-Foung;  il  était  donc  absent. 

a.  Inspection  impériale  de  renseignement.  Sinécures  pour  récompenser 
le  mérite  littéraire. 

3.  Rennie,  II,  p.  i3i-3, 


134       MORT    DE    HIEN-FOUNG    AVÈNEMENT    DE    t'oUNG-TCHÉ 

leurs  postes  et  nous  avons  aujourd'hui  convoqué  en  notre  pré- 
sence Yi-Sin.  prince  de  Koung,  avec  Tordre  d'amener  avec  lui 
les  Grands  Secrétaires  Kouei-Liang  et  Tchan  Tsou-pei  et 
Wen-Siang,  membre  du  Conseil  et  Vice-Président  du  Ministère 
des  Finances.  Ïsai-Youen  et  ses  collègues,  cependant,  prirent  sur 
eux  de  s'opposer  à  leur  admission,  déclarant  avec  une  violence 
outrageuse,  qu'il  ne  convenait  pas  que  nous  appelions  devant 
nous  des  ministres  du  dehors  (ministres  qui  ne  seraient  pas  du 
Conseil  de  Régence).  Où  s'arrêtera  une  telle  audace  ?  Par  notre 
décret  précédent,  ils  étaient  éloignés  de  leurs  postes,  mais  cette 
sentence  n'est  pas  proportionnée  à  leur  offense. 

a  Nous  ordonnons  que  Yi-Sin,  prince  de  Koung,  Rouei-Liang. 
Tchan  Tsou-pei  et  Wen-Siang  fassent  immédiatement  connaître 
notre  volonté  que  Tsai-Youen,  Touan-Houa  et  Sou-Chouen  soient 
privés  de  leur  rang  héréditaire  et  jugés.  Leur  cas  sera  soumis  h 
la  Cour  du  Clan*,  avec  les  membres  du  Grand  Secrétariat,  les 
Neuf  Hautes  Cours,  le  Han-lin  Youen,  le  Chan  Che  Fou  et  les 
Censeurs  qui  prononceront  une  punition  sérieuse  pour  leurs 
offenses.  Respectez  ceci  ^.  » 

En  même  temps  des  mémoires  étaient  adressés  au  tronc 
par  le  second  Grand  Secrétaire  Kia-Tching  et  par  le  géné- 
ral Cheng-Pao^  pour  supplier  Pimpératrice  de  prendre  le 
pouvoir  en  mains. 

«  Les  serviteurs  de  Votre  Majesté,  Kia-Tching  »  (second 
Grand  Secrétaire) ,  «  Tchan  Tsou-pei  »  (quatrième  Grand 
Secrétaire),  «  Chin  Tchan-lin  »  (Président  du  Ministère  des 
Finances)  et  «  Tch'an-Koiiang  »  (l'un  des  Présidents  du  Minis- 
tère des  Châtiments)  «  présentent  à  genoux  un  mémoire  sup- 
pliant que,  puisque  l'intérêt  principal  de  l'État  y  est  impliqué, 
l'autorité  du  Gouvernement  soit  tenue  ferme  par  la  main  du 

I .  Le  Tsoung  Jen  Fou  qui  s'occupe  de  toutes  les  aflaires  relatives  à 
la  famille  impériale  et  conserve  l'arbre  généalogique  ;  son  chef  qui  est  un 
prince  de  la  famille  impériale  porte  le  titre  de  Tsoung  K'ing. 

a.  Rcnnie,  II,  p.  i3a-3. 

3.  C'est  lui  qui  avait  fait  décapiter  l'abbé  Dcluc  et  le  capitaine  Bra- 
bazon  près  de  Palik'iao.  En  octobre  i863,  il  reçut  l'ordre  de  se  suicider, 
après  cinq  mois  de  captivité,  à  cause  de  son  insuccès  dans  la  lutte  contre 
les  rebelles, 


COUP  D*ÉTAT  ia5 

Souverain  en  vue  du  rétablissement  de  la  moralité  et  de  la  pré- 
vention des  progrès  du  mal.  » 

«  Considérant,  que  sous  la  dynastie  présente,  un  saint  mo- 
narque a  succédé  à  un  autre,  de  telle  façon  qu*il  n*y  avait  pas 
eu  de  précédent  pour  l'administration  du  Gouvernement  par  une 
Impératrice-Douairière,  quand  en  réponse  au  Mémoire  du 
Censeur  Toung  Youen-lcliing,  Votre  Majesté  promulgua  un 
décret,  son  langage  était  si  explicite  que  vos  serviteurs  ne  purent 
rien  exprimer  de  contraire.  En  même  temps  il  est  inopportun 
que  l'autorité  suprême  descende  aux  mains  d'un  sujet,  parce 
que  descendant  ainsi,  elle  est  supplantée  avec  le  temps.  Il  est 
également  inopportun  que  les  limites  du  code  des  obligations  » 
(ou  rituel  des  cérémonies)  «  soient  môme,  quelque  peu  que  cela 
soit,  dépassées,  car  si  elles  le  sont,  il  s'élèvera  des  abus. 

«  Votre  Majesté.  Notre  Empereur,  montant  sur  le  trône  à  un 
îlge  tendre.  Ts'ai  Youen,  prince  de  I.  et  sept  autres,  furent, 
d'accord  avec  les  volontés  testamentaires  de  feue  Sa  Majesté, 
nommés  pour  aider  l'administration  comme  conseillers.  En 
conséquence,  ces  deux  derniers  mois,  tous  les  décrets  se  rappor- 
tant aux  nominations  des  charges  ou  à  d'autres  actes  du  Gou- 
vernement, ont  été  considérés  et  agréés  par  les  princes  et 
ministres  en  question,  et  toutes  les  fois  que  ces  décrets  ont  dû 
être  publiés,  ils  y  ont  apposé  un  sceau  ImptTial  d'iîtat,  ou  le 
sceau  de  la  Salle  du  Bon  Exemple,  qui  étant  vu  et  entendu  j>ar 
tout  le  monde,*  aussi  bien  dans  la  capitale  qu'au  dehors,  a  égale- 
ment imposé  l'obéissance.  Après  avoir  considéré  soigneusement 
les  procédés  du  Conseil,  vos  serviteurs  sont  satisfaits  que  nul 
progrès  du  mal  n'a  résulté  de  leurs  actes. 

«  Cependant,  les  deux  mots  tsao  siimg  d'aider  comme  conseil- 
lers, indiquent  seulement  l'aide  de  ceux  qui  sont  en  second,  et 
non  le  pouvoir  de  celui  à  la  première  place  ;  et  si  dans  toutes  les 
questions  grandes  ou  petites,  il  a  été  laissé  entièrement  à  ces 
princes  et  h  ces  ministres  de  décider  comme  il  leur  plaira,  et 
alors,  après  avoir  soumis  leurs  décisions  à  Sa  Majesté,  qui  ne  les 
verrait  que  poiir  un  moment,  afin  de  leur  donner  de  l'efTica- 
cité,  ils  seraient  bien  en  nom  que  des  conseillers,  mais  en  réalité, 
ils  exerceraient  le  j)Ouvoir  en  chef;  et  quand  cet  état  de  choses 
se  serait  répété  un  certain  laps  de  temps,  quelque  doute  ou 
quelque  appréhension  ne  seraient-ils  pas  ressentis  par  chacun 
dans  ou  hors  la  capitale? 


ia6       MORT   DE    UlEN-FOUNG    AY&NCMENT    DE    t'oUNG-TCHÉ 

«  Les  conseillers  assistants  d*aujourd*hm  sont,  de  fait,  le 
Grand  Conseil  d'autrefois.  Mais  les  membres  du  Grand  Conseil 
étaient  accoutumés  dans  chaque  cas,  premièrement,  d'apprendre 
de  TEmpereur  en  personne  si  Sa  Majesté  approuvait  ou  désap- 
prouvait la  proposition  apportée  devant  lui,  et  alors,  lorsqu'ils 
avaient  reçu  la  décision  Impériale,  de  rédiger  et  de  lui  soumet- 
tre un  décret  déclarant  sa  volonté.  Ce  qui  ne  plaisait  pas  à  Celui 
qui  est  Sacré,  était  corrigé  par  Sa  Majesté  avec  le  pinceau  de 
vermillon.  Dans  ces  conditions,  l'autorité  était  réellement  au 
pouvoir  du  plus  haut  ;  il  ne  pouvait  pas  y  avoir  de  contrefaçon  de 
lui  par  d'autres. 

a  L'arrangement  qui  conviendrait  exactement  dans  la  conjonc- 
ture présente,  serait,  que  Son  Auguste  Majesté  l'impératrice- 
Douairière,  d'un  côté  répandit  l'influence  qui  doit  à  vrai  dire 
découler  du  palais,  de  l'autre,  devrait  posséder  la  dignité  et 
manier  l'autorité  du  gouvernement.  Les  établissements  officiels 
auraient  ainsi  un  centre  auquel  ils  auraient  h  rapporter  leurs 
instructions  et  à  en  recevoir  et  un  milieu  d'enquôtes  et  de  déci- 
sions existerait  d'où  les  commissions  et  les  ordres  seraient  pro- 
mulgués. La  régence  ne  serait  pas  une  fiction,  et  son  gouvernement 
serait  eiTectif.  Par  une  juste  comparaison  entre  les  précédents 
des  anciennes  dynasties  avec  ceux  des  dernières  générations, 
on  arriverait  à  une  parfaite  conclusion  convenable,  sans 
difficultés.  »  (Ici  suit  une  liste  d' Impératrices-douairières  sous 
les  dynasties  des  Han.  des  Soui,  des  Soung,  et  des  Ming,  dans  la 
dernière  desquelles).  «  Comme  Chin-Tsoung  *  n'était  âgé  que  de 
dix  ans,  l'administration  était  entièrement  dirigée  par  les  impé- 
ratrices, qui  donnaient  leurs  ordres  aux  hauts  officiers  de  l'em- 
pire. Aucune,  cependant,  n'était  appelée  Régente.  Votre  Majesté, 
notre  Empereur,  doué  par  la  nature  de  réelles  capacités,  aura 
nécessairement  à  se  dévouer  elle-même  k  l'étude  des  Clas- 
siques (littéralement,  le  Livre  d'Histoire  et  le  Livre  de  Poésie). 
«  Encore  quelques  années,  et  vous  gouvernerez  vous-même, 
mais  dans  l'intervalle,  tandis  que  passeront  ces  quelques  années, 
il  y  a  en  dehors  des  murs  de  la  capitale  des  rebelles  qui  ne  sont 
pas  encore  soumis,  et  parmi  eux  des  traîtres  résidant  ù  portée  de 
la  main.  Comment  doit  être  sau\é  l'empire  des  dangers  de 
l'heure  présente?  Comment  sa  moralité  peut-elle  être  rétablie? 


1.  Nten-lifin  tfe  Waii  Li,  1 573- 1630. 


{ 


Mi<:MORIAL    DK  CHEWG-PAO  12'J 

«  Il  est  de  toute  importance  que  Tesprit  public  soit  fermement 
tranquillisé.  H  s'ensuivrait  une  grande  et  immédiate  calamité,  si 
par  manque  d'un  représentant  de  la  suprême  autorité,  il  serait 
affecté  par  des  doutes  et  des  craintes. 

«  Quant  aux  formes  à  être  observées  quand  des  serviteurs 
publics  seraient  reçus  en  audience  par  Tlmpératrice-Douairière, 
et  aux  règles  pour  la  conduite  des  affaires,  doivent-elles  être  les 
mêmes  depuis  longtemps  établies,  observées  jusqu'ici  par  les 
membres  du  Conseil  en  recevant  les  décrets  de  l'Empereur,  ou 
serait-il  opportun  de  les  modiOer,  vos  serviteurs  espèrent  respec- 
tueusement que  Votre  Majesté  donnera  des  ordres  aux  ministres 
de  Votre  Cour  de  les  considérer  ensemble  et  de  rapporter  le  résul- 
tat, avec  la  demande  que  Votre  Majesté  décidera  *.  » 


MEMORIAL    DE    CHENG7PAO. 

a  Comme  il  est  impossible  de  satisfaire  l'opinion  publique 
pendant  que  l'autorité  suprême  est  aux  mains  d'un  sujet,  il 
devient  de  son  devoir  de  prier  l'Impératrice  elle-même  de  l'assu- 
mer, et  d'ajouter  à  ses  conseillers  un  prince  du  plus  haut  ordre 
et  de  la  proche  parenté  de  l'Empereur,  de  façon  que  la  dignité 
de  l'État  soit  aflirmée  régulièrement  de  nouveau,  et  que  l'esprit 
public  soit  concilié.  11  prétend  que  si  un  prince  du  sang  compé- 
tent avait  été  à  portée  quand  l'Empereur  mourut,  il  aurait  fait 
partie  du  Conseil  ;  que  le  Conseil  présent  fait  ce  qui  devrait  être 
fait  seulement  par  l'Empereur,  ou  l' Impératrice-Douairière  ;  et 
que,  nonobstant  les  démarches  faites  pour  donner  un  semblant 
de  validité  aux  décrets  promulgués  au  nom  de  l'Empereur,  ils  ne 
commandent  pas  la  confiance  de  l'Empereur  ;  que  leur  rejet  du 
mémorial  du  Censeur  Toung  Youen-tching  était  la  preuve  d'un 
esprit  arrogant  et  intéressé,  et  a  occasionné  un  mécontentement 
général.  Le  transfert  du  |)ouvoir  du  gouvernement  à  un  sujet  un 
beau  malin,  a  produit  un  état  de  crainte  qui  continue  encore. 
Le  peuple  dans  les  rues,  quand  il  lit  les  proclamations  de  Sa 
Majesté,  dit  :  «  Ce  ne  sont  pas  là  les  mots  de  notre  Maître  ;  ce 
ne  sont  pas  là  les  intentions  de  la  Mère  de  l'État  et  de  la  Mère  de 
notre  Souverain.  »  11  y  a  une  tendance  générale  à  ne  pas  obéir 

I.  Rennie,  II,  p    i34-i38. 


laS       MORT    DE    HIEN-FOUNG    —    AVÈNEMENT    DE   T*OUNG-TCHÉ 

aux  ordres  qui  émanent  du  Conseil,  comme  rien  ne  fait  voir  s'ils 
sont  autorises  ou  non.  Il  n*y  a  pas  que  le  peuple  de  Tempire  qui 
paraisse  chaque  jour  perdre  de  plus  en  plus  courage.  Il  y  a  aussi  à 
craindre  que  les  nations  étrangères  elles-mêmes,  quand  elles 
apprendront  Tétat  où  en  sont  les  choses,  seront  également  sen- 
sibles à  la  violence  qui  est  faite  au  droit  en  principe  et  s*en 
émouveront  en  conséquence  —  un  résultat  d*une  importance 
sérieuse.  Il  faut  écraser  la  rébellion,  mais  il  faut  dans  le  palais 
se  garder  de  plus  grands  dangers  Cheng-Pao  conclut  en  priant 
que  son  mémoire  soit  donné  à  lire  au  grand'oncle  de  TEmpe- 
reur,  le  Prince  de  Ilouci,  et  à  ses  oncles  les  Princes  de  Toung  et 
Tch'ouen  * .   » 

Par  suite,  d'autres  décrets  étaient  promulgués  pour  l'ar- 
restation de  Sou-Chouen,  la  prise  de  possession  du  pouvoir 
par  rimpéralrice  douairière,  etc. 

«  Nous  ordonnons  à  Jen  Chan.  prince  de  Joui,  et  à  Yi-IIouan. 
prince  de  Tch*oucn,  d'arrêter  immédiatement  Sou-Ghoucn,  et 
qu'ils  trouvent  un  oflicier  de  confiance  pour  se  charger  de  Tame- 
ner  à  la  capitale.  Respectez  ceci. 

«  Nous  ordonnons  que  les  Princes  et  Ministres  du  Grand 
Conseil,  les  Grands  Secrétaires,  les  Six  Ministères,  les  Neuf  Cours, 
le  Ilan  Un  Youen,  le  Chan  Che  Fou  et  les  Censeurs  prennent  en 
considération  la  note  présentée  aujourd'hui  par  Kia-Tching, 
Tchan  Tsou-pei,  Chin  Tchan-lin  et  Tchan-Kouang,  priant  que 
toute  l'autorité  dans  le  gouvernement  soit  assumée  par  le 
Souverain,  nous  invitant  à  ordonner  aux  Ministres  de  la  Cour  de 
délibérer  suivant  les  formes  devant  être  observées  aux  audiences 
données  par  Son  Auguste  Majesté  l'Impératrice-Douairière,  et 
les  méthodes  essentielles  pour  la  conduite  de  toutes  sortes  d'af- 
faires ;  ainsi  que  le  mémoire  de  Cheng  Pao  (Choung  Pao)  priant 
que  l'Impératrice-Douairière  administre  personnellement  le  gou- 
vernement, assistée  par  un  ou  plusieurs  conseillers,  devant  être 
choisis  parmi  les  princes  de  l'ordre  le  plus  élevé  et  immédiatement 
allié  au  Trône  ;  et  que,  ayant  décidé  d'une  façon  im|)artiale  dans 
quelle  mesure  le  cas  présent  sera  affecté  par  le  précédent  ancien. 


I.   Rcnnio,  II,  p.  i38-(). 


V 


T*OUNG-TCHÉ  î  29 

ils  nous  informeront  de  leurs  conclusions  aussitôt  qu'ils  y  seront 
arrivés  d'une  façon  satisfaisante.  Respectez  ceci  * . 


EXÉCUTION    DE    SOU-CHOUEN. 

Sou-Chouen,  qui  accompagnait  le  corps  de  rempereur,  fut 
arrêté  à  peu  de  distance  de  Péking  parle  prinœ  de  Tch'ouen. 
Ïsai-Youen,  Touan-Houa  et  lui  furent  aussitôt  mis  en  juge- 
ment ;  le  dernier  fut  condamné  h  être  décapité  ;  les  deux  autres 
furent,  par  faveur,  autorisés  à  se  suicider.  Ils  se  pendirent 
le  matin  du  8  novembre.  C'était  une  commutation  de  peine, 
car  ils  avaient  été  d'abord  condamnés  à  la  mort  lente.  Sou- 
Chouen  fut  exécuté  le  8  novembre  à  deux  heures  comme  un 
criminel  de  droit  commun  ;  il  mourut  bravement,  en  niant 
la  légalité  de  la  sentence  qui  le  frappait  ;  il  avait  environ 
47  ans.  Le  coup  d'état  fut  accueilli  avec  joie  par  la  popula- 
tion de  Péking  qui  exécrait  les  favoris  de  Hien-Foung. 
Comme  corollaire  à  ce  tragique  événement,  il  convient 
d'ajouter  que  le  3i  août  i864,  la  Gazette  de  Pé/dng  annon- 
çait  qu'en  raison  des  services  rendus  par  les  ancêtres  do 
Tsai  et  de  Touan,  leur  titre  de  prince  serait  ressuscité  et 
donné  à  des  membres  éloignés  do  leur  famille. 

t'oupîg  tché. 

Le  7  novembre  1861,  le  prince  Koung  avait  été  nommé 
régent  conjointement  avec  les  impératrices -douairières  et  le 
1 1  novembre  un  décret  impérial  changeait  le  nien-hao  de 
Tempereurde  Ki  Tsiangan  r*o///ij[,'-7V7ié  (union  dans  l'ordre); 
le  lendemain  Hang-Ki  annonçait  aux  légations  étrangères 
l'installation  officielle  de  l'empereur  ce  jour  même  et  l'ouver- 
ture du  nouveau  Tsoung-li  Yamen. 

I.  Rennie,  II,  p.  i33-4' 

GORDIBR.  I.   —  9 


l3o        MORT    DE    HIEN-FOUNG    —    AVÈNEMENT    DE    t'oUNG-TCHÉ 

Le  Prince  de  Koung  donna  avis  aux  légations  étrangères 
du  changement  de  nom  du  règne  : 

Je  viens  de  recevoir  un  Décret  Impérial  dont  voici  la  teneur  : 
«  Le  9*  jour  de  la  présente  lune  (ii  novembre  1861)  S.  M. 
l'Empereur  des  Ts*ing,  s*étant  assise  pour  la  première  fois  sur  le 
trône,  a  déclaré  que  Tannée  prochaine  serait  la  première  année 
du  règne  de  T*oung-Tclié,  et  que  cet  ordre  devait  être  publié  et 
observé  dans  tout  l'Empire  de  Chine.  »  —  Eu  égard  aux  liens 
d'amitié  qui  unissent  nos  deux  Empires,  j'ai  cru  de  mon 
devoir,  noble  Ministre,  de  vous  communiquer  ce  Décret  pour 
votre  information. 

Le  18"  jour,  de  la  10*^  lune  de  la  11^  année  de  Hien-Foung 
(20  novembre  1861). 

L'empereur  était  ne  le  27  avril  i856  (28**  jour  du  3*  mois 
de  la  6*  année  Ilien-Foung).  Une  longue  minorité  était 
donc  en  perspective. 

Le  prince  de  Koung  allait  donc  exercer  le  pouvoir  sous  le 
nom  des  régentes  :  rimpératricc-douairièrc  et  la  mère  de 
de  T'oung-Tché,  élevée  elle-même  au  rang  d'impératrice.  Ces 
deux  princesses  étaient  désignées  sous  les  titres  de,  la  pre- 
mière, Impératrice  de  TEst,  Toun^Konngy  la  seconde,  Impé- 
ratrice de  rOuest,  Si  Koung. 

L'impératrice  de  TEsl,  Ts'eii-ngan,  fenmie  principale  de 
llien-Foung ',  née  en  i835,  morte  le  8  avril  1881,  a  joué 
un  nMe  effacé  à  coté  de  la  concubine,  mère  de  T'oung-Tché, 
devenue  impératrice  de  l'Ouest,  la  fameuse  Ts'eu-hi,  née  le 
17  novembre  i834,  dont  nous  aurons  maintes  fois  l'occasion 
de  parler,  et  qui,  aujourd'hui  dans  la  vieillesse,  conserve 
Ténergie,  voire  la  violence  de  son  âge  mûr. 


I.  La  vcrilablc  impératrice  était  morte  en  i849-T8'eu-ngan,  delà  famille 
^jieou-kou-lou,  femme  du  harem  impérial  en  i85a,  fut  élevée  la  même 
année  au  rang  d'impératrice;  à  la  naissance  du  futur  'J^oung-Tché,  sa 
mère.  TsVu-hi,  de  la  famille  mandchoue  Yého*na-la,  obtint  le  rang  de 
Kouei  Fei,  concubine  du  second  rang. 


i 


LE   COMTE    KLECZKOWSKI  l3l 


LE    COMTE    KLECZKOWSKI 


M.  de  Bourboulon  quitta  Péking  le  i8  mai  1862,  et  le 
premier  secrétaire,  Comte  Kleczkowski  *,  rentré  le  3i  du 
même  mois  dans  cette  ville  prit  la  direction  des  Affaires  ; 
M.  Alphonse  Pichon  vint  le  28  mai  remplir  le  vide  laissé  à  la 
légation  par  le  départ  de  M.  de  Vernouillet.  Le  nouveau  chargé 
d'affaires  avait  réglé  heureusement  déjà  plusieurs  points 
importants  relatifs  au  consulat  et  à  la  cathédrale  de  Canton. 
Avant  son  départ,  M.  de  Bourboulon  avait  pu  faire  part  au 
Ministre  des  Affaires  étrangères  du  règlement  des  questions 
suivantes  (avril  1862)  :  restitution  des  églises  catholiques  de 
Tchen-Kouh'ien,  ville  de  Han-tch'ong  (Chen-Si),  de  Tchen- 
ting  fou  (Tché-li  S.  0.),  de  Kiang-tchéou  (Chan-Si),  de  Sien- 
houa  fou  (Tché-li  Nord).  Il  laissait  pendante  une  grosse  affaire  : 

L'abbé  Jean-Pierre  Néel,  des  missions  étrangères,  né  à 
Sainte-Catherine-sur-Riverie  (Rhône)  en  juin  1882,  fut 
décapité  le  lundi  17  février  1862,  avec  2  catéchistes,  r  néo- 
phyte, une  jeune  fille,  à  Kay-tchéou  (Kouei-tchéou)  par  lo 
fonctionnaire  Tay  Lou  tchc  ;  le  vicaire  apostolique.  Monsei- 
gneur Louis  Fauric  avertit  immédiatement  de  ce  meurtre 
M.  de  Bourboulon,  par  une  lettre  adressée  de  Kouei-yang, 
capitale  du  kouei-tchéou,  le  23  février   1862.   Cette  affaire 

I.  Michel- Alexandre,  comte  Kleczkowski,  né  le  27  février  1818,  au 
château  de  Klcczkow,  en  Gallicic  ;  attaché  au  consulat  de  Chang-Haï, 
19  mars  18^7  ;  naturalisé  français  en  i85o  ;  attaché  pa^é  à  la  légation  de 
France,  Péking,  i854  ;  chargé  d'affaires,  i^**  iuin  18G3  au  11  avril  1863, 
puis  secrétaire-interprète  pour  la  langue  chinoise  à  Paris.  Chargé  d'un  cours 
libre  de  chinois  pratique,  il  fut  nommé  professeur  à  rÉcolo  des  langues 
orientales  vivantes  à  la  Un  de  1871  ;  il  est  mort  le  33  mars  1886.  —  Voir  : 
Cours  libre  de  chinois  vulgaire  et  pratique.  Bâtiment  de  la  Sorbonnc,  rue 
Gerson.  Discours  d'ouverture  du  7  décembre  1869,  par  M.  l«  comte  Klecz- 
kowski,  ancien  chargé  d'affaires  de  France  à  Péking,  consul  général, 
premier  secrétaire- interprète  de  Sa  Majesté  l'Empereur  pour  les  langues 
de  la  Chine.  Paris,  typographie  de  A.  Pougin,  1870,  br.  in-8,  p.  3o. 


iSa        MORT   DE    HIEN-FOUNG    —    AVÈNEMENT    DE  T*OUNG-TCHÉ 

fut  réglée  par  M.  Klcczkowski  ainsi  que  d'autres  difficultés 
religieuses  au  Hou-Nan  et  au  Kiang-Si  (octobre  1862).  Enfin 
il  obtint  les  concessions  françaises  de  Tché-fou  et  de  Ta-Kou. 


CONCESSIONS    FRANÇAISES    DE    TCHÉ-FOU    ET    DE    TA-KOU 

Le  21  janvier  i863,  le  comte  KleczkoAvski  annonçait.au 
Département  que  la  question  des  concessions  à  obtenir,  en 
vertu  des  traités,  à  Tché-fou,  celle-ci,  —  malgré  l'opposition 
du  consul  anglais,  —  et  à  Ta-Kou,  était  réglée. 

En  effet,  Tchong  Tao-taï,  commandant  des  troupes  chi- 
noises de  Teng-tchéou  fou,  Lai-tchéou  fou  et  Tsin-tchéou 
fou,  surintendant  de  la  douane  maritime  de  Chan-Toung, 
par  décret,  mandarin  du  sel,  d'accord  avec  le  lieutenant  de 
vaisseau  Comte  de  Montpezat,  consul  provisoire  de  France  à 
Tché-fou,  le  10®  mois  de  la  i"  année  T'oung-Tché  (1862) 
[)ublie  ime  proclamation  par  laquelle  «  l'extrémité  de  la 
péninsule  de  Yen-taï  appartiendra  désormais  aux  Français  à 
titre  d'affermage  à  perpétuité.  Les  limites  de  ce  terrain  sont  : 
à  rOuest,  au  Nord  et  à  TEst,  la  mer  jusqu'au  coin  Sud-Est 
de  l'ancien  cimetière  français  et,  à  partir  de  ce  point,  une 
ligne  longeant  la  limite  Sud  de  ce  même  cimetière  et  allant 
dans  la  direction  Nord-Ouest,  jusqu'au  point  culminant  au 
Sud  du  fossé  de  fortifications  creusé  par  les  soldats  français 
et  suivant  aussi  ce  même  fossé,  en  ligne  directe,  jusqu'au 
bord  de  la  mer,  dans  le  port  intérieur  de  Yen-taï.   » 

A  Ta  Kou,  l'affaire  est  réglée  par  Tch'oung  Heou  avec  notre 
agent  consulaire,  M.  Fontanier  : 

Tch'oung.  par  Ordre  suprême,  membre  du  Conseil  privé  de  TEm- 
pereur.  Ministre  et  surintendant  dos  trois  Ports  du  Nord,  etc.,  etc.. 
publie  la  présente  proclamation  |)our  rinfornialion  générale. 

Après  m'être  assuré  d'une  manière  certaine  que  les  terrains 
d'alluvion  de  la  place  Nord  de  Ta-kou  étaient  clairement  spécifiés 
dans  les  articles  du  traité,  comme  étant  au    nombre  des  ports 


CONCESSIONS    FRANÇAISES    DE    TCHÉ-FOU    ET    DE    TA-K.OU         l33 

ouverts  au  commerce,  ce  qui  autorise  les  négociants  étrangers  à  v 
construire  des  magasins  ou  des  résidences  pour  leur  usage,  le 
magistrat  Ho.  du  district  de  l'In-ho-h'ien  s*cst  en  conséquence, 
—  sur  Tordre  —  que  je  lui  ai  donné  —  réuni  au  consul  de 
France  Fong  (Fontanier)  et,  après  examen  et  délibération  de 
leur  part,  sont  tombés  d*avis,  d'un  commun  accord,  à  savoir  : 

—  i**  Que  rétendue  de  terrain  occupée  actuellement  par  le 
fond  Nord,  comprise  entre  le  i*'  et  le  a*  canal  ne  pouvait  pas 
être  louée,  comme  étant  un  domaine  particulier  de  l'État. 

—  3®  Qu'à  partir  du  a**  canal  commencerait  la  partie  des  terrains 
(déjà  déterminés)  dont  la  location  était  spécialement  et  uniquement 
réservée  à  la  France  à  l'exclusion  complète  de  toute  autre  nation. 

Or  donc,  si,  à  l'avenir,  des  négociants  Français  demandent  à 
s'y  établir,  on  se  rendra  sur  les  lieux  pour  fixer  l'étendue  dos 
lots  dont  ils  désireraient  faire  l'acquisition,  après  quoi  il  leur  sera 
délivré  un  acte  de  location  en  règle  conformément  à  ce  qui  a 
déjà  été  établi  en  pareille  occasion. 

La  présente  a  pour  but  d'en  informer  tout  le  monde  en  géné- 
ral, mais  plus  particulièrement  ceux  d'entre  vous  qui  avoisinent 
cette  localité. 

Que  personne  parmi  vous  ne  se  {permette  de  transgresser  les 
ordres  que  renferme  cette  proclamation  !! 

Proclamation  destinée  à  être  aflichée  sur  les  forts  Nord  dcTa-kou. 
Le  35*  jour  du  lo*  mois  du  règne  de  T'oung-Tcbé  (Tien-Tsin, 
le  1 6  décembre  1863). 

Pour  traduction  certifiée  conforme. 
Le  gérant  interprète  du  consulat  de  France 

à  Tien-Tsin, 
Signé  :  H.  Fontanier. 

Une  portion  de  notre  concession  à  Ta-Kou,  60  arpents, 
était  louée  moyennant  60  taëls  à  perpétuité  aux  Messageries 
impériales. 

M.    BERTHEMY 

Le  nouveau  ministre  de  France  en  Chine,  M.  Berthemv, 
arriva  à  Chang-Haï  le  12  mars  i863  et,  s'étant  embarqué  le 
4  avril  sur  le  Monge,  il  arriva  à  Ta-Kou,  le  10.  Le  16  avril 
i863,  il  était  à  Péking  et  le  lendemain,  M  Kleczkowski  lui 
remettait  le  service. 


CHAPITRE  X 
DIVERS   TRAITÉS   ÉTRANGERS 

TRAITÉ    ALLEMAND,     2    SEPTEMBRE     1861 

La  Prusse  était  représentée  au  xviii°  siècle  dans  le  com- 
merce de  la  Chine  par  la  Compagnie  d'Emden^  Ce  fut  le 
royaume  des  Hohenzollern  qui  se  mit  à  la  tête  des  pays  for- 
mant le  Zollverein  pour  signer  im  traité  avec  la  Chine.  L'expé- 
dition de  Chine  fut  décidée  le  i5  août  iSBg  et  le  conseiller 
d'ambassade,  comte  d'Eulenbourg,  nommé  envoyé  extraor- 
dinaire et  ministre  plénipotentiaire  aux  Cours  de  Japon, 
Chine  et  Siam.  L'escadre  qui  devait  l'accompagner  se  com- 
posait de  trois  bâtiments  :  la  corvette  à  vapeur  Arcona^  la 
frégate  à  voiles  Thétis  et  le  schooner  de  guerre  Frauenlob. 
On  leur  adjoignit  le  transport  Y  Elbe  pour  porter  les  cadeaux, 
les  échantillons,  le  charbon  et  autres  provisions,  ainsi  qu'une 
barque  à  vapeur  qui  devait  être  employée  au  service  entre  les 
bateaux. 

Le  personnel  de  la  mission  était  formé  de  la  manière 
suivante  :  le  Comte  d'Eulenbourg,  le  secrétaire  d'ambassade 
Pieschel,  MM.  Von  Brandt,  Von  Bunsen,  le  Comte  Auguste 
d'Eulenbourg,  lieutenant  au  i®*"  régiment  de  la  garde  à  pied, 
les  naturalistes  Wichura,  conseiller  du  gouvernement  pour 


I .  Quos  Deus  benc  voriat.  Octroy  accordé  par  Sa  Majesté  le  Roy  de 
Prusse  pour  faire  commerce  à  Bengale,  et  aux  côtes  voisines.  Du  con- 
sentement de  la  Royale  Compagnie  do  la  Chine,  établie  à  Embden.  Pièce 
in-4,  s.  1.  n.  d.  [Berlin,  31  janvier  1763],  p.  10. 


V 


TRAITÉ    ALLEMAND,     2    SEPTEMBRE     1861  1 35 

la  botanique,  le  D*"  von  Martens  pour  la  zoologie,  le  D*"  baron 
de  Richthofen  pour  la  géologie,  le  D*"  Maron,  expert  en 
économie  rurale,  le  médecin  Lucius  (maintenant  baron 
Lucius  de  Ballhausen,  ministre  d'Ktat  en  non  activité),  le 
peintre  A.  Berg  (mort  directeur  du  Musé<;  provincial  silésien 
de  Breslau),  le  dessinateur  W.  Heine,  le  photographe  Bis- 
mark (phis  tard  interprète  de  la  légation  allemande  à 
Péking,  mort  consul  à  Amoyen  1880),  le  jardinier  botaniste 
Schottmuller,  les  connnerçants  prussiens  Grube,  Jakob  et 
llath,  le  commerçant  Spiess,  fondé  de  pouvoirs  de  la  Cham- 
bre de  commerce  saxonne. 

Eulenbourg'  s'embarque  le  22  mai  1860  à  Trieste,  à  bord 
du  Lloyd  Impèratriccy  avec  Hichlhofen  et  Auguste  d' Eu- 
lenbourg ;  il  fait  successivement  escale  à  Ancone,  Molfetta, 
Brindisi,  Corfou,  qui  Tcnthousiasme,  Alexandrie,  où  le 
Consul  Kœnig  l'emmène  faire  une  visite  au  vice-roi 
d'Egypte  Saïd  Pacha  ;  se  dirige  sur  le  Caire  en  chemin  de 

I.  Fr<^déric  Albert,  comte  crEulcnbourg,  né  à  Koeiiigsbcrg  le  29  juin 
1818.  étudia  dans  celle  ville  el  à  Berlin  ;  le  i*»"  décembre  i835,  il  entra 
au  service  de  1  Etal.  Après  avoir  été  auditeur  à  Francfort  sur- l'Oder, 
référendaire  à  Coblenz  el  Munster,  el  assesseur  à  Cologne  et  Oppeln,  il 
commença  en  i^!\!\  sa  carrière  dans  l'administra  lion  comme  assesseur  du 
gouvernement  à  Oppeln,  puis  à  Merselx)urg.  En  18^8,  il  est  appelé  au 
ministère  des  finances;  en  i849«  à  celui  de  l'intérieur.  Il  entre  dans  le 
service  diplomatique  en  1803,  cl  est  nommé  Consul-Général  à  Anvers, 
puis  à  Varsovie.  Enfin,  en  octobre  i85(),  il  est  envoyé  dans  les  eaux  asia- 
tiques en  qualité  d'ambassadeur  royal  de  Prusse,  à  la  lélo  d'une  expédi- 
tion, avec  mission  de  conclure  des  traités  d'amitié,  de  conunerce  el  de 
navigation  avec  le  Japon,  la  Cliine  et  le  Siam.  Il  rencontre  les  plus  grandes 
difficultés,  mais  parvient  néanmoins  le  a^  janvier  18G1  à  signer  un  traité 
avec  le  Japon,  et  le  2  septembre  1861.  avec  la  Cbine.  Les  grandes  qua- 
lités de  circonspection,  d'énergie  el  de  ténacité  qu'il  avait  déployées  pen- 
dant celle  campagne  diplomatique,  l'avaient  fait  remarquer  de  Bismarck  : 
à  son  retour  en  Prusse,  le  comte  d  Eulenbourg  est  nommé  ministre  de 
rintérieur  (8  décembre  1863).  Jusqu'en  1878,  il  s'occupa  des  réformes 
et  de  l'organisation  des  provinces  annexées,  soit  orientales,  soit  occiden- 
tales, et  donna  le  3o  mars  sa  démission  au  Landtag.  Le  comte  d' Eulen- 
bourg est  mort  le  a  juin  1881  à  Schôncberg  près  Berlin. 


l36  DIVERS    TRAITÉS    ÉTRANGERS 

fer  ;  à  Kafr-eg-Zaiyat,  il  déjeune  à  côté  de  Ferdinand  de 
Lesseps  :  visite,  au  Caire,  le  Musée  égyptien  fondé  par  Mariette, 
où  il  admire  une  parure  d'or  éniaillé  trouvée  aux  environs  de 
Thèbes  quelques  mois  auparavant  sur  le  cadavre  embaumé 
d'une  reine  morte  1800  ans  avant  Jésus-Christ,  qu'on  a  dû 
jeter  dans  le  Nil,  aussitôt  après  avoir  ouvert  le  cercueil,  à  cause 
de  l'état  de  décomposition.  Il  fait  aussi  visite  à  Emin  Pacha. 
A  Suez,  il  monte  à  bord  de  la  Némésisy  vapeur  à  hélice  qui  va 
le  conduire  à  Pointe  de  Galles,  et  où  il  se  trouve  avec  le 
fils,  le  petit-fils  et  Tarrière-petit-fils  de  Tippoo  Saïb,  ce  der- 
nier revenant  d'Angleterre  où  il  venait  de  faire  ses  études. 
Pointe  de  Galles,  avec  Candy,  lui  semble  un  paradis  ;  le 
Gange  le  mène  à  Singapore,  en  s'arrétant  à  Pinang.  Là, 
il  fait  l'expérience  de  manger  d'un  genre  de  melon,  appelé 
Dourian,  qui  exhale  une  telle  odeur  de  vieux  fromage  de 
Limbourg  que  chacun  se  bouche  le  nez  et  qu'il  est  forcé  de 
manger  une  demi-douzaine  de  mangoustans  pour  enlever  ce 
goût  atroce.  A  Singapore,  il  retrouve  l'escadre  allemande  et 
s'embarque  sur  la  corvette  Arcona  qui  le  conduit  à  Yeddo, 
où  il  arrive  le  l\  septembre  1860. 

Pendant  son  séjour  au  Japon,  il  rencontre  quelques  per- 
sonnages dont  les  noms  nous  sont  connus  :  Duchesne  de 
Bellecourt,  chargé  d'affaires  français  ;  Rutherford  Alcock, 
envoyé  anglais  ;  Gower,  attaché  à  l'ambassade  anglaise  ; 
Vyse,  consul  anglais  ;  Loureiro,  consul  portugais  ;  von 
Poelsbrok,  consuls  hollandais;  Dorr,  consul  américain; 
Rice,  vice-consul  américain  ;  de  Wilt,  consul  général 
hollandais  ;  Sir  Ilope  Grant,  venu  de  Chine  pour  se  reposer 
et  Lady  Grant  ;  le  contre-amiral  Page,  le  contre-amiral 
Lewis  Jones,  le  Rév.  M.  Brown,  etc. 

Après  bien  des  pourparlers,  il  obtient  enfin  en  janvier  1861 
un  traité  qui  est  écrit  en  allemand,  en  japonais  et  en  hollan- 
dais et  dont  la  signature  dure  trois  heures  et  demie,  lui  et 
chacun  des  trois  gouverneurs  ayant  à  signer  2  4  fois  ! 


TRAITÉ    ALLEMAND,    3    SEPTEMBRE    l86l  187 

Parti  le  29  janvier  1861  pour  la  Chine,  h  bord  de  VAr~ 
cona,  il  touche  à  Nagasaki  où  le  consul  américain  Walsh, 
le  consul  portugais  Evans,  le  consul  anglais  Morrison,  et  le 
consul  hollandais  Pompe  de  Meerdervoort,  viennent  au-devant 
de  lui.  Il  reçoit  également  la  visite  du  major  russe  de 
Ilitrovo  (adjudant  du  comte  Mouraviev,  gouverneur  de 
la  Sibérie  orientale),  envoyé  par  le  gouvernement  russe  pour 
le  féliciter  de  la  conclusion  de  son  traité  avec  le  Japon  ;  du 
lieutenant  de  marine  russe  de  Kremer  ;  du  capitaine  Pouch- 
kine, qui  lui  apporte  une  lettre  du  commandant  Likhatchov 
mettant  Tescadre  russe  dans  les  eaux  japonaises  et  chinoises 
à  sa  disposition. 

Eulenbourg  arrive  enfin  en  Chine  le  7  mars  1861 ,  à  Chang- 
Haï,  où  d'autres  difficultés  Tattendaient.  Les  représentants 
anglais  et  français  ne  semblaient  pas  très  satisfaits  de  sa 
venue  en  Chine  ;  lord  Elgin  lui  avait  déjà  écrit  au  Japon 
qu'il  n'y  avait  plus  rien  à  faire  pour  lui,  Eulenbourg;  de 
son  coté  (3o  mai  1861),  M.  de  Bourboulon  lui  écrira  que 
les  Anglais  et  les  Français  ne  veulent  pas  l'aider  ;  que  le 
gouvernement  chinois  est  trop  pris  par  les  choses  intérieures 
pour  s'occuper  des  choses  extérieures  ;  que  ce  dernier  ne 
pourra  lui  offrir  que  des  avantages  commerciaux,  etc. 

Néanmoins  l\  Chang-Haï,  il  trouve  bon  accueil  ;  Tagent 
consulaire  prussien  Overweg  l'installe  dans  la  maison  du 
négociant  Probst  :  Porge,  officier  de  marine  français  du  Fène- 
lon,  le  Capitaine  Durand  Saint- Arnaud,  de  la  Nièifre,  Captain 
Corbett,  du  Scout,  se  mettent  eux  et  leurs  navires  à  la  dis- 
position d'Eulenbourg.  Le  spahi  Caid  Osman,  ordonnance 
du  général  Montauban,  conduit  Eulenbourg  auprès  de  son 
chef  «  en  lequel  j'apprends  à  connaître  un  homme  très 
aimable,  sensé  et  avisé  ».  Il  fait  une  visite  également  h 
l'amiral  Protêt,  et  reçoit  celle  de  Horatio  Nelson  Lay,  inter- 
prète de  Lord  Elgin,  et  inspecteur  des  Douanes,  qui  «  prié 
de    Péking    de    devenir  inspecteur  général    de   toutes    les 


l38  DIVERS    TRAITÉS    ÉTRANGERS 

douanes  chinoises,  a  décliné  cette  offre  superbe,  persuadé 
que  la  dynastie  actuelle  ne  pourra  pas  se  maintenir  et  que 
tôt  ou  lard  tout  croulera  en  Chine  » . 

A  Tien-Tsin,  Eulenbourg  est  en  rapport  avec  le  Comte 
Kleczkowski,  secrétaire  de  M.  de  Bourboulon,  qui  n'a  pas 
eu  riieur  de  lui  plaire,  avec  Fane,  qui  commandait  la  cava- 
lerie des  Sikhs,  avec  Tch'oung-louen  commissaire  impérial; 
c'est  pendant  ce  séjour  qu'il  a  les  pkis  grandes  appréhen- 
sions au  sujet  de  la  réussite  de  ses  projets.  Malgré  les  bonnes 
dispositions  du  prince  Koung  pour  la  Prusse,  il  pense  qu'un 
coup  de  force  est  nécessaire,  et  il  envoie  Von  Brandt  s'ins- 
taller à  Péking.  Ce  dernier  y  est  très  mal  reçu  et  le  gouver- 
nement chinois  lui  intime  Tordre  de  retourner  h  Tien-Tsin. 
Eulenbourg  qui  avait  rompu  les  négociations,  les  reprend  le 
4  juillet. 

((  Les  Chinois  refusaient  d'accepter  la  clause  dans  le  traité 
diplomatique,  permettant  la  résidence  à  Péking,  à  moins  que 
le  ministre  prussien  ne  s'engage  à  ce  qu'elle  ne  soit  pas 
exécutée  avant  dix  ans  ;  ce  qui  a  l'air  de  vouloir  gagner  du 
temps  dans  l'espérance  qu'à  la  fin  de  cette  période,  tout 
séjour  étranger  dans  la  capitale  sera  fini.  Le  comte  Eulen- 
bourg consent  à  déférer  le  droit  de  résidence  pendant  cinq 
ans*  ». 

Les  Chinois  se  montrèrent  étonnés  de  la  venue  de  la  mis- 
sion allemande  ;  ils  ne  connaissaient  pas  la  Prusse  et  deman- 
dèrent des  renseignements  à  notre  Légation  : 

« 

«  Le  soussigné  Prince  de  Koung,  Membre  de  la  famille  im- 
périale cl  Ministre  des  Affaires  étrangères  de  Chine,  s*empressc 
de  faire  savoir  à  V.  E.  que  le  Royaume  de  Prusse  n*ayanl  eu 
jusqu'à  présent  aucune  relation  avec  la  Chine,  il  ignorait  entiè- 
rement à  quelle  catégorie  d'Empires  il  appartenait,  mais  que  le 
premier  secrétaire  de  votre  Légation  Ko  (Kleczkowski)  en  qui  il 

I.  Rennie,  Péking,  I,  p.  274. 


\ 


TRAITÉ    ALLEMAND,    2    SEPTEMBRE    1861  iSq 

a  toute  confiance,  lui  ayant  dit  que  cet  Empire  était  un  des 
Grands  Royaumes  de  TEurope  et  lui  ayant  démontré  qu'il  était 
des  intérêts  des  deux  partis  (de  la  Chine  comme  de  la  Prusse) 
de  s'allier  par  un  traité  de  commerce,  il  a  proposé  à  TEmpe- 
reur.  qui  y  a  consenti,  de  nommer  ïciroung-louen,  son  pléni- 
potentiaire, pour  suivre  cette  négociation  *. 

D'autres  raisons  rendaient  les  négociations  difficiles  : 

«  Le  Gouvernement  Chinois,  sans  se  refuser  à  reconnaître  à 
la  Prusse  la  qualité  de  Grande  Puissance,  ne  comprend  pas 
comment  il  serait  obligé,  de  lui  accorder,  de  prime  abord,  tous 
les  droits,  toutes  les  prérogatives,  —  encore  mal  acceptées,  mal 
digérées  par  son  vieil  orgueil,  —  qu'il  a  été  contraint,  par  de 
longs  antécédents,  et,  en  dernier  lieu,  par  deux  défaites  signalées, 
de  consentir  au  profit  d'autres  Puissances  Européennes,  et  croit 
qu'en  offrant  de  bonne  grâce  de  signer  un  traité  commercial 
avec  la  Prusse  l'admettant  à  tous  les  avantages  de  cette  nature 
concédés  aux  autres  nations  qui  ont  déjà  des  traités  avec  la 
Chine,  il  satisfait,  quant  à  présent,  à  tout  ce  qu'on  peut  raison- 
nablement exiger  de  lui...  '  » 

La  mort  de  llien-Foung  à  Djehol  vient  encore  arrêter 
les  pourparlers,  enfin  le  2  septembre  1861  Eulenbourg  arrive 
à  ses  fins.  M.  de  Bourboulon  qui  lui  avait  cédé  M.  de  Méri- 
tens  comme  interprète,  Tinvite  à  venir  à  Péking  demeurer  à 
la  légation  française.  Eulenbourg  accepte  et  il  arrive  dans 
la  capitale  de  TEmpire  du  Milieu  le  16  septembre. 

A  Péking,  le  Comte  d'Eulenbourg  est  fêté  par  la  colonie 
européenne;  le  ministre  de  Russie,  M.  de  Balliouzek  (qui  se 
charge  par  télégraphe  et  par  courrier  jusqu'à  Kiachta,  de 
prévenir  le  gouvernement  russe  de  la  bonne  nouvelle  de  la 
conclusion  du  traité  pour  l'apprendre  à  Berlin)  et  M"'*'  de 


I.  A  M.  de  Bourboulon,  8  mai  1861. 

a.  Lettre  de  M.  de  Bourboulon  au  Ministre  des  Affaires  étrangères, 
Péking,  33  juin  1861. 


I^O  DIVERS    TRAITÉS    ÉTRANGERS 

Balliouzek,  M.  et  M'"''  de  Bourboulon  lui  rendent  son  séjour 
à  Péking  fort  agréable  *. 

Le  traité  de  Tien-Tsin  du  2  septembre  1861,  rédigé  en 
allemand,  français  et  chinois,  fut  signé  par  Eulcnbourg  au 
nom  de  :  «  Sa  Majesté  le  Roi  de  Prusse,  agissant  tant  en 
son  nom  qu'au  nom  des  autres  membres  de  l'association  de 
douanes  et  de  commerce  Allemande,  savoir  : 

«  La  Couronne  de  Bavière,  la  Couronne  de  Saxe,  la 
Couronne  de  Hannovre,  la  Couronne  de  Wurttemberg,  le 
Grand-Duché  de  Bade,  TElectorat  de  Hesse,  le  Grand-Duché 
de  Hesse,  le  Duché  de  Brunswick,  le  Grand- Duché  d'Olden- 
bourg, le  Grand-Duché  de  Luxembourg,  le  Grand-Duché 
de  Saxe,  les  Duchés  de  Saxe-Meiningen,  de  Saxe-Altenbourg 
et  de  Saxe-Cobourg  et  Gotha,  le  Duché  de  Nassau,  les  Prin- 
cipautés de  Waldeck  et  Pyrmont,  les  Duchés  dWnhalt- 
Dessau-Coethen  et  d'Anhalt-Bernbourg,  la  Principauté  de 
Lippe,  les  Principautés  de  Schwarzbourg-Roudolstadt  et 
Schwarzbourg-Sondershausen,  de  Reuss  Ugne  aînée  et  de 
Reuss  ligne  cadette,  la  ville  libre  de  Francfort,  le  Grand- 
Bailliage  de  Meisenhcim  du  Landgraviat  de  liesse  et  le 
Bailliage  de  Hombourg  du  Landgraviat  de  liesse,  ainsi  que 
lesGrands-DuchésdeMecklembourg-Schwerinet  de  Mecklem- 

• 

bourg-Strélitz  et  les  Sénats  des  villes  Hanséa tiques  de  Lubeck, 
Brème  et  Hambourg  ».  Les  plénipotentiaires  chinois  étaient 

I.  OsT-AsiEN,  i80o-i86a,  in  Rriefen  des  Grafen  Fritz  zu  Eulcn- 
biirgj  Kùniglich  Preussischen  Gesandten,  hetraut  mit  ausseror- 
dentlicher  Mission  nach  China ^  Japan  und  Siam.  Herausgegebea 
von  Graf  Philipp  zu  Eulenburg-Hertefeld,  Kaiserlich  Deutschem  Rot- 
schnfter.  Mit  eincm  Bildnissc  in  Lichtdruck  und  einem  Facsimilc  der 
Handschrift.  Berlin,  1900,  Ërnst  Siegfried  Mitticr  und  Sohn,  pr.  in-8, 
p.  xxv-4a8. 

Les  lettres  du  comte  d'Eulenbourg  sont  adressées  à  son  frcre  unique, 
1«  comte  Philippe  Conrad,  mort  en  1889,  et  publiées  par  le  fils  de  ce 
dernier,  le  comte  Philippe,  actuellement  ambassadeur  impérial  allemand 
à  la  Cour  de  Vienne. 

Voir  Henri  Cordier,  T'oung  Pao,  sér.  II,  vol.  I,  p.  374-38i. 


i 


TRAITÉ  PORTUGAIS,  l3  AOUT  1862  I^I 

Tch'oiing-louen,  membre  assistant  du  Tsoung-li  Yamen, 
Directeur  Général  des  Greniers  publics,  et  Tclfoung-Heou*. 
Le  traité  en  42  articles  plus  un  article  séparé,  fut  ratifié  à 
Chang-Haï,  le  i4  janvier  i863,  par  le  ministre  plénipoten- 
tiaire de  Prusse,  Baron  von  Rehfues,  accompagné  du  secré- 
taire de  la  Légation,  le  Baron  Radowitz,  de  l'attaché  Prince 
Wittgenstein,  du  consul  de  Hambourg  J.-W.  Schwemann, 
du  vice-consul  de  Prusse,  Théodore  Probst,  et  de  l'interprète 
français,  Gabriel  Lemaire. 

La  Légation  de  France  avait  singulièrement  facilité  les 
démarches  du  diplomate  allemand,  aussi  celui-ci  écrivait- 
il  à  M.  de  Bourboulon,  de  Tien-Tsin,  à  la  date  du 
3  septembre  1861,  lui  annonçant  la  conclusion  du  traité 
signé  la  veille  : 

a  Vous  savez  aussi  bien  que  moi,  M.  le  Ministre,  quelles 
didicullés  il  y  a  eu  à  surmonter  avant  que  j'eusse  obtenu  l'inser- 
tion dans  le  traité  de  quelques  stipulations  essentielles  auxquelles 
je  devais  attacher  le  plus  grand  prix.  Mais  vous-  ne  sentez  peut- 
être  pas  aussi  bien  que  moi  la  valeur  inestimable  de  Tappui  que 
vous  avez  bien  voulu  m'accorder  dans  l'accomplissement  de  ma 
tâche.  Je  ne  puis  mieux  caractériser  cette  valeur  qu'en  avouant 
franchement  que  je  crois  que  je  n'aurais  pas  Téussi  à  obtenir 
pour  la  Prusse  le  droit  d'accréditer  un  Agent  diplomatique  près 
la  cour  de  Pcking  sans  votre  concours  efficace  et  infatigable.   » 

TRAITÉ    PORTUGAIS,     l3    AOUT    1862. 

La  prise  de  Malacca  par  le  grand  Albuquerque  (ii  août 
i5ii)    avait   ouvert  aux  Portugais  la   route  de  l'Extrême- 

I.  De  nombreux  ouvrages,  en  dehors  de  la  relation  officielle,  nous  ont 
fait  connaître  Texpédition  prussienne  dans  TAsie  Orientale  en  1 860-1 86a; 
citons  ceux  du  D*"  Hcrmann  Maron,  du  lieutenant  de  vaisseau  Heinhold 
Werner,  du  mcklecin  C.  Friedcl,  de  l'aumânier  J.  Kreyher,  de  Gusiav 
Spiess,  commissaire  de  la  corvette  Arcona.  Les  lettres  du  comte  d'Eu- 
lenbourg  sont  une  précieuse  addition  à  la  littérature  de  cette  ambassade. 
\ oir  Bibliotheca  Sinica,  col.  ia43-ia46. 


/ 


l/ia  DIVERS    TRAITÉS    ÉTRANGERS 

Orient  et  ils  arrivèrent  à  Canton  dès  i5i4.  Après  la  création 
de  deux  établissements,  l'un  dans  le  Tché-Kiang,  à  Liampo 
entre  Tchin-Haïet  Ning-Po,  Tautre  dans  Fou-Kien,  tous  les 
deux  détruits  par  les  Chinois,  les  Portugais  s'installèrent 
dans  Tîle  de  Hiang-chan,  l'une  des  Ladrones,  à  l'entrée  de 
la  rivière  de  Canton,  et  y  créèrent  Macao  au  milieu  du 
xvi"  siècle  (i553  ou  1657).  Les  Portugais  n'étaient  pas 
propriétaires  de  Tile,  mais  étaient  vassaux  des  Chinois  ;  ces 
derniers  ne  manquèrent  jamais  de  faire  valoir  leurs  droits  : 
ainsi,  ils  s'opposèrent  au  débarquement  des  Anglais  en  1802 
ot  en  1808,  époque  à  laquelle  l'amiral  Drury  fut  reçu  h 
coups  de  canon.  En  effet,  depuis  i582,  les  Portugais 
payaient  aux  autorités  chinoises  une  redevance  de  5oo  taels 
par  an.  En  outre,  il  y  avait  une  double  douane  à  Macao: 
Tune  chinoise,  l'autre  portugaise.  Les  conditions  du  com- 
merce h  Macao  nous  sont  connues  par  une  lettre  du  chef 
y;.  /.  de  notre  comptoir  de  Canton,  le  chevalier  de  Uobien, 
adressée  le  tC  juin  1776  au  ministre  de  la  marine  : 

«  Premièrement,  aucun  vaisseau  étranger,  à  Tcxceplion 
des  Espagnols  de  Marseille,  n'a  droit  de  venir  faire  le  com- 
merce de  la  Chine  h  Macao  ;  le  Gouvernement  chinois  ne  le 
permet  pas,  et  les  Portugais  s'y  opposeraient  eux-mêmes, 
parce  qu'ils  ont  intérêt  à  ne  pas  faire  participer  les  autres 
nations  aux  avantages  dont  ils  jouissent. 

«  Secondement,  les  Portugais  n'ont  jamais  été  exempts  du 
droit  d'ancrage  et  de  mesurage.  Leurs  Bâtimens  avant  que 
de  sortir  du  Port  reçoivent  la  visite  du  lioupou  ^  et  payent 
ce  droit.  Leurs  marchandises  tant  d'importation  que  d'ex- 
portation sont  imposées  aux  douanes,  et  le  seul  avantage 
qu'ils  ayent,  c'est  qu'ils  ne  sont  taxés  que  comme  les  Chinois, 


I.  Lo  Hou  Pou  (dont  on  a  fait  Hoppo)  est  le  nom  du  ministèn? 
des  fînanccs,  donné  par  erreur  par  les  ctrangerà  au  liai  Kouan,  le 
fonctionnaire  préposé   au  commerce. 


TRAITÉ  PORTUGAIS,  l3  AOUT  1862  î43 

au  Heu  que  les  autres  nations  subissent  des  taxes  plus  consi- 
dérables *.  » 

La  liberté  du  commerce  proclamée  par  les  Anglais  à 
Hongkong  après  le  traité  de  Nan-King  amena  le  gouverneur 
de  Macao,  Joâo-Maria-Ferreira  do  Âmaral  à  supprimer  les 
douanes  portugaise  (i846)  et  chinoise  (18^9);  il  paya  de 
sa  vie,  cet  acte  d'autorité,  car  les  Chinois  Tassassincrent 
(22  août  1849).  Depuis  cette  époque  Macao  a  cessé  de  payer 
toute  redevance  à  la  Chine,  mais  en  revanche  celle-ci  refusait 
de  reconnaître  les  consuls  portugais.  Une  convention  com- 
merciale, ou  mieux  un  règlement,  avait  été  signée  entre  le 
Sénat  de  Macao  et  les  autorités  indigènes,  le  i3  avril  i845, 
mais  elle  était  purement  locale.  C'est  pour  remédier  à  cet 
état  de  choses,  autant  que  pour  suivre  l'exemple  des  autres 
puissances,  qu'en  1862,  les  Portugais  envoyèrent  à  Péking, 
le  gouverneur  de  Macao,  Isidoro  Francisco  Guimarâes,  qui, 
signa  avec  Hang-ki  à  Péking  le  9  août  et  contresigna  avec 
Tch'oung-Heou,  à  Tien-Tsin  le  i3  août  1862  (18**  jour,  7*" 
lune,  i*"*"  année  T'oung-Tché)  un  traité  en  54  articles  qui  ne 
fut  pas  ratifié,  le  texte  chinois  ne  concordant  pas  avec  le  texte 
fiançais  dans  la  clause  2  relative  à  Macao,  considéré  par  le 
premier  comme  restant  partie  de  la  province  de  Canton,  par 
le  second  regardé  comme  libre  de  son  ancien  vasselage. 

En  effet,  en  conformité  de  l'article  54,  M.  de  Coelho 
Amaral,  gouverneur  de  Macao,  arriva  à  Tien-Tsin,  en 
mai  1864,  I30ur  procéder  aux  ratifications  du  traité  conclu 
par  M.  de  Guimarâes.  La  non-ratification  du  traité  par  les 
Chinois  amena  une  protestation  de  M.  de  Amaral  (Tien-Tsin, 
18  juin  1864)  adressée  aux  Ministres  de  France,  d'Angle- 
terre, de  Russie  et  des  Etats-Unis  résidant  à  Péking  ;  puis  le 
ministre  portugais  quitta  Tien-Tsin  le  21  juin  i864,  sans 
être  retenu  par  les  Chinois. 

I.  Henri  Cordier,  La  France  en  Chine  au  xviii*  siècle,  p.  83. 


1^4  DIVERS    TRAITÉS    ÉTRANGERS 

La  lettre  suivante  de  notre  ministre  à  Péking,  M.  Ber- 
ihemy,  à  M.  Drouyn  de  Lhuys,  Minisire  des  Affaires  étran- 
gères (Péking,  25  juillet  i864),  me  paraît  expliquer  claire- 
ment le  point  en  litige  : 

Le  Prince  de  Koung  «  déclare  cette  fois  en  termes  formels  que 
le  gouvernement  Chinois  n*a  jamais  renoncé  à  ses  droits  de 
souveraineté  sur  Macao  et  que  la  seule  concession  qu'il  ait 
entendu  faire  consiste  dans  Tabandon  de  la  rente  servie  annuel- 
lement pour  TalTermage  perpétuel  de  ce  territoire.  Votre  Excel- 
lence trouvera  également  ci-jointe  (annexe)  la  traduction  de 
Tarticlc  ix  sur  Tinter  prêta  tion  duquel  le  débat  semble  principa- 
lement engagé.  La  fidélité  de  cette  traduction  faite  avec  un  soin 
minutieux  par  l'interprète  de  la  Légation,  revue  par  M.  Wade 
aujourd'hui  chargé  d'affaires  de  S.  M.  Britannique  et  qui  pos- 
sède à  fond  la  connaissance  de  la  langue  chinoise  ne  saurait  être 
mise  en  doute  ;  elle  permet  d'afïirmer  que,  dans  leur  partie  la 
plus  essentielle  et  bien  que  la  version  chinoise  ait  été  rédigée  par 
l'interprète  môme  de  M.  de  Guimarâes,  la  concordance  des 
textes  est  loin  d'être  assez  parfaite  pour  ne  pas  fournir  à  une 
argumentation  quelque  peu  subtile  un  terrain  favorable. 

En  effet,  dans  le  texte  portugais,  le  deuxième  paragraphe  est 
ainsi  conçu  :  «  Sa  M.  le  Roi  de  Portugal  donne  l'ordre  ao  gaver- 
nador  de  Macau  que  preste  a  mais  decidida  coadjuvaçao  a  evitar 
ludo  o  que  naquelle  ponto  se  passa  larnar  prejudicial  aas  interesses 
de  Imperia  Chinez.  »  Ici  le  Gouverneur  de  Macao  est  simplement 
invité  à  prêter  son  secours  jK)ur  empêcher  que  l'on  ne  porte 
préjudice  sur  ce  point  aux  intérêts  de  la  Chine  ;  d'après  le  texte 
Chinois,  le  Roi  de  Portugal  lui  enjoint  de  concourir,  à  l'aide  de 
tous  les  moyens  dont  il  dispose,  à  la  défense  de  cette  ville,  si 
l'Empire  venait  à  être  menacé,  c'est  moins  comme  représentant 
du  Souverain  territorial  qu'à  titre  d'allié  qu'il  est  appelé  à 
défendre  Macao.  Il  convient  en  outre  de  remarquer  que  gouver- 
neur portugais  et  fonctionnaire  chinois  sont  tous  deux  désignés 
par  le  même  titre  —  Kauan-yuen  — ,  et  il  suflil  d'ouvrir  les 
annuaires  pour  être  assuré  que  cette  similitude  n'est  pas  rendue 
obligatoire  par  la  pauvreté  du  langage  officiel. 

Enfin,  et  c'est  là  le  point  important,  les  mots  camme  autrefais... 
intercalés  à   deux   reprises   dans  le  paragraphe   suivant,   impli- 


TRAITÉ  PORTUGAIS,  l3  AOUT  1862  l45 

quent,    aux  yeux   du  Cabinet  de  Péking,  le  rétablissemenl  de 
rauloritc  impériale  à  Macao. 

Plus  loin,  il  est  vrai,  les  fonctionnaires  chinois  qui  devront 
résider  dans  cette  ville  semblent,  à  certains  égards,  bien  qu*en 
termes  moins  précis  que  dans  le  texte  [x>rtugais,  assimilés  aux 
Consuls,  mais  d*après  le  Tsoung-li  Yamen,  ce  rapprochement 
n'aurait  d'autre  objet  que  de  constater  leur  complète  indépen- 
dance de  tout  contrôle  étranger. 

Ce  rapide  examen  de  l'article  ix  permettra,  je  Tespère,  à 
Votre  Excellence  d'apprécier  la  situation  respective  des  deux 
parties.  Je  me  bornerai  à  ajouter  qu'en  acceptant  l'article  vi,  qui 
stipule,  contrairement  à  la  règle  suivie  jusqu'alors,  que  le  texte 
portugais  j30ur  les  Portugais  et  le  texte  chinois  pour  les  Chinois, 
M.  de  Guimaràes  prépara  fatalement  à  son  Gouvernement  les 
embarras  en  présence  desquels  ce  dernier  se  trouve  aujourd'hui 
et  qui  deviendraient  plus  sérieux,  si  comme  il  en  a  manifesté 
l'intention,  le  Cabinet  de  Péking  tentait  de  rétablir  à  Macao  la 
douane  supprimée  de  fait  en  18^9,  peu  de  temps  avant  l'assas- 
sinat du  Gouverneur  Amaral. 

Annexe. 

Article  ix  (Traité  Portugais  du  i3  aoitt  1862). 

Sa  Majesté  l'Empereur  de  la  Chine  et  le  Souverain  du 
IVoyaume  de  Portugal  désirant  manifester  les  rapports  d'amitié 
qui  existent  entre  eux.  sont  convenus  par  le  présent  article  qu'à 
l'avenir,  dans  leurs  Ëtats  respectifs,  les  sujets  des  deux  Royaumes, 
quel  que  soit  le  motif  qui  les  y  aura  amenés,  seront  traités  ainsi 
que  cela  a  lieu  entre  nations  amies.  Le  Souverain  de  Portugal 
ordonne  dès  à  présent  aux  fonctionnaires  (^Kouan-yuen^  de  Macao 
de  concourir  avec  tous  les  moyens  dont  ils  disposent  à  la 
'  défense  de  ce  territoire  si  l'on  cherchait  par  des  manœuvres 
secrètes  à  nuire  à  la  Chine  ;  ils  auront  donc  à  redoubler  de 
surveillance  à  cet  égard,  sans  s'écarter  de  cette  voie  un  seul 
instant. 

Ainsi  que  par  le  passé,  il  appartient  à  S.  M.  rEm|)ereur  de  la 
Chine  d'établir  à  poste  fixe  à  Macao,  comme  autrefois,  des  fonc- 
tionnaires (^Kouan-yuen^  qui  auront  mission  de  s'occuper  des 
alfaires  relatives  au  commerce  ainsi  que  de  veiller  à  la  fidèle 
exécution  des  règlements.  Soit  Chinois,  soit  Tarlares,  ces  fonc- 

CoRDiER.  I.  —  10 


l46  DIVERS    TRAITÉS    ÉTRANGERS 

tionnaires  seront  de  4*  ou  5"  degré  et,  pour  ce  qui  est  de 
leur  position  et  de  leur  autorité  oflicielles,  ils  seront  indépendants 
comme  le  sont  les  Consuls  des  autres  Puissances  qui  résident  à 
Macao,  Hong-Kong  et  autres  lieux  où  ils  s'occupent,  chacun  en 
ce  qui  le  concerne,  des  affaires  de  leurs  Gouvernements  respec- 
tifs, ayant  leur  pavillon  national  hissé  au  haut  d*un  mât. 

Texte  Portugais. 

Artigo  IX. 

Sua  Magestade  El-Rei  de  Portugal  e  Sua  Magestade  o  Impera- 
dor  da  China,  desejando  manifestar  as  suas  amigaveis  intençoës 
reciprocas,  concordam  expressamente  no  seguinte  : 

Todos  os  suhditos  dos  dois  Estados,  em  qualquer  parte  do 
territorio  portuguez  ou  chinez,  serjo  sempre  tratados  reciproca- 
mente  como  amigos. 

Sua  Magestade  El-Rei  de  Portugal  ordenard  ao  Governador 
de  Macau  que  preste  a  mais  decidada  coadjuvaçâo  a  evitar  tudo 
o  que,  n'aquelle  ponto,  sa  possa  lornar  prejudicial  aos  interesses 
do  Impcrio  Chinez. 

Sua  Magestade  o  Imperador  da  Chind  podera  nomear  pois,  se 
Hier  convier,  um  agente  para  residîr  em  Macau,  e  ali  Iratar  dos 
negocios  commerciaes  e  vigiar  pela  obscrvancia  dos  regulamenlos. 
F]ste  agonie  porem,  deverA  ser  Manchû  ou  China,  e  ter  a  gra- 
duaçâo  de  quarta  ou  quinta  ordem.  Os  sous  poderes  serào 
iguaes  aos  dos  Consules  do  França,  Inglatorra,  America,  ou 
d'oulras  naçôos,  que  residem  em  Macau  e  Hongkong  c  ali 
t  rata  m  dos  sous  negocios  puhlicos,  arvorando  a  bandeira 
nacional  ^ 

Par  suite,  les  Portugais  restèrent  sans  traité  jusqu'au 
i^*"  décembre  1887. 

Los  négociations  avaient  été  conduites  par  rinterinédiaire 
do  M.  kioczkowski  : 


I.  Tratado  de  Amizade  e  Commercio  entre  Sua  Magestade 
fidelissima  El-Rei  de  Portugal  e  Sua  Magestade  o  Imperador  da 
China.  —  Macao  :  Typographie  do  J.  da  Silva,  i86a,  in-fol.,  pp.  9  -h  9. 

Le  texte  portugais  est  suivi  d'une  traduction  anglaise. 


TRAITÉS    DANOIS,    ESPAGNOL,    HOLLANDAIS    ET    BELGE  l^y 

Pékîng,  5  mai  1861. 

Le  soussigné  Prince  de  Koung,  Membre  de  la  famille  Impé- 
riale et  Minisire  des  Affaires  étrangères  de  Chine,  a  l'honneur 
de  vous  informer  que  le  Premier  Secrétaire  de  votre  Légation 
(/^o)  Kleczkowski,  lui  ayant  démontré  que  le  Royaume  de  Por- 
tugal était  une  grande  puissance  établie  depuis  longtemps  à 
Macao,  que  dès  lors  il  était  de  l'intérêt  bien  entendu  de  la  Chine 
comme  du  Portugal  de  se  lier  ensemble  par  un  traité  d'amitié 
cl  de  commerce,  cl  qu'il  ne  s'agissait  en  somme  que  de  régula- 
riser les  relations  commerciales  existantes  entre  ces  deux  nations  ; 
le  soussigné  sachant  par  expérience  que  les  conseils  donnés  par 
les  Agents  de  votre  noble  Empire  sont  sincères  et  que  l'on  peut 
s'y  confier  en  toute  sûreté,  n'a  pas  hésité  à  demander  à4*Empe- 
reur,  à  titre  de  faveur,  de  donner  à  ce  projet  son  approbation, 
ce  que  S.  M.  a  bien  voulu  lui  accorder. 

Le  Soussigné  juge  en  conséquence  devoir  porter  cette  décision 
à  la  connaissance  de  V.  E.  par  cette  dépêche  impériale. 

Tel  est  le  but  de  la  présente. 

A  S.  E.  le  Ministre  plénipotentiaire  du  Grand  Empire  de 
France,  M.  de  Bourboulon. 

Le  26*  jour  de  la  5'*  lune  de  la  ii*  année  de  llien-Foung 
(5  mai  1861). 

La  clause  du  protectorat  du  christianisme  en  Chine  ne  se 
trouve  point  insérée  parmi  les  stipulations  de  Tacte  signé 
par  M.  Guimarâes. 


TRAITÉS    DANOIS,    ESPAGNOL,    HOLLANDAIS    ET    BELGE. 

Le  traité  danois,  signe  en  anglais  et  en  chinois,  à  Tien- 
Tsin  le  1 3  juillet  i863  parle  Lieutenant-Colonel  Valdemar 
Rudolph  de  Raasloff,  Chargé  d'affaires  et  Consul  général  aux 
Etats-Unis  d'Amérique,  et  Hang-Ki  et  Ïcirouiig-Heou,  a 
servi  de  modèle  à  plusieurs  des  traités  conclus  par  la  suite, 
car  son  négociateur  avait  profité  de  l'expérience  acquise  de- 
puis trois  ans  ;  il  a  été  ratifié  à  Chang-Haï,  le  29  juillet  i864. 


l48  DIVERS    TRAITÉS    ÉTRANGERS 

Le  colonel  Raasioff  éttiit  parvenu  à  Tien-Tsin  au  commen- 
cement de  décembre  i863et  il  était  arrivé  à  Péking,  où  il 
était  descendu  chez  M.  Bruce,,  ministre  d'Angleterre,  sans 
prévenir  les  autorités  chinoises  ;  aussi  le  Prince  Koung,  fort 
irrité,  écrivait-il  à  M.  Kleczkowski  : 

«  Toute  personne  envoyée  en  Chine  par  un  royaume  étranger 
pour  conclure  un  traité,  doit  venir  sans  aucun  mystère  et  aller 
tout  d'abord  au  Yamen  du  Surintendant  du  Commerce  à  Cliang- 
Haï  pour  s'entendre  avec  cet  ollicier.  » 

On  remarquera  que  dans  le  traité  danois  : 

«  Le  mégociateur  n'a  pas  stipulé  pour  le  représentant  du 
Danemark,  le  droit  de  résidence  permanente  dans  cette  ville  [Pé- 
king] et  s'est  borné  à  lui  assurer  la  faculté  de  s'y  rendre,  toutes  les 
'  fois  qu'il  le  jugera  nécessaire.  Peut-être  d'ailleurs,  n'eùt-on  pas 
réussi  à  triompher,  sur  ce  point,  des  répugnances  du  gouverne- 
ment chinois,  car,  malgré  tous  les  elTorts  de  l'agent  prussien. 
M.  de  Relifues,  la  clause  du  Traité  conclu  par  le  Comte  Eulen- 
bourg,  en  vertu  de  laquelle  la  Prusse  ne  doit  être  représentée  à 
IV'king  que  cinq  années  après  l'échange  des  ratifications  est 
toujours  maintenue*.  » 

Le  traité  espagnol,  négocié  par  don  Sinibaido  de  Mas,  à 
Tien-Tsin  (i  G  octobre  1 86/4)  a  été  ratifié  par  la  reine  d'Espagne 
le  i^  mai  18GG,  et  les  ratilications  ont  été  échangées  a  Tien- 
Tsin  le  10  mai  18G7. 

«  Le  traité,  dit  M.  Berthemy,  le  18  octobre  i8G^,  assure  à  Sa 
Majesté  Catholique  le  droit  d'accréditer  un  agent  diplomatique 
auprès  de  l'Empereur  de  la  Chine  ;  mais  il  stipule  dans  un 
article  séparé  que  l'exercice  de  ce  droit  sera  revendi([ué  trois 
années  seulement  après  la  signature.  M.  de  Mas  aurait  désiré, 
comme  j'ai  déjà  eu  l'honneur  de  l'écrire  à  \  .  E.,  que  la  mission 
Espagnole   fut  dès  à   présent  admise  à  résider  olhciellement  à 


I.   Lottrc  de  M.  Herthciny,  Péking,  10  juillet  i803,  à  M.  Drouyn  de 
Lhiiys,  ministre  des  aiTaires  étrangères. 


TRAITÉS    I)\>()IS.     KSPAC.NOL.     HOLLANDAIS    ET    BKLGK  l/jQ 

Poking;  il  a  du  renoncer  à  Irioinplier  sur  ce  point  de  l'opiniA- 
treté  du  Gouvernement  Chinois.  Ce  dernier  consent  toutefois  à 
tolérer  sa  présence  dans  la  capitale...  » 

Le  traite  fut  porté  a  Madrid  par  le  second  secrétaire  de  la 
Mission,  don  Alvarez  de  Toledo. 

Le  traité  hollandais,  négocié  par  J.  des  Annorie  van  den 
Hoevcn*,  a  été  signé  à  Tien-Tsin  le  6  octobre  i863. 

<(  M.  Van  den  lioevcn  avait  fait  exprimer  au  Gouvorne- 
ment  chinois  le  désir  de  visiter  Péking  avant  son  départ, 
mais  il  lui  a  été  répondu  ((u'il  ne  pourrait  se  rendre  dans 
cette  ville  sans  être  unmi  d'un  passeport  délivré  par  Tune 
des  iy*ga lions  admises  à  y  résider.  Regardant,  à  juste  titre, 
comnje  incompatible  avec  la  dignité  de  la  Puissance  qu'il 
représente  de  souscrire  à  cette  exigence,  M.  Van  den  lioeven 
a  cru  devoir  renoncer  a  son  projet  et  s'est  immédiatement 
embarqué^.  » 

Un  arrangement  avait  été  conclu  à  Canton  le  25  juillet  i8^5 
par  le  consul  général  de  Belgique,  Lanoy,  avec  Ki-Ying, 
gouverneur  général  des  deux  Kouang,  et  llouang,  gouver- 
neur du  Kouang-Toung,  autorisant  ce  royaume  à  faire  le 
commerce  avec  la  Chine;  un  traité,  négocié  avec  Toung- 
Sioun  cl  Tch'oung-IIeou  au  nom  de  la  Belgique  par  Auguste 
t'Kint  fut  signé  à  Péking  le  2  novembre  i865,  <ît  ratifié  à 
Chanji^-llaï,  le  27  octobre  1866. 

Au  sujet  du  traité  belge,  M.  de  Bellonet,  notre  chargé 
d'affaires  à  Péking,  écrivait  (3o  novembre  1860)  : 

«  Pour  la  première  fois,  et  peut-être  parce  que  la  demande  n'en 
avait  pas  été  faite,  le  traité  a  été  daté  de  Péking,  au  lieu  de 
Tien-Tsin,  où  les  négociations  étaient  censées  se  poursuivre,  et 

I.  M.  van  den  lioevcn,  consul  des  Pa)s-Basà  Canton,  arriva  à  Ta-kou 
sur  la  frégate  à  vapeur  Citadelle  d'Anvers. 

3.  Lcllrc  de  M.  Berlhemy,  Péking,  35  octobre  i863. 


l5o  DIVERS    TRAITÉS    ÉTRANGERS 

OÙ  le  Ministre  belge  a  dû  s'arrêter  pour  faire  apposer  la  signa- 
ture du  second  plénipotentiaire,  le  surintendant  des  Ports  du 
Nord,  Tch'oung  Heou.  » 


TRAITÉ    ITALIEN,     26    OCTOBRE    1866. 

Le  souvenir  de  ses  voyageurs  qui  sillonnèrent  la  route 
d'Asie  au  xiii"  et  au  xiv*  siècles,  tels  Marco  Polo  et  Odoric 
de  Pordenone,  et  de  ses  missionnaires  du  xvii®  siècle  comme 
les  PP.  Malteo  Ricci  et  IS.  Longobardi,  rattachait  Tltalie  au 
passé  de  TExtrême-Orient.  I^e  nouveau  royaume  résolut 
d'imiter  l'exemple  des  autres  puissances  et  de  signer  des 
traités  avec  la  Chine  et  le  Japon,  et  dans  ce  but  confia  une 
mission  spéciale  au  capitaine  de  frégate  de  première  classe, 
Vitlorio  Arminjon,  de  Chambéry,  qui  commandait  la  cor- 
vette à  \apeur  Magenta  dsiïïs  son  voyage  autour  du  monde. 
Arminjon  avait  comme  second  le  lieutenant  de  vaisseau  de 
première  classe,  Pasquale  Libctta,  de  Naples,  et  il  était 
accompagné  d'une  mission  scientifique  composée  du  sénateur 
Filippo  De  Filippi,  de  Milan,  professeur  de  zoologie  à 
l'Université  de  Turin,  qui  mounit  de  maladie  à  Hongkong 
le  9  février  1867,  du  professeur  Enrico  Hillyer  Giglioli, 
zoologiste,  qui  a  écrit  une  relation  considérable  du  voyage', 
et  un  préparateur,  Clémente  Biassi,  de  Trente.  Arminjon 
s'embarqua  le  6  novembre  1866  et  sans  entrer  .dans  le  détail 
de  sa  mission,  disons  qu'elle  réussit  pleinement^  et  que  son 

I.  Viaggio  intorno  ai  Globo  dclla  R.  Pirocorvctta  itaiiana  Magenta... 
Relatione...  dal  Doit.  E.  H.  Giglioli...  Milan,  in-4-  —  V.  Arminjon,  La 
China  c  la  Missionc  Itaiiana  dei  1866.  Firenzc,  liassegna  Nazionalc, 
i885,  in-8. 

3.  «  La  missionc  diplomatica  dclla  Magenta  fu  un  complclo  succcsso. 
mercc  l'abilità  c  la  fermczza  dcl  nostro  Comandante,  pure  Plcnipotcn- 
ziario  di  S.  M.  prcsso  i  Cîoverni  di  Ycdo  c  di  Peking.  Chi  scriverà  poi 
la  sloria  délia  dipiomazia  curopea  ncH'  cstremo  Oriente,  farà  le  maraviglie 
quando  soprà  cosa  costarono  ail'  Italia  quel  duo  trattaii  ;  credo  che  ncssun 


TRAITÉ    ITALIEN,     36    OCTOBUE     1866  l5l 

succès  lui  valut  le  grade  de  capitaine  de  vaisseau  *.  Notons 
seulement  le  repas  pantagruélique  de  cent  cinquante  plats 
offert  à  Tien-Tsin  par  Tch'oung-Heou  à  l'ambassade  italienne 
après  la  conclusion  du  traité  :  «  Le  traitement  du  mandarin 
provincial  était  plus  splendideque  celui  du  Tsoung-li  Yamen 
et  du  Prince  Koung*.  »  Le  traité  signé  en  italien  et  en 
chinois  à  Péking  le  26  octobre  1866  par  le  commandant 
Arminjon  d'une  part  et  d'une  autre  par  T'an  Ting-tsiang, 
membre  du  Tsoung-li  Yamen,  et  Tch'oung-Heou,  se  compose 
de  54  articles  ;  presque  entièrement  adqué  sur  le  traité 
danois,  il  ne  donne  lieu  à  aucune  remarque  spéciale  ; 
été  ratifié  à  Chang-Haï,  le  12  novembre  1867^. 

L'expédition  française  en  Corée  facilita  les  négociations 
italiennes.  Le  représentant  de  Victor-Emmanuel  obtint  tous 
les  droits  de  la  nation  la  plus  favorisée  et  l'article  qui  concé- 
dait au  ministre 'd'Italie  le  droit  de  résidence  à  Péking  ne 
souleva  aucune  des  impossibilités  qui  accueillaient  d'ordinaire 
sa  présentation. 

diplomaiico  sia  mai  stalo  inollrc  cosi  abile  finanziere  corne  le    fu  il  co- 
mandante  Arminjon.  » 

E.  H.  Giglioli,  p.  IX,  Prefazione. 

1.  i^^  janvier  1868. 

2.  Viaggio,  Giglioli,  p.  590-1. 

3.  Voir  les  recueils  spéciaux  de  traités  : 

—  Treaties  beUveen  the  Empire  of  China  and  Foreign  Powers 
iogether  with  Régulations  for  the  conduct  of  Foreign  Trade,  etc., 
etc.,  etc.  —  Edited  by  William  Frederick  Mayers...  Shanghaï,  1877, 
in-8. 

—  Treaties  and  Tariffs  regulating  the  Trade  hetsveen  Great  Bri- 
tain  and  Foreign  Nations  :...  China.  —  In  force  on  iho  Isl  Januarj, 
1877,  — By  Edwart  Hertslet,  c.  b...  London,  1877,  in-8. 


CHAPITRE  XI 


FLOTTILLE  OSBORN.  —  DOUANES 


AFFAIRE    LAY-OSBORN. 


La  guerre  avec  F  Angleterre  et  la  France  avait  montré  à  la 
Chine  la  nécessite  d'organiser  une  force  navale  capable  de 
résister  au  débarquement  d'un  envahisseur  ;  elle  était  hors 
d'état  de  trouver  chez  elle  les  ressources  nécessaires,  aussi  le 
prince  Koung  résolut- il  de  s'adresser  à  l'Angleterre  pour  lui 
fournir  les  officiers  et  les  vaisseaux  indispensables  pour  la  créa- 
tion d'une  flotte  de  guerre.  L'inspecteur  général  des  douanes, 
H.  N.  Lay,  remplacé  provisoirement  à  latcte  de  son  service 
par  MM.  Filz  Roy  *  et  Robert  Hart,  qui  ne  tarda  pas  h  être  ap- 
pelé à  Péking,  était  en  congé  en  Angleterre  et  fut  chargé 
d'exécuter  les  ordres  du  prince.  Dès  le  if\  mars  1862',  par 
l'intermédiaire  de  M.  Hart,  il  recevait  du  gouvernement  im- 
périal des  instructions  écrites  pour  acheter  et  armer  une  flotte  à 
vapeur  ;  le  2   septembre,  un  ordre  de  la  Reine  en  Conseil  ^ 


1.  Mort  à  Nagasaki,  le  8  juillet  1868. 

a.  China,  n"  2  (i864)-  Correspond  once  respecting...  the  Angto- 
Chinese  Fleet  under  the  command  of  Captain  Sherard  Osborn  and 
the  dismissal  of  Mr.  Lay, 

3.  Il  avait  fallu  rappeler  lordonnance  de  ncutralilc  faite  en  1854  par 
Sir  John  Bowring,  qui  interdisait,  sous  peine  d'amende  ou  d'emprison- 
nement, aux  sujets  britanniques  de  servir  le  gouvernement  chinois  ou  les 
rebelles  T*aï  P*ing. 


AFFAIRE    LAY-OSBORN  I  53 

autorisait  Lay  et  le  capitaine  de  vaisseau  Sherard  Osborn, 
choisi  comme  chef  de  la  nouvelle  marine,  à  engager  des  hom- 
mes et  à  armer  des  vaisseaux  pour  le  compte  de  l'empereur 
de  la  Chine.  Trois  points  importants  furent  marqués  par  le 
prince  Koung  dans  ses  instructions  à  Lay  du  2/4  octobre 
1862: 

«  i''  L'achat  des  vaisseaux,  des  canons,  de  la  poudre,  du 
charbon,  et  des  difTércnts  articles  à  Pusage  des  vaisseaux. 

«  2*^  L'engagement  des  officiers,  canonniers,  et  matelots, 
et  autres,  pour  le  service  à  bord  des  vaisseaux  ;  et  les  termes 
et  les  conditions  de  toute  espèce  de  convention. 

«  3"  La  retenue,  comme  il  est  i)roposé,  d'une  somme 
d'argent  pour  payer  les  salaires  et  les  gages  qui  peuvent  être 
indiqués  par  les  engagements,  et  aussi  pour  pourvoir  au 
paiement  des  compensations  et  autres  items  dans  l'avenir. 

i<  Ces  trois  points  sont  laissés  par  nous  à  la  discrétion  de 
l'Inspecteur  général  pour  agir  comme  il  jugera  convenable  de 
le  faire.  » 

Ces  instructions  laissaient  la  porte  largement  ouverte 
à  l'initiative  de  Lay  ;  celui-ci  toutefois  ne  parait  pas  s'être 
rendu  compte  du  caractère  des  Chinois  lorsqu'il  signa  la 
convention  suivante  avec  le  capitaine  Sherard  Osborn  ^  Il 
était  absurde  de  penser  qu'il  lui  serait  possible  d'être  le  seul 
intermédiaire  entre  l'empereur  et  le  commandant  de  la  flotte; 
qu'il  pourrait  se  dispenser  du  concours  des  princes  et  des 
ministres.  Il  fallait  compter  aussi  avec  l'opposition,  sinon 
l'hostilité  des  vice-rois,  dont  quelques-uns,  comme  Tseng 
Kouo-fan  qui  venait  de  se  distinguer  dans  la  guerre  des  T'ai 
P'ing,  n'auraient  jamais  accepté  de  laisser  leurs  navires  servir 
sans  leur  sanction,  sous  les  ordres  d'un  étranger. 

I.  Fils  du  Col.  Edward  Osborn,  de  l'armée  de  Madras;  né  le  20  avril 
183a  ;  contre-amiral,  29  mars  1873  ;  mort  le  6  mai  1875,  à  Londres. 
Auteur  de  The  Past  and  Future  of  Hritish  Relations  in  China. 
Edinb.  &  Lond.,  Blackwood,  1860,  pet.  in-8. 


l54  FLOTTILLE    OSBORN    —    DOUANES 


CONVENTION    L\Y-OSBOR\,     l6    JANVIER     l863. 

Voici  les  termes  de  rarrangemcnt  pris  par  H.  N.  Lay  avec 
le  capitaine  Osborn  *  : 

•    Londres,  i6  janvier  i863. 

Les  conditions  suivantes  constituent  notre  accord  mutuel  : 

1.  Osborn  accepte  de  prendre  le  commandement  delà  (lotte 
européenne-chinoise  pour  une  période  de  quatre  ans,  et  stipule 
qu'il  n'y  aura  pas  d'autre  Gommandant-en-Glief  naval  euro- 
péen. 

2.  Osborn,  en  sa  qualité  de  Gommandant-en-Clief,  devra  avoir 
le  contrôle  entier  sur  tous  les  navires  de  construction  européenne, 
aussi  bien  que  sur  les  navires  indigènes  montés  par  des  Euro- 
péens, qui  pourront  être  au  service  de  l'Empereur  de  Chine,  ou, 
sous  son  autorité,  des  corporations  indigènes. 

3.  Lay  obtiendra  de  l'Empereur  toute  l'autorité  nécessaire 
pour  couvrir  les  actes  d'Osborn  comme  Commandant-en-Chef 
de  la  flotte  européenne-chinoise. 

/|.  Osborn  entreprend  d'agir  suivant  les  ordres  de  l'Empereur 
qui  lui  pourront  être  donnés  directement  à  Lay  ;  et  Osborn 
s'engage  à  ne  pas  suivre  d'autres  ordres  qui  lui  viendraient  par 
une  autre  voie. 

5.  Lay,  de  son  côté,  s'engage  a  refuser  d'être  l'intermédiaire 
d'ordres  de  la  raison  desquels  il  ne  serait  pas  satisfait. 

6.  Osborn  nommera  tous  les  officiers  et  les  hommes  à  bord  des 
vaisseaux  de  la  force  navale,  sujet,  cependant,  à  l'approbation  de 
Lay,  comme  étant  le  représentant  de  l'Empereur. 

7.  Les  subordonnés  d'Osborn  ne  seront  pas  libres  d'agir  sans 
sa  permission  ;  et  Lay  n'autorisera  pas  ses  subordonnés  de  lui 
demander  d'agir  sans  avoir  préalablement  consulté  Osborn  et 
obtenu  les  ordres  nécessaires. 

8.  Lay  et  Osborn  conviennent  de  s'enquérir  soigneusement  au 
sujet  des  plaintes  qui  pourraient  être  formulées  par  les  fonction - 

1.  China,  n»  a  (i864),  p.  7. 


CONVENTION    LAY-OSBORN,     l6    JANVIER     l863  l55 

naires  chinois  contre  les  oiricicrs  et  les  hommes  employés  par  la 
force  navale. 

9.  La  force  étant  européenne,  il  est  indispensable  que  le  dra- 
peau sous  lequel  elle  agira  ait  un  caractère  européen  :  d'abord 
pour  garantir  sa  propre  efficacité  ;  secondement,  pour  lui  assurer 
le  respect  qui  lui  est  dû  aux  yeux  des  communautés  étrangères. 

Lay.  en  conséquence,  convient  que  le  drapeau  sera  vert,  avec 
deux  bandes  diagonales  jaunes,  portant  au  centre  un  dragon 
impérial  bleu.  Le  vert  est  choisi,  j)arce  qu*il  est  rarement  em- 
ployé par  les  puissances  européennes  et  par  cela  même  ne  sera 
pas  facilement  confondu  avec  d'autres  couleurs  nationales. 

10.  Lay  entreprend  de  se  procurer  de  l'Empereur,  aussitôt 
que  possible,  une  somme  d'argent  comme  fonds  de  garantie, 
])our  couvrir  la  paie  et  l'entretien  de  la  force  pendant  quatre 
années,  et  dans  l'intervalle,  il  est  entendu  que  les  navires,  avec 
leur  équipement,  constitueront  le  gage  pour  les  justes  réclama- 
lions  de  la  force, 

1 1.  Dans  le  cas  éventuel  de  la  mort  de  Lay  ou  d'Osborn,  on 
ne  pourra  se  départir  dans  aucun  cas,  il  est  bien  entendu,  de  ces 
conditions,  qui  ont  été  convenues  avec  l'autorité  de  l'Empereur 
de  Chine. 

T3.  Les  conditions  de  cette  convention,  les  termes  de  l'agré- 
ment formel,  et  les  instructions  imprimées,  devront  être  formel- 
lement ratifiés  par  l'Empereur  a  Péking,  avant  qu'Osborn  ne 
soit  appelé  à  agir  avec  la  force  qui  sera  sous  ses  ordres. 

i3.  Dans  le  cas  de  la  mort  d'Osborn  par  maladie  pendant  son 
commandement,  Lay  recommandera  à  l'Empereur  de  faire  un 
don  à  sa  femme  et  à  ses  enfants. 

H.-N.  Lay. 
Seierard  Osborn. 

Lay  paraît  avoir  été,  sinon  frappé  d'un  accès  de  mégalo- 
manie, au  moins  complètement  dépourvu  de  tact;  aussi 
lorsque  le  capitaine  Osborn  arriva  en  Chine,  se  Irouva-t-il 
dans  une  position  tout  autre  que  celle  qu'il  avait  espérée.  Le 
prince  Koung  voulut  le  placer  sous  le  commandement  d'un 
Chinois,  désigné  par  Tseng  Kouo-fan  et  Li  Iloung-tchang  ; 
Osborn  prostesta.  Le  i3  octobre  i863,   le  ministre   Wen- 


l56  FLOTTILLE    OSBOUN    DOUANES 

Siaiig  déclarait  à  Lay  (jiic  le  prince  refusait  de  ratifier  ses 
arraiig:einents.  Osborn  donna  par  suite  sa  démission,  adressa 
ses  adieux  aux  officiers  et  aux  marins  qui  devaient  servir 
sous  ses  ordres  (T'ien-ïsin,  9  novembre  i864)»  disloqua  sa 
flotte,  et  le  gouvernement  de  Péking  attribuant  Tinsuccès  des 
négociations  à  Lay,  renvoya  celui-ci.  On  n'oubliait  pas  d'ail- 
leurs en  haut  lieu  la  façon  presque  brut^ile  avec  laquelle  Lay, 
alors  interprète  de  Lord  KIgin,  traita  en  i858  le  vieux  Kouei- 
Liang  :  w  Les  Chinois,  dit  Sir  Frederick  A.  Bruce,  ministre 
d'Angleterre  à  Péking,  dans  une  dépêche  a  son  gouverne- 
ment, en  renvoyant  Lay  se  conduisirent  convenablement  à 
son  égard.  Us  lui  allouèrent  3  000  taëls  (i  000  livres)  par 
mois,  pour  les  dépenses  de  son  insliillation  pendant  son  séjour 
à  Péking.  Us  lui  accordèrent  des  appoinlements  au  taux  de 
8000  livres  par  an,  du  i*""  mai  i863  à  la  fin  de  mars  i8G^i, 
époque  h  laquelle  il  devait  rendre  ses  comptes,  et  ils  lui  firent 
cadeau  de  6  000  taëls  (2  000  livres)  de  gratification,  en  quit- 
tant leur  service.  »  I^e  Tsoung-li  Vamen  fit  choix  (novembre 
i863)  pour  remplacer  Lay,  d'un  jeune  homme  de  28  ans, 
Robert  Harl,  né  le  20  février  i835,  à  Portadown,  dans  le 
comté  d'Armagh,  qui  occupe  encore  ce  poste. 


LK    inUN'CE    DE    KOL.NG    AU    MIMSTIVE    DE    FR\>CE 

J*ai  l'honneur  d'adresser  à  V.  Exe.   la  dépêche  suivante  que 
j'ai  également  envoyée  à  tous  les  Ministres  des  autres  Puissances. 

L'Inspecteur  (jénéral  des  Douanes,  M.  Lay,  avait  reçu  cer- 
taines instructions  relatives  à  l'achat  de  bâtiments  à  vapeur,' 
mais  il  ne  s'y  est  pas  conformé  et  il  a  entraîné  inutilement  le 
Gouvernement  Chinois  dans  de  très  grandes  dépenses.  Quand 
le  Gouvernenieut  Chinois  prend  une  personne  à  son  service, 
il  faut  qu'elle  le  serve  et  prenne  en  tout  ses  intérêts,  c'est  h 
cette  condition  seulement  que  l'on  peut  l'appeler  à  traiter  les 
affaires.  M.  Lay  recevait  plus  de  dix  mille  taëls  d'appointements 
par  an   et  on   le  traitait  avec  beaucoup  d'égards,   cependant  il 


COMM IMCATION    ADRESSÉE    A    M.     IIART  iDy 

n*a  pas  réussi  à  Icnnincr  celle  aflaire  de  bateaux  à  vapeur  d*une 
manière  satisfaisante  et  il  a  fait  dépenser  inutilement  à  notre 
(iouvernement  des  sommes  considérables.  Si  M.  Lay  était  man- 
darin ou  simple  particulier  cliinois.  on  le  punirait  conformément 
aux  lois,  mais  il  est  anglais  de  nation  on  doit  lui  enjoindre  de 
retourner  en  Angleterre,  attendu  qu'on  ne  peut  plus  accepter 
ses  services.  Quatre  mois  lui  sont  accordés  pour  terminer  les 
affaires  qu'il  a  entre  les  mains,  pour  régler  et  rendre  ses  comptes  ; 
{)endant  ce  laps  de  tenqîs  ses  ap{X)intements  lui  seront  continués 
atin  de  montrer  que  nous  sommes  généreux  à  son  égard.  C'est 
M.  Uart  qui  remplira  dorénavant  les  fonctions  d'Inspecteur 
Général  des  Douanes  que  je  viens  de  lui  confier. 

Outre  les  dépêches  que  j'ai  écrites  à  M.  Lay,  ainsi  qu'à 
M.  Harl  pour  nommer  ce  dernier  Inspecteur  Général  des  doua- 
nes, dépêches  dont  je  vous  envoie  ci-joint  copie,  j'ai  cru  devoir 
vous  informer.  Noble  Ministre,  de  la  mesure  que  je  viens  de 
prendre  afin  que  vous  en  donniez  également  connaissance  aux 
Consuls  de  votre  nation  dans  les  |)orts. 

Tel  est  le  but  de  cette  dépèche. 


COMMl  NICATION    ADRESSEE    A    M.     IIART 

Depuis  que  vous,  inspecteur  des  douanes,  traitez  les  affaires 
relatives  à  ce  ser>ice,  nous  n'avons  qu'à  nous  louer  de  votre 
zèle.  L'Inspecteur  Général,  M,  Lay,  vient  d'être  destitué  de  ses 
fonctions  et  \a  se  rendre  à  (^hang-Ilaï,  nous  vous  nommons 
donc  vous.  M.  llart,  ])our  lui  succéder  en  cette  qualité.  Vous 
résiderez  à  Chang-llaï  et  vous  y  traiterez  les  alTaires  ;  s'il  se 
présente  une  (juestion  inqmrtante.  il  vous  sera  alors  seulement 
permis  de  venir  à  Péking,  pom*  en  référer  à  notre  Ministère  et 
vous  entendre  a>ec  nous.  Quant  aux  allaires  ordinaires  des  mers 
du  Nord  et  du  Sud  et  des  ports  du  Yang-tseu-Kiang  vous  en 
référerez  au  Commissaire  Impérial  Li  ou  au  Surintendant  des 
trois  Ports  Tch'oi  ng  vi  \ous  vous  conformerez  à  leurs  ordres. 
Nous  avons  ordonné  déjà  à  Tex-lnspecteur  Général  des  Douanes, 
M.  Lay.  de  vous  remettre  dans  un  délai  de  quatre  mois  toutes 
les  allaires  qu'il  a  entre  les  mains,  les  comptes  d'importation  el 
d'exportation,  el  l'argent  qu'il  a  dû  recevoir.  Vous-même  vous 
aurez   soin    aussitôt  que  celte  dépêche   vous  sera  parvenue  de 


l58  FLOTTILLE   OSBORN    —   DOUANES 

presser  vivement  M.  Lay  de  vous  remettre  sans  retard  toutes  les 
alFaires  inachevées  et  vous  en  prendrez  acte.  De  Tavb  des  Chi- 
nois, des  Ëlrangcrs,  vous  êtes  un  homme  loyal  et  expérimente, 
et  vous  devez  redoubler  d'efforts  pour  vous  montrer  digne  des 
fonctions  qui  vous  sont  confiées.  Notre  ministère  vous  envoie  ci- 
joint  copie  de  la  dépèche  qu'il  a  adressée  à  M.  Lay  pour  que 
vous  en  preniez  connaissance  et  vous  y  conformiez  pour  régler 
les  affaires. 

Outre  la  dépêche  que  notre  Ministère  a  adressée  aux  surin- 
tendants du  commerce,  nous  vous  adressons  celle-ci  à  vous. 
Inspecteur  Général  des  douanes,  pour  que  vous  vous  y  con- 
formiez. 

Tel  est  le  but  de  cette  dépêche. 

On  peut  le  croire,  quand  Wcn-Siang  disait  à  M.  Klecz- 
kowski,  parlant  de  MM.  Lay  et  liait  :  «  Ce  sont  nos  fonc- 
tionnaires ;  le  jour  où  ils  feront  mal,  ils  seront  renvoyés  du 
service  et  voilà  tout.  » 


ORIGINE    DES    DOUANES. 

• 

L'origine  du  Service  des  Douanes  Impériales  Maritimes 
Chinoises  (Impérial  Maritime  Cusloms),  date  de  i85/j*.  A 
celte  époque,  les  rebelles  de  la  Société  triade  du  Petit  Cou- 
teau, Siao  Tdo  Hotieiy  des  loges  cantonnaisc  et  foukienoise, 
occupaient  la  ville  indigène  de  Chang-Haï  ;  les  fonctionnaires 
chinois  avaient  abandonné  leurs  postes;  personne  n'avait  un 
mandat  régulier  pour  toucher  les  droits  sur  les  marchandises 
importées.  Les  consuls  eux-mêmes  ne  pouvaient  guère  rece- 
voir que  des  promesses  de  payer  les  droits  et  pouvaient-ils 
même  légalement  percevoir  les  taxes?  Lin  arriéré  énorme  se 
produisait  donc  dans  la  perception  de  la  douane.  Le  23  no- 


I.   China,  ii"  i  (i865).  Foreign  Customs  Establishment  in  ChinUy 
i8()5  [3509]. 


ORIGINE    DES    DOUANES  I  Sq 

vembre  i854,  d'après  une  note  du  ministre  américain,  Ro- 
bert M.  Me.  Lane,  les  droits  arriérés,  dus  par  les  citoyens 
des  États-Unis,  montaient  à  eux  seuls  à  taëls  ii8i2584i. 
Cependant  «  les  consuls  d'Amérique  et  de  la  Grande  Bre- 
tagne, pour  arrêter  le  désordre,  décidèrent  que  les  droits 
seraient  acquittés  entre  leurs  mains  soit  en  argent,  soit  en 
simples  obligations  Qyromissory  notes).  Vou  Samqua  [le 
Tao-Taï]  ne  demanda  pas  seulement  qu'on  lui  versât  les 
droits  perçus,  mais  manifesta  même  l'intention  de  rouvrir  la 
douane  dans  le  local  qui  y  avait  été  consacré  au  milieu  des 
concessions  étrangères;  mais  il  dut  y  renoncer  devant  l'op- 
position qu'il  rencontra,  fondée  sur  celte  raison:  «  qu'attendu 
l'insuflisance  de  ses  forces  militaires  pour  se  protéger  lui- 
même  contre  les  insurgés,  la  colonie  deviendrait,  par  le  fait 
de  sa  présence,  le  théâtre  de  sanglants  conflits  dans  lesquels 
les  jours  et  les  propriétés  des  étrangers  seraient  infaillible- 
ment exposés.  »  Le  Tao-Taï  n'eut  pas  plus  de  succès  quand 
il  proposa  d'établir  une  douane  flottante  à  bord  de  V Anti- 
lope^ navire  européen  qu'il  avait  acheté  pour  augmenter  sa 
flottille  :  on  lui  opposa  les  mêmes  objections  et  les  mêmes 
arguments*.  »  \}\\  tel  état  de  choses  ne  pouvait  durer, 
aussi  conclut-on  un  arrangement  par  lequel  un  bureau  lem- 
[K>raire  des  douanes  serait  ouvert  le  i3  février  i85/j,  sous  la 
présidence  du  Tao-Taï  de  Chang-Haï.  Il  fut  ensuite  décidé 
que  la  douane  serait  placée  sous  le  contrôle  des  représen- 
tants des  consuls  Rulherford  Alcock,  B.  Edan  et  Murphy 
des  trois  puissances  ayant  des  traités  avec  la  Chine,  c'est-à- 
dire  l'Angleterre,  la  France  et  les  États-Unis:  T.  F.  VVade, 
vice-consul  d'Angleterre,  le  capitaine  Cart,  attaché  à  la  lé- 
gation  des  Etats-Unis  et  Arthur  Smith,  interprète  du  consu- 
lat de  France  ;  le  traitement  de  ces  inspecteurs  fut  fixé  à 
6000  piastres  (plus  de    3oooo  francs)   pour  chacun,  sans 

2.  Arthur  Millac.  dans  la  Revue  de  V Extrême-Orient ,  H,  p.  10. 


î6o  FLOTTILLE    OSBORN    DOUANES 

compter  les  frais  de  service.  La  nouvelle  douane  commença  à 
fonctionner  le  12  juillet  i854.  Le  système  ayant  donné  de 
bons  résultats,  on  se  décida  à  l'appliquer  aux  autres  ports 
ouverts  au  commerce,  tout  d'abord  à  Canton,  en  octobre 
1859,  avec  l'approbation  du  vice-roi  des  deux  Kouang,  Lao 
Tsoung-kouang.  Les  pouvoirs  du  fonctionnaire  si  connu  des 
étrangers  au  xvni*'  siècle,  sous  le  nom  de  Hoppo^  étaient 
ainsi  singulièrement  transformés.  Swatow  fut  ouvert  en  fé- 
vrier 1860;  Tclien-Kiang  sur  le  Yang-Tseu,  en  avril;  Ning- 
Po,  en  mai  1861  ;  Tien-Tsin,  le  même  mois,  reçurent  des 
commissaires.  La  même  année,  en  juillet,  Fou-Tcbéou,  et 
en  décembre  Han-Kéou  et  Kieou-Kiang  sont  ouverts  à  leur 
tour;  on  avril  1862,  Amoy;  en  mars  i863,  Tcbé-Fou;  en 
mai,  Tamsoui  et  Kiloung;  puis  en  septembre,  Takao,  dans 
Tîle  Formose,  et  enfin  en  mai  i864,  Nieou-Tcbouang,  com- 
plètent le  cbiffre  de  quatorze  bureaux  de  Douanes  ouverts  à 
la  fin  de  i864. 

On  peut  penser  que  ce  service  important  ne  resta  pas  sans 
exciter  la  convoitise  de  l'Angleterre  et  l'on  doit  croire,  lors- 
que notre  ambassadeur  à  Saint-Pétersbourg,  communiquait 
le  22  août  1861,  les  nouvelles  reçues  par  le  gouvernement 
russe  de  Péking,  sous  la  date  du  22  juin,  à  M.  Thouvenel, 
qu'elles  avaient  un  fond  de  vérité  : 

u  Mais  la  nouvelle  la  plus  im[X)rtantc  qu'il  transmette  à  son 
gouvernement  est  celle  de  l'oirre  que  les  Anglais  auraient  faite 
au  gouvernement  chinois  d'affermer  nioytMinant  cinquante  mil- 
lions de  roubles  (deux  cent  millions  de  francs)  les  douanes  des 
ports  ouverts  aux  Européens.  Le  gouvernement  n'avait  pas  en- 
core ré|X)ntlii;  mais  cette  proposition  paraissait  le  faire  réllécliir 
sérieusement.  C'est  un  appât  puissant  en  clfet.  que  deux  cent 
millions  qui  seraient  versés  directement  dans  les  caisses  du  Tré- 
sor de  Péking  qui  passe  pour  ne  recevoir  que  la  plus  minime 
partie  de  ce  (juc  perçoivent  les  mandarins  dans  les  provinces,  et 
peut-être  fera-t-il  fermer  les  veux  à  la  longue  clairvoyance 
des  Chinois  sur   l'inlluence  absolue  que  l'acceptation  de  cette 


FONCTIOISNAIRES    DES    DOUANES  l6l 

projM)sition   donnerait  à  T Angleterre    sur    toutes    les  côtes    de 
l'Empire.  » 


FONCTlO?i>' AIRES    DfS    DOUANES 

A  la  tête  du  service  est  placé  un  inspecteur  général.  Nous 
avons  dit  plus  haut  qu'à  l'origine,  à  Chang-IIaï,  en  juillet 
i854,  les  droits  de  douanes  étaient  jjerçus  par  les  trois  con 
suis.  Antérieurement,  depuis  septembre  i853,  le  consul 
d'Angleterre,  Rutlierford  Alcock,  avait  servi  d'intermédiaire 
h  ses  compatriotes;  il  s'était  fait  représenter  dans  le  trium- 
virat par  son  vice  consul  Thomas-Francis  \^  ade  qui,  h  son 
tour,  céda  au  bout  d'un  an  (i"''  juin  i855)  la  place  à  l'in- 
terprète Horatio  Nelson  Lay.  L'extension  du  système  des 
douanes  de  Chang-Haï  aux  autres  ports  devait  conduire  à 
l'unité  de  direction  et  c'est  ainsi  que  Lay,  nommé  par  le 
gouverneur  général  des  Deux-Kiang,  devint  inspecteur  gé- 
néral des  Douanes  maritimes.  LcTsoung-li  Yamen,  depuis  sa 
création  en  1861,  a  dans  ses  attributions  la  nomination  de 
ce  haut  fonctionnaire  qui  lui  adresse  ses  rapports  pour  être 
remis  au  Ministère  des  Finances  (//ow  Pou^  ;  il  est  vrai 
qu'il  n'a  eu  qu'une  fois  a  exercer  cette  prérogative.  On  re- 
marquera que  revenant  à  l'ancienne  tradition,  LieouKouen  i, 
gouverneur  général  des  Dcux-kiang,  avait  nommé  récem 
ment  M.  F.-E.  Taylor,  inspecteur  général />.  /. ,  lorsqu'on 
craignit  que  Sir  Robert  Hart,  enfermé  à  Péking,  ne  put  assu- 
rer le  service  des  douanes. 

On  jugera  de  l'importance  du  service  des  Douanes  quand 
on  songera  au  chiffre  énorme  des  affaires  commerciales  en 
Chine.  La  valeur  annuelle  du  commerce  étranger  a  été  en 
1899  de  Ilaikouan  taëls  460  533  288  (le  taël  valait  F.  3,79). 
En  1887,  la  valeur  annuelle  du  commerce  n'était  que 
de    Ilaikouan    taëls    188123877.   Au  surplus,    voici   quel 

CoRDIER.  I.    —    II 


l6a  FLOTTILLE    OSBORN    —    DOUANES 

était  le  revenu  des  Douanes  dans  les  dernières  années  : 
1887,  Hk.  Tls.  20  54 1399;  1888,  231G7892;  1889, 
21823762;  1890,  21996226;  1891,  235i8o2i;  1892, 
2268905/I;  1893,   21989300;   189/1,  22  523  6o5;   1895, 

21  385389;   1896,  22079366;    1897,   2274210/1;   1898, 

22  5o3  397  ;  1899,  26  661  46o.  Il  faut  d'ailleurs  remarquer 
(jue  ce  revenu  est  la  garantie  des  divers  emprunts  étrangers 
contractés  par  la  Chine,  et  que  l'on  ne  peut,  par  suite,  y 
toucher  pour  l'indemnité  qui  sera  naturellement  réclamée 
pour  la  guerre  actuelle. 

L'administration  des  Douanes  est  confiée  à  trois  services 
(^Department)  :  1°  le  Revenu  (^Revenue  Department)  ;  11°  la 
Marine  (^Marine  Department)^  III**  l'Education  (^Educatto- 
nal  Department).  Le  service  du  Revenu  comprend  :  i"  les 
employés  de  bureau  (^Incloor  staff').  Outre  l'inspecteur  gé- 
néral, la  hiérarchie  se  compose  de  commissaires,  de  dépu- 
tés-commissaires, d'assistants,  de  clercs  de  diflerenles 
classes  ;  le  recrutement  est  cosmopolite  ;  sur  une  trentaine 
de  commissaires,  il  y  a  quatre  Français;  en  1898,  le  nom- 
bre des  employés  était  de  272  ainsi  répartis  :  Anglais,  i65; 
Français,  28;  Allemands,  22;  Américains,  i/j  ;  Russes,  7; 
Italiens,  8  ;  Norvégiens,  6  ;  Portugais,  6  ;  Autrichiens,  3  ; 
Espagnols,  3  ;  Hollandais,  3;  Danois,  3;  Suédois,  i  ;  divers, 
3.  2°  Les  employés  du  service  extérieur  {Oiit-door  staff) ^ 
qui  sont  en  réalité  les  douaniers;  ils  étaient  46o  en  1898, 
dont  236  Anglais.  3**  Le  service  de  la  côte  (jCoast  staff)  se 
compose  des  commandants  des  navires  des  douanes,  leurs 
officiers,  les  mécaniciens,  etc.  Ce  service  comprenait  en  1898, 
/|2  fonctionnaires,  dont  35  Anglais,  3  Allemands,  3  Norvé- 
giens et  I  Danois.  Un  personnel  de  plus  de  3  000  indigènes 
est  réparti  dans  ces  trois  services.  II.  Ce  département  com- 
prend les  ingénieurs,  les  capitaines  de  port,  les  gardiens  de 
phares  et  leur  personnel,  au  nombre  de  96  en  1898  ;  le  per- 
sonnel indigène  dépasse  /|00.    III.  L'éducation  comj)rend  les 


FONCTIONNAIRES    DES    DOUANES  I  63 

deux  établissements  connus  sous  le  nom  de  T'oting  Wen 
'  Kotian^  Tun  à  Péking,  de  beaucoup  plus  important,  l'autre 
à  Canton.  Le  Toung  Wen  Kouan  fut  créé  par  le  Tsoung-Ii 
Yamen  la  y*'  lune  de  la  première  année  T'oung  ïché  (juin 
1862)  pour  renseignement  de  l'anglais,  du  français  et  du 
russe  ;  les  étudiants  étaient  recrutés  dans  le  corps  des  Huit 
Bannières  parmi  les  enfants  figés  d'environ  quatorze  ans. 
En  1867,  le  Tsoung-li  Yamen  adressa  au  Trône  un  mémoire 
pour  obtenir  qu'à  renseignement  des  langues  fut  ajouté  celui 
des  sciences  de  TOccident,  en  particulier  des  mathématiques 
et  de  l'astronomie,  de  façon  à  constituer  un  collège  ou  uni- 
versité*. En  1898,  il  n'y  avait  que  quatre  professeurs,  dont 
trois  Anglais  et  un  Français  ;  le  personnel  étranger  des 
Douanes,  en  1898,  comprenait  870  personnes  dont  /J79  an- 
glais. 

Les  douanes  publient  une  série  importante  de  documents  : 
I"  la  série  statistique,  qui  comprend  la  «  Gazette  des 
Douanes  »,  les  statistiques  en  anglais  et  en  chinois  ;  en  1898, 
on  a  donné  sous  le  titre  de  Decennial  Heporls  (1882-91) 
un  énorme  volume  in-/|**,  qui  contient  une  foule  de  docu- 
ments relatifs  aux  diiVérents  ports,  avec  des  plans,  cartes,  etc. 
2°  La  série  spéciale,  qui  comprend  des  rapports  médicaux 
dûs  aux  médecins  des  diflërents  ports  ;  quelques-uns  renfer- 
ment des  monographies  fort  importantes,  par  exemple,  sur 
les  Pilaires,  par  le  D*"  Patrick  Manson,  sur  Tailante,  par  le 
D*"  Gustave  Dugat,  etc.;  des  études  sur  la  rimsique  chinoise, 
des  recherches  sur  la  soie,  Topium,  etc.  3°  Les  Mélanges, 
consacrés  aux  catalogues  des  Expositions,  aux  traités  de  la 
Corée  avec  les  autres  puissances,  etc.  /|°  Les  publications 
relatives  au  service,  annuaires,  instructions,  circulaires,  etc. 
Ces  publications  sont  faites  et  imprimées  au  département 


1.  Voir  The  New  Unis'crsity  of  China ^  p.  ôgS,  de  The  Burlingame 
Mission  by  Jolianncs  von  Gumpacli. 


l64  FLOTTILLE    OSBORN    —    DOUANES 

de  la  Statistique  des  Douanes  à  Chang-Haï,  qui  a  à  sa  tête 
un  secrétaire  ayant  rang  de  commissaire.  L'inspectorat  gé- 
néral, dont  le  siège  est  à  Péking,  a  une  agence  à  Londres, 
dont  le  chef  a  le  titre  de  secrétaire  non  résident  et  le  rang 
de  commissaire;  le  titulaire  de  ce  poste  est  M.  James  Dun- 
can  Campbell  qui  est  entré  dans  les  douanes  en  avril  i8G3 
et  est  commissaire  depuis  novembre  1872.  M.  Campbell  a 
joué  un  rôle  important  dans  nos  négociations  avec  la  Cliine 
pour  les  affaires  du  Tongking  ainsi  que  nous  lo  verrons  plus 
loin  :  il  a  été  fait  commandeur  de  la  Légion  d'honneur. 

Les  employés  des  douanes  touchent  des  appointements 
élevés,  aussi  les  places  sont-elles  excessivement  recherchées, 
et  voit-on  les  fils  des  anciens  agents  consulaires  et  diploma- 
tiques se  lancer  dans  une  carrière  chinoise  qui  leur  offre  de 
grands  avantages.  La  dépréciation  de  Targent  avait  diminué 
de  moitié  les  appointements  des  employés  des  douanes,  mais 
il  y  a  deux  ans  Taugmentalion  de  cent  pour  cent  obtenue  du 
Tsoung-Ii  Yamen  par  Sir  Robert  Ilart  rétablit  Tancien  équi- 
libre. II  n'y  a  pas  de  règle  absolue  pour  le  recrutement  des 
employés;  souvent,  un  talent  spécial  pour  le  dessin,  la  mu- 
sique, la  connaissance  de  plusieurs  langues  étrangères,  des 
titres  universitaires  sérieux,  pèseront  d'un  grand  poids  dans 
le  choix  des  candidats.  Naturellement  la  recommandation  de 
personnages  politiques  est  utile  ;  des  ministres  étrangers  à 
Péking  font  quelquefois  pcnclicr  la  balance  en  faveur  de  leurs 
nationaux,  car  il  est  nécessaire  que  toutes  les  puissances  à 
traités  et  surtout  celles  qui  ont  consenti  des  emprunts  soient 
représentées  dans  les  Douanes  Impériales.  Mais  il  ne  faut  pas 
oublier  que  Sir  Robert  Ilart  est  le  maître  absolu  de  choisir 
qui  bon  lui  semble.  Il  n'y  a  pas  de  retraite,  mais  tons  les 
sept  ans,  les  employés  ont  droit  à  une  gratification  d'une 
année  de  traitement  ^ 

I.   Henri  Cordier,  dans  la  Semaine  politique  et  littéraire,  samedi 
i»"*  septembre  1900. 


KOBKRT    HART 


l65 


ROBERT    HART 

Il  est  temps  maintenant  de  parler  de  celui  qui  depuis  no- 
vembre i863,  dirige,  véritable  autocrate,  celte  vaste  machine 
administrative;  Tinspecteur  général,  ou  simplement  TI.  G. 
comme  le  désignent  ses  subordonnés,  Robert  Hart  fut  élevé 
à  Queen's  Collège,  Belfast,  et  obtint  son  diplôme  de  Maître- 
ès-Arls,  M.  A.  Hon.  Causa ^  en  iSyS;  d'abord  interprète  sur- 
numéraire de  la  surintendance  du  commerce  à  Hong  Kong 
.  (mai  i85^),  près  du  consulat  britannique  à  Ning-po  (octo- 
bre i85/j),  assistant  interprète  dans  le  même  jx)rt  (juin 
i855),  puis  second  assistant  à  Canton  (mars  i858),  il  rem- 
plit les  fonctions  de  secrétaire  des  commissaires  alliés  pour 
Tadminislration  de  la  ville  de  Canton  (avril  i858).  Inter- 
prète du  consulat  anglais  à  Canton  (mai  1869),  il  obtint 
la  permission  d'entrer  dans  les  douanes  chinoises  où  il  est 
promu  d'emblée  député-commissaire  dans  cette  ville  (juin 
1859);  pendant  Tabsence  de  Lay,  il  remplit  (avril  1861- 
mai  i863)  avec  M.  Fitz-Roy  comme  collègue,  les  fonctions 
d'inspecteur  général.  Nommé  commissaire  à  Chang-Ilaï  avec 
la  charge  des  ports  du  Yang-tseu  et  de  Ning-po  (avril  i863), 
il  remplaça  II. -N.  Lay,  trois  mois  plus  tard,  définitivement'. 
L'Angleterre  qui  sait  récompenser  les  bons  services,  en  a  fait 
un  Grand-Croix  de  Saint  Michel  et  Saint-George,  G.  C.  M. 
G.  (1889)  et  un  Baronet  (1893);  la  Chine  lui  a  donné  le 
globule  rouge  de  la  première  classe  des  fonctionnaires  (1881), 
Ta  décoré  de  la  première  classe  de  la  seconde  division  du 
Double  Dragon,  et  de  la  Plume  de  Paon  (i885)  et  a  anobh 
trois  générations  de  ses  ancêtres  avec  le  rang  de  la  première 
classe  du  premier  ordre. 

1.  Henri  Cordier,  loc,  cit. 


l66  FLOTTILLE  OSBOn.N  DOUANES 

L'activité  de  Harl  ne  se  borna  pas  au  développement  du 
seul  service  des  Douanes;  il  ne  fut  pas  indifférent  aux  pro- 
grès intellectuels  de  la  Chine,  aussi  bien  qu'à  son  bien-être 
matériel  ;  il  l'a  prouvé  par  la  création  de  iXniversité  de 
Péking,  T'oung  Wen  Kouan^  par  l'impression  spéciale  des 
publications  des  Douanes,  par  les  encouragements  qu'il  a 
donnés  aux  auteurs  de  monographies  comme  celle  du  Yun- 
Nan,  par  M.  Emile  Rocher  :  je  n'oublierai  pas,  pour  ma  part, 
qu'il  a  été  l'un  des  premiers,  et  non  des  moindres,  souscrip- 
teurs de  la  Bibliothecn  Sinica.  On  trouve  Robert  Hart  mc^lé 
à  toutes  les  négociations  étrangères  du  Tsoung  li  Yamen  qui 
n'a  jamais  trouvé  un  conseiller  plus  dévoué.  C'est  lui  qui  a  » 
été  l'inspirateur  de  la  mission  Anson  Burlingame  ;  c'est  lui 
qui  en  réalité,  a  réglé  pour  les  Chinois  la  question  du  Tong- 
King  :  il  n'est  pas  une  seule  affaire  importante  depuis  qua- 
rante ans  qui  n'ait  été  traitée  avec  son  concours,  aussi  al  il 
rendu  son  poste  tellement  considérable  que  sa  succession  sera 
le  point  de  départ  de  nombreuses  compétitions,  non  seule- 
ment dans  son  personnel,  mais  encore  entre  les  puissances 
étrangères.  N'ayant  jamais  eu  d'rtrf  latus^  quand  il  a  voulu 
se  retirer,  il  lui  a  été  impossible  de  désigner  son  remplaçant. 
Nommé  en  effet  ministre  d'Angleterre  à  Péking  en  mai  i885, 
il  donna  sa  démission  trois  mois  après  (août  i885),  pour 
reprendre  son  poste  d'inspecteur  général.  Il  s'est  sans  doute 
aperçu  de  la  nécessité,  en  cas  d'absence  ou  de  retraite, 
d'assurer  le  service,  car  il  a  fait  nommé  député-inspecteur- 
général,  il  y  a  peu  de  temps,  son  beau-frère,  M.  Robert 
E.  Bredon.  Sir  Robert  Ilart  a  épousé  en  j866  Ilester  Jane, 
fille  du  D*"  Alexandre  Bredon,  également  de  Portadown,  dont 
il  a  eu  un  fds  et  deux  filles;  l'ainée  est  la  femme  de  M.  \V.  IN. 
Beauclerk,  ministre  d'Angleterre  i  Lima. 

Naturellement,  un  homme  possesseur  d'une  semblable 
puissance  ne  manque  pas  d'ennemis  et  il  en  eut  d'acharnés, 
par  exemple,  le  baron  Johannes  von  Gumpach,  professeur  de 


nOBERT    HAUT  1 67 

mathémaliques  au  T'oung-Wen-Kouan  ;  mais  en  tenant 
compte  de  ses  préjugés  nationaux,  il  faut  bien  avouer  qu'il 
s'est  montré  à  la  hauteur  d'une  tache  que  bien  peu  d'hommes 
eussent  été  capables  d'accomplir;  s'il  a  surtout  servi  les  inté- 
rêts de  la  Chine  et  de  l'Angleterre,  il  n'en  a  pas  moins,  dans 
un  but  général,  maintenu,  je  dirais  presque  créé,  le  seul 
rouage  administratif  qui  ait  en  Chine  une  véi'itable  valeur  par 
sa  régularité  et,  disons-le,  par  son  intégrité.  Ce  dernier  a, 
de  phis,  l'evlremc  mérite  de  coûter  meilleur  marché  que 
n'importe  quel  autre  service  des  douanes;  les  frais  de  l'ad- 
ministration des  douanes  impériales  maritimes  chinoises  no 
dépassent  pas  5  pour  loo  du  revenu  :  c'est  un  exemple  à 
suivre  dans  la  vieille  Europe,  parlicuHèrement  en  P'rance. 

Robert  Hart  est  un  homme  d'apparence  plutôt  timide  ; 
«  petit  plutôt  que  grand,  chauve,  ne  regarde  jamais  en  face  », 
dit  un  diplomate  de  Péking  ;  «  mélange  de  paysan  madré, 
d'étudiant  et  do  clergyman  »,  écrit  un  autre  ;  à  la  vérité,  Hart 
s'est  tenu  peut-être  trop  à  l'écart  des  Européens.  Je  ne  crois 
pas  qu'il  soit  revenu  en  Europe  depuis  1878,  époque  à  la- 
quelle il  était  commissaire  général  de  la  section  chinoise  à 
l'Exposition  Universelle  de  Paris  ;  il  retourna  en  Chine  en 
1879,  ^^  ^^^^^  quelques  excursions  au  bord  de  la  mer  pen- 
dant l'été,  il  n'a  quitté  Péking  qu'en  1886,  pour  suivre,  à 
Hong  Kong  et  Macao,  les  conventions  relatives  à  l'opium  *. 

I .   Henri  Cordier,  loc.  cit. 


CHAPITRE  XU 


RÉBELLION   DES    T'AI   PING 


IIOL'NG    SIEOU-TS  lUEN 


Le  chef  de  celle  grande  rébellion  ^  fui  un  corlain  lloung 
Sieou-ts''iuen,  qui  faisail  remonler  Torigine  de  sa  faniille  h  la 
dynaslie  des  Soung;  il  était  né  le  20  janvier  181 3,  dans  un 
petit  village  d'environ  /|00  habitants,  presque  tous  mcuibres 
de  sa  famille,  du  district  de  Uoua  bien,  dans  la  province  de 
Kouang-Toung.  Il  était  le  quatrième  enfant  de  TAncien  du 
village,  Iloung  Jang,  qui  avait  eu  trois  lils  et  deux  filles; 
Sieou-ts'iuen  eut  lui-même  de  sa  femme,  appartenant  a  la 
famille  Li,  deux  fdles  et  un  garçon.  Iloung  se  plongea  avec 
ardeur  dans  Tétude  des  Quatre  Livres,  des  Grands  Classi- 
ques, etc.,  et  dès  i836,  il  commença  à  fréquenter  les 
examens  publics,  a  Canton  :  quoique  fort  intelligent,  et  le 
premier  sur  les  listes,  il  ne  put  cependant  jamais  obtenir  le 
diplôme  de  bachelier  (sieou-ts'aï),  aussi  conçut  il  de  son 
insuccès  une  grande  animositc  contre  les  lettrés.  Kn  i836  et 
1837,  il  visite  Canton,  il  y  reçoit  en  don  des  livres  qu'il 

I.  T.  T.  Mcadows,  The  Chincse  and  tlieir  liehvlitons...  London, 
i85C,  in-8.  —  Théodore  Hamberg.  The  Chinese  Rebvl  Chief,...  Lond., 
i855,  [et.  in-8.  —  Callerv  el  Yvan,  L  insurrection  en  Chine...  Paris, 
i853,  in- 18.  —  Andrew  Wilson,  The  «  e\'er  s'ictorions  Army  »... 
Edinb.  &  Lond..  1868,  etc.  —  North-China  Herald,  etc. — Voir  Biblio- 
thcca  ^Sinica,  col.  2(58.  -r-  Mcadows  est  mort  à  ^îicoutcbouang  le 
2\  novembre  1868. 


HOUNG    SIEOU-Ts'lUEN  169 

n'examinera  que  six  ans  plus  tard  ;  rentré  chez  lui,  il 
tombe  gravement  malade,  et  pendant  quarante  jours,  il  est 
en  proie  à  des  hallucinations  qui  vont  avoir  une  influence 
décisive  sur  sa  vie. 

Précepteur  dans  la  famille  Li,  il  parcourt  en  i8/|3  les  livres 
qui  hii  ont  été  remis  jadis  à  Canton  ;  ces  livres  ont  pour  litre 
Kifien  chi  lianfji  yen  (bonnes  Paroles  pour  exhorter  Tépoque), 
ils  sont  dus  à  un  certain  Liang  Afah  ou  Liang  Kong-fa,  né 
en  1789  dans  la  province  de  Canton,  qui  avait  accompagné 
comme  imprimeur  à  Malacca  le  célèbre  docteur  William 
Milne*  qui  Tavait  baptisé  le  3  novembre  1816.  L'ouvrage 
de  Liang,  revu  par  le  D**  Robert  Morrison,  avait  été  imprimé 
à  Canton  en  i832  et  se  composait  de  neuf  traités  ou  sermons 
sur  des  textes  des  Ecritures  Saintes  ;  Liang,  qui  n'est  mort 
qu'en  i855,  avait  probablement  remis  lui-même  à  Iloung 
ces  volumes  lors  de  la  visite  de  ce  dernier  à  Canton  en  1837. 
Dans  ces  exhortations,  Houng  retrouve  le  sujet  de  ses 
visions  et  frappé  de  la  grâce,  il  enlève  de  sa  demeure  la  tablette 
de  Confucius  et  se  baptise  lui-même  avec  son  cousin  Li. 
Deux  aulres  amis,  Foung  Youn-san  et  Houng  Jen,  se  joi- 
gnent  à  eux.  Sieou-ts'iuen  et  Youn-san  se  rendent  dans  le 
Kouang  Si,  pour  prêcher  aux  sauvages  Miao-tseu  (i8/|'i)  : 
ils  réussirent  pleinement.  Deux  ans  plus  tard,  Houng 
apprend  qu'à  Canton,  un  missionnaire  étranger,  Lo  lliaou- 
Is'iuen,  enseigne  la  vraie  doctrine  ;  il  se  rend  immédiatement 
dans  cette  ville  et  se  présente  au  maître  qu'on  lui  indiquait 
ol  qui  n'était  autre  que  le  Ilév.  Issachar  Jacox  Roberts  ",  de 
l'American  Board  of  Forcign  Missions,  qui  refusa  toutefois  de 
le  baptiser.  Houng,  désappointé,  retourne  une  seconde  fois 

1.  VN'illiam  Milnc.  de  la  London  Missionary  Society,  né  en  Kcossc 
(Abordficnshire)  en  17^5  ;  arrivé  à  Macao  le  !\  jiiillel  i8i3  ;  mort  2  juin 
1832. 

2.  Le  Kcv.  I.  J.  Uobcris,  né  à  Sumncr  Coiiuty,  Tennessee,  le  17  fé- 
vrier i8u2. 


«  » 


170.  REBELLION    DES    T  Al    P  liNG 

dans  le  Koiiang-Si  (1847).  ^^  nombre  de  ses  disciples  aug- 
mente de  jour  en  jour,  el  dès  la  fin  de  i849,  '^^  ^^  Adorateurs 
de  Dieu  »  formèrent  un  groupe  assez  compact  pour  inquiéter 
les  mandarins  locaux. 


COMMENCEMENT    DE    LA    REBELLION 

Les  circonstances  étaient  d'ailleurs  favorables  au  dévelop- 
pement de  la  nouvelle  secte.  En  septembre  i85o,  les  liakkas 
(colons),  venus  du  Kiang-Si  et  du  Fou-Kien  (Houng  était 
de  leur  race)  entrèrent  en  luUe  dans  le  district  de  Kouei, 
avec  les  Pounli  (aborigènes).  Houng  réunit  autour  de  lui  les 
mécontents  et  ils  sont  toujours  légion  en  Chine  ;  puis  vien- 
nent se  joindre  à  eux  les  membres  de  la  société  secrète  des 
Triades  et  de  social  le  mouvement  devient  politique  :  il  a 
pour  but  le  renversement  de  la  dynastie  mandchoue. 

Nous  aurons  si  souvent  l'occasion  de  parler  des  sociétés 
secrètes  qui  jouent  un  rcMe  considérable  en  Chine  que  nous 
croyons  utile  de  leur  consacrer  ici  quelques  pages*. 


SOCIETES     SECUETES 


L'empire  chinois  renferme  beaucoup  de  sociétés  secrètes, 
je  doute  même  qu'aucun  autre  pays  puisse  en  offrir  un 
nombre  aussi  considérable  :  rien  d'étonnant,  d'ailleurs,  si 
Ton  songe  que  le  chiffre  des  habitants  du  Céleste  Empire 
représente  au  maximum  le  tiers,  au  minimum  le  quart  de  la 
population  entière  du  globe  terrestre.  Ces  sociétés  portent  les 


I-  J'ai  publié  ces  notes  dans  la  Revue  d* Ethnographie.  Paris,  Leroux, 
i888. 


SOCIKTÉS    SPXHKTES  l'Jl 

noms  les  plus  variés,  s'adressent  aux  classes  sociales  les  plus 
opposées,  ont  pour  but  Texéculion  des  projets  les  plus  divers 
et  choisissent  comme  moyens  d'action  ceux  qui  leur  parais- 
sent généralement  les  plus  mystérieux.  Elles  sont  ou  mili- 
taires ou  religieuses,  commerciales  ou  politiques  ;  mais, 
quel  que  soit  leur  caractère,  elles  sont  principalement  des 
sociétés  de  secours  mutuels  :  les  plus  importantes  sont 
révolutionnaires.  On  peut  chercher  leur  origine  dans  deux 
idées  :  Tune  purement  sociale,  Tidée  de  l'association,  ayant 
pour  base  Tappui  réciproque  des  membres  d'une  même 
confrérie  ;  l'autre,  purement  politique,  l'idée  de  patriotisme, 
puisant  sa  force  dans  la  haine  du  vaincu,  le  Chinois,  contre 
son  vainqueur,  le  Mandchou. 

Parlons  tout  d'abord  de  la  [)remière  idée. 

L'empire  chinois,  malgré  son  gouvernement  central  et  le 
pouvoir  despotique  conféré  à  celui  qui  l'administre,  /e  Fi/s 
du  Ciel^  présente  des  cas  fort  intéressants  de  particularisme  ; 
tout  d'abord,  si  la  langue  écrite  est  la  même  pour  tout 
l'empire,  si  Tun  des  dialectes  parlés  a  même  une  influence 
prépondérante,  un  grand  nombre  de  lieux,  même  de  pro- 
vinces, ont  conservé  leur  langue  propre;  ainsi,  les  Pavillons- 
Noirs  originaires  du  Kouang-Touang  et  du  Kouâng-Si,  établis 
à  Lao-Kaï,  ne  parlent  pas  la  même  langue  que  leurs  com- 
patriotes de  la  province  voisine,  le  Yun-Nan.  Ce  qui  est  vrai 
de  la  langue,  l'est  plus  encore  des  mœurs  et  des  coutumes  ; 
la  province,  la  ville,  le  village  a  sa  vie  personnelle.  I^orsque 
les  Japonais  ont  débarqué  à  Formose  en  1874,  c'est  le 
gouverneur  général  du  Fou-Kien  qui  était  chargé  des  frais 
de  la  guerre;  le  gouverneur  général  des  deux  Kouang 
(Kouang-Toung  et  Kouang-Si)  est  le  truchement  nécessaire 
entre  la  Chine  et  l'Annam  ;  les  Chinois,  dés  qu'ils  émigrenl, 
éprouvent  la  nécessité  de  se  réunir,  de  s'entr'aider,  non  pas 
seulement  entre  gens  de  la  même  nation,  mais  entre  natifs 
de  la  même  province,  voire  du  même  endroit. 


173  REBEU.ION    DES    T  Al    PING 

Ce  besoin  de  s'associer  se  fait  sentir  chez  les  Chinois  non 
seulement  de  pays  à  pays,  de  la  Chine  par  exemple  aux 
États-Unis,  mais  encore  de  province  à  province.  Aussi 
verrez- vous  les  preuves  de  cette  association  se  manifester  sous 
toutes  les  formes  :  par  exemple  un  temple  aux  divinités 
locales,  un  cercle  dans  lequel  se  réunissent  les  habitants 
d'une  même  ville  ou  d'une  même  province.  Le  particu- 
larisme qui  nous  pousse  aujourd'hui,  nous  autres  Français, 
h  fonder  des  dîners  comme  la  Pomme  ou  la  Cigaley  fait 
créer  aux  Chinois  des  cercles  ou  des  corporations  où  les  gens 
du  même  crû  se  peuvent  rencontrer.  Je  me  rappelle  avoir  vu 
à  Han-Kéou  le  superbe  local  d'un  de  ces  cercles,  aux  jx)rtes 
de  bois  magnifiquement  sculptées,  avec  un  jardin  aux 
arbustes  t<)illés  en  forme  x\q  bétes,  ainsi  que  le  veut  Tart  des 
«  Le  \otrc  »  de  T  Extrême-Orient. 

J)e  même  encore  un  Chinois  qui  consentira  à  éniigrer  sous 
les  auspices  d'une  agence,  stipulera-t  il  que  son  corps  sera 
rapporté  dans  son  pays  natal;  pour  éviter  des  frais  trop 
élo\és,  on  attendra  qu'un  certain  nombre  de  corps  du  même 
pays  se  trouvent  réunis;  de  IJi,  la  construction  de  ces  mai- 
sons de  cadavres  d'une  même  province,  sorte  d'auberge  des 
morts  où  l'on  attendra  qu'une  réduction  dans  les  frais  de 
traus[)ort,  une  occasion  favorable  permettent  de  faire  un 
envoi  dans  des  conditions  agréables  pour  les  mânes  du  défunt 
et  la  bourse  des  parents.  Kl,  avec  le  grand  respect  que  les 
Chinois  professent  pour  les  morts,  ils  ne  permettent  pas  que 
ces  sépultures  temporaires  soient  profanées  impunément. 
C'est  ainsi  que  le  désir  de  faire  passer  une  route  nouvelle 
sur  l'emplacement  de  la  maison  de  dépôt,  appelée  impropre- 
ment pa^ixle  de  Ning-Po,  a  causé  à  Chang-Haï  l'émeute  du 
3  mai  187.^1.  Aussi  ce  commerce  des  morts  est-il  la  cause 
d'une  vente  extrêmement  florissante  de  cercueils  :  il  repré- 
sente un  chiffre  important  du  fret  à  travers  l'Océan  Pacifique. 
On  rencontre  dans  les  villes  de  la  Chine  des  magasins  d'objets 


SOCIKTÉS    SECRÈTES  178 

appartenant  aux  pompes  funèbres,  d'un  aspect  non  moins 
alléchant  que  ceux  qu'il  m'a  été  donné  de  voir  en  Angleterre 
et  en  Allemagne. 

Pour  en  venir  aux  sociétés  elles-mêmes,  je  citerai  d'abord 
quelques  sociétés  excentriques  :  une,  qui  répond  assez  bien 
à  celle  du  Huban  bleu  anglais ^  prêche  l'abstinence  en  fait 
de  boisson,  et  défend  de  fumer;  une  autre,  la  société  de 
V Orchidée  iVor,  comprend  les  filles  qui  ont  juré  de  ne  pas 
se  marier  .ou  de  quitter  leurs  maris  quand  elles  les  auront 
épousés;  ces  sociétés,  du  reste,  sont  prohibées  par  l'Ktat. 

Parmi  les  sociétés  politiques  les  plus  importiintes,  je  citerai 
celle  du  Nénuphar  blanc  (^Pei-Lien- Kiao)  ;  quelques  auteurs 
la  font  remonter  à  l'an  i35o  de  notre  ère  *,  mais  c'est  surtout  au 
commencement  de  ce  siècle  que  cette  association  a  fait  parler 
d'elle.  Ses  adeptes  réussirent  h  occuper  le  palais  impérial  à 
Péking  le  i8  juillet  i8i3  sous  l'empereur  Kia-K'ing,  et  Weï- 
Youen  dans  son  célèbre  ouvrage  sur  les  guerres  de  la  dynastie 
actuelle,  le  Cheng  Von  ki,  a  consacré  les  livres  IX  et  X  à 
l'histoire  de  leurs  rébellions. 


I.  A  Glossary  of  référence,  by  Herbert  A.  (îiles,  p.  373  :  «  A  well- 
known  Chiiicsc  secret  socicty,  originated  as  earl)  as  tlie  close  of  Ihe  Yuan 
(Jynasly  (aboul  A.  I).  i35o)  by  a  man  named  Han  Lin-erb,  who  coliected 
a  large  numlier  of  followcrs  and  liad  aclually  proclaimed  himselfEmperor 
when  bis  forces  vvcre  rouled  and  be  liirnself  sougbl  refngc  in  fligbt.  Tbc 
menibers  of  ibis  fraternily  arc  bebevcd  lo  possess  a  knowledge  of  tlie 
black  art.  »  Mr  Wylic  (^Secret  Societies),  au  contraire,  ne  la  fait  pas 
remonter  au  delà  de  la  dynastie  actuelle  : 

«  One  of  tbe  laller  class  wbicb  bas  scvcral  times  played  a  conspicuous 
.  part  on  tbe  page  of  bistory,  tbe  «  Pih-leen  keaou  »,  Wbitc  water-lily 
scct  »  is  apparently  cocval  witb  tbe  présent  dynasiy,  for  we  find  in  the 
Ta-lsinpi  leuh-le,  a  Pénal  code  of  tbe  Mancbu  dynasty.  »  tbe  section  on 
«  Magicians,  Leaders  of  Sects,  and  Teacbcrs  of  falsc  Doctrines  »  gives 
Ihc  namc  of  tbis,  togetber  witb  Afe-lih  fuh  keaou ^  «  Sect  of  Maitreya 
Buddba  »  Miiig'isiin  keaou,  «  Scct  of  tbe  intelligent  and  bonourablc  » 
and  Pih-yun-l.sung,  «  Wbitecloud  institute  »  ;  tbe  chief  of  wbicb  several 
associations  are  inade  liable  lo  tbc  penalty  of  strangulation  and  the  meni- 
bers lo  receive  100  blows  and  .l>e  transported  3, 000  le.  » 


174  RÉBELLION    DES   T*Al    P*1NG 

L'existence  des  sociétés  secrètes  est  maïquée  dans  l'histoire  de 
ce  siècle  par  différents  édits  ou  faits  intéressants.  Ainsi  en  1 801 , 
dans  le  chapitre  Hèhel lions  du  Code  pénal,  on  note  que  les 
membres  de  la  société,  dite  des  Triades,  seront  décapités, 
ceux  qui  les  auront  accompagnés  seront  étranglés;  en  1817, 
le  gouverneur  de  Canton  arrête  deux  ou  trois  mille  adhérents 
de  cette  société  ;  en  181 9,  le  gouverneur  du  Hou-Man  se  plaint 
de  Taccroissement  des  membres  des  sociétés  secrètes;  des 
rapports  de  censeurs,  Tun  de  1829  dans  le  Kiang-Si,  l'autre 
de  i8/ii  dans  le  Hou-Kouang  en  marquent  également  le 
développement.  Ce  dernier  constate  que  la  société  des  Triades 
a  cinq  loges  :  1"  Grande  loge,  Fou-Kien  ;  2**  Kouang-Toung  ; 
3"  Yun-Nan  ;  Ix^  Hou-Kouang  ;  5*"  Ïche-Kiang. 

Les  sociétés  secrètes  se  représentent  sous  différents  noms 
et  spus  différentes  formes,  ainsi  M^*"  Fonlana,  vicaire 
apostolique  du  Se-tch'ouen  (^Let.  éd.,  IV,  p.  5o3),  écrit  à 
la  date  du  3  septembre  i83i  : 

«  Les  Tsin-Lien-Kiao  sont  d'une  secte  assez  pernicieuse, 
lis  ne  mangent  point  de  la  chair  des  animaux;  ils  ne  se 
nourrissent  que  de  légumes  et  d'herbes.  Cependant  il  parait 
que  plusieurs  païens,  appartenant  à  d'autres  sectes  athées  ou 
matérialistes,  dont  la  Chine  abonde  plus  que  les  autres  pays, 
se  sont  réunis  sous  le  nom  de  cette  secte,  afin  de  se  révolter 
comme  avaient  fait  les  Péi-Lien-Kiao.  Plusieurs  chefs  de  ces 
sectaires  ont  été  pris  et  mis  à  mort  ;  en  sorte  que  l'on  n'a 
pas  beaucoup  à  craindre  de  la  part  de  ces  rebelles.  Cependant 
les  peuples  se  révoltent  assez  facilement  ;  tous  les  ans  nous 
entendons  parler  de  révoltes,  tantôt  d'un  C(Mé,  tantôt  d'un 
autre;  et  ordinairement  on  dit  que  les  révoltés  sont  des 
Tsin-Lien-Kiao,  les  noms  Tsin  et  Pèi  se  rapprochent  assez 
l'un  de  l'autre  pour  la  signification  :  car  Tsin  signifie  clair 
où  pur,  et  le  mol  Pèi  signifie  blanc.  Je  ne  sais  pas  si  ces 
rebelles  ont  adopté  des  signes  distinctifs  ;  mais  cela  parait 
probable.  Quelqu'un  uï'a  dit  qu'ils  portent  sur  leurs  bonnets 


SOCIÉTÉS    SECRÈTES  I-yS 

un  petit  globule  de  verre  ou  d'autre  matière  transparente.  » 
Mais  la  plus  importante  de  ces  sociétés  est  sans  contredit 
celle  à  laquelle  je  viens  de  faire  plusieurs  fois  allusion,  celle 
des  Triades  San-ho-houei^  ou  du  Ciel  et  de  la  Terre  Tien- 
Ti/toueiy  fjui  a  pour  objet  le  renversement  de  la  dynastie 
actuelle  ;  elle  a  du  reste  failli  réussir.  Les  fameux  rebelles 
T'aïP'ifig  ou  Tchaug-mao  étaient  pour  la  plupart  d'origine 
triade  et  Ton  sait  quelle  fut  la  rapidité  des  succès  de  leur  chef 
Houng  Sieou-ls'iuen,  qui  n'appartenait  d'ailleurs  pas  lui- 
même  à  celte  seclc.  Partis  du  Kouang-Si  et  du  Kouang- 
Toung,  les  T'aï-P'ing,  comme  nous  Talions  voir,  remon- 
tèrent jusqu'au  Kiang,  s'emparèrent  de  ISan-King  en  i853, 
firent  une  pointe  dans  le  Nord  à  travers  le  Ho-Nan  jus- 
qu'au Tché-li,  se  répandirent  dans  les  riches  provinces  du 
Kiang-Sou  et  du  Tché-Riang  et  ne  furent  définitivement 
écrasés  qu'en  i86/i  (prise  de  Nan-king  par  les  troupes  im- 
périales, 9  juillet  i864),  grâce  à  Tappui  donné  aux  troupes 
impériales  chinoises  par  des  contingents  français  et  anglais  ^. 
Cette  société  des  Triades  puise  ses  idées  symboliques  et 
sa  tradition  dans  Tancienne  philosophie  chinoise.  Les  Jésuites 
de  Péking,  au  xviu®  siècle,  ont  clairement  formulé  ces  idées 
dans  les  termes  suivants  : 

«  En  voulant  éclairer  ce  que  les  Anciens,  sur  la  tradition 
de  leurs  Ancêtres,  avoient  dit  allégoriqucment,  c€s  Philoso- 
phes orgueilleux  (les  philosophes  modernes)  ont  tout 
embrouillé,  tout  défiguré,  tout  changé.  Les  Anciens  avoient 
dit,  qu'il  y  avoit  un  Tay-ln  ou  grand  Principe,  un  Chang-ti 
ou  Seigneur  suprême,  un  Tien  ou  Ciel  supérieur,  qui,  par 


1.  Le  caractère  wang  3E  svniholisc  Kunion  du  Ciel,  de  la  Terre  et  de 
l'Horannc.  —  Sous  le  règne  de  llicn-Foung,  les  Triades  ont  frappé  do  la 
monnaie;  leurs  sapècpies  portent  le  caractère  ho  au-dessus  du  trou  ;  au- 
dessous  0  ;  et  deux  caractères  mandchous. 

2.  On  trouvera  la  bibliographie  de  la  guerre  des  T'aï-P'ing  dans  notre 
liibliotheca  Sinira,  roi    aG8-38i. 


176  RÉBELLION    DES    t'aI    p'iNG 

la  vertu  de  son  Ki  ou  de  son  souffle  tout-puissant,  avoit 
formé  les  San-Tsai  ou  les  trois  agents  généraux  ou  puissances 
productrices  subordonnées,  qui  sont  le  Ciel,  la  Terre  & 
rilonime;  &  par  ces  San-Tsai^  ils  entendoient  tout  ce  qui 
est  purement  intellectuel,  comme  tout  ce  qui  tombe  sous  les 
sens;  toute  puissance  qui  peut  être  ou  qui  est  acluellement 
réduite  en  acte.  Ils  rangeoient  sous  le  premier  Tsaiy  qui  est  le 
Ciel,  tout  ce  qui  est  l'objet  de  la  Métapbysique  6^  de  la 
Physique  céleste,  &  ils  s'élendoient  en  particulier  sur  ce 
qui  concerne  TAslrononue,  de  la  manière  à  peu  |)rès  &  dans 
Tordre  que  je  vous  invile  à  examiner  dans  la  ligure  qui 
s'offre  à  vous. 

((  L'eau,  le  feu,  les  métaux,  les  vents,  le  tonnerre,  la  pluie, 
la  Géogra|)liie  &  toutes  les  productions  naturelles,  tant  en 
général  qu'en  particulier,  faisoient  l'objet  du  second  Ts(u\ 
qui  est  la  Terre. 

«  Pour  ce  qui  est  du  troisième  Tsai,  qui  est  Yllonimpy 
ils  le  regardoient  comme  le  seul  être  visible  qui  fût  doué 
d'intelligence,  qui  fut  en  état  de  pouvoir  prwluire  des  actes 
dignes  d'éloge  ou  de  blâme,  de  récompense  ou  de  cbûliment, 
suivant  qu'il  cultivoit  la  vertu,  ou  qu'il  s'abandonnoit  au 
vice.  Ils  étoient  persuadés  outre  cela,  i:  ils  ne  cessoient  de  le 
dire,  que  Vhonime  étoit  récompensé  ou  puni  non-seulement 
pendant  cette  vie,  mais  même  après  sa  mort  ;  &  ce  fut  pour 
l'engager  à  mériter  l'un  iSc  à  éviter  l'autre,  qu'ils  s'appli- 
quèrent surtout  à  développer  les  [)rincipes  de  la  Morale,  à 
expliquer  les  différentes  obligations  qu'elle  impose  en  général 
pour  la  conduite  extérieure  de  l'homnïe  ^S:  pour  le  règlenienl 
de  son  cœur,  *k  en  particulier  pour  l'accomplissement  de 
ses  devoirs,  comme  lils,  comme  sujet,  connue  père  de  famille, 
comme  menïbre  de  la  société,  &c. 

«  Voulant  s'expliquer  brièvement,  au  moyen  de  quelques 
symboles,  ces  anciens  avoient  dit  :  Le  Taif-Ki  ou  le  grand 
Principe  a  engendré  les  Lcang-y  ou  les  deux  elligies  ;  ces 


SOCIÉTÉS    SECRÈTES  1*7 

deux  effigies  ont  engendre  les  Sée-siang  ou  les  quatre  images, 
&  ces  quatre  images  ont  engendré  les  Pa-Koua  ou  les  huit 
trigrammes,  qui  exposent  les  principes  d'où  toutes  choses 
tirent  leur  origine,  &  au  moyen  desquels  il  n'est  rien  qu'on 
ne  puisse  expliquer  ^    n 

Le  livre  des  Changements,  Y-King^  qui  renferme  le  système 
qui  vient  d'être  développé,  commence  au  Tai-Ki,  le  grand 
absolu,  le  grand  extrême.  Les  philosophes  de  la  dynastie  des 
Soung  ajoutèrent  au  '/V/Z-AVle  ITo^z-Aï,  c'est-à-dire  l'absolu 
rien,  Tinfini.  Le  chef  de  cette  école  fut  le  célèbre  ïchou-hi 
(ii3o-i200  après  J.-C.)  qui  naquit  dans  le  Fou-Kien  d'un 
père  originaire  du  Ngan  Houei.  Dans  son  système,  l'absolu 
rien  (^Won-Ki')  produit  le  grand  absolu  ÇTai-Ki)  qui,  animé 
par  son  souffle,  crée  le  grand  principe  mâle  (  Yfing^  ;  ce 
dernier,  dans  son  repos,  donne  naissance  au  principe 
femelle  (}ï/i).  Lorsque  ces  deux  principes  mis  en  mouve- 
ment finissent  par  se  reposer,  ce  qui  se  trouve  en  haut  est 
le  Ciel  correspondant  au  Yang,  ce  qui  reste  en  bas  est  la 
Terre  correspondant  au  Yin.  Puis,  dans  la  suite  de  leur 
mouvement  on  voit  se  former  le  soleil  et  la  lune,  les  étoiles 
et  les  planètes,  l'eau  et  le  feu,  les  piaules,  les  minéraux,  les 
hommes,  les  animaux,  etc.  Les  lois  qui  régissent  les  mou- 
vemenls  sont  au  nombre  de  quatre  :  i**  A7,  le  souille  de  la 
nature,  qui  représente  l'énergie;  2"  Li\  les  lois  de  la  nature 
antérieures  au  A7;  3"  So,  qui  donne  les  proportions  numé- 
riques; enfin  pour  rendre  tangibles  ces  lois,  les  rendre 
matérielles,  4"  i'^^gj  '^  forme  de  la  nature  -. 

On  a  représenté  ce  système  philosophique  par  des  dia- 
grammes. Quelquefois  on  s'est  contenté  des  trois  pouvoirs  de 
la  nature,  San-Tsaî:  ciel,  terre,  homme,  indiqués  par  un  A. 

1.  Mémoires  concernant  les  Chinois,  t.  Il,  p.  37-28. 

2.  Cf.  Feng-shui  :  or,  the  Rudiments  ofNatural  Science  in  China. 
By  Ernest  J.  Eitel,  M.  A.,  Ph.  D.,  of  the  London  Missionary  Sociely. 
Hongkong  :  1873,  in-8,  pp.  7-9. 

CoRDiER.  I.  —  12 


178  RÉBELLION    DES    T*AI    P*ING 

Les  deux  principes  primitifs  sont  marqués,  Tun  par  une 
ligne  droite  ■■^■a  qui  correspond  au  Yang,  par  conséquent 
au  principe  mâle,  à  la  lumière  et  au  ciel  ;  l'autre  par  une 
ligne  coupée  ■■  oh  qui  correspond  au  Yin,  par  conséquent  au 
principe  femelle,  aux  ténèbres  et  à  la  terre. 

On  en  a  déduit  les  quatre  figures  suivantes  : 


i)  Tai-Yangy  qui  correspond  au  soleil,  à  la  chaleur,  à 
Tin  tell  igence,  aux  yeux,  etc. 

2)  Tai-Yinj  qui  correspond  a  la  lune,  au  froid,  aux 
passions,  aux  oreilles,  etc. 

3)  Cftao-Yanf(,  qui  correspond  aux  étoiles,  à  Taurore,  h 
la  forme,  au  nez,  etc. 

/|)  ChaO'Yin^  qui  correspond  aux  planètes,  à  la  nuit,  à 
la  forme  humaine,  à  la  bouche,  etc. 

Ces  quatre  figures  secondaires  forment,  les  huit  trigrammes 
ou  Koudy  dont  rinvention  est  attribuée  à  Fou-hi,  le  premier 
des  cinq  souverains  (2852-2788  avant  J.-C).  La  légende 
raconte  que  ces  signes  étaient  marqués  sur  un  rouleau  qui 
fut  jx)rlé  à  IVmpereur  par  un  dragon  sorti  du  Fleuve  jaune. 

Ces  trigrammes  représentent  : 


5  G  7  8 


i)  Le  Ciel  :  les  lignes  étant  pleines,  ce  trigramme  marque 
le  principe  mdie  pur  ; 

2)  La  \aj)eur,  les  exhalaisons  aqueuses,  les  lacs; 

3)  Le  Feu,  la  chaleur,  la  lumière  ; 

4)  Le  Toîmerre  ; 


SOCIÉTÉS    SECRÈTES  ing 

5)  Le  Vent  ; 
G)  L'Eau; 

7)  Les  Montagnes; 

8)  La  Terre  ;  les  lignes  étant  brisées,  ce  trigramme  marque 
le  principe  femelle  pur. 


Fio.    I.   Le  Sien  T'Ien. 


Généralement,  on  arrange  ces  figures  sous  la  forme 
précédente  (fig.  i)  à  laquelle  on  donne  le  nom  de  sien 
fien  : 

Chin-nong,  le  second  des  cinq  souverains,  passe  pour 
avoir  multiplié  par  8  les  Koua  de  Fou-hi  pour  en  faire  64- 


l8o  RÉBELLION    DES    T  AÏ    P  ING 


Ces  64  figures,  niuUiprK^cs  par  6,  en  donnent  384,  chiffre 
maximiim'généralemenl  cherché,  quoique  Ton  prétende  qu'on 
ait  poussé  les  combinaisons  ju^ qu'au  nombre  fantastique  de 
i6  777  2i6  !  !  ! 

Le  principe  mâle  ■hh^hi  et  le  principe  femelle  m^  ■§■§ 
réunis  forment  le  Tai-Kiqui  est  ordinairement  représenté  de 
la  manière  suivante  : 


FiG.    2.  FlG"    3. 

Fie  2  et  3.   Formes  usuelles  du  Tai-ki. 

Sur  le  demi-diamèlre  d'un  cercle  donné,  on  décrit  un 
demi-cercle  et  sur  le  demi-diamélre  restant  un  autre  demi- 
cercle  en  sens  contraire.  Les  deux  figures  délimitées  par  la 
courbe  ainsi  obtenue  peuvent  être  semblables  (fig.  2)  ou 
bien  teintées,  Tune  en  couleur  claire,  l'autre  en  couleur 
foncée. 

Ce  sont  là  les  Tai-Ki  primitifs,  mais  plus  lard,  pour  mar- 
quer la  pénétration  des  deux  principes,  on  a  placé  un  petit 
disque  clair  dans  la  partie  foncée,  et  un  petit  disque  foncé 
dans  la  partie  claire  de  la  figure  (fig.  3). 


Le  Tai-Ki  affecte  d'ailleurs  quelquefois  des  formes  bi/.aiies  ; 
un  exemple  assez  curieux  esl  celui  de  l'enchevcl renient  de 
daupliins,  relevé  sur  des  mmièles  de  jonqiies  conservés  au 
Musée  du  Trocadéro  et  que  m'a  très  obligeamment  fait  con- 
naître M.  le  D' llaniy  (%.  à)- 


0  guBtro  d'Amoy,  ■< 
d<  daui  d*Dpblat. 
:7.S<")- 


IjC  premier  de  ces  modèles  venant  de  Amoy  (n°  ly'ioi) 
a  pour  tableau  d'arrière  une  planche  peinte,  au  centre  de 
laquelle  deux  dauphins,  l'un  noir  et  l'autre  blanc,  s'entre- 
lacent de  façon  a  reproduire  les  courbes  du  Tat-Ki  (lig.  1). 
Les  yeux  des  deux  animaux  représentent  les  petits  disques 
de  pénétration'. 

Le  deuxième  modèle  de  jonque  (n*  17/100  de  rinvcnlaire 
du  Musée  d'Ethnographie)  reproduit  la  même  figure,  avec 

t.  Go  moiiole  de  jonque  correspond  au  n"  1791  du  Catalogue  spécial 
de  ta  eotlection  exposée  nu  Palais  du  Champ  dr  Mars  (_E.r position 
iiniyerselle .  Paris.  1S78).  publié  par  ordro  du  directeur  général  dos 
Douanes,  Sliang-hai.  1S78,  in-J,  p.  li)3. 


( 


quelques  petites  variantes,  sur  un  dis<[ue  qui  occupe  le  centre 
de  la  rampe  découpée  de  la  passerelle  d'arrière  d'une  jonque 
de  commerce  d'Amoy  (fig.  5). 

On  arrive  à  faire  une  figure  complète  en  plaçant  le  Taï-ki 
au  centre  du  Sien-T'ien. 

On  peut  d'ailleurs  représenter  autrement  la  combinaison 
des  deux  principes  :  le  Ciel  est  rond  et  la  Terre  est  carrée 
(à  Pékîng,  par  exemple,  le  temple  du  Ciel  est  rond,  celui  de 
la  Terre  est  carré);  la  monnaie,  appelée  sapèque,  qui  est 
ronde  et  percée  au  centre  d"un  trou  carré,  représente  donc  le 
mariage  du  Ciel  cl  de  la  Terre  ;  elle  est  également  le  svmbole 
de  l'homme  parfait. 


K 


Les  membres  de  la  société  des  Triades  ont  puisé,  comme 
je  l'ai  dit  plus  haut,  leurs  idées  symboliques  dans  le  système 
que  je  viens  d'expliquer  ;  des  allusions  fréquentes  à  la  cos- 
mogonie ancienne  sont  faites  dans  les  cérémonies  et  dans  les 
diptiWes;  on  retrouve  souvent  le  triangle  sur  ces  derniers. 
Dans  un  cas  même,  le  diplôme  représente  un  Sien-  T'ien  avec 
le  Taï-ki  au  centre;  c'est  celui  du  Chan-Toung;  d'ailleurs 


SOCIÉTKS    SECRÈTKS  l83 

celte  confrérie  afliliée  aux  Triades  porte  le  nom  carac- 
téristique de  Pa  Ko  II  a.  Le  révérend  D.-il.  Porter  a  écrit 
un  long  Mémoire  sur  cette  secte',  et  le  D*"  Schlegel  en  a 
reproduit  le  diplôme*.  On  trouvera  également  des  diplômes 
dans  un  article  du  lieulenant  Newbold  dans  le  Journal 
of  the  Royal  Asiatic  Socief)  \  Le  diplôme  que  nous 
reproduisons  ici  est  tiré  d'un  Mémoire  de  M.  Wylie,  publié 
dans  le  North-China  Herald^. 

A  quelle  époque  fut  constituée  la  société  des  Triades,  et 
quelle  fut  son  origine?  Si  Ton  répondait  a  ces  questions  par 
un  sinqilc  examen  des  symboles  marqués  sur  les  diplômes 
de  cette  association,  on  pourrait  faire  remonter  sa  naissance 
aux  époques  les  plus  reculées  de  Thistoire  de  la  Chine  ;  en 
tenant  compte  du  peu  de  stabilité  des  institutions  humaines 
et  en  étudiant  le  système  du  philosophe  Tchou-hi  que  nous 
avons  déjà  exposé,  on  pourrait  faire  remonter  les  débuts  du 
San  IIo-Houei  jusqu'à  la  dynastie  des  Soung.  11  m'a  semblé 
toutefois  que  la  constitution  actuelle  des  loges  de  cette  so- 
ciété, ses  rites,  les  personnages  qu'elle  honore,  ne  permettent 
pas  de  lui  donner  une  origine  plus  ancienne  que  le  commen- 
cement de  la  dynastie  actuelle,  c'est-à-dire  la  seconde  moitié 
du  XVII*  siècle.  On  sait,  en  effet,  que  le  premier  empereur 
de  la  famille  mandchoue  qui  règne  encore  aujourd'hui  sur 
le  Céleste  Empire,  Chouen  Tché,  monta  sur  le  trône  en  i643, 
quoique  la  date  olïicielle  de  son  avènement  ne  soit,  selon  la 


I.  Secret  Socicties  in  Shantitng.  By  Ihe  Rev.  D.  H.  Porter.  M.  D. 
(^Chinese  Hecorder,  XVII.  iSSO,  pp.  i-io,  64-73.) 

a.    The  llung  Leagiie,  p.  Sa. 

3.  The  Chinese  Secret  Triad  Society  of  the  Tien-ti-hnih.  By 
Lieutenant  Newbold,  A.  D.  C,  and  Major-general  Wilson,  G.  B.,  Madras 
Array.  (Jour.  Roy.  As.  Soc,  VI,  i84i,  p.  i30-i58.) 

/|.  Secret  Societies  in  China.  By  A.  Wylie.  (iV,  C.  Iferald,  n"»  i65, 
sept.  34.  i853  et  seq. — Réimp.  dans  The  Shnnghac  Almanac  for  i854 
and  Miscel.) 


iifi»  r  AÏ  P  it 


%      * 


.  DiplAms  d'uas  Sociale  Hcril»  chiaoïK.  (D'iprèa  M.  A.  Wjlls). 


SOCIÉTÉS    SECRÈTES  l85 

coiilnme  du  pays,  qu'au  commencement  de  Tannée  suivante, 
ce  qui  correspond  à  notre  8  février  i6/i/l.  Les  Mandchous 
ne  s'établirent  pas  sans  difficultés  sur  le  trône  des  princes 
nationaux  Ming,  qui  avaient  régné  depuis  i368,  à  Nan- 
King,  puis  à  Péking;  aux  dissensions  intérieures  vinrent 
s'ajouter  les  attaques  de  Télranger.  Ce  fut  au  fils  de  Chouen- 
tché,  le  célèbre  Kang-Hi,  monté  sur  le  Irône  en  1662,  qu'échut 
la  lourde  tâche  de  terminer  la  pacification  de  Fempire  et  de 
repousser  définitivement  les  envahisseurs. 

Un  des  pronïiers  ennemis  que  Kang-hi  eut  h  combattre, 
fut  Galdan,  le  chef  de  la  Iribu  mongole  des  Eleuthes.  Cette 
Iribu  pouvait  reformer  à  son  profit  cette  terrible  armée 
mongole  qui  s'élait  plusieurs  fois  avancée  vers  le  Midi  en 
conquérant  tout  sur  son  passage.  Dans  Tembarras  très  grand 
que  causait  à  Kang-hi  Tattaque  de  Galdan  survenant  au 
milieu  de  rébellions  intestines,  l'empereur  au  heu  de  s'adresser 
a  ses  ministres  ou  à  l'un  de  ses  gouverneurs  de  province  afin 
d'exterminer  les  Eleuthes,  fit  appel  à  la  nation  entière  —  ici 
commence  la  légende  —  par  un  édit  impérial  annonçant  que 
ceux  qui  vaincraient  l'ennemi  recevraient  une  somme  de 
dix  mille  taëls  d'or  et  la  noblesse  héréditaire  du  troisième 
degré  (comte),  ce  qui  leur  assurerait  la  suprématie  sur  dix 
mille  familles.  Cent  vingt-huit  prêtres  du  monastère  de 
Siau-Lim-Si,  dans  le  district  de  Touan-leng,  au  fond  des 
montagnes  Kiu-lien  (province  de  Fou-Kien),  se  déclarèrent 
prêts  à  anéantir  les  barbares  envahisseurs  sans  le  secours 
d'aucune  Iroupe  ;  à  l'aide  d'un  stratagème,  ils  battirent  les 
Eleuthes,  refusèrent  toutefois  les  honneurs  que  leur  offrait  le 
souverain  à  la  suite  de  leur  victoire,  et  munis  seulement  des 
dix  mille  taëls,  ils  se  retirèrent  dans  leur  couvent  pour  re- 
prendre leurs  travaux  religieux. 

Cependant  ce  succès  avait  excité  au  plus  haut  point  la 
jalousie  des  mandarins  ;  ces  derniers  réussirent  à  faire  tuer  les 
prêtres,  à  l'exception  de  dix-huit  qui  se  sauvèrent  en  empor- 


l86  RÉBELLION    DES    t\i    P*I>G 

tant  le  sceau  et  Tépce  magique  de  leur  fondateur.  Un  nouveau 
massacre  réduisit  à  cinq  le  nombre  de  ces  religieux  ;  un 
général  qui  leur  avait  été  favorable  fut  étranglé  vers  la  même 
époque.  La  veuve  de  ce  général  et  cinq  marchands  de  che 
vaux  des  provinces  de  Tclié-Kiang  et  de  Chan-Toung,  se 
réunirent  à  ces  cinq  prêtres  pour  former  la  société  dite  Tien- 
Ti-houei,  qui  recruta  bientôt  un  grand  nombre  d'adhérents. 
Cette  société,  divisée  en  cinq  bannières  ou  loges,  avec  des 
mots  de  passe  qui  permettaient  a  ses  membres  de  se  faire 
reconnaître,  eut  pour  objet  de  venger  l'assassinat  des  prêtres 
et  de  remplacer  la  dynastie  mandchoue  des  Tsing  par  la 
dynastie  chinoise  des  Ming*. 

Le  meilleur  exemple  que  nous  puissions  donner  de  rafïi- 
liation  dans  cette  société  est  celui  qui  nous  est  fourni  par  les 
loges  des  Etablissements  du  Détroit  de  Malacca  (^S  Ira  ifs 
Setllements)  dont  le  nombre  officiel  des  membres  s'élevait, 
en  1887,  à  62  736. 

En  théorie,  les  réimions  des  sociétés  secrètes  en  souvenir 
des  persécutions  exercées  par  les  fonctionnaires  mandchous, 
devraient  se  passer  dans  les  montagnes  ou  dans  les  jungles  ; 
en  ré<ilité,  elles  ont  lieu  sous  la  protection  du  gouvernement 
britannique  dans  des  locaux  ad  hoc. 

V  la  porte  de  la  loge  se  tient  un  huissier  avec  un  bâton 
rouge;  ceux  qui  entrent  dans  la  loge  doivent  prendre  le 
bâton  à  deux  mains  et  répéter  les  vers  suivants  : 

Je  tiens  la  canne  rouge  dans  mes  mains, 

Sur  ma  rouie,  vers  la  loge,  je  n'ai  aucune  crainte 

Vous  me  demandez,  frère,  où  je  vais 

Vous  venez  de  bonne  heure,  mais  je  marche  lentement. 

Ceux  qui  ne  sauraient  répondre  devraient  être,  selon  le 
règlement  de  la  sociéti3,  décapités. 

I.  Mr.  (îiles  (Glossary  of  Référence,  p.  269)  ne  fait  remonter  lori- 
gine  de  cette  société  qu*au  règne  de  Young-Tchcng  (1728- 1736),  fils  de 
Kang-lli. 


SOCIÉTÉS    SECRÈTES  187 

Puis,  ayant  traverse  la  grande  porte,  on  passe  dans  la  salle 
de  la  sincérité  et  de  ]ai  Justice,  puis  dans  la  Vi//e  des  saules , 
puis  dans  le  pavillon  fleuri  rouge  ;  au-dessus  du  pavillon  se 
trouve  le  grand  autel,  avec  la  chaire  du  Sien-seng  ou  maître 
de  la  loge  ;  je  fais  grâce  au  lecteur  de  la  suite,  du  cercle  du 
Ciel  et  de  la  Terre,  du  pont  à  deux  planches,  dont  Tune  est 
de  cui\re  et  l'autre  de  fer,  de  la  fournaise  incandescente,  du 
marché  de  la  paix  universelle  et,  en  dernier  lieu,  du  temple 
de  la  vertu  et  du  bonheur. 

C'est  dans  une  pièce,  à  droite  du  marché  de  la  paix  uni- 
verselle^ que  les  candidats  piuifiés  par  des  ablutions,  revêtus 
d'habils  neufs,  se  préparent  à  être  reçus. 

«  Chaque  candidat  est  introduit  par  un  fonctionnaire  de 
la  loge  qui  se  porte  garant  que  pendant  quatre  mois,  le  nou- 
veau membre  ne  se  querellera  pas  avec  ses  frères  et  que 
pendant  trois  ans  il  n'enfreindra  pas  les  plus  importants  des 
trente-six  articles  du  serment  de  la  société  V   » 

La  lecture  de  ce  serment,  écrit  en  trente-six  articles,  est 
faite  à  haute  voix  aux  candidats  agenouillés  par  un  des 
affiliés.  Le  premier  de  ces  articles  marque  que  la  piété  filiale 
est  la  première  de  toutes  les  vertus  ;  nous  notons  dans  les 
articles  suivants  quelques  renseignements  :  Le  secret  est 
absolu  :  celui  qui  Taura  trahi  aura  une  de  ses  oreilles  coupées 
et  recevra  cent  huit  coups  ;  tout  membre  de  la  société  consi- 
dérera ses  collègues  comme  des  frères,  qu'ils  appartiennent 
aux  hautes  classes,  comme  les  comtes,  les  marquis,  les 
généraux  et  les  ministres  ;  aux  classes  moyennes,  comme  les 
lettrés,  les  agriculteurs,  les  artisans  et  les  négociants  ;  ou  aux 
classes  inférieures,  vagabonds  ou  mendiants  ;  puis  viennent 
des  préceptes  de  tolérance  et  d'honnêteté,  de  bienfaisance  et  de 
justice  ;  dans  les  réunions  de  la  société,  vous  ne  cacherez  pas 

I.  Pickcring.  Il,  p.  6.  —  Chinese  Secret  Socicties  and  iheir  Origin. 
By  Mr.  W.  A.  Pickcring.  (Jour.  Straits  Branch  ofthelioy.  As.  Soc, 
n'»  1,  1878,  pp.  63-84;  n"  3,  1879,  pp.  1-18.) 


l88  RÉBELLION    DES    t'aÏ    P*ING 

les  serpents  parmi  les  dragons^  c'est-à-dire  les  Mandchous 
parmi  les  Chinois  ;  la  politique  montre  le  bout  de  l'oreille  : 
pour  les  serpents,  lisez  la  police. 

Après  la  lecture  du  serment,  tout  le  monde  se  lève,  verse 
un  peu  de  sang,  puis  Ton  boit  du  thé. 

Afin  de  bien  marquer  le  refus  de  reconnaître  la  dynastie 
mandchoue  actuelle,  les  membres  de  la  société  défont  leurs 
cheveux  et  les  laissent  pendre  librement  sur  le  dos  ;  Tépaule 
droite  et  la  poitrine  restent  nues.  Quand  les  candidats  ont 
été  préparés,  le  maître  de  la  loge  arrange  les  différents  objets 
nécessaires  à  la  cérémonie  sur  le  grand  autel  :  ils  se  com- 
posent d'une  mesure  dans  laquelle  on  met  du  riz  et  cent  huit 
sapècpies  renfermées  dans  du  papier  rouge  et  on  y  ajoute  les 
différents  objets,  symboles  de  l'histoire  et  des  traditions  de 
la  ligue  : 

i)  Les  Pavillons  des  Cinq  Ancêtres,  triangulaires  :  qui 
contiennent  le  nom  des  cinq  prêtres  fondateurs  et  le  nom 
des  provinces  dans  lesquelles  chaque  prêtre  a  fondé  une 
loge  : 

I.  Fou-Kien,  Noir, 

a.  Kouang-Toung,  Rouge. 

3.  Yun-Nan,  Jaune. 

4.  IIou-Kouang,      Bleu. 

5.  Tchc-Kiang,        Vert  (ou  bleu  d'azur). 

2)  Les  Pavillons  des  cinq  marchands  de  chevaux  ou 
généraux  «  tigres  »,  comme  les  précédents,  correspondent 
aux  provinces  de  : 

I.  Kan-Sou. 

3.  Rouang-Si. 

3.  Se-Tch*ouen. 

4-  Chan-Si. 

5.  Kiang-Si. 

3)  Les  Pavillons  des  cinq  éléments  : 
I.  Eau,  Noir. 


3.  Feu, 

3.  Bois, 

4.  Métal, 

5.  Terre, 


SOCIÉTÉS    SECRÈTES 

Rouge. 

Azur  (vert,  bleu,  noir), 

Blanc. 

Jaune. 


189 


4)  Les  Pavillons  des  quatre  points  cardinaux  : 


I.  Nord, 

a.  Sud, 

3.  Est, 

4.  Ouest, 

I.  Nord, 

3.  Sud, 

3.  Est, 

4.  Ouest, 


]\oir.    \  (^^  ^  trouve  Té- 

I      toile  polaire. 
Rouge./  Représentant!^^   '<^    ^^leil   se 

-.  îles  quatre  pôles<^,    f^    '     ., 

Vert.   1        '  "^        iOu  le   soleil    se 

\    de  la  terre.     /     ,^^^ 

Blanc.  f  Où  le   soleil   se 

/  V     couche. 


Noir.  \  Représentant  /  Le  guerrier  som- 
1     les  quatre     I      bre. 

Rouge. 'quartiers  dansiL'oiseau  de  ver- 
\  lesquels  sont  <      millon. 

Vert.  [  réparties  les  JLe  dragon  d*a- 
1    vingt-huit     f      zur. 

Blanc,  'constellations.!  Le  tigre  blanc. 


5)  Les  Pavillons  des  saisons  : 

1.  Printemps,  Vert. 

2.  Été,  Rouge. 

3.  Automne,  Blanc. 

4.  Hiver,  Noir. 

6)  Les  Pavillons  de  : 

i.  Ciel,  Azur. 

2.  Terre,  Jaune. 

3.  Soleil,  Rouge. 

4.  Lune,  Blanc. 

7)  Les  sept  étoiles  : 

I.  Soleil, 
a.  Lune. 
3.  Vénus. 
li.  Jupiter. 


IQO  RÉBELLION    DES    T*AI    P*1NG 

5.  Mercure. 

6.  Mars. 

7.  Salurne. 

Les  huit  trigrammes. 
Les  pavillons  de  l 'Orchidée  d'or. 

L'étendard  de  la  «  Confrérie  victorieuse  »,  vert,  jaune, 
rouge  et  écarlate. 

8)  Les  quatre  pavillons  rouges  des  quatre  principaux 
fonctionnaires. 

9)  L'ombrelle  jaune. 

10)  Le  pavillon  du  Commandant  en  chef  dos  armées. 

1 1)  La  tablette  des  «  Cinq  Ancêlres  »,  à  droite  de  laquelle 
se  trouvent  :  l'épée  précieuse,  une  paire  de  ciseaux,  un  sotian 
prin,  et  le  miroir  précieux  ;  à  gauche  de  laquelle  se  trouvent  : 
le  fourreau  de  Tépéc,  la  mesure  du  pied,  les  petites  balances 
et  les  poids,  les  quatre  trésors  du  bureau  (table  à  écrire), 
c'est-à-dire  l'encre,  le  papier,  le  pinceau  et  la  pierre  h  encre,  et 
cinq  échevcaux  de  soie  filée  :  blanc,  jaune,  rouge,  vert  et  noir. 

1 2)  Un  modèle  de  la  véritable  Ang  Houa  Tang  avec  ses 
trois  portes. 

Et  devant  l'autel  il  y  a  cinq  tasses  de  thé,  cinq  tasses  de 
vin,  cinq  bols  de  riz,  cinq  paires  de  bâtonnets,  les  trois  viandes 
de  sacrifices  :  porc,  poulet  et  canard,  un  paquet  de  tabac,  un 
paquet  de  thé,  sept  lampes  pour  les  sept  étoiles  et  une  paire 
de  grosses  chandelles  rouges,  et  au-devant,  un  brûle-parfums 
précieNjC. 

Après  avoir  énuméré  les  griefs  des  vrais  Chinois  contre  la 
dynastie  mandchoue,  avoir  raconté  la  défaite  des  Eleulhes 
par  les  prêtres  du  Fou-Kien,  le  maître  de  la  loge  interroge  le 
haut  fonctionnaire,  chef  de  l'avant-garde,  et  lui  fait  réciter, 
opération  qui  dure  près  d'une  heure,  les  trois  cent  trente- 
trois  articles  du  catéchisme  de  la  Société  ;  à  la  suite  de  cet 
examen,  le  maître  de  l'avant-garde  (sien-houng)  est  autorisé 
à  introduire  les  candidats  qui  doivent  être  aililiés. 


\ 


SOCIÉTÉS    SECRKTES  IQI 

Théoriquement,  et  souvent  même  en  pratique,  la  première 
opération  de  rafTitialion  consiste  à  couper  la  natte.  On  sait 
que  la  mode  de  se  raser  le  sommet  de  la  tête  et  de  réunir 
les  cheveux  en  une  longue  natte,  ne  date  chez  les  Chinois 
que  du  xvii"  siècle  et  de  la  conquête  de  leur  pays  par  les 
Mandchous. 

Puis  viennent  les  ablutions,  le  dépouillement  des  habits, 
le  revêtement  d'un  habit  blanc,  etc.  Ensuite  a  lieu  un  nouvel 
interrogatoire  du  sien-lioung^  Tencens  brûlé  ;  on  allume  les 
chandelles  rouges,  on  offre  le  vin,  etc.  Après  Taffiliation,  chaque 
membre  reçoit  un  diplôme,  on  leur  fait  visiter  la  loge  et  on 
leur  montre  les  instruments,   les  pavillons  et  les  drapeaux. 

Les  adeptes  de  cette  association  ont  de  nombreux  signes 
de  reconnaissance  ;  quelques-uns,  par  exemple,  ajoutent 
dans  récriture  un  caractère  spécial,  à  celui  qui  exprime  le 
véritable  sens  d'un  mot  :  la  façon  de  tenir  le  parapluie  ou 
le  mouchoir,  la  manière  de  présenter  la  pipe  d'opium,  cer- 
tain cérémonial  observé  en  remplissant  ou  en  vidant  les  tasses 
de  thé,  sont  autant  de  signes  distinctifs  qui  facilitent  aux 
affiliés  de  se  reconnaître  quelque  part  où  ils  se  rencontrent  \ 

On  comprendra,  étant  données  les  pénalités  sévères  édic- 
tées par  les  fonctionnaires  chinois*  contre  les  membres  de 


I.  Cf.  Thian  Tihsruiy  The  Hung-League  or  Ileaven-Earth-Leagup. 
A  secret  society  with  the  Chinese  in  China  and  India.  By  Gustave 
Schlegel...  Witli  an  introduction  and  numerous  cuts  and  illustrations. 
Batavia,  Lange,  18OO,  gr.  \ï\!\.  —  C'est  de  beaucoup  l'ouvrage  le  plus 
important  sur  la  matière. 

a.  «  Tous  les  vagabonds  et  gens  déréglés,  qu'on  saura  avoir  fait  des 
réunions,  ou  avoir  commis  des  vols  à  force  ouverte,  ou  autres  actes  de 
violence,  sous  la  dénomination  particulière  de  Tien  Tihoueiy  c'est-à-dire 
\  Association  du  Ciel  et  de  la  Terre^  subiront  la  mort  par  décollement, 
dès  qu'ils  auront  été  pris  et  convaincus  de  leur  crime  ;  et  tous  ceux  qui 
les  auront  accompagnés  |)our  les  soutenir,  ou  qui  les  auront  excités  à 
commettre  leurs  pratiques,  subiront  la  mort  par  strangulation.  »  {Ta- 
Tsing  Leu-li,  code  pénal  de  la  Chine,  trad.  Staunton  et  Renouard  de 
Sainte-Croix.  Paris,  i8ia,  II,  pp.  46o-i). 


IQS  RÉBELLION    DES    t'aÎ    P*ING 

cette  société,  qu'il  soit  difficile  d'obtenir  des  renseignements 
exacts. 

En  Chine,  être  seulement  en  possession  de  livres  ou 
d'insignes  amènerait  une  application  sévère  et  immédiate  de 
la  loi.  Dans  les  Indes  néerlandaises,  ces  sociétés  sont  pro- 
scrites; dans  les  colonies  anglaises,  elles  sont  absolument 
tolérées  :  d'ailleurs  elles  ne  revêtent  guère  dans  ces  établisse- 
ments que  le  caractère  de  sociétés  de  secours  mutuels.  Les 
Anglais  ont  su  tirer  parti  du  principe  de  l'association  chez 
les  Chinois  et  ils  ont  créé  un  poste  de  fonctionnaire  qui  porte 
le  titre  de  protecteur  des  Chinois.  Ce  poste  naguère  occupé 
par  M.  Pickcring,  l'a  été  depuis  par  le  D*"  N.B.  Dennys  ^; 
c'est  à  ce  dernier  système  que  je  me  rallierais  très  volontiers  : 
une  espèce  de  truchement  entre  les  Chinois  et  le  gouverne- 
ment me  paraît  de  nature  à  empêcher  les  grandes  révoltes, 
comme  celle  qui  éclata  à  Batavia  au  miUeu  du  dernier 
siècle^. 


1.  D""  Dennys.  Nicholas  Belfield.  mort  à  Hong-Kong,  5  d6c.  1900. 

—  Voir  ToungPao.  a"  Sér.,  11,  n©  i. 

a.  On  trouvera  la  bibliographie  des  sociétés  en  Chine  dans  notre 
Hibliotheca  sinicut  col.  861-864.  —  L'ouvrage  suivant  est  extrêmement 
remarquable  :  The  Chinese  and  their  Rebellions,  viewed  in  connection 
svith  their  national  philosophy,  ethicSy  législation,  and  administra- 
tion. To  which  is  added,  an  Essay  on  civil ization  and  its  présent 
state  in  the  East  and  H'esty  by  Thomas  Taylor  Meadows,  Chinese  In- 
terpréter in  II.  M.  Civil  Service,  London  :  Smith,  Elder  &  C'\  i856, 
in -8.  —  On  pourra  également  consulter  :  —  Associations  de  la  Chine. 

—  Lettres  du  P.  Lehoucq,  missionnaire  au  Tché-Iy-Sud-Est.  publiées 
par  un  de  ses  amis.  Paris,  F.  Wattelier  et  C'<*,  s.  d.,  in- 16.  —  Il  est  inté- 
ressant de  noter  cette  plaquette  écrite  par  un  franc-maçon  :  Freemasoniy 
in  China,  by  Herbert  A.  Gilos.  W.  M  lonic,  n«  1781,  E.  C.  and  Dis- 
trict Grand  Senior  Warden,  Hongkong,  Amoy  :  1880,  in-4. 


^ 


CHAPITRE  XIII 

RÉBELLION  DES  T'AI  PING 

(Suite). 


MARCHE    DES    t'aÏ    p'iNG 

Le  27  août  i85i,  les  rebelles*  s'emparent  de  Yong-ngan, 
dans  la  partie  orientale  du  Kouang-Si  et  Houng  Sieou-ts'iuen 
est  déclaré  empereur  du  Royaume  Céleste  de  la  Grande 
Pureté,  Taî  P'ing  T*icn-Kouo,  Les  efforts  des  mandarins 
avaient  été  impuissants  à  arrêter  le  mouvement  ;  dès  les  pre- 
mières nouvelles  de  la  rébellion,  le  gouvernement  impérial 
avait  fait  appel  au  fameux  commissaire  Lin  de  la  guerre  dé 
rO|)ium.  Lin  Tsi-seu  vivait  retiré  à  Fou-tchéou,  sa  ville 
natale  ;  nommé  commissaire  impérial  le  i®""  novembre  i85o, 
il  mourait  malheureusement  en  route  quelques  jours  plus 
lard  (21  novembre  i85o).  Il  fut  remplacé  par  un  ancien 
tson*!;  ton,  Li  Si-youen,  en  même  temps  qu'un  ex-gouver- 
neur général  Tcheou  Tien-kio,  était  nonmié  gouverneur  du 
Kouang-Si.  Efforts  stériles  ! 

I.  Les  rebelles  étaient  désignés  sous  le  nom  de  T'ai  Ping  om  de 
Tchang  mao  (longs  cheveux),  parce  que  laissant  pousser  leurs  cheveux 
comme  les  anciens  (Uiinois,  ils  refusaient  de  suivre  la  mode  tarlare  et  de 
se  raser  le  sommet  de  la  tête.  On  les  appelait  aussi  Iloung,  rouges,  u  Ils 
sont  nommés  rouges,  dit  le  P.  Habeau,  parce  qu'ils  ont  la  coutume  de 
porter  une  bande  d'ctofle,  le  plus  souvent  rouge,  dans  leurs  cheveux,  ou 
à  la  ceinture  et  môme  sont  quelquefois  tout  habillés  de  rouge.  »  (Lettres 
des  Nou\'elles  Missions,  III,  a«  partie,  p.  i84.) 

CoRDIER.  I.  —  i3 


194  RÉBELLION    DES    T*AÏ    P*ING 

Le  nouvel  empereur  T'aï  P'ing,  désormais  connu  sous  le 
nom  du  T'aï  P'ing  Wang  ou  T'ien  Wang  *,  place  ses  troupes 
sous  quatre  chefs,  Fong  Youn-san,  Yang  Sieou-tchin,  Siao 
Tchao-Kouei  et  Wei-tching.  Les  rebelles  quittent  Yong-ngan 
(7  avril  1852),  montent  vers  le  Nord,  assiègent  pendant  un 
mois  Kouei-Lin,  capitale  du  Kouang-Si,  abandonnent  le 
blocus  (19  mai  1802),  paraissent  devant  Tchang-Cha,  capi- 
tale du  IIou-Nan  (i  i  septembre)  qu'ils  assiègent  vainement 
pendant  quatre-vingts  jours  (levée  du  siège,  3o  novembre 
1852)  et  par  la  rivière  Siang  traversant  le  grand  lac  Toung 
ting  (i3  décembre),  pénètrent  dans  le  Yang-tseu.  Les  hordes 
t'aï  p'ing  descendent  ce  grand  fleuve  jusqu'à  l'ombouchure  de 
la  rivière  Han,  au  confluent  de  laquelle  se  trouvent  les  villes 
de  Han- Yang  et  de  Han-Kéou  qui  sont  prises  le  28  décem- 
bre. En  face  de  Han- Yang,  sur  la  rive  droite  du  Yang-tseu, 
s'élève  la  capitale  du  Hou-Pé,  la  grande  ville  de  Wou- 
tch'ang  :  elle  est  prise  d'assaut  (12  janvier  i853).  Le  flot  dos 
rebelles  n'a  qu'à  suivre  le  cours  du  fleuve.  kicou-Kiang 
(18  février  i853)  dans  le  Kiang-Si,  près  du  lac  Poyang,  et 
Ngan  K'ing  (2^  février),  capiUile  du  Ngan-Houei,  tombent 
entre  les  mains  des  T'aï  Ping  qui  apparaissent  le  8  mars 
devant  la  grande  viUe  de  Nan  King. 


PRISE    DE    NAN    KING 

Cette  célèbre  capitale  renferme  une  forte  garnison  qui  se 

î .  Le  Rév.  T.  llamlierg  dit,  note  p.  87  :  Houng  Sioou-  Is'iucn  clail  appelé 
soit  T  aï  l'ing  Wang  d'après  la  nouvelle  dynastie  commençant  avec  lui, 
ou  Tien  Kouo  Wang  d*aprcs  son  autre  désignation.  La  plu|>art  des  llak- 
kas  prononce  le  mot  Kouo  comme  Koueh  ou  Kouet.  et  par  conséipient 
Houng  était  appelé  parmi  eux  T'ien  Koueli  Wang.  Les  gens  à  quelque 
distance,  en  entendant  le  nom  T'ien  Kouel,  mais  ignorant  le  dialecte  et 
les  caractères,  changèrent  le  son  T  ien  koueh  en  T'ien  Tè,  «  vertu 
céleste  ». 


MAECHE    VERS    LE    NORD  IqS 

défend  h  peine,  et  se  laisse  massacrer  lâchement  lorsque  la  ville 
est  prise  d'assaut  le  29  mars  i853.  La  vieille  capitale  des  Ming 
allait  être  pendant  onze  ans  la  capitale  d'un  empire  rebelle, 
qui  mit  la  dynastie  mandchoue  h  deux  doigts  de  sa  perle. 

Des  premiers  chefs  T'aï  P'ing,  deux  étaient  morts,  tués 
tous  les  deux  en  i852  :  Kong  Youn-san,  le  Nan  Wang  ou 
roi  du  Sud  et  Siao  Tchao-Kouei,  le  Si  Wang  ou  roi  de 
rOuest,  beau-frère  de  Houng.  Yang  Sieou-tchin,  le  Toung 
Wang,  roi  de  l'Est,  après  la  prise  de  Nan  King,  prétendit 
incarner  le  Saint-Esprit  et  faire  concurrence  au  Tien  Wang; 
il  fut  tué  au  mois  d'août  i856,  parWei-tching,  le  Pe  Wang, 
roi  du  Nord,  qui  périt  peu  de  temps  après  lui.  Des  six 
grands  chefs  de  la  rébellion,  il  ne  restait  plus  que  Houng,  le 
T'aï  P'ing  ou  T'ien  Wang,  roi  céleste,  et  Chi  ïa-k'aï ,  le  I  Wang, 
roi  auxiliaire,  qui  se  retira  au  Sc-tch'ouen,  h  cause  de  la 
jalousie  de  Sieou-ls'iuen  ;  pris  parles  impérialistes,  lel  Wang 
fut  exécuté  par  la  mort  lente  à  Tch'cng-tou,  le  26  juin  i863*'. 
M.  Bonin  raconte  qu'un  lieutenant  de  Chi  Ta-k'aï  remonta 
vers  le  nord  jusqu'au  Rou-kou  nor,  échappant  ainsi  au 
massacre  de  ses  compagnons  et  joignit  les  rebelles  musul- 
mans du  Kan-Sou. 

Les  T'aï  P'ing  continuent  à  descendre  le  Kiang,  prennent 
successivement  Tchen  Kiang  (i°*"  avril  i853)  sur  la  rive 
droite,  au  confluent  du  Canal  impérial,  Koua-tchéou  et  Yang- 
tchéou  (2  avril)  dont  ils  ne  devaient  retirer  leur  garnison  que 
le  2 G  décembre  suivant. 


MARCnE    VERS    LE    NORD 

Un  mois  plus  lard  (12  mai  i853),  une  armée  de  Taï  P'ing 
traverse  le  Kiang,  défait  les  troupes  tartares  envoyées  contre 

I.  E.  G.    Bal)cr,  Travels   and  Researches,  p.  53,   d'après  les   mé- 
moires de  Lo  Ping-tch'ang,  gouverneur  général  du  Sc-tch'ouen. 


ig6  RÉBELLION    DES    t'aÏ    P*ING 

elle  et  arrive  le  19  juin  devant  Kai-Foiing,  capitale  du  Ho- 
ÎSan,  à  laquelle  est  livré  un  assaut  infructueux  le  22.  Les 
T'ai  P'ing  traversent  le  Fleuve  Jaune  et  marchent  sur  Houei- 
King  qu'ils  sont  obligés  d'abandonner  après  l'avoir  assiégé 
pendant  deux  mois  sans  succès.  Ils  pénètrent  dans  le  Cban- 
Si  et  débouchent  enfin  dans  leïche-li  le  29  septembre  i853. 
Une  de  leurs  avant-gardes  est  repoussée  de  Tien-Tsin  le 
3o  octobre  i853  et  au  commencement  de  novembre,  ils  sont 
bloqués  au  Sud  de  cette  ville  à  Ïsing-Haï,  sur  le  Grand  Canal 
par  les  troupes  impériales  qui  hes  suivent  depuis  Houci  King 
et  par  celles  qui  sont  envoyées  de  Péking. 

La  nouvelle  de  cet  échec  parvient  à  Nan-King.  Immédiate- 
ment une  partie  des  troupes  t'ai  p'ing  de  Ngan  King  est  envoyée 
dans  le  Nord  à  la  rescousse.  Elles  s'emparent  successivement 
deToung  tching,  de  Chou  tching  (29  novembre  i853),  de  Lou 
Ichéou  (i4  janvier  i854),  de  Lou  ngan  (17  février),  mar- 
chent vers  le  Nord,  traversent  le  Fleuve  Jaune  et  paraissent 
devant  Lin  -Tsing  dont  ils  s'emparent  (12  avril  i854)  après 
avoir  battu  les  impérialistes. 

Cei>endant  les  T'aï  P'ing  restés  à  Tsing  liai,  étaient  dans 
l'impossibilité,  faute  de  cavalerie,  de  marcher  sur  Péking  ;  ce 
coup  hardi,  s'il  avait  réussi,  aurait  certainement  mis  fin  à 
la  dynastie  mandchoue,  les  circonstances  étant  singulière- 
ment modifiées  depuis  l'époque  où  les  Pei  Lien  Kiao  occupè- 
rent le  palais  deK'ia  K'ing.  Tsing  liai  fut  évacué  le  5  février 
185/1,  les  T'aï-P'ing  redescendirent  vers  le  Sud,  rejoignirent 
leurs  compagnons  à  Lin-Tsing,  d'où  ils  gagnèrent  le  Kiang 
dont  la  rive  gauche  était  en  mars  i855  débarrassée  de  leurs 
hordes. 

CAMPAGNE    SUR    LE    KIANG 

Entre  temps,  les  T'aï  P'ing  s'étaient  livrés  dans  la  vallée 
du  Kiang  à  des  expéditions  de  maraudeurs,  dans  le  but  de 


igS  RÉBELLION'    DES    t'aÏ    P*1NG 

se  procurer  des  provisions  et  particulièrement  du  riz.  Après 
la  prise  de  Nan-King,  les  TVi  P'ing  avaient  envoyé  des  troupes 
au  lac  Poyang,  et  tentèrent  sans  succès  de  s'emparer  de  la 
capitale  du  Riang-Si,  Nan-lchang,  dont  ils  levèrent  le  siège 
(24  septembre  i853)  pour  se  répandre  dans  la  province 
qu'ils  pillèrent.  Au  printemps  de  i85/|,  ils  avaient  pris  Yo 
tchcou,  étaient  entrés  dans  le  lac  Toung-Ting,  et  dans  la 
rivière  Siang,  et  descendirent  au-delà  de  Ïchang-Cha,  capitale 
du  Hou-Nan.  Le  2G  juin  i85/|,  ils  reprenaient  Wou  tch'ang 
qu'ils  évacuaient  quelques  mois  plus  tard(i3-  î^  octobre  i854) 
ainsi  que  Han-Yang  et  Han-Kéou,  chassés  par  Tseng  Kouo- 
fan.  L'année  suivante,  nouvelle  prise  de  Han-Kéou  (20  lé- 
vrier i855)  et  troisième  capture  de  Wou  tch'ang  (mars). 


LES    ETRANGERS 

Los  étrangers  s'étaient  d'ailleurs  mis  en  rapport  avec  les 
rebelles  de  Nan  King  ;  peu  de  temps  après  la  prise  de  cette 
ville,  le  navire  de  guerre  anglais,  Y/fermès,  avait  quitté 
Cliang-naï  (22  avril  1 853)  avec  le  gouverneur  de  Hong 
Kong,  sir  George  Bonham  ;  plus  tard  le  Hatller  rapportait  un 
grand  nombre  de  brochures  t'aï  p'ing  qui  furent  traduites  par 
le  Rév.  Dr.  W.  II.  Medhurst  ;  le  Cassini^  (3o  novembre 
i853)  se  mettait  également  en  roule  pour  le  Kiang  avec  le 
ministre  de  France,  M.  de  Bourboulon,  enfin  le  Sns(fuelianna, 

I.  Le  Cassinij  Commandant  de  Plas,  avait  quitte  Gtiang-Haï  le  3o 
novembre  i853,  avec  le  ministre  de  France,  M.  de  Bourboulon,  M.  de 
Courcy,  secrétaire  d'ambassade,  et  les  PP.  Gotteland  et  Clavelin,  S.  J.  ; 
il  arriva  en  vue  de  Nan  King  le  6  décembre  et  il  en  repartit  le  i4,  assez 
mal  reçu  par  les  T'aï  Ping.  «  Quant  à  la  partie  politique,  écrit  le  com- 
mandant de  Plas,  si  elle  n'a  pas  obtenu  tout  le  succès  qu'on  attendait, 
elle  a  eu  du  moins  pour  résultat  de  faire  mieux  apprécier  les  tendances 
du  mouvement  insurrectfonnel  qui  menace  l'empereur  de  Chine,  du 
Kouang-Si  à  Péking.  »  P.  358  :  R.  P.  Mercier.  Campagne  du  «  Cas- 
siiii  »  dans  les  mers  de  Chiner  i85i-54.  d'après  les  rapports  du 
C^  de  Plas.  Paris,  1889,  in-8. 


DIFFICULTÉS    DE    LA    CHINE  I99 

vapeur  américain,  quittait  Chang-Haï  (22  mai  i855)  et 
transportait  M.  Robert  Mac  Lane,  ministre  des  États-Unis, 
jusqu'à  Nan  King  011  il  ne  put  débarquer,  menacé  d'être  reçu 
à  coups  de  canon. 

Les  étrangers  étaient  au  reste  fort  perplexes  sur  l'attitude 
à  prendre  vis-à-vis  des  rebelles  ;  les  plus  compétents  préco- 
nisaient la  neutralité  la  plus  absolue  ;  on  annonçait  même  la 
chute  prochaine  de  la  dynastie  mandchoue,  prédite  à  l'ex- 
pulsion des  Mongols  de  Chine  lors  de  Tavènement  des  Ming 
on  i368.  Le  D*"  W  .  A.  P.  Martin,  futur  président  du  T'oung 
Wen  kouan,  allait  jusqu'à  écrire  (Ning  Po,  26  novembre 
i856  ;  combien  a-t  il  dû  depuis  regretter  ces  lignes!): 
«  Comme  les  ressources  des  Mandchous  s'épuisent  au  der- 
nier degré,  nous  pouvons  sûrement  prédire  que  si  les  T'aï 
P'ing  ont  encore  la  chance  d'clre  conduits  par  des  chefs 
capables  comme  ceux  qui  les  ont  dirigés  jusqu'à  présent, 
deux  ou  trois  années  au  i)lus  à  partir  d'aujourd'hui  suDiront 
à  les  rendre  maîtres  de  l'Empire  !  » 

Les  événements  allaient  donner  tort  au  D*"  Martin,  et  heu- 
reusement pour  lui-même  les  T'aï  P'ing  ne  devaient  pas 
trouver  le  grand  chef  capable  de  maintenir  la  victoire  sous 
leur  drapeau.  Houng  Sieou-ts'iuen  était  d'ailleurs  atteint  de  la 
folie  des  grandeurs  et  son  christianisme  avait  subi  de  singu- 
lières transformations.  Vers  la  fin  de  1859,  les  centres  prin- 
cipaux des  rebelles,  Nan  King  et  Ngan  K'ing,  étaient  assiégés 
par  les  Impériaux  et  les  T'aï  Ping  n'occupaient  plus  que 
quelques  villes  du  Kiang-Sou,  du  Ngan-Houei,  comme  T'ai- 
P'ing,  Wou-Hou  et  du  Tché  Kiang,  comme  Hou-tchéou. 


DIFFICULTES    »E    LA    CH1?ÎE 


Les  difficultés  de  la  Chine  avec  l'Angleterre  et  la  France 
allaient  prolonger  la  lutte  des  Mandchous  contre  les  rebelles 


200  RÉBELLION    DES    t'aÏ    p'iNG 

et  relarder  la  chute  définitive  de  ces  derniers.  L'affaire  de 
Ta  Kou  (25  juin  1859)  rendait  inévitable  la  guerre  entre  les 
alliés  franco-anglais  et  la  Chine.  Ainsi,  presque  impuissante 
à  écraser  les  rébellions  intérieures,  la  dynastie  mandchoue, 
avec  une  ignorance  et  une  insouciance  incroyables  des  dan- 
gers qu'elle  pouvait  courir,  par  un  acte  de  la  plus  insigne 
mauvaise  foi,  attirait  sur  le  sol  chinois  les  armes  de  ces  mômes 
puissances  étrangères  qui  deux  ans  auparavant,  lui  avaient  fait 
sentir  leur  force.  On  peut  dire  que  c'est  miracle  que  le  trône 
mandchou,  affaibli  et  ébranlé  depuis  K'ien  Loung,  n'ait  pas 
été  définitivement  renversé  sous  les  coups  des  rebelles  et  des 
étrangers.  11  y  a  vraiment  un  dieu  pour  les  fous,  comme 
pour  les  ivrognes.  Tout  l'effort  des  troupes  impériales  devait 
être  dirigé  contre  les  Français  et  les  Anglais  et  leur  concen- 
tration ne  laissait  devant  les  hordes  T'aï  P'ing  que  de  faibles 
contingents  à  la  merci  de  troupes  au  moins  égales  en  bra- 
voure et  bien  supérieures  en  nombre. 

Li  Sieou  tcheng,  le  Tchoung  Wang  (roi  fidèle)  débarrasse 
les  environs  de  Nan  King  des  Impériaux,  défait  et  tue  à  Tan- 
Yang  le  général  Tchang  Kouo-liang  avec  dix  mille  hommes 
(mai  18G0),  prend  Tchang-tchéou  et  W'ou-Si,  d'où  peuvent 
s'enfuir  les  missionnaires  jésuites  Stanislas  Clavelin,  François 
Giaquinto'  et  Maurice  Sentinier^,  s'empare  de  tout  le  Canal 
impérial  entre  le  Ta  llou  (Grand  Lac)  et  le  Kiang  et  entre 
sans  dillicullé  dans  la  ville  considérable  de  Sou-tchéou  le 
2/1  mai  1860. 

Tout  naturellement,  il  devait  venir  à  l'idée  des  T'aï  P'ing  de 
rechercher  l'alliance  de  ces  «  diables  d'Occident  »  qui  faisaient 
la  guerre  aux  Mandchous.  Beaucoup  d'entre  eux  avaient  été 
en  relations  avec  les  étrangers  ;  sans  parler  du  T'ien  Wang  lui- 

I.  Napolitain;  né  le  19  octobre  1818;  arrivé  dans  la  mission.  a4  jan- 
vier 1849;  niort  3o  avril  i864- 

3.  Né  5  septembre  1828;  arrive  dans  la  mission,  11  janvier  i85a; 
mort  29  juillet  1869. 


I 


DIFFICULTES    DE    LA    CHINE  SOI 

même,  le  Fou  Wang  (Hoiing  Jen)  et  le  Kan  Wang  (Houng- 
Jen-kan)  avaient  eu  recours  à  eux,  ce  dernier  même  avait 
passé  quatre  années  à  Hong  Kong,  et  nommé  généralissime 
des  T'aï  PMng,  son  rêve  était  de  se  rapprocher  de  Change 
Haï,  de  se  livrer  aux  Franco-Anglais  et  de  leur  acheter  des 
navires  pour  s'assurer  la  possession  du  Kiang. 

D'autre  part,  le  Tao  Taï  de  Chang-Haï,  Wou  et  HoKouei- 
Ising,  (iouverneur  Général  des  deux  kiang,  qui  devait 
payer  plus  lard  son  insuccès  de  sa  tête',  implorent  Taide 
des  alliés,  qui  en  ce  moment  même  concentrent  leurs  trou- 
pes à  Chang-Haï  pour  aller  attaquer  la  Chine  dans  le  Nord. 
SpecUicle  singulier  que  ces  fonctionnaires  qui  demandent  le 
secours  de  ceux-là  mêmes  qui  font  la  guerre  à  leur  gouver- 
nement !  Choses  de  Chine,  faites  de  contrastes  et  souvent 
d'incohérences!  Il  eût  été  dangereux  de  diminuer  nos  effectifs 
à  ce  moment,  aussi  Faide  fut  elle  refusée,  mais  dans  la  crainte 
de  scènes  de  pillage  et  de  massacres  semblahles  à  ceux  qui 
s'étaient  passés  à  Hang  Tchéou,  les  plénipotentiaires,  MM. 
Bruce  et  de  Bourboulon  lancèrent  une  proclamation,  le 
26  mai  1860,  pour  annoncer  aux  habitants  de  Chang-Haï 
que  les  chefs  militaires  recevaient  l'ordre  de  prendre  des 
mesures  pour  les  protéger  contre  tout  mouvement  insur- 
rectionnel et  garantir  la  ville  de  toute  attaque. 

Les  négociants  chinois  de  Chang-Haï  avaient  d'ailleurs 
déjà  pris  des  mesures  en  vue  de  la  défense  de  leur  ville  dont 
la  richesse  pouvait  exciter  la  cupidité  des  T'aï  P'ing.  Le  mar- 
chand Ta  Ki  (Takec),  d'accord  avec  le  tao  tai  Wou,  s'as- 
sura des  services  de  deux  aventuriers  américains  Ward  et 
Burgevine,  qui  furent  chargés  de  recruter  des  hommes 
parmi  les  européens  et  les  Manilois  pour  s'emparer  de 
Soung-kiang  sur  le    Houang  Pou,  à  cinq  ou  six  lieues  de 


1.  II  fut  décapiuî  à  Péking  on  juillet  i86'i,  surtout  à  cause  de  la  prise 
de  Sou-lchcou  par  les  rebelles. 


202  nEBËLLION    DES    T  AÏ    P  ING 


Chang  Haï.  l'reclerick  Ward  était  ne  vers  1828  à  Salem 
(Massacimssetts)  ;  flibustier  dans  TAinérique  centrale  sous  le 
général  William  Walker,  il  avait  surgi  à  Cliang-Haï  vers 
1809.  Les  rebelles  occupaient  Soung  Kiang  depuis  le  1°' juil- 
let au  grand  chagrin  du  missionnaire  Kollinat.  Une  première 
attaque  avec  cent  étrangers  contre  Soung  Kiang  échoua  ;  un 
nouveau  renfort  permit  à  Ward  de  s'emparer  de  la  ville 
(16  juillet  1860).  Ce  premier  succès  encouragea  Ta-Ki 
à  faire  de  nouvelles  offres  à  Taventurior  pour  s'emparer  de 
Sing-pou,  mais  celte  ville,  défendue  par  l'anglais  Savage, 
puis  secourue  par  le  l'choung  Wang,  repoussa  Tattaque  de 
Ward  (2  août  1860)'. 

Le  16,  le  Tchoung  Wang,  accompagné  du  Kan  W^ang, 
marche  sur  Cliang-Haï  ;  le  lendemain,  ses  troupes  passent  à 
Tsa  Ka>>ei,  où  se  trouvait  un  orphelinat  dirigé  par  le  père 
jésuite,  Louis  de  Massa*,  qui  est  massacré  avec  un  grand 
nombre  de  chrétiens;  les  Impérialistes  sont  chassés  et  le 
Tchoung  VV'ang  est  repoussé  à  son  tour  de  Chang-Ilaï,  dont 
il  évacue  le  voisinage  le  22,  et  se  retire  à  Sou-tchéou,  après 
avoir  forcé  le  général  impérial  Tchang  Yu-liang  à  lever  le 
siège  de  Ka-ching. 

Cependant  Ngan  King  est  fortement  pressé  par  le  général 
Tseng  Kouo-fan.  Cet  homme  remanjuable  dont  nous  au- 
rons souvent  à  parler,  est  né  le  mardi  26  novembre  181 1 
(i  i'^  jour  du  10°  mois  de  la  iG*"  année  de  kia  K'ing),  à  Siang- 

I.  Wilsoii,  p.  63. 

a.  La  famille  napolitaiiio  do  Massa  comprenait  cinq  fils  du  baron 
Antoine-Marie  Massa,  mort  10  avril  i8/|i,  tous  Jésuites,  missionnaires  en 
Chine  :  i"  Augustin,  né  à  Naples,  le  16  mars  i8i3  ;  mort  k  Zi-ka-wci, 
i5  août  i856  ;  3*^  Nicolas,  né  à  Naples.  le  3o  janvier  181 5  ;  mort  3  juin 
1876,  à  Zi-ka-wei  ;  3"  René,  né  à  Naples,  le  i4  mai  181 7  ;  mort  a 8  avril 
i853  ;  4°  Gaétan,  né  à  Sorrente,  3i  janvier  i8ai  ;  mort  du  typhus  à  Zi- 
ka-wei,  a8  avril  i85o;  5°  Louis,  ne  à  Naples,  le  3  mars  18U7  ;  mort 
17  août  1860.  —  Une  famille  napolitaine.  Notice  historique  sur  les 
cinq  frères  Massa.. .,  par  le  U.  l^.  Louis-Marie  Sica...  Paris,  V.  Hetaux, 
189a,  in-ia. 


DIFFICULTÉS    DE    LA    CHINE  ao3 

iriang  irien,  prcfeclure  de  Tchang-Cha,  dans  le  Hou-Nan. 
Il  était  Taîné  de  neuf  frères.  En  i853,  il  avait  été  chargé  par 
décret  impérial  d'aider  le  gouverneur  du  Hou-Nan,  à  répri- 
mer la  rébellion  ;  il  organisa  une  flotte  qui  fut  placée  en  i8o3 
sous  les  ordres  de  son  secrétaire  P'eng  Yu-lin  qui  chassa  les 
rebelles  de  Tchang-Cha  (i854)- 

Le  Tchoung  Wang,  rappelé  à  Nanking  par  Houng  Sieou- 
ts'iuen,  quitte  Sou-tchéou,  qu'il  laisse  aux  mains  du  Hou 
Wang,  Tchen  Kouan-chou.  Une  réunion  de  chefs  t'ai  p'ing 
a  lieu  à  Nanking,  en  octobre  1860,  dans  laquelle  il  est 
décidé  qu'une  expédition  sera  dirigée  sur  Han-Kéou,  pour 
prendre  à  revers  l'armée  impériale  et  délivrer  cette  ville.  Dans 
ce  but,  quatre  corps  d'armée  sont  formés  :  le  premier,  com- 
mandé par  le  1  Wang,  suivra  la  rive  gauche  du  Kiang  par 
Lou-  tchéou,  Lou-ngan,  jusqu'à  Houang-tchéou  sur  le  Kiang, 
puis  marchera  sur  lian-Kéou  ;  le  second,  avec  le  Tou 
Wang,  attaquera  Hou  Kéou,  sur  le  lac  Poyang,  de  là  re- 
montera le  fleuve  jusqu'à  Han  Kéou.  La  route  du  Chi  Wang, 
troisième  corps,  sera  la  rive  droite  du  fleuve  jusqu'au  lac 
Poyang,  \an  tch'ang,  capitale  du  Kiang-Si,  et  enfin  Wou 
tc'hang,  capitale  du  Hou  Pé  ;  enfin  le  dernier  corps,  commandé 
parle  Tchoung  Wang  lui-même,  passera  au  Sud  du  Poyang, 
a  \o-tchéou  sur  le  lac  Toung  ting  comme  objectif,  d'où  il 
redescendra  à  Han- Yang.  Mais  ces  grands  eflbrts  des  T'aï  Ping 
échouent. 


CHAPITRE  \IV 

RÉBELLION  DES  T'AI  PING 

(Suite). 


«    EVER-VICTOKIOUS    ))     ARMY 


Lors  du  passiigo  à  Nan  King  en  février  18G1  de  Taniirai 
Hope  qui  allait  installer  les  consulats  de  Kicou-Kiang  et  de 
Han-Kéou,  il  obtient  du  T'ien  Wang  la  promesse  de  laisser 
Chang-Haï  tranquille.  Malgré  cette  promesse,  le  1 1  janvier 
1862,  le  Tchoung  Wang,  reprenant  sa  place  à  Sou-tchéou, 
mettait  ses  troupes  en  marche  sur  Chang-llaï.  Mais  les 
étrangers  sont  prêts.  L'armée  de  Ward  est  ofticiellement 
reconnue  par  décret  impérial  du  16  mars  1862;  elle  est 
surnommée  V  «  Armée  toujours  victorieuse  »,  Tcli'ang 
Clietig  Kiun  (Ever  Victorious  Army).  Ward,  le  contre- 
amiral  fran(;ais  Protêt ,  et  le  général  anglais,  Sir  John  Michel, 
s'emparent  de  Ka  Jao,  le  21  février  18G2.  La  part  que 
prennent  les  alliés  à  la  répression  des  ï'aï  Ping  est  le  résultat 
des  négociations  du  prince  Koung,  qui  a  pris  délinitivement 
les  rênes  du  gouvernement  à  la  mort  de  son  frère,  Tempereur 
Hien-Foung,  le  21  août  1861.  Sir  John  Michel,  arri>é  au 
terme  de  son  conmiandement,  est  remplacé  par  le  général 
C.  W  .  S  ta  vêle  Y. 

«  Au  mois  de  janvier  1862,  au  moment  où  la  lutte  contre 
les  TVi  Ping  allait  s'engager,  les  alliés  comptaient  d'abord 
les  deux  mille  hommes  de  troupes  de  ligne  qui  restaient  de 


«    EVER-VICTORIOUS    »    ARMY  205 

l'armée  expéditionnaire;  nnais  ces  régiments,  exclusivement 
placés  sous  les  ordres  de  Tadministration  de  la  guerre,  étaient 
considérés  comme  en  garnison,  et  les  amiraux  ne  pouvaient 
les  engager  dans  une  expédition.  Ils  gardaient  les  murs  de 
la  ville,  Zi-ka-wei  et  les  concessions  européennes.  C'était  en 
quelque  sorte  une  réserve,  ne  pouvant  donner  que  dans  un 
cas  désespéré.  La  véritable  force  active  était  dans  les  navires 
et  les  équipages  qui  les  montaient.  La  station  navale  fran- 
çaise se  composait  de  deux  frégates  à  voiles  avec  des  équi- 
gcs  réduits,  V Androtnaqne  et  la  Force ^  celle  dernière  por- 
tant le  pavillon  de  lamiral  Protêt,  des  canonnières  12,  i3 
et  iT),  et  de  quelques  petits  avisos  à  vapeur  presque  sans 
chaudières,  peu  armés  et  montés  par  un  petit  nombre  de 
matelots.  On  attendait,  vers  le  milieu  d'avril  1862,  la  frégate 
la  Renommée^  la  coi-vette  le  Monge  et  le  bataillon  de  zéphyrs 
envoyé  de  France  pour  relever  la  garnison  de  Chang-Haï. 

«  La  station  navale  anglaise,  sous  les  ordres  du  vice-ami- 
ral Hope,  qui  avait  son  pavillon  à  bord  de  Vlmpérietisr, 
était  bien  plus  forte  en  gros  bâtimens,  et  ses  moyens  d'ac- 
tion étaient  encore  augmentés  par  la  présence  d'un  grand 
nombre  de  canonnières  et  les  ressources  inépuisables  de  l'ar- 
senal de  IIong-Kong.  Les  Anglais  attendaient  aussi  deux 
régimens  des  troupes  de  l'Inde,  un  régiment  de  ligne  de 
Tien-Tsin,  et  ce  qui  leur  manquait  en  artillerie,  génie,  am- 
bulances et  pontonniers.  Pour  le  moment  toutefois,  les  deux 
amiraux  no  pouvaient  jeter  à  terre  que  six-cents  matelots, 
renforcés  par  Tartillerie  légère  ;  mais  cet  effectif  était  suffi- 
sant, si  Ton  ne  tentait  un  assaut  ou  un  coup  de  main  qu'à  peu 
de  distance  des  rives  du  VVhampoa  \  h  portée  des  canonnières 
qui  protégeraient  la  retraite  et  l'embarquement  dans  le  cas 
d'un  insuccès  difficile  à  prévoira  » 


I.  Lire  Houang-Pou. 

•j.   Des  Varaiines,  p.  867,  Hes'ue  des  Deux^Mo/ides,  i5  avril  i863. 


ao6  RÉBELLION    DBS   t\!    P*ING 

Au  mois  (le  mai  1862,  les  forces  de  Ward  et  anglo-fran- 
çaises, qui  avaient  pris  Nazian(27  avril)  et  Kading  (i*^*"  mai), 
se  composaient  :  Anglais,  i  64o  (dont  690  Hindous)  avec 
7  canons;  Français,  770  Européens,  120  Chinois  et  8  ca- 
nons ;  Ward,  i  000  Chinois  et  3o  canons,  sans  compter  4 27 
hommes  sous  les  ordres  du  capitaine  Borlase,  débarqués  des 
navires  de  guerre  anglais.  Le  4  avril  1862,  le  camp  rebelle  de 
Wong-Ka-dza,  le  12  mai,  Tsing  pou,  et  le  17  mai,  Nan-k'iao, 
étaient  pris;  malheureusement  à  Tassant  de  cette  dernière 
ville,  le  contre-amiral  Protêt*  tombait  mortellement  frappé 
d'une  balle.  Une  stèle  a  été  élevée  à  la  mémoire  du  regretté 
amiral  et  à  celle  du  P.  Victor  Vuillaume^,  S.  J.,  qui  fut  tué 
le  4  mars  1862,  à  IVien  kia  (sous-préfecture  de  Nan-Houei, 
province  du  Kiang-Sou)  par  ordre  des  autorités  de  Chang  Haï. 

La  Gazette  de  Péking  du  ii  juin  1862  renfermait  un 
message  impérial  relatif  à  la  mort  de  l'amiral  Protêt^. 

1.  Auguslc-Léopold  Protêt,  ne  le  20  février  1808,  à  Sainl-Servan. 
Une  statue  lui  a  été  élevée  devant  l'Hôtel  de  la  Municipalité  de  Chang- 
Haï.  —  Voir  North-Chiiia  Herald  y  617,  a^i  naai  i80a;  iltid.,  GaS, 
5  juillet  1862  (décret  do  la  Gazette  de  PéÂing,  du  11  juin  18C2). 

2.  Victor  Vûillaume,  /♦>/,  né  le  26  décembre  181 8;  arrivé  en  Chine 
ic""  octobre  1849. 

3.  Décret  impérial.  —  «  Li  Houng-tchang,  gouverneur  du  Kiang- 
Sou,  rapporte  que  les  chefs  étrangers,  de  concert  avec  les  trou|3es  toujours 
victorieuses,  ont  attaqué  les  campements  des  rebelles  à  Nan-K'iao,  et  s'en 
sont  emparés;  et  que  l'amiral  français  a  été  blessé  mortellement  dans 
l'assaut,  etc.,  etc. 

«  11  paraît  que  lo  16  mai  (18^  jour  de  la  4*^  lune),  l'amiral  anglais 
Ilope  et  l'amiral  français  Protêt,  ainsi  que  lo  général  Ward,  conduisirent 
leurs  troupes  à  une  attaque  contre  les  défenses  des  rebelles  à  Nan-K'iao. 
Les  rebelles  s'étaient  jetés  eux-mêmes  dans  trois  sortes  de  forts  en  boue 
et  d'échauguettcs,  d'oii  les  coups  tombaient  comme  de  la  pluie.  Héroïque- 
ment, l'amiral  frarlçais  conduisit  l'avant-gardc  aussi  loin  que  le  fossé 
autour  des  batteries,  encourageant  ses  soldats  h  avancer,  et  se  jeta  au 
milieu  des  rebelles,  qui  prirent  peur  et  s'enfuirent  péle-méle.  Dans  cette 
attaque,  juste  comme  l'amiral  Protêt  était  au  plus  fort  du  combat,  il  fut 
mortellement  blessé  par  une  balle  de  mousquet. 

«  Cela  Nous  frappe  ce  que  cet  officier,  qui  est  venu  de  si  loin,  navi- 
guant parmi  plusieurs  océans,  fit  j)Our  la  destruction  de  ces  rebelles,  au 


«    EVER-VICTORIOUS    »    ARMY  2O7 

C'est  par  erreur  qu'il  est  mis  dans  cette  stèle  que  Tamiral 
fut  tué  d'un  coup  de  lance.  Dans  cette  affaire  nous  eûmes 
en  outre  deux  officiers  grièvement  et  sept  hommes  légère- 
ment blessés.  Les  Anglais  n'eurent  que  six  blessés. 

Le  contre-amiral  Jaurès  remplaça  Protêt  conmie  Com- 
mandant en  chef  de  la  division  navale  des  mers  de  Chine. 

La  folie  de  Houng  Sieou-ts'iuen  *  paraît  avoir  grandi  d'an- 
risque  de  sa  vie,  et  dans  son  noble  zMo,  mourut  actuellement  sur  le  champ 
de  bataille,  c'est  un  cas  de  sincérité  qui  ne  ternit  en  rien  la  gloire  de  sa 
mission  première  et  est  un  signe  de  valeur  h(^>roïque  qui  est  hautement  à 
sa  louange. 

«  En  examinant  les  détails  des  rapports  ci-dessus,  nous  avons  été  pro- 
fondément affliges,  et  Nous  ordonnons  que  Li  Houng- Ichang,  d'accord 
avec  Nos  vœux,  nomme  un  tao-tai  et  un  préfet  (sans  doute  ceux  de 
Chang-Hai)  comme  nos  députés  pour  offrir  un  sacrifice  aux  mânes  de  cet 
officier  mort  ;  et  de  plus  Nous  ordonnons  qu'un  présent  de  100  fourrures 
de  martre  et  4  rouleaux  (broderies  impériales)  de  soie  colorée  soient  pris 
dans  nos  magasins  impériaux  et  par  l'entremise  du  Prince  Koung  soient 
offerts  h  la  famille  du  défunt  amiral  pour  leur  spéciale  réception,  comme 
une  preuve  de  notre  désir  de  montrer  une  digne  marque  de  notre  attention 
et  aussi  de  réconforter  l'âme  morte  du  croyant  *.  » 

I.  Les  deux  décrets  suivants  donneront  une  idée  de  l'état  mental  des 
chefs  rebelles  : 


u  Nous  proclamons  pour  l'information  de  nos  fils,  neveux,  etc.,  etc., 
et  tous  les  ministres  et  le  peuple,  ce  qui  suit  : 

a  Le  Père  est  le  Seigneur  Suprême,  le  Frère  est  le  Sauveur  du  Monde, 
Nous  sommes  le  Vrai  Seigneur  et  Notre  F'ils  le  Vrai  Jeune  Seigneur. 

«  Toung  est  un  Professeur  et  un  Seigneur  Rédempteur  de  la  Maladie, 
au  neuvième  étage  du  ciel  au-dessus,  assistant  le  Seigneur  Céleste. 

«  I-.e  Père  est  le  point,  étant  le  Seigneur  S"upréme  du  Ciel.  Le  Frère 
est  la  ligne  supérieure,  étant  le  Sauveur  du  Monde.  Nous  sommes  la 
seconde  ligne  étant  le  Vrai  Seigneur  Céleste.   Notre  Fils  est  la  ligne  cen- 

•  North-China  Herald,  5  juillet  i8Ca. 


508  RÉBELLION    DES    t'aÏ    P*1NG 

née  en  année  ;  jaloux  de  ses  chefs,  il  n'avait  pas  lardé  à  se 
montrer  despote  cruel  et  rien  ne  peut  mieux  nous  faire  con- 

trale,  étant  le  Jeune  Seigneur  Céleste.  Toung  est  un  professeur  et  un 
Seigneur  Rédempteur  de  la  Maladie.  Le  Seigneur  Rédempteur  de  la  Ma- 
ladie  assiste  le  Seigneur  Vraiment  Désigné. 

«  Qu'un  grand  nombre  d'exemplaires  de  ceci  soient  tirés  et  distribués 
dans  le  monde. 

«  Tcbin-tsai  *.  » 

Nous  venons  de  lire  un  décret  du  T'ien  Wang,  en  voici  un  de  son  fils  : 

Cette  li^nc  est  le 


lie  ligne  est  i 


Cette  Visne  est  le 


^ 


Père  Céleste. 


Cette  liffnc  est  mon 


^^  Liciic  ngi 

^^^^^  La  ligne  du  centre  est  Fe re . 

Moi-même. 

«  Par  autorité  du  T  ien-yeh,  le  PcNrc  Céleste,  et  mon  Père,  Nous  pro- 
clamons pour  l'information  de  Nos  Frères,  Cousins,  etc.,  etc.,  et  tous  les 
ministres,  ce  qui  suit  : 

«  La  Volonté  de  Yeli,  Tich  et  de  notre  Père  est  la  doctrine  du  Ciel. 

«  Les  trois  s'unissent  en  Un  Vrai  Soigneur  surpassé  par  personne 
depuis  le  commencement. 

«  Chang  Ti,  le  Christ  avec  Notre  Père  font  trois.  Leur  union  on  Un 
nous  a  été  transmise  dans  des  paroles  qui  ne  sont  pas  fausses. 

«  Yeh  le  Seigneur  Suprême  produisit  le  Vrai  Seigneur  T'ien  Wang. 
Le  F'ils  a  manifesté  le  caractère  I  (^n'ong,  roi)  ; 

«  Pour  montrer  que  le  Vrai  Esprit  et  le  Vrai  Seigneur  produisirent  le 
Vrai  Roi  (Fils  de  Tien  Wang)  ; 

«  Combiné  en  un,  formant  une  image  illuminant  tout  Tespace. 

«  Le  Père,  les  Fils,  et  les  Pelils-Fils  du  Père  ont  un  sceau. 

«  Laissez  les  myriades  de  pays,  les  myriades  de  nations  et  tous  venir 
rendre  hommage. 

«  Nous  désirons  qu'un  grand  nombre  de  copies  soient  faites  de  ceci  et 
distribuées  au  dehors. 

«  Respectez  ceci  !  **  » 

•  IVorlh-China  Herald,  03/i,  septembre  ao,  18C2. 
••  Norlh-China  Herald,  0/î 8,  décembre  27,    18O2. 


\ 


LETTRE    DU    RÉV.    I.    J.    ROBKHTS  2O9 

naître  son  état  d'esprit  que  la  lettre  suivante*  du  Rév.  I.  J. 
Roberts,  qui  Tavait  initié  le  premier  aux  mystères  du  chris- 
tianisme. Roberts  était  arrivé  à  Chang-Haï  en  septembre  1860 
et  il  était  remonté  à  Sou-lcliéou,  où  il  avait  été  présenté  au 
Tchoung  Wang  ;  de  cette  ville,  il  se  rendit  à  Nanking  où  il 
arriva  le  i3  octobre  et  son  ancien  élève  le  nomma  ministre 
des  aflaircs  étrangères.  Au  bout  d'un  certain  temps,  profon- 
dément écœuré,  il  s'échappa  de  la  capitale  t'aï  p'ing  le  20  jan- 
vier 1862. 


LETTRE    DU    REV.    I.    J.    ROBERTS 

Janvier  22.  1862. 

«  Pour  avoir  été  le  professeur  religieux  de  Houng  Sieou-ls'iuen 
en  1847,  ^^  espérant  qu'un  bien  —  religieux,  commercial  et  po- 
litique —  pourrait  résulter  de  son  élévation  pour  le  pays,  j'ai  été 
jusqu'ici  un  ami  de  son  mouvement  révolutionnaire,  le  soute- 
nant par  la  parole  et  par  l'action,  autant  qu'un  missionnaire  peut 
le  faire  convenablement,  sans  altérer  son  caractère  élevé  d'am- 
bassadeur du  Christ.  Mais  après  avoir  vécu  parmi  eux  pendant 
quinze  mois,  et  observé  de  près  leurs  procédés  —  politiques, 
commerciaux  et  religieux  —  j'ai  tourné  entièrement  une  nou- 
velle page  et  je  leur  suis  maintenant  aussi  opposé,  pour  de  bonnes 
raisons  je  pense,  que  j'avais  été  en  leur  faveur.  Non  que  j'aie 
quelque  chose  personnellement  contre  Houng  Sieou-ts'iuen ,  //  a 
été  extrêmement  bon  pour  moi.  Mais  je  le  crois  un  homme  timbré^ 
entièrement  incapable  d'administrer  un  gouvernement  organisé 
quelconque  ;  ni  lui,  ni  ses  rois  coolieSy  ne  sont  capables  d'orga- 
niser un  gouvernement  d'un  bienfait  égal  pour  le  peuple  que  ne 
l'est  même  le  vieux  gouvernement  impérial.  Il  est  violent  de  ca- 
ractère et  laisse  tomber  lourdement  sa  colère  sur  son  peuple, 
faisant  d'un  homme  ou  d'une  femme  «  un  délinquant  pour  un 
^mot  »  et  ordonnant  à  l'instant  qu'il  soit  massacré  sans  a  juge  ou 
jury  ».  Il  est  opposé  au  commerce,  ayant  mis  à  mort  plus  d'une 
douzaine  d'individus  de  son  propre  peuple  le  temps  que  j'y  étais, 

I.  North'China  Herald^  8  février  i86a. 

CORDIER.  I.  —  i4 


3IO  RÉBELLION    DES    t'aÏ    P*ING 

—  n'étant  aulremenlcriminels  que  d'avoir  Irafiquédans  la  ville, — 
et  ayant  repoussé  promptement  toute  tentative  étrangère  d'établir 
ici  un  commerce  légal  aussi  bien  en  dehors  qu'en  dedans  de  la 
ville.  Sa  tolérance  religieuse,  et  la  multiplicité  des  chapelles,  de- 
viennent une  farce  —  d'aucun  profit  pour  la  propagation  du 
Christianisme  —  pire  qu'inutile.  Cela  sert  seulement  de  méca- 
nique pour  la  promotion  et  la  propagation  de  sa  religion  politique 
personnelle  le  rendant  lui-même  égal  à  Jésus-Christ,  qui  avec 
Dieu  le  Pcre,  lui  et  son  propre  iils,  constituent  un  Seigneur  sur 
Tous  !  Aucun  missionnaire,  qui  ne  croira  pas  à  sa  désignation 
divine  à  cette  haute  égalité,  et  ne  proclamera  pas  en  conséquence  . 
sa  religion  politique,  ne  sera,  lui,  ses  serviteurs  et  ses  propriétés, 
en  sûreté  parmi  ces  rebelles.  11  m'avertit  aussitôt  après  mon  arri- 
vée, (jue  si  je  ne  croyais  pas  en  lui,  je  périrais,  comme  les  Juifs 
qui  ne  crurent  pas  au  Sauveur.  Mais  je  ne  pensais  guère  en  ar- 
ri>er  aussi  près,  dans  sa  propre  capitale,  que  l'autre  jour,  par 
l'épée  d'un  de  ses  propres  mécréants. 

«  Ran  Wang  agité  par  son  frère  aîné  coolie  (véritablement  un 
coolie  h  Hong  Kong)  et  par  le  diable,  sans  la  crainte  de  Dieu 
devant  ses  yeux,  vint  Lundi  dernier  le  i3,  dans  la  maison  dans 
laquelle  je  demeurais,  et  là,  méchamment,  malicieusement,  et 
avec  préméditation,  assassina  l'un  de  mes  serviteurs  en  ma  pré- 
sence avec  une  large  éj)ée  qu'il  avait  en  mains  sans  un  moment 
d'avertissement  ou  quelque  autre  cause  justifiable,  ^]t  après 
avoir  tué  mon  pauvre  boy  innocent  et  sans  défense,  il  sauta 
sur  sa  tête  avec  furie  et  la  trépigna  ;  quoique  je  l'implorasse 
depuis  le  commencement  de  son  attaque  meurtrière  d'é|3argner 
la  vie  de  mon  pauvre  boy.  Et  non-seulement  cela,  mais  il 
m'insulta  de  toutes  les  façons  |M)ssible,  |K)ur  m'exciter  à  faire  ou 
à  direquehjue  chose  qui  pût  lui  donner  une  excuse,  je  l'ai  pensé 
alors  el  je  le  pense  encore,  pour  me  tuer,  aussi  bien  que  mon 
cher  boy,  que  j'aimais  comme  un  411s.  Il  s'emporta  contre  moi, 
saisit  le  banc  sur  lequel  j'étais  assis,  av(»c  la  violence  d'un  fou,  me 
jeta  à  la  ligure  le  résidu  d'une  tasse  de  thé,  me  saisit  personnel- 
lement et  me  secoua  violenunent;  me  souflleta  la  joue  droite  de 
sa  main  ouverte  ;  alors  d'accord  avec  les  instructions  de  mon  roi 
dont  je  suis  ambassadeur,  je  tendis  l'autre  el  il  me  frappa  la  joue 
gauche  de  sa  main  droite  d'un  coup  si  sonore,  que  mon  oreille  en 
retenlit  encore  :  et  s'apercevant  alors  qu'il  ne  pouvait  pas  me 
provoquer  h  l'ofTenser  par  un  mot  ou  un  geste,  il  devint  déplus 
en  plus  outrageant  el  se  mil  k  hurler  contre  moi  connue  un  chien 


\ 


LETTRE    DU    RÉV.    I.    J.    ROBERTS  311 

pour  que  je  me  relire  de  sa  présence.  S'ils  font  ces  choses  dans 
un  arbre  vert,  que  feront-ils  dans  un  arbre  sec?  —  à  un  favorisé  de 
T'ien  Wang,  qui  peut  se  fier  parmi  eux  comme  missionnaire  ou 
comme  marchand  ?  Je  désespérai  alors  de  tout  succès  comme 
missionnaire  parmi  eux  ou  de  quelque  bien  venant  du  mouve- 
ment —  religieux,  commercial  ou  politique  —  et  je  me  déter- 
minai à  les  quitter,  ce  que  je  fis  Lundi,  20  janvier,  1862. 

I.  J.  R. 

P.  S.  —  Kan  Wang  semble  disposé  à  ôtre  non  seulement  un 
assassin,  mais  aussi  un  voleur.  Il  refusa  de  me  rendre  mes  mar- 
chandises, habits,  livres  et  journaux.  Etquoique  j'aie  attendu  dix 
jours,  et  que  lui  et  d'autres  aient  correspondu  à  ce  sujet,  il  re- 
tient tout  cependant;  me  renvoyant  si  dépourvu,  que  je  n'ai  pas 
de  vêlement  nécessaire  pour  me  tenir  au  chaud  et  pour  me  garantir 
des  vents  glacés  d'un  hiver  froid.  Ce  qui  est  encore  pis,  c'est  qu'il 
refusa  h  mes  deux  domestiques  et  à  mon  aide-prédicaleur  de 
sortir  de  la  ville  et  de  retourner  dans  leurs  familles  avec  moi.  Et 
lui  et  d'autres  ont  fait  leur  possible  pour  que  je  rentre  en  ville, 
dans  le  dessein  probablement  de  faire  de  moi  un  prisonnier  ou 
un  cadavre  —  et  cela  sans  aucune  juste  cause  d'offense  de  ma 
part,  ni  de  celle  d'aucun  de  mes  serviteurs  ou  assistant.  Les  plus 
sots  des  cannibales  païens  ne  pourraient  agir  avec  plus  de 
cruauté  et  d'impropriété. 

R 

Steamer  Renard  y 
Janvier  3o,  i86a. 

Si  la  lutte  était  grande  contre  les  rebelles,  dans  le  Kiang- 
Sou,  elle  no  Tétait  pas  moins  dans  la  province  voisine  du 
Tché-kiang.  Là,  comme  à  Chang-Hai,  nous  avions  vaine- 
ment tenté  de  garder  la  neutralité  laplus  stricte.  Lç  ministre 
plénipotentiaire  anglais,  Frederick  W.  A.  Bruce,  écrivait  à 
Tamiral  Sir  J.  Hope,  de  Tien-Tsin,  28  décembre  1860  : 

«  Je  ne  me  considère  pas  moi-môme  autorisé  à  proléger  la 
ville  de  Ning-Po  contre  les  insurgés,  ainsi  que  l'établissement 
commercial  situé  sur  la  rive  opposée  du  ileuve  ;  mais  j'ai  con- 
fiance que  les  arrangements    navals  admettront  que  protection 


213  RÉBELLION    DES    T*AÏ    P*ING 

sera  accordée  aux  résidents  anglais  dans  le  cas  où  les  rebelles 
attaqueraient  la  ville. 

Quoique  je  ne  pense  pas  que  nous  puissions  prendre  sur  nous- 
mêmes  la  protection  de  Ning-Po,  nos  intérêts  dans  ce  port 
n'étant  pas  sudisants  pour  justifier  un  procédé  aussi  exceptionnel, 
il  est  possible  que  l'apparence  d'une  force  navale  puisse  détour- 
ner les  insurgés  d'attaquer  la  ville;  un  but  qu'il  serait  désira- 
ble d'atteindre,  au  double  [X)int  de  vue  de  l'humanité  et  de  la 
politique,  s'il  peut  être  eflectué  sans  nous  compromettre  nous- 
même  dans  ce  débat  civil.  » 

Il  ajoutait  en  post-scriptum  :  «  La  protection  pourra  être 
étendue,  autant  que  possible,  à  tous  les  résidents  étrangers*.    » 

Les  documents  suivants  montrent  bien  quelle  attitude  dési- 
raient garder  les  alliés  à  l'égard  des  T'aï  P'ing. 


LE    TCHE-KIANG 

A  la  suite  de  Toccupation  de  Chao  Ching  par  le  général  re- 
belle Tchcou,  celui-ci  adressa  aux  européens  de  Ning-Po  une 
pièce  officielle  dont  j'cxlrais  les  passages  suivants  : 

«  Moi.  général,  suivant  l'ordre  auguste  du  Tchoung-Wang,  je 
réside  maintenant  à  (Ihao-Ching,   occupé  à  soutenir  cl  à  pacifier 
la    population,  et  à   balayer    tout   ce    qui  est    immonde.  Vous, 
Kglise  catholique,  commerçants,  résidents   européens  et  autres, 
vous  habite/  Ning-Po.  Je  dois  moi-même  y  accompagner  bientôt 
mon  auguste  maître  Tchoung-Wang ,  pour  y  anéantir  tout  ce  qui 
est  détestable.  Je  vaincrai  celte  ville,  je  la  prendrai.  Seulemeni. 
j'appréhende  que  mes  millions  de  soldats  célestes  ne  puissent  évi- 
ter quelque  désordre.  Peut-être  confondront-ils   les  pierres  pré- 
cieuses avec  les    pierres  communes  :   ils    réduiront  tout  en  cen- 
dres. 

«  Le  jour  (le  noire  arrivée  n'est  pas  encore  déterminé.  Aujour- 
d'hui un  commerçant  anglais   étant   venu   à  Chao-Ching,  je  lui 

I.   Papers  relating  io  the  liebeUion  in  China,  and  Trade  in  the 
Yang'tzekiang  Hiver.  Présentée!...,  18C2  [2976^,  pp.  1-3. 


LE    TCHK-KIAX; 


ai3 


remets,  en  main  propre,  trois  Men-pay  (carte  à  afficher  sur  les 
portes)  pour  protéger  votre  établissement.  Je  lui  remets  égale- 
ment cette  pièce  pour  que  vous  tous  soyez  bien  avertis. 

a  Si  vous  et  autres  résidents  européens  craignez  mes  innom- 
brables soldats  célestes,  écrivez  d'abord  le  nombre  de  ceux  qui 
habitent  chez  vous,  et  collez  le  Menpay  sur  votre  porte,  afin  que 
mes  mandarins  et  mes  soldats  ne  fassent  pas  de  tumulte. 

«  Notre  céleste  dynastie  embrasse  dans  son  cœur  les  hommes 
qui  sont  de  loin;  voilà  pourquoi,  moi  général,  j'ai  pris  soin  de 
vous  avertir  par  cette  pièce  olïiciel le. 

«  Du  royaume  céleste  de  Tay-Ping^  1 1®  année,  lO*  lune, 
1 6® jour.  » 

M*""  Delaplace  *,  vicaire  apostolique*  du  Tché-Kiang,  qui 
pendant  toute  cette  campagne  sVst  rendu  mémorable  par 
son  inépuisable  charité  à  Tégard  des  indigènes,  communiqua 
le  document  au  commandant  L.  Olry,  h  bord  du  navire 
français  le  Confuciits  mouillé  à  Ning  Po,  et  reçut  de  cet  olTi- 
cier  la  réponse  suivante  (3o  novembre  1861)  : 

1.  Lettre  de  Mf  Dclaplacc  à  M.  Etienne,  supérieur  général,  Ning  Po. 
13  décembre  1861  (Ann.  Cong.  de  la  Mission,  27,  1862.  pp.  425-43 1. 

2.  Louis -Crabriel  Delaplace,  né  à  Auxerro.  le  19  ou  le  21  janvier  1820; 
chèque  d'Andrinople,  27  février  1862  ;  vie.  ap.  du  Tchcjviang,  i854  ; 
vie.  ap.  du  Pé  Tché-li  sept.  (Péking),  septembre  1869;  mort  à  Péking, 
le  24  mai  i884. 

Dans  une  lettre  adressée  de  Cliang-Haï,  4  février  1861,  au  Maréchal 
Ministre  de  la  Guerre,  par  le  général  de  Montauban,  celui-ci  écrit  : 

«  Mgr.  de  la  Place  est  un  des  hommes  les  plus  distingués  parmi  les 
missionnaires  en  (^<hine  ,  jeune  encore,  instruit,  parlant  et  écrivant  le 
chinois  comme  un  mandarin,  non  seulement  il  emploie  toute  sa  haute 
intelligence  à  convertir  les  payens,  mais  il  le  fait  dans  un  but  patriotique 
autant  que  religieux  en  parlant  souvent  de  la  France  et  de  sa  grandeur.  » 

Lorsque  le  Tché-Kiang  fut  détaché  en  i845  du  Kiang-Si  pour  former 
un  vicariat  apostolique  indépendant,  Mt^^*  Lavaissièrc  fut  nomme  vie.  ap.  ; 
il  mourut  le  19  décembre  1849  ;  son  successeur,  Mk^  Danicourt,  fut 
transféré  au  Kiang-Si  en  i855,  et  remplacé  par  Mk»"  Delaplace. 
•  A  l'arrivée  des  rebelles  en  1861,  le  P.  Montagneux  (Régis- Protais,  né 
à  Saint- Etienne,  5  septembre  1825  ;  mort  k  Ning  Po,  26  février  1877), 
fut  fait  prisonnier  à  Hang-Tchéou  où  il  était  allé  (octobre  1861)  reprendre 
les  anciens  bâtiments  de  la  mission,  mais  il  se  sauva.  Il  rentra  en  posses- 
sion des  établissements  de  Hang-Tchéou,  le  3i  mars  i864. 


31 4  RÉBELLION    DES    T  AÏ    PING 

a  Ma  missipn  ici  est  de  défendre  contre  toute  attaque  les  na- 
tionaux français  ainsi  que  leurs  propriétés,  et  de  tout  faire  dans 
Fintérétde  la  mission  catholique. 

«  Dans  les  circontances  présentes,  et  suivant  les  ordres  que 
j'ai  reçus,  les  dispositions  que  je  prends  sont  celles-ci  :  Tout 
national,  tout  protégé  français  doit  s'abstenir  de  se  mêler  en 
rien  aux  affaires  chinoises,   soit  d'un  parti  soit  de  l'autre. 

«  La  neutralité  des  Européens  a  été  notifiée  au  chef  des  re- 
belles, qui  s'est  engagé  à  les  respecter  dans  tous  leurs  intérêts. 
Pour  que  cette  promesse  leur  soit  plus  facile  à  tenir,  ils  m'ont 
donné  des  sauf-conduits  que  je  vous  enverrai. 

«  En  résumant  :  en  cas  où  les  rebelles  prendraient  Ning 

Po,  pendant  la  lutte,  neutralité  absolue  des  nationaux  français, 
et  protection  absolue  de  ma  part  contre  toute  vexation.  Une 
fois  les  rebelles  maîtres  de  la  ville,  toute  relation  ofRcielle  entre 
leur  chef  et  les  nationaux  français  devra  être  remise  entre  les 
mains  du  commandant  de  la  marine,  qui  en  prendra  la  respon- 
sabilité. » 

• 

La  prise  de  Hang-Tchéou,  capitale  du  Tché-Kiang,  par  le 
Tchoung  Wang  (29  décembre  1861)  força  les  autorités  euro- 
péennes *  de  Ning  Po  de  prendre  des  mesures  défensives.  D'autre 
part  la  situation  devenait  de  plus  en  plus  tendue  entre  rebelles 
et  étrangers.  Le  22  avril  1862,  des  remparts  de  Ning  Po 
occupés  par  les  T'aï  P'ing  des  coups  de  feu  étaient  tirés  sur  le 
navire  de  guerre  anglais  Ringdos>e^  commandant  Craigie.  Au 
reçu  de  celte  nouvelle  Taniiral  Sir  James  Ilope  envoyait  à 
Ning  Pôle  capitaine  Roderick  Dew  commandant r£'/ico^//i/É?/* 
pour  prendre  le  commandement  de  la  station^.  Arrive  le 
26,  Dew  se  mettait  en  rapport  avec  le  lieutenant  de  vaisseau 
français  Kenney  pour  adresser  une  demande  de  réparations  aux 
chefs  T'aï-P'ing  Houang  et  Fan  et  leur  annoncer  que  toute 

I.  Gapl.  Corbctt.  commandant  lo  Scout  (anglais),  VVillie  P.  Mangiim, 
consul  américain  à  Ning  Po,  Léon  Olry,  consul  de  France  et  commandant 
le  navire  de  guerre  Conf'ucius  et  Frederick  Itarvey,  consul  d'Angle- 
terre. 

a.  Encounter,  Hingdove^  Hardy ^  KestreL 


i 


PROSPER    GIQUKL  310 

alUque  contre  les  navires  de  guerre  serait  considérée  comme 
im  céistis  belli.  Le  lo  mai  de  nonveanx  coups  de  feu  étaient 
tirés  centre  le  Keslrel  et  les  navires  français  Etoile  et  Con- 
fticiiis.  Ces  bâtiments  ainsi  que  VEncoitntery  le  f{in^doi*e  et 
le  Hardy  ouvrirent  le  feu  sur  la  ville.  Dans  Tassant  qui  suivit, 
le  commandant  de  V Etoile,  Kenney,  et  le  premier  lieutenant 
de  VEncottnter,  W.  N.  Cornewall,  étaient  malheureusement 
mortellement  blessés.  «  Le  plaisir  montré  par  les  Chinois  à 
la  chute  de  la  ville,  dit  le  commandant  Dew  ',  et  l'expulsion 
de  leurs  oppresseurs  exécrés,'  était  quelque  chose  d'extraordi- 
naire. Toute  la  journée,  la  rive  du  fleuve  en  face  de  la  ville,  était 
une  mer  de  tètes,  et  quoique  les  balles  et  les  boulets  pleu- 
vaient  autour  d'eux  en  abondance,  ils  ne  bougeaient  jamais.  » 
Dès  la  prise  de  Ning  Po,  les  Anglais  envoyèrent  Ward  au 
Tché-Kiang  avec  cinq  cents  hommes.  Il  parut  utile  de  for- 
mer également  une  autre  force  franco-chinoise  qui  «  avait 
pour  but  de  chasser  les  rebelles  du  gouvernement  de  Ning 
Po,  c'est-à-dire  d'une  étendue  de  territoire  formant  autour  de 
celle  ville  une  cira)nférence  de  soixante  lieues  environ  »  *. 
Deux  oflîciers  de  la  marine  française.  Le  Brethon  de  Caligny, 
commandant  le  Confucius,  et  Prosper  Giquel,  enseigne  de 
vaisseau,  furent  chargés  d'organiser  le  nouveau  corps. 


PROSPER    GIQUEL. 

Prosper  Marie  Giquel,  né  le  3o  novembre  i835,  à  Lorient'* 

I.  Further  Papers  relating  to  the  Hehellionin  China.  Prescnted... 
i86a  (3o58],  p.  3i. 

3.   P.  Giquel,  lievite  des  Deux-Mondes^  i5  juin  i864.  p.  976. 

3.  Giquel  est  mort  à  Cannes,  le  19  février  1886,  et  ses  obsèques  ont 
été  célébrées  à  Paris,  à  la  Madeleine,  le  26  février.  H  était  décoré  de  la 
Pelisse  jaune  et  de  l'Ordre  du  mérite  de  i""'  classe  et  il  avait  le  litre  de 
fonctionnaire  du  i^""  rang.  Il  avait  épou.sé  M''«  Élisa  do  Hufz  de  Lavison, 
fillo  du  savant  bien  connu,  qui  mourut  en  1877  à  Fou  Ichéou. 


â 


2l6  RÉBELLION    DES    T*AÏ    p'iNG 

(Morbihan),  est  un  des  Français  qui  ont  le  plus  fait  pour  assu- 
rer la  bonne  renommée  et  l'influence  de  leur  pays  en  Chine. 
Entré  à  Técole  navaleen  i852,  aspirant  de  2*  classe  en  i85.^,il 
fit  les  campagnes  de  la  Baltique  et  de  Crimée  et  fut  décoré  en 
septembre  i855;  aspirant  de  i*"*  classe  (1806),  il  partit  pour 
la  Chine;  il  assista  à  la  prise  de  Canton  (décembre  1857)  et 
fut  attaché  au  commandant  Martineau  des  Chesnez;  nommé 
à  Canton  inspecteur  de  Témigration  chinoise,  il  fut  promu 
enseigne  de  vaisseau  (mars  i858);  en  septembre  1861,  il 
entra  dans  le  service  des  douanes  chinoises  comme  commis- 
saire à  Ning  Po  et  c'est  en  cette  qualité  que  nous  le  retrou- 
vons maintenant. 

«  Les  deux  officiers  de  marine  qui  furent  chargés  d'orga- 
niser le  corps  franco-chinois  réussirent  à  lancer  leur  entre- 
prise. Il  ne  leur  fut  pas  possible  d'asseoir  l'opération  sur  de 
larges  bases;  les  mandarins  n'avaient  pas  d'argent*,  et  il 
fallut  «  faire  feu  de  tout  bois  ».  On  n'obtint  d'abord 
que  quatre  cents  hommes  ;  on  les  arma  en  empruntant  à  la 
douane  des  fusils  confisqués  à  des  commerçants  européens 
fournisseurs  des  rebelles.  Les  chiens  de  ces  fusils,  qui 
étaient  en  fonte  de  fer,  sautèrent  les  uns  après  les  autres 
au  nez  des  tireurs  ;  un  armurier  chinois  les  remplaça  par 
d'autres  qu'il  avait  forgés  lui-même.  On  appela  comme  ofli- 
ciers  des  soldats  français  congédiés  et  restés  à  Shanghaï.  Un 
mois  après,  le  petit  bataillon  se  mit  en  campagne  pour  aller 
recevoir  le  baptême  du  feu  *.  » 

L'un  des  officiers  français  reçut  une  commission  de  géné- 
ral, l'autre  de  directeur  général.  Immédiatement  les  opéra- 
tions commencent.  Successivement  les  villes  de  Yu  ^ao** 
(2  août  1862)  et  deTse  Ki  (21  septembre  1862)  sont  prises, 

I.   Ward  réclamait  l'argent  pour  ses  hommes, 
a.   P.  Giquel,  p.  976,  Res'uc  des  Peux -Mondes  y  i5  juin  i86/|. 
3.  Avec  4oo  hommes  de  Ward,  a  000  impériaux,  une  canonnière  fran- 
çaise et  une  anglaise. 


i 


PROSPER    GIQUEL  2  1'J 

mais  la  capture  de  cette  dernière  coûte  la  vie  à  Ward  frappé 
d'une  balle.  Son  contingent  fut  dispersé  à  Texc^^ption  de 
trois  cents  hommes  qui  furent  mis  à  la  disposition  du  capi- 
taine Dew,  commandant  la  station  navale  anglaise. 

Repoussés  devant  Foung-houa,  les  alliés  revinrent  à  la 
rescousse  le  8  octobre  ;  le  capitaine  Dew  avec  Y Enconntery 
le  Hardy  et  le  Fin  mer,  le  navire  français  le  DérouVede^  le 
Confitcùis  et  les  troupes  chinoises  commandées  par  le  colo- 
nel Forresler  qui  avait  remplacé  Ward,  après  plusieurs  atta- 
ques, réussirent  à  s'emparer  delà  ville  (ii  octobre  1862). 
Chang  Yu  fut  capturé  le  28  novembre  1862  par  le  corps 
franco-chinois  et  5oo  réguliers  de  Dew.  Giquel  fut  grave- 
ment blessé  au  coude  droit  dans  celte  affaire.  Mais  l'objec- 
tif des  alliés  était  la  grande  ville  de  Chao-Ching;  attaquée  le 
17  janvier  i863,  elle  repoussa  l'attaque  de  Le  Brethon, 
frappé  mortellement  par  un  éclat  de  canon  chinois  pris  à 
Chang  Yu  qui  fit  accidentellement  explosion.  Il  allait  être 
nommé  Ti-Tou,  général  en  chef  de  toute  la  province  de 
Ïché-Kiang.  Le  Brethon  *  fut  remplacé  dans  le  commande- 
ment du  corps  franco-chinois  par  le  capitaine  d'artillerie 
Tardif  de  Moidrey  '  quoique  le  capitaine  d'artillerie  de 
marine  Chevrillon  eût  été  désigné  pour  le  poste  de  chef;  Tardif 
périt  d'une  balle  tirée  maladroitement  par  un  de  ses  hommes 
(19  février  i863);  après  sa  mort  le  corps  franco-chinois  fut 
commandé  par  Paul  d'Aiguebelle  et  Tcnseigne  de  vaisseau 
Bonnefoy.  Enfin  Chao-Ching  tomba  (18  mars  i863)  entre  les 
mains  du  corps  franco-chinois.  «  La  prise  de  Chao-Ching  nous 

I.  Le  Brelhon  avait  le  titre  de  Fou  tsiang  (colonel).  —  Le  Brethon 
de  Caligny,  Albert- Edouard,  né  le  11  décembre  i833,  à  CIcrmont 
(Calvados);  aspirant  de  1**^  classe,  2u  juin  i855  ;  enseigne  de  vaisseau, 
9  octobre  1857;  lieutenant  de  vaisseau  de  2^  classe,  10  mai  i86a. 

a  Tardif  de  Moidrey,  né  à  Metz,  le  7  octobre  i8a4  ;  entre  à  rÉcole 
Pol^r technique  p*""  octobre  i845;  tue  19  février  i863  à  Chao  Ching.  Cf. 
Notice  sur  les  campagnes  et  opérations  militaires  faites  eu  Chine, 
par  M.  Tardif  de  Moidrey,  par  M.  Legénissel.  Metz,  i864.  br.  in-4. 


2l8  RÉBELLION    DES    T*AÏ    P*ING 

donna  toule  la  province  jusqu'à  la  baie  de  Hang-tchéou,  au 
delà  de  laquelle  les  rebelles  se  hâtèrent  de  chercher  un  abri, 
mettant  ainsi  entre  eux  et  nous  un  fleuve  large  de  deux  milles, 
qui  deviendra  sans  doute  désormais  contre  leurs  attaques  une 
barrière  infranchissable.  Le  gouvernement  de  Ning  Po  était 
donc  délivré.  En  dix  mois,  notre  contingent,  qui,  dans  son 
plus  grand  développement,  comptait  deux  mille  cinq  cents 
hommes,  avait  enlevé  trois  villes  murées,  amené  l'évacuation 
de  quatre  autres,  et  dégagé  soixante  lieues  de  territoire.  *  » 

I.  P.  Giquel,  p.  984,  lies'ue  des  Deux-Mondes,  i5  juin  i864. 


CHAPITRE  XV 

RÉBELLION  DES  T'AI  PING 

(Suite). 


LI    HOUNG-TCHAXG 


La  mort  de  Ward  (21  septembre  1862)  laissait  sans  chef 
r  «  armée  toujours  victorieuse  »,  car  son  second  le  colonel 
Forrester  refusait  le  commandement.  On  fit  alors  choix  de 
Henry  Andréa  Burgevine,  ne  en  i836,  à  Newbern,  dans  la 
Caroline  du  Nord,  pour  remplacer  Ward.  Sur  ces  entrefaites 
Li  lloung-tchang  élait  nommé  Fou-taï  du  Kiang-Sou  (1862) 
et  allait  exercer  une  influence  prépondérante  dans  la  marche 
des  affaires.  Nous  retrouverons  constamment  le  nom  de  cet 
homme  d'étal,  militaire  par  occasion,  qui  joue  encore  un 
rôle  si  considérable  dans  la  politique  de  son  pays. 

Li  Fou-taï  est  né  la  deuxième  année  du  règne  de  l'empe- 
reur Tao  Kouang,  c'est-à-dire  en  1828,'  à  Senchou,  dans  le 
district  de  Ho-fei,  dans  la  province  de  Ngan-Houei.  Il  est 
arrivé  aux  plus  haules  fonctions  de  son  pays  par  son  intelli- 
gence et  ses  capacités  militaires.  Ses  débuts  furent  modestes. 
Son  père,  lettré  pauvre  et  obscur,  l'éleva  honorablement, 
malgré  ses  cinq  enfants  dont  Li  était  le  second.  Le  jeune 
homme  passa  ses  examens  avec  succès  (18^7)  et  il  entra  à 
Tacadémie  des  Han-lin  en  i8'|8.  Puis  il  retourna  dans  sa 
province  natale,  où  il  jouait  un  rôle  assez  effacé,  lorsque  la 
grande  rébellion,  qui  ébranla  les  assises  du  trône  des  Mand- 


aaO  RÉBELLION    DES    T*AÏ    p'iNG 

chous,  vint  le  lirer  de  la  position  médiocre  dans  laquelle  il 
végétait.  C'est  en  effet  pendant  la  rébellion  des  T'aï  P'ing 
que  Li  devait  montrer  ces  qualités  d'énergie  et  de  finesse  qui 
ont  été,  dans  des  circonstances  heureuses,  la  cause  de  sa 
fortune  rapide.  Lorsque  les  rebelles  pénétrèrent  dans  le  Ngan- 
Houei,  Li  se  mit  à  la  tête  d'une  petite  force  (i  853),  et  ne  tarda 
pas  à  être  employé  comme  secrétaire  par  le  tout-puissant, 
Tseng  Kouo-fan,  gouverneur-général  des  deux  Kiang  et 
commandant  militaire  des  quatre  provinces  de  Kiang-Sou, 
Ngan-Houei,  Riang-SietTché-Kiang.  L'appui  d'un  semblable 
personnage  promettait  à  Li  un  avancement  rapide  ;  en  effet, 
il  devient  juge  provincial  au  Tché-Kiang,  tout  en  restant 
officier,  puis  Tao  Taï  au  Fou-Kien,  enfin  il  est  nommé, 
comme  nous  venons  de  le  dire,  gouverneur  du  Kiang-Sou. 

Li  et  Burgevine  défirent  Tan  Cheou-kouang,  le  Mo  Wang 
venu  de  Sou-tchéou  et  tuèrent  son  fils  (novembre  1862).  La 
mésintelligence  qui  existait  déjà  entre  les  deux  chefs  aug- 
menta ;  les  troupes  n'étaient  plus  payées  depuis  deux  mois  et 
un  contingent  désigné  pour  INan-King  refusa  de  se  mettre  en 
roule.  Dans  l'après-midi  du  dimanche  4  janvier  i863,  arrivé 
de  Soung  Kiang  à  Chang-Haï,  avec  sa  garde  du  corps,  Bur- 
gevine furieux  s'emporta  jusqu'à  frapper  le  banquier  Ta  Ki  ', 
qui  retenait,  disait-on,  les  fonds,  et  s'empara  de  ^oooo  pias- 
tres. Li  demanda  l'arrestation  de  Burgevine  au  consul  amé- 
ricain tjui  la  refusa,  mais  le  général  Slaveley,  après  avoir 
essuyé  un  nouveau  refus  du  colonel  Forrester,  nomma  comme 
chef  temporaire  de  1'  «  ever  victorious  Army  »  le  capitaine 
Holland,  de  l'infanterie  de  marine,  son  chef  d'état-major, 
en  attendant  que  le  gouvernement  approuve  le  choix  du  ca- 
pitaine Gordon  comme  commandant  définitif  (janvier  i863). 

I.  Yang  Tai-Ki  était  rintcrmédiairc  du  Tao-Taï  de  Cliang-Haï,  Wou, 
avec  les  étrangers  ;  il  n*avait  aucun  caractère  officiel.  Tai-Ki  est  mort  la 
quatrième  année  du  règne  ï'oung-tché,  vers  i865.  VVou  est  mort  la 
onzième  année,  vers  1878. 


PRISE    DE    SOU-TCHEOU  22  I 


L'objectif  de  Li  était  la  grande  ville  de  Sou-tchéou.  Les 
débuts  de  Rolland  furent  malheureux  ;  il  est  défait  à  Taï 
Tsan  (2/4  février  i863)  tandis  que  son  lieutenant  le  major 
Brennan  est  repoussé  à  Fou-chan  ;  heureusement  que  le  jour 
même  de  Tinsuccès  de  Holland,  une  dépêche  du  ministre 
Bruce  permet  la  nomination  d'un  officier  anglais  comme 
commandant  de  V  «  ever  victorious  army  »  :  Gordon  est 
définitivement  désigné,  la  campagne  va  entrer  dans  une 
nouvelle  phase. 


GORDON 


Charles  George  Gordon  *  est  né  à  Woolwich  le  28  mars 
i833  ;  son  père  était  le  lieutenant-général  Henry  William 
Gordon  qui  avait  épousé  Miss  Elizabeth  Enderby,  de 
Blackheath  ;  elle  eut  cinq  fils  et  six  filles.  Charles  entra 
dans  le  génie  (engineers).  Il  partit  pour  la  Crimée  en  décem- 
bre i85/i;  fut  envoyé  en  Bessarabie  (mai  i856)  comme 
assistant  commissaire  et  enfin  partit  pour  la  Chine  en  1860; 
il  arriva  après  la  prise  des  forts  de  Takou  mais  à  temps  pour 
la  destruction  du  Palais  d'Eté  qu'il  décrit  dans  ses  termes  : 
«  En  conséquence  nous  sortîmes,  et  après  l'avoir  pillée, 
nous  briililmes  toute  la  construction,  détruisant,  comme  des 
Vandales,  des  choses  de  grande  valeur,  que  quatre  millions 
ne  pourraient  remplacer \ous  pouvez  à  peine  vous  figu- 
rer la  beau  lé  et  la  magnificence  des  palais  que  nous  avons 
brûlés.  Cela  nous  faisait  mal  au  cœur  de  les  brûler  ;  en 
réalité,  ces  palais  étaient  si  grands,  et  nous  étions  si  pressés 
par  le  temps,  que  nous  ne  pouvions  les  piller  avec  soin. 
Des  quantités   d'ornements  en  or  furent  brûlés,   ayant  été 


I .  Toul  le  rjoondc  connaît  la  mort  tragique  de  cet  homme  remarquable 
à  Khartoum  en  i885.  11  resta  «  Chincse  Gordon  »  jusqu'à  la  fin  de  sa 
vie. 


333  RÉBELLION    DES   t'aÏ   P*  ING 

pris  pour  du  cuivre.  C'était  une  besogne  tristement  dénK)ra- 
lisante  pour  une  armée.  Tout  le  monde  était  fou  j)our  le 
pillage  \   » 

Dans  Tarmée  «  toujours  victorieuse  »  les  officiers  étaient 
tous  étrangers  :  Anglais,  Américains,  Allemands,  Français  et 
Espagnols,  mais  les  Américains  étaient  en  majorité.  Les 
sous-officiers  étaient  tous  Chinois  sortis  du  rang  ;  jusqu'à  la 
prise  de  Quinsan  en  mai  i863,  les  soldats  étaient  principale- 
ment des  indigènes  du  Kiang-Sou  et  du  Tché-Kiang,  inférieurs 
aux  Canlonais  et  aux  gens  du  Nord  ;  plus  tard  beaucoup  de 
rebelles  prisonniers  joignirent  l'armée  dont  l'effectif  a  varié 
de  3  ooo  à  5  ooo  hommes,  répartis  en  cinq  ou  six  régiments 
d'infanterie,  avec  quatre  batteries  d'artillerie  de  siège  et  deux 
de  campagne*. 

Burgevine  mécontent  de  sa  disgrâce  se  rend  à  Péking 
pour  se  plaindre  aux  ministres  anglais  et  américain  Bruce  et 
Burlingame,  plaintes  stériles  d'ailleurs,  et  l'aventurier  avec 
quelques  camarades  passe  aux  rebelles  le  4  août  i8G3.  Li 
offre  une  récompense  de  3  ooo  taëls  à  qui  le  livrera  mort  ou 
vivant;  les  consuls  étrangers  protestent  (20  août  i863). 
Cependant  Gordon  marchait  de  succès  en  succès  :  Fou-cban 
(4  avril  i863),  Tai-tsan  (2  mai)  et  enfin  Quinsan  (3i  mai) 
tombent  entre  ses  mains.  D'autre  part  le  D*^  Halliday  Macart- 
neyj  ancien  chirurgien  du  99®  régiment  d'infanterie,  chargé 
de  l'arsenal  de  Soung  kiang  par  Li  Fou-taï,  bat  les  rebelles 
a  Foung-tching  et  à  Si-dong  (i3  et  i5  août  i863).  Encore 
quelques  combats  et  la  roule  de  Sou-tchéou  est  ouverte  ;  le 
danger  est  pressant,  le  Tchoung  Wang  accourt  au  secours  de 
la  ville  investie  en  septembre  ;  le  mois  suivant  Burgevine  se 
rend  à  Gordon  '. 

1.  Life  of  General  Gordon.  London.W.  Scott,  1887,  pet.  in-8,  p.  i4- 

2.  Wilson,  pp.  127,  128. 

3.  Il  fut  no^é  le  26  juin  i865,  accidentellement:*  dans  le  Tché-Kiang, 
dans  le  naufrage  d'un  bac  qui  le  portait. 


i 


PRISE    DE    SOU-TCnÉOU  2^3 


PEUSE    DE    SOU-TCHÉOU 

Cependant  Gordon  est  défait  sous  les  murs  de  Sou-tchéou 
(27  novembre  i863),  mais  la  dissension  éclate  parmi  les 
chefs  rebelles  :  le  Mo  Wang  qui  refusait  de  se  rendre  est 
assassiné  par  le  Koung  Wang  (/j  décembre  i863)  dans  un 
grand  dîner  ;  Sou-tchéou  tombe  le  lendemain  de  ce  crime  ; 
les  Wang  se  rendent  et  malgré  rengagement  tacite  de  Gor- 
don qu'ils  auraient  la  vie  sauve,  ils  sont  mis  à  mort  par  ordre 
de  Li  Houng-tchang.  Ces  chefs  étaient  au  nombre  de  huit, 
quatre  Wang:  le  Na  Wang,  le  Koung  Wang,  le  Sing  Wang 
et  le  Pé  Wang,  et  les  quatre  Tien-lchouang  Tchang,  Fan, 
Wan  et  Wong.  Gordon,  retenu  prisonnier  par  les  T'aï  P'ing 
dans  Sou-tchéou,  de  l'après-midi  du  6  au  matin  du  7  décem- 
bre, vit  la  mort  de  près;  furieux,  il  chercha  Li  pour  lui  de- 
mander les  raisons  de  sa  conduite,  mais  le  prudent  Fou-taï 
se  tint  prudemment  hors  de  Tatteinte.de  TofRcier  irrité*.  Gor- 
don donna  sa  démission  de  général  ÇTsong Pin^^  et  se  retira 
à  Quinsan  ;  plus  lard  il  refusa  les  présents  et  la  somme  de 
10000  taëls  qui  lui  étaient  octroyés  par  décret  impérial  (i4 
décembre  i863).  Le  major-général  Brown  qui  avait  rem- 
placé Staveley  arriva  de  Chang  Haï  à  Sou-tchéou  (11  dé- 
cembre) et  déclara  à  Li  que  jusqu'à  ce  que  sa  conduite  ait  été 
jugée  à  Péking,  les  troupes  de  Gordon  cesseraient  de  pren- 
dre part  à  la  campagne. 

Les  raisons  données  par  les  Chinois  pour  excuser  la  con- 
duite de  Li  sont  curieuses  et  méritent  d'être  signalées  : 

«  Suivant  [leur]  point  de  vue  de  la  question,  les  chefs 
T*aï  Ping  se  rendirent  à  la  simple  condition  que  leurs  vies 
seraient  épargnées,   et  à  partir  du  moment  de  leur  soumis- 

I.  Il  n'est  pas  question  de  cet  incident  dans  Events  in  the  Taeping 
Rébellion...  bj  A.  Egmonl  Hake.  London,  1891,  in-8. 


334  RÉBELLION    DES    T*AÏ    P*ING 

sion,  ils  devenaient  des  sujets  de  l'Empire  justiciables  de 
toutes  ses  lois.  Mais  quand  ils  arrivèrent  devant  le  Fou-taï, 
ils  n'avaient  pas  encore  rasé  leurs  tètes  :  ils  portaient  encore 
leurs  armes,  et  leur  «  apparence  générale  était  marquée  par 
une  extrême  férocité  »,  étant  plutôt  celle  d'hommes  ayant  à 
dicter  des  termes  que  d'insurgés  repentants  qui  venaient  jus- 
tement d'être  l'objet  d'une  mesure  de  clémence.  Us  insistè- 
rent pour  que  la  garde  de  Sou-tchéou  fût  laissée  entre  leurs 
mains,  que  tous  les  soldats  alors  sous  leurs  ordres  fussent  mis 
à  leur  disposition,  et  déclarèrent  que  si  ces  conditions  n'é- 
taient pas  acceptées,  ils  né  feraient  pas  leur  soumission.  Ils 
refusèrent  aussi  de  débander  leurs  troupes  ;  dirent  que  leur 
intention  était  de  tenir  trois  portes  de  la  ville  qui  étaient  des 
positions  fortement  fortifiées,  et  demandèrent  que  leurs 
troupes  fussent  payées.  Une  attitude  si  menaçante  et  intimi- 
dante était  entièrement  inattendue,  et  on  ne  pouvait  y  répondre 
en  rompant  les  négociations,  ou  en  permettant  aux  Wang 
de  retourner  en  sécurité  dans  la  ville.  Le  leur  permettre,  ou 
même  leur  donner  le  moindre  soupçon  que  leurs  demandes 
ne  seraient  pas  acceptées,  auraient  eu  pour  résultat  une  ca- 
tastrophe immédiate.  «  Si  les  Wang,  dit  le  prince  Koung, 
n'avaient  été  promptement  décapités,  non  seulement  les 
soldats  im[)ériaux  auraient  été  massacrés  jusqu'au  dernier 
dans  la  ville,  mais  les  forces  énormes  placées  sous  le  com- 
mandement de  ces  chefs  seraient  encore  restées  dans  les  rangs 
rebelles,  et  un  autre  et  phis  grand  massacre  aurait  été  inévi- 
table ;  et  violence  aurait  été  ainsi  faite  au  principe  bienfaisant 
du  Ciel  et  de  la  Terre,  qui  se  plaît  à  créer,  et  est  opposé  à  la 
destruction*.  » 

Cependant  Gordon  reprit  les  armes*,  mû  par  de  sérieuses 

1.  VVilson,  p.  202,  2o3. 

3.  Il  rendit  môme,  accompagné  de  M.  lïarl.  une  visite  au  Fou-laï  à 
Sou-tchéou,  le  i*'*"  février  i864.  Cf.  Hake,  p.  '402.  Dans  lenlrevue  aucune 
allusion  ne  fut  faite  à  1  exécution  des  Wang. 


k 


PUISE    DE    SOU-TCHÉOU  335 

considérations  expliquées  par  le  major  général  Brown  dans 
une  dépêche  adressée  au  comte  de  Grey  et  Ripon  *  :  «  Les 
raisons  qui  déterminèrent  le  major  Gordon  à  reprendre  la 
campagne  sont  nombreuses  et  de  grand  poids.  En  restant 
inactif  le  Fou-Taï  a  déjà  encouru  une  perte  de  5oooo  livres 
et  le  major  Gordon  a  exprimé  sulTisamment  son  sentiment  de 
dégoût  pour  la  traîtreuse  exécution  des  Wang.  Si  les  rebelles, 
aussi,  sont  laissés  à  eux-mêmes  ils  relèveront  la  tête  et  la 
révolte  peut  être  prolongée  pour  des  années  ;  tandis  que  pre- 
nant avantage  de  leur  panique  présente,  peu  de  mois  sufii- 
ronl  à  rétablir  Tordre  et  la  paix  à  ce  qui  était  auparavant  les 
districts  les  plus  riches  et  les  plus  pros[)ères  en  Chine  et  d'où 
Ton  peut  espérer  un  grand  trafic.  A  côté  de  cela,  il  existe 
un  autre  danger  de  non  moindre  importance.  La  population 
tapageuse  qui  aurait  trouvé  à  Chang-Hai,  et  dans  la  rébellion 
des  T'aï  P'ing  un  vaste  champ  pour  ses  exploits,  a  été  retenue 
de  se  joindre  aux  rebelles  |)ar  une  crainte  salutaire  des  forces 
de  Gordon.  Mais  que  cet  oiïîcier  cependant  reste  inactif  ou 
soit  supplanté  par  un  des  officiers  de  Ward,  ces  hommes  se 
joindraient  immédiatement  aux  ï'aï  P'ing  et  la  capture  du 
vapeur  «  Tsatlee  »  et  celle  d'un  bateau  de  soie  dernièrement 
h  Chang-Haï,  montrerait  ce  qu'on  pourrait  attendre  d'eux. 
Il  faut  aussi  envisager  d'aulrcs  possibilités,  l'une  d'entre  elles, 
de  nature  alarmante.  Qu'adviendrait-il  si  le])lan  de  Burgevine 
de  former  un  troisième  parti,  distinct  des  T'aï-P'ing  et  des 
Impérialistes,  trouvait  sa  réalisation  sous  un  successeur 
américain  du  major  (iordon  ?  La  cause  rallierait  sous  sa  ban- 
nière chaque  européen  ou  américain  vagabond  en  Chine, 
recrutés  par  une  large  immigration  des  possessions  améri- 
caines de  la  C(Me  du  Pacifique.  Il  serait  alors  absolument  né- 
cessaire de  supprimer  un  tel  lot  de  bandits  à  n'imporle  quel 
prix,   mais  combien    ne  serait-il  pas  préférable  de  prévenir 

I.   Hong  Kong.  3i  mars  iSG'i.  —  China,  n"  7  (i804).  p.  20. 
CORDIER.  I.  —  i5 


3a6  RÉBELLION    DES    T*AÏ    P*IXG 

celln  éventualité,  et  le  major  Gordon  reprenant  la  campagne,  le 
terrain  de  la  sorte  leur  manquerait  sous  les  pieds.  Le  danger 
était  imminent,  et  le  major  Gordon  refusa  de  marquer  aucun 
sentiment  d'hostilité  contre  le  Fou-ïaï,  dans  un  intérêt 
général,  par  humanité,  et  connaissant  les  souffrances  de 
la  population,  il  surmonta  sa  répugnance  pour  renouveler 
sa  coo{>ération  avec  les  autorités  chinoises.  ». 

(lordon  se  rendit  avec  le  Hyson^^  par  le  lac  ÇPa  Hoii)^  de 
Quinsan,  où  il  laissa  le  colonel  Murant  et  200  hommes, 
à  V\  ou-Si  après  avoir  reçu  le  18  février  une  lettre  de  Sir 
Frederick  Bruce  le  priant  de  faire  usage  de  ses  forces  <(  seu- 
lement pour  garder  les  districts  con(juis,  mais  de  rester  en 
même  temps  en  hons  termes  avec  les  mandarins  ))^  Gordon 
sVmpara  successivement  de  Yesing,  (i®''mars)  et  de  Yakou 
pou.  Le  27  avril,  il  fut  repoussé  devant  Tchang-tcheou,  mais 
il  s'en  empara  le  1 1  mai  1860.  Ce  fait  d'armes  marqua  la  fin 
de  YE^^er  Victorinus  Army\  les  olliciers  anglais  reprenaient 
du  service  et  les  rehelles  n'occupaient  plus  que  llou-tchéuu 
dans  le  Tché-Kiang  et  Nanking  dans  le  Kiang  \an. 


PUISE    DE    N.O-MNO 


Enfin,  le  19  juillet  iSG'i,  Nanking  tomhait  entre  les 
mains  de  Tseng  Kouo-trhouan ',  Commandant  en  chef^ 
JVxtrais  d'un  rapport  adressé  ])ar  ce  dernier  a  Li  Fou-tai, 
les  détails  de  cet  important  fait  d'armes  :  «  Le  3  Juillet, 
Li  Tchiang-ho  et  autres  alta(|urrent  la  \ allée  de  Loung 
po-tseu  et  s'en  eujparerent,  ce  qui  lem'  permit  (roccu|)er  une 


I.   Le  capitaine  de  ce  navire,  Davidson,  mourut  de  la  (îcvre  à  Cliang- 
llai.  le  3o  novembre  i8().'|. 

a.   China,  n"  7  (i864).  p.  3i.  • 

\\.  Le  vice  roi  Tseng  Kouo-fan,  son  frère,  était  à  Ngan-K'ing. 

!\     La  ville  entière  tomba  entre  les  mains  des  Cbinois  le  aS  juillet. 


I 


PRISE    DE   NAN-RIXG  237 

position  dominanl  la  ville  et  Taltaque  fut  commenci^e  et  con- 
tiniiéo  le  jour  suivant,  chacune  des  brigades  qui  donnait  à 
son  tour,  ayant  un  grand  nond^re  de  morts  et  de  blessés. 

«  Li  Tchen-tica  ayant  découvert  qu*il  v  avait  assez  de  riz 
dans  la  ville  pour  pouvoir  durer  plusieurs  mois  et  craignant  que 
comme  nos  artilleurs  avaient  échoué  trente  ou  quarante  fois  dans 
leurs  essais  de  mines,  les  Iroujies  ne  soient  excédées  et  découra- 
gées et  qu'il  arri>iit  un  désastre  si  l'attaque  uianquait,  oflrit  ses 
ser>ices  de  construire  une  mine,  sous  un  feu  qui  ne  peut  être 
comparé  qu*à  une  averse  de  pluie.  Kn  cela  il  fut  aidé  par  H'iao 
Fou-scu  et  autres  qui  volontairement  sorliivnt  un  nombre  de 
batteries  à  une  centaine  de  pieds  du  nnir  et  ayant  cou|)é  des 
roseaux,  etc.,  construisirent  un  rempart  et  le  couvrirent  de  terre, 
ce  qui  leur  permit  d'attaquer  ouvertement  du  sommet  ou  secrè- 
tement à  couvert. 

«  Ainsi  le  combat  dura  sans  intermittence  pendant  la  moitié 
d'un  mois  et  la  ileur  de  l'armée  fut  mise  en  pièces  et  mutilée 
sans  que  nous  ayions  pu  renqx)rter  la  victoire.  Trois  oiTiciers 
généraux  distingués  par  leurs  mérites,  c'est-à-dire  Tcheng  AVang- 
chen,  Wang  Chao-ji  et  Kouei  l*ing-chou.  avec  maints  autres, 
tombèrent  malheureusement  victimes  et  furent  profondément 
regrettés. 

«  Le  19,  a  trois  heures  du  matin  environ,  comme  la  mine 
était  remplie,  et  (jue  je  parlais  à  son  ouverture  avec  Li  Tchen- 
tien,  Li  Sieou-tcheng  connu  pour  être  leTchoung  AA  ang,  dirigea 
une  sortie  de  quelques  centaines  de  rebelles  désespérés,  qui  étaient 
vêtus  comme  des  soldats  impériaux  et  qui  jetèrent  des  grenades 
et  autres  projectiles  qui  mirent  feu  aux  batteries  et  au  rempart 
de  roseaux  (uientionnés  ci-dessus).  Les  troupes  étaient  si  fati- 
guées et  l'heure  si  tardive  que  la  tentative  faillit  réussir.  Cepen- 
dant AVei  Wei-choun,  Li  Tchen-tien  et  les  autres  généraux  les 
conduisirent  sur  la  gauche  et  abattirent  un  grand  uombre 
d'ennemis,  tandis  que  sur  la  droite  Peug  \ou-tchou  et  les 
autres  en  tuèreul  et  en  firent  prisonniers  un  grand  nombre  éga- 
lement, tandis  que  par  la  plus  grande  chance  la  mine  fut 
sauvée. 

«  Au  matin  du  19  juillet,  je  fis  avancer  toutes  les  brigades,  et 
leur  donnai  les  ordres  de  renforcer  les  lignes  et  de  se  préparer 
à  repousser   toute  attaque,   pendant   que   du   point    du  jour  à 


228  RÉBELLION    DES    T*AÏ-p'lNG 

midi,  j*allaqiiai  la  partie  do  la  ville  enlre  la  colline  de  Loung- 
po-lseu  el  la  porte  de  T'aï  P'ing.  A  midi  Li  Tcheii-lien 
m'annonça  que  la  mine  «Hait  proie  el  le  Irain  préparé.  Sur  ce, 
je  lançai  un  avis  promettant  des  récompenses  illimitées  en  cas 
de  réussite  et  des  menaces  de  mort  dans  le  cas  d'une  défaite, 
sur  quoi  Lieou  Lien-tclie  et  autres  amenant  leurs  brigades, 
s'assirent  sur  l'iierbe,  el  volontairement  firent  serment  de  mou- 
rir en  défendant  leur  pays,  si  cela  était  nécessaire.  Voyant  ainsi 
qu'ofïiciers  et  hommes  étaient  également  préparés  et  entière- 
ment déterminés,  j'ordonnai  qu'on  fil  sauter  la  mine,  et  avec  le 
grondement  pareil  à  celui  du  tonnerre,  quelques  deux  cents 
pieds  du  rempart  furent  lancés  dans  les  airs.  Le  ciel  fut  rempli 
par  la  fumée,  et  les  bri(jues,  les  tuiles  el  le  feu  s'échappèrent 
dans  toutes  les  directions,  mais  Wou  Ming-liang,  Li  Tchen-lien 
el  d'autres  conduisirent  leurs  hommes  h  travers  les  ruines, 
et  entrèrent  par  la  brèche,  les  soldats  abondant  connue  des 
fourmis  et  chaque  homme  égalant  pleinement  dix  mortels 
ordinaires.  Malheureusement  un  grand  nondjre  fut  tué  par 
l'ennemi,  qui  des  murs  fit  pleuvoir  un  feu  tel  que  le  corps  princi- 
pal aurait  h\ché  pied  si  Peng  You  tcliou,  H'ia  Fou-scu.  etc.,  qui, 
demeurant  avec  leur  é])ée  tirée  el  abattant  tous  ceux  qui  recu- 
laient, n'avaient  rallié  leurs  hommes  pour  l'attaipie. 

a  En  môme  tenqjs  Wou  Ming-liang  avec  d'autres  avant  esca- 
ladé la  colline  de  Loung  liouang,  engagèrent  les  rebelles  sur  la 
droite  et  autour  de  la  porte  de  T'aï-P'ing  pendant  près  de  deux 
heures  el  finalement  les  liront  entrer  de  force  pondant  (ju'on 
mémo  temps  Li  Tchiang-ho  entra  dans  la  ville  par  les  défenses 
do  la  m«^mo  porte. 

«  A  présent,  nos  forcés  étaient  divisées  en  (piatro  colonnes, 
l'une  sous  les  ordres  do  AV  ang  Youen-ho  marchant  sur  le  palais 
du  soi-disant  T'ion  AV  ang  (pTolle  essaya  dix  fois  (\v  pronilro  par 
assaut  jusqu'au  moment  où  l'ap^îroche  âo  la  nuit  la  força  do 
battre  on  retraite.  Lieou  Lien-tchoabaltit  losrebollos  sur  la  gaucho 
aussi  loin  que  la  ])orle  de  (!llien-lsou  lorsqu'il  rencontra  Tchou 
Lan-kouoi,  qui  avec  d'autres  venaient  justement  d'entrer  par  un 
souterrain  abandonné.  Réunissant  leurs  troupes,  ils  se  trouvèrent 
assez  forts  pour  marcher  sur  la  colline  do  Lion  el  se  rendre 
maîtres  do  la  porte  de  I-Fong  (Nord).  Sur  la  gaucho,  Peng 
You-lchou,  avec  sa  suite,  entra  à  travers  la  vieille  ville  et  marcha 
sur  la  porte  do  Toung  Si.  tandis  que  toujours  dans  la  même 
direction,  H'ia  Fou-sou  se  divisant,  s'empara  dos  portos  de  Tchao 


l 


PRISE    DE    N\X-K!>r,  2  39 

Yang  et  de  Houng  AVou,  cl  lua  tous  les  rebelles  dans  les  guérites, 
les  corps  de  garde,  etc..  et  dans  tous  les  environs.  En  un  mot 
les  rebelles  sur  la  gauclic  furent  attaqués,  entoures,  abattus  et 
détruits  dans  un  temps  incroyablement  court,  pendant  que 
Lieou  Lien-tclie  était  également  vainqueur  sur  la  droite.  Des 
gardes  furent  placées  aux  portes  et  ceci  termina  les  événements 
regardant  Tatlacjue  et  la  prise  du  19  juillet. 

«  Le  plus  gros  de  mon  armée  était  maintenant  massé  sur  la 
colline  de  Loung  liouang,  mais  la  garnison  rebelle  du  quartier 
sud-ouest  tenait  bon  jusqu'après  la  prise  de  la  porte  de  Tcliao 
Yang,  <piand  l^o  Feng-Youen  lit  une  attaque  déses|)érée  a  l'ouest 
de  la  porte  de  Tclia  pao  (Sud)  et  escalada  la  muraille  par  une 
vieille  brècbe.  Au  même  moment,  Li  Tchen-tclieou  entra  par 
les  défenses  de  la  porte  de  Toung  Si.  Le  soi-disant  Tclioung 
Wang  rassembla  alors  une  bande  de  partisans  désespérés  et  lit 
ime  furieuse  tentative  pour  se  frayer  un  cliemin  entre  la  colline 
de  Tcbing  liang  à  la  porte  de  Han-tsei.  Cependant,  voyant  cela, 
Tclien-li  et  les  autres  passent  par  dessus  les  défenses  de  la  porte 
de  Clien-tsei  et  une  sortie  dans  cette  direction  étant  par  consé- 
quent impossible,  ils  reculent  sur  la  colline  de  Tcbeng  Wang.  Au 
même  moment,  llouang,  Ti-tou  du  Kiang-Sou,  avec  sa  flottille 
attaque  les  forts  de  la  rivière  au-dessus  de  Tclioung  Kouan,  et 
continue  victorieusement  jusqu'aux  nuirs  de  la  ville,  où  Tclien- 
ti  et  ses  collègues  s'emparent  des  |X)rtes  deClien-tsei  et  de  Han-si, 
tuant  tous  les  rebelles  qui  s'y  trouvaient.  Il  se  faisait  tard  alors,  et 
Tclien-ti  voyant  le  Tclioung  Wang  et  sa  suite  en  embuscade 
dans  le  quartier  sud-ouest,  prit  toutes  ses  précautions  contre  une 
sortie.  Peng  You-tchou  se  cbargea  des  portes  de  Tcliou-pao  et 
de  Toung  si  et  Li  Tcben-tien  de  la  porte  de  T'aï  1^'ing,  pendant 
que  les  bommes  de  VV  ang  Youn-bo,  qui  avaient  combattu  toute 
la  journée,  furent  rappelés  dès  que  les  premières  étoiles  paru- 
rent et  campèrent  en  cercle  autour  de  la  colline  de  T'oung 
liouang. 

«  Voici  briè>ement  le  résultat  des  opérations  du  côté  sud- 
ouest  et  l'œuvre  de  la  llottille. 

a  Maintenant,  pendant  que  Tcliou  Koung-lcbang  attaquait 
les  palais  du  T'ien  Wang,  Clien  lloung-ping  et  autres  condui- 
saient un  corps  d'Iiommes  autour  sur  la  gaucbe,  et  formaient 
une  embuscade  à  l'est  de  la  ville  soi-disant  impériale  en  vue  de 
capturer  ou  de  massacrer  les  cbefs.  Mais  le  clicval  de  Tcbou 
Koung-tcliang  ayant  été  blessé  et  les  rebelles  étant  en  nombre 


aSo  RÉBELLION    DES    t'aÏ    p'i.NG 

onornie  sur  le  pont  de  pierre,  il  conduisit  ses  troupes  à  l'enlour 
et  comme  il  était  très  tard,  il  les  ramena  à  la  colline  de  Loung 
liouang,  l'embuscade  rependant,  pendant  ce  temps,  s'était  Irop 
avancée  pour  pouvoir  reculer.  11  était  à  peu  près  une  heure  du  ma- 
tin quand  leTchoung  Wang  donna  l'ordre  que  le  palais  du  T'ien 
Wang  et  les  fous^  occupes  par  les  autres  Wang  soient  incendiés 
et  de  faire  sauter  les  magasins.  La  ville  tout  entière  tout  à 
coup  parut  remplie  de  fumée  et  de  feu,  mais  au  même  mo- 
ment, Youen  Ta-cliang  et  autres  virent  (pielque  mille  rebelles 
armés  quittant  le  palais  du  T'ien  Wang  par  la  porle  du  Sud  et 
s'élançant  vers  les  maisons.  L'impression  de  Youen  Ta-cbang 
était  que  le  T'ien  Wang  essayait  de  s'enfuir,  aussi  intercepta-t- 
il  ce  corps  et  en  tuant  sept  à  huit  cenls  hommes,  il  s'empara 
d'un  sceau  d'or  et  de  deux  sceaux  de  jade  impériaux  doni 
Houng  Sieou-ts'iuen  avait  eu  l'audace  de  se  servir.  Les  femmes 
employées  au  palais,  au  nombre  de  plusieurs  centaines,  se  pen- 
dirent elles-mêmes,  et  quelque  deux  mille  rebelles  furent  noyés 
dans  le  fossé  de  la  ville.  Un  grand  nombre  en  fut  aussi  brûlé  à 
mort,  le  feu  ayant  jailli  dans  toutes  les  directions  avait  rendu 
les  rues  impossibles.  Nos  troupes,  cependant,  dans  l'ignorance 
des  routes,  furent  incapables  d'attaquer  l'ennemi  dans  l'obscurité 
et  naturellement,  se  retirèrent. 

Ceci  complète  le  récit  des  résidences  des  AVang  et  le  j)rincipal 
massacre  des  rebelles. 

«  Vers  quatre  heures  du  matin,  un  corps  de  rebelles  ^ètus 
conmiedes soldats  impériaux  et  au  nombred'environ  un  millier,  dé- 
boucha de  la  porte  T'ai  Ping,  mais  la  brigade  Kouan-tseu  les  atta- 
qua avec  des  grenades  et  autres  projectiles  et  en  tua  une  grande 
quantité.  Néanmoins  six  à  sept  cents  cavaliers  réussirent  à  sor- 
tir, et  alors  s'élancèrent  dans  la  direction  de  H'iao-leng  et  Téng- 
lin,  où  ils  furent  poursuivis  par  notre  cavalerie  sous  Wou  Wei- 
cheou.  Les  prisonniers  aihrmèrent  que  le  soi-disant  Tcliouug 
Wang  avait  été  tué  dans  la  ville,  que  le  jeune  T'ien  \\  ang 
s'était  brillé  lui-même  dans  le  palais,  tandis  que  d'autres  nous 
informaient  que  leChoun^  et  le  Tchoung  Wang  s'étaient  sauvés 
avec  le  jeune  T'ien-Wang,  mais  que  Iloung  Sieou-ts'iuen  a>ait 
avalé  du   poison  au  mois  de  juin  au  moment  où    nos    troupes 


I.  Palais. 

3.  L«  Fou  Wang. 


PRISE    DE    ÎSA>-R!>G  23 1 

investissaient  la   ville   et  qti  il  avait  été  brillé  dans  son  palais, 
tandis  que  son  lilre  avait  été  repris  par  le  jeune  héritier  *. 

«  Aussitôt  que  j'entendis  parler  de  la  fuite  de  ces  rebelles 
dispersés,  jVuvoyai  Tchang  Ting-houei  a\ec  qiielcjue  cavalerie 
pour  suivre  Wou  Wei-cheou  et  continuer  avec  lui  la  poursuite 
jour  et  nuit.  J'écri>is  aussi  aux  garnisons  de  Li  Clioui,  Tcliou- 
Young  et  autres  places  de  réunir  toute  la  cavalerie  disj)onible  et 
de  poursuivre  les  fugitifs,  les  exhortant  en  même  temps  à  ne  pas 
les  laisser  s*échap|KM'.  J'attends  maintenant  leur  retour  pour 
envover  leurs  rapports  et  les  transmettre  à  Péking  par  l'entre- 
mise de  Votre  Excellence.  Pendant  les  journées  du  30  et  du  ai, 
nos  troupes  raflèrent  et  tuèrent  un  nombre  considérable  de 
vieux  rebelles,  natifs  des  deux  Kouang,  des  deux  Hou  et  du 
Kiang-Si.  Tseng  Liang-lso  et  ceux  qui  étaient  avec  lui,  se  dis- 
tinguèrent spécialement  en  tuant  un  grand  nombre  de  chefs  et 
en  tout  j  imagine  que  le  nombre  des  tués  doit  se  monter  à  une 
centaine  de  mille.  Pendant  les  trois  journées  que  j*ai  mention- 
nées, la  rivière  Tching  houei  a  été  blotpiée  par  les  cadavres.  Dans 
la  >ille,  il  y  avait  à  peu  près  trois  mille  Wang  et  chefs,  dont 
la  moitié  lut  tuée  et  le  reste  noyé  ou  tué  dans  le  fossé  de  la  ville. 

«  Le  aa,  il  ne  restait  plus  que  quelques  Cantonais  qui  s'étaient 
fortifiés  eux-mêmes  dans  un  bâtiment  très  haut  d'où  ils 
visaient  nos  hommes,  mais  le  a3,  la  ville  fut  en  notre  pouvoir 
exclusif  et  les  poursuites  et  les  tueries  complètement  termi- 
nés. J'envoyai  inmiédiatement  des  hommes  pour  éteindre  les 
incendies  et  pour  enterrer  les  morts,  pendant  qu'en  même  temps, 
je  pris  des  arrangements  pour  recevoir  et  soigner  les  bhvssés.  (le 
n'était  pas  une  tâche  aisée  d'avoir  à  s'occiq)er  d'une  centaine  de 
choses  qui  demandaient  toute  mon  attention. 

«  Je  ne  puis  m'empéclier  de  m'adliger  sur  les  milliers 
d'honunes  que  nous  avons  j)erdus  par  maladie  ou  qui  furent 
tués  pendant  le  siège.  Pendant  ce  UMups,  j'ai  empêché  trois  fois 
(pi'on  >inl  au  secours  de  la  ville,  et  j'en  fis  l'assaut  plus  de  cent 
fois,  mais  connue  par  la  bonne  chance  de  Sa  Majesté,  ce  léger 
succès  a  pu  êlre  obtenu.  Leurs  Excellences  IVng,  Yang  et 
llouaiig,  dresseront  une  liste  des  oITiciers  et  des  hommes  ap|)ar- 
lenanl  à  la  flollille,  connue  je  ferai  de  mon  côté  en  ce  quicon- 
c(Mne  les  troupes  de  terre,  lequel  rapport  nous  espérons  que  vous 

I .   Ci  est  la  vraie  version. 


334  RÉBELLIO.N    DKS  VaÏ    P*IXG 

VOUS  joindrez  k  nous  pour  le  présenter  au  Trône.  Je  vous  prie  de 
vouloir  bien  recommander  pour  une  marque  de  faveur  de  Sa 
Majesté,  tous  ceux  qui  se  sont  distingués  et  que  vous  réclamerez 
les  honneurs  posthumes  pour  ceux  ([ui  sont  tombés  en  combattant. 
«  J'ai  remis  un  rapport  semblable  à  Son  Excellence  le  Gouver- 
neur Général*,  avee  la  prière  de  le  remettre  à  Péking*.  » 

Le  prince  de  koung  et  les  membres  du  Tsoung-li  Yaincn 
annoncèrent  aux  ministres  étrangers  la  prise  de  Nan-King 
dans  les  termes  suivants  : 

Nous  avons  reçu  aujourd'hui  dans  la  matinée  un  message 
que  Tseng  Kouo-fan  nous  a  envoyé  par  un  courrier  faisant  plus 
de  600  lis*  par  jour  pour  nous  annonccr'que  le  19  de  la  6*"  lune 
(a3  juillet)  la  ville  de  Nan-King  a  été  reprise  en  entier.  Cette 
importante  entreprise  est  terminée  et  pas  un  rebelle  ne  s'est 
échappé. 

Sachant  tout  l'intérêt  que  vous  portiez  à  cette  aiïairc,  nous 
nous  empressons  de  vous  annoncer  son  heureuse  issue,  certains 
que  vous  partagerez  notre  satisfaction,  et  nous  proiitons  de 
l'occasion  qui  se  présente  pour  vous  souhaiter  mille  prospérités. 


Fl>'    DE    LA    REBELLION 


Quelque  temps  aupara\ant  (3o  juin  186^1),  le  T'ien 
Wang,  Houng  Sicon  Is'iuen,  s'était  suicidé  en  avalant  des 
feuilles  d'or  ;  le  Tcheung  Wang,  qui  était  le  meilleur  des 
généraux  rebelles,  fut  exécuté  par  les  Impériaux  le  7  août  i86^i 
a>ec  le  Fou  Wang,  IlongJen  la,  demi-frère  du  T'ien  Wang; 
Houng  Fou-lien,  le  lîls  même  de  Houng  qui  avait  pris  le  litre 
de  T'ien  Wang  11  périt  de  la  niém<*  manière  quelques  jours 
après  la   prise  de   Nan-King  dont  il  avait  réussi  à  sVnfuir. 

I.  Tseng  Kouo-fan. 

3.   yorth  China  Herald,  783,  ao  aoiH  iSO'i. 

3.  Le  li  est  d'environ  600  moires;  celle  expression  signifie  simplement 
marchant  à  toute  \'itesse. 


PAVILLONS    Noms  335 

D'un  autre  colé,  le  corps  franco-chinois  continuait  ses  opé- 
rations: la  capitale  du  ïclie  Kiang,  Hang-tcheou,  était  prise 
flans  la  nuit  du  3oau  3i  mars  i8G/|  par  P.  d'AiguebelIc  qui 
re(;ut  en  récompense  la  robe  jaune  et  dix-mille  taëls,  et  les 
TVi  P'ing  évacuèrent  (28  août  i86/|)  llou-tchéou,  leur  der- 
nier rempart  dans  cette  province;  au  mois  d'avril  i865,  les 
bandes  T'ai  Ping  sont  chassées  de  Tchang-Tchéou  près 
(rAmoy  et  leurs  débris  traqués  de  tous  cotés,  se  réfugiaient 
dans  les  montagnes  du  Fou  Kien,  du  Kiang-Si  et  duKouang- 
Toung,  ainsi  que  dans  le  Se-tch'ouen. 


PAVILLONS    NOIRS 


In  des  chefs  T'ai  i*'ing,  Wou-tsoung,  pénétra  dans  le 
Tong  king,  livra  le  paNs  au  pillage  avec  une  bande  de 
3  à  ^1  000  soldais  et  s'avanc;a  jusqu'au  Song  Koi  en  face  de 
Ha  mu'.  Les  Annamites  eurent  recours  aux  Chinois  pour  être 
débarrassés  de  ces  bandits.  Les  Chinois  s'empressèrent  d'en- 
voyer au  Tong  King  une  petite  armée  composée,  croyons 
nous,  d'une  dizaine  de  mille  de  soldats,  qui  pourchassa  les 
rebelles  et  les  obligea  à  fuir  vers  les  montagnes  qui  bordent 
le  Yun  ^an. 

VV ou  tsou ng  mourut  peu  de  temps  après  en  i86()  et  il 
laissa  le  commandement  de  ses  troupes  à  ses  deux  lieute- 
nants Lieou  Yen-fou  et  llouang  Tsoung-yn.  Les  deux  chefs 
mirent  ensendjle  le  sièj^e  devant  Lao  Kav  dont  «  la  forte- 
resse,  dit  M.  de  Kergaradec,  n'est  qu'une  enceinte  carrée  en 
ma(;onnerie  formée  par  un  mur  en  moellons  de  quarante 
centimètres  d'épaisseur  ou  à  peu  près,  et  aux  quatre  coins  tie 
laquelle  sont  disposées  des  tours  à  plateforme,  armées  de 
petites  pièces  d'artillerie.  »  Ce  n'est  pas  faire  l'éloge  de  Tha- 
bileté  des  rebelles  de  dire  qu'ils  ne  s'emparèrent  de  Lao-Kay 
qu'au  bout  d'un  siège  de  deux  ans. 


336  nÊnKi.iJox   nrs  t\ï  i»'ing 

Les  deux  associés  se  querellèrent  après  la  prise  de  LaoKay 
(1868).  Lieoii  Yen-fou  resta  dans  cette  ville,  Ilouangïsoung- 
yn  descendit  le  fleuve  Rouge,  [)uis  établit  son  quartier 
général  à  llo-yang,  sur  la  rivière  Claire  (^Tsin^^  J/o),  affluent 
de  la  rive  gauche  du  Song  Koï.  Les  anciens  amis,  devenus 
ennemis  mortels,  devaient  se  faire  à  Favenir  une  guerre 
acharnée,  et,  leurs  troupes  se  distinguant  par  la  couleur  de 
leurs  inscriptions,  on  nomma  Pavillons  Noirs  (en  chinois 
Ile  Ki,  ou  dans  le  dialecte  cantonais  Jlac  ÂV)  l'armée  ou 
plutôt  la  bande  de  Lieou  Yen-fou,  et  Pavillons  Jaunes 
Çflouang  Ki^,  les  partisans  de  liouang  Tsoung-yn. 


CHAPITRE  XVI 


RÉBELLIONS 


RÉBELLION     MUSULMANE 


Chose  curieuse  :  celte  rébellion  commença  au  Yun-nan 
par  une  querelle  entre  mineurs,  les  uns  musulmans,  les 
autres  Chinois.  Vers  i855,  des  gisements  de  galène  argen- 
tifère situés  à  Chi-yang  Iclrang,  h  cinq  jours  de  marche  de  Yun- 
Nanfou,  sur  la  route  de  Ta-li,  étaient  en  pleine  voie  d'exploita- 
tion; ils  étaient  fort  riches,  et  musulmans  et  Chinois,  originaires 
deLin-ngan,  dans  la  même  province,  les  travaillaient  en  com- 
num.  Cependant  le  Chinois,  âpre  au  gain,  chercha  de  bonne 
heure  à  écarter  son  compatriote  musulman;  celui-ci,  d'abord 
peu  heureux  dans  ses  eflTorts,  les  avait  vus  devenir  prospères, 
tandis  que  le  contraire  avait  Ueu  pour  son  concurrent  qui, 
lui  ayant  demandé  du  travail,  éprouva  un  refus.  Des  rixes 
eurent  li<Mi,  queUpics  honunes  furent  tués,  les  Chinois  furent 
repoussés,  un  mandarin  incapable  ne  réussit  pas  à  calmer 
relfervescence,  eut  |)eur,  quitta  son  poste,  et  retourna  Ji 
\un-\an  fou,  capitale  de  la  province,  où  il  rédigea  un  rapport 
foudrovant  contre  les  mahométans.  C'est  une  histoire  arrivée 
dans  tous  les  pays  du  monde*. 

Les  nujsulmans,  craignant  une  nouvelle  attaque,  se  forti- 
lièrenl  :  les  Chinois  revinrent  en  eflTet  en  nombre,  battirent 

I.   Henri  Gordier,  Journal  des  Débats,  2  octobre  1880. 


a  38  RÉBELLIONS 

leurs  adversaires,  les  poursuivirent  jusque  dans  les  villages 
voisins  où  ils  massacrèrent  tous  ceux  qu'ils  purent  saisir. 
Cependant  les  mandarins  réussirent  à  apaiser  les  combaltanis, 
les  travaux  furent  repris,  les  troubles  cessèrent,  mais  pour 
recommencer  bientôt. 

Un  certain  llouang  Tchoung,  ancien  vice-président  du 
ministère  de  la  guerre  et  ennemi  mortel  des  musulmans,  orga- 
nisa un  massacre  général  qui  eut  lieu  le  19  mai  i856.  Mais 
cette  Sainl-Barlhélemy  n'eut  qu'un  médiocre  succès.  Les 
musulmans  prévenus  se  défendirent;  leur  grand-prêlre  Ma  Té- 
sing,  vieillard  de  soixante-cinq  ans,  organisa  la  défense,  et,  aidé 
d'un  jeune  bacbelier,  Tou  Wen-sieou,  très  considéré  de  ses 
coreligionnaires,  qui  se  mit  h  la  tête  du  mouvement,  il  s'em- 
para de  ïa-li  fou,  désormais  la  capitale  et  la  forteresse  des 
mabométans  dans  le  \un-Nan,  et  de  ses  environs,  y  compris 
le  lac  Eul  Haï,  défendu  par  les  barrières  inférieure  et 
supérieure  (H'ia  kouan  et  Cbang  kouan). 

C'est  une  figure  remanpiable  que  celle  de  ce  grand-prêlre 
musulman.  Né  en  lygS,  de  commerçants  établis  dans  un 
village  de  H'ia  kouan,  à  10  lis  de  ïa-li,  Ma  Te  sing  fut  mis 
à  l'école  dès  son  enfance;  après  avoir  obtenu  une  teinture 
sufTisante  de  la  littérature  cliinoise,  il  alla  dans  une  mosquée 
suivre  un  cours  de  langue  arabe.  Il  compléta  ensuite  ses  éludes 
de  théologie  dans  le  Cban-Si.  Plus  tard  (iSSg),  il  se 
joignit  aux  caravanes  de  marchands  qui  font  le  négoce  entre 
le  Yun-nan  et  la  Birmanie,  descendit  jusqu'à  Kangoun  où 
il  s'embarqua  à  bord  d'un  voilier  chargé  de  [lèlerins  qui  se 
rendirent  avec  lui  à  la  Mecque  pour  y  célébrer  les  fêtes  du 
Ramadan.  Après  avoir  fait  quelque  séjour  dans  la  ville  sainte 
où  il  continua  l'étude  de  la  langue  arabe,  il  parcourut  toute 
l'Egypte  et  alla  jusqu'à  Constantinople  ;  il  s'arrêta  deux  ans 
dans  cette  ville.  Sa  double  qualité  de  Chinois  et  de  prêtre 
musulman  l'y  avait  fait  bien  accueillir  ;  mais,  ses  ressources 
touchant  à    leur  fin,  il  hii   fallut  retourner  dans  son    pays. 


RÉBELLION    MUSULMANE  23r) 

DWlexandrie,  où  il  s'arrêta  peu  de  temps,  il  partit  directe- 
ment pour  Singapore.  a  11  demeura  un  an  dans  cette  colonie, 
afin,  dit  M.  Rocher,  de  s'assurer  que  les  jours  y  sont  ^gaux 
toute  Tannée,  ainsi  qu'un  astronome  de  Constantinople  le 
lui  avait  allirmé.  Son  retour  eut  lieu  en  i8/|G  par  la  rivière 
de  Canton.  L'intéressant  voyage  de  sept  années  qu'il  venait 
d'accomplir,  les  objets  qu'il  avait  rapportés  de  l'étranger, 
les  connaissances  qu'il  avait  acquises,  le  renom  de  sainteté 
qui  s'attache  aux  pèlerins  de  la  Mecque  ne  firent  qu'accroître 
le  prestige  dont  il  jouissait  avant  son  départ.  » 

Un  certain  Ma  Sien,  dont  le  frère  avait  été  tué  dans  une 
des  premières  échaulTourées  de  mineurs,  fut  le  chef  militaire 
qui  seconda  Ma  Té  sing,  son  maître,  dans  cette  guerre.  Ma 
Sien  qui,  par  ses  connaissances,  ses  talents,  son  énergie 
l>oussée  jusqu'à  la  témérité,  avait  mérité  l'estime  et  la 
confiance  de  ses  coreligionnaires,  fut,  par  la  force  même  des 
choses,  appelé  au  commandement  des  troupes  que  la  révolu- 
tion naissante  se  proposait  de  lancer  contre  ses  persécuteurs. 
Les  '20  ooo  hommes  qui  suivirent  sa  fortune  se  mirent 
bientôt  en  marche,  et,  sans  entrer  dans  le  détail  de  leur 
campagne  non  plus  que  dans  celui  des  opérations  des  trou- 
pes réunies  sous  les  ordres  de  Tou  Wen-sieou,  nous  j)ouvons 
dire  qu'en  1860  les  musulmans  étaient  vainqueurs  sur  tous 
les  points. 

Les  aborigènes  :  Pa  yi,  I  jen,  Miao  tseu,  etc.,  profitaient 
de  «  la  faiblesse  des  Chinois  pour  revendiquer  leur  ancienne 
indépendance  et  descendre  dans  les  plaines  d'où  ceux-ci  les 
avaient  chassés  »  \ 

Chose  inexplicable  !  Ma  Té-sing  et  Ma  Sien,  qui  auraient 
pu  dicter  aux  troupes  impériales  les  plus  dures  conditions, 
consentirent  à  traiter  sur  des  bases  dérisoires.  Le  grade  de 
général   de   brigade   accordé   h   Ma    Sien,  dont  le  nom  est 

I.   Uoclier,  II,  p.  55. 


a^O  RÉBELLIONS 

changé  en  celui  de  Ma  Jou-loung,  des  grades  correspondants 
dans  Tannée  impériale  donnés  aux  chefs  subalternes,  de 
larges  gratifications  réservées  aux  soldats  amenèrent  entre 
les  partis  belligérants  une  entente  que  la  rébellion  des  T'aï- 
P'ing  et  autres  luttes  intestines  firent  approuver  sans  enquête 
par  le  gouvernement  de  Pé-king. 

La  soumission  des  deux  Ma  (1860)  fut  une  faute  irré- 
parable, car  elle  causa  la  ruine  du  parti  musulman  ;  les  succès 
temporaires  de  Tou  Wen-sieou  montrent  que  si  les   secta- 
teurs de  Mahomet,  au  lieu  de  se  diviser,  étaient  restés  unis, 
rien  ne  leur  eût  été  plus  facile  que  de  rétablir  à  leur  profit 
dans  le  sud-ouest  de  la  Chine  les  deux  anciens  royaumes  de 
Ta-li  et  de  TEst.  Les  conséquences  d'un  établissement  musul- 
man dans  celte  partie  de  la  Chine  eussent  été  incalculables 
pour  rinde  et  la  Kachgarie,  et  la  théorie  avancée  il  y  a  quel- 
ques années,  avant  que  les  deux  grands  groupes  musulmans 
dirigés    par    Tou    Wen-sieou   et   Yakoub  bcg  eussent    été 
écrasés  Tun  après  l'autre,  théorie  d'après  laquelle  la  prochaine 
dynastie  chinoise  serait  mahométane,  pouvait  être  défendue 
avec  quelque  apparence  de  raison.  La  soumission  des  deux 
chefs  n'amena  en  aucune  façon  la  soumission  de  leur  parti  : 
ils  entraînèrent  leur  armée  à  leur  suite,  mais  ils  ne  purent, 
obtenir  que  les  troupes  de  Tou  Wen-sieou  imitassent  leur 
exemple.   Leur  défection,  en  même  temps  qu'elle  diminuait 
la  force  de  leur  parti,  augmentait  celle  des  Chinois  :  c'était 
prolonger  la   guerre  avec  des  chances  moindres  de  succès 
pour  leurs  frères  dont  ils  avaient  espcTé  de  servir  les  inléréts, 
et  qu'ils  allaient  se  trouver  obligés  de  traiter  en  ennemis. 
Chinois  eux-mêmes.  Ma  Jou  loung  et  Ma  Tê-sing  auraient 
dû  savoir,  malgré  leur  loyauté  et  leur  désintéressement  per- 
sonnels,  que   la  Chine  n'oublie  rien,  ne  pardonne  rien,  et 
qu'assurer   sa  victoire,   c'était   en    même   temps  préparer  le 
massacre  des  musulmans  dans  le  Yun-Nan. 

Ma  Jou-loung,  dorénavant   chargé  par  les  Impériaux  de 


RÉBELLION    MUSULMANE  S^I 

la  pacification  de  la  province,  se  trouva  placé  dans  une 
position  fort  difficile.  A  la  tête  des  troupes  où  l'avait 
mis  la  confiance  des  Chinois,  il  allait  être  obligé  d'a- 
gir contre  ses  propres  coreligionnaires.  Tou  Wen-sieou, 
de  son  côté,  n'avait  pas  perdu  son  temps;  ses  campagnes 
fiirent  désastreuses  pour  ses  adversaires  ;  son  ancien 
allié,  le  grand-prêtre,  qui  avait  rempli  temporairement  les 
fonctions  de  vice-roi  de  la  province,  essaya,  mais  en  vain,  de 
le  ramener  à  ses  idées  (i863).  La  guerre  continua  donc  ; 
Ma  Jou-loung  fut  battu  ;  des  peuplades  autochtones,  les 
Miao  tseu  et  les  Man  tseu,  s'étant  révoltées,  ajoutèrent  aux 
embarras  des  troupes  impériales,  et  les  musulmans  se  répan- 
dirent dans  toute  la  province  du  Yun-Nan. 

En  1868,  Tou  Wen-sieou,  qui  depuis  longtemps  avait  pris 
le  titre  de  Sultan,  marche  sur  la  capitale  de  la  province  dont 
il  fait  le  siège  après  s'être  emparé  des  puits  à  sel,  principale 
source  du  revenu  du  pays.  Les  deux  Ma  refusent  de  -repasser 
aux  musulmans  ;  Ma  Jou-loung  même  est  blessé  dans  une 
sortie;  mais  rien  n'ébranle  sa  loyauté.  Heureusement  pour 
les  Chinois,  le  siège  traîne  en  longueur  ;  des  relations  s'éta- 
blissent entre  assiégeants  et  assiégés  ;  de  nombreuses  défec- 
tions ont  lieu  dans  l'armée  de  Tou  Wen-sieou  ;  le  Sultan, 
voyant  ses  troupes  alTaiblies parla  désertion  et  par  les  sorties,  et 
ne  pouvant  plus  occuper  efficacement  les  environs  de  la  ville, 
se  décide  à  en  lever  le  siège. 

Sa  retraite  est  le  signal  des  revers  ;  la  fortune  des  armes 
va  changer;  avec  des  alternatives  de  succès  et  de  défaites,  les 
troupes  impériales  gagnent  graduellement  du  terrain  jusqu'au 
jour  où  elles  écraseront  l'aigle  dans  son  aire,  Tou  Wen-sieou 
dans  Ta-li.  Il  faut  bien  le  reconnaître,  l'histoire  de  la  ré- 
bellion musulmane  est  terrible  pour  l'honneur  de  la  Chine. 
A  chaque  pas  on  retrouve  chez  les  Chinois  ces  instincts 
sanguinaires  que  nous  autres  Occidentaux  sommes  toujours 
disposés  à   croire  éteints  :    ils   ne   sont  qu'assoupis,    et,    de 

CoRDlER.  I.   16 


2^3  RÉBELLIONS 

temps  à  autre,  de  grandes  hécatombes  humaines  nous  rap- 
pellent au  sentiment  de  la  réalité. 

Tantôt  vous  lisez  le  récit  de  scènes  dignes  de  cannibales, 
voyez  plutôt  :  Un  chef  reconnaît  l'un  de  ses  ennemis  sur  le 
champ  de  bataille,  il  lui  ouvre  la  poitrine,  arrache  le  cœur 
encore  chaud,  le  fait  frire  dans  une  marmite  et  le  mange 
avec  ses  soldats.  Ailleurs,  c'est  un  fou-taï  (gouverneur  de 
province),  qui  se  plaint  de  généraux  ayant  rétabli  Tordre 
parmi  leurs  soldats  auxquels  le  pillage  avait  été  promis  ;  il 
fait  exécuter  sous  ses  yeux  les  chefs  qui  l'ont  menacé  de  mort. 
Ce  pillage  est  celui  de  la  ville  de  Tcheng  kiang;  en  voici  le 
récit  atroce  : 

<(  Les  rebelles  (musulmans)  qui  avaient  pris  l'offensive 
«  profitèrent  du  désordre  pour  gagner  au  large;  mais  les 
«  femmes,  les  enfans  et  les  vieillards,  n'ayant  pu  les  suivre, 
«  furent  victimes  de  la  rage  des  Impériaux.  L'ordre  rétabli, 
((  le  massacre  recommença.  Des  femmes,  épouvantées  de  se 
«  voir  livrées  à  la  brutalité  des  soldats,  se  suicidèrent  en  se 
a  jetant  dans  les  puits  avec  leurs  enfants  ;  celles  que  la  peur 
c(  de  la  mort  avait  retenues,  furent  violées  et  vendues  ensuite 
«  au  plus  offrant.  C'est  ainsi  que  5  à  6  ooo  créatures  hu- 
»  maines  subirent  un  sort  infâme.  Les  vieillards  furent  tous 
«  passés  par  les  armes  et  leurs  têtes  exposées  sur  les  remparts. 
«  Quatre  <^  cinq  jours  après  ces  scènes  de  carnage,  les  rues 
«  étant  encore  souillées  de  sang  et  les  cadavres  laissés  partout 
«  sans  sépulture,  le  fou-taï,  impatient  de  contempler  son 
«  œuvre,  entra  dans  la  ville.  » 

Une  autre  fois  ce  sont  deux  chefs  rebelles.  Ma  Min-koung 
et  Ta  Tou-iou,qui  sont  attirés  dans  un  piège.  Ce  dernier,  qui 
fumait  l'opium  dans  la  tente  de  son  hôte,  fut  garrotté  et  en- 
voyé au  fou-taï  (gouverneur),  et,  pour  éviter  qu'il  ne  s'échap- 
pât en  route,  on  lui  coupa  les  jarrets.  Ecoutons  maintenant 
la  suite  de  l'histoire  contée  par  M.  Rocher  : 

«  Les  deux  chefs  une  fois  en  son  pouvoir  le  fou-laï  put 


LES    NIEN    FEI  3^3 

savourer  sa  vengeance  à  son  aise.  Ma  Min-koung,  qui  était 
une  espèce  d'Hercule,  chercha  à  rompre  ses  liens;  mais 
il  n'y  put  parvenir,  et  celte  tentative  lui  valut,  à  lui  et  à 
son  compagnon  d'infortune,  de  nouvelles  tortures.  Dé- 
pouillés de  leurs  vêtements,  ils  furent  roulés  nus  sur  un 
plancher  où  l'on  avait  planté  des  clous  très  pointus  d'un 
pouce  de  long,  de  telle  sorte  qu'à  chaque  tour  qu'on  les 
forçait  de  faire,  leur  chair  se  déchirait  et  ruisselait  de 
sang.  Ainsi  mutilés,  ils  furent  rendus  au  bourreau,  qui 
les  décapita;  leurs  corps  restèrent  sans  sépulture,  et 
leurs  têtes  furent  envoyées  à  Lin-ngan,  leur  départe- 
ment, pour  y  être  exposées  sur  les  remparts  jusqu'à  décom- 
position complète  '  » . 


LES    NIEN    FEI 


Aux  grandes  rébellions  des  T'aï  P'ing  et  des  musulmans, 
il  faut  ajouter  le  brigandage  des  Nien  Fei\  pillards  armés  de 
lances,  de  vieux  fusils,  qui  désolaient  la  partie  occidentale  du 
Chan  Toung,  l'est  du  Tché-li  et  le  nord  du  Ho  Nan,  théâtre 
des  exploits  des  «  Boxeurs  actuels  ».  Ils  s'emparèrent  de 
Fouang-Houang-tchoung  en  avril  1861  ;  en  octobre  186 1, 
ils  s'avancèrent  vers  Tché-fou  et  massacrèrent  les  mission- 
naires américains  J.-L.  Holmes  et  H. -M.  Parker  à  une 
trentaine  de  milles  de  cette  ville.  En  i863,  le  capitaine  Coney, 
du  67*  régiment  d'infanterie  anglaise,  futenvoyé  de  Tien-Tsin, 
avec  des  troupes  chinoises  pour  combattre  ces  maraudeurs, 
mais  ce  n'est  qu'après  la  chute  de  Nan  King  (i864)  que  le 
gouvernement  impérial  tenta  un  grand  effort.  Le  Sen  Wang, 
Seng-ko-lin-sin,  prince  mongol  de  la  tribu  des  Khorsin,  le 


I.   Pour  tout  ce  chapitre,  voir  le  vol.  Il  de  La  Province  chinoise  du 
Yùnnan,  par  Emile  Rocher.  Paris,  Ernest  Leroux,  1880,  in-8. 


i 


Q^/|  RÉBELLIONS 

vaincu  de  Pa-li  k'iao,  avait  été  envoyé  contre  eux  avec  Joui- 
lin,  en  1861,  pour  leur  donner  une  occasion  (le  se  réhabiliter  de 
leurs  désastres  dans  la  guerre  étrangère  Tannée  précédente  ; 
il  annonça  qu'il  avait  remporté  le  19  janvier  une  grande 
victoire  sur  les  rebelles  dont  il  avait  tué  des  milliers  à 
Tcheng-kia-tchi,  délivré  plus  de  deux  mille  paysans  prison- 
niers et  rétabli  la  tranquillité  dans  le  district  de  Ts'ao-tchéou, 
dans  le  Chan  Toung  ;  toutefois  ces  succès  furent  éphémères  ; 
il  attaqua  leur  chef,  Tchang  Tsoung-yii  ou  Siao  Yen-mang, 
à  Ts'ao-tchéou,  mais  son  arrière-garde  étant  arrivée  en  retard, 
il  fut  entouré  par  les  masses  ennemies  et  mis  à  mort  (i8C5). 
Tseng  Kouo-fan  le  remplaça  en  mai  i865  et  accourut  au 
secours  du  fils  du  Sen  Wang,  le  Pao  Wang  qui  défendait  Tsi 
Nan  avec  3o  000  hommes  ;  il  lutta  contre  les  rebelles  jusqu'en 
août  1866,  époque  à  laquelle  il  demanda  un  congé  pour  se 
reposera  Nan  King.  En  i865,  un  grand  nombre  de  Nien  Fei 
passèrent  dans  le  Chan  Si,  le  Chen  Si  et  rejoignirent  les  musul- 
mans du  Kan-Sou.  L'année  suivante,  les  Nien  Fei  pénétrèrent 
de  force  du  Ilo-Nan  dans  le  Hou  Pé  :  aussi  Tseng  Kouo- 
tchouan,.  gouverneur  de  cette  dernière  province  et  Li  lloiio- 
nicn,  gouverneur  du  Ho-Nan  furent-ils  disgrAciés  (1867). 
Li  Fou-laï  continua  la  lutte  jusqu'à  sa  nomination  de  vice- 
roi  du  llou-Kouang,  1867.  L'audace  de  ces  Nien  Foi  était 
si  grande,  qu'en  1867  ils  s'approchèrent  de  Tien-Tsin  et 
faillirent  s'emparer  d'Anson  Burlingame  et  de  sa  famille,  à 
Ho-si-wou  (nov.),  lorsque  le  nouvel  ambassadeur  sino- 
américain  était  en  route  pour  sa  bruyante  et  inutile  mission. 
Le  D*"  Martin,  de  la  légation  de  France,  dit  : 

«  Les  Nien-Fëi  sont  des  brigands  qui  pillent  et  dévastent 
tout  ce  qu'ils  rencontrent.  Lorsqu'en  18G8,  ils  menacèrent 
Péking,  ils  commirent  des  férocités  inouïes  ;  à  quelque 
distance  notamment  de  Tien-Tsin  le  long  du  canal  impérial, 
ils  massacraient  sans  pitié  les  femmes  et  les  enfants  ;  ils 
ouvraient  le  ventre  des  mères  et  y  plongeaient   leur    nou- 


LKS    MK\    FEI  3/i5 

veau-né.  Nous  fûmes  témoin  de  ces  scènes  ;  des  milliers  de 
cadavres  entraînés  par  les  eaux  du  canal,  venaient  jusque 
dans  rintéffieur  de  Ticn-Tsin  et,  au  point  où  ce  canal  se  jette 
dans  le  fleuve,  s'arrêtaient  là  formant  un  vaste  tourbillon 
sanglant.  La  ville  fut  infectée,  et  le  consul  de  France  dut 
intervenir  activement  pour  oblenir  des  autorités  chinoises 
qu'elles  ordonnassent  Tinhumation  de  ces  hécatombes 
humaines  qui  menaçaient  d'empoisonner  la  ville  ^  » 

«  Les  bandes  qui  viennent  de  ravager  le  Pe  Tche-ly 
Oriental,  après  avoir  parcouru  les  provinces  limitrophes, 
écrit  (en  i8()8)  le  K.  P.  Leboucq,  ne  sont  pas  celles  qui 
occupèrent  si  longtemps  le  Kiang-Nan  et  massacrèrent  ou 
enmiencrent  en  captivité  presque  la  moitié  de  la  population 
de  cetle  dernière  province.  Tout  en  poursuivant  un  but  poli- 
tique, ces  bandes  s'occupent  principalement  de  brigandage. 

«  Elles  commencèrent  à  s'organiser  en  iSSg,  dans  le  Ho- 
Nan.  Depuis  cette  époque,  elles  se  sont  recrutées  surtout  parmi 
les  sociétés  secrètes.  Leur  nom  de  guerre  est  Lao-nien-tze 
(vieux  voleurs)  ou  Tchang  rnao  (longs  cheveux).  On  donnait 
aussi  à  ces  rebelles  le  nom  de  Barbes  rouges,  parce  qu'ils 
portaient  une  queue  de  cheval  en  guise  de  barbe  pour  efirayer 
le  peuple. 

«  Leur  chef,  originairedu  Ho-Nan,  a  trente  ans  à  peine,  il 
se  fait  appeler  Avî-nYi///  ou  prince  satanique,  impitoyable.  Son 
oncle,  auquel  il  a  succédé,  était  connu  sous  le  nom  de  Tcham- 
lao-tsin  ;  son  nom  de  famille  h  lui  est  Tcham-lao-iû.  11  porte 
toujours  une  robe  éc^irlate  à  grandes  et  larges  manches.  Il  se  dit 
descendant  de  la  dynastie  des  Ming,  et  prétend  à  la  couronne 
impériale  du  Céleste  Empire.  La  chaise  qui  le  porte  est  jaune 
et  semblable  à  celle  des  empereurs  ses  aïeux.  Il  a  six  mi- 
nistres qui  ne  le  quittent  jamais  et  voyagent  en  chaises  vertes. 


I.  Res'ue  de  V Extrémc-Orierity  II,  p.  126. 


a46  RÉBELLIONS 

«  Le  costume  des  Tchang-mao  se  compose  d'habits  de 
femmes  avec  un  turban  rouge  pour  coiffure.  Leurs  pantalons 
descendent  jusqu^aux  genoux  seulement,  pour  laisser  voir  à 
tout  le  monde  le  cachet  qui  leur  a  été  imprimé  au  fer  rouge 
sur  plusieurs  parties  de  la  jambe.  Les  chefs  s'empressent  de 
donner  cette  marque  à  leurs  nouveaux  compagnons  enrôlés 
par  force,  afin  que  la  crainte  d'être  pris  et  massacrés  par 
les  Impériaux  ou  les  mandarins,  les  empêche  de  déserter. 
Leurs  longs  cheveux  tombent  en  désordre  sur  leurs  visages 
qui  prennent  par  là  un  aspect  encore  plus  effrayant  *.   » 

I.  Annales  de  la  Propagation  de  la  Foi,  XL,  1868,  pp.  36o,  86a. 


CHAPITRE  XVII 

RÉORGANISATION  MILITAIRE.  —  RUTHERFORD  ALGOGK. 

MISSION  DE  PIN 


ESSAIS    DE    RKORG.VNISATION    MILITAIRE 

«  Après  avoir  vlsilé  Tseng  Kouo-fan,  le  major  Gordon 
resta  près  de  Chang  Haï  jusqu'à  la  chute  de  Hou-tchcou.  Il 
avait  établi  un  camp  d'instruction  pour  les  troupes  chinoises, 
gardant  les  hommes  sous  leurs  officiers  indigènes,  traduisant 
en  chinois,  avec  Taide  de  M.  H.  E.  Hobson,  les  différents 
livres  d'exercices  d'artillerie  et  d'infanterie,  et  CvSsayant  de  faire 
prendre  aux  autorités  chinoises  quelque  intérêt  et  de  commen- 
cer un  noyau  d'armée  régulière.  Mais  que  le  gouvernement 
de  Péking  ne  regarda  pas  avec  faveur  une  réorganisation  faite 
dans  une  province  et  par  suite  en  fut  jaloux,  peu  d'encoura- 
gement, en  dehors  de  paroles,  fut  donné,  et  quoique  les  troupes 
prissent  les  choses  à  cœur  et  apprenaient  rapidement,  le  piwl 
sur  lequel  se  trouvait  le  camp  n'était  pas  satisfaisant,  et  le 
major  Gordon  le  quitta  en  novembre  et  retourna  en  Angle- 
terre, le  major  Jebb,  du  67®  régiment  de  Sa  Majesté,  ayant 
pris  le  commandement^  ».  «Le  camp  d'instruction  à  Foung 
Houang  Chan,  était  un  sujet  de  considérable  anxiété  aux 
autorités  britanniques,  en  vue  de  l'évacuation  prochaine  des 
troupes  anglaises  de  Chang  Haï,  quand  la  concession  étran- 
gère aurait  à  compter  sur  la  protection  chinoise.    Vers    le 

I.  Hake,  pp.  ^"S-^. 


i 


248  RÉORGANISATION    MILITAIRE 

nouvel  an,  Parkes  alla  voir  comment  manœuvraient  et  étaient 
exercées  les  troupes  :  «  8  janvier.  —  J'ai  pris  un  congé  de 
quatre  jours  la  semaine  dernière,  ou  presque  un  congé.  Je 
suis  monté  au  camp  d'instruction  pour  voir  comment  Jehb 
s'arrangeait,  et  je  passai  ensuite  à  Soung  kiang  à  six  milles 
de  distance  et  inspectai  une  force  d'environ  5  ooo  Chinois'  ». 
Dans  le  nord,  à  Takou,  dès  le  a/i  février  1862,  le  lieutenant- 
colonel  Thomas,  de  ce  même  régiment,  avait  commencé  h 
exercer  les  forces  chinoises;  en  mars  le  lieutenant  Gould  fut 
chargé  de  leur  instruction.  Ces  essais  infructueux  laissèrent 
des  germes  et  pendant  des  années  les  Chinois  entretinrent 
une  double  force  près  de  Chang-Haï  :  l'une  près  des  c^»llines 
à  Foung  Ilouang  Chan  commandée  par  le  capitaine  anglais 
William  Winstanley  qui  portait  le  titre  d'instructeur  général, 
l'autre  près  de  Tarsenal  de  Kao  Tchang  Miao  qui  avait  à  sa 
tête  le  français  Fallu  de  la  Barrière  ;  le  camp  anglo-chinois 
fut  disloqué  en  juin  1873  et  les  oiDciers  étrangers  furent 
congédiés. 


ARSENAL   DU    KIANG    NAN 


D'autre  part,  le  Tao  Taï  de  Chang-IIaï,  Ting,  depuis 
Fou  Taï  du  Kiang  Sou,  commença  en  i865,  sous  les  aus- 
pices de  Tseng  Kouo-fan  et  de  Li  iloung  tchang,  à  établir 
un  arsenal  près  de  la  ville  dont  il  avait  le  gouvernement.  A 
la  tête  du  nouvel  établissement  furent  placés  les  deux  fonc 
tionnaires  Foung  et  Choun  et  un  ingénieur  américain,  F.  J. 
Falls,  qui  en  ont  assuré  la  prospérité  qui  dure  encore.  Jadis 
l'arsenal  a  été  dirigé  par  Li  Foung-pao,  depuis  ministre  a 
Berlin.  Outre  les  départements  de  l'ingénieur  et  des  aciéries, 
et  celui  des  projectiles,  avec  des  chefs  étrangers,  l'arsenal  de 

I.   Life  of  Harry  Parkes,  I,  p.  3o4. 


ARSENAL    DE    FOl-TCHÉOi:  2^9 

Kao-Tcliang  miao,  comme  csl  désigne  l'arsenal  du  Kiang  Nan, 
comprend  un  département  de  Iraduclion  dirigé  par  M.  John 
Fryer,  auteur  de  nombreux  travaux,  et  une  école  où  l'anglais 
et  le  français  sont  enseignés  par  des  indigènes. 


AUSENAL   DE    FOU-TCHEOll 

Autrement  important  fut  rcfîort  tenté  à  Fou-lchéou  par  le 
vic<î-roi  ïso  Tsoung-lang  avec  la  collaboration  d'officiers 
français. 

«  l/arscnal  de  Fou-Tchoou  n'est  pas,  comme  cette  dénomina- 
tion [)Ourrait  l'indiquer,  une  usine  destinée  à  la  fabrication 
d'arincs,  de  munilionsou  autres  objets  de  guerre  :  c'est  spéciale- 
ment un  ensemble  de  cliantiers  et  d'ateliers  aflectés  à  des  cons- 
tructions navales  et  ayant,  comme  annexe,  une  usine  métallur- 
giquc  construite  jx)ur  le  laminage  du  fer  en  barres  et  en  tôles. 
Le  but  que  l'on  a  eu  en  vue  en  le  créant,  a  été  de  fournir  aux 
Chinois  une  marine  de  guerre  et  de  transport,  de  lui  instruire 
des  sujets  capables  de  construire  et  de  conduire  ces  navires,  et 
entin  de  tirer  parti  des  richesses  métalliques,  notamment  celles 
du  fer,  que  possède  la  province  de  Fo-Kien*.  » 

Beaucoup  d'autres  points  auraient  pu  être  choisis  pour  la 
création  de  l'arsenal,  mais  la  principale  raison  qui  fit  donner 
la  préférence  a  Fou-tchéou  fut  incontestablement  l'intérêt 
que  prenait  Tso  à  la  nouvelle  entreprise  et  la  protection  qu'il 
lui  accordait.  En  outre  :  «  Les  motifs  qui  ont  fait  choisir 
Fou-tchéou  pour  la  création  d'un  établissement  maritime 
militaire  sont  les  suivants  : 

«  Le  port  y  est  très  facile  à  défendre  ;  car  l'entrée  du  fleuve 
-Min  est  garnie  d'ilols  et  de  montagnes  admirablement  dispo- 

i.   L'arsenal  de  Fou-tchéou,  ses   résultais,  par  Prosper   Giqucl... 
Shang-Haï,  février  187/1,  ^^-^^  P*  *• 


a5o  RÉORGANISATION    MILITAIRE 

ses  pour  recevoir  des  forts,  et,  à  une  dizaine  de  milles  plus 
haut,  les  cx)llines  qui  le  bordent  resserrent  assez  son  cours 
pour  que  la  pose  de  quelques  torpilles  en  rende  le  passage 
absolument  impossible.  L'arsenal  trouvait  de  plus  l'avantage 
qu'étant  placé  près  d'une  grande  ville,  de  hauts  fonction- 
naires, des  gens  de  la  classe  supérieure  étaient  mis  à  même 
d'en  surveiller  les  progrès,  de  s'y  intéresser  et  que  l'argent, 
moteur  principal  de  toute  opération  industrielle,  était  assuré 
au  fonctionnement  de  l'entreprise  par  la  présence  d'une 
douane  importante,  dont  l'administration  est  entre  les  mains 
d'un  personnel  européen  au  service  de  la  Chine.  Le  mouil- 
lage, aisément  accessible  à  des  navires  de  22  et  28  pieds  de 
tirant  d'eau,  se  trouvait  suflisant  pour  les  dimensions  '.  » 

CONTRAT   DE    1866 

Voici  d'ailleurs  les  pièces  officielles  '  relatives  à  la  fonda- 
tion de  l'arsenal  de  Fou-tchéou,  qui  en  réalité  était,  comme 
on  vient  de  le  voir,  moins  un  arsenal  qu'un  chantier  de  cons- 
truction. 

Foochow,  3  septembre  1866. 

De  la  part  de  : 

Son  Excellence  Tso,  sous-Gouverneur  du  Prince  Impérial. 
Président  du  Ministère  de  la  Guerre,  Gouverneur  Général  du 
Tché  Kiang  et  du  Fou-Kien,  Noble  de  la  i*'*'  classe  du  degré  Peh. 

J*ai  recula  requête  que  m'ont  adressée  Messieurs  d'AiGUEBELLE 
et  GiQUEL,  par  laquelle  ils  proposent  d'organiser  des  chantiers 
et  des  ateliers  pour  la  construction  de  navires  à  vapeur,  des 
Écoles  pour  enseigner  Tart  de  la  construction  et  du  commande- 
ment des  navires.  Cette  requête  est  accompagnée  de  4  docu- 
ments : 

I.  Arsenal  de  Fou-tchéou,  supra,  p.  i. 

a  Ces  documents  sont  reproduits  d'après  Tonginal  du  contrat  qui 
apparlient  à  M.  L.  Dunoyer  de  Segonzac. 


ARSENAL    DE    FOU-TCHÉOU  25 1 

I**  Un  contrat  général  d'exécution  : 

2°  Des  propositions  d'exécution  ; 

3°  Un  devis  ; 

4'*  Un  contrat  pour  l'engagemenldes  ingénieurs  et  des  ouvriers 
européens. 

Ils  me  demandent  de  les  examiner,  de  les  approuver  et  de  les 
leur  renvoyer  afin  qu'on  puisse  les  faire  signer  par  M.  d'Aigue- 
belle,  les  faire  traduire  par  l'Interprète  du  Consulat  de  France  à 
Shanghae.  et  prier  Monsieur  le  Consul  Général  de  France  d'y 
apposer  sa  signature  et  son  sceau.  Us  me  seront  ensuite  remis 
pour  rester  comme  preuves  des  engagements  contractés. 

Apres  avoir  examiné  tous  les  documents  dont  il  est  question, 
je  vois  qu'ils  sont  bien  conçus  dans  tous  leurs  détails,  je  les  approuve 
donc,  et  je  les  retourne  à  ces  Messieurs.  Quand  Monsieur  d'Ai- 
guebelle  les  aura  signés,  ils  seront  remis  à  l'Interprète  du  Con- 
sulat de  France  pour  être  traduits,  puis  soumis  à  Monsieur  le 
Consul  Général  qui  y  apposera  son  sceau  et  sa  signature.  Ils  me 
seront  ensuite  retournés  comme  il  est  dit  ci-dessus. 

A  la  présente  dépêche  sont  joints  : 

Une  requête; 

Un  Contrat  Général  d'exécution  ; 

Des  propositions  détaillées  ; 

Un  devis; 

Des  règlements  d'engagement; 

le  tout  adressé  à  Messieurs 

d'AiGUEBELLE,   Lieutenant   de   vaisseau  de  la  marine  française, 

Titou  honoraire,  ayant   antérieurement  rempli 
les  fonctions  de  Tsong-ping  dans  le  Tché-kiang  *  ; 
GiQUEL,  Lieutenant  de  vaisseau  de  la   marine  française.   Tsong- 
ping  honoraire,    ayant  jadis   rempli  temporairement 
les  fonctions  de  Tsong-ping. 


I.  Neveue  d'Aiguebclle,  Paul- Alexandre,  né  le  7  janvier  i83i  à 
Paris  (Seine)  ;  aspirant  de  a*  classe,  i«'"août  i848;  de  i»"»  classe,  i*»"  sep- 
tembre i85o  ;  enseigne  de  vaisseau,  u  juin  i853;  lieutenant  do  vais- 
seau de  a*  classe,  9  aoiM  i858  ;  de  i^^  classe,  16  aoiM  i86a  ;  admis  à  la 
retraite,  sur  sa  demande,  par  décision  ministérielle  du  18  janvier  187a; 
chevalier  delà  Légion  d'honneur,  le  19  novembre  1869;  officier,  27 
avril  i865. 


302  HÉORGAMSATION    MILITAIRE 

[Suivent  \vs  signatures  de  V.  (ii<|uel  et  du  (Consul  (iénéral  de 
France,  X^**  lirenier  (Je  Monlinorand,  pour  la  légalisation,  Shang- 
iiav,  le  f)  novembre  1866. 1 

Foo-chow,  3  septembre  1866. 

Le  Titou  honoraire,  ancien  Tsong  ping  du  Tchékiang,  lieute- 
nant de  vaisseau  de  la  Marine  Française,  d*Ai(irKBKLLK. 

Le  Tsong  ping  honoraire,  ayant  jadis  rempli  teni|X)rai renient 
les  fonctions  de  Tsong  ping,  Lieutenant  de  vaisseau  de  la  Marine 
Franç^iise,  (iiquel  : 

.    ont  riioniieur  de  soumettre  la  présente  recpiéte  ti  Son  Excel  - 
lencc  Tso. 

Le  3*^  mois  de  l'année  dernière.  Monsieur  (ii(piel  a  reçu  tie 
Monsieur  d'Aiguebelle  la  lettre  suivante  : 

«  J'ai  eu  l'honneur  d'informer  verbalement' Sa  Majesté  l'Km- 
«  percur  des  Français  (pie  nous  avions  r(\u  de  Scm  Excellence 
«  Tso,  l'ordre  de  lui  proj)oserdes  r(*glements  et  de\is  pour  l'or- 
«  ganisation  de  chantiers  et  d'ateliers  de  construction  de  navires 
«  à  vajKîur  où  les  Chinois  pussent  apprendre  l'art  de  la  construc- 
«  tioii  et  du  commandement  des  navires. 

«  Sa  Majesté  a  daigné  réjx)ndre  que  la  (^ihine  et  lespa>s  étran- 
«  gers  étant  en  termes  de  bon  accord.  Elle  voyait  avec  plaisir  que 
«  j'étais  prêt  à  me  consacrer  de  nou>eau  au  service  de  la  (^liine, 
«  Elle  a  daigné  de  plus  m'accorder  un  congé  (pii  me  pTinît  de 
«  revenir  dans  ce  pays  travailler  à  ces  diverses  entreprises,  et  a 
«  fait  écrire  par  son  cabinet  à  la  Légation  de  France  à  Péking 
«  qu'elle  eût  à  les  appuyer. 

«  Sa  Maj(»sté  prenant  en  considération  les  ser\ices  c[ue  je  ve- 
«  nais  de  rendre  à  la  Chine,  a  daigné  m'éle\(T  d'un  (l(»gré  dans 
a  la  Légion  d'Honneur.  » 

Monsieur  (îicpiel  a  soumis  cette  lettre  à  Votre  Excellence  dans 
une  dépêche  précédente  qui  répondait  article  par  article  à  d(»s 
questions  qui  lui  avaient  été  posées,  et  Monsieur  d'Aiguebelle 
lui  en  a   ré[)été  le  contenu,  lors  de  sa  visite  à  Tcliang-Tch('*ou. 

Nous  venons  maintenant  soumettre  à  voire  Excellence,  sui- 
vant les  ordres  qu'Elle  nous  en  a  donnés,  tous  h^s  documents  re- 
latifs à  l'organisation  dcchantiers  et  d'atelitMs  destinés  à  la  cons- 
truction de  navires  à  vapeur,  à  la  création  des  Ecoles  qui  doivent 
s'y  adjoindre.  Ces  documents  se  composent  de  : 

Un  Contrat  général  d'exécution  ; 


ARSENAL    DE    FOU-TCIIÉOU  253 

Des  proposilions  délailiées  d'exécution  ; 

Un  devis  ; 

Un  contrat  en  i4  articles  pour  rengagement  des  Ingénieurs 
et  Ouvriers  Européens. 

xAprès  que  Votre  Excellence  les  aura  approuvés,  nous  les  aura 
retournés  et  nous  aura  fait  remettre  les  premiers  fonds  que  nous 
demandons,  nous  irons  en  Europe  acheter  le  matériel  néces- 
saire, engager  un  personnel  de  3/  Européens.  Nous  reviendrons 
ensuite  à  Foo-chow,  mettre  en  train  les  chantiers,  les  ateliers 
et  les  écoles. 

\ous  prions  Votre  Excellence  de  vouloir  hien  supplier  Sa  Ma- 
jesté l'Empereur  de  la  Chine  de  désigner  un  Officier  de  rang 
élevé  qui  nous  sera  adjoint  et  verra  que  nous  remplissons  avec 
exactitude  les  engagements  que  nous  avons  contractés. 

Nous  avions  l'année  dernière  prié  votre  Excellence  de  fixer  à 
3  ans  la  durée  de  notre  Contrat  ;  mais,  comme  ce  terme  nous 
parait  trop  court,  nous  la  prions  de  la  fixer  à  cinq  ans  qui  com- 
menceront à  compter  du  jour  où  l'atelier  des  machines  commen- 
cera à  fonctionner.  Cependant  si  au  bout  de  trois  années  Votre 
Excellence  jugeait  que  les  Officiers  et  ouvriers  chinois  pussent 
construire  et  commander  des  navires  à  vapeur  sans  le  secours  des 
Européens,  il  lui  serait  loisible  de  licencier  tout,  ou  partie  du 
personnel  engagé  par  nous. 

Telle  est  la  requête  que  nous  avons  à  soumettre  à  Voire  Ex- 
cellence, nous  y  joignons  : 

Un  Contrat  général  d'Exécution; 

Des  propositions  d'exécution  au  nombre  de  i8: 

Un  devis  : 

Un  contrat  en  il\  articles  pour  l'engagement  des  Européens. 

[Suivent  les  signatures  de  Giquel  et  d'Aiguebelle,  Shanghaï, 
25  octobre  iSGC,  et  la  légalisation.] 

Enfin  pour  éviter  toute  difficulté  entre  les  deux  directeurs, 
Tacticle  suivant  fut  ajouté  : 

Article  additionnel  aux  propositions  détaillées  d* exécution. 

Anx.  19.  —  Messieurs  d'Aiguebelle  et  Ciquel,  nommés  par 
Son  Excellence  le  Gouverneur  Général,  Directeurs  de  l'Arsenal, 
ont  tous  doux  à  épuiser  leurs   efforts   pour  que   l'entreprise  qui 


a54  RÉORGANISATION    MILITAIRE 

leur  est  confiée  soit  menée  à  bonne  fin.  Quant  à  celui  des  deux 
dont  la  décision  doit  prévaloir,  c'est  celui  qui  possède  la  connais- 
sance de  la  langue  et  des  choses  chinoises  ;  et  il  n'y  a  pas  lieu 
pour  rétablissement  de  l'arsenal  à  s'arrêter,  comme  pour  un 
commandement  de  troupes,  à  la  considération  du  grade  de  cha- 
cun; ce  qu'il  faut  voir,  c'est  l'intérêt  de  l'entreprise  en  question. 
En  conséquence  Messieurs  d'AigUebellc  et  Giquel  s'étant  réunis 
en  conférence  chez  Monsieur  le  Consul  Général  et  avec  le  Tao-Tay 
de  Shang-haï.  conformément  aux  ordres  de  Son  Excellence  le 
Gouverneur  Général,  il  a  été  décidé  que  Monsieur  Giquel,  bien 
qu'étant  olTicier  étranger,  sachant  la  langue  et  les  coutumes  de 
la  Chine,  et  pouvant  pour  ses  conversations  et  ses  dépêches,  se 
passer  d'interprète,  il  fallait  que  dès  le  commencement  et  pour  la 
suite  à  venir,  ses  décisions  dominassent,  et  que  Monsieur  d'Aigue- 
belle  eût  à  s'y  conformer.  De  cette  façon  on  évitera  tous  les  in- 
convénients qu'amène  l'emploi  des  interprètes.  Il  est  donc  établi 
que  dans  tous  les  détails  que  Son  Excellence  le  Gouverneur  Gé- 
néral a  confiés  à  ces  Messieurs,  Monsieur  d'Aiguebelle  devra  se 
conformer  aux  décisions  de  Monsieur  Giquel  et  dans  les  dépê- 
ches officielles  le  nom  de  ce  dernier  sera  placé  le  premier.  La 
responsabilité  sera  ainsi  départie  comme  il  convient. 

[Suivent  les  signatures  de  Giquel  et  d'Aiguebelle,  Shang-haï, 
25  octobre  1866,  et  la  légalisation.] 

Dès  la  fin  de  la  campagne  contre  les  T'aï  P'ing  en  i864, 
Tso  demanda  à  Prosper  Giquel  un  devis  pour  la  création 
d'un  arsenal  maritime  qui  ne  put  être  approuvé  qu'en  1866, 
le  vice-roi  étant  occupé  à  la  pacification  des  centres  occupés 
par  les  rebelles. 

<(  Le  programme  arrêté  fut  le  suivant  : 

1°  Création  d'ateliers  et  de  chantiers  propres  à  construire 
des  navires  et  leurs  machines  ; 

2"  Création  d'écoles  destinées  à  former  des  contremaîtres 
pour  la  construction,  des  capitaines  et  des  mécaniciens  pour 
la  conduite  des  navires; 

3**  Engagement  d'un  personnel  européen  suffisant  pour 
conduire  les  travaux  et  instruire  les  Chinois  ; 


ARSENAL    DE    FOU-TCHÉOU  355 

4®  Installation  d'une  cale  de  halage  en  travers,  système 
Labat,  pareille  à  celle  qui  fonctionne  à  Bordeaux  pour  la  ré- 
paration des  navires  ; 

5°  Organisation  d'une  usine  métallurgique  pouvant  lami- 
ner, en  barres  et  en  tôles,  les  lopins  de  fer  brut  que  fournit 
la  province  et  le  vieux  fer  qu'on  peut  se  procurer  en 
Chine*.  » 

Les  engagements  des  Ingénieurs,  Contremaîtres  et  Ouvriers 
européens,  datés  de  Fou-Tchéou,  le  3  septembre  1866, 
étaient  faits  aux  noms  de  «  Giquel  (Prosper-Marie),  Lieute- 
nant de  Vaisseau  ;  Tsong-ping  (Général  de  Brigade)  de 
l'Armée  de  Chine  ;  d'Aiguebelle  (Paul),  Lieutenant  de  Vais- 
seau ;  Titou  (Général  de  Division)  de  l'Armée  de  Chine, 
tous  deux  Directeurs  de  l'Arsenal  de  Fokien  ».  Le  but  de 
la  nouvelle  entreprise  était  ainsi  défini  :  «  Ayant  la  cinquième 
année  du  règne  Toung-tché,  reçu  de  son  Excellence  Tio  (sic 
Tso),  sous-Gouverneur  du  Prince  Impérial,  Gouverneur 
Général  du  Tchékiang  et  du  Fokien,  comte  de  l'Empire, 
l'ordre  d'acheter  en  Europe  le  matériel  nécessaire  à  l'instal- 
lation de  chantiers  et  d'ateliers  pour  la  construction  de  navires 
à  vapeur,  plus  deux  machines  de  i5o  chevaux  et  cinq  ma- 
chines de  80  chevaux  et  le  fer  nécessaire  à  la  construction  de 
neuf  machines  de  i5o  chevaux,  lesquelles  machines  seront 
placées  à  bord  des  onze  navires  pouvant  porter  chacun 
10000  piculs  de  riz  de  cinq  canonnières,  ayant  de  plus 
reçu  l'ordre  dVnseigner  aux  oflliciers  et  ouvriers  chinois  à 
construire  des  navires  à  vapeur  et  des  machines  d'ateliers, 
d'ouvrir  des  Écoles,  où  en  outre  du  Français,  de  l'Anglais, 
des  Mathématiques,  des  Elèves  seront  instruits  dans  Fart  de 
la  construction  et  du  commandement  des  navires,  comme  à 
nous  deux  nous  ne  pouvons  remplir  une  pareille  tâclie,  nous 
avons  reçu  de  son  Excellence  le  Gouverneur  Général,  l'auto- 

I.   Arsenal  de  Fou-tchéou.  supra,  p.  3. 


a56  RÉORGANISATION    MILITAIRE 

risalion  d'engager  en  son  nom  87  Ingénieurs,  Contre- Maîtres 
et  Ouvriers  qui  devront  nous  seconder  dans  l'entreprise  con- 
fiée à  nos  soins  et  de  leur  délivrer  de  sa  part  le  contrat  d'En- 
gagement [pour  cinq  ans]  suivant  qui  comprend  i4  ar- 
ticles*. » 

Les  travaux  commencèrent  réellement  en  octobre  1867  ; 
en  mars  1870,  P.  d'Aiguebelle  ayant  été  chargé  d'une  mis- 
sion spéciale  au  Kan-Sou,  Giquel  resta  seul  directeur.  Se- 
condé par  l'enseigne  de  vaisseau  L.  Dunoyer  de  Se^onzac 
comme  sous-directeur,  il  remplit  h  la  plus  entière  satisfaction 
des  Chinois  le  programme  qui  lui  avait  été  tracé  ainsi  qu'en 
témoignèrent  le  rapport  adressé  au  Trône  par  le  commissaire 
impérial  Chen,  le  7  décembre  187,3,  et  les  récompenses  qui  lui 
furent  accordées  ainsi  qu'i\  ses  collabor«iteurs(2  février  187^)*. 


MISSIONS    CHINOISES 


IMur  compléter  l'éducation  reçue  h  Fou-tchéou  par  les 
jeunes  Chinois,  des  missions  d'instruction  furent  organisées 
en  Europe.  La  première  mission  chargée  de  conduire  ces 
jeunes  gens  destinés  à  devenir  des  ingénieurs  ou  des  olïiciers 
de  marine  fut  dirigée  par  Li  Foung-pao  et  Prosper  Ciquel  avec 
Lo  Eoung-lou,  aujourd'hui  ministre  à  Londres,  Tcheng  Ki- 
tong  bien  connu  des  cercles  parisiens  et  M.  Henri  Cordier, 
comme  secrétaires;  elle  arriva  en  France  en  1877.  Les  jeunes 
gens,  répartis,  soit  sur  les  navires  de  la  [lotte  britannique,  soit 
dans  les  usines  du  Creusot  et  de  Saint-Chamond,  dans  les  Ecoles 


1.  Bibliothèque  nationale  0-n  a8i. 

2.  Giquel  reçut  la  décoration  de  i****  classe;  Segonzac  ctR.  E.  Tracey, 
professeur  de  navigation  prati(|ue.  le  litre  de  fonclioniiaire  de  3*"  rang  et 
la  décoration  de  i""*^  classe;  Jouvel  et  7,6i\é.  ingénieurs.  Borel.  secrétaire 
de  la  direction,  lo  litre  de  fonctionnaire  de  V*  rang  et  la  décoration  de 
l»"*^  classe,  etc. .  elc. 


DÉPART  DE  Sin  FUED.  BnUCE  257 

du  génie  maritime,  de  maislrance,  des  arts  et  métiers,  des 
mines,  etc.,  retournent  instruits  dans  les  sciences  européennes, 
après  un  séjour  de  trois  ou  quatre  ans  en  Eurojx».  —  Une  nou- 
velle mission  arriva  en  Euro[)e  en  mai  188G  sous  la  direction 
de  Tamiral  Tcheou  Meou-k'i  avec  M.  Dunoyer  de  Segonzac, 
second  de  la  première  mission,  comme  co-dirccteur  ;  elle  était 
composée  de  trente-cinq  élèves  qui  suivirent  les  cours  de 
rÉcole  libre  des  Sciences  politiques  et  de  TKcole  de  Droit  ; 
quatre  devaient  être  envoyés  h  T École  navale,  deux  à  TÉcole 
des  Ponts-et-Chaussées ,  deux  à  l'Ecole  normale;  dix-neuf 
furent  envoyés  en  Angleterre  dont  seize  comme  élèves- 
ofliciers  de  marine  et  trois  comme  étudiants  en  droit,  etc.  — 
Une  mission  est  actuellement  dirigée  à  Paris  par  Wou  Taï- 
clian,  ancien  élève  de  Giquel.  L'Arsenal  de  Fou-tchéou 
bombardé  jadis  par  Tamiral  Courbet  renaquit  de  ses  cendres 
et  il  a  à  sa  tête  M.  Doyère',  ingénieur  des  constructions 
navales. 


DÉPART  DE  SIR  FRED.  BRUCE  (l 865) 

L'année  i865  marque  en  quelque  sorte  la  fin  de  la  période 
qui  commençait  à  l'expédition  de  18G0  ;  c'est  en  effet,  cette 
année  au  mois  de  juillet,  que  les  troupes  alliées  sont  défi- 
nitivement retirées  de  Ta-Kou  et  de  Cliang-IIaï;  il  semble 
même  que  pour  mieux  marquer  le  nouvel  état  de  choses,  le 
ministre  d'Angleterre,  Sir  Frederick  Bruce,  nommé  à  Was- 
hington, est  remplacé  à  Péking  par  son  collègue  du  Japon, 
"Rutherford  Alcock,  qui  a  lui  même  pour  successeur  Sir 
Harry  Parkes. 

I.  Charles  Doyère,  né  le  16  avril  i858;  élève  de  l'École  Polytech- 
nique, i*»*  novcmhre  1878;  élève  ingénieur  du  Génie  maritime,  i»""  oc- 
tobre i88u;  ingénieur  de  2<^  classe,  4  juillet  1882  ;  de  !■*' classe,  10  juillet 
i884  ;  ingénieur  en  chef  de  2*^  classe,  i'*"  juillet  1892. 

CoRDiEK.  I.  —  17 


|58  nÉORGAMSATIOX    MILITAIRE 


t  ■ 


SIR    RITHERFORD    AtCOCK. 

Né  à  Londres  en  1809,  Alcock,  chirurgien  dans  la  brigade 
navale  en  Portugal  (i833-/i),  fut  envoyé  dans  ce  pays  en  1889, 
comme  commissaire  chargé  de  régler  les  réclamations  de 
cette  brigade.  Il  fut  envoyé  ensuite  dans  TExlrême  Orient 
comme  consul  à  Fou-tchéou  (3o  mai  i84/i);  il  passa  à 
Chang-Ilaï  (décembre  10,  18/46)  puis  a  Canton  (10  août 
i854);  nommé  consul  général  au  Japon  le  21  décembre  i858, 
Sir  Rutherford  Alcock  devint,  3o  novembre  1809,  ministre 
plénipotentiaire  et  chargé  d'affaires  dans  ce  même  pays  ;  il 
fut  transféré  avec  le  même  litre  à  Péking  le  7  avril  i865.  Un 
biographe  dit  :  «  Parmi  ceux  qui  ont  successivement  repré- 
senté la  Grande-Bretagne  dans  l'Extrcme-Orient,  il  n'y  a  pas 
de  nom  plus  grand,  un  seul  est  aussi  grand,  que  celui  de 
Rutherford  Alcock,  qui  partage  avec  Sir  Harry  Parkes  seul 
l'orgueilleuse  prééminence  comme  un  homme  d'action  au- 
près duquel  aucun  nom  sur  la  liste  ne  peut  approcher  \  » 

n  faut  en  rabattre  singulièrement  de  cet  éloge.  Alcock 
fait  médiocre  figure  à  côté  de  Parkes  ;  il  fut  un  des  mcûns 
lieurT'ux  parmi  les  ministres  d'Angleterre  à  Péking  qui  ont 
compté  cependant  dans  leur  nombre  quelques  personnalités 
fort  ordinaires.  Il  a  échoué  dans  sa  principale  négociation, 
la  révision  du  traité  de  Tien-Tsin,  et  lorsqu'il  donna  sn  dé- 
mission le  22  juillet  1871,  on  ne  s'aperçut  guère  du  vide 
(ju'il  laissait.  Droit,  brave,  animé  des  meilleures  intentions, 
si  Alcock  fut  un  piteux  diplomate,  manquant  de  tact  et  de 
jugement*,  il  fut  im  bon  consul  et,  au  demeurant,  le  plus 
honnête  homme  du  monde. 


r.  Sir  Rutherford  Alcock  and  the  Far  East  {Blackn'ood  s  Mag., 
décembre  1897,  p.  834-85a). 

a.    The  Burlingame  Mission,  p.  218. 


^ 


DISGRACE    DU    PRINCE    KOUNG  qSq 

Alcock  arriva  à  Chang-Haï  le  2  novembre  et  h  Péking  à  la 
fin  de  Tannée  i865\ 


COUR    SUPRÊME    BRITANNIQUE 

Le  9  mars  iSCj,  un  Ordre  en  Conseil  pour  Texercice  de 
la  juridiction  en  Chine  et  au  Jaj)on.(7'//f?  China  and  Japan 
Ordev  in  Councily  1860)  établit  une  Cour  suprême  pour  la 
Chine  et  le  Japon,  à  Chang-IIaï*. 

On  |)eut  juger  de  Timportance  prise  alors  en  Chine  par  le 
fait  suivant  :  Sans  compter  Péking,  le  budget  de  Tannée 
1 865-6  prévoyait  rétablissement  de  quatorze  postes  consu- 
laires anglais  en  Chine  :  Canton,  Macao,  SAvatow,  Amoy, 
Fou-tchéou,  Ning-Po,  Chang-Haï,  Taï-vvan,  Tchen-Kiang, 
Kieou-Kiang,  Ilan  kéou,  Teng-lchéou,  Ticn-Tsin  et  Nieou- 
tchouang. 


DISGRACE  DU  PRINCE  KOUNG  ^l865) 

Le  3i  mars  i865,  le  prince  Koung  était  dénoncé  au  Tr(Sne 
comme  ayant  causé  un  grand  scandale  par  son  favoritisme, 
sa  cupidité,  ses  prétentions  extravagantes  et  son  abus  de  pou- 
voir, et,  malgré  ses  grands  services,  était  dégradé  (2  avril  i865). 
,La  disgrâce  du  prince,  causée  évidemment  par  la  jalousie, 
ne  dura  que  peu  de  temps.  Un  nouvel  édit  du  i»»"  novembre 
rétabhssait  Koung  dans  toutes  ses  dignités. 


I.  Frceman-Milford,  dans  The  Attaché  at  Péking,  p.  i84,  écrit  de 
Péking,  à  la  date  du  4  décembre  i865  :  «  Sir  Rutherford  Alcock  est  arrivé 
ici  mercredi  dernier  avec  sa  famille.  Il  a  fait  un  terrible  voyage  ;  trois 
jours  de  Tien  tsin  dans  des  chaises  à  porteurs,  dormant  dans  des  auberges 
sans  feu,  et  seulement  des  fenêtres  en  papier  plus  ou   moins  réparées.  » 

j.  Parliam.  Paper,  3497-  — Treaties  and  Tariffs...  China...  by  Ed- 
ward Herlslel...,  Lond.,  1877,  *"'S»  P-  ^7- 


é 


l6o  RÉORGAMSAtlON    MlLItAtRE: 


MISSION    DE    PIN    TA-JEN  (1866) 

L'ambassade  d'Anson  Burlingame  dont  nous  parlerons 
plus  loin,  a  eu  un  précédent  dans  la  mission  confiée  en  186G 
à  Pin  Ta-jen.  M.  Hait,  rentrant  en  Europe  pour  prendre  un 
congé,  on  lui  confia  un  mandarin  de  classe  moyenne,  nommé 
Pin  Tchoun,  qui  devait  dans  ses  voyages  à  travers  TEurope, 
recueillir,  sans  mission  officielle,  des  notes  sur  ce  qu'il 
voyait.  Le  voyage  de  ce  fonctionnaire,  qui  a  écrit  un  journal 
de  route*,  n'offre  donc  qu'un  intérêt  de  curiosité  et  c'est  à 
ce  titre  seul  que  je  le  mentionne  ici.  Le  pèlerin  chinois 
n'occupait  dans  la  hiérarchie  chinoise  qu'un  rang  secon- 
daire, Fou  isonng  pan^  sous-chef  de  division  dans  un 
ministère  et  il  paraît  d'ailleurs  avoir  élé  un  homme  médiocre  ; 
si  j'en  juge  par  ce  qu'en  écrit  un  résident  de  Péking  : 

«  M.  Hart,  l'Inspecteur-Général  des  Douanes,  va  chez  lui 
en  congé,  et  le  Gouvernement  Chinois  a  ordonné  à  son 
secrétaire  chinois,  à  son  fils,  et  à  trois  jeunes  Chinois,  étu- 
diants de  langues  européennes,  de  l'accompagner.  Pin-Tchoun, 
le  gentilhomme  en  question,  a  élé  élevé  jusqu'au  Bouton  Bleu 
Clair,  troisième  degré,  et  nommé  à  celte  occasion  commis  en 
chef  honoraire  aux  Affaires  Etrangères.  Son  fils  a  élé 
fait  commis  aux  Affaires  Étrangères.  C'est  grand  pitié  que 
les  Chinois  n'aient  pas  choisi  un  homme  plus  intelligent  et 
plus  jeune  que  Pin  Tchoun,  qui  est  Agé  de  soixante  quatre 
ans,  et  un  terrible  bavard.  Lui  el  son  fils  sont,  d'après  ce 
que  j'ai  vu  et  j'ai  entendu  d'eux,  tout  à  fait  incapables  de  for- 
mer de  justes  appréciations  sur  ce  qu'ils  verront.  Alors,  pour 
leur  première  mission  en  Europe,  quoiqu'elle  n'ait  pas  de 

I.  La  traduction  de  quelques  fragments  a  paru  dans  le  Shanghaï 
Es'ening  Courier,  1870,  octobre  7  et  2^,  décembre  5;  1871,  mars  aa, 
39  el  3i. 


MISSION    DE    PIX    TA-JEX  36 1 

caractère  officiel,  ils  auraient  di\  choisir  un  mandarin  dej)lus 
d'importance  que  Pin,  dont  les  rapports  n'auront  que  peu 
de  poids  pour  la  classe  lettrée  des  Chinois;  en  vérité,  ceux-ci 
sont  jaloux  de  son  avancement  et  considèrent  que  sa  distinc- 
tion est  récoltée  à  trop  bon  marché.  La  raison  pour  laquelle 
Pin  a  été  choisi  est  qu'il  est  parent  par  mariage  de  l'un  des 
ministres  des  Affaires  Etrangères  chinoises.  On  dit  qu'il  est 
très  populaire  dans  la  société  pékinoise,  de  façon  que  quoi 
qu'il  arrive,  quand  il  reviendra,  on  parlera  de  ce  qu'il  aura 
vu  dans  les  «  plus  hauts  milieux  )),et  il  est  connu  personnel- 
lement du  Prince  de  Koung,  qui  lui  proposa  la  mission 
dans  un  déjeuner  de  mariage.  Pin  n'a  pas  de  caractère  ofli- 
ciel  comme  envoyé.  Il  est  chargé  de  voyager  et  d'écrire  sur 
toutes  les  «  collines  et  les  fleuves  »  des  pays  qu'il  visite,  et 
il  sera  conduit  à  chaque  objet  intéressant.  J'espère  seulement 
qu'il  ne  sera  pas  trop  lionisé.  Ce  serait  mal  interprété  ici,  où 
le  peuple  dirait  d'abord  :  «  Regardez  quel  grand  peuple  nous 
sommes  ;  quand  un  voyageur  particulier  parmi  nous ,  va 
dans  votre  pays,  il  est  reçu  avec  le  respect  que  vous  savez 
du  à  une  intelligence  supérieure,  mais  vos  ministres  barbares 
même  ne  sont  pas  reçus  ici  —  naturellement  notre  Empereur 
est  grand  et  puissant,  et  ici  on  ne  fait  que  vous  supporter.  » 

«  Peut-être  ai-je  parlé  plutôt  assez  légèrement  de  la  mission 
de  Pin-Tchoun.  C'est  une  petite  chose  en  elle-même,  mais 
nous  la  regardons  comme  le  premier  pas  vers  des  missions 
permanentes  en  Europe  et  de  meilleures  relations  ici*.  » 

Pin,  dit  le  baron  von  Gumpach*,  avait  l'habitude  de  fré- 
quenter les  cuisines  des  résidents  étrangers  à  Péking,  dans 
le  double  but  d'espionner  et  de  souper. 

I.  The  Attaché  at  Peking  by  A.  B.  Freeman-Mitford.  London,  1900, 
pp.  326-8. 

a.   Burlingame  Mission,  p.  10. 


CHAPITRE  XVIH 

BERTHEMT.  —  AFFAIRES  DE  CORÉE  —  LE  COMTE 

DE  LÂLLEMÂND 


M.    BERTIIËMY 

Vers  la  fin  de  i863,  M.  Bcrthciny,  ministre  de  France  a 
Péking,  demanda  à  prendre  un  congé  pour  raison  de  santé  ; 
il  lui  fut  répondu,  le  18  avril  i864,  qu'on  lui  accordait  Tauto- 
risalion  de  rentrer  temporairement  en  France  si  Tétai  de  sa 
santé  l'exigeait.  M.  Berthemy  ne  quitta  Péking  que  le 
4  juin  i865,  accréditant  M.  Henry  de  Bellonet  comme 
charge  d'aflaires  auprès  du  gouvernement  chinois.  M.  Ber- 
themy a  attaché  son  nom  au  règlement  de  plusieurs  affaires 
religieuses,  particulièrement  celles  de  l'assassinat  du  P.  Néel*, 
et  de  la  restitution  des  biens  des  missionnaires  du  Chan-Si. 
Il  a  négocié  la  convention  qui  porte  son  nom*.  C'était  un 
homme  pondéré,  qui  avait  su  établir  la  légation  de  France 
sur  un  excellent  pied,  et  il  avait  par  son  tact  et  sa  modéra- 
tion, évité  des  complications  que  son  successeur,  par  son 
carîictère  violent,  ne  sut  prévenir  ni  aplanir. 

La  première  pierre  de  la  cathédrale  du  Pe  T'ang  fut  posée 
le  i'**^  mai  i865,  en  présence  des  ministres  de  France, 
d'Espagne  et  de  Russie,   des  Chargés  d'affaires  d'Angleterre 

et  des  Etats-Unis  et  de  trois  membres  du  Tsoung-li  Yamen. 

# 

I.  Voir  p.  i3i. 
a.  Voir  p.  68-78. 


CONCESSION    DE    HAN-RKOU  3 63 


MISSIONS    DU    CHAN-SI 

La  mission  du  Chan-Si  lut  déltichéc  de  celle  du  Chen-Si 
du  diocèse  de  Péking  en  1698  pour  former  un  vicariat  apos- 
tolique auquel  fut  allachc  le  Hou-Kouang  en  1762;  le  nou- 
veau vicariat  fut  dédoublé  en  i838  en  Chen-Si  et  Chan-Si, 
d'une  part,  et  Ilou-Kouang,  de  Tautre;  enfin  par  décret  du 
3  février  18.4/4,  le  Chen-Si  et  le  Clian-Si  formèrent  des 
vicariats  distincts.  Voici  Tacle  de  restitution  aux  frères  mi- 
neurs, qui  desservent  le  Chan-Si,  de  leurs  anciennes  proprié- 
tés de  Kaï-lchéou. 

Moi  ÇFou  Nijann-chanij)  Félicij^m,  remplissant  provisoirement 
par  ordre  du  Grand  Empire  de  France,  les  fonctions  d'évèquc  du 
Clian-Si,  ai  délivré  le  présent  reçu  des  maisons  et  dépendances 
de  l'église  catlioliquc  de  kaï-tchéou. 

Le  Ministre  plénipotentiaire  de  France  m'ayant  écrit  qu'aus- 
sitôt que  les  terrains  et  les  maisons  dépendant  de  l'ancienne 
église  de  Kaï-tchéou  auraient  été  restitués,  le  missionnaire  qui 
réside  dans  cette  ville  devrait  donner  un  reçu  pour  servir  de 
preuve,  j'ai  délégué  le  missionnaire  Tchang  Wou-léang  qui  s'est 
rendu  à  Kaï-tchéou  où,  accompagné  du  préfet  Tchang  Kié-wen 
et  du  Tché-h'icn  Tchang  Cheou-song,  il  est  allé  examiner  les 
bâtiments  et  dépendances  de  l'ancienne  église  catholique  ainsi  que 
les  propriétés  particulières  ayant  appartenu  aux  familles  chré- 
tiennes. Le  tout  ayant  été  remis  entre  ses  mains,  j'ai  délivré 
le  présent  reçu  pour  servir  de  preuve. 

Je  joins  ici  la  liste  des  maisons  et  terrains  dépendant  de  l'église 
catholique  et  celle  des  propriétés  particulières  qui  viennent 
d'être  restitués. 

Le  3  de  la  10*'  lune  de  la  a*"  année  de  T'oung-tché  (i3  no- 
vembre i863). 

CONCESSION  DE   HA>-kÉOL 

M.  Dabrv,  consul  de  France  à  Ilan-Kéou,  eut  à  faire 
choix  de  la  concession  dans  ce  grand  jM)rt,  situé  sur  le  Yang- 


a6/|  AFFAIRES    DE    CORÉE 

Iscu,  à  son  confluonl  avec  la  rivière  Ilan.  La  conrossion  an- 
glaise s'étendait  sur  une  longueur  de  900  niclres  sur  le  b<»rd 
(lu  fleuve,  à  Ilan-Kéou;  en  aval,  les  terrains  avaient  été 
achetés  par  les  Anglais  et  les  Annéricains  jusqu'à  une  dis- 
tance de  trois  milles  environ.  Sur  la  rive  droite  du  Han,  à 
son  confluent  avecleYang  tseu,  c'est-à-dire  à  Ilan-Vang,  des 
terrain?  avaient  été  également  achetés  par  des  Anglais  et  des 
Américains.  On  ofl*rit  aux  Français  des  terrains  situés  en 
arrière  de  ceux-ci,  sur  les  bords  du  Han,  mais  éloignés  du 
Yang-tseu.  M.  Dabry  refusa  cette  ofl're  (juin  i863)  et  réclama 
remplacement  d'environ  900  mètres  de  long  sur  les  bords  du 
grand  fleuve,  en  amont  de  la  concession  anglaise  au  confluent 
du  Yang-tseu  et  du  Han,  emplficement  connu  sous  le  nom 
de  Louttg  ivttng  miao.  On  refusa  de  nous  accorder  le  Loung 
Wang  miao  et  finalement,  nous  dûmes  installer  notre  conces- 
sion dans  un  endroit  moins  favorable,  à  TEst  des  Anglais. 


M.   DE   RE II FL ES 

M.  de  Rehfues,  ministre  de  Prusse,  était  arrivé  à  Ta  Kou, 
sur  la  corvette  à  vapeur  Gazelle]  il  traversa  Tien-Tsin  pour 
se  rendre  à  Péking  sans  rendre  visite  au  surintendant  des 
trois  ports  :  les  Chinois  ne  pouvaient  interdire  à  M.  de  Reh- 
fues l'accès  de  la  capitale,  mais  ils  refusèrent  de  lui  recon- 
naître sa  qualité  officielle  aussi  longtemps  qu'il  n'aurait  pas 
donné  pleine  et  entière  satisfaction. 

a  Le  gouvernement  chinois,  écrit  M.  Berthcniy,  le  6  juin  1864. 
ne  laisse  guère  échapper  l'occasion  de  donner  des  preuves  de  son 
mauvais  vouloir  lorsqu'il  se  trouve  en  rapports  avec  l'Envoyé 
d'une  Puissance  dont  il  croit  n'avoir  rien  \\  redouter,  considé- 
rant sans  doute  le  peu  d'égards  qu'il  témoigne  en  pareil  cas 
comme  une  légitime  compensation  aux  ménagements  qu'il  con- 
serve encore  pour  les  ministres  admis  à  résider  à  Péking.  C'est 
seulement  après  plus  d'un  mois  d'eflbrts  et  non  sans  avoir  sous- 


\ 


MISSION    CATHOLIQUE    DE    COKÉE  265 

cril  à  de  regret lablcs  exigences  cjiie  M.  de   Rehfues  a   été  reçu 
par  Son  Altesse  Impériale.  » 

Sur  ces  entrefaites,  la  Gazelle^  pour  occuper  ses  loisirs 
dans  le  polfc  du  Pc  Tchc-li,  s'était  emparée  d'un  bâtiment 
danois.  On  était  en  pleine  guerre  des  Duchés;  les  Chinois 
prt)testèrent  contre  cette  capture,  le  golfe  du  ï^e  Tché-li  étant 
considéré  par  en\  comme  «  mer  fermée  »  Qnare  dansiirn). 
Dans  ces  circonstances,  M.  de  Rehfues  renonça  à  soulever  la 
question  du  droit  de  résidence  permanente  à  Péking.  Par  un 
article  séparé,  du  traité  allemand  de  Ïien-Tsin,  du  2  sep- 
tembre 1861,  il  avait  été  convenu  «  qu'en  raison  des  trou- 
bles qui  désolent  actuellement  la  Chine,  Sa  Majesté  le  Roi 
de  Prusse  attendra  qu'un  laps  de  cinq  (5)  années  se  soit 
écoulé  à  partir  de  rechange  des  ratifications  du  présent 
traité  pour  accréditer  a  demeure  fixe  un  agent  diplomatique 
à  Péking.  » 

Le  bâtiment  danois  fut  relâché  sous  caution,  et  la  Gazelle 
rentra  en  Europe.  M.  de  Rehfues  quitta  Péking  le  1 5  juin 
1864,  sans  que  le  Prince  de  Koung  lui  eût  rendu  ses  deux 
visites. 

MISSION   CATHOLIQl'E    DE    COHÉE  ' 

Le  7  juillet  1866,  une  barque  coréenne  jetait  dans  le  port 
de  Tché-fou  un  prêtre  du  séminaire  des  Missions  Étrangères 
de  Paris,  Tabbé  Félix  Ridel,  qui  se  hâtait  de  gagner  Tien- 
Tsin  pour  faire  part  au  contre-amiral  Roze,  commandant 
Tescadre  française,  successeur  de  Tamiral  Jaurès,  des  tristes 
nouvelles  dont  il  était  porteur. 

L'amiral  Roze,  qui  revenait  de  Péking,  prévenait  immé- 
diatement la  légation  (10  juillet). 

I.  Histoire  de  lÉj^Use  de  Corée...,  par  Ch.  Dallet.  Paris,  1874, 
a  vol.  in-8. 


a 66  AFFAIRES    DE    CORÉE 

La  Corée,  Tchao-Sieny  le  pays  de  la  «  Fraîcheur  mati- 
nale »,  la  nation  «  ermite  »,  était  encore  une  terre  presque 
inconnue  ;  la  dynastie  qui  y  règne  actuellement  fut  fondée 
en  1392  par  Htai  tjo.  L'introduction  officielle  du  christia- 
nisme dans  ce  pays  date  de  Farrivée  du  P.  Jacques  Tsieou, 
chinois  de  Sou-tchéou  du  Kiang-sou,  qui  partit  le  2  février 
179^,  de  Péking,  c'est  à  dire  sous  le  règne  de  Tjyeng  Tjong, 
et  fut  mis  à  mort  le  3i  mai  1801  après  un  fructueux  apos- 
tolat. Ce  ne  fut  toutefois  que  lorsque  le  Saint-Siège  eut,  par 
une  lettre  du  i*""  septembre  1827,  olîcrl  au  Séminaire  des 
Missions  Etrangères  de  Paris  de  se  charger  d'un  nouveau 
vicariat  apostolique  en  Corée  que  des  résultats  furent  obtenus 
dans  le  pays.  Érigée  en  vicariat  apostolique  en  i83i,  la 
Coré«  eut  comme  premier  vicaire  apostolique  Barthélémy 
Bruguière,  du  diocèse  de  Carcassonne,  ancien  missionnaire 
au  Siam,  évêque  de  Capse,  qui  mourut  en  route,  le  20  oc- 
tobre i835,  à  Sivang,  en  Tartarie,  en  allant  rejoindre  son 
nouveau  champ  d'action. 


MASSACRES    DE     l839    ET    DE     l86() 

Laurent- Marie- Joseph  Imbert,  d'Aix,  ancien  missionnaire 
au  Se  tch'ouen,  qui  fut  décapité  à  Saï-nam  to,  le  21  septembre 
1S39,  lui  succéda.  Jacques-IIonoré  Chastan  et  Pierre  Phili- 
bert Maubant  furent  exécutés  la  même  année  :  c'était  sous  le 
règne  de  Hen  Tjong.  Le  vicariat  de  Jean  Joseph  Ferréol, 
évèque  de  Belline,  qui  dura  jusqu'en  i853,  fut  marqué  parle 
martyre  de  plusieurs  prêtres  indigènes,  et  en  particulier  par 
celui  d'André  Ivim.  M^'"  Ferréol  étant  mort  le  i3  février  i853, 
fut  remplacé  comme  vicaire  apostolique  par  Siméon-Fran- 
çois  Berneux,  évèque  de  Capse.  Des  troubles  avaient  seule- 
ment menacé  la  mission,  lorsque  la  mort  de  Tchyel  tjong 
(i8/i9-i8G3)  amena  une  régence;  d'autre  part  les  manifes 


MASSACRES  DE  iSSq  ET  DE  1866  267 

talions  des  Russes  sur  le  Tou-men  Kiang  et  vers  la  province 
de  Ham  Kyeng  indisposaient  le  gouvernement  coréen  contre 
les  étrangers. 

Le  8  mars  1866,  M*^*"  Berneux^  fut  décapité  près  du 
village  de  Sai-nam  to  avec  MM.  de  Bretenicres ^,  Beaulieu'^ 
et  Dorie*;  le  11  mars,  ce  fut  le  tour  de  MM.  Pourthié'  et 
ï^ctitnicolas*.  Enfin,  le  Vendredi-Saint,  3o  mars,  trois  autres 
missionnaires,  MVI.  Aumailre',  Huin  *,  et  à  leur  tète  le 
coadjutenr,  M'^'"  Daveluy ',  furent  mis  à  mort.  Seuls  MM. 
Ridel  '^,  Féron  "  et  Calais  ^*  avaient  la  vie  sauve. 

Cette  catastrophe  était  complètement  imprévue,  comme 
en  témoigne  la  lettre  suivante  de  M.  Berthemy,  écrite  le 
10  juillet  1864  an  ministre  des  affaires  étrangères, 
M.  Drouyn  de  Lhuys  : 

«  M^'*"  Bcrneux,  vicaire  apostolique  de  la  Corée,  a  fait  faire 
auprès  de  moi  plusieurs  démarches  pour  me  déterminer  à  entrer  en 
relations  avec  le  Gouvernement  de  ce  pays  dans  le  but  d'assurer 
oniciellement  aux  indigènes  le  libre  exercice  du  culte  catholi- 
que... M*^''  Berncux  aurait  également  désire  que  M.  l'amiraliau- 

I.  Du  flioccso  (lu  Mans  ;  mort  à  5^  ans. 

a.  Simon- Manie- Antoine- Jiist  Ranfcr  de  Brelenières,  du  dioccso 
d  Aulun  ;  mort  à  38  ans. 

3.  f.onis- Bernard  Bcaulicu.  né  le  8  octobre  18^0 à  Langon  (Gironde), 
du  diocèse  de  lîordcaux  ;  mort  à  aO  ans. 

\.   Pierre- Henri  Dorio,  du  diocèse  de  Luçon  ;  mort  à  a-  ans. 

5.  Charles-Antoine  Pourlhié.  du  diocèse  d'AIbi  ;  mort  à  36  ans. 

6.  Michel- Alexandre  l*elitnicolas,  no  au  village  de  Coinches,  près 
Saint- Die,  ai  août  i8a8. 

7.  Pierre  Aumaîlre,  du  diocèse  d  Angoulème  ;  mort  à  aQ  ans. 

8.  Martin-Lnc  Huin,  du  diocèse  de  Langres  ;  mort  à  39  ans. 

9.  Marie-JS'icolas-Anloine  Daveluy,  cvcque  d  Acùncs,  du  diocèse 
d  Amiens  ;  mort  à  /|8  ans. 

10.  Félix-Clair  Hidcl,  né  à  Cbantenav  (dioc.  de  .Nantes).  7  juillet 
i83o:  évcque  de  Pliilippopolis.  vie.  ap.  de  Corée,  a5  juin  1869  ;  mort 
aojuin  i88i,  à  Vannes. 

II.  Stanislas  Féron.  du  diocèse  de  Séez. 

la.  Adolphe-Aicolas  Calais,  du  diocèse  de  Nancy  ;  a  quitte  les  Mis- 
sions étrangères  en  1870. 


/ 


268  ,  AFFAIRES    DE    CORÉR 

rès  se  portât  sur  la  côte  pour  appuyer  de  sa   présence  les  démar- 
ches de  la  Légation. 

Si  les  deux  évoques  et  les  huit  prêtres  français  qui  évangélisent 
la  Corée  avaient  été  en  péril,  si  une  persécution  imminente  avait 
menacé  de  détruire  encore  une  fois  le  "fruit  de  leurs  travaux,  je 
n'aurais  sans  doute  pas  hésité...  h  prendre  sur  moi  de  donner 
suite  à  ces  ouvertures.  Mais,  comme  de  l'aveu  de  M^*"  Berneux 
lui-même,  cette  mission  jouit  aujourd'hui  d'une  entière  sécurité, 
et  comme  le  Gouvernement  Coréen  craignant  d'attirer  sur  lui 
l'attention  de  la  France,  ferme  les  yeux  sur  les  progrès  de  la 
propagande  catholique,  j'ai  pensé  que  je  ne  devais  pas  m  engager 
sans  instructions  spéciales  dans  une  entreprise  qui,  si  elle  n'était 
pas  suivie  de  succès,  pourrait  avoir  pour  résultat  de  donner  un 
nouvel  aliment  aux  sentiments  de  défiance  et  d'animosilé  aux- 
quels les  missionnaires,  précurseurs  aux  yeux  de  tout  Gouverne- 
ment asiatique  de  l'ingérence  étrangère,  sont  d'autant  plus  en 
hutte  qu'ils  font  plus  ouvertement  appel  à  notre  intervention.  » 

M.  de  BcUonnet,  notre  Chargé  d'affaires,  télégraphiait  de 
Péking,  le  1 3  juillet,  au  Département  : 

Massacre  général  des  missionnaire  et  des  chrétiens  en  Corée  ; 
deux  évéques  et  neuf  missionnaires  français  martyrs.  Amiral 
Roze  va  en  Corée,  probablement  pas  de  résistance. 

Signé  :  de  Bellonet. 

Le  même  jour,  M.  de  Bellonet  écrivait,  sous  sa  responsa- 
bilitèy  rétonnante  lettré  suivante  : 

«  Des  liens  de  suzeraineté  d'une  part,  de  vassalité  de  l'autre, 
ont  longtemps  réuni  l'Empire  de  la  Chine  et  le  Royaume  de 
Corée.  Il  était  de  mon  devoir  de  m'assurer  de  leur  existence  et 
de  savoir  jusqu'à  quel  point  la  puissance  suzeraine  entendait 
prendre  la  responsabilité  de  l'outrage  qui  nous  élait  fait,  mais 
les  explications  échangées  avec  le  Gouvernement  chinois  m'ayant 
appris  qu'il  renonçait  à  réclamer  ses  droits,  j'ai  adressé  au  Prince 
de  Koung  [une  notej  dans  laquelle  j'ai  déclaré  officiellement 
l'ouverture  des  hostilités,  la  sèparnlion  définitive  de  la  Corée,  la 
décliéance  de  son  Roi,  et   le  droit  exclusif  de  l'Empereur,  notre 


EXPÉDITION    FRANÇAISE,     ï866  269 

Auguste  Souveraui,  à  disposer  suivant  son  bon  plaisir  du  pays  et  du 
trône  vacant.  » 


Il  est  à  peine  croyable  que  notre  représentant,  sans  prendre 
Tavis  de  son  gouvernement,  ait  encore  ajouté  : 

Que  le  Prince  auquel  seront  confiées  les  destinées  de  la  Corée, 
sous  le  protectorat  de  Sa  Majesté  TEmpereur,  fasse  profession  de 
la  foi  chrétienne. 

On  comprendra  facilement  que  Tamiral  Roze  en  ait  référé 
à  ses  chefs  et  qu'une  sévère  admonestation  fut  adressée  de 
Paris  à  M.  de  Bellonel  le  lo  novembre  1866. 

M.  Uidel  venait  demander  vengeance  de  ces  massacres,  et 
sa  voix  fut  entendue  par  notre  chargé  d'affaires  à  Péking, 
M.  de  Bellonct  et  Tamiral  Roze.  Une  ex|>édition  fut  décidée. 
En  voici  le  récit  officiel  d'après  le  Moniteur  du  27  décem- 
bre 1866': 

EXPÉDITION    FRANÇAISE,     1866 

«  Le  ministre  de  la  Marine  et  des  Colonies  a  reçu  du 
contre-amiral  Roze,  commandant  en  chef  la  division  navale 
des  mers  de  Chine,  des  dépêches  annonçant  la  prise  de 
kang-hoa,  ville  fortifiée  située  au  nord  de  Tîlc  de  ce  nom, 
et  à  rembouchure  du  fleuve  sur  les  bords  duquel  se  trouve 
Séoul,  capitale  de  la  Corée. 

«  ï^arli  de  Tche-fou  le  ii  octobre,  avec  la  frégate  la 
Guerrière^  les  corvettes  à  hélice  le  Laplace  et  le  Primau- 
guely  les  avisos  le  Dèroulêde  et  le  Kien-chan^  les  canon- 
nières le  Tardif  et  le  Lebretlwn ,  le  contre-amiral  Roze 
mouillait  le  i3,  avec  sa  division,  devant  l'île  Boisée,  à  i8 
milles  de  Kang  hoa.  Le  lendemain,  les  canonnières  remon- 

I.  Cité  par  Dallet. 


270  AFFAIRES    DE    CORÉE 

lèront  la  rivière  Salée  (détroit  de  Kang-hoa),  remorquant 
les  embarcations  qui  portaient  les  compagnies  de  débarque- 
ment de  la  Guerrière  et  des  corvettes,  ainsi  qu'un  détacbe- 
ment  des  marins-fusiliers  du  Yokohama,  A  peine  débarqués, 
nos  marins  occupèrent  les  bauteurs  sans  rencontrer  la  moin- 
dre résistance  cl  campèrent  à  5  kilomètres  de  Kang-boa. 
Le  i5,  une  reconnaissance  fut  exécutée  par  une  colonne 
commandée  par  M.  le  capitaine  de  frégate  comte  d'Oser  y  ; 
arrivée  près  d'un  fort  qui  domine  la  ville,  elle  fut  accueillie 
par  un  feu  bien  nourri  de  mousqueterie  et  par  celui  de  deux 
canons  de  petit  calibre.  Après  un  engagement  de  quelques 
minutes,  le  fort  fut  occupé,  et  les  Coréens  s'enfuii^nl,  lais- 
sant un  drapeau  entre  nos  mains. 

«  Le  16,  dès  buit  beures  du  matin,  le  contre-amiral  Uoze, 
à  la  tcte  de  toutes  ses  forces,  se  présentait  devant  la  ville, 
qu'entourait  une  muraille  crénelée  de  4  mètres  de  bauteur. 
Parvenues  à  une  centaine  de  mètres  de  la  porte  principale, 
nos  troupes  furent  reçues  par  une  fusillade  assez  vive  :  mais 
la  muraille  fut  bientôt  escaladée  au  cri  de  :  Vive  l'Empe- 
reur !  et  l'ennemi  nous  laissa  maîtres  de  la  place. 

«  Un  grand  nombre  de  canons,  plus  de  dix  mille  fusils, 
des  munitions  de  toute  sorte  ont  été  trouvés  dans  d'im- 
menses magasins  et  démontrent  l'importance  de  la  place  de 
kang-boa,  au  point  de  vue  de  la  défense  de  la  capitale  de  la 
Corée.  Le  contre-amiral  Rozc  a  fait  inventorier  avec  soin  les 
magasins,  dont  il  a  pris  possession  au  nom  de  l'Etal,  et 
qui  contenaient  également  dix-buit  caisses  remplies  de  lin- 
gots d'argent  et  des  arcbives  oiTicielles. 

«  Une  proclamation  adressée  aux  babitants  leur  a  fait 
connaître  le  but  que  l'amiral  s'était  proposé  en  venant  cbâ- 
lier  le  gouvernement  coréen,  et  leur  a  assuré  la  protection  la 
plus  complète. 

«  Le  blocus  du  fleuve  de  Sœul,  qui  a  été  notifié  aux 
consuls  des  puissances  européennes  en  Cbine,  et  la  prise  de 


EXPÉDITION    FRANÇAISE,     l86C  Q^ï 

Kang-lioa,  devaient  produire  une  profonde  impression  sur  le 
gouvernement  coréen.  En  effet,  la  ville  de  Kang-hoa  étant, 
comme  on  vient  de  le  rappeler,  située  à  l'embouchure  du 
fleuve  de  Séoul,  commande  ainsi  la  principale  voie  que  le 
commerce  de  la  capitale  est  obligé  de  prendre,  particulière- 
ment pour  assurer  ses  approvisionnements  de  riz.  Aussi,  dès 
le  19,  le  contre-amiral  Uoze  recevait  une  lettre  du  roi,  à 
laquelle  il  s'est  empressé  de  répondre,  en  faisant  connaître 
les  satisfactions  qu'il  réclame  au  nom  du  gouvernement  de 
l'empereur. 

«  La  dépêche  qui  renferme  ces  détails  est  datée  du  22  oc- 
tobre ;  à  cette  date,  le  contre-amiral  Roze  était  encore  dans 
la  ville  de  Kang-hoa,  où  il  attendait  les  intei^rètes  (chinois) 
qu'il  avait  fait  demander  à  notre  consul  de  Chang-Haï.  » 

D'autres  renseignements  donnés  dans  des  dépêches  du 
17  novembre  1866,  étaient  insérés  dans  le  Moniteur  du 
7  janvier  18G7  *  : 

«  Le  contre-amiral  Roze  ayant  voulu  s'assurer  de  l'état 
du  pays,  un  détachement,  commandé  par  le  capitaine  de 
vaisseau  OUivier,  sortit  de  Kang-hoa  et  rencontra,  à  quelques 
kilomètres  de  la  ville,  des  Coréens  en  grand  nombre,  retran- 
chés dans  une  pagode  fortifiée;  l'ennemi,  qui  avait  d'abord 
fait  une  sortie,  fut  repoussé  et  se  liAta  de  rentrer  dans  ses 
retranchements  en  abandonnant  ses  morts.  Après  une  fusil- 
lade très  vive,  dans  laquelle  nous  n'avons  eu  aucun  honmie 
tué,  mais  qui  malheureusement  nous  a  coûté  quelques  bles- 
sés, la  colonne  rentra  le  soir  môme  i  Kang-hoa. 

«  Quelques  jours  après,  le  contre  amiral  Koze,  voyant 
que  le  gouvernement  coréen  ne  donnait  pas  suite  aux  ouver- 
tures auxquelles  il  avait  dû  croire  en  recevant  une  lettre  du 
roi,  se  décida  à  quitter  Kang-hoa  ;  les  approches  de  l'hiver 
se  faisaient  d'ailleurs  déjà  sentir,    et  il  était  à  craindre  que 

I.  Cil^'  par  Dallet. 


Q72  AFFAIRES    DE    COREE 

toute  navigation  de  la  rivière  Salée  ne  fut  bientôt  interrompue  ; 
alors  il  ordonna  la  destruction  de  tous  les  établissements  du 
gouvernement,  ainsi  que  celle  du  palais  du  roi,  et  nos  ma- 
telots retournèrent  à  bord  des  bâtiments  mouillés  devant  Tile 
Boisée. 

«  Les  caisses  renfermant  des  lingots  d'argent,  représentant 
une  valeur  de  cent  quatre-vingt-dix-sept  mille  francs,  des 
manuscrits  et  des  livres  qui  peuvent  offrir  quelque  intérêt 
pour  la  science,  ont  été  dirigées  sur  Chang-haï,  d'où  elles 
seront  transportées  en  France. 

«  Le  contre- amiral  Roze  annonce  également  que  les  deux 
missionnaires  qui  étaient  restés  en  Corée  sont  venus  le 
rejoindre,  après  avoir  réussi  à  se  faire  débarquer  à  Tche-fou. 

«  La  destruction  de  Kang-lioa,  place  de  guerre  impor- 
tante, des  poudrières  et  des  établissements  publics  que  cette 
ville  renfermait,  a  dû  prouver  au  gouvernement  coréen  que  le 
meurtre  des  missionnaires  français  ne  restait  pas  impuni.  » 


RÉSULTATS 

La  narration  officielle  et  le  récit  fait  par  l'abbé  Ridel  ne 
laissent  pas,  pour  qui  sait  lire  entre  les  lignes,  de  doutes 
sur  l'effet  désastreux  de  l'expédition.  La  destruction  de  Kang- 
boa  avait  été  le  seul  fait  important,  mais  il  n'avait  produit 
aucun  effet  sur  les  Coréens  dont  l'insolence  s'accrut  de  la 
retraite  des  Français,  considérée  comme  une  victoire  par  les 
indigènes.  Quelque  temps  plus  tard,  les  Américains  ne  furent 
pas  plus  heureux  que  nous,  et  il  fallut  l'intervention  japo- 
naise pour  mettre  les  Coréens  à  la  raison. 


LE  COMTE  LALLEMAND 


M.  Berthemy  avait  dû  repartir  pour  la  Chine  en  seplcm- 


LE    COMTE    L*ALLEMA\D  278 

bre  1866  ;  51  fui  désigné  pour  un  autre  poste  et  le  comte  Lal- 
lemand  }>artit  à  sa  place.  Il  arriva  à  Hong  Kong  le  i'*"  avril 
1867  et  à  Chang-Hai  le  17.  De  cette  \'ille,  il  envoya  une  cir- 
culaire aux  chefs  des  missions  religieuses  en  Chine  «  pleine 
de  sympathie,  mais  aussi  pleine  d'avertissements  ».  M.  de 
Lallemand  se  rendit  ensuite  à  Naaking  sur  le  Primauguet 
pour  conférer  des  affaires  avec  le  consul  de  France,  M.  Da- 
bry,  venu  à  sa  rencontre  de  Han-Kéou  sur  \q  Le  B rethon.  Le 
ministre  de  France  arriva  à  Péking  le  10  mai  1867  et  M.  de 
Bellonet  lui  remettait  le  service  de  la  légation. 

M.  de  Bellonet,  d'un  caractère  trop  vif,  s'était  trouvé  en 
Chine  dans  des  conditions  particulièrement  défavorables  ;  les 
traités  n'étaient  pas  respectés  en  province,  les  fonctionnaires 
se  montraient  arrogants,  et  le  16  juillet  1866,  le  Chargé 
d'affaires  avait  envoyé  au  ïsoung-li  Yamen  un  véritable 
ultimatum  sous  forme  de  mémorandum.  C'était  un  coup 
d'épée  dans  Teau  et  l'échec  de  la  France  en  Corée  soulignait 
encore  Tinsuccès  de  la  démarche.  M.  de  Bellonet  quitta 
Péking  le  25  mai  1867,  retournant  par  kiachta  en  Euro|>e, 
011  il  était  nommé  au  |K)ste  de  Stockholm. 

Le  17  mai  1867,  le  second  secrétaire  de  la  légation  d'An- 
gleterre a  Péking,  Sir  Eric  R.  T.  Farcjuhar,  qui  remplissait 
les  fonctions  de  chargé  d'affaires  pendant  un  voyage  de  Sir 
R.  Alcock  dans  le  Sud,  mourait  de  la  flèvre  typhoïde. 
Alcock  rentra  a  Péking  au  milieu  de  juillet  1867. 

Le  conUe  Lallemand  vil  son  zèle  singulièrement  refroidi 
par  le  télégramme  suivant  qui  lui  fut  envoyé  de  Paris  le 
10  septembre  1867  • 

Je  ne  vois  pas  la  nécessité  d'engager  pour  le  moment  l'affaire 
des  Lettres  de  créance.  En  ce  qui  regarde  la  Corée,  renfermez- 
vous  dans  une  altitude  d'abstention  complète.  Quant  à  la  pro- 
tection de  nos  nationaux,  évitez  avec  soin  tout  ce  qui  (X)urrait 
créer  des  complications. 

CoRDifiR.  I.  —  18 


/ 


2*^4  AFFAIRES    DE    CORÉE 


EXPÉDITION    OPPERT-JENKINS,     1868 

Comme  corollaire  h  rexpédilion  de  Corée,  ajoutons  qu'en 
1868,  M.  Ernest  Oppert  ^  ayant  affrété  le  vapeur  China,  bat- 
tant pavillon  allemand,  capitaine  Henry  Miiller,  quitta  Chang- 
Haï  le  3o  avril  pour  Nagasaki  d'où  il  se  rendit  aux  golfes  du 
Prince  Impérial  et  Jérôme  en  Corée  avec  l'abbé  Féron  et 
un  Américain,  F.-B.  Jenkins.  La  nature  de  ce  voyage  fit 
accueillir  les  étrangers  à  coups  de  fusil  :  il  en  résulta  pour  le 
missionnaire  son  transfert  à  Pondichéryet  pour  les  deux  autres 
des  démêlés  avec  la  justice.  L'acte  d'accusation  (8  juillet 
1868)  contre  Jenkins  devant  la  cour  consulaire  américaine 
de  Chang-Haï  portait  :  «  Que  le  prisonnier,  de  concert  avec 
d'autres  non  justiciables  du  Consulat  américain,  s'était 
engagé  sur  le  steamer  China  dans  une  expédition  scandaleuse 
et  illégale  en  Corée,  avec  le  but  d'exhumer,  à  son  seul  profit, 
le  corps  d'un  souverain  décédé  de  Corée,  pour  le  mauvais 
exemple  des  autres  et  contre  la  paix  et  la  dignité  du  peuple 
des  États-Unis  ;  2®  d'avoir  engagé  une  expédition  en  vue 
d'exhumer,  à  son  seul  profit,  le  corps  d'une  personne  en- 
terrée-lc^,  inconnue  ;  3°  avec  l'intention  d'exhumer  le  corps 
d'un  souverain  décédé  au  profit  de  quelques  personnes  incon- 
nues ;  4"  avec  l'intention  d'exhumer  le  corps  de  quelques  per- 
sonnes inconnues  au  profit  de  quelques  personnes  inconnues; 
5**  et  6°  en  aidant  et  en  préparant  une  exfiédilion  dans  l'un 
des  buts  ci-dessus*.  »  Ajoutons  que  les  tombes  dont  il  s'a- 
gissait d'exhumer  les  corps  renfermaient,  disait-on,  des  tré- 
sors. Jenkins  fut  acquitté. 

«  L'abbé  Féron  croyait  que  l'enlèvement  du  corps  d'un 

1.  A  Forhidden  Land  :  Voyages  to  the  Corea,.,  By  Emesl  Oppert. 
London, 1880,  in-8. 

2.  North-China  Daily  Ne^vs,  8  et  9  juillet  1868. 


EXPÉDITION    OPPERT-JENKINS  2^5 

des  derniers  princes  de  la  famille  royale  de  Corée  enseveli  à 
peu  de  distance  de  la  mer,  enlèvement  aisé  à  faire,  disait-il, 
serait  un  bon  moyen  d'amener  les  Coréens  à  composition  et 
à  accorder  aux  missions  religieuses  et  au  commerce  l'accès 
de  leur  pays.  Je  pensai,  écrit  M.  de  Lallemand,  2  août 
1868,  que  l'auteur  de  cette  confidence  n'était  pas  sain  d'esprit 
et  que  ses  supérieurs  s'opposeraient  à  l'exécution  de  son  des- 
sein s'il  s'offrait  jamais  une  occasion  de  le  tenter.  Mais  il 
a  agi  à  l'insu  de  ses  supérieurs  et  s'est  dérobé  à  l'action 
qu'ils  n'auraient  pas  manqué  d'exercer  sur  lui  ». 

L'abbé  Féron  fut  embarqué  pour  France  par  ordre  des 
autorités  françaises;  il  a  depuis  été  attaché  à  la  mission  de 
Pondichéry. 


CHAPITRE  XIX 


MISSIONS  PROTESTANTES.  —  AFFAIRE  DE  TANG-TCHÉOU 


LA  CHINA  INLAND  MISSION 

Les  missions  proleslanlos  en  Chine  ne  remontent  qu'au 
commencement  du  siècle.  En  1807,  la  London  Missionaty 
Society  envoya  à  Canton  Robert  Mor^i8on^  aussi  célèbre 
comme  sinologue  que  comme  missioimaire,  qui  créa  dans 
celte  ville  la  première  station  prolestante  en  Chine  ;  l'exemple 
de  la  Société  de  Londres  fut  suivi  en  1827  par  la  Neder- 
landsche  Zendelinggenootschap,  avec  K.  F.  Giitzlalî;  en 
i83o,  par  V American  Hoard  of  Comniissioners  for  Foreign 
Missions,  avec  E.  C.  Bridgman  ;  en  i836,  la  British  and 
Foreign  Bible  Society^  avec  G.  Tradescant  Lay  ;  en  1887,  la 
Chnrch  of  England  Missionary  Society,  avec  Edward  B. 
Squire*:  la  China  In /and  ^/ission  ne  commença  ses  opéra - 
lions  qu'en  1862,  avec  James  Meadows;  il  avait  été  précédé 
par  le  Rév.  James  Iludson  Taylor  arrivé  à  ChangHaï  le 
i^*"  mars  i854,  mais  qui,  malade,  était  rentré  en  Euro|3e 
en  1859.  Il  retourna,  sur  le  Lammermuir,  en  Chine,  où 
il  arriva  le  3o  septembre  1866,  avec  sa  femme,  Mr.  et  Mrs 
Nicol,  George  Duncan,  J.  Williamson,  \V.  D.  Rudiand,  J. 
A.  Jackson,  J.   R.   Sell,  Misses  Faulding,  Bowyer,  J.  Me 

I.  Robert  ^îor^i8on,  n^  à  Buller*s  (îrccn,  Morpctli,  Northumberland, 
5  janvier  178^  ;  arrive  à  Macao  !\  septembre  1807  ;  morl  à  Canlon.  dans 
le  hong  danois,  le  i^'i*  août  i834- 

a.   Voir  la  liste  de  ces  sociétés  dans  la  Bibliotheca  Sinica,  col.  ogi-^. 


AFFAIRE    DE    YANfi-TCHEOl*  2-T 

Lean,  Barnes,  Desgraz,  Miss  Rose  (Mrs  Meadows),  Miss 
Blalchley,  Mary  Bell  (Mrs.  Rudland).  Sous  la  direction  du 
Rév.  J.  H.  Taylor,  cette  société  avait  pris  un  grand  déve- 
lopi>ement  et,  à  Tépoque  qui  nous  occupe  (août  1898),  elle 
avait  déjà  ouvert  les  stations  suivantes  :  Ning  Po  (ouvert  juin 
1807)  ;  Foung-houa  (février  1866);  Chao-ching  (septembre 
1866)  ;  Ilang-tchéou  (novembre  1866);  Siao-clian  (janvier 
1867);  TVï-lchéou  Quillet  1867);  Nan-King  (septembre 
1867);  Wen  tchéou  (décembre  1867);  Ning-Haï  (janvier 
1868);  Sou-tchéou  (mars  i868)el  Yang-lchéou  (juin  i8G8)\ 


AFFAIRE    DE    YANG-TCHÉOU,     32    AOl  T     1868* 

Le  2  2  août  1868,  rétablissement  de  la  Cbina  Inland  Mis- 
sion à  Yang- tchéou  était  pillé  et  incendié.  Depuis  plusieurs 
jours  des  placards  incendiaires  étaient  ap[)osés  sur  les  mu- 
railles ;  on  accusait  le  directeur  de  la  mission,  le  Rév.  J. 
Hudson  Taylor,  d'avoir  ouvert  un  hôpital  d'enfants  trouvés  ; 
ceux-ci  étaient  rôtis  et  mangés,  vingt-quatre  d'entre  eux 
manquaient  déjà,  etc.  Le  22  août,  la  foule  s'amassait  devant 
la  mission  et  commençait  à  jeter  des  pierres  ;  le  Rév.  Iludson 
Taylor  se  rendit  au  )amen  du  préfet  Soun  pour  le  prévenir 
de  ce  qui  se  passait;  Soun,  après  être  allé  à  la  mission,  re- 
vint avertir  M.  Taylor,  qu'il  avait  prié  de  ne  [)as  se  montrer, 
que  l'ordre  était  rétabli.  A  minuit,  lorsque  M.  Taylor  rega- 

i.  The  Story  of  the  China  fnland  Mission...  By  M.  Géraldine 
Guinness...  Wilh  an  Introduction  by  J.  Hudson  Taylor.  .  Lond., 
Morgan  &  Scott,  1898,  2  vol.  in -8. 

a.  China,  n9  3  fiSGg).  Correspondence  respecting  the  Attack  on 
British  Protestant  Missionaries  at  Yang-chow-foOt  August  1868. 
Prescnted....  1869,  Lond.,  in -fol. 

China,  n'^  10  (1869).  Further  Correspondence  respecting  the 
Attack  on  British  Protestant  Missionaries  at  Yang-chon'-foo,  August 
1868.  Presented...,  1869,  Lond.,  in-fol. 


2'jS  MISSIONS    PROTESTANTES 

gnait  la  mission,  celle-ci  était  détruite  et  ses  habitants  avaient 
eu  loutes  les  peines  du  monde  à  échapper  aux  flammes. 
Yang  tchéou  est  une  grande  ville  du  Kiang-Sou  sur  le  Grand 
Canal,  au  nord  du  Kiang,  à  une  petite  distance  de  Tchen- 
Kiang;  Marco  Polo  en  fut  pendant  trois  ans  le  gouverneur  ; 
il  était  facile  d'v  ameuter  une  foule  considérable  et  il  est  sur- 
prenant  que  les  missionnaires  ne  furent  pas  massacrés  ;  les 
membres  de  la  mission  présents  lors  de  cet  attentat  étaient  le 
directeur  J.  Hudson  Taylor,  George  Duncan,  William  Rud- 
land,  Henry  Reid,  qui  perdit  un  œil;  M"®*  Taylor  et  Rud- 
land  ;  M"""  Degraz,  Blatchley  et  Annie  Bohannon  ;  quatre 
enfants:  Herbert  Taylor,  Sans,  Frederick  Taylor,  6,  Samuel 
Taylor,  4,  et  Maria  Taylor,  2  ;  il  y  avait  en  outre  dix-neuf 
indigènes,  professeurs  ou  domestiques,  et  un  enfant  ;  les 
Européens  étaient  habillés  à  la  chinoise;  depuis  rétablisse- 
ment de  la  mission,  au  mois  de  juin  de  la  même  année,  il 
n'avait  été  fait  aucime  prédication  publique  ou  commis  aucun 
acte  qui  put  servir  de  prétexte  h  l'attaque.  Le  consul  de 
Chang-Haï,  VV.  H.  Medhurst,  se  rendit  h  Yang-tchéou  le 
8  septembre  avec  une  escorte  du  vaisseau  de  guerre  le  Hi- 
naldoy  qui  était  arrivé  trois  jours  auparavant  à  Tchen-Kiang 
où  s'étaient  réfugiés  les  missionnaires  ])ersécutés  ;  il  remit  une 
lettre  au  préfet  et  réclama  une  indemnité  de  2  000  taels*  ;  son 
enquête  prouva  que  la  destruction  de  la  mission  était  Fceuvre 
des  lettrés,  qui  croyaient  agir  contre  des  catholiques  venus 
de  Tien-Tsin.  Une  première  visite  de  M.  Medhurst  à  Nan-King 
au  vice-roi  Tseng  Kouo-fan  n'ayant  pas  amené  une  solution 
satisfaisante  de  l'aflaire,  il  y  retourna  en  novembre  avec  les 
navires  de  guerre  Rodney,  Bina/do,  Slaney  et  Icarits, 
annonçant  sa  venue  par  une  lettre  adressée  le  8  novembre  à 
Tseng  Kouo-fan.  L'indemnité  fut  payée  et  l'ordre  fut  donné 


I .   Le  chiflTre  réclamé  par  les  missionnaires  pour  leurs  perles  du  samedi 
et  du  dimanche  aa  et  a3  août  1868  était  de  i  ia8  tacls  4o  mace. 


AFFAIRES    DE    TCIIÉ-FOU    ET    DE    T\Ï-WAN  279 

de  placer  une  tablette  sur  la  maison  de  M.  Taylor  pour  qu'elle 
fut  à  Tabri  ;  ces  négociations,  facilitées  par  la  présence  du 
Rodne)  devant  Nan-King,  conduites  avec  tact  et  fermeté 
par  M.  Medhurst,  méritèrent  à  ce  dernier  les  félicitations  du 
Foreign  Office.  Le  problème  de  Tachât  de  terrains  par  des 
missionnaires  protestants  s'était  posé  à  Yang-tchéou  et,  faute 
d'une  convention  semblable  à  celle  conclue  par  M.  Berthemy, 
il  avait  été  moins  facile  de  le  résoudre. 


AFFAIRES    DE    TCHE-FOU    ET    DE    TA1-WA!<Î 

A  Tchéfou  *,  le  Rév.  R.  F.  Laughton*,  ayant  voulu  prendre 
possession  d'une  maison  qu'il  avait  achetée,  en  fut  violemment 
empêché  par  la  population,  qui  enleva  le  toit  de  l'immeuble 
et  en  mura  la  porte  (mars  1868).  Mais  c'est  à  Taïwan, 
Formose,  que  les  troubles  furent  les  plus  considérables  :  au 
commencement  d'avril  1868,  les  chapelles  catholiques  et 
protestantes  de  la  Presbylerian  Mission  Church  étaient  dé- 
truites; vers  la  même  époque,  la  maison  Ellis  &  Co.,  ayant 
acheté  pour  six  mille  piastres  de  camphre,  se  voyait  confis- 
quer sa  marchandise  sous  prétexte  qu'elle  était  propriété 
impériale  ;  les  réclamations  des  consuls  furent  vaincs  ;  au 
mois  de  juin,  M.  Hardie,  agent  de  Tait  &  Co.,  était  poi- 
gnardé ;  on  essayait  en  août  de  faire  subir  le  même  sort  à 
M.  Pickering,  agent  d'Ellis  &  Co.  Le  Tao-Taï,  Liang,  devenait 
de  plus  en  plus  insolent  et,  en  octobre,  il  annonçait  aux  consuls 
que  le  vice-roi  trouvant  trop  douce  sa  manière  d'être  à  l'égard 
des  étrangers,  il  allait  être  obligé  d'user  de  plus  de  rigueur. 

I.  China,  n"  3  (1869).  —  Corrcspondence  respecting  Missionary 
Disturbances  at  Chefoo,  and  Taiwan  (^Formosa).  Prescnted...,  1869. 
Lond.,  in -fol. 

a.  Richard  Frederick  Laughton,  de  la  Baptist  Missionarj  Society 
d'Angleterre,  arrivé  à  Ghang-Hal  le  i3  mars  i863  d  où  il  se  rendit  à 
Te  hé -fou  (Yen  taï). 


aSo  MISSIONS    PROTESTANTES 

Sans  plus  larder,  le  consul  p.  i.  John  Gihson  se  rendait, 
avec  les  bâtiments  de  guerre  Algerine^  commandant 
Thornhaugh  P.  Gurdon,  et  le  Bustard,  et  faisait  occuper  le 
Fort  Zelandia  et  la  ville  d'Aniping,  port  de  Taï-wan  fou  (21 
novembre  1868).  L'effet  fut  immédiat  et  les  Anglais  obtin- 
rent: 1°  l'abolition  du  monopole  du  camphre,  avec  des  pro- 
clamations déclarant  le  droit  des  étrangers  et  de  leurs  emplovés 
d'aller  et  de  faire  le  commerce  librement.  2®  L'émission  de 
passeports  par  le  Tao-taï  aux  marchands  et  autres  pour  voya- 
ger, pour  affaires  ou  pour  leur  plaisir,  dans  Tintérieur  de  Tile 
de  Taïwan.  3"  Le  paiement  de  6000  dollars,  indemn.ité 
pour  perte  do  camphre  par  Ellis  et  C"'.  f\^  Le  paiement  de 
I  1G7  dollars,  indemnité  pour  perte  de  biens  par  la  mission 
protestante.  5"  Le  paiement  de  2  000  dollars,  indemnité  pour 
perte  de  biens  par  la  mission  catholique.  6"  Le  paiement  de 
toutes  les  réclamations  du  comprador  d'Ellis  et  C^",  jxmr 
pertes  pendant  le  pillage  de  sa  maison.  7°  La  punition  des 
divers  coupables  de  connivence  dans  ces  divers  outrages,  à  la 
satisfaction  du  consul  britannique.  8°  La  publicité  de  procla- 
mations, partout,  reconnaissant  l'injustice  des  calomnies 
répandues  contre  le  christianisme  et  les  chrétiens,  et  les  pro- 
tégeant dorénavant  entièrement  contre  de  nouvelles  attaques. 
9°  Le  droit  de  résidence  et  de  travail  aux  missionnaires  dans 
l'île.  10"  Des  proclamations  reconnaissant  les  cours  mixtos 
propres  aux  cas  embrouillés  et  les  considérant  comme  (elles 
dans  l'avenir.  1 1**  L'éloignement  du  tao-taï  Liang,  du  magis- 
trat du  district  de  Pi-Teou  et  du  Ting  de  Lo  Kang. 

Cependant,  on  n'était  pas  au  bout  des  dillîcultés^  :  En  186^, 
une  maison  avait  été  construite  à  Banca  (Formose)  par  un 
riche  marchand  nommé  Loktow,  jadis  possesseur  du  mono- 
lK)le  du  camphre,  à  la  mort  duquel  MM.  Dodd  &  Co.  louè- 

I.  China,  n"  6  (1869).  Correspond  encc  rpspecting  Ouf  rage  on 
British  Merchants  ai  Banca,  in  Formosa,  Présente^...,  1869.  Lond., 
in -fol. 


AFFAIRE    DE    FOU-TCHÉOU  sSl 

reni  la  propriété  de  sa  veuve  (1867).  La  veuve  fut  persécutée 
par  les  fonctionnaires  et  le  2  octobre  1868  les  représentants 
de  Dodd,  en  voulant  prendre  possession  de  Timmeuble, 
furent  attaqués  par  la  populace  armée  de  couteaux,  de  lances, 
de  bambous,  etc.,  et  s'échapi>èrent  à  grand'peine  au  yanien 
du  Ting  de  Tam-soui.  Le  vice-consul  par  intérim  de  Tam- 
soui,  Henry  F.  llolt,  obtint,  par  son  énergie,  des  excuses,  la 
punition  des  coupables  et  la  mise  en  possession  de  leur 
propriété  de  M  M .  Dodd. 

Le  20  janvier  1869  *,  des  canots  du  navire  de  guerre  Cock- 
vlitifer  reçurent,  sans  les  avoir  provoqués,  des  coups  de  fusil 
des  babitants  de  Ou-Tang-pai,  à  deux  lieues  environ  de 
Swatovv,  qui  blessèrent  dix  bommes,  dont  sept  sérieusement. 
Immédiatement  le  commodore  Oliver  J.  Jones  arriva  à  S>vatow 
avec  le  Binaldo  et  d'autres  navires  de  guerre  et,  débarquant 
des  troupes,  infligea  un  cbAtiment  exemplaire  aux  babitants 
de  Ou-Tang-pai,  non  sans  avoir  trois  ofliciers  et  trois  bommes 
blessés. 

AFFAIRE    DE    FOLTCHÉOL 

Un  incident  semblable- à  ceux  de  Tché-fou  et  de  Yang- 
tcbéou  se  passa  à  Fou  tcbéoupar  suite  de  Tacbatd'un  terrain 
par  le  missionnaire  Wolfe^  à  Sbarp  Peak  Island,  dans  la  ri- 
vière Min.  Sur  la  demande  du  consul  de  Fou-tcbéou,  Cbarles 
Sinclair,  l'inévitable  gun-boat,  le  Janus,  commandant  Lei- 
cester  Keppel,  dut  intervenir. 

1.  China t  n"  7  (1869).  Correspondence  respectittg  Attack  on 
Loats  of  Her  Majesty's  Ship  «  Cockchafcr  »  by  Villagers  near  Sivu» 
ioi%'.  Prcsenled...,  18G9.  Lond.,  in  fol. 

2.  China,  n"  9  (1869).  Papers  respecting  the  Proceedings  of  Her 
yfajesty's  Ship  «  Janiis  »  at  Sharp  Peak  Islande  near  Foo-chow-foo. 
Presented...,  1869.  Lond.,  in -foi. 

3.  John  Richard  Wolfe,  de  la  Church  of  England  Missionarj  Society, 
arrivé  à  Fou-ichéou,  avril  i86a. 


CHAPITRE  XX 


MISSION   BURLINGAME 


ANSON    BIRLINGAME 

La  mission  de  M.  Anson  Burlingame  est  une  aventure 
imprévue  dans  Thistoire  des  relations  de  l'Empire  du  Milieu 
avec  les  pays  étrangers,  et  les  pérégrinations  de  ce  commis- 
voyageur  de  la  diplomatie  chinoise  auraient  Tair  d'une  plai- 
santerie faite  aux  cours  d'Occident,  si  de  graves  personnages 
ne  les  avaient  organisées.  Anson  Burlingame*,  originaire  du 
Massachusetts,  avait  été  nommé  envoyé  extraordinaire  et 
ministre  plénipotentiaire  des  États-Unis  le  i/|  juin  1861  ;  il 
s'était  établi  à  Péking  en  août  1862.  C'était  un  homme  de 
quarante  ans,  de  manières  agréables,  plein  d'une  faconde 
que  ne  gênait  d'ailleurs  pas  la  profondeur  des  pensées  ;  en 
un  mot,  habile  dans  l'art  de  bien  dire  des  choses  vides  de 
sens. 

On  ne  fut  pas  peu  surpris  à  Washington  de  recevoir  im 
télégramme  daté  du  21  novembre  1867  ^  annonçant  au  Secré- 
taire d'État,  qu'Anson  Burlingame,  «  dans  Tintérêt  de  son 

I.  Né  en  i8aa. 

a.  Les  États-Unis  firent  choix  pour  le  remplacer  en  Chine  de  William 
A.  Howard,  de  Michigan,  le  11  mars  1868;  celui-ci  ayant  décliné  cet 
honneur,  on  nomma  à  la  même  date,  envo^fé  extraordinaire  et  ministre 
plénipotentiaire,  J.  Ross  Browne,  de  Californie,  qui  se  retira  le  5  juillet 
1869  et  fut  remplacé  le  a8  septembre  1869  par  Frederick  F.  Low,  de 
cette  même  province. 


ORIGINE    DE    LA    MISSIO.N  a83 

pays  et  de  la  civilisation  »,  remettait  sa  démission  d'envoyé 
extraordinaire  et  de  ministre  plénipotentiaire  des  États-Unis 
en  Chine;  deux  jours  plus  tard,  autre  télégramme,  signé 
"  Anson  Burlingame  »,  court  et  topique  :  a  L'Empire  Chi- 
nois m'a  nommé  son  envoyé  vers  les  puissances  ayant  des 
traités.  Accepté.  Quitte  immédiatement  pour  San  Francisco.  » 
J'imagine  la  stupéfaction  du  Secrétaire  d'État,  l'iionorablc 
William  H.  Seward,  en  lisant  ces  déi>êches. 


ORIGIISE    DE    LA    MISSION^ 


D'ailleurs  une  lettre  datée  de  Chang-Hai,  du  i/|  décembre 
1867,  donnait  Texplicalion  de  ces  télégrammes  : 

a  Les  faits  qui  ont  rapport  à  la  nomination  sont  comme  il 
suit  :  —  J'étais  sur  le  point  de  partir  pour  les  ports  à  traité  de 
Chine,  pour  m'assurcr  des  changements  que  nos  citoyens  dési- 
raient être  faits  dans  les  traités,  dans  le  cas  où  une  révision  au- 
rait été  décidée,  après  quoi  mon  intention  était  de  donner  ma 
démission  et  de  rentrer.  La  connaissance  de  cette  intention  étant 
venue  aux  Chinois,  le  prince  de  Koung  donna  un  diner  d'adieu, 
au  cours  duquel  fut  exprimé  un  grand  regret  de  ma  résolution 
de  quitter  la  Chine,  et  me  fut  faite  une  urgente  requête  que  je 
veuille,  comme  Sir  Frederick  Bruce,  expliquer  les  didicultés  de  la 
Chine  et  informer  les  pays  à  traités  de  son  sincère  désir  d'être  ami- 
cale et  progressive.  Je  promis  gaiment  de  le  faire.  Pendant  la  con- 
versation Wcii  Siang,  un  homme  dirigeant  de  l'Empire,  me  dit  : 
«  Pourquoi  ne  voulez- vous  pas  nous  représenter  officiellement?  » 

I .  Consulter  sur  cette  mission  : 

—  Papers  relating  to  Foreign  Affairs..    Washington,    1869,  in-8. 

—  China,  n"  i  (1869).   Correspondence  respeciing  the  Relations 
hetwecn  Grcat  Britain  and  China.  Prehcnted...,  1869.  Lond.,  in  fol. 

—  Officiai  Papers  of  the  Chinesc  Légation.   Berlin,  Printed  for  S. 
(^alvary.  br.  in  8,  s.  d. 

—  The  Burlingame  Mission:   A  Political  Disclosuro...    Bj  Johanncs 
von  Gumpach  ..  London  and  New- York.  187a,  in-8. 

—  Bibliotheca  Sinicay  col.  ia58-ia59. 


aS4  MISSION    BURLINGAME 

Je  repoussai  cette  insinuation  en  badinant  et  la  conversation 
passa  à  d'autres  sujets.  Je  fus  informe  ensuite  que  les 
Chinois  étaient  très  sérieux,  et  une  demande  me  fut  faite  par 
M.  Brown,  secrétaire  chinois  de  la  Légation  britannique,  pour  que 
je  recule  mon  départ  dequelques  jours,  jusqu'à  ce  qu'une  propo- 
sition me  fût  soumise.  » 

La  genèse  de  la  mission,  confiée  intcr  pocnla  à  M.  Anson 
Burlingame,  telle  que  la  raconte  Tex-ministre  américain, 
paraît  quelque  peu  fantaisiste.  11  est  probable,  au  contraire, 
que  les  hauts  fonctionnaires  chinois,  conseillés  par  Robert 
llart,  peut-être  aussi  par  le  D**  W.  A.  P.  Martin  ^  Président 
du  T'oung  Wen  Koiian,  avaient  discuté  le  beau  projet  d'en- 
voyer un  représentant  en  Europe  assez  longtemps  auparavant, 
peut-être  même  depuis  le  départ  de  Sir  Frederick  Bruce. 
Dans  tous  les  cas,  la  lettre  suivante  adressée  par  le  D'  S.  \\ . 
Williams,  chargé  d'affaires  des  Etats-Unis  à  M.  Sevvard,  à 
la  date  du  23  décembre  1867,  semblerait  justifier  celle  ma- 
nière de  voir  : 

«  Les  arrangements  au  sujet  de  la  nomination  furent  tous  faits 
dans  les  dix  jours  avant  que  M.  Burlingame  quittât  Péking  le  35 
dernier,  et  après  qu'il  eut  fait  et  reçu  les  visites  d'adieu  avec  le 
Prince  de  Koung  comme  ministre  des  Etats-Unis,  se  préparant  à 
aller  dans  le  Sud  pour  l'hiver  :  mais  il  est  probable  que  le  Prince 
et  d'autres  hauts  fonctionnaires  avaient  longtemps  débattu  la  con- 
venance de  cette  démarche,  et  que  le  départ  de  M.  Burlingame 
les  avait  engagés  à  mettre  la  chose  au  }X)int  en  le  choisissant 
comme  leur  représentant.  Cela  marque,  d'une  manière  sensible, 
le  progrès  fait  par  ce  gouverneinent  en  comprenant  et  en  sou- 
tenant les  devoirs  réciproques  des  nations  avec  lesquelles  il  a  des 
obligations  de  traités.  C'est  également  une  preuve  de  haute  es- 
time pour  lui  personnellement,  qu'après  des  rapports  officiels 
pendant  près  de  six  ans,  les  olïiciers  dirigeant  du  Gouvernement 


I.  Il  débuta  en  i85o  à  Ning-Po  comme  agent  du  Bureau  des  Missions 
étrangères  de  l'Église  presbytérienne  des  États-Unis.  Voir  p.  199  son 
opinion  sur  l'avenir  de  la  dynastie  actuelle. 


LETTRE  DU  PRINCE  DE  K0UN6  385 

lui  confient  la  défense  de  leurs  plus  hauts  intérêts  auprès  des 
cours  étrangères,  tes  pouvoirs  étendus  qui  lui  sont  donnés  prou- 
vent l'importance  qu'ils  attachent  à  cette  ambassade.  9 

D'autre  part,  Wen-Sîang  a  dit  plus  tard  :  «  M.  Burlin- 
game  s'est  offert  et  on  a  tant  insisté  que  nous  avons  dû 
céder  ;  tout  a  été  décidé  en  huit  jours.  La  seule  instruction 
que  nous  ayons  donnée  à  notre  envoyé,  c'est  d'empêcher 
rOccident  de  nous  forcer  à  faire  des  télégraphes  et  des 
chemins  de  fer  dont  nous  ne  voulons  qu'autant  qu'ils  seront 
drts  à  notre  initiative.  » 


LETTRE    DU    PRINCE    DE    KOUNG 

Voici  la  lettre  du  prince  de  Koung  au  D*"  Williams  *,  chargé 
d'affaires  des  Etats-Unis  depuis  la  démission  de  son  ministre, 
annonçant  la  nomination  de  Burlingame  comme  envoyé 
chinois  : 

Le  Prince  Roung,  principal  secrétaire  d'État  pour  les  relations 
étrangères,  envoie  ici  *   une  communication  : 

Depuis  le  temps  où  les  traités  entre  les  pays  étrangers  et  la 
Chine  furent  ratifiés,  les  relations  amicales  entre  les  deux  par- 
ties se  sont  fortifiées  chaque  jour.  Chaque  sujet  qui  est  venu  en 
discussion  entre  les  représentants  de  ces  nations  vivant  actuelle- 
ment dans  la  capilale  et  moi  a  été  examiné  avec  tant  de  sincérité 
et   de  droiture,    qu'en  aucun  cas  il  n'a  pas  manqué  d'être  ar- 

1.  Au  Dr.  S.  Wells  Williams,  charge  d'afTaires  des  États-Unis.  Le 
célèbre  sinologue  et  millionnaire  Samuel  Wells  Williams,  né  à  Utica 
(New-York).  22  septembre  1813,  est  mort  à  Newhaven,  Connccticut,  le 
16  février  i884-  H  a  été  nommé  secrétaire  et  interprète  de  la  légation 
américaine,  37  juin  i855  ;  chargé  d'affaires  r/£^  intérim,  du  i*' novembre 
i855  au  19  janvier  i850;  du  a5  août  au  16  novembre  1867;  ^"  ^  dé- 
cembre i858  au  18  mai  1869  ;  du  i«>'au  a4  octobre  1861  ;  du  6  mai  i865 
au  19  septembre  186G  ;  du  31  novembre  1867  au  39  septembre  1868; 
du  5  juillet  18C9  au  30  avril  1870  ;  et  enBn  à  partir  du  34  juillet  1873. 


a86  MISSION    BURLINGAMB 

rangé  à  notre  mutuel  avantage.  Mais  tous  ces  pays  sont  séparés 
de  celui-ci  par  de  larges  océans,  et  aucun  ministre  n*a  été  en- 
voyé d'ici  dans  ces  contrées  et  ainsi  il  n'y  a  pa3  eu  d'intermé- 
diaire par  lequel  legouvernement  chinois  pouvait  personnellement 
faire  connaître  ses  vues  à  leurs  gouvernements  ou  expliquer  sa 
politique.  Mais  maintenant,  voyant  que  Son  Excellence,  Anson 
Hurlingame,  le  dernier  ministre  résidant  ici  de  votre  honorable 
contrée,  a  une  telle  connaissance  des  relations  intérieures  et 
►extérieures  de  ce  pays,  et  moi-même  j'ai  une  confiance  et  une 
connaissance  si  entière  de  lui,  qu'il  m'a  semblé  faisable  |)Our  ce 
gouvernement  maintenant  d'adopter  les  coutumes  de  ces  pavs 
qui  ont  envoyé  des  ministres  résidents  à  celui-ci,  et  il  me  sera, 
de  plus,  excessivement  agréable,  de  le  déléguer  comme  l'envové 
du  gouvernement  de  Sa  Majesté  impériale  h  toutes  les  puissances 
(|ui  ont  des  tmiiés  pour  s'occuper  et  arranger  n'importe  quelles 
affaires  qui  pourraient  surgir  entre  elles. 

J'ai  déjà  réglé  ce  sujet  dans  un  mémoire  au  trône,  et  hier  je 
fus  honoré  de  recevoir  le  rescrit  suivant  : 

«  L'envoyé  Anson  Rurlingamc  traite  les  affaires  d'une  façon 
amicale  et  pacifique,  et  est  pleinement  familier  avec  les  relations 
générales  entre  ce  pays  et  les  autres  contrées  ;  qu'il  soit  donc,  à 
cause  de  cela,  envoyé  maintenant  à  toutes  les  puissances  à  traités, 
comme  haut  ministre,  avec  le  pouvoir  de  s'occuper  de  chaque 
question  s'élevant  entre  la  Chine  et  ces  pays.  Ceci  de  l'empereur.  » 

Une  copie  de  ce  rescrit  a  été  |K)rtée  à  la  connaissance  deM.  Hur- 
lingame, et  cette  copie  a  été  aussi  faite  maintenant  |K)ur  être 
communiquée  à  Votre  Excellence  pour  votre  information  et  votre 
action. 

2  3  novembre,  18G7  (T'oung  Tché,  G**  année,  lo''  lune,  27*  jour)' . 

La  même  lettre  fut  envoyée  aux  autres  ministres  avec  de 
légères  variantes  : 


LE    PHI>CE    DE    KOING    AL    MI>'ISTRE    DE    FHANCE 

Depuis  la  conclusion  des  traités  existant,  la  Chine  a  vu  s'amé- 
liorer chaque  jour  ses  bons  rapports  avec  les  nations  occidentales 

I.   Officiai  Papers  of  tho  Chinese  Lef^ation.   Berlin,  S.  Calvary  et 
C**,  pièce  in -8. 


LE    PRINCE    DE    KOUNG    AU    MINISTRE    DE    FRANCE  287 

et  dans  toutes  les  affaires  qui  se  sont  présentées,  moi.  Prince, 
j*ai  pu  m'entendre  avec  les  représentants  des  puissances  étran- 
gères et,  grâce  aux  efforts  de  chacun,  elles  ont  pu  s'arranger  à 
la  satisfaction  générale. 

Les  pays  étrangers  étant  séparés  du  notre  par  de  vastes  océans, 
nous  n'y  avons  pas  jusqu'à  ce  jour  envoyé  d'agent  diplomatique 
pour  nous  représenter  et  nous  avons  été  sans  communication 
directe  avec  eux. 

L'ancien  représentant  des  États-Unis,  Burlingame,  connait 
bien  les  règles  qui  conduisent  les  États  européens  et  la  Chine  et 
la  franchise  et  la  conflaiice  ont  C4iractérisé  les  rapports  que  nous 
avons  eus  ensemble.  J'ai  pensé  qu'il  seraitdésirable  et  satisfaisant 
qu'il  représentât  la  Chine  auprès  des  Puissances  qui  ont  traité 
avec  nous  d'après  le  principe  de  la  représentation  réciproque. 

Séduit  par  cette  idée,  j'en  ai  fait  la  proposition  à  S.  M.  qui, 
le  26®  jour  de  la  présente  lune,  a  daigné  rendre  le  décret 
suivant  : 

a  L'envoyé  Pou  Ngan-tchenn  (BnrKngame),  qui  a  montré  son 
a  caractère  conciliant  dans  la  conduite  des  Affaires  et  qui  connaît 
a  les  grandes  règles  d'après  lesquelles  se  conduisent  les  rapports 
«  internationaux  de  la  Chine  et  des  pays  étrangers,  est  nommé 
«  notre  Knvoyé  spécial  auprès  des  Cours  ayant  des  Conventions 
«  avec  nous  pour  y  traiter  des  affaires  ayant  un  caractère  d'in- 
«  térét  commun  entre  les  Puissances  et  la  Chine.  » 

J'ai  fait  connaître  cette  nomination  à  M,  Burlingame  et  je 
m'empresse  de  vous  donner  communication  du  Décret  ci-dessus, 
vous  priant  d'agréer,  etc.,  etc. 

Le  26*  jour  de  la  lo*  lune  (21  novembre  1867). 

Le  premier  sentiment  des  étrangers  habitant  les  ports  de 
Chine  en  apprenant  la  nouvelle  de  la  nomination  de  Burlin- 
game fut  celui  de  la  plus  complète  surprise  qui  fît  place 
à  celui  de  l'incrédulité.  Il  fallut  néanmoins  se  rendre  à  l'évi- 
dence et  Ton  pensa  que  la  révision  prochaine  du  Traité  de 
Tien-Tsin  pouvait  expliquer  cette  étrange  nomination  qui 
transformait  un  diplomate  américain  en  un  mandarin  chinois 
aux  appointements  de  8000  livres  sterling  par  an. 


388  MISSION    BURLINGAME 


LETTRE    DE    CRÉANCE    DE    M.    BURLINGAME 

Sa  Majesté  TEmpereur  de  Chine  salue  Sa  Majesté  l'Empereur 
ou  la  roi.  etc.  En  vertu  de  la  mission  qu'il  a  reçue  du  Très 
Haut  avec  révérence. 

Comme  la  Chine  et  les  nations  étrangères  sont  les  membres 
d'une  même  famille,  nous  désirons  cordialement  établir  sur  une 
large  et  ferme  base  les  relations  d'amitié  et  de  bonne  intelligence 
qui  existent  entre  nous  et  les^  nations  en  paix  avec  la  Chine. 

.  Et  comme  marque  de  ce  sincère  désir,  nous  avons  fait  choix 
d'un  officier  de  mérite,  talent,  sagesse  —  Anson  Burlingame, 
en  dernier  lieu  représentant  des  Etats-Unis  dans  notre  capitale, 
qui  est  versé  dans  la  connaissance  des  relations  entre  la  Chine 
et  les  peuples  étrangers  et  en  qui  nous  avons  mis  notre  pleine 
conliance  tant  pour  la  négociation  des  afTaires  d'intérêt  commun 
entre  les  deux  Empires  que  pour  la  représentation  et  l'exposi- 
tion de  nos  idées. 

Nous  avons  aussi  commissionné  Tchi-Rang  et  SouenKia-Kou, 
officiers  pourvus  du  rang  honoraire  de  la  seconde  classe,  pour 
accompagner  Anson  Burlingame  à et  l'assister  dans  les  fonc- 
tions qu'il  remplira  comme  notre  haut  ministre  plénipotentiaire 
et  Envoyé  extraordinaire. 

Nous  avons  pleine  confiance  dans  la  loyauté,  le  zèle  et  le 
discernement  de  ces  trois  ministres  et  sommes  assuré  qu'ils 
s'acquitteront  de  leurs  devoirs  d'une  manière  satisfaisante,  aussi 
nous  vous  prions  d'ajouter  foi  et  pleine  créance  h  leurs  paroles, 
aiiii  que  par  là  nos  relations  d'amitié  de\iennent  permanentes 
et  que  les  deux  nations  jouissent  des  bienfaits  de  la  paix  et  de 
la  tranquillité,  résultat  "qui,  nous  en  sommes  certain,  sera 
extrêmement  heureux. 

Daté  du  6' jour  de  la  12*^  lune  de  la  G*"  année  de  notre  règne 
(3i  décembre  18G7). 

T'oUNG-TCIIÉ. 


PERSONNEL 

La  mission  fut  composée  de  Tllonorablc  Anson  Burlin- 
game (^P'oN  Ngnn-tch'êri)  désigné  par  décret  impérial  du 


DISCOUnS    DE    SAN    FRANCISCO  289 

31  novembre  18G7  (26®  jour,  10®  lune,  6®  année  T'oun^ 
Telle),  de  deux  commissaires  cliinois  :  Tchc  Rang,  Tao-taï 
en  expectative,  et  Souen  Kiao-kou,  Tao-taï  titulaire  ;  d'un 
premier  secrétaire  (secrétaire  de  la  main  gauche),  l'irlandais 
J.  Me  Leavy  Brovvn',  interprète  delà  légation  britannique, 
et  d'un  second  secrétiiire  (secrétaire  â&  la  main  droite),  le 
français,  Emile  de  Champs '',  fonctionnaire  des  douanes  chi- 
noises a  Kieou  Kiang  ;  enfm  de  six  étudiants  du  T'oung  W  en- 
Kouan  comme  attachés  et  de  cinq  autres  fonctionnaires  chi- 
nois. Burlingame  partit  de  Péking  le  25  novembre  1867. 
L'ambassade  s'embarqua  à  Chang-llaï  pour  San  Francisco  le 
25  février  1868. 


DISCOURS    DE    SAN    FRANCISCO 

Un  banquet  fut  offert,  en  mal  1868,  à  San  Francisco  à 
l'ambassade  chinoise,  et  le  gouverneur  de  Californie,  Ilaight, 
ayant  port45  le  toast  :  «  Notre  Hôte  —  le  fds  du  plus  jeune, 
et  le  représentant  du  plus  vieux  Gouvernement  »,  Anson  Bur- 
lingame profita  de  la  circonstance  pour  prononcer  le  pre- 
mier, le  plus  brillant,  mais  aussi  le  plus  déclamatoire  et  le 
plus  creux  des  discours  qu'il  improvisa  au  cours  de  ses  péré- 
grinations : 

«  Monsieur  le  Président,  Messieurs  :  En  me  levant  pour  ré- 
pondre au  toast  que  vous  m'avez  fait  l'honneur  de  proposer, 
Je  sens  un  |K)ids  de  responsabilité  comme  jamais  auparavant  ne 
m'a  incombé.  Je  me  trouve  pour  la  première  fois  entre  deux  ci- 

i.  Tcho  Po-ngan,  él^ve  inlerprèle  à  Péking.  26  juillet  18G1  ;  assis- 
tant, 9  avril  i8G3;  premier  interprète-adjoint  (Assistant  Chincse  Secre- 
lary).  8  février  i864  ;  il  a  depuis  quitté  le  service  diplomatique  (a8  mai 
187a)  pour  entrer  dans  les  douanes  chinoises;  son  ancienneté  dans  ce 
dernier  service  date  d'avril  1870.  11  est  aujourd'hui  directeur-général  des 
douanes  coréennes  et  conseiller  fînancier  du  gouvernement  coréen. 

2.    To-chan. 

CoRDiER.  I.  —  19 


i 


3()0  MISSION    BUnLmCAME 

vilisations  face  à  face,  par  leurs  représentants.  Appartenant  à 
Tune,  je  suis  appelé  à  répondre  pour  l'autre.  C'est  une  noble 
situation  et  mon  désir  sinc^re  est  d'être  capable  de  la  traiter  de 
telle  façon  que  les  grands  intérêts  qui  m'ont  été  confiés  ne  soient 
pas  laissés  au  hasard.  Je  dois  demander  votre  indulgence  et,  pour 
cela,  votre  généreuse  interprétation,  du  langage  que  je  dois  te- 
nir. Ce  n'est  pas  ici  le  temps  ni  le  lieu  d'entrer  dans  une  ex|X)- 
sitiondu  but  de  ma  mission.  Jusqu'à  ce  qu'elle  ait  été  reçue  à 
Washington,  il  me  semble  que  les  convenances  diplomatiques 
demandent  qu'elle  doive  se  limiter  seulement  à  l'échange  desofïi- 
cielles  politesses  quand  elle  en  trouve  sur  son  chemin.  Dans  ce 
sens,  alors,  je  réponds  au  sentiment  qui  m'a  été  exprimé.  Dans  ce 
sens  alors,  je  réponds  à  votre  éloquent  langage,  et  à  cette  bril- 
lante et  imposante  réception.  Je  dis  que  ce  n'est  ici  ni  le  temps  ni 
le  lieu  d'entrer  dans  aucun  exposé  de  l'objet  de  ma  mission,  non 
pas  parce  qu'il  y  a  peu  à  en  dire,  non  qu'il  y  ait  quelque  mystère  au- 
tour de  cette  mission.  Non  !  11  n'y  a  rien  dans  son  origine  que 
je  ne  serais  heureux  de  déclarer.  Il  n'y  a  pas  de  but  que  je 
serais  honteux  de  cacher.  Elle  vint  à  moi  sans  que  je  l'aie  sol- 
licitée; elle  fut  acceptée  dans  le  grand  intérêt  de  la  civilisation. 
Vous  l'avez  démontré  véritablement  quand  vous  avez  dit  que  je 
n'en  ferais  pas  usage  dans  un  sens  partial.  Si  je  me  connais  moi- 
même,  elle  sera  conduite  dans  les  intérêts  de  tous.  Cette  mission 
n'est  le  résultat  d'aucun  accident  ni  d'une  intention  s|x*ciale.  C'est 
le  résultat,  la  conséquence  logique  des  événements  qui  eurent 
lieu  à  Péking,  la  Capitale  de  la  Chine.  Ce  n'est  que  récem- 
ment que  l'Occident  est  en  relations  particulières  avec  cet  Em- 
pire. Les  affaires  marchaient  suivant  un  système  de  malentendus 
résultant  en  mutuel  désastre  jusqu'à  iSGo,  quand  les  représen- 
tants des  puissances  à  traités  se  rencontrèrent  avec  les  grands 
hommes  qui  gouvernent  les  affaires  de  l'Empire  chinoisT  Se  met- 
tant en  relations  personnelles  avec  eux,  ils  eurent  l'occasion  de 
moditier  leurs  vues  quant  à  la  capacité  et  aux  intentions  de  ces 
hommes.  Et  ils  furent  amenés  directement  à  considérer  la  ques- 
tion :  Comment  pourraient-ils  substituer  une  action  diploma- 
tique avantageuse  au  vieux  et  faux  système  des  affaires.  Ils  s'atte- 
lèrent résolument  eux-mêmes  à  la  discussion  de  la  (juestion,  et 
de  cette  discussion  résulta  l'adoption  de  ce  qui  est  appelé  la  «  po- 
litique coopérative  ».  Bref,  cette  |X)litique  est  ceci  :  Ln  engage- 
ment de  la  part  des  puissances  à  traités  d'agir  ensemble  pour 
toutes  les  questions  matérielles  ;  de  maintenir  ensemble  la  défense 


DISCOURS    DE    SAN    FRANCISCO  QQI 

des  droits  conférés  par  les  traités,  mais  déterminés  en  même 
temps  à  donner  à  ces  traités  une  interprétation  généreuse:  dé- 
terminés à  maintenir  le  système  étranger  des  Douanes,  et  de  le 
soutenir  comme  une  pure  administration  et  sur  une  base  cosmo- 
polite ;  un  €»ngagement  de  ne  pas  prendre  de  territoire  dans  les 
ports  à  traités  et  de  ne  jamais  menacer  l'intégrité  territoriale  de 
la  Chine.  Ces  engagements  sont  le  fondement  de  la  politique  co- 
opérative. » 

Apres  un  éloge  de  Sir  Frederick  Bruce,  «  ce  grand  homme  », 
avoir  déclaré  que  sa  mission  veut  dire  /Vo^vè^,  Burlingamc 
lance  cette  phrase  restée  célèbre,  dans  laquelle  il  fait  une 
étrange  salade  de  missionnaires  catholiques  et  prolestants  : 

«  Ricci,  Verbiest  *,  Morrison,  Milne,  Bridgman  ^.  Culbertson  ^ 
et  une  armée  d'autres  qui  ont  \écu  et  qui  sont  morts  dans  cette 
terre  lointaine,  espérant  que  le  jour  arriverait  bientôt,  quand  ce 
grand  peuple  étendrait  son  bras  vers  les  bannières  éclatantes  de 
la  Civilisation  Occidentale.  » 

11  termine  enfin  sa  harangue  : 

«  Cette  heure  a  sonné  :  voici  le  jour! 

«  Je  ne  poursuivrai  pas  —  mes  forpes  ne  me  le  permettraient 
pas  —  je  ne  poursuivrai  pas  ce  thème  séduisant  ;  mais  je  retour- 
nerai plutôt  au  premier  objet  qui  m'a  fait  lever;  qui  était  de 
vous  offrir  pour  moi  et  mes  compagnons,  nos  sincères  et  recon- 
naissants remerciements  pour  cet  accueil  cordial  et  magnifique. 
Cela  fait  honneur  à  la  Californie;  cela  me  rend  fier  pour  mon 
F^tal  d'adoption.  Non  parce  que  c'est  la  réception  de  quehjues 
individus.  Non  !  mais  parce  que  c'est  une  chaude  bienvenue  à 
une  grande  cause.  Je  vous  assure  que  dans  toutes  mes  pérégri- 
nations, parmi  les  plus  doux  souvenirs  qui  me  reviendront,  avec 

1.  Ferdinand  Vcrbiesl,  S.  J.,  voir  p.  67  ;  Ricci,  p.  5i  ;  Morrison, 
p.  27G  ;  Milne,  p.  1G9. 

a.  Elijah  Coleman  Bridgman,  né  le  33  avril  1801,  à  Relclierlown, 
Massaclinssolls  ;  mort  2  novembre  1861. 

3.  Michael  Simpson  Culbertson,  né  à  Cliambersburg,  Penn.,  18  jan- 
vier 1819;  Board  of  Foreign  Missions  of  llie  Presbylerian  (2hurch  ; 
arriva  à  Macao,  a  a  octobre  18  Vi  *>  mort  à  Chang  Haï,  a5  aoiU  i8Ga. 


QQQ  MISSION    BUHLINGAME 

les  rciTiinîscences  de  votre  ciel  si  beau,  de  vos  champs  dorés  et 
de  votre  hospitalité  sans  bornes,  les  plus  agréables  et  les  plus 
chers  seront  ceux  de  cette  nuit.  Quand  la  Californie,  parlant  par 
les  lèvres  de  son  éloquent  premier  magistrat  et  de  ces  autres  hom- 
mes éloquents  qui  ont  parlé  ici  ce  soir,  parlant  par  la  bouche  de  ces 
hommes  représentatifs  et  solides,  sans  distinction  de  parti,  a  ac- 
cordé une  courageuse  et  généreuse  réception  à  la  première  mis- 
sion envoyée  par  un  tiers  de  la  race  humaine  aux  autres  nations 
du  monde.  Et  maintenant  en  vous  remerciant  encore  une  fois 
pour  cet  accueil  généreux,  je  vous  dis  un  alTectueux  adieu*.  » 


WASHINGTON 

L'ambassade  chinoise  fut  reçue  oITiciellement  à  Washing- 
ton par  le  président  Johnson,  grâce  à  l'honorable  William 
H.  Scward;  le  président  du  Congrès,  Colfax,  accueillit  éga- 
lement la  mission  et  le  gouverneur  de  l'état  de  New- York, 
Fenton,  offrit  un  banquet,  le  mardi  23  juin  1868,  auquel 
tout  le  corps  diplomatique,  sauf  le  représentant  de  la  Tur- 
quie, Blacque-Bey,  refusa  d'assister.  Né<innioins,  un  traité  fut 
signé  ou  plutôt  huit  articles  furent  ajoutés,  à  Washington, 
le  28  juillet  1868,  au  traité  de  Tien-Tsin,  du  18  juin  i858. 
11  était  signé  au  nom  des  Etats-Unis  par  William  H.  Seward 
et  pour  la  Chine  par  Anson  Burlingame,  Tché-Kang  et  Souen 
Kia-kou. 

Nous  donnons  les  quatre  principaux  articles  de  cette  nou- 
velle convention,  dans  laquelle  les  Étals-Unis  prennent  des 
engagements  vis-à-vis  des  Chinois,  qu'il  lui  sera  d'ailleurs 
impossible  de  tenir,  témoin  le  traitement  des  Chinois  à  San 
Francisco  : 

TRAITÉ    ADDITIONNEL    (28    JUILLET     1868) 

Art.  III.   —  L'Empereur  de  Chine  aura  le   droit  de  nommer 
I.   Officiai  Papers,  pp.  8-7. 


TRAITÉ    ADDITIONNEL  QqS 

des  Consuls  dans  les  ports  des  États-Unis,  qui  jouiront  des  mê- 
mes privilèges  et  immunités  que  ceux  dont  jouissent  aux  États- 
Unis  les  Consuls  de  Grande-Bretagne  et  de  Russie  ou  chacun 
d'eux  par  loi  publique  et  traite. 

Art.  IV.  —  Le  29"  Article  du  Traite  du  18  juin  i858.  ayant 
stipulé  l'exemption  des  citoyens  chrétiens  des  États-Unis  et  des 
convertis  chinois  ^e  toute  persécution  en  Chine  à  cause  de  leur 
foi;  il  est  convenu  en  outre  que  les  citoyens  des  États-Unis  en 
Chine  de  toute  croyance  religieuse,  et  que  les  sujets  chinois  dans 
les  États-Unis,  jouiront  d'une  entière  liberté  de  conscience,  et 
seront  exempts  de  toute  incapacité  ou  persécution  en  raison  de 
leur  foi  ou  culte  dans  chaque  pays.  Les  cimetières  pour  la  sépul- 
ture des  morts,  quelle  que  soit  leur  naissance  ou  nationalité,  de- 
vront être  tenus  avec  respect  et  libres  de  tout  trouble  ou  profa- 
nation. 

Art.  V.  —  Les  États-Unis  d'Amérique  et  l'Empereur  de 
Chine,  reconnaissent  sincèrement  le  droit  essentiel  et  inaliénable 
de  l'homme  de  changer  son  foyer  et  son  vasselage,  ainsi  que 
l'avantage  mutuel  de  la  libre  migration  et  émigration  de  leurs 
citoyens  et  sujets  respectivement  d'un  pays  à  l'autre,  dans  un 
but  de  curiosité,  de  commerce,  ou  comme  résidents  permanents. 
C'est  poiirquoi  les  Hautes  Parties  Contractantes  sont  d'accord 
|)Our  réprouver  toute  autre  qu'une  émigration  entièrement  vo- 
lontaire dans  ces  buts.  En  conséquence,  elles  sont  d'accord  pour 
faire  des  lois,  déclarant  crime  pénal  pour  im  citoyen  des  États- 
Unis,  ou  un  sujet  Chinois,  d'amener  des  sujets  Chinois,  soit  aux 
Etats-Unis  ou  dans  quelque  autre  pays  étranger  ;  ou  pour  un 
sujet  Chinois  ou  un  citoyen  des  États-Unis  d'amener  des  ci- 
toyens des  États-Unis  en  (]hine,  ou  dans  quelque  autre  pays 
étranger,  sans  leur  libre  consentement  volontaire  respectivement. 

Art.  VI.  —  Les  citoyens  des  États-Unis  visitant  la  Chine  ou 
y  résidant,  devront  jouir  des  mêmes  privilèges,  immunités,  ou 
exemptions  à  l'égard  du  voyage  ou  delà  résidence  dont  jouissent 
les  citoyens  ou  sujets  de  la  nation  la  plus  favorisée.  Et,  récipro- 
quement, les  Chinois  visitant  les  États-Unis  ou  y  résidant,  joui- 
ront des  mômes  privilèges,  immunités,  et  exemptions  à  l'égard 
du  voyage  ou  de  la  résidence  comme  devront  en  jouir  les  citoyens 
ou  sujets  de  la  nation  la  plus  favorisée.  Mais  rien  de  ce  qui  est 
contenu  ici  ne  sera  considéré  comme  conférant  la  naturalisation 
des  citoyens  des  États-Unis  en  Chine,  ni  aux  sujets  Chinois  aux 
États-Unis. 


394  MISSION    BURLINGAME 

AuT.  VII.  —  Les  cilovciis  des  Étals-L  nis  jouiront  de  tous  les 
privilèges  des  élabiisscnienls  publics  d'éducation  sous  le  con- 
trôle du  Gouvernement  chinois;  et  réciproquement,  le§  sujets 
Chinois  jouiront  de  tous  les  privilèges  des  établissements  publics 
d'éducation  sous  le  contrôle  du  Gouvernement  des  Elats-L  nis, 
dont  jouissent  dans  ces  contrées  respectives  les  citoyens  ou  sujets 
de  la  nation  la  plus  favorisée.  Les  citoyens  des  Etats-Unis  pour- 
ront établir  et  entretenir  librement  des  écoles  dans  l'empire 
Chinois  dans  les  endroits  où  les  étrangers  sont  autorisés  par 
traité  h  résider;  et  réciproquement,  les  sujets  Chinois  jouiront 
des  mêmes  privilèges  et  immunités  dans  les  Etats-Unis. 

I/article  \I  de  ce  traité,  écrit  un  diplomate,  «  a  pour  but 
de  jeter  un  blâme  sur  la  politique  suivie  par  les  (louverne- 
mcnls  fran(;ais  et  anglais  dans  la  question  de  rEniigration  et 
la  rédaction  en  est  d'un  goiit  douteux.  Priniili\enient, 
M.  Burlingame  a\ait  reconnu  au\  Chinois  le  droit  de  devenir 
citoyens  américains  par  un  séjour  aux  Etats-Unis.  Le  (lou- 
verneuient  Chinois  a  vu  là  im  très  grand  danger  et  le  dernier 
paragraphe  de  l'article  VI  a  pour  but  d'y  obvier.  » 

Le  baron  von  (junipach  '  ajoute  les  commentaires  sui- 
vants :  «  Ce  traité  supplémentaire  fut  immédiatement  ratifié 
par  le  l^résident  des  Etats-Unis.  11  n'en  fut  pas  ainsi  par  le 
Couvernement  Chinois.  Dans  son  Message  au  Congrès,  du  9 
décembre  1868,  le  premier  M'^gistrat  de  la  République  Nord- 
Américaine  marque  :  «  Nous  ne  sommes  pas  avisés  de  Tac 
fion  du  Gouvernement  Chinois  sur  le  traite  libéral  et  de  bon 
augure  qui  a  été  récemment  célébré  [.s'/cl  dans  celte  capitale 
avec  ses  plénipotentiaires.  »  Ce  fut  seulement  par  la  mission 
spéciale  dcsMr.  Brovvn  à  Péking  et  une  grande  pression  exercée 
sur  le  Tsoung-li  Yamcn,  que  le  consentement  chinois  fut 
obtenu  finalement  et  rechange  des  ratifications  efTectué,  le 


1.  L.  c,  p.  337.  Joseph  von  Gumpach,  ancien  professeur  d'astronomie 
an  T'ounp  Wen  Kouan,  est  arrivé  à  Pcliing  en  18O6  ;  il  se  brouilla  avec 
Sir  Robert  Hart  et  mourut  à  Chang-llaï  le  3i  juillet  iS'Ô. 


LONDRES  396 

23  novembre  1869,  longtemps  après  que  le  terme  extrême, 
autorisé  d'habitude  pour  les  ratifications,  était  passé.  Tout 
autre  Gouvernement,  sauf  rAmcricain,  aurait  considéré  ce  ' 
délai  comme  offensant  ;  quoique,  en  réalité,  sa  raison  prin- 
cipale, sinon  la  seule,  était  que  nul  pouvoir  de  négocier  un 
traité  avait  été  accordé  à  la  mission  Rurlingame  ;  qu'une  telle 
chose,  contraire  aux  principes  d'Ktat  chinois,  n'était  jamais 
entrée  dans  les  pensées  du  Tsoimg-li  Yamen  ;  et  qu'il  se  sentait 
embarrassé  de  prendre  sur  soi  une  responsabilité  qu'il  était 
sur  que  le  (iouvernement  chinois  déclinerait.  De  quelje  ma- 
nière, ou  par  quel  expédient,  la  difficulté  a  été  surmontée, 
nous  r ignorons.    » 


LONDRES 


L'ambassade  Burlingame  sVmbarqua  à  New- York  le  9 
septembre  1868  pour  l'Europe;  descendue  h  Londres,  au 
(irosvenor  Ilotcl,  Burlingame  attendit  de  longues  semaines 
pour  être  recMi  par  le  Gouvernement.  Les  Conservateurs 
étaient  alors  au  pouvoir,  et  le  Ministre  des  Affaires  Etran- 
gères, lord  Staidey,  consentit  enfin  à  lui  accorder  une  au- 
dience et  à  le  présenter  à  la  Reine  au  château  de  Windsor. 
Quelques  jours  plus  tard  (/|  décembre),  M.  Gladstone  prenait 
le  pouvoir  et  lord  Clarendon  remplaçait  lord  Stanley. 

Clarendon,  endoctriné  par  Alcock,  alla  plus  loin  que  ne  le 
désirait  son  conseiller  qui  fut  le  premier  à  regretter  amère- 
ment une  ambassade  dont  il  avait  été,  au  début,  l'un 
des  plus  ardents  promoteurs.  La  réception  de  Burlingame 
en  Europe  eut  son  contre-coup  en  Chine,  où  le  Tsoung-li 
Yamen  redoubla  d'arrogance.  Jamais  pour  les  agents  euro- 
péens à  Péking,  la  situation  ne  fut  plus  pénible  que  pendant 
les  mois  qui  suivirent  l'arrivée  de  Burhngame  à  Londres. 
Même  le  pacifique  russe  Vlangaly  se  fâchait,  le  prussien 
von   Rehfucs   fulminait,   Alcock,    mélancolique,    constatait 


29^  MISSION    BURLINGAME 

qu'il  avait  pré[>aré  sa  propre  ruine  et  qu'une  revision  favora- 
ble du  traite  de  i858  devenait  une  chimère  en  présence  de 
Tatlitudc  des  hauts  dignitaires  chinois. 

Reçu  en  audience  le  26  décembre  1868  par  le  ministre 
des  Affaires  étrangères,  lord  Clarendon,  M.  Burlingame  était 
deux  jours  plus  tard  en  possession  de  la  lettre  suivante  qui 
exposait  les  vues  du  gouvernement  anglais  : 


LETTRE    DE    CLARENDON 

Foreign-OlTicc,  a 8  décembre  1868. 
Monsieur, 

J'ai  recueilli  de  la  conversation  que  j'ai  eu  l'honneur  d'avoir 
avec  vous  le  36  dernier,  que  le  but  du  Gouvernement  Chinois  en 
envoyant  une  Mission  Diplomatique  en  Europe  était  double  : 
l'un,  que  par  le  moyen  d'une  telle  Mission  les  Puissances  Euro- 
péennes soient  désabusées  d'une  impression  qu'on  siqiposc  à  Pé- 
king  qu'elles  entretiennent,  que  le  Gouvernement  Chinois  est 
entré  dans  une  politique  rétrograde  et  qu'il  projette  non  seule- 
ment le  refus  d'élargir  ses  relations  avec  les  nations  chrétiennes, 
mais  môme  la  restriction  dans  des  limites  plus  étroites  des  ra[)- 
ports,  que,  par  traité,  ces  nations  étaient  maintenant  en  droit 
d'avoir  avec  les  états  chinois  ;  l'aiitre,  de  repousser  toute  inten- 
tion de  la  part  des  Puissances  européennes  d'apporter  une  pression 
désobligeante  pour  encourager  ses  gouvernants  à  entrer  précipi- 
tamment dans  une  nouvelle  voie  de  politique  qui  affecterait  sé- 
rieusement son  indépendance. 

J'ai  compris,  par  vous,  que  le  Gouvernement  Chinois  était 
pleinement  sensible  à  l'opportunité,  ou  même  à  la  nécessité, 
pour  ses  propres  intérêts,  de  faciliter  et  d'encourager  des  rapports 
avec  les  nations  étrangères,  qu'il  serait  sensible  n\\\  avantages 
qui  résulteraient  d'une  plus  grande  assimilation  de  ses  cou- 
tumes et  usages  avec  ceux  des  autres  nations  et  de  l'adoption  des 
progrès  par  lesquels  l'industrie  d'Europe  a  été  tant  développée 
et  le  bonheur  de  son  peuple  tant  augmenté  :  mais  que  avec  tout 
ceci  il  pense  que  toute  tentative  brus(pie  pour  introduire  de  nou- 


N 


LETTBE    DE    CLARENDON  397 

veaux  systèmes  ou  de  nouvelles  idées  parmi  un  peuple  dont  la 
coruiaissauce  des  nations  étrangères  était  de  date  récente,  et  qui 
a  été  élevé  sous  un  système  traditionnel,  auquel  il  a  été  accou- 
tumé et  il  est  attaché,  non  seulement  produirait  une  confusion  et 
même  une  révolution  dans  le  pays,  mais  tendrait  à  retarder  le 
progrés  au  lieu  de  l'avancer,  nécessité  que  le  Gouvernement  Chi- 
nois admet  pleinement  et  serait  désireux  d'encourager,  quoiqu'il 
désirerait  qu'il  lui  soit  permis  d'agir  ainsi  par  degrés  et  sans  au- 
cune secousse  soudaine  et  violente  aux  sentiments,  passions,  et 
même  préjugés  de  son  peuple. 

Le  Gouvernement  de  Sa  Majesté,  je  vous  informai  en  réponse, 
admet  pleinement  que  le  Gouvernement  Chinois  a  droit  de  comp- 
ter sur  l'indulgence  des  nations  étrangères  ;  et  je  vous  assure, 
qu'en  ce  qui  concerne  son  pays,  il  n'y  a  eu  ni  désir  ni  intention 
d'opérer  une  pression  désobligeante  pour  encourager  son  Gou- 
vernement à  avancer  plus  rapidement  dans  ses  rapports  avec  les 
nations  étrangères  qu'il  n'était  conforme  à  sa  sûreté,  et  en  con- 
sidération duc  et  raisonnable  des  sentiments  de  ses  sujets. 

Mais,  le  Gouvernement  de  Sa  Majesté,  disais-je,  attend  de- la 
Chine  la  loyale  observation  des  stipulations  des  Traités  existants, 
et  se  réserve  à  lui-même  le  droit  d'employer  d'amicales  repré- 
sentations pour  persuader  le  Gouvernement  chinois  d'avancer 
dans  la  carrière  ouverte  par  ces  Traités,  et  de  procurer  de  plus 
grandes  facilités  et  encouragement  et  protection  aux  sujets  des 
Puissances  Etrangères  cherchant  à  étendre  leurs  rapports  com- 
merciaux avec  le  peuple  Cliinois. 

Le  Gouvernement  de  Sa  Majesté  sent  qu'il  peut  faire  appel 
hoimêtement  au  Gouvernement  Chinois,  quoique  toujours  dans 
des  termes  d'amitié,  pour  agir  dans  cet  esprit  vis-à-vis  de  lui  et  les 
autres  nations  étrangères  ;  et  il  agirait  ainsi  avec  d'autant  plus 
de  coiiliance  qu'il  serait  excusé  de  croire  que  les  intérêts  de  la 
Chine  avanceraient  dans  une  plus  grande  mesure  que  ceux  des 
nations  étrangères,  en  profitant  régulièrement  des  occasions  qui 
sont  à  sa  portée  en  appliquant  à  son  Empire  l'habileté  et  l'expé- 
rience des  nations  d'Europe. 

Mais  le  Gouvernement  de  Sa  Majesté  est,  en  outre,  en  droit 
d'attendre  de  la  Chine,  comme  une  condition  indispensable  de  son 
bon  vouloir,  la  pleine  et  entière  protection  des  sujets  Britanni- 
ques se  rendant  dans  ses  possessions.  11  se  rend  compte  que  les 
Gouverneurs  Provinciaux  ont  trop  souvent  l'habitude  de  mépri- 
ser les  droits  des   étrangers,  confiants  dans  l'impunité  en  ce  qui 


à 


398  MISSION    BURLINGAME 

concerne  le  Gouvernement  Central  de  Péking  et  la  répugnance 
de  Pouvoirs  Étrangers  d'aHirincr  les  droits  de  leurs  sujets  par  une 
pression  locale. 

Le  Gouvernement  de  Sa  Majesté  sent  qu'il  agit  dans  rintérèt 
de  l'Empire  Chinois,  quand  il  annonce  sa  préférence  pour  un 
appel  au  Gouvernement  Central  plutôt  qu'aux  autorités  locales 
pour  le  redressement  de  torts  faits  aux  sujets  Britanniques.  C'est 
avec  le  Gouvernement  Central  et  non  avec  les  autorités  Provin- 
ciales que  les  Puissances  Etrangères  ont  conclu  des  Traités  et 
c'est  dans  l'intérêt  du  Gouvernement  Central  que  les  Puissances 
Étrangères  reconnaissent  son  autorité  suprême  sur  les  Gouver- 
neurs Provinciaux  et  que  le  Gouvernement  Central  doit  assumer, 
et  dans  toutes  les  occasions  où  il  serait  appelé  à  redresser  des 
torts  locaux,  être  prêt  à  exercer  cette  autorité. 

Ces  observations  vous  permettront,  j'en  ai  la  confiance,  de 
rassurer  le  Gotivernement  de  Péking  quant  aux  sentiments  ami- 
caux entretenus  h  son  égard  par  le  (Gouvernement  Britannique. 
Il  reste  au  Gouvernement  Central  de  régler  ses  rapports  avec  la 
Grande-Bretagne  et  les  sujets  de  la  Reine  de  façon  à  éviter  toute 
cause  de  différends,  et  de  conserver  intacte  l'amitié  de  ce  pavs. 

J'ai  seulement  à  ajouter  que  tous  les  Agents  de  Sa  Majesté  en 
Chine  ont  reçu  l'ordre  d'agir  dans  cet  esprit  et  avec  les  vues  que 
je  vous  ai  expliquées:  et  généralement  de  prévenir  les  sujets  Bri- 
taimiques  de  respecter  fidèlement  non  seulement  les  lois  de  l'Em- 
pire, mais  autant  que  possible,  les  usages  et  les  sentiments  du 
peuple  Chinois  *.  » 

La  réponse  de  M.  Burlinganie  à  cette  dépêche  marque  les 
résultats  plutôt  négatifs  de  son  séjour  à  Londres. 


LETTRE    DE    «LHLINGAME 

Légation  Chinoise,  Londres,  i'"'" janvier  1869. 

M  Y  LORD, 

J'ai  l'honneur  d'accuser  réception  de  la  Dépêche  de  Votre  Sei- 
gneurie du  38  décembre,   et  en  réponse,  de  vous  informer  que 

1.   China,  n'»  i  (1869).   (^orrespondence  respectîng  the   Relations 
belween  Great  Hritain  and  China,  Prcscnlcd...,   181)9.  Lond.,  in-fol. 


% 


LETTRE    DE    BURLINGAME  SQQ 

je  suis  d'accord   avec  vous  quant  à  rexacliludc  générale  de  vos 
déductions  de  noire  conversation  à  celte  date. 

1**  Que  c'était  le  but  de  la  Mission  de  désabuser  les  Puissances 
Étrangères  d'une  impression  (m'elles  étaient  censées  cntrelenir, que 
le  Gouvernement  Chinois  était  entré  dans  une  politique  rétrograde; 
et  a"  de  décourager  une  tentative  précipitée  et  inamicale  «  un- 
friendly  »  de  leur  part  d'entrer  dans  une  poliliqucqui  pourrait  ren- 
dre lout  progrès  inq)ossible  par  son  ton  menaçant  et  une  «  secousse 
violente  aux  sentiments,  et  même  aux  préjugés  du  peuple  ». 

J'ai  aussi  Tlionneur  de  vous  exprimer  ma  satisfaclion  de  la  ré- 
ponse de  Voire  Seigneurie  de  la  part  du  Gouvernement  de  Sa  Ma- 
jesté ;  premièrement,  qu'une  pression  peu  inamicale  «  unfriendly  » 
ne  sera  pas  exercée  contre  l'indépendance  et  la  sûreté  de  la  Chine  : 
et  secondement,  que  le  (louvernement  de  Sa  Majesté  désire  de 
traiter  directement  avec  le  GouvernementCentral  plutô.t  qu'avec  les 
autorités  locales,  et  que  les  Agents  de  Sa  Majesté  en  Chine  ont 
reçu  des  instructions  «  pour  agir  dans  l'esprit  de  ces  vues,  et 
d'avertir  les  sujets  britanniques  de  respecter  lidèlement,  non  seu- 
lement les  lois  de  rEm|)ire.  mais  autant  que  possible,  les  usages 
et  les  sentiments  du  peuple  Chinois  ». 

Je  suis  d'accord  aussi  avec  votre  Seigneurie  quant  à  l'impor- 
tance de  la  stricte  observation  des  stipulations  du  Traité  existant. 
D'accord,  alors,  comme  nous  le  sommes,  pour  ces  princijws  d'ac- 
tion, il  est  également  satisfais^mt  de  savoir  que  nous  ne  dilTérons 
pas  quant  à  la  manière  de  leur  application,  particulièrement 
quant  à  l'emploi  delà  force  ;  c'est-k-nclire,  qu'elle  devrait  être  em- 
ployée pour  |)rotégcr  la  vie  elles  propriétés  immédiatement  expo- 
sées. Celles-ci  étant  saines,  la  question  devient  Diplomatique, 
pour  en  être  référé  en  premier  à  Péking,  et  avant  que  guerre 
s'ensuive,  au  Gouvernement  intéressé. 

La  manière  explicite  avec  laquelle  V  otre  Seigneurie  s'exprime 
elle-même  sur  ce  point,  non  seulement  dans  la  conversation  du 
36,  mais  dans  celle  d'aujourd'hui,  donnera  une  grande  satisfac- 
tion au  Gouvernement  Chinois.  Cette  politique,  ainsi  conduite, 
rendra  les  guerres  avec  la  Chine  impossibles  ou  elles  n'arriveront 
pas  sans  cause  sulTisantc  et  seulement  après  mure  délibération. 

Je  ne  reviens  pas  dans  cette  dépêche  à  d'autres  sujets  de  notre 
conversation,  mais  je  me  borne  à  l'exposé  des  points  sur  lesquels 
nous  sommes  d'accord  •.  » 

i.   China,  n«  i  (1869). 


300  MISSION    BURLINGAME 


PARIS 


De  Londres,  M.  Biirlingame  se  rendit  à  Paris,  précédé 
par  la  lettre  que  lui  avait  écrite  lord  Clarendon,  remise  con- 
fidentiellement par  lord  Lyons  au  marquis  de  Lavalette.  Le 
Grand  Hôtel  résonne  encore  des  échos  joyeux  de  l'ambassade, 
qu'attristèrent,  au  lendemain  du  Grand  Carnaval  de  1867,  les 
sombres  préoccupations  de  Tavenir  et  qu'assourdit  le  glas 
funèbre  de  l'attentat  de  Yang-tchéou. 


LE  MINISTRE  DES  AFFAIRES  ETRANGERES    A   M.    ANSON    BURLINGAME 


3  1  janvier  1869. 


Mon  SI  EU  II, 


J'ai  reçu  Iraduction  des  lettres  de  créance  chinoises  qui  vous 
accréditent,  ainsi  que  Tché-Kang  et  Souen  Kia-kou.  fonction- 
naires de  second  rang,  en  qualité  d'envoyés  extraordinaires  et 
plénipotentiaires  de  TEmpereur  de  Chine  à  Paris.  Je  vous 
remercie  de  cet  envoi,  et  je  serai  heureux  qu'à  l'avenir  pour 
accélérer  l'expédition  des  affaires,  vous  voulussiez  bien  suivant 
l'usage  joindre  à  vos  communications  une  traduction  française 
puisque  vous  avez  auprès  de  vous  un  secrétaire  français. 

Sa  Majesté  Impériale  est  instruite  de  votre  arrivée  à  Paris  et 
vous  recevra  dès  que  j'aurai  eu  l'honneur  de  vous  voir.  Je  vous 
recevrai  moi-même  demain  avec  vos  collègues  à  l'Hôtel  des 
Affaires  étrangères  à  3  heures.  En  votre  qualité  d'ancien  agent 
diplomatique,  vous  savez  aussi  bien  que  personne.  Monsieur, 
que  la  forme  de  réception  d'agents  politicpies  se  règle  suivant  la 
réciprocité.  C'est  à  raison  de  la  minorité  du  Souverain  du  Céleste 
Empire  que  le  Cabinet  français  n'a  point  insisté  pour  que  les 
lettres  du  Souverain  de  la  France,  fussent  remises  aux  propres 
mains  de  l'Empereur  de  la  Chine,  et  que  Sa  Majesté  Napoléon  Hl 
recevra  directement  aujourd'hui  vos  lettres  de  créance,  bien 
qiic  la   même   étiquette  n'ait  pas   été  suivie  jusqu'ici  pour  les 


LE   MINISTRE  DES  AFFAIRES   ÉTRANGÈRES  A   M.  ANSON  BURLINGAME    3o  I 

Envoyés  français  à  Péking.  Je  vous  prie  de  vouloir  bien  Irans- 
mellre  celte  observation  préjudicielle  à  voire  Gouvernement. 
Son  Excellence  M.  le  Grand  Maître  des  Cérémonies  de  France 
sera  cbargé  de  vous  faire  connaître  le  jour,  l'heure,  et  la  forme 
de  l'audience  Impériale,  et  si  vous  êtes  dans  l'intention  d'adresser 
à  l'Empereur  une  allocution  en  remettant  vos  lettres,  je  vous  serai 
obligé  de  m'en  donner  suivant  l'usage  communication  à  l'avance. 

Il  est  certain  que  M.  Burlingame  ne  fut  reçu  en  audience 
solennelle  par  les  Souverains  d'Europe  qu'en  cachant  les 
conditions  dans  lesquelles  il  avait  été  nommé  ;  on  ne  les 
connut  que  lorsque  les  ministres  accrédites  à  Péking  récla- 
mèrent à  leur  tour  l'honneur  d'être  reçu  par  le  Fils  du  Ciel. 
Le  Prince  de  Koung  écrivait  (19  septembre  1869)  au  Comte 
de  Rochcchouart  : 

Avant  le  départ  de  M.  Burlingame,  nous  demandâmes  res- 
pectueusement (à  l'Empereur)  des  instructions  que  nous  reçû- 
mes (ainsi  conçues)  ; 

a  Lors  de  l'arrivée  de  M.  Burlingame  dans  un  pays,  les 
lettres  de  créance  dont  il  est  porteur  devront  être  confiées  à 
l'intermédiaire  des  Ministres  compétents  sans  qu'il  soit  besoin 
de  se  mettre  en  instance  pour  les  remettre  en  mains  propres. 

«  Si  un  pays  (un  souverain)  considérant  M.  Burlingame 
comme  occidental  désire  le  traiter  conformément  aux  coutumes 
d'Occident  avec  de  plus  grands  égards,  M.  Burlingame  devra 
déclarer  préalablement,  afin  qu'il  ne  soit  pas  supposé  dans  la 
suite  que  la  Chine  ne  sait  pas  reconnaître  de  tels  procédés,  que 
le  cérémonial  chinois  n'est  pas  le  même  que  celui  d'Occident.  » 

Après  Paris,  Stockholm  (7  octobre  1869),  puis  Copenha- 
gue (3o  octobre  1869),  et  les  Pays-Bas  que  Burlingame 
quitta  le  18  novembre  1869  ^près  un  séjour  de  trois  semai- 
nes, enfin  Berhn  janvier  1870)  reçurent  la  visite  de  la  mis- 
sion. Le  ministre  des  Affaires  étrangères  de  Hollande  avait 
espéré,  que  l'ambassade  chinoise  lui  servirait  de  prétexte 
pour  obtenir  des  États-Généraux  des  fonds  pour  établir  une 
légation  en  Chine  ;  il  essuya  un  refus.  La  dernière  étape  fut 


3o3  MISSION    nURLINGAME 

Saiiil-Pélersbourg.  Anson  Burlingame  y  mourut  le  1 1  février 
1870. 

«  Le  3  de  la  première  lune  de  celle  année,  écrivireiU  Tché  et 
Souen  au  Prince  de  Koung,  nous  arrivions  en  Russie.  M.  Bur- 
lingame se  sentant  atteint  d'une  maladie  de  poitrine  (it  appeler 
un  médecin.  Son  mal  empira  et  dans  la  matinée  du  a 4  du 
même  mois,  M.  Burlingame  succomba.  » 

La  nouvelle  de  la  mort  imprévue  de  Burlingame  ne  pro- 
duisit aucune  sensation  et  le  Tsoung-li  Yamen  «  a  manifesté 
la  plus  complète,  je  dirai  même  la  plus  inconvenante  » 
indifférence,  écrit  un  diplomate,  cependant  peu  favorable  à 
Fambassadeur.  A  un  interprète  qui  lui  demandait  la  cause 
de  la  mort  de  Burlingame,  un  membre  du  ïsoung-li  Yamen 
répondit  :  «  Je  ne  sais  pas,  il  mangeait  Ijeancoa/).  »  11  est 
vrai  qu'on  donna  10  000  taëls  à  la  famille  du  diplomate 
défunt.  La  Chine  payait  en  argent,  non  en  regrets. 

Malgré  les  intrigues  de  TAngleterre,  Tche-Kang  prit  la 
direction  de  la  mission,  M.  Me  Leavy  Brown  restant  premier 
secrétaire. 


LA    FIN 


La  mission,  décapitée  de  son  chef,  repassa  par  Rome,  et 
elle  était  de  retour  h  Péking  à  la  lin  de  novembre  1870. 

La  mort  prématurée  d|i  son  chef  évitait  à  celui-ci  le  san- 
glant démenti  que  de  terribles  événements  allaient  donner  à 
toutes  les  promesses  déclamatoires  d'un  rhéteur  ambulant, 
sans  tact,  sans  préparation,  engageant  des  affaires  qu'il  n'était 
pas  autorisé  à  traiter,  compromettant  ses  patrons  qui  s'aper- 
çurent trop  tard  de  la  faute  commise  en  acceptant  ou  de- 
mandant les  services  de  ce  hanneton  de  la  di[)lomatie  :  le  mas- 
sacre de  Tien-Tsin  (juin  1870)  était  la  lugubre  réponse  au\ 


NOUVELLE    MISSION    CHINOISE  3o3 

discours  de  San  Francisco  et  aux  fctes  du  Grand  Hôtel.  La 
voix  du  politicien  était  submergée  par  le  sang  des  victimes. 

Celte  bruyante  et  encombrante  mission  n'a  laissé  qu'un 
souvenir  semblable  à  celui  qui  reste  de  certaines  ambassades 
burlesques,  envoyées  aux  siècles  passés  par  quelques  polen- 
lats"  d'Extrême  Asie  aux  souverains  d'Occident. 

En  novembre  1870,  le  célèbre  homme  d'Etat  américain, 
William  H.  Seward,  qui  avait  signé  le  traité  Burlingame  à 
Washington,  ne  fut  reçu  ni  par  le  prince  Koung,  ni  même 
par  Wen-Siang  ! 

NOUVELLE    MISSION    CHINOISE 

L'ambassade  Burlingame,  entreprise  sans  l'avis  préalable 
de  toutes  les  légations  de  Péking,  avait  placé  M.  Robert  Hart 
dans  une  position  difficile  dont  l'Inspecteur  général  des 
Douanes  s'efTorça  de  sortir.  Voici  quel  est  le  projet  dont  il 
entretint  le  chargé  d'Affaires  de  France,  en  août  1869  : 

a  Le  projet  consiste  à  envoyer  un  ou  plusieurs  Chinois  revêtus 
d*un  caractère  ofFicicl,  probablement  avec  le  titre  de  Consul 
GénéraK  afin  de  bien  écarter  rélémcnt  politique  de  la  question. 
Ces  Chinois  conduits  par  M.  Porter,  Commissaire  des  Douanes, 
et  accompagnes  par  une  suite  de  jeunes  gens  destinés  à  s'ins- 
truire, visiteront  les  divers  pays  d'Europe  et  s'occupant  avec  soin 
d'étudier  le  détail  de  nos  Administrations  et  de  nos  usines  ;  ils 
resleroiit  plusieurs  mois  à  étudier  chacune  des  branches  de  nos 
connaissances  sous  la  direction  d'agents  qu'ils  comptent  demander 
aux  divers  Gouvernements.  La  mission  est  également  chargée 
d'apporter.  d'ex|)oser  les  échantillons  des  différents  produits  de 
la  Chine  et  en  même  temps  d'expli(juer  les  méthodes  employées 
par  l'industrie  chinoise. 

«  Le  chef  chinois  désigné  est  un  nommé  Yang,  bien  connu 
des  h»galions  par  son  intelligence  et  sa  sympathie  pour  l'Europe, 
et  il  a  derrière  lui  la  Cour  et  les  Ini|x»ratrices  qui  fournissent 
les  fonds  de  l'expédition  ;  4  millions  de  francs,  mais  désirent, 
pour  le  moment  du  moins,  ne  pas  paraître  officiellement. 


3o/t  MISSION    BURLIXGAME 

a  Je  suis  forcé  d'avouer,  si  ces  projets  se  réalisent,  que  la  Chine 
aura  fait  un  véritable  pas,  aussi,  suis-je|  disposé  ainsi  que  nries 
collègues  à  souhaiter  la  réussite  de  cette  négociation. 

a  On  dit  tout  bas  que  Yang  serait  porteur  d'une  lettre  de 
VVcn-Siang  pour  les  différents  Ministres  des  Affaires  Ktrangeres 
indiquant  la  limite  des  pouvoirs  de  M.  Burlingame,  démentant 
certaines  promesses  de  ce  diplomate  et  désignant  ceux  de  ses 
actes  qui  seront  approuvés  par  le  Gouvernement  chinois.  » 

La  rédaction  par  M.  Hart  d'un  mémoire*  sur  les  affaires 
de  Chine  (Péking,  3o  juin  1869)  semblerait  prouver  qu'il 
avait  le  désir  de  montrer  que  TEmpirc  du  Milieu  était  vrai- 
ment entré  dans  la  voie  du  progrès.  Peine  perdue  !  Les  faits 
étaient  là,  démentant  son  plaidoyer. 

I.  Noie  on  Chinese  Matlers,  publiée  avec  des  annotations  par  J.  Ross 
Browne.  —  Voir  Giimpach.  Burlingame  Mission,  p.  871. 


CHAPITRE  XXI 
REVISION  DU  TRAITÉ  DE  TIEN-TSIN  • 

L'article  XXVII  du  traité  anglais  de  Tien-Tsin  était  ainsi 
conçu  :  «  Il  est  convenu  que  Fune  ou  Tautie  des  Hautes 
Parties  Contractantes  peut  demander  une  nouvelle  revision  du 
Tarif  et  des  Articles  Commerciaux  de  ce  Traité  au  bout  de 
dix  ans  ;  mais  si  aucune  demande  n'est  laite  d'une  part  ou  de 
l'autre  dans  les  six  mois  après  la  (in  des  dix  premières  années, 
alors  le  tarif  restera  en  force  pendant  dix  années  de  plus, 
comptées  de  la  fin  des  dix  années  précédentes  ;  et  il  en  sera 
ainsi,  k  la  fm  de  chaque  période  de  dix  années.   » 

Sir  Rulherford  Alcock,  voulant  s'entourer  de  toutes  les 
garanties  possibles,  demanda  aux  résidents  anglais,  voire 
étrangers,  des  ports  ouverts  au  commerce,  quelles  observa- 
tions pouvait  leur  suggérer  le  traité  de  Tien-Tsin  et  quelles 
améliorations  il  leur  semblait  désirable  d'obtenir.  Des  ré- 
jwnses,  quelques-unes  remarquables  par  leur  teneur,  vinrent 
des  Chambres  de  commerce  ou  des  missionnaires  de  Chang- 

I.  Memorials  addrcssed  by  Chambers  of  Commerce  in  China  to 
the  British  Minister  al  Peking,  on  ihe  s  abject  of  the  Révision  of 
the  Trealy  of  Tien  Isin.  —   Présent,   to  the  House  of  Commons... 
feb   a4.  1868,  in-fol. 

—  China,  n^  8  (1869).  Correspondence  with  Sir  Rutherford 
Alcock  respecting  Missionaries  at  Hankosv,  and  State  of  Affaira  at 
various  Ports  in  China.  Presented...,  1869.  Loiid.,  in-fol. 

—  China,  11»  la  (1869).  Correspondence  with  the  Chamber  of 
Commerce  at  Shanghae  respecting  the  Revision  of  the  Treaty  of 
Tien-tsin.  Pres'ented...,  1869.  Lond.  ;  in-fol. 

CoRDiF.R.  I.  —  ao 


3o6  REVISION    DU    TRAITÉ    DE    TIEX-TSIX 

Ilaï,  Fou-tchéou,  Amoy,  Hong-Kong,  Ticn-Tsin,  Swatow, 
Ning-Po.  Le  principal  point  signale  à  Tallenlion  du  ministre 
par  la  Chambre  de  Commerce  de  Chang-Haï  est  Tesprit 
rétrograde  avec  lequel  le  traité  de  Tien-Tsin  est  interprété  par 
le  gouvernement  chinois  depuis  la  suppression  de  la  révolte 
des  T'aï  P'ing  et  en  particulier  son  article  XII  relatif  a  la 
résidence  dans  Tintérieur  du  pays  ;  mais  en  résumé  toute 
revision  du  traité  devait  tendre  moins  à  l'acquisition  de  nou- 
veaux privilèges  qu'à  une  confirmation  et  à  une  extension  de 
ceux  déjà  accordés.  La  Chambre  de  commerce  de  Fou-tchéou 
considère  la  levée  illégale  ou  arbitraire  de  la  taxe  likin 
comme  une  infraction  systématique  à  Fart.  XXVIII  du  traité 
et  comme  le  principal  grief  qu'elle  soumet  à  Texamen  du  mi- 
nistre. Hong  Kong  réclame  Touverture  effective  du  port  de 
Kioung-tchéou,  dans  Tîle  de  HaY-Nan.  Tien-Tsin  déclare  que 
rétablissement  de  chemins  de  fer  et  de  télégraphes  est  une 
des  mesures  les  plus  imporlantes,  sinon  la  plus  importante  de 
celles  qu'on  espère  être  à  la  veille  de  voir  prendre. 

Le  28  octobre  1869,  Sir  I\.  Alcock  adressait  au  comte  de 
(^larendon  *  la  nouvelle  convention  signée  après  de  longues 
et  difficiles  négociations  dans  lesquelles  il  avait  été  particuliè- 
rement aidé  par  les  secrétaires  de  sa  légation,  Frater  et 
Adkins.  Au  texte  du  traité  était  joint  un  commentaire  expli- 
catif de  M.  Robert  Hart. 


CONVENTION  ALCOCK,  23  OCTOBRE  1869*. 

Sa  Majesté  la  Reine  du  Royaume  Uni  de  Grande-Bretagne  et 
Irlande,  et  Sa  Majesté  l'Empereur  de  Chine,  désirant  assurer  la 

I.  China t  n«  1  (1870).  Despatch  from  Sir  Rutherford  Alcock  res- 
peeling  a  Supplementary  Convention  ta  the  Treaty  of  Tientsin, 
signed  by  him  on  October  aS,  1869.  Présentée.,.,  1870.  Lond.,  in-fol. 

3.  Convention  supplémentaire  au  Traité  de  Commerce  et  de  Na- 
vigation du  26  juin  i858,  entre  la  Grande-Bretagne  et  la  Chine. 
Voir  IJansard's  DebateSy  vol.  202,  p.  1G24. 


CONVENTION    ALCOCK  807 

meilleure  exécution  du  Traité  de  Commerce  conclu  entre  eux 
le  36  juin  i858,  ont  résolu,  suivant  la  clause  de  Part.  XXVIII  à 
FelTet  «  que  Tune  ou  l'autre  des  Hautes  Parties  Contractantes 
peut  demander  une  nouvelle  revision  du  Tarif  et  des  Articles 
Commerciaux  de  ce  Traité  au  bout  de  dix  ans  »  de  négocier  uii 
arrangement  complémentaire,  et  dans  ce  but  ils  ont  nommé 
comme  leurs  Plénipotentiaires,  c'est-à-dire  : 

Sa  Majesté  la  Reine  du  Royaume  Uni  de  Grande-Bretagne  et 
dTrlande,  Sir  Rutherford  Alcock,  Chevalier  Commandeur  du 
Très-Honorable  Ordre  du  Bain,  Envové  Extraordinaire  et  Mi- 
nistre  Plénipotentiaire  de  Sa  Majesté  auprès  de  Sa  Majesté  l'Em- 
pereur de  Chine. 

Et  Sa  Majesté  l'f^mpereur  de  Chine,  Son  Altesse  Impériale 
(Ho-chouo)  le  Prince  de  Koung  ;  Wen-Siang,  Président  du  Mi- 
nistère de  l'Intérieur  ;  Pao  Tclioun,  Président  du  Ministère  des 
Finances  ;  Toung  Siun,  Président  du  Ministère  des  Finances  ; 
Tan  Ting-siang,  Président  du  Ministère  des  Châtiments  ;  et 
Tchoung  Liun,  Président  de  l'OHice  colonial  ; 

Qui,  après  avoir  communiqué  les  uns  aux  autres  leurs  pleins 
pouvoirs  respectifs,  trouvés  en  bonne  et  du  forme,  se  sont  mise 
d'accord  sur  les  articles  suivants  : 

Article  I 

La  Chine  ayant  consenti  que  les  sujets  britanniques  partici- 
pent à  tous  les  avantages  accordés  par  Traité  aux  sujets  d'autres 
Puissances,  il  est  en  outre  convenu  que  les  sujets  britanniques 
désireux  de  participer  aux  avantages  accordés  par  le  Traité  aux 
sujets  des  autres  Puissances,  participeront  aux  mêmes  avantages 
dans  des  conditions  semblables  à  celles  qui  ont  été  accordées  aux 
sujets  des  mêmes  autres  Puissances  qui  y  participent. 

Article  11 

La  Chine  ayant  consenti  à  ce  que  l'Angleterre  nomme  des 
Consuls  pour  résider  dans  chaque  port  ouvert  au  commerce,  il 
est  en  outre  convenu  que  la  Chine  pourra  nommer  des  Consuls 
pour  résider  dans  tous  les  ports  des  possessions  britanfiiques. 

Les  Consuls  ainsi  nommés  auront  droit  respectivement  au 
traitement  accordé  à  la  nation  la  plus  favorisée. 


3o8  REVISION    DU    TRAITÉ    DE    TIKX-TSIN 

Article  III 

Il  esl  convenu  que  les  marchandises  des  classes  et  dénomi- 
nations suivantes,  c'est-à-dire  les  cotons,  les  toiles,  les  laines,  les 
mélanges  de  laine  et  coton,  etc.,  etc.,  importés  par  les  négociants 
anglais  devront  payer  simultanément  les  deux  droits  d'importa- 
tion et  de  transit  au  moment  de  l'importation. 

D'autre  part,  la  Chine  accepte  que  les  marchandises  sus-men- 
tionnées  importées  par  les  marfliands  anglais  et  ayant  acquitté 
simultanément  les  droits  d'importation  et  les  frais  de  transit, 
au  moment  de  l'importation,  seront  exemptes  de  toutes  autres 
taxes  et  charges  quelconques,  dans  les  provinces  des  ports  à 
traité. 

Article  IV 

Il  est  convenu  que  les  produits  indigènes  achetés  à  l'intérieur 
par  des  négociants  britanniques  munis  des  documents  prescrits 
par  les  Règlements  supplémentaires,  devront  payer  les  droits 
intérieurs  et  les  frais  sur  leur  parcours  au  port  à  traité. 

D'autre  part,  la  Chine  consent  à  ce  que  tel  produit  indigène 
ayant  payé  tous  les  droits  intérieurs  et  les  frais  sur  son  parcours 
du  lieu  de  l'achat  au  port,  aura  droit  au  remboursement  de  telle 
somme  qui  aurait  été  ainsi  payée  en  excès  et  au-dessus  des  droits 
de  transit  suivant  le  Traité  (demi-droit  d'exportation),  pourvu 
que  l'exportation  des  négociants  britanniques  dans  un  port 
étranger  soit  faite  dans  l'intervalle  de  douze  mois. 

Il  est  en  outre  convenu  que  les  produits  indigènes  embarqués 
pour  un  autre  port  à  traité  n'aura  pas  droit  au  même  rembour- 
sement. 

Article  Y 

Il  est  convenu  que  les  produits  chinois  embarqués  de  Hong 
Kong  pour  un  port  à  traité  ne  seront  pas  transportés  à  l'intérieur 
sous  le  régime  de  transit,  mais  devront  payer  les  droits,  impôts 
et  redevances  intérieures  comme  tout  autre  produit  indigène  à 
tout  passage  de  barrières. 

D'autre  part,  la  Chine  consent  à  accorder  aux  produits  indi- 
gènes embarqués  des  ports  à  traité  pour  Hong  Kong  par  les  né- 
gociants britanniques  les  preuves  de  droits  ordinaires  d'exporta- 
tion, et  de  recueillir  sur  ces  mêmes  produits,  à  l'arrivée  dans  un 


CONVENTION    ALCOCK  SoQ 

second  port  à  traité,  le  droit  ordinaire  du  commerce  côtîer  (moi- 
tié d'importation). 

Article  VI 

Il  est  convenu  que  le  port  de  Wen-tchéou  dans  le  Tché-Kiang 
sera  ouvert  au  commerce  britannique,  et  que  Rioung-tchéou, 
nommé  dans  le  traité  de  Ticn-Tsin,  sera  rayé  de  la  liste  des  j)orts 
à  traité. 

Article  VII 

Il  est  convenu  que  les  vaisseaux  marchands  britanniques  ne 
seront  appelés  à  payer  les  droits  de  tonnage  qu'une  fois  en  quatre 
mois. 

D'un  autre  côté,  l'Angleterre  consent  à  ce  que  les  vaisseaux 
marchands  britanniques  de  tout  genre,  qu'ils  soient  employés 
au  transport  ou  à  l'emmagasinage  de  marchandises,  au  trans- 
port des  voyageurs,  ou  comme  demeures  (navires  de  comnïerce, 
pontons,  chops,  etc.)  aussi  bien  que  toute  embarcation  de  type 
chinois,  appartenant  à  des  sujets  britanniques,  paieront  les 
droits  de  tonnage  suivant  leur  tonnage,  s'ils  font  le  commerce 
de  port  à  port,  à  l'expiration  de  leurs  certificats  spéciaux,  et  s'ils 
servent  de  pontons  dans  le  port,  à  l'expiration  du  terme  de  qua- 
tre mois,  suivant  le  cas. 

Article  VIII 

11  est  convenu  que  tous  les  vaisseaux-marchands  britanniques 
avertiront  les  Douanes  de  leur  port  de  destination,  et  lui  remet- 
tront les  manifestes  d'exportation  au  moment  d'appareiller. 

D'autre  part,  la  Chine  consent  à  ce  que  le  montant  de  toute 
amende  pour  des  manifestes  falsifiés  dans  lesquels  des  sujets  bri- 
tanniques sont  intéressés  devra  être  déterminé  suivant  les  cir- 
constances particulières,  et  n'excédera  en  aucun  cas  la  somme  de 
5oo  taêls. 

Article  IX 

11  est  convenu  que  dans  tous  les  cas  d'amendes  résultant  d'in- 
fractions aux  règlements  des  Douanes,  le  Surintendant,  ou  le 
Commissaire  des  Douanes,  peut  avoir  un  siège  au  tribunal,  et 
prendre  part  à  l'enquête  avec  le  Consul  britannique. 

Et  dans  tous  les  cas  de  confiscation  résultant  d'infractions  aux 


3lO  HEVISION    DU    TIIAITÉ    DK    TIEN-TSIX 

règlements  des  Douanes,  le  Consul  britannique  peut  avoir  un 
siège  au  tribunal  avec  le  Surintendant  ou  le  Commissaire  des 
Douanes,  et  prendre  part  à  Tenquéte. 

11  est  convenu  en  plus  que  l'Angleterre  et  la  Chine  rédigeront 
de  concert  un  Code  commercial. 

Article  X 

D'une  part  la  Chine  convient  d'accorder  des  licences  aux  pi- 
lotes. 

D'autre  part.  l'Angleterre  consent  à  punir  les  sujets  britanni- 
ques pilotant,  ou  qui  emploieraient  des  personnes  |M)ur  piloter, 
n'ayant  pas  de  licences. 

Il  est  convenu  en  outre  que  la  stipulation  du  Traité  de  Tien- 
Tsin  aura  son  eflct  «  que  pour  la  juste  contrainte  des  équipages  de 
navires,  des  règlements  seront  rédigés  par  les  Consuls  et  les  au- 
torités locales. 

Article  XI 

Il  est  convenu  que  les  drawbacks  accordés  aux  marchandises 
élrangères,  réex|K)rtées  par  les  commerçant  britanniques  à 
l'étranger,  dans  un  délai  de  trois  mois  de  la  date  d'importation, 
seront  convertibles  (à  la  banque  Ilai-Kouan)  en  argent  comp- 
tant. 

D'auti^e  part  l'Angleterre  consent  à  ce  que  les  marchandises 
étrangères,  réexportées  par  des  négociants  britanniques  à  l'étran- 
ger après  l'expiration  de  trois  ans  à  partir  de  la  date  d'impor- 
tation, n'auront  pas  droit  au  dra\\back  du  droit  d'importation. 

Article  XI 1 

Il  est  convenu  que  l'opium  paiera  un  droit  d'importation  à  un 
taux  surélevé. 

D'autre  part,  la  Chine  convient  : 

I .  Que  les  sujets  britanniques  porteurs  de  passeports  peuvent 
se  servir  de  leurs  propres  bateaux,  semblables  aux  embarcations 
chinoises,  et  marchant  à  rames  ou  à  voiles,  quand  ils  visite- 
ront des  ports  sans  traité,  ou  des  lieux  dans  l'intérieur. 

a.  Que  des  entrepôts  (bonded  >vare  bouses)  seront  installés 
pour  les  sujets  britanniques  dans  tels  ports  à  traité  qu'il  peut 
être  utile. 

3.  Que  le  Surintendant  des  Douanes  de  Kieou  Riang  fournira 


CONVENTION    ALCOCR  3ll 

un  remorqueur  à  Tusage  des  bateaux  genre  chinois  appartenant 
à  des  sujets  britanniques  sur  le  Po  yang,  et  dans  ]e  voisinage  de 
Hou  Kéou. 

4.  Les  engagements  (bonds)  pris  par  des  négociants  britanni- 
ques pour  la  ré-exportation  des  thés  embarqués  des  ports  du 
Yang-tseu  seront  supprimés,  a  titre  d'expérience. 

5.  Que  le  Commissaire  Impérial  dans  le  Sud  ouvrira  des  mines 
de  charbon  dans  deux  ou  trois  endroits;  et 

6.  Que  les  droits  sur  le  charbon  indigène  exporté  par  les 
commerçants  britanniques  des  ports  du  Sud,  seront  réduits. 

Article  XIII 

Il  est  convenu  que  la  soie  paiera  un  droit  d'exportation  à  un 
taux  surélevé. 

D'autre  part,  la  Chine  convient  : 

I .  Que  Wou-IIou  dans  le  Ngan-Houei  sera  ouvert  au  commerce 
britannique. 

3.  Que  le  grain  étranger  peut  être  réexporté  et  sans  payer  de 
droits  par  les  négociants  anglais. 

3.  Que  les  matériaux  employés  par  les  sujets  britanniques 
dans  les  docks  pour  la  réparation  des  vaisseaux  britanniques  se- 
ront exempts  de  droits. 

4.  Que  la  liste  des  marchandises  exemptes  de  droits  à  l'usage 
domestique  des  sujets  britanniques  et  des  stores  pour  navires  soit 
re  visée. 

5.  Que  le  charbon  étranger  et  le  guano  importés  par  les  né- 
gociants britanniques  seront  exempts  de  droits;  et  : 

6.  Que  les  droits  d'importation,  sur  les  montres,  le  poivre, 
blanc  et  noir,  les  lames  d'étain,  et  les  bois  de  charpente,  impor- 
tés par  des  sujets  britanniques,  seront  réduits. 

Article  XIV 

Il  est  convenu  que  chaque  Douane  rédigera  des  règlements 
fixant  la  touche  du  Sycee  devant  être  reçu  en  paiement  des  droits 
par  la  banque  à  chaque  port. 

Il  est  en  outre  convenu. que  les  divers  documents  octroyés  aux 
sujets  britanniques  (papiers  de  transit,  passeports,  etc.)  seront 
retournés  à  l'expiration  d'une  année  à  partir  de  la  date  de  leur 
émission. 


3  m  REVISION    DU    TRAITÉ    DE    TIEiN-TSIN 

Article  XV 

Il  csl  convenu  des  deux  côtés  que  les  Articles  non  touchés  par 
la  présente  revision  seront  ici  déclarés  pour  être  renouvelés  et 
confirmés,  et  que  la  version  revisée  décidera  dans  le  cas  de  tels 
articles  que  la  présente  revision  intéresse. 

Article  XVI 

La  convention  présente  sera  ratifiée  ;  et  la  ratification  sera 
échangée  à  Péking  aussitôt  que  possible.  En  témoin  de  quoi  les 
Plénipotentiaires  respectifs  ont  signé  la  Convention  présente,  les 
Règlements  Supplémentaires  qui  s'y  ratlachent  et  le  Tarif  con- 
cernant les  marchandises  à  propos  desquelles  les  droits  ont  été 
ainsi  changés  ;  et  y  ont  apposé  leurs  sceaux. 

Fait  à  Péking  en  quadruplicata,  ce  aS**  jour  d'octobre,  dans 
l'année  de  N.  S.  1869. 

Sig.   Uutherford  .Vlcocr. 
Signatures  des  Plénipotentiaires  chinois. 

Suivent  dix  règlemenls  et  le  tarif,  que  je  crois  inutile  de 
reproduire,  puisque  la  convention  n'a  pas  été  ratifiée. 

On  remarquera  que  dans  le  préambule  de  cette  convention, 
seule  la  première  partie  de  Tarticlc  XXVIl  du  traité  de  Tien- 
tsin  est  citée;  M.  Hart  dans  son  commentaire  dit:  «  Ce  qui 
est  omis  aurait  une  portée  à  Tépoque  de  la  prochaine  revision 
et  C'est  omis  afin  que  la  question  puisse  recevoir  sa  propre 
solution  en  son  temps,  et  non,  en  devenant  une  question 
vexatoire  maintenant,  troubler  indéfiniment  le  travail  de  la 
présente  revision.    » 

Nous  voyons  (art.  11)  que  la  Chine  obtient  Tautorisation 
de  nommer  des  consuls  dans  tous  les  ports  des  possessions 
britanniques,  concession  cause,  comme  nous  l'indiquons  plus 
loin,  de  réclamations  des  négociants  anglais  ;  Wen-tchéou, 
dans  le  Tché-Kiang,  est  ouvert  au  commerce  anglais  au  lieu 
de  Kioung-tchéou,  dans  l'île  de  Haï-Nan  (art.  VI),  autre 
cause  de  ix5crimination  ;  il  est  vrai  que  Wou  llou,  dans  le 


I 


CONVENTION    ALCOCk  3l3 

Ngan-Houei,  est  aussi  ouvert  au  commerce.  L'article  III 
relatif  aux  droits  d'entrée  et  de  transit  est  avantageux.  Il 
semble  que  de  part  et  d'autre  les  plénipotentiaires  se  soient 
efForcés  de  tenir  la  part  égale  dans  les  concessions  réci- 
proques, et  de  maintenir  en  équilibre  intérêts  anglais  et  cbinois, 
mais  tel  n'était  pas  le  désir  des  sujets  anglais  ;  Sir  Rutherford 
Alcock  n'avait  pas  tenu  un  compte  suffisant  des  réclamations 
de  ses  compatriotes  ;  il  avait  à  défendre  d'âpres  intérêts  com- 
merciaux, non  à  établir  une  juste  répartition  d'avantages 
consentis  de  part  et  d'autre.  Il  avait  affaire  à  forle  partie  :  le 
«  merchanl  prince  »  en  Chine,  son  associé  et  son  représentant 
à  Londres,  étaient  de  puissants  personnages,  créant  facilement 
une  opinion  publique,  maîtres  plutôt  que  conseilleurs.  Le 
Ministre  de  Sa  Gracieuse  Majesté  était  un  mince  personnage 
à  côté  de  ces  puissants  potentats,  avec  lesquels  de\ait  compter 
le  Cabinet  de  la  Reine.  On  le  lui  fit  bien  voir. 

Un  mémoire  *  en  vingt  articles  fut  adressé  (lo  février  1870) 
par  M.  Hugh  M.  Matheson,  président  du  Comité  des  négo- 
ciants intéressés  dans  les  affaires  de  Chine,  à  Lord  Clarendoii, 
marquant  que  la  convention  présente  n'offrait  aucune  amé- 
lioration du  Traité  de  Tien-Tsin  et  qu'à  moins  qu'elle  ne 
fût  profondément  modifiée,  il  valait  mieux  laisser  les  choses 
en  l'état.  Je  note  en  particulier  le  paragraphe  18  :  «  Accorder 
à  la  Chine  la  nomination  réciproque  de  Consuls  est  simple- 
ment suivre  un  principe  évident  d'usage  international  et  a, 
par  conséquent,  beaucoup  d'apparence  de  justice  ;  mais  l'idée 
de  faire  de  telles  nominations  n'est  guère  de  celles  qui  se- 
raient venues  spontanément  à  l'idée  d'un  indigène,  et  sa  réali- 
sation peut  être  la  source  de  maux  sérieux.  Les  seulsjendroits 
dans  lesquels  le  Gouvernement  chinois  se  prévaudra  probable- 
ment de  ce  privilège,  sont  ceux  dans  lesquels  réside  une 


I.   China,  n®  \  (1870).  Meinorials   respect ing  the   China   Tieaiy 
Uevision  Consenlion.  Présentée. ..,  1870.  Lond.,  iu-fol. 


i 


3l4  HKVlSIO*\    DU    TIIAITÉ    DE    TIEX-TSIN 

population  chinoise,  tels  que  Hong-Kong,  les  Établissements 
du  Détroit,  Melbourne,  et  il  est  possible,  Calcutta.  Un  consul 
chinois  sera  à  peine  àcceplable  pour  nos  autorités  coloniales 
et,  à  Hong-Kong  plus  parlfculièrement,  les  auteurs  de  ce 
mémoire  peuvent  à  peine  douter  que  ceux  qui  sont  respon- 
sables du  gouvernement  et  du  bien-être  de  la  Colonie  pourront 
montrer  péremptoirement  combien  cette  mesure  pourra 
affecter  sa  prospérité.  Un  mandarin  chinois  établi  à  Hong- 
Kong,  ou  dans  les  autres  Colonies  comme  Consul,  doit  proba- 
blement moins  protéger  et  aider,  que  taquiner  ses  compatriotes 
et  leur  faire  payer  des  droits,  servi,  comme  il  le  serait,  par 
le  fait  que  leurs  parents  et  leurs  relations  sont  sur  le  conti- 
nent, et  à  portée  des  fonctionnaires  chinois.  Si,  comme  on 
Ta  annoncé,  la  nomination  d'un  Consul  est  proposée  dans  le 
but  de  prévenir  des  embarquements  illégaux  de  cargaison  par 
les  Chinois  de  Hong-Kong  à  des  ports  sans  traité,  les  auteurs 
de  ce  Mémoire  sont  anxieux  que  Ton  comprenne  clairement 
qu'ils  ne  sont  hostiles  à  aucune  mesure  adoptée  dans  ce  but. 
Mais  ils  pensent  qu'il  pourrait  être  atteint,  si  c'ét<iit  néces- 
saire, par  une  méthode  moins  sujette  à  controverse  ;  et  que 
exécuter  ce  que  propose  la  Convention  serait  permettre  au 
Gouvernement  Chinois  de  contrôler  indûment  celte  portion 
du  commerce  de  Hong-Kong,  qui  est  entre  les  mains  de  la 
population  indigène.   » 

Dans  son  rapport'  lu  le  28  février  1870  par  Lord  Claren- 
don  a  une  délégation  des  négociants,  il  avait  commis  à  la 
fois  une  faute  et  une  erreur  en  disant  :  «  Au  sujet  de  la 
reconnaissance  de  consuls  chinois  dans  les  possessions  bri- 
tanniques... il  semble  au  Gouvernement  de  Sa  Majesté  que 

I.  China,  II"  G  (1870).  Fitrther  Memorials  lespecling  the  China 
Treaty  lies'ision  Convention.  Presented...,  1870.  Lond.,  in-fol. 

—  China,  n"  10(1870).  Letter  to  Chambvrs  of  Commerce,  etc., 
respecting the  China  Tieaty  Révision  Convention.  Presented...,  1870. 
l^oiul.,  in- fol. 


\ 


CO.NVENTION    ALCOCR  3l5 

la  nomination  d'un  Consul  chinois  à  Hong-Kong,  qui  est  le 
seul  endroit  où  la  clause  aura  actuellement  un  côté  pratique, 
apparaît  comme  un  corollaire  nécessaire  à  sa  constitution 
comme  un  port  à  traité.  »  M.  Malheson  lui  répondit  avec 
juste  raison  (i 4  mars  1870):  «  Nous  ne  pouvons  comprendre 
comment  Hong-Kong  peut  être  appelé  un  port  à  traité.  C'est 
un  port  libre  sur  territoire  britannique.  Nous  gardons  la 
conviction  exprimée  dans  notre  Mémoire,  que  celte  concession 
à  la  Chine  est  des  moins  sages  et  en  même  temps  qu'elle 
sera  taquine  et  fatigante  pour  la  population  chinoise  dans  la 
Colonie,  nous  croyons  qu'elle  tendra  à  envenimer  plutôt 
qu'à  rendre  plus  amiciiles  les  relations  entre  le  Gouverne- 
ment de  Sa  Majesté  et  celui  de  la  Chine.  »  Nous  avons  fait  la 
même  erreur  de  suggérer  la  nomination  de  consuls  chinois 
dans  nos  possessions  d'Indo-Chine  en  i885  et  plus  loin,  je 
fais  remarquer  quels  auraient  été  les  inconvénients  d'avoir  de 
semblables  fonctionnaires  dans  nos  colonies  ;  ils  diffèrent  de 
ceux  qui  sont  signalés  par  M.  Matheson  et  ses  confrères. 

Le  25  juillet  1870,  le  comte  Granville,  ministre  desaflaires 
étrangères,  annonçait  aux  négociants  qu'à  la  suite  de  la 
désapprobation  générale  témoignée  par  eux,  la  convention  du 
23  octobre  1869  ne  serait  pas  ratifiée  par  le  gouvernement  de 
la  Reine  et  il  en  donnait  avis  à  Sir  U.  Alcock,  à  la  même 
date,  par  une  lettre  qui  se  terminait  ainsi  :  «  Je  désire,  tou- 
tefois, que  vous  compreniez  clairement  que  quoi  qu'il  en 
soit  de  la  décision  du  Gouvernement  de  Sa  Majesté,  rien  n'est 
plus  éloigné  de  son  intention  que  de  vous  imputer  aucun 
blâme  pour  la  part  que  vous  avez  prise  à  la  conclusion  de  la 
Convention.  Au  contraire,  le  Gouvernement  de  Sa  Majesté 
apprécie  très  hautement  et  approuve  vos  efforts  zélés  et  infa- 
tigables pendant  la  durée  des  négociations  longues  et  diffi- 
ciles qui  précédèrent  la  signature  de  la  Convention  ;  et  le 
Gouvernement  de  Sa  Majesté  regrette  beaucoup  que  le  point 
de  vue  adopté  par  les  Associations  Mercantiles  dans  ce  pays 


3l6  REVISION    DU    TRAITÉ    DE    TIEX-TSIN 

et  en  Chine  du  bénéfice  probable  de  cette  Convention,  si  elle 
avait  été  ratifiée,  pour  les  relations  commerciales  entre  les 
deux  pays,  n'a  pas  concordé  avec  celui  que  le  Gouvernement 
de  Sa  Majesté  avait  espéré  qu'il  en  serait  pris\  » 

La  pilule,  quoique  dorée,  était  amèrc  à  avaler  et,  malgré 
les  louanges  du  gouvernement  britannique,  le  crédit  de  Sir  R. 
Alcock  ne  se  releva  jamais  de  cet  échec. 

I.  China,  n®  ii  (1870).  Further  Correspondence  wilh  Charniers 
of  Commerce t  etc.,  respecting  the  China  Trealy  Bes'ision  Convention. 
Presented...,  1870.  Lond.,  in-fol. 


CHAPITRE  XXII 

NOUVELLE  EXPLORATION  DU  YANG-TSEU.  —  TRAITÉ 
AUTRICHIEN.  —  J.-R.  BROWNE  -  LE  GÉNÉRAL  VLANGALT 


NOUVELLE    EXPLORATION    DU    YANG-TSEU,     1869 

En  1869,  le  consul  Robert  Swinhoe*  fut  chargé  d*unc 
nouvelle  exploration  du  Haut  Yang-tseu.  L'amiral  Sir  Henry 
Kep|)el  mit  à  sa  disposition  le  navire  de  guerre  Salamis  sur 
lequel  il  s'embarqua  le  8  mars  à  Chang-Haï  ;  trois  jours  plus 
tard  deux  délégués  de  la  chambre  de  commerce',  Alexandre 
Michie,  de  Chang  Haï,  et  Robert  Francis,  de  Kieou  Kiang, 
partirent  à  leur  tour  pour  rejoindre  le  consul.  Les  voyageurs 
quittèrent  Han  Kéou  le  23  mars  1869,  et  arrivèrent  le  26  à 
Yo-tchéou,  à  rentrée  du  lac  Toung  Ting,  où  ils  eurent 
quelques  difficultés  ;  dès  le  i®' avril  le  Salamis  abandonnait 
le  voyage  à  cause  de  son  trop  fort  tirant  d'eau  et  était  rem- 
placé par  ï Opossum,  commandé  par  le  lieutenant  J.  E.  Stokes  ; 
Swinhoe^  passait  à  Cha-si  (3  avril)  et  arrivait  à  1-tchang  le 
9  avril.  L'Opossum^  faute  d'un  pilote  indigène,  ne  continua 
pas  la  route  :   Swinhoe,  Michie,  Francis,   accompagnés  de 

1.  China,  n»  a  (1870).  Reports  hy  Consul  Swinhoe  of  his  spécial 
Mission  up  ihe  River  Yang-tsze-kiang,  e/c.  Presenled..,  1870.  Loml., 
in-fol.  [G.  -  28.] 

2.  China,  n°  8  (1870).  Report  o[  the  Delegatcs  of  ihe  Shanghae 
General  Charnier  of  Commerce  on  the  Trade  of  the  Upper  Yang- 
tsze  River.  Presented... ,   1870,  in-fol.  [175.] 

3.  Swinhoe  fut  un  naturaliste  remarquable  ;  il  est  ne  à  Calcutta,  le 
i*'^  septembre  i836;  mort  à  Londres,  28  octobre  1877. 


3l8  NOUVELLE    EXPLORATION    DU    YANC-TSEU 

deux  ofTiciers  L.  S.  Dawson  et  F.  I.  Palmer  chargés  des 
relevés,  rcmontei;pnt  le  fleuve  dans  un  bateau  indigène  jus- 
qu'à Tcboung  King  où  ils  débarquèrent  le  12  mai;  le  17, 
ils  étaient  de  retour  a  I-tcbang  011  ils  reprenaient  V Opossum 
pour  rentrer  à  Ilan-Kéou  (3ï  mai).  Ils  n'avaient  éprouvé 
aucune  diflicullé  dans  leur  exploitation. 

Le  retard  apporté  à  Touverture  du  Haut  Yang-tseu  rendit 
inutile  cette  exploration  commandée  par  Sir  Ruthcrford 
Alcock  ;  toutefois  une  manifestation  fut  faite  par  les  négociants 
pour  l'ouverture  du  Po-yang  au  commerce  ainsi  que  de 
Hou  Kéou,  la  petite  ville  située  à  Temboucbure  de  ce  lac. 
Il  ne  fut  pas  donné  de  suite  au  vœu  exprimé;  déjà  en  1861, 
la  délégation  de  la  cbambre  de  commerce  de  Chang  Haï,  qui 
avait  accompagné  Tamiral  Hopc  et  Harry  Parkes  dans  le 
^ang-tseu  *,  avait  désigné  Kieou  kiang  comme  port  à  ouvrir 
de  préférence  à  Hou  Kéou  qui  manquait  d'abri  naturel,  et 
n'avait  qu'un  petit  port  artificiel  utilisé  par  les  canonnières  ; 
les  collines  sur  lesquelles  était  construite  cette  dernière  ville 
étaient  trop  raides  pour  qu'on  puisse  y  donner  un  dévelop- 
pement suflîsant  à  \m  entrepôt  commercial. 


TRAITÉ    AUTRICmEN,   2    SEPTEMBRE    1869 

Imitant  l'exemple  des  autres  puissances,  le  2  septem- 
bre 1869,  r Autriche-Hongrie  signait  à  Péking,  en  allemand 
et  en  chinois,  un  traité  en  45  articles,  calqués  pour  la  plupart 
sur  les  conventions  conclues  avec  les  diverses  puissances 
étrangères  particulièrement  T Angleterre,  la  France,  le  Dane- 
mark et  la  Belgique.  Elle  était  représentée  par  le  contre- 
amiral  baron  von  Petz,  l'un  des  combattants  de  Lissa,  descendu 
à  la  légation  d'Angleterre  ;  les  plénipotentiaires  chinois  étaient 

1.  Voir  p.  1 1 4- II 5. 


TRAITK    AlTniCllIEN  SlQ 

Toung  Siun,  membre  du  ïsoung-lî  Yamen  el  Tch'oung-Heou. 
Le  chevalier  Karl  von  Scherzer,  protestant,  aujourd'hui  consul 
général  à  Gênes,  fut  le  principal  conseiller  de  Tarn  irai  Von 
Petz  dans  ces  négociations.  Le  principal  point  litigieux  fut 
la  liberté  de  conscience.  «  Le  baron  de  Pelz  demandait  le 
droit  de  prédication  pour  les  religions  pratiquées  en  Autriche  ; 
le  gouvernement  chinois  s'y  refusa  parce  qu'il  crut  qu'il 
s'agissait  d'introduire  de  nouvelles  religions.  Le  baron  de 
Petz  insista  inopportunément  puisqu'il  pouvait  à  cet  égard 
user  de  la  clause  de  la  nation  la  plus  favorisée  ;  il  essuya 
donc  un  refus  et  par  conséquent  un  désavantage  moral, 
car  les  Chinois  ne  cédèrent  pas*.  » 

D'autre  part,  le  baron  von  Petz  demandait  à  choisir  les 
consuls  autrichiens  parmi  les  négociants  établis  dans  les 
jx)rts;  il  fut  obligé  de  prendre  rengagement  de  ne  donner 
de  juridiction  judiciaire  qu'à  des  consuls  fonctionnaires.  Il 
ne  \oulait  pas  comprendre  que  la  clause  de  la  nation  la  plus 
favorisée  s'adresse  aux  avantages  futurs  et  n'a  pas  d'effet 
rétroactif.  Enfin  il  eut  toutes  les  peines  du  monde  à  obtenir 
que  les  Chinois  donnassent  le  titre  d'empereur.  Ta  Ifotiang- 
ti,  à  son  souverain. 

Le  traité  fut  ratifié  à  la  Cour  mixte  de  Chang-Haï  le 
27  novembre  187 1,  par  le  Fan-taï  et  par  le  chevalier  H. 
de  Calice,  ministre  à  Péking  et  à  To  Kio  et  consul  général 
à  Chang-llaï,  qui  s'était  rendu  en  Chine  à  bord  de  la  cor- 
vette autrichienne  Fasana,  capitaine  Funk.  Il  était  accom- 
I^agné  du  célèbre  diplomate,  le  baron  de  Iliibner,  ancien 
ambassadeur  d'Autriche  à  Paris,  qui  a  laissé  une  relation 
agréable  de  son  voyage*.  L'expédition  autrichienne  qui 
avait  déjà  visité  la  Chine  dix  années  auparavant,  lors  de  la 
circumnavigation  de    la   frégate   Novara    (3o    avril    1857- 


1.  D""  Martin,  Rev.  Extr .-Orient ,  II,  p.  127. 

2.  Promenade  aulour  du  monde.  Paris,  Hacholte,  1878,  2  vot.  in- 12. 


SàO  NOUVELLE    EXPLORATION    DU    YANG-TSEU 

26  août  1859),  organisa  à  Chang-Haï  une  exposition  des 
produits  do  Tempire  ausiro-hongrois.  Un  consulat  fut  créé 
dans  cette  ville,  dont  le  premier  titulaire  fut  M.  Rudolph 
Sclilick  puis  M.  Joseph  Haas,  plus  tard  consul  général'. 

Au  siècle  dernier,  rAutriche  était  représentée  dans  le  com- 
merce de  Canton  par  deu\  compagnies  impériales,  celle 
d'Ostende,  incorporée  le  19  décembre  1722,  dont  la  charte 
fut  suspendue  en  1727,  pour  7  ans  et  aux  dépens  de  laquelle 
s'établit  en  partie  la  compagnie  de  Suède  ;  cette  compagnie 
d'Oslende  éprouva  d'ailleurs  toutes  sortes  de  malheurs,  fit 
faillite  en  1784  et  termina  son  existence  accidentée  en  1793. 
L'autre  compagnie  impériale  était  celle  de  Trieste,  créée  le 
5  juin   1770,  qui  suspendit  ses  paiements  en  178/1.     . 


J.    ROSS   BROWΫiE 


Les  Etats-Unis  avaient  donné,  à  Péking,  comme  succes- 
seur à  Anson  Burlingame,  William  A.  Howard,  de  Michî- 
gan  (11  mars  18G8),  mais  celui  ci  refusa  le  poste  et  Ton 
nomma  envoyé  extraordinaire  et  ministre  plénipotentiaire  en 
Chine  (11  mars  1868)  un  vieux  Californien*,  John  Ross 
Browne,  qui  avait  rempli  dans  son  pays  les  fonctions  d'agent 
spécial  pour  examiner  la  situation  des  Indiens,  du  Territoire 
de  Washington,  et  celles  de  commissaire  des  mines  sur  les- 
quelles il  pid)lia  un  mémoire  remarquable.  Je  ne  crois  pas 
me  tromper  en  disant  que  c'est  lui  qui  avait  engagé  les  ser- 
vices du  baron  F.  de  Richthofen^  comme  géologue  en  Cali- 

I.  Ne'' en  i8ii7  à  Pilsen  ;  mort  accidentellcnienl  aux  Tchousan,  à  Hle 
de  Pou-lou,  le  26  juillet  1896. 

3.  En  vérité,  il  était  né  en  1817  en  Irlande. 

3.  Le  baron  Ferdinand  von  Riclithofen,  né  à  Karlsruhc  (Silésie),  le 
5  mai  i833,  avait  fait  partie  de  l'expédition  prussienne  scientifique  en 
Asie.  — Voir  p.    135. 


J.    ROSS    DROWNE  3a  I 

fornle  et  que  ce  fut  sur  ses  indications  que  la  Chambre  de 
Commerce  de  Chang-FIaï,  présidée  par  Edward  Cunningham, 
chargea  ce  savant  distingué  d'examiner  pour  son  compte  les 
districts  miniers  et  en  particulier  les  gisements  de  charbon  de 
la  Chine.  C'est  dans  les  voyages  entrepris  dans  ce  but  pendant 
les  années  1869- 1870  que  le  baron  de  Richthofen  a  écrit  à 
la  Chambre  de  Commerce  de  Chang  Haï  ses  sept  lettres  * 
remarquables  sur  les  provinces  de  IIou-Nan,  Ilou-Pé,  Ho- 
Nan  et  Chan-Si,  Tché-Kiang  et  Ngan-Houei,  sur  les  régions 
de  Nan-King  et  de  Tchen-Kiang,  sur  la  rébellion  du  Kan- 
Sou  et  du  Chen-Si,  et  sur  les  provinces  de  Tché-li,  Chan- 
Si,  Chen-Si,  Se-tclfouen,  avec  des  notes  sur  la  Mongolie,  le 
Kan-Sou,  leYun-nan  et  le  Kouei-tchéou,  et  a  réuni  les  maté- 
riaux originaux  de  son  ouvrage  sur  la  Chine,  vaste  entreprise 
dont  on  ne  verra  peut-être  jamais  la  fin. 

Mais  Ross  Bro>vne  fut  surtout  journaliste  *  et  il  le  resta 
pendant  son  séjour  en  Chine  011  il  laissa  d'excellenls  souve- 
nirs et  où  sa  i)opularité  fut  grande.  Sa  mission  diplomatique 
fut  brève,  il  donna  sa  démission  le  5  juillet  1869  :  un  de  ses 
biographes^  dit  que  comme  ministre  des  États-Unis  en 
Chine,  sa  position  fut  sans  profit  pécuniaire,  presque  ruineuse. 
Je  crois  qu'il  avait  des  idées  trop  indépendantes  jX)ur  son  gou- 
vernement et  que  son  départ  de  Chine  ne  fut  pas  volontaire. 

M.  de  Rochechouart  écrivait  le  i5  novembre  1868  : 

«  Le  ministre  d'Amérique  lui-m^me  ne  cache  pas  son  désap- 
pointement et  parle  de  quitter  Péking,  tant  il  trouve  la  situation 
insoutenable  ;  il  est  vrai  de  dire  que  M.  Burlingamc  avait  peint 
la  Chine  sous  des  couleurs  tellement  favorables  que  la  déception 

I.   ShangHaî,  1870-1872,  7  br.  in  fol. 

a.  Il  a  public  un  grand  nombre  d'ouvrages,  parmi  lesquels  je  citerai  : 
Kichings  of  a  Whaling  Cruise,  i846  ;  Yusef,  or  ihe  Journey  of  the 
Frangi,  a  Crusade  in  the  East;  An  American  Family  in  Germany  \ 
The  Land  of  Thor,  etc. 

3.  Alta  Caiifornia,  cilce  par  le  North-China  Daily  News,  22  jan- 
vier 187G. 

CuuDisR.  I.  —  ai 


322  NOUVELLE    EXPLORATION    DU    YANG-TSEU 

a  élô  plus  anièrc.  M.  Browne  croyait  voir  s'ouvrir  devant  lui  et 
sans  eflbrt  toutes  les  barrières  que  jusqu'à  présent  personne  n*a 
pu  franchir  ;  il  ne  rêvait  qu'ouverture  de  mines,  construction  de 
chemins  de  Ter,  établissement  de  télégraphes  et,  en  vrai  Yankee, 
il  avait  amené  avec  lui  parents  et  amis  afin  de  les  faire  profiter 
des  premières  aubaines.  » 

Il  fut  remplacé  par  un  autre  Californien,  Frederick  F. 
Low  (nommé  28  septombre  1869),  qui  occupa  le  poste 
de  ministre  américain  à  Péking  avec  beaucoup  de  dignité  et 
de  courtoisie  pendant  la  période  difficile  1869- 1 87  V. 


LE   GÉNÉRAL  VLANGALY 

L'année  1869  marqua  également  le  départ  de  deux  autres 
diplomates  :  Don  Garcia  de  Quevedo,  qui  avait  été  nommé 
ministre  d'Espagne  à  Péking  en  remplacement  de  Don  Sini- 
baldo  de  Mas  par  la  reine  Isabelle,  donna  sa  démission  à  la 
chute  de  sa  souveraine  (29  septembre  1868)  et  il  remit  h  la 
légation  de  France  les  intérêts  de  ses  nationaux.  Il  eut  pour 
successeur  M.  Patxot. 

Le  ministre  de  Russie,  Vlangaly,  représentait  avec  Burlin- 
game  Félément  pacifique  du  corps  diplomatique  de  Péking  : 

«  M.  le  Général  Vlangaly,  écrit  un  diplomate,  Péking,  10  mai 
18G9,  nous  a  également  quittés,  remettant  les  alTaires  à  M.  But- 
/ow,  précédemment  Consul  de  Russie  à  llakodadi.  M.  Vlangal> 
laisse  un  vide  à  Péking  :  son  caractère  conciliant  et  sa  bienveil- 
lance naturelle  lui  avaient  acquis  l'estime  et  l'alTeclion  des  Chi- 
nois et  des  Européens.  Avant  son  départ  l'envoyé  de  Russie  a 
fait  avec  le  Tsoung-li  Yamen  deux  ou  trois  règlements  impor- 
tants ;  deux,  je  crois,  relatifs  à  des  délimitations  de  frontières 
au  Nord  de  la  Mandchourie  et  an  Nord-Ouest  du  Kho-Ko-noor 
et   un  relatif  au  transit  des  marchandises  par  la  Mongolie  et  s'oc- 

I.  Il  donna  sa  démission  le  28  mars  1874* 


ARRIVÉES  '  3a3 

cupant  spécialement  du  thé  dont  le  commerce  menaçait  de 
quitter  la  Sibérie  par  suite  des  charges  énormes  occasionnées  par 
les  droits  de  douane  et  les  frais  de  transport.  Ces  règlements  ont 
été  tenus  secrets,  et  jusqu'à  présent  nous  n'avons  pu  nous  en 
procurer  le  texte.  » 


ARRIVÉES 

Les  nouveaux  ministres  d'Espagne,  M.  Patxot,  et  d'Italie, 
le  comte  Fé  d'Osliani,  arrivèrent  à  Péking  au  milieu  de  1870; 
ce  dernier  offrit  vainement  son  appui  aux  franciscains  italiens. 
M.  t'Kinl  de  Rodenbeek,  l'ancien  ministre  de  Belgique,  re- 
vint à  la  même  époque,  comme  représentant  de  l'industrie 
belge,  pour  offrir  aux  Chinois  des  chemins  de  fer,  des  ba- 
teaux, etc.  M.  BurHngame  avait  fait  miroiter  aux  yeux  des 
petites  puissances,  Belgique,  Danemark,  Hollande,  le  désir 
de  la  Chine  de  faire  des  commandes  de  préférence  aux  nations 
(jui  ne  lui  portaient  pas  ombrage.  Le  roi  Léopold,  avec  son 
grand  sens  pratique  des  affaires,  n'eut  garde  de  ne  pas  pro- 
liter  de  l'avis. 


CHAPITRE  XXIII 


LE  MASSACRE  DE  TIEN-TSIN 


NOUVELLE   DU   MASSACRE   DE  TIEN-TSIN 

Dans  raprès-midi  du  lundi  27  juin  1870,  à  2  heures,  le 
vapeur  Dragon^  appartenant  à  la  maison  Jardine,  Mathe- 
son  &  Co.,  jetait  l'ancre  dans  la  rivière  de  Chang-IIaï  et 
apportait  de  terribles  nouvelles  de  Tien-Tsin  :  une  popula- 
tion furieuse  avait  massacré  le  consul  de  France,  les  sœurs 
de  charité,  plusieurs  Français  et  incendié  le  consulat,  la 
cathédrale  ainsi  que  la  maison  des  sœurs.  Le  massacre 
avait  eu  lieu  après  le  départ  du  Dragon  qui  avait  été  rejoint 
à  Takou  par  un  cavalier  envoyé  en  toute  hâte  ;  le  vapeur 
s'était  à  peine  arrêté  à  Tché-Fou,  ayant  continué  son  voyage 
immédiatement  sur  la  demande  du  consul  anglais  \V.  F. 
Mayers.  Inutile  de  rappeler  que  le  télégraphe  n'existait  pas 
encore  entre  les  ports  du  Nord  et  Chang-Haï. 

Les  résidents  étrangers  convoqués  aussitôt,  formèrent  deux 
corps  de  volontaires  :  l'un  cosmopolite,  l'autre  français  ;  in- 
fanterie, cavalerie,  artillerie,  toutes  les  armes  furent  repré- 
sentées. On  retrouva  dans  les  magasins  de  la  municipalité 
française  trois  pièces  de  canon  hors  d'usage  qui  avaient  fait 
la  Ciimpagne  de  1860  ou  la  guerre  des  ï'aï  P'ing  ;  elles  ne 
firent  du  mal  qu'à  ceux  qui  les  servirent  et  Tun  des  jeunes 
artilleurs  '  improvisés  eut  la  main  fracassée  par  une  explosion 

I.   M.  Léon  Ilougeiot,  inspecteur  des  Messageries  impériales. 


ÎSOUVELLE    I)L'    MASSXCRK    DE    TIEN-TSIN  325 

prématurée;  nous  étions  armés  de  chassepols  de  rebut,  et 
cVst  miracle  que  quelqu'un  d'entre  nous  n'ait  pas  été  tué 
pendant  Texercice  par  un  camarade  maladroit  ;  les  Anglais 
étaient  armés  de  fusils  Snider. 

Le  Dragon  portait  une  lettre  du  lieutenant  May,  com- 
mandant Y  Opossum  à  Tché-fou,  au  commandant  Charles  J. 
Walker  du  Dwarfk  Chang-IIaï  ;  ce  dernier  reçut  du  consul 
anglais  W.  H.  Medhurst  Tordre  d'appareiller  immédiatement 
pour  Tien-Tsin.  Pareil  ord^e  était  donné  à  la  F/amme  par 
le  comte  Méjan,  consul  général  de  France  '  ;  d'autre  part, 
la  maison  américaine  Russell  (k  Co.  mettait  à  la  disposition 
des  consuls  le  vapeur  Shantung  pour  porter  à  Ïien-Tsin 
des  hommes  de  la  police:  dix  anglais  et  cinq  français.  Avis 
était  donné  également  aux  commandants  de  la  station  na- 
vale du  Japon  où  se  trouvait  le  chef  de  l'escadre  française,  le 
contre-amiral  Dupré. 

On  imagine  aisément  les  nouvelles  alarmantes  qui  circu- 
laient en  ville  :  les  Chinois  étaient  en  route  pour  détruire 
les  légations  étrangères  de  Pé-king  ;  le  chargé  d'afl'aires  de 
France,  comte  de  Rochechouart^,  avait  été  assassiné  à  Ho-si- 
wou  ;  le  mardi  12  juillet,  on  annonçait  que  dans  la  nuit  la 

1.  Méjan,  Eugène  Auguste^  comte,  ne  le  i*""  janvier  181^  à  Milan; 
élevé  consul,  2^  septembre  1837;  attache  à  la  mission  du  baron  Gros  à 
Bogota.  12  mai  i838;  au  consulat  général  de  Barcelone,  2  novembre 
1843  ;  gérant  du  consulat  de  l'aima.  19  avril  i844  ;  de  Moscou.  1*'''  oc- 
tobre i8.'i5  ;  consul  de  2''  classe  à  Stettin.  11  décembre  i8'i6  ;  à  Manille 
(mais  n*occui)e  pas  ce  poste),  3  mars  i8'i9  ;  à  Leipzig,  i5  juin  i84g; 
consul  de  i""'*  classe,  22  novembre  i854;  à  la  Nouvelle-Orléans.  22  juin 
i856  ;  consul  général  et  chargé  d'affaires  à  Port  au- Prince,  i4  janvier 
i865;  consul  général  à  Chang-Haï,  3  avril  1869;  à  la  Havane,  22  mai 
1872  ;  mort  à  la  Havane,  le  23  novembre  1874  "♦  chevalier  de  la  Légion 
d'honneur,  i4  mai  i85o  ;  otBcier,  22  juin  1862. 

2.  Outre  M.  de  Rochechouart,  il  v  avait  à  Pcking  au  moment  du  mas- 
sacre, MM.  Fourier  de  Bacourl,  secrétaire  (arrivé  à  Pékingle  10  août  1869), 
G.  Devéria  et  P.  Ristelhucber,  interprètes,  le  médecin  de  la  légation, 
D*"  Martin,  Anatole  Billequin,  professeur  au  T'oung  Wen  Rouan,  et  le* 
vicomte  d'Arnoux,  employé  des  Douanes. 


SaG  MASSACRE    DE    TIEN-TSIN 

concession  française  serait  brûlée  et  Téglise  Saint-Joseph  du 
Yang-klng-pang  détruite,  aussi  les  volontaires  patrouillè- 
rent-ils jusqu'à  cinq  heures  du  matin  ;  une  fôte  indigène 
ayant  lieu  le  18,  on  devait  se  préparer  à  repousser  une  at- 
taque des  Chinois  qui  seraient  sûrement  surexcités,  mais  le  i5 
les  bâtiments  de  guerre  commençaient  à  arriver  :  YAshuelol 
(américain)  et  le  Barrosn  renforçant  le  Zébra  (anglais)  ;  le 
17  paraissait  le  Coctlogon. 

On  racontait  que  les  sœurs  de  charité  avaient  élé  massa- 
crées à  Canton,  et  le  consul  américain  aurait  été  assassiné  à 
Tchcn-Kiang  ^n  revenant  de  Chang-Haï;  le  Leirn  (anglais) 
était  envoyé  pour  proléger  Ning-Po  ;  les  soldats  chinois 
campés  aux  collines  marchaient  sur  Chang-FIaï  !  Du  bruit  ! 
du  bruit  !  et  encore  du  bruit  !  heureusement. 

Le  S Aanf II n f(  ranirc  à  Chang-IIaï  le  samedi  16  juillet  ap- 
portait la  nouvelle  que  le  vice-roi  Tseng  Kouo  fan  était 
arrivé  à  Tien-Tsin  et  allait  commencer  une  enquête. 


COUP  d'œil  rétrospectif 


Avant  de  parler  du  massacre  de  Ïien-Tsin  qui  eut  lieu  le 
21  juin  1870,  jetons  d'abord  un  coup  d'œil  en  arrière. 

Depuis  longtemps  les  passions  populaires  étaient  surex- 
citées contre  les  étrangers  en  général  ol  les  missionnaires  en 
particulier.  Toute  tentative  de  réforme  était  considérée 
comme  sacrilège;  les  eiïorls  mêmes  pour  améliorer  l'édu- 
cation chinoise  si  arriérée,  et  faire  pénétrer  dans  la  nation 
quelques-unes  des  notions  scientifiques  qui  lui  manquent 
complètement  étaient  dénoncés  comme  des  innovations  dan- 
gereuses, témoin  cette  supplique  adressée  au  Trône  par  un 
Ministre  de  la  Cour  pour  que  rKmpereur  éloigne  du  T'oung 
\Ven  kouan  les  professeurs  européens  chargés  d'enseigner 


SUPPLIQUE    A    lV.MPEREUR  827 

les  mathématiques,   Tannée    même    (1867)  '    des  réformes 
proposées  dans  ce  collège  : 


SUPPLIQUE    A   l'empereur,     20    MARS    1867 

T'oung-tché,  6*  année,  a*  lune,  i5*  jour  (aomars  1867). 

Ce  discours,  cette  supplique  révcrentieuse  en  la  sainte  présence 
de  Votre  Majesté,  a  été  dictée  par  la  crainte  que  Tadmission  des 
Européens  à  enseigner  les  mathématiques  et  Tastronomie  ne  de- 
vienne pour  nous,  avec  le  temps,  la  source  de  grands  maux.  J'ai 
vu  l'adresse  envoyée  à  l'Empereur  par  Tchang  Cheu-tsao,  écri- 
vain du  palais  ;  il  dissuadait  d'établir  des  cours  de  mathématiques. 
L'Empereur  avait  déjà  ordonné  de  préparer  le  palais  T'oung-Wen- 
Kouan  pour  l'école  d'astronomie.  On  a  toujours  regardé,  en 
effet,  comme  étant  du  devoir  de  nos  philosophes  de  connaître 
les  sciences  mathématiques  ;  mais  il  ne  faudrait  pas  croire  que 
ces  sciences  font  partie  des  arts  libéraux  et  de  l'industrie.  Elles 
sont,  il  est  vrai,  comprises  dans  les  six  a'rts  libéraux  ;  de  fait, 
cependant,  elles  sont  du  domaine  des  philosophes  et  sont  bien  au- 
dessus  des  autres  sciences,  comme  le  remarque  très  bien  le  décret 
sacré. 

Selon  ma  vile  opinion,  ces  sciences,  pour  le  moment,  n'ont 
aucune  utilité  pour  nous  ;  elles  nous  sont  au  contraire  très  nui- 
sibles. Qu'il  me  soit  donc  permis  d'exposer  ce  que,  après  un 
long  examen,  j'ai  cru  nécessaire  de  dire. 

J'avais  toujours  pensé  qu'un  bon  gouvernement  était  basé  sur 
l'ordre  et  la  justice  et  non  sur  la  puissance  et  la  fraude,  que  le 
point  principal  pour  la  conservation  de  l'Empire  consistait  dans 
l'amour  du  peuple  et  non  dans  les  arts;  et  voilà  que  maintenant, 
pour  perfectionner  un  seul  art,  on  invite  des  maîtres  barbares  !  Je 
neveux  pas  affirmer  que  ces  barbares  si  fourbes  ne  livreront  pas 
entièrement  leurs  secrets.  Supposé  qu'ils  enseignent  tout  parfai- 
tement et  ([ue  leurs  disciples  mêmes  parviennent  au  sommet  de 
la  science,  nous  n'aurons  jamais  là  que  d'habiles  calculateurs  ; 
mais  depuis  le  commencement  du  monde,  il  est  inouï  qu'un 
homme,  ne  se  confiant  que  dans  l'art  du  calcul,  ait  jamais  pu 

I.   Voir  supra  y  p.    i63. 


3a8  MASSACRE    DE    TIEN-TSIN 

donner  du  courage  aux  faibles  et  éclairer  les  ignorants.  D'ailleurs 
sous  la  voûte  immense  du  ciel,  il  n'est  pas  croyable  qu'il  ne  se 
trouve  aucun  liomme  capable  dans  cette  science.  Si  donc  la  con- 
naissance de  l'astronomie  est  absolument  nécessaire,  qu'on  cher- 
che partout  et  on  trouvera  des  gens  capables  de  perfectionner 
cette  science.  Qu'est-il  besoin  des  Barbares?  Pourquoi  les  pren- 
dre pour  maîtres? Ce  sont  nos  plus  grands  ennemis. 

En  eiïel,  la  lo'  année  de  l'Empereur  Hien -Koung  ils  ont  violé 
notre  ville  capitale,  envahi  les  domaines  impériaux,  ruiné  les 
temples  de  nos  ancêtres,  brûlé  nos  palais,  pillé  les  habitations  des 
grands  et  du  peuple  '.  Notre  dynastie,  depuis  plus  de  deux  cents 
ans,  avait-elle  jamais  reçu  un  tel  affront  ?  Aussi ,  parmi  les  docteurs 
et  les  grands,  il  n'en  est  aucun  qui,  dans  son  cœur,  ne  soit  animé 
contre  eux  de  la  haine  la  plus  violente.  Cependant  notre  gouver- 
nement a  fait  un  traité  avec  eux  ^  !  Comment  une  telle  honte, 
de  telles  inimitiés  ont-elles  pu  s'oublier  en  un  seul  jour?  Le 
traité  conclu,  la  religion  de  Jésus  a  pris  un  accroissement  im- 
mense dans  tout  l'univers^.  Une  partie  du  jKîuple  ignorant  a  été 
séduite;  parmi  eux  il  y  a  même  des  lettrés  et  des  docteurs  qui 
sont  maintenant  les  soutiens  de  la  secte,  eux  qui  devraient  sou- 
tenir et  défendre  la  saine  raison,  rectifier  les  jugements  des 
hommes  et  ramener  au  sentier  de  la  vérité  les  gens  corrompus. 
Bien  plus,  cette  secte  a  gagné  aux  Barbares  ceux  mômes  qui  par 
leurs  talents,  leur  intelligence,  leur  élégance  d'esprit  avaient  mé- 
rité d'être  instruits  aux  frais  du  gouvernement,  et  en  qui  repo- 
saient toutes  les  espérances  de  l'empire.  Voilà  pourquoi  la  vérité 
opprimée  disparait,  tandis  que  l'erreur  va  toujours  croissant.  Et 
c'est  pourquoi  je  crains  fort  que,  si  dans  quelques  années,  tous  les 
habitants  de  la  Chine  ne  sont  pas  chassés  d(»  leur  pays,  ils  ne  soient 
au  moins  sous  la  domination  des  Européens.  J'ai  lu  avec  un  reli- 
gieux respect  les  paroles  que  le  très-clément  Empereur,  votre  très- 
sacré  prédécesseur,  adressait  aux  neufgrandsdocteursde  l'empire  : 
«  La  Chine,  disait-il.  avant  peu  d'années,  souffrira  certainement 
de  graves  dommages  des  royaumes  d'Europe  ».  J'ai  lu.  dis-je,  et 
j'ai  compris  que  l'Empereur,  dans  sa  sainte  sollicitude  pour 
l'avenir,  bien  qu*il  ait  mis  à  profit  les  arts  des  Européens,  les 
détestait  cependant  et  les  haïssait  en  réalité  profondément.  Il  v  a 

I.    Expédition  de  18O0. 

a.   Pcking,  20  octobre  18G0. 

3.   Dans  toute  la  Chine. 


AFFAIRES    DU    KOL'ANG    TOU^G  33 Q 

si  longtemps  déjà  que  le  monde  est  tombé  dans  la  corruption! 
Pourra-t-ï!  jamais  se  relever  ? 

On  dit  que  les  Barbares  ont  de  la  bainc  contre  les  lettrés  parce 
que  ceux-ci  repoussent  leur  religion.  Je  crois  donc  qu'ils  ne  pour- 
ront apprendre  parfaitement  les  matbématiques  sous  les  maîtres 
qu'on  a  cboisis,  probablement  ils  seront  induits  en  erreur  et 
deviendront  dupes  des  Barbares. 

«  Prosterné  devant  Votre  Majesté,  je  la  supplie  de  donner 
aussitôt  un  édit  qui  annule  le  décret  précédent  et  conjure  de  la 
sorte  tous  les  mallieurs  qui  nous  menacent  :  alors,  sans  aucun 
doute,  la  prospérité  reviendra  dans  l'empire  et  la  félicite  dans 
le  monde  ' .   » 

Mais  les  grosses  dilTicultés  furent  suscitées  par  le  règle- 
ment des  multiples  affaires  religieuses  qui  surgissaient  dans 
presque  toutes  les  provinces  de  la  Chine.  Elles  ne  contri- 
buèrent pas  peu  à  Fécœurement  du  ministre  de  France,  le 
comte  de  Lallemand. 


AFFAIRES   ni:    ROL'ANG    TOLX; 

Dans  le  Kouang-Toung,  M.  Verchère  ^  était  arrêté  à 
Tayong  (octobre  1867)  ;  en  août  1868,  xVl.  Dejean'  faillit  être 
viclime  d'une  émeute  populaire  ;  le  24  décembre  1868,  dans 
le  district  de  Loueitchéou,  Pabbé  Delavav  *  est  blessé,  sa 
chapelle  détruite,  une  centaine  de  chrétiens  sont  plus  ou 
moins  blessés  et  sept  ou  huit  tués.  Au  mois  de  juillet  1869 

I.  Missions  catholiques,  IV,  p.  ii5  ;  la  supplique  est  datée  avril  p^r 
erreur  au  lieu  de  mars. 

3.  Verchère,  Philippe-Jean- Marie,  miss.  étr.  de  Paris,  du  diocèse 
d'Aulun  ;  parti  pour  la  Chine  le  16  mars  i863. 

3.  Dejean,  Jean  -  François-Joseph ,  miss.  étr.  de  Paris,  du  diocèse 
de  Lyon,  parti  pour  la  Chine  le  i5  mai  1867. 

'\.  Delavay,  Jean-Marie,  miss.  étr.  de  Paris,  du  diocèse  d'Annecy, 
parti  pour  la  Chine,  i5  juillet  1867;  ™ort  à  Yun-nan  fou.  3i  décembre 
1895.  Ce  fui  un  botaniste  distingue. 


33o  MASSACRE    DE    TIEN-TSIN 

une  accusation,  semblable  à  celle  qui  sera  dirigée  contre  les 
sœurs  de  la  cliarité  à  ïien-ïsin  Tannée  suivante,  est  portée 
contre  une  chrétienne  qui  est  arrêtée  et  torturée  u  sous 
prétexte  qu'elle  exerçait  la  magie  sur  déjeunes  enfants,  leur 
arrachant  les  yeux,  la  moelle  des  os,  même  Vdfne  pour  en 
faire  des  remèdes.  »  * 


LE    COMTE    DE    LALLEMAND 

«  Le  ministre  de  France  à  Péking,  comte  de  Lallemand,  ^ 
écrit  le  D"*  Marlin  ^,  qui  fut  le  médecin  de  la  légation  à 
Tépoque  de  c<?  diplomate,  arriva  à  son  poste  au  mois  de  mai 
1867  et  le  quitta  le  6*  novembre  1868,  laissant  la  gérance  au 
plus  ancien  secrétaire,  M.  de  Uochechouart,  et  lui  conseil- 
lant la  modération  vis-à-vis  du  Tsoung-li  Yamen. 

«  Bien  que  ses  relations  personnelles  avec  les  ministres 
chinois  eussent  toujours  été  courtoises,  il  s'en  allait,  fort  peu 
satisfait  de  leur  attitude  et  de  leurs  procédés.  Depuis  l'échec 
de  Corée,  leur  hostilité  éclatait  en  toute  circonstance  ;  M.  de 
Lallemand  eut  beau  presser  son  département  de  ne  pas  lais- 

I.   Missions  catholiques^  II,  p.  3aa- 

3.  Lallemand.  Marie-Charles- Henri- Albert  (comte  de),  né  à  Besan- 
çon lo  1 1  mars  i8aa  ;  entre  au  Déi>arlcment  au  commencemenl  de  18^  5  ; 
attaché  à  l'ambassade  de  Constantinople,  17  février  i8^5  ;  à  la  mission 
de  M.  Eugène  Bore,  dans  le  Liban,  septembre  18 '17  ;  second  secrétaire  à 
Saint-Pétersbourg,  26  janvier  18/19;  secrétaire  de  légation  à  Dresde, 
ao  février  i85i  :  à  Bruxelles,  3  mai  i855  ;  secrétaire  de  i"^*^  classe,  3o 
août  i856  ;  maintenu  secrétaire  à  Bruxelles,  i3  septembre  i850;  1"''  se- 
crétaire à  Constantinople,  i3  mars  1867  ;  chargé  d'aflaires  spécial  à  Rome, 
à  la  fin  de  1863  ;  y  reste  six  semaines  ;  ministre  plénipotentiaire,  i3  oc- 
tobre i863  ;  envoyé  extraordinaire  et  ministre  plénipotentiaire  en  Chine. 
a8  novembre  1866;  chevalier  de  la  Légion  d'honneur,  décembre  i85i  ; 
commandeur,  7  novembre  1866. 

3.  Revue  de  V Extrême-Orient^  II,  p.  89. 

f\.  Lire  le  7  novembre;  il  remit  le  5,  le  service  à  M.  de  Uochechouart; 
il  s'embarque  à  Ticii-Tsin  pour  Chang  Haï,  sur  Y  Aspic. 


\ 


AFFAIRES    DU    SE-TCh'oUEN  33 1 

sor  là  raflaire  de  Corée  :  il  élait  décidé  à  Paris  qu'on  ne  s'en 
occuperait  plus. 

«  Il  eut  aussi  h  lutter  contre  la  mission  Burlingame  ;  mais 
de  ce  côté  il  ne  trouva  pas  un  appui  eflicace  de  la  part  de 
ses  collègues.  La  mission  fut  reçue  à  Londres  par  lord  Cla- 
rendon,  et  le  ministre  de  France  vit  dans  ce  résultat  des 
conseils  de  sir  Rutherford  Alcock  un  coup  fatal  pour  les 
légations.  » 

A  ces  causes  de  mécontentement  du  comte  de  Lallemand, 
il  faut  ajouter  la  non  remise  de  ses  lettres  de  créance,  l'in- 
solence à  son  égard  du  prince  de  Konng,  sa  mésintelligence 
avec  TAmiral  Rozo;  le  ministre  de  France  eut  de  meilleures 
relations  avec  le  successeur  de  ce  dernier,  l'amiral  Ohier. 
M.  de  Lallemand  avait  demandé  son  congé,  dès  le  3  avril  1868, 
pour  des  raisons  de  santé,  à  cause  de  sa  mauvaise  vue  et  pour 
le  règlement  de  ses  affaires,  disait-il. 


AFFAIRES    DU    SE-TCh'oUEN 


Dans  le  Se-tch'ouen  oriental,  Tabbé  Rigaud  *  fut  massacré 
à  Yeou-yang-tchéou  le  2  janvier  1869  et  sa  résidence  pillée 
et  incendiée  ;  cette  mission  avait  été  créée  quelques  années 
auparavant  par  Tabbé  Mabileau^  (successeur  de  M.  Eyraud), 
qui  y  avait  également  trouvé  la  mort  trois  mois  après  son 
arrivée  (29  août  1860).  Le  vicaire  apostolique,  Mgr  Des- 
flccbes  ^,  écrivait  aux  directeurs  du   Séminaire  des  Missions 


i.  Rigaud,  Jean-François,  né  à  Arc-ct-Scnans  (Franche- Comté),  du 
diocèse  de  Besançon;  miss.  étr.  de  Paris;  parti  pour  la  Chine,  3i  mars 
i86a. 

2.  Mabileau,  François,  né  le  i*^""  mars  1829,  à  Paimbœuf,  diocèse  de 
Nantes;  miss.  ctr.  de  Paris;  parti  pour  la  Chine,  31  mars  i858- 

3.  Desflèches,  Joseph -Eugène- Jean- Claude ^  né  à  Jonage,  dioc.  de 
Grenoble,  i3  février  i8i/i;  miss.  étr.  de  Paris,  1887;  parti  i5  mai  i838 


i 


332  MASSACRE    DE    TIEN-TSIN 

étrangères  le  i3  février  1869  :  «  Les  désastres  de  Ycou-yang- 
tchéou  sont  dus  à  la  connivence  des  mandarins  et  de  leur 
entourage,  car  il  était  facile  à  ceux-ci  de  prévenir  ou  d'arrê- 
ter ces  désordres  qui  heureusement  n'ont  pu  s'étendre  hors 
du  département  *. 

Le  D**  Martin  donne  les  documents  suivants  ^  relatifs  à  ces 
affaires  du  Se-tch'ouen  : 

Dépêche  adressée  par  le  maréchal  ïsoung  envoyé  par  le  gouver- 
nement au  Se-tch"ouen  au  sujet  des  affaires  religieuses  :  cette 
dépèche  a  été  communiquée  à  la  légation  de  France  en  décembre 
1869: 

«  Après  les  scènes  d'incendie  et  de  massacre  qui  curent  lieu  à 
Tche-fan-tsi  entre  la  population  et  les  chrétiens,  la  situation  ayant 
empiré,  le  gouverneur  du  Se-lch*ouen  délégua  le  préfet  surnmné- 
raire  de  deuxième  classe  Tseng  Chouan-tao.  Le  Tao-tai  délégué, 
Chi,  lui  transmit  des  instructions  verbales.  'Accompagné  d'une 
suite  nombreuse  d'ollicicrs  civils  et  militaires  et  de  soldats,  Tseng 
Chouan-tao  pénétra  dans  la  chrétienté  fortifiée  de  Tche-fan-tsi  où 
il  rencontra  le  prêtre  chinois  Tann. 

«  Ce  dernier,  sur  les  représentations  qui  lui  furent  faites,  fit 
désarmer  et  détruire  les  fortifications  et  licencier  les  défenseurs. 
Sur  ces  entrefaites,  le  Tao-tai,  Chi,  dont  le  caractère  conciliant 
est  connu  de  toute  la  population  de  Yeou-yang-tchéou,  arrivait 
dans  le  district  et  y  rétablissait  Tordre. 

a  On  distribua  des  secours  sans  distinction  de  religion  à  tous 
ceux  qui  avaient  souffert  et  on  prit  des  mesures  pour  prévenir  de 
nouvelles  incursions  des  brigands. 

«  L'évèque  Desflèches  montre  en  vérité  une  grande  partialité 
envers  les  chrétiens  qu'il  protège:  le  Tao-tai,  qui  l'a  vu  à  son 
retour,  prétend  que  ce  missionnaire  a  fait  avec  lui  preuve  de  plus 
d'éloquence  que  de  raison  ;  en  un  mot  cet  évèquc  accuse  de  men- 
songes les  rapports  des  autorités  locales  et  s'acharne  à  impliquer 
dans  les  affaires  le  notable  Tchang  Pc-tcho. 

pour  le  Se-tch'ouen;  cvèque  de  Sinile;  vie.  ap.  du  Se-tch'ouen  oriental, 
i856  ;  archevêque  de  Claudianopoiis  ;  mort  au  sanatorium  de  Monlbcton, 
près  Montauban,  7  novembre  1887. 

1.  Missions  catholiques,  II,  p.  lag. 

2.  Hes'ue  de  l'Kxtrcme-Ovicnt,  II,  p.  127. 


AFFATRES    DU    SE-TCH*OUEN  333 

«  Si  Tévêquc  pouvait  nous  aider  h  arrêter  ceux  des  siens  qui 
sont  les  instigateurs  du  meurtre  des  miliciens  et  autres,  tandis 
que  de  notre  côté,  nous  nous  appliquons  à  arrêter  les  instigateurs 
du  meurtre  des  chrétiens,  nous  pourrions  aisément  trouver  leurs 
complices,  faire  justice  et  aplanir  les  diflicultés  ;  mais  il  est  loin 
d*en  être  ainsi  et  quand  Tévêque  écrit  à  la  légation,  il  raconte 
rhistoire  à  sa  façon. 

«  Les  états  des  pertes  supportées  des  deux  côtés  par  les  popu- 
lations de  Yeou-yang  sont  les  suivants  : 

«  Procès-verbal  n"  i  (Janvier  1869).  —  Le  cadavre  de  Fabbé 
Uigaud  a  été  trouvé  dans  l'Église.  Le  crâne  était  fracturé  et  cal- 
ciné ainsi  que  les  quatre  membres  :  la  femme  Hoang-çan-ko  dé- 
clare avoir  ouï  dire  que  la  tète  a  été  jetée  au  feu  après  décollation. 
Dans  les  décombres  on  a  trouvé  39  corps  de  Tun  et  l'autre  sexe 
et  on  suppose  que  ce  sont  ceux  de  chrétiens  chinois  venus  à 
TofTice  ;  ils  portent  des  traces  de  coups  de  sabre  ;  quelques-uns 
n*ont  pu  être  reconnus. 

a  Procès-verbal  n°  a  (Janvier  1869).  —  34  miliciens  et  autres 
non  chrétiens  ont  été  trouvés  morts  après  une  cérémonie  du  culte 
chinois  ;  l\l\  personnes  ont  été  blessées. 

«  Procès-verbal  11°  3  (Avril  1869).  —  Il  comprend  la  liste  des 
gens  tués  par  les  chrétiens  sous  la  conduite  d'un  prêtre  indigène 
appelé  ïann.  H  >  a  1 13  hommes  et  16  femmes  ;  quelques  corps 
ont  été  enlevés  en  cachette. 

a  Procès-verbal  n"  /|.  -  II  comprend  la  liste  des  gens  tués  par 
les  chrétiens  conmiandés  par  le  prêtre  ïann  :  il  y  a  16  cadavres 
dont  huit  mis  en  pièces:  3  fennnes  violé<;s  et  une  brûlée  dans 
l'huile. 

«  Procès-verbal  n°  5  (i''*  mars  et  i3  avril).  —  Il  mentionne  le 
nombre  des  maisons  incendiées  par  les  chrétiens  commandés  par 
Tann  ;  ce  chifTre  s'élève»  à  io5  formant  800  chambres  :  il  y  a 
700  personnes  lésées  à  divers  degrés.   » 

Adresse  des  notables  et  des  populations  de  Yeou-Yang. 

«  Depuis  la  conclusion  des  traités  entre  la  Chine  et  la  France, 
la  religion  catholique  a  pénétré  dans  toutes  les  provinces  et  la 
tranquillité  publique  n'a  pas  été  troublée,  sauf  au  8e-tch'ouen  où 
révê(|ue  Desllèches  fait  des  prosélvtes  sans  discerner  les  bons  des 
mauvais  :  ces  derniers  commettent  des  exactions  et  ce  que  l'évê- 
quc  souhaite  par-dessus  tout,  c'est  de  les  voir  devenir  l'occasion 


r 


334  MASSACRE    DE    TIEN-TSIN 

d*aflaires  lucratives.  Ainsi  pour  l'église  de  Tchoung-king.  il  a  été 
payé  une  indemnité  de  i5oooo  taëls  (près  de  3  millions  de  francs)  : 
A  Yeou-tchang,  au  sujet  du  meurtre  de  l'abbé  Mabileau  par  Lao-ou, 
ce  dernier  a  été  condan[iné  à  mort  et  on  ne  se  tiendra  satisfait 
cbez  les  chrétiens  que  quand  ils  auront  reçu  une  indemnité  de 
80  000  taêls  I 

«  Ce  qui  est  le  plus  révoltant,  c'est  que  le  riche  notable  Tchang 
Pe-tclîo  qui  ferme  l'oreille  et  sa  porte  aux  propos  malveillants, 
est  accusé  par  l'évéque  Desflèches  cherchant  à  l'impliquer  dans 
le  procès  afin  d'en  tirer  de  l'argent  ;  c'est  là  un  système  de  chan- 
tage que  nous  payons  de  notre  sang  et  de  nos  sueurs.  Ainsi,  les 
chrétiens  nous  suscitent  partout  des  embarras  à  son  instigation 
en  vue  d'un  gain. 

«  L'an  dernier  à  Yeou-yang-tchéou,  s'éleva  une  rixe  entre  les 
chrétiens  et  nous  :  il  y  eut  des  morts  de  part  et  d'autre  ;  la  famille 
chrétienne  Lung-siou-yuan  était  sur  le  point  de  s'allier  à  la  famille 
des  Chou-yong-taï  par  un  mariage  ;  mais  ce  projet  fut  brisé  d'une 
manière  humiliante  pour  cette  dernière  qui  fut  dépouillée  de  ses 
biens  et  vit  ses  maisons  incendiées. 

«  Le  peuple  s'indigna,  les  milices  se  soulevèrent  ;  des  deux 
cùtés  il  y  eut  des  morts  et  des  blessés.  Les  notables  voulurent 
s'inter|>oser  pour  calmer  les  partis  ;  ils  allaient  réussir  quand  un 
chrétien,  Tann.  se  mit  à  la  tète  d'une  troupe  de  bandits,  nous 
attaqua  à  deux  reprises  en  février  et  en  août  ;  nous  nous  étions 
dispersés  sans  armes,  lorsque  nous  apprîmes  la  nouvelle  d'une 
tuerie  de  plus  de  deux  cents  hommes  et  d'actes  horribles  de 
cruauté.  Si  nos  doléances  ne  sont  pas  prises  en  considération,  il 
ne  nous  reste  plus  qu'à  prier  le  Ciel  de  nous  venir  en  aide. 


AFFAIRES  DU    HOUPK 

M*'*  Zanoli  ',  franciscain,  vicaire-apostolique  du  Hou-Pé, 
écrivait  *  : 

«  Dès  le  premier  mois  de  1869,  le  vice-roi,  diVjà  connu   pour 
ses  sentiments  hostiles  au  christianisme,  a  porté  un   édit  contre 

1.  Zanoli,    Eitslache  Vite  Modeste,    né  à   Morbirazzo,  de  rEmilic, 
19  mai  i83i  ;  mineur  réformé  ;  cvèquc  d  Elcutheropolis. 

2.  Missions  catholiques,  III,  1870,  pp.  2o3-4. 


AFFAIRES    DU    KOUEI-TCHÉOU  335 

toutes  les  sectes  et  religions  mauvaises,  et  surtout  contre  celles 
qui  corrompent  le  peuple  et  enlèvent  les  enfants.  Peu  de  temps 
après,  le  bruit  s*esl  répandu  que  les  Européens  avaient  envoyé  ici 
des  personnes  qui  rendaient  les  enfants  hébétés  par  des  procédés 
magiques,  s*en  emparaient  et  les  leur  remettaient.  Les  Euro- 
péens, ajoutait-on,  se  nourrissaient  de  la  chair  de  ces  enfants  et 
se  servaient  de  leurs  crânes  pour  des  expériences  physiques  et  de 
leurs  yeux  pour  faire  des  lunettes.  Ces  bruits  prirent  une  telle 
importance  que,  dans  le  voisinage,  la  populace  se  rua  sur  une 
maison  où  quelques  Anglais  s'étaient  réunis  pour  un  repas,  les 
accusant  de  manger  des  petits  enfants  ;  heureusement  que  les 
convives,  assez  nombreux,  purent  faire  bonne  contenance.  » 

Nous  verrons  de  semblables  accusations  être  portées  con- 
tre les  Européens  à  Tien-Tsin,  Tannée  suivante  \ 


AFFAIRES    DU    KOUEI-TCHÉOU 

Dans  le  Kouei-tchéou,  le  1 4  juin  1869,  les  églises  et  les 
établissements  chrétiens  étaient  saccagés  à  Tsen-y  fou  et 
Tabbé  Gilles^  l)attu  fut  arrête;  le  i  3  août  suivant,  il  suc- 
combait à  la  suite  des  mauvais  traitements  qu'il  avait  subis. 
IJn  plan  de  destruction  des  chrétiens  de  Tsen-y,  rédigé  en 
dix  articles,  était  formé  par  les  habitants  de  cette  ville  et  de 
la  campagne  environnante,  et  au  mois  de  mars  1870,  le 
P.  Lebrun  ^,  se  rendant  de  Toung-tseu  à  Kouei-Yang,  fut 
attaqué  le  5  dans  le  village  de  Sin-tchan  et  affreusement 
maltraité,  mais  il  put  néanmoins    atteindre    le   but    de  son 

1.  Voir  Médical  Superstitions  an  incentive  la  Anti-Foreign  Riots 
in  China.  By  D.  J.  Macgowan.  (IVorthChina  flevaldy  July  8,  1892, 
pp.  60-2.) 

2.  Pierre- Etienne- Amédée  Gilles,  né  le  i*^'  avril  1829  à  Vairéas 
(diocèse  d'Avijrnon)  ;  entré  au  séminaire  des  Missions  étrangères,  ao  sep- 
tembre 18G4  ;  parti  pour  le  Se  Icirouen  i5  septembre  i865  ;  passa  au 
Kouei-tcbéou  en  1868. 

3.  Lebrun,  Jean,  du  diocèse  de  Tulle  ;  miss.  étr.  de  Paris;  parti  pour 
la  Chine  le  i5  mars  1864. 


336  MASSACRE    DE    TIEN-TSIN 

voyage.  D'autre  part  le  prince  Koung  se  plaignait  à  M.  de 
Rochechouarl,  que  le  vicaire  apostolique  de  la  province, 
M*"'""  Faurie',  outrepassait  ses  droits  en  correspondant  di- 
rectement avec  le  Tsoung-li  yamcn,  en  demandant  la  grâce 
d'un  tao-taï  destitué,  etc.  ;  il  est  incontestable  que  ce  prélat 
par  ses  exigences  et  ses  imprudences  causa,  dans  son  ardeur 
inconsidérée,  à  différentes  reprises  de  grands  soucis  à  la  lé- 
gation de  Franc<î,  et  il  est  fort  heureux,  dans  Tinterèt  même 
des  missionnaires,  que  M*'*'  Faurie  n'ait  pas  eu  beaucoup 
d'imitateurs  parmi  ses  collègues. 


PLACARD    DU    HOL-NAN,     1869 

En  septembre  1869,  un  placard  incendiaire  était  mis  en 
circulation  dans  la  province  de  Ilou-Nan  ;  en  voici  quelques 
passages  caractéristiques  *  : 

«  Hélas  î  des  discours  dépravés  gagnent  journellement  du  ter- 
rain, et  les  principes  justes  graduellement  s'évanouissent  ;  les 
doctrines  étranges  progressent  avec  perversité  et  los  esprits  dos 
gens  sont  tous  en  agitation. 

«  Quant  à  ces  chiens  d'i\nglais  insubordonnés  qui  vivent  sur 
un  misérable  banc  do  boue  dans  l'Océan,  et  son!  gouvernés  tantôt 
par  une  femelle,  tantôt  par  un  mùlo,  lour  caractère  propre  est 
moitié  humain,  moitié  animal,  décrit  dans  les  annales  des  îles 
comme  le  a  Reptile  nu  »  et  appelé  en  Chine  Té  jin  ^. 

«  Sous  le  gouvernement  des  Ming*,  ils  lirent  peu  de  progros. 

i.  Faurie,  Louis,  né  le  i3  juin  182^,  dans  le  diocèse*  de  Bordeaux, 
à  Monscgur  ;  évoque  d'Apollonie  ;  vie.  ap.  du  Kouei-lchéou  ;  mort  18 
juillet  1871  à  Kouy-fou  dans  le  Se-tch'ouen  oriental. 

2.  North- China  Herald,  29  septembre  i86(). 

3.  Sorte  Alchthrantliropos^  un  monstre  de  la  tribu  des  Siluriens. 
(Note  du  S.  C.  Herald.) 

!\.  Dynastie  chinoise  antérieure  aux  Mandchous,  qui  a  régné  de  i368 
à  16U. 


PLACARD    DU    HOU-NAN  337 

Dans  la  période  Siien  Té  (i/i2G-i435)  Matteo  Ricci  *,  Jules  Aleni  * 
et  d'autres  introduisirent  les  premiers  leur  religion  nationale  de 
Jésus,  le  Seigneur  du  Ciel,  induisant  en  erreur  le  peuple.  Dans 
ce  temps-là.  il  y  avait  quelques  hommes  intelligents  qui  secrète- 
ment prirent  part  à  leurs  agissements,  jusqu'à  ce  que  Tcmpe- 
reur  a\ant  reçu  un  mémoire  pour  expulser  les  intrus,  ils  furent 
forcés  de  retourner  dans  leur  propre  pays. 

«  Notre  dynastie  poussant  à  l'extrême  sa  bienveillance  pour  les 
gens  venus  de  loin,  leur  permit  d'ouvrir  le  commerce  à  Canton 
en  1775.  Maintenant  notre  souverain  sacré  n'entretient  pas  de 
pensées  au  delà,  ni  n'en  attend  aucun  avantage.  Qui  aurait  pu 
s'imaginer  le  caractère  insondable  de  leurs  cœurs  de  loups  ;  l'a- 
bîme de  leur  nature  cupide  est  dillicilc  à  remplir  ;  ils  ne  font 
pas  attention  à  la  surabondance  des  faveurs  qu'on  leur  octroie, 
mais  au  contraire,  donnent  un  libre  cours  à  leur  imagination 
sauvage  et  insensée. 

a  Ceux  qui  sont  venus  [)our  propager  la  religion,  trompant  et 
égarant  les  masses  ignorantes,  impriment  et  font  circuler  des 
compositions  dépravées,  osant  par  leurs  extravagances  décevantes 
de  relâcher  les  liens  établis  de  la  société,  complètement  sans 
regard  de  toute  modestie.  Tout  d'abord,  quand  ils  craignaient 
que  le  peuple  les  attaquât,  ils  répandaient  leurs  principes  en 
privé;  mais  maintenant  en  tous  lieux,  ils  avancent  leurs  idées, 
pratiquant  délibérément  leurs  perversions  en  plein  jour;  le  trouble 
et  le  désordre  pénètrent  de  toute  part  et  les  sentiments  du  peuple 
sont  dans  une  agitation  incessante.  Quand  la  conflagration  a  com- 
mencé* où  finira  la  calamité  ?  Si  le  jeune  serpent  n'est  pas  écrasé, 
que  pourra-t-on  faire  avec  le  replile  entièrement  dé>eloppé  ?  Pour- 
quoi hésiter  ou  relarder  pour  l'écraser  mortellement  ?  Nous  mar- 
quons ici  quelques-uns  des  principes  réprouvés  de  ces  individus. 

a  Premièrement.  —  Le  Ciel  est  urt  et  indivisible,  gouverné 
par  Dieu  \  un  nom  qu'ils  ont  changé  en  Seigneur  du  Ciel  *  dont 

I.  Li  Mateou,  né  à  Macerata  le  6  octobre  i553  ;  arrivé  en  Chino  en 
i583  ;  mort  à  Péking  le  11  mai  ifno:  fondateur  de  la  mission  des 
Jésuites  dans  celle  ville. 

3.  Ngai  Jou  lioj  S.  J.,  né  à  Brcscia  en  i58a  ;  arrivé  en  Chine  en 
16 13  ;  mort  h  Fou-lchéou  en  aoiil  16^9. 

H  y  a  donc  erreur  dans  la  période  cilée. 

3.  Chang  Ti. 

4.  T'ien  Tchou. 

CoRDiER.  I.  —  aa 


/ 


338  MASSACRE    DK   TIEN-TSIN 

ils  font  Jésus  la  personnification.  Si  nous  examinons  l'histoire  de 
Jésus,  nous  trouvons  qu'il  naquit  la  deuxième  année  de  Youen 
clieou,  pendant  le  règne  de  l'empereur  Ngai  de  la  dynastie  Han. 
Mais  avant  Youen  clieou,  le  Ciel  était-il  réellement  un  trône  va- 
cant, attendant  un  occupant?  ou  élait-il  gouverné  par  une  autre 
personne  ;  comme  les  générations  successives  des  six  dynasties?  *. 


A  cette  proclamation,  furent  ajoutées  des  notes  marquant 
«  les  coutumes  les  plus  pernicieuses  des  étrangers  '  »  : 

«  I .  —  Les  sectaires  de  celte  religion  n'honorent  pas  leurs 
ancêtres  ni  les  pouvoirs  spirituels,  le  seul  esprit  qu'ils  adorent 
étant  Joss  ^.  Ceux  qui  oflicient  dans  le  culte  sont  les  pères  de  la 
secte  et  sont  appelés  les  messieurs  noirs.  Quand  quelqu'un  em- 
hrasse  la  foi.  ils  le  font  jurer  que  son  corps  vient  de  Joss;  et  il 
doit  en  premier  détruire  les  tahleltes  de  ses  ancêtres  pour  mon- 
trer la  sincérité  de  son  cœur.  Hélas  î  ils  coupent  leur  propre  ra- 
cine. Quand  la  racine  est  arrachée,  les  hranches  et  les  feuilles 
doivent  inévitablement  périr. 

3.  —  Le  baptême  est  une  loi  de  cette  religion.  Pour  l'accom- 
plissement de  ce  rite,  ils  prennent  les  cadavres  des  prêtres  *  et 
des  supérieurs,  quisont  bouillis  pour  en  faire  un  onguent  ;  celui-ci 
étant  mélangé  avec  un  médicament  stupéfiant  de  malsaine  in- 
fluence, l'application  en  est  accompagnée  par  un  charme,  sous 
la  direction  du  père  spirituel.  Quand  le  néophyte  a  terminé  son 
serment,  le  liquide  est  versé  sur  sa  tète.  Un  peu  de  ce  dernier  est 
aussi  versé  dans  de  l'eau  et  on  le  lui  donne  à  boire,  ceci  étant 
apjîelé  de  l'eau  purifiant  le  cœur.  De  cet  instant,  il  a  un  petit 
enfant  dans  la  poitrine,  qui  s'attache  au  cœur  ;  et  quoi  qu'il 
puisse  être  sévèrement  puni  et  amèrement  exhorté,  il  tient  h  sa 
folie  dépravée  d'une  façon  tenace  prêt  à  souffrir  la  mort  plutôt 
que  de  changer.  Donnant  à  ceci  un  joli  nom,  ils  l'appellent  le 
cœur  de  Boddhisatva  ^.  En  vérité,  la  chose  est  inexplicable.  C'est 

1.  VVci,  Ts'i,  Liang,  Tch'en,  Tcheou,  Soui. 

2.  N.  C.  Iferald,  octobre  6,  i866. 

3.  Pidgin  English  pour  Dieu. 

4.  Pâli,  Padre. 

5.  Buddha  prédcsliné. 


% 


PLACARD    DU    IIOL-NAX  SSq 

comme  un  homme  mordu  par  un  chien  enragé,  dont  Tesprit  ani- 
mal étant  complètement  transformé,  un  plus  petit  chien  se  pro- 
duit en  lui  ;  la  chose  est  analogue  dans  le  cas  en  question. 

3.  —  Les  adhérents  de  cette  religion,  quoique  originairement 
sains  d'esprit,  deviennent  certainement  fous,  après  avoir  prêté 
serment  et  bu  de  Teau.  Premièrement,  ils  prennent  alors  la  ta- 
blette des  ancêtres  et  la  brisent  en  mille  pièces  ;  ensuite,  ils  atta- 
quent toutes  les  idoles;  après  quoi,  ils  rasent  jusqu'au  sol  chaque 
temple  qui  est  en  leur  pouvoir.  Mais  ce  qui  est  le  plus  extraordi- 
naire, c'est  que  la  rapidité  avec  laquelle  la  folie  fait  son  cflct. 
dépend  de  la  distance  à  laquelle  un  homme  se  trouve  de  chez  lui. 
S'il  est  en  voyage  d'un  ou  deu\  jours,  la  folie  apparaît  au  bout 
d'un  jour  ou  deux.  S'il  est  seulement  à  un  jour  de  voyage,  la 
folie  prend  place  après  un  jour.  Cela  est  sur  d'arriver  quelques 
heures  après  qu'il  arrive  à  domicile  :  c'est  une  méthode  ingé- 
nieuse pour  détourner  le  peuple. 

(Les  4*.  5*  et  6'  articles  sont  trop  obscènes  |x>ur  être  imprimés). 

7.  —  Quand  un  membre  de  cette  religion  est  sur  son  lit  de 
mort,  plusieurs  de  ses  coreligionnaires  viennent  et  éloignent 
ses  parents  pendant  qu'ils  lisent  des  prières  pour  son  salut.  Le 
fait  est,  que  tandis  que  le  corps  respire  encore,  ils  enlèvent  les 
>eux  et  arrachent  son  cœur,  qu'ils  emploient  dans  leur  pays 
pour  fabriquer  de  l'argent  faux.  Après  cela,  ils  enveloppent  le 
cadavre  dans  un  drap  et  laissent  les  membres  de  la  famille  rem- 
plir les  rites  funèbres.  Car,  ils  disent  que  le  principe  de  l'intel- 
ligence humaine  est  dans  le  cœur,  et  l'eflicacité  subtile  des  vis-  . 
cèrcs  dans  l'œil  ;  tant  que  l'homme  est  encore  >ivant,  ils  lisent 
des  prières  pour  lui,  ce  qui  lui  assure  son  admission  dans  le  ciel  ; 
et  quant  a  son  corps,  œ  n'est  plus  qu'un  tabernacle  brisé.  Com- 
ment peut-on  ne  pas  déplorer  cette  profanation  d'un  lit  demorl, 
qui  devient  une  injure  personnelle  pour  soi-même! 

8.  —  En  attirant  les  gens  dans  celte  religion,  ils  comptent  en 
premier  sur  de  l'argent  ;  la  victime  ne  sachant  pas  cela,  qu'en 
recevant  leurs  richesses,  elle  accepte  leurs  injures.  Cela  lui  im- 
porte peu  qu'en  étant  vendue  dans  la  création  des  brutes,  elle 
soit  volontairement  classée  ainsi,  si  elle  peut  ainsi  obtenir  quel- 
que argent  comptant  ;  en  sorte  qu'en  convoitant  un  peu  de  leurs 
richesses,  elle  crée,  sans  scrupule,  des  difficultés  cent  fois  plus 
lourdes,  dans  l'avenir.  C'est  ce  que  l'on  appelle  recevoir  dans  le 
dépôt  intérieur  et  emmagasiner  dans  l'extérieur.  Les  gens  de  ce 
temps  ne  peuvent-ils  pas  distinguer  entre  le  profit  et  le  mal. 


34o  MASS\CnE    DR    TIEN-TSIN 

g.  —  Les  promoteurs  de  celte  religion  engagent  de  nombreux 
diseurs  de  bonne  aventure  et  de  physionomistes,  hommes  et  fem- 
mes, pour  se  rendre  dans  toutes  les  directions,  afm  de  tirer  des 
horoscopes  et  de  révéler  le  sort,  vantant  et  ilattant  outre  mesure, 
attirant  complaisamment  le  peuple  avec  leurs  paroles  douces.  Ils 
ont  aussi  des  gens  qui  cherclient  à  attirer,  et  cjui  emploient  des 
acteurs,  des  charlatans  et  toutes  sortes  d'individus  afin  de  s'em- 
parer des  imprudents  et  ils  détournent  hommes  et  femmes  et  les 
vendent  aux  barbares  pervers.  Dans  les  cas  extrt^mes.  ils  sont 
amenés  sur  la  cùte  où  les  pécheurs  de  biche-de-mer  *  emploient 
les  hommes  comme  amorces  ;  par  ces  moyens  ils  s'assurent  une 
pèche  abondante.  Ceci  est  tout  à  fait  méprisable. 

lo.  —  Les  barbares  pervers,  vagabonds  religieux,  faisant  du 
commerce  sous  la  protection  des  traités,  s'échappent  j)ar  fraude 
aux  autorités  impériales.  Ils  ne  peuvent  pas  être  examinés  aux 
passes  et  aux  barrières,  ni  arvélés  par  les  mandarins,  quoique,  au 
fond  de  leurs  misérables  cœurs,  ils  soient  vraiment  en  principe 
avec  les  bandits  sans  loi.  Ceux  qui  sont  engagés  [)our  répandre  la 
religion  dans  toutes  les  directions,  sont  seulement  les  espions  de 
ces  voleurs.  Maintenant,  pendant  que  nous  supportons  leur  per- 
versité hautaine,  le  poison  s'échappera  un  beau  matin,  quand  il 
sera  trop  tard  pour  nous  sauver  nous-mêmes.  On  dit  aussi  que 
les  vagabonds  religieux  barbares  pervers  allèrent  à  Kinhcou  dans 
le  Chan-Toung,  où  ils  détruisirent  la  tombe  et  le  temple  du  Sagc^. 
Les  descendants  du  Sage  étant  très  chagrinés,  l'un  d'eux  sur- 
nommé Maon,  prit  le  commandement  d'un  corps  de  troupes 
volontaires,  les  expulsa  et  les  tua  ;  depuis  lors  ils  n'ont  pas  osé 
entrer  dans  la  région.  Hélas  !  si  les  discours  de  Jésus  sont  répan- 
dus, et  les  doctrines  du  Sage  Confucius  ne  sont  pas  pratiquées, 
quel  genre  de  monde  deviendra  celui-ci  ?  Que  chacun  de  nous, 
lettrés,  fermiers,  artisans  et  marchands,  tire  l'épée  pour  la  ven- 
geance commune.  Si  quelques-uns  refusent  cordialement  de  se 
coaliser,  ils  sont  alors  pareils  à  ces  êtres  étranges.  » 


VOYAGE    DE   M.    DE    ROCHECHOrART,    CIIAN-SI 

Préludant  à  son  voyage  dans  le  Yang-tseu,  M.  de  Roche- 

I.  Haï  san,  Bicho  de  mar,  hololhiirio. 
3.   Confucius. 


I 


AFFAIRES    l)i:    RlA>r.    NAN  34 1 

choiiart*,  accompagne  de  M.  G.  Devéria,  interprète,  de 
plusieurs  personnes  appartenant  à  la  Légation  de  France  et 
de  M.  Lépissier,  professeur  au  T'oung  Wen  Kouan,  quittait 
Péking  le  17  juin  1869,  pour  se  rendre  dans  le  Chan-Si 
parSuen-Houa  fou,  Kalgan,  Si-wan-tze,  visiter  la  nnission  des 
franciscains  italiens;  il  faillit  ôtre  assassiné  à  Taï-vouen-fou, 
capitale  de  la  province.  Il  rentra  à  Péking  |)ar  le  Tché-li. 

«  Ce  petit  voyage,  écrivait  M.  de  Uochechouart,  de  Péking.  le 
16  avril  1869,  avait  plusieurs  buts  :  1°  de  pouvoir  renseigner 
exactement  Votre  Excellence  siu*  la  véritable  situation  de  nos 
missionnaires  dans  Fintérieur;  3**  de  voir  quel  degré  de  foi  on 
devait  ajoutera  leurs  plamtes  qu'on  pourrait  croire  exagérées,  si 
elles  n'étaient  aussi  générales  ;  3**  prendre  sur  l'état  commercial 
tous  les  renseignements  capables  d'intéresser  notre  commerce; 
4°  de  faire  tomber  par  ma  présence  les  bruits  absurdes  que  les 
mandarins  de  bas  étage  font  courir  sur  l'époque  prochaine  de 
notre  expulsion  de  la  Chine  ;  5°  enfin,  terminer  toutes  les  affaires 
pondantes  dans  ces  provinces  car  je  savais  par  expérience  qu'il 
sulFisait  de  demander  mon  passeport  pour  cette  excursion  |X)ur 
que  des  ordres  partis  de  Péking  ordonnent  de  satisfaire  à  toutes 
les  réclamations  des  missionnaires  se  trouvant  sur  mon  passage. 
Ce  voyage  n'a  été  ni  sans  fatigue  ni  même  sans  danger. 

AFFAIIIKS   DU    RIANG-NA?f 

Les  Pères  Seckinger^  et  lleude^  mfilgré  de  grandes  difïi- 

I.  Rochechouart,  comte  de,  Lonis-Jules-Emilieny  dit  Julien,  at- 
laclié  libre  h  Téhéran  (5  avril  i8()());  secrétaire  de  S*'  classe  à  Téhéran, 
q5  octobre  1862;  à  Péking,  3  déc.  1866;  de  a®  classe,  à  Péking, 
3i  déc.  1867;  chevalier  de  la  Légion  d'honneur,  i5  août  1868;  secrétaire 
de  1*"*  classe  à  Péking.  la  déc.  187J:  |)Iacé  hors  cadre  et  nommé  agent 
et  consul  général  à  Belgraile,  !iO  avril  1877;  ministre  plénipotentiaire  de 
a«  classe  à  Haïti,  lO  novembre  1877;  mort  de  la  fièvre  jaune  à  Port-au- 
Prince,  le  i3  mai  1879,  à  l'Age  de  48  ans. 

3.  Seckinger,  Joseph,  né  à  La  Chapelle  (Haut-Hhin),  9  septembre 
1829  ;  entré  dans  la  Compagnie  de  Jésus,  igavril  i853  ;  arri\é  en  Chine, 
ao  juillet  1861  ;  mort  à  Wou  Hou,  11  novembre  1890 

?f.  lleude,  Pierre,  né  le  25  juin  i836;  entre  dans  la  Compagnie  de 
Jésus.  4  novembre  1850  ;  arrivé  en  Chine,  9  janvier  1868. 


y 


3^3  MASSACnK    DE    TIEIS-TSIN 

cultes,  avaient  réussi  à  établir  en  septembre  1869  une  mis- 
sion dans  le  Ngan-houei,  à  Ngan-king,  capitale  de  la  province, 
lorsque  le  mercredi  3  novembre  1869,  leur  résidence  fut 
pillée  ainsi  que  celle,  voisine,  de  Kien-téc*. 

Le  chargé  d'affaires  de  France,  le  comte  de  Rochechouart, 
prévenu,  accompagné  de  M.  de  Bacourt,  secrétaire  delà  léga- 
tion, le  comte  Méjan,  consul  général  à  Chang-Haï  et  de 
M.  Dillon,  interprète,  remonta  le  Kiang  avec  la  frégate 
Vénus,  commandant  Maudel,  battant  pavillon  de  l'amiral  de 
(^ornulier,  la  corvette  Dupfeijc,  le  Coëtlogon  et  la  canonnière 
Scorpion  ;  le  29  décembre,  il  obtenait  satisfaction  des  auto- 
rités de  Nanking  et  une  proclamation  du  vice-roi  devait  être 
affichée  dans  les  villes  principales  (Fo/i  Tchéon  et  Hien)  du 
Ngan-Houei  et  du  Kiang-Sou  : 

«  Le  grand  envoyé,  superintendant  du  conuiierce  avec  les  Eu- 
ropéens, vice-roi  des  deux  Kiang,  Ma,  jK)ur  le  faire  savoir  à 
tous  ! 

D'après  le  treizième  article  du  traite  conclu  avec  la  France, 
la  religion  du  Seigneur  du  Ciiel  a  pour  fondement  d'exhorter  les 
hommes  à  ce  qui  est  hien.  Tout  chrétien  doit  obtenir  protection 
et  pour  sa  personne  et  pour  sa  famille  (c'est-à-dire  a  le  droit  de 
vivre  en  paix).  Ils  peuvent  se  réunir  jx>ur  adorer  Dieu,  pour 
prier,  etc.,  comme  il  leur  plait.  Les  mandarins  des  différentes 
villes  doivent  traiter  avec  bienveillance  et  protéger  ellicacement 
les  prédicateurs  de  la  religion.  Tout  Chinois  qui  veut  croire  et 
pratiquer  la  religion  du  Seigneur  du  Ciel  et  qui  observe  les  lois 
de  l'Empire,  ne  peut  en  aucune  manière  en  être  empêché,  ni 
pour  cela  subir  des  dommages. 

Tous  les  édits,  qui  jusqu'à  ce  jour,  ont  été  publiés,  attenta- 
toires à  la  liberté  de  la  religion,  doivent  être  détruits  quelque 
part  qu'ils  se  trouvent. 

Dans  le  sixième  paragraphe  du  second  traité,  il  est  déclaré  que 
les  missionnaires  français  peuvent,  dans  toutes  les  provinces, 
louer  et  acheter  des  terrains  jK)ur  y  hàlir  des  églises,  etc.  Il  est 

I.  Kien-lée  hien,  au  S.  de  Ngan-King,  dcpeiHl  de  Tchéou  Ichéou 
fou.  près  du  Kiang-Si.  —  Voir  les  Missions  cath.,  llî,  p.  aGô. 


V 


AFFAIRES    DL     KIANG-NAN  3^3 

prouvé,  après  d'exactes  recherches,  que  les  chrétiens  qui  suivent 
la  religion  du  Seigneur  du  Ciel,  demeurent  bons  citoyens,  et  la 
doctrine  que  cette  religion  professe  enseigne  expressément  aux 
hommes  à  respecter  rEm|x;rcur  et  à  observer  les  lois.  C'est  pour- 
quoi il  faut  aimer  et  protéger  les  chrétiens  comme  les  autres 
sujets' de  l'Empire,  et  montrer  à  tous  les  mêmes  sentiments  d'af- 
fection. 

Déjà  le  Tsoung-li  Yamen  avait  demandé  à  l'Empereur  d'or- 
donner à  tous  les  vice-rois  et  à  tous  les  fou-taï  de  veiller  à  ce  que 
tous  les  mandarins  locaux  de  leur  juridiction  traitassent  avec 
justice  et  expédiassent  avec  promptitude  toutes  les  causes  concer- 
nant les  chrétiens,  leur  recommandant  bien  de  ne  pas  les  négli- 
ger ni  faire  traîner  en  longueur,  dans  le  but  de  les  opprimer  et 
de  leur  causer  des  torts.  Tout  ceci  est  connu  dans  les  tribunaux  : 
c'est  ainsi  que  l'on  doit  régler  ces  affaires. 

Mais  voilà  que  depuis  quelque  temps,  des  lettrés,  des  gens  du 
peuple,  font  parfois  opposition  ou  excitent  des  troubles,  afin 
d'empêcher  les  missionnaires  de  disposer  des  terrains  nécessaires 
à  la  construction  des  temples,  etc.  ;  ils  soulèvent  la- multitude  et 
commettent  des  désordres.  Ce  sont  des  faits.  Quoique,  à  plusieurs 
reprises,  les  vice-rois  et  les  fou-taï  aient  sévèrement  imposé  aux 
mandarins  des  villes  de  faire  rechercher,  saisir  et  punir  les  cou- 
pables, on  n'a  pas  toujours  pu  le  faire  de  la  même  manière  et 
avec  la  diligence  convenable.  C'est  ce  dont  se  plaint  l'illustre  mi- 
nistre de  France,  Lou  S  et  ce  qu'il  demande  à  régler. 

A  l'avenir  donc,  il  faut  que  chrétiens  et  paiens  vivent  toujours 
en  bonne  intelligence  ;  animés  de  bons  sentiments  les  uns  vis-à- 
vis  des  autres.  C'est  ce  que  nous  notifions  à  tous  par  cet  édit. 
C'est  pourquoi,  nous  ordonnons  à  tous  ceux,  quels  qu'ils  soient, 
qui  sont  soumis  à  notre  autorité,  militaires  ou  civils,  de  ne  pas 
l'oublier.  Sachez  tous  que  les  traités  permettent  de  propager  et 
d'embrasser  la  religion  du  Ciel  ;  et  ceux  qui  ne  veulent  pas,  ou 
ne  les  force  pas.  Il  est  par  conséquent  absolument  défendu  d'o- 
mettre obstacle  sans  raison  et  d'exciter  des  troubles. 

Les  missionnaires  viennent  d'Europe  avec  la  volonté  intime 
d'exhorter  les  hommes  à  la  vertu  :  c'est  un  motif  de  les  recevoir 
avec  une  bien>eillance  d'autant  plus  grande. 

A  partir  de  ce  présent  édit,  observez   le   traité,  et   n'osez  pas, 

I     HiK'hcchoiiarl. 


ê 


344  MASSACUE    DE    TIEN-TSIN 

en  disant  oui  extérieurement,  dire  non  en  secret.  Que  si  des 
désordres  de  ce  genre  se  représentent  encore,  la  sévérité  des  lois 
de  l'Empire  sera  appliquée  aux  transgresseurs  qui  s'y  soustrai- 
ront diflicilement.  Craignez  d'en  faire  l'épreuve  !  Que  tous  et 
chacun  obéissent  avec  respect  à  cet  ordre  !  Qu'ils  le  connaissent  ! 

C'est  l'édit. 

La  8*  année  de  T'oung-tché.  le  26*  jour  de  la  ii*  lune  *. 


VOTACiE  DE   M.   DE   ROCIIECHOl ART,    187O 

Afin  de  régler  toutes  les  questions  en  litige,  le  chargé 
(raffaires  de  France  se  décida  à  se  rendre  lui-même  sur  les 
lieux;  il  prévint  le  prince  Roung  de  sa  résolution  par  une 
lettre  du  29  octobre  1869  ;  il  était  à  Chang-Haï  le  i*^'  décembre. 

Le  3i  décembre,  M.  de  Rochechouart  partait  de  Nan- 
king,  avec  le  Coèllogon  et  le  Scorpion^  commandant  de  la 
J aille,  pour  Ngan-king,  Kieou-kiang  et  Han-kéou  ;  là,  il  reçut 
une  dépêche  de  Li  Iloung-lchang,  vice- roi  des  deux  Hou, 
affirmant  que  les  affaires  du  Se-tch'ouen  (Yeou-yang  et 
Tsen-y)  étaient  réglées  grâce  à  nos  agents,  M.  Dillon  et 
M.  Guéneau  (Han-Kéou),  et  le  chargé  d'à  flaires  renonçant  a 
poursuivre  plus  loin  surleKiang,  repartit  le  29  janvier  1870, 
pour  Péking  par  la  voie  du  Chan-Si.  A  son  arrivée  à  Péking 
(9  mars  1870)  M.  de  Ilochechouart  proposa  la  création 
d'un  poste  consulaire  à  Tchoung-King.  On  a  prétendu  que 
le  voyage  du  chargé  d'affaires  de  France  dans  le  \ang-tseu 
avait  surexcité  les  esprits  et  qu'il  n'avait  pas  été  étranger  au 
soulèvement  de  juin  1870.  Dans  tous  les  cas,  les  fonction- 
naires mirent  la  plus  mauvaise  grâce  à  exécuter  leurs  pro- 
messes. La  corvette  française  le  Cnëllogon,  commandant 
KégnaultdcPrémesnil,  mouilla  à  Ngan-king  le  19  mars  1870, 
et  fit  cesser  leurs  hésitations. 

I.   Missions  catholiques,  III,  p.  ^!\. 


V 


AFFAIRES    DU    TCIIÉ-LI  3^5 


AFFAIRES   DU  TCHK-LI 

Dans  le  Pe  Tché-li  oriental,  à  Ilien-Hien,  le  P.  Leboucq  * 
faillit  être  lue  en  février  1868  par  les  rebelles,  en  mai  par 
les  soldats  impériaux,  et  enfin  au  mois  d'août  par  la  fièvre 
typhoïde  I  A  la  suite  de  Tallaque  dont  ce  missionnaire  fut 
Tohjet,  Tclfoung  Heou  publia  la  proclamation  suivante  : 

«  Dans  le  district  de  Ilien-Hien,  pendant  la  (|uatricme  lune. 
Wang  Tai-chong,  et  autres  gardes  mobiles  de  l'armée  Tché, 
arrêtèrent  et  pillèrent  plusieurs  voilures.  De  là  une  rixe  et  ses 
consécjucuces.  Le  P.  Lcboucq,  nûssiounaire  catholique,  fut 
blessé,  ainsi  que  deux  de  ses  suivants.  Dès  lors,  je  fis  amener  à 
Tien-Tsin,  pour  v  être  jugés  par  le  tribunal  de  préfecture,  les 
auteurs  du  brigandage  et  de  rattentat.  savoir:  Wang  ïai-chcng, 
Wang  Tuei-eul,  et  rotlicier  Wang  Wain-cheng  coupable  de 
n'a>oir  pas  arrêté  le  désordre  de  ses  soldats. 

(i  Wang  Tai-cheng  a  été  condamné  à  la  peine  capitale,  con- 
formément à  la  loi  concernant  le  vol  à  main  armée.  Mais  alors, 
le  P.  Lebouc(j  et  ses  collègues,  ont  prié  Son  Exe.  le  ministre  de 
France,  résidant  à  Péking,  d'intercéder  auprès  du  Tsoung-li 
Yamen,  aiin  qu'une  conunutation  de  peine  soil  accordée.  J'ai 
donc  très  humblement  soumis  ces  circonstances  à  l'Empereur 
qui  a  jugé  h  propos  de  les  renvoyer  à  l'examen  du  ministre  de 
la  justice:  il  en  résulte  que  Wang  Tai-cheng  sera  déporté  au 
plus  loin  et  que  l'ofTicier  W  ang  Wain-cheng  sera  dégi'adé.  Tel 
est  l'arrêt  qu'a  daigné  ratifier  l'Emperem*. 

Le  P.  Leboucq,  missioimaire  français,  prêche,  sa  religion  en 
Chine  depuis  longues  années.  Sa  droiture,  sa  sollicitude  pour 
chacun  sont  en  grande  réputation.  Il  nous  a  prêté  ses  bons 
oflices,  lors  d'une  exj)édition  contre  les  brigands  qui  infestaient 
les  provinces  du  Tclié-Ii  et  du  Clian-Toung,  |H»ndant  la  pre- 
mière année  du  règne  actuel,  et  souvent  il  a  donné  des  preuves 
de  son  courage  et  de   ses    mérites.   Aussi,    l'Emp'reur,   j)our  lui 

I.  Leboucq,  Prosper,  né  à  La  Bellièrc  (Orne),  i"  janvier  i8a8  ; 
cnlré  dans  la  Compagnie  do  Jôsus.  9  août  1807  ;  arrivé  en  Chine,  a'i  juin 
1859;  rentre  en  Europe;  cure  près  de  Lyon. 


â 


3^6  MASSACRE    DE    TIEN-TSIN 

manifester  sa  satisfaction,  lui  accorda-l-il  la  décoration  de  TË- 
toilc  et  de  la  Perle.  Les  chrétiens  chinois  et  étrangers,  qui  pra- 
tiquent lidèlement  leur  religion,  font  le  bien. 

Je  m'empresse  de  publier  tout  ce  qui  précède,  afin  que  vous 
tous,  gens  du  peuple  et  soldats,  etc.,  sachiez  à  quoi  vous  en 
tenir. 

Vous  devez  en  paix  faire  votre  devoir,  et  si  quelqu'un  d'entre 
vous  veut  suivre  la  religion  catholique  du  Maître  du  Ciet,  vous 
devez  avec  lui,  vous  donner  mutuellement  de  bons  conseils  ; 
vous  devez  volontiers  vous  entendre  et  vous  prêter  mutuellement 
assistance  ;  enfm,  n'avoir  qu'un  môme  cœur  pour  faire  le  bien. 

Tel  est  le  but  de  cette  proclamation  qui  sera  aflichée  à  Hien- 
llien,  devant  le  tribunal,  dans  le  faubourg  Sud,  et  à  ïcliang- 
Kia-tchouang. 

Obéissez  en  tremblant  ^  ! 

Malgré  la  proclamation  de  Tciroung  Heou,  rétablissement 
de  Kouang  ping  fou  fut  saccagé  le  ï8  mai  1869  ;  la  légation 
de  France  prévenue,  avertit  Tseng  Kouo-fan  qui  envoya  à 
Kouang  ping  fou  im  fonctionnaire  chargé  de  punir  les  cou- 
pables dont  le  principal,  un  bachelier  militaire,  Wei  Tchang- 
king  fut  arrêté,  dégradé,  obligé  de  replacer  une  croix  à  la 
place  de  celle  qu'il  avait  abattue  et  de  payer  cent  taëls  d'ar- 
gent de  dommages-intérêts. 

1,   Missions  catholiques.  II,  p.  16.V 


^ 


CHAPITRE  XXIV 

LE  MASSACRE  DE  TIEN-TSIN 

(Suite) 


LA    VILLE    DE    TIE>'-TS1>' 


Tien-Tsin,  Tune  des  villes  les  plus  considérables  de  la 
Chine,  est  située  sur  la  rive  droite  du  Pei-ho,  à  son  confluent 
avec  le  Grand-Canal  ou  Yun-ho.  On  peut  considérer  Tien-Tsin 
comme  le  port  de  Péking,  et  Ta  kou,  à  Tembouchure  du 
Pei-ho,  comme  le  port  de  Tien-Tsin. 

Jusqu'en  1782,  Tien-Tsin  n'était  qu'une  station  militaire, 
destinée  à  protéger  le  trafic  de  la  rivière,  mais  depuis  cette 
époque,  elle  a  été  élevée  au  rang  de  préfecture  (/b//).  La  ville 
forme  un  quadrilatère,  entouré  de  murailles  ;  sur  la  même 
rive  du  Pei-ho,  au-dessous  de  Tenceinle  murée  se  trouve 
Tseu  Tchou  Lin,  le  quartier  étranger,  qui  comprenait  deux 
concessions.  Tune  française,  plus  rapprochée  de  la  ville, 
l'autre  anglaise  :  depuis,  une  concession  allemande  s'est 
juxtaposée  à  la  concession  anglaise. 

De  l'autre  côté  du  Pei-ho,  se  trouvaient  d'immenses  mon- 
tagnes de  sel  et  c'est  là  qu'aujourd'hui,  aboutit  le  chemin  de 
fer.  Le  consulat  de  France,  reconstruit  depuis  à  Tseu  Tchou 
Lin,  était  installé  dans  un  ancien  pavillon  impérial  sur  la  rive 
droite  du  Pei-ho,  au  delà  du  Grand-Canal.  A  côté,  on  avait 
commencé  à  construire  au  printemps  de  1869  une  église 
ogivale  à  trois  nefs,  qui,  quoique  inachevée,  avait  été  livrée 


à 


3^8  MASSACIIE    DE    TIEN-TSIN 

au  culte  le  8  décembre  de  la  même  année  sous  le  vocable  de 
N.-D.  des  Victoires.  C'est  cette  église  qui  commandait  en 
quelque  sorte  le  Pei-bo,  lequel  après  une  courbe  très 
prononcée,  reçoit  le  Grand  Canal  et  descend  en  dif)ite  ligne 
devant  le  monument,  qui  fut  détruite  l'année  suivante. 

Tien-Tsin,  comme  nous  l'avons  dit  plus  haut,  avait  été 
ouvert  au  conmierce  étranger,  en  i86ï.  Sa  jX)pulation  indi- 
gène est  estimée  à  i  oooooo  d'habitants  (1899). 

pnODROMES 

Dès  le  commencement  du  mois  de  juin,  de  sinistres 
rumeurs  couraient  la  ville  et  excitaient  les  esprits  déjà  aigris 
par  une  longue  sécheresse.  On  parlait  de  nombreux  enlève- 
ments d'enfants,  on  disait  que  trente  à  quarante  corps  de 
nouveau-nés  avaient  été  trouvés  dans  les  cimetières  de  la  rive 
orientale  du  fleuve  ;  et  que  les  pauvres  petits  êtres  ayant  été 
tués,  leurs  yeux  et  leur  cœur  avaient  été  arrachés  pour  en 
fabriquer  des  médicaments.  (]es  dernières  imputations  étaient 
naturellement  fausses,  ainsi  que  le  reconnut  plus  tard  Tseng 
Kouo-fan,  mais  il  y  avait  malheureusement  quelque  chose 
de  vrai  dans  l'enlèvement  d'enfants  '. 

Le  6  juin,  on  avait  arrêté  deux  Chinois,  Tchang  Tchouen 
et  kouo  Kouei,  qui  avaient  enlevé  le  jeune  Li  Ta-yang,  après 
lui   avoir  administré  des  drogues.   Deux  autres  Kouei-lseu 


1.   Voir  sur  le  massacre  : 

—  China,  n'^  1  (1871).  Papers  reUiting  to  the  Massacre  of  Euro- 
peans  at  Tientsin  on  the  aisl  June,  1870.  —  Presented...^  1871. 
London,  in-fol.  [C.  —  248.] 

—  Notes  sur  le  massacre  de  Tientsin,  par  le  D""  Ch.  E.  Marlin. 
(A?rM'.  de  l'Extrême-Orient,  11,  pp.  89  cl  seq.) 

Le  D^  Marlin  était  médecin  de  la  légation  de  PVancc  depuis  l'arrivée 
à  l'é-king  du  comle  Lallcniand. 

—  Bibliotheca  Sinica,  col.  iQÔQ-i'iôo,  ao3o. 


phodromes  3^9 

(voleurs  d'enfanls)  avaient  été  également  pris  par  le  ti-pao  ' 
de  Yang  feng-l'oun  et  exécutés  sans  jugement.  Ënfîn  le 
samedi  18  juin,  un  Wou  Lan-lchen,  jeune  homme  de  dix- 
neuf  ans,  né  à  Ning  ïchin  li'ien,  fils  de  Wou  Tsoun,  ayant 
volé  un  enfant  nommé  Li  So,  fut  arrêté  à  Fâolioua  Kéou  et 
envoyé  au  magistrat  de  Tien-Tsin,  auquel  il  expliqua  qu'il 
était  en  rapport  avec  Wang  San,  portier  de  la  cathédrale  et 
autres  catholiques  auxquels  il  vendait  les  enfants. 

Il  est  malheureusement  assez  probahle  que  le  zèle  de  subal- 
ternes stimulé  trop  souvent  par  TappAt  de  petites  sommes  de 
monnaie  faisait  rechercher,  à  Tinsu  des  Sœurs,  des  enfants 
pour  IWsile  de  la  Sainte-Enfance.  Le  but  humanitaire  pour- 
suivi avec  un  grand  désintéressement  par  les  Sœurs  de  Saint- 
Vincent  de  Paul  sous  l'empire  d'une  foi  ardente  ne  peut 
être  facilement  compris  par  des  gens  peu  cultivés,  prévenus 
déjà  contre  les  étrangers  par  les  fonctionnaires.  Les  Sœurs 
d'ailleurs  ne  voyaient  pas  le  danger  et  quelques  jours  avant 
la  cat^istrophe,  se  déclarèrent  pleinement  rassurées  malgré 
les  bruils  alarmants  qui  circulaient  dans  la  ville. 

Ce  môme  jour  (18  juin),  il  y  avait  réunion  des  lettrés 
dans  le  yamcn  du  temple  de  Confucius,  à  la  suite  de  laquelle 
les  écoles  indigènes  étaient  fermées  et  le  tché-fou,  nommé 
par  Tseng  Kouo-fan  et  arrivé  depuis  peu  de  temps,  lançait  une 
proclamation  qui,  par  ses  allusions  à  l'enlèvement  des  enfants, 
excitait,  au  lieu  de  la  calmer,  l'agitation  populaire.  La  foule, 
en  témoignage  de  gratitude  de  cette  manifestation,  offrit 
an  magistrat  nixQ  ombrelle  de  «  dix  mille  noms  m  (h'^/i  min 
snn)  et  une  tablette  du  «  Buddha  vivant  de  Dix  mille 
Familles.  »  Le  massacre  des  étrangers  qui  devait  avoir  lieu 
le  jour  même,  était  retardé. 

Si  l'on  songe  que  les  corporations  de  pompiers  ainsi  que 


I.  Chef  de  la  population,  choisi  tantôt  par  les  fonctionnaires  locaux, 
tanlut  par  les  habitants. 


35o  MASSACnE    DE    TIE>-TSI>fr 

les  volontaires  Çf-mift^  jadis  organises  pour  repousser  les 
TVï  Ping,  qui  prirent  une  part  active  aux  événements,  avaient 
(I  leur  tète  des  lettrés,  on  ne  peut  douter  de  la  complicité 
des  magistrats  de  Tien-Tsin.  et  en  particulier  du  tché-fou  et 
du  tché-liien. 

Le  19,  le  surintendant  du  commerce,  Tch'oung  Heou, 
faisait  un  rapjwrt  dans  lequel  il  rappelait  que  le  fi  du  mois, 
il  avait  déjJi  dénoncé  les  voleurs  d'enfants  et  il  annonçait 
l'arrestation  de  Wou  Lan-tchen  ;  le  même  jour,  le  médecin 
anglais,  le  D'  Frazer,  était  attaqué  dans  la  ville  indigène  par 
la  populace  et  n'échappait  que  grâce  k  la  rapidité  de  son 
cheval. 

La  situation  était  donc  fort  alarmante.  Aucune  canonnière 
ne  se  trouvait  dans  le  port,  et  le  mardi  matin,  21,  le 
dernier  vapeur  de  commerce,  le  Dragon^  levait  Tancre  pour 
Chang-Haï.  Le  consul  intérimaire  anglais,  W.  H.  Lay  *, 
écrivait  à  rofiicier  supérieur  de  la  marine  anglaise  à  Tché- 
fou  et  à  M.  Wade  à  Péking  pour  réclamer  Penvoi  d'un  bateau 
de  guerre.  Quelques  heures  plus  tard,  Lay  écrivait  à  Wade 
pour  annoncer  que  ses  pires  craintes  étaient  réalisées,  et  dans 
son  trouble,  il  oublia  d'expédier  la  lettre. 

D'un  antre  côté,  notre  consul,  M.  Henri  Fontanier^,  écri- 
vait au  comte  de  Rochechouart,  notre  chargé  d'affaires  à 
Peking,  la  lettre  suivante  pour  exposer  la  situation  : 


I.  Lay,  HUlliam  Ilyde,  mort  6  août  1876;  il  avait  éU5  nommé  élève 
iiilorprètc,  32  février  i854;  et  consul  k  Tché-fou,  3  janvier  1872. 

3.  l'^onlanier,  Henri-Victor,  né  à  Paris  en  septembre  i83o  ;  accom- 
pagna en  i846  son  père,  consul  à  Singapore,  et  en  i853  à  Sa  in  te- Marthe; 
chargé  provisoirement  de  la  chancellerie  de  Sainte -Marthe;  correspondant 
du  Muséum  d'histoire  naturelle  ;  élève-interprète  en  Chine,  28  juillet 
i855;  chargé  des  fonctions  d'interprète  de  la  commission  franco-an- 
glaise à  (îanton,  en  1860;  premier  interprète  intérimaire  de  la  légation 
de  Péking,  3  juin  i863  ;  interprète-chancelier  de  la  légation  de  Péking. 
8  mars  1865;  chargé  de  la  gérance  du  consulat  de  Tien-Tsin,  11  janvier 
j8()f)  ;  consul  de  3*"  classe,  3  février  1869. 


LETTRE    DE    M.    FONTANIER  35 1 


LETTRE    DE    M.    FONTAMER,     21    JUn'    187O 

Tion-Tsin.  le  21  juin  1870. 

M.  LE  Comte, 

Notre  petite  ville  deTien-Tsin,  d'ordinaire  si  tranquille,  vient 
d*étrc  troublée  depuis  quelques  jours  par  des  cris  et  des  attrou- 
pements aux  environs  de  rétablissement  des  Sœurs  de  Charité  et 
du  Consulat.  On  accusait  les  Sœurs  d*arracher  les  yeux  aux  en- 
fants ;  de  plus  hardis  déterraient  les  morts  provenant  de  leur 
hôpital.  Enfin  le  Tao-taï  ^int  me  présenter  la  déposition  de  plu- 
sieurs témoins  déclarant  avoir  été  victimes  des  recruteurs  de 
petits  enfants  employés  par  nos  missionnaires.  Je  n'eus  pas  de 
peine  à  lui  démontrer  que  tous  ces  bruits  étaient  Tœuvre  de  la 
malveillance  ;  mais  le  Tao-taï  s'étant  présenté  ofTicieusement,  je 
lui  promis,  sur  sa  demande  réitérée,  de  veiller  à  ce  que  nos 
Sœurs  de  Charité  n'employassent  désormais  que  des  individus 
d'une  moralité  éprouvée. 

Quelques  heures  après  (le  19)  le  Tché-h'ien  se  présentait  au 
Consulat  accompagné  d'un  délégué  de  Tch'oung-Heou  dans  l'in- 
tention de  provoquer,  séance  tenante,  une  enquête  ofllcielle  au 
domicile  des  Sœurs  et  des  Missionnaires  Lazaristes.  Mais  comme 
il  commit  la  maladresse  de  s'emporter,  et  môme  de  me  menacer 
du  ressentiment  de  la  population,  en  paraissant  vouloir  exiger 
de  moi  ce  que  ses  Supérieurs  avaient  laissé  (pielques  heures  au- 
paravant entièrement  à  mon  appréciation,  j'en  profitai  pour 
rompre  l'entretien,  en  rappelant  au  Tché-h'ien  que  c'était  seu- 
lement avec  l'Intendant  des  trois  Ports  du  nord  que  j'entendais 
continuer  c^îtte  alTaire,  mais  que  je  ne  le  rendais  pas  moins  res- 
|K)nsable  des  conséquences  des  troubles  dont  il  semblait  me  me- 
nacer, car  j'étais  persuadé  qu'il  en  était  seul  l'instigateur. 

Je  priais  le  délégué  de  Tch'oung  Ileou  d'informer  son  Excel- 
lence du  résultat  de  mon  entrevue  avec  le  Tché-h'ien,  en 
attendant  que  j'allasse  moi-môme  lui  porter  une  plainte  contre 
la  conduite  peu  convenable  de  ce  Magistrat.  J'eus  le  plaisir  de 
recevoir  la  visite  de  Tch'oung  Heou  le  lendemain.  11  me  parla  en 
fort  mauvais  termes  du  Tché-h'ien,  tout  en  essavant  de  l'excu- 
ser.  II  se  plaignit  du  peu  de  cas  que  les  autorités  locales  avaient 


353  MASSACRE    DE    TIEN-TSIN 

fait  de  ses  observations  quand  il  avait  essayé  de  démentir  les 
faux  bruits  répandus  contre  nos  missionnaires,  s'étant  finalement 
trouvé  dans  l'obligation  de  les  laisser  faire  une  démarche  h 
laquelle  il  avait  refusé  de  se  joindre,  ce  qui  lui  valut  de  nou- 
veau Fépitlièle  de  «  bras  droit  des  Européens  ». 

(le  petit  incident,  qui  aurait  pu  prendre  une  mauvaise  tour- 
nure sans  lintervention  de  Tcli'oung  Ileou,  parait  aujourd'hui  à 
peu  près  terminé  ;  Tciroungllcou  m'ayant  en  outre  promis  d'ici 
à  quelques  jours  de  publier  une  petite  proclamation  pour  apaiser 
les  esprits.   » 

Incident  à  peu  près  terminé  I  Quelle  illusion,  quand  les 
minutes  de  la  vie  de  Tinfortuné  consul  sont  comptées  et  que 
dans  peu  d'inst^ints  aura  lieu  une  des  plus  terribles  tragédies 
qui  aient  laissé  leur  marque  sanglante  dans  Thistoire  de  nos 
relations  avec  rExtréme-Orient. 


MASSACRE    DE    TIEN-TSIN,     21    JllN     187O 

A  riieure  même  à  laquelle  M.  Fontanier  écrivait  sa  lettre 
(dix  heures  du  matin),  les  gongs  retentissaient  et  le  Iché-foii 
se  présentait  a  la  porte  de  la  cathédrale  pour  réclamer  Wang 
San  \  Il  étiiit  accompagné  du  tao-taï  et  d'un  autre  fonction- 
naire; a  trois  reprises,  les  fonctionnaires  réclamèrent  vaine- 
ment le  portier  ;  «  la  foule  devient  turbulente,  enfin  les  enfants 
jettent  des  pierres  dans  la  porte  et  finissent  par  casser  une 
fenêtre.  Cinq  Chinois  vont  chez  le  consul,  la  porte  à  côté, 
pour  se  plaindre;  et  celui-ci  considère  immédiatement  les 
circonstances  comme  étant  de  la  plus  dangereuse  nature. 
CVsl  pourquoi  le  consul,  M.  Fontanier,  se  rendit  au  yamen 
du  gouverneur,  accompagné  par  son  chancelier,  M.  Simon 
et  bientôt  suivi  par  M.   A.  Coutris.  Tch'oung  Hcou  promit 


I.  Wang  San  n'avait  que  30  ans,  ce  qui  paraît  diminuer  sa  responsa- 
bilité. 


MASSACRE    DE    TIE.N-TSIN,    21     JUIX     187O  353 

dVnvoycr  immédialciueiit  des  mandarins  pour  calmer  la 
foule,  mais  il  devait  envoyer  chercher  d'abord  les  mandarins. 

• 

Le  consul,  devenant  de  plus  en  plus  impatient,  de  gros  mots 
furent  dits;  M.  Fontanier  tira  son  épée  et  en  frappa  la 
table.  Tch'oung  Meou  essaya  de  le  calmer;  mais  le  consul 
do  France  dit  qu'il  avait  déjà  entendu  la  foule  demander  sa 
vie  et  que  sûrement  Tclroung  Heou  mourrait  le  premier. 
Après  avoir  parle,  il  tira  deux  balles  de  revolver  sur  Tciroung 
Heou,  mais  elles  passèrent  près  du  bras  droit  du  gouverneur 
sans  le  blesser.  Plusieurs  petits  mandarins  s'inter|K)sèrent  et 
poussèrent  le  consul  jusqu'à  la  porte,  mais  le  premier  de 
ceux  qui  le  suivaient,  reçut  un  grand  coup  de  sabre  à  travers 
la  figure.  A  la  fm  M.  Fontanier  désira  quitter  le  yamen, 
M.  Simon  brandissant  son  épée,  pour  faire  place  devant  lui. 
Juste  sur  le  seuil,  ils  rencontrèrent  le  magistrat  de  Tien-Tsin, 
qui  entrait.  De  grands  mots  furent  encore  dits  et  M.  Fon- 
tanier recul  de  nouveau  le  conseil  de  ne  pas  se  mettre  en 
colère;  mais  en  réponse,  M.  Fontanier  lui  tira  un  coup  de 
revolver,  le  manqua,  frappant  le  domestique  du  magistrat  à  la 
tète,  et  le  tuant  instantanément.  M.  Simon  tira  immédiatement 
deux  fois  dans  la  foule,  et  fut  alors  attaqué  furieusement  par 
la  populace,  et  sous  les  yeux  du  consul,  fut  tué  d'une  manière 
alroce;  son  ventre  étant  ouvert,  etc.  Le  moment  après,  le 
consul  lui-même  était  renversé  et  assassiné.  Les  deux  cadavres 
furent  jetés  dans  le  fleuve*.  » 

Ce  qui  n'enq3êcha  pas  Tch'oung  Heou  de  déclarer  a 
M.  Lay  que  le  corps  de  M.  Fontanier  élail  resté  dans  son 
yamen;  le  négociant  Coutris  ayant  réussi  à  se  cacher  chez 
Tch'oung  Heou,  put  sortir  le  lendemain  sain  et  sauf.  Pendant 
ce  temps,  la  mission  des  Lazaristes  était  pillée  et  brûlée  ;  le 
P.  Chevrier  '^  et  le   prêtre  cantonais  Vincent    Hou  étaient 

I.  Version  chinoise.  —  A  comparer  avec  la  (]6|)osiiion  do  M.  Coutris 
(/.f  Proffrès,  Shanghaï,  18  avril  187 1). 

•j.   Claude- Marie  Chevrier,  né  à  Saini-Symphorien-de  Lay  (diocèse  de 

CoRDlKR.  1.    23 


354  MASSACRE    DE    TIEN-TSIN 

assassinés  ainsi  que  Tinlerprèle  Thomassin  et  sa  femnne.  Le 
pauvre  M.  Thomassin  rentrait  du  congé  qu'il  avait  pris  en 
France  pour  se  marier  et  allait  rejoindre  son  poste  à 
Péking'.  Sa  mauvaise  chance  l'avait  fait  descendre  au 
consulat  de  Tien-Tsin  le  jour  même  du  massacre  ;  son 
compagnon  de  voyage  depuis  Marseille,  M.  FernandScherzer*, 
avait  échappé  au  même  sort  en  s'attardant  à  Chang-Haï.  Ce- 
pendant, de  la  paille  était  enUssée  dans  la  cathédrale;  de 
nombreux  chrétiens  y  étaient  enfermés,  et  en  |>eu  de  minutes, 
on  vit  de  longues  flammes  s'élever  vers  le  ciel,  anéantissant 
un  des  plus  beaux  édifices  chrétiens  de  T Extrême-Orient.  La- 
foule  passa  alors  le  pont  aux  cris  de  :  «  Tuez  d'abord  les 
Français  et  ensuite  les  autres  étrangers.  »  Le  locsin  reten- 
tissait, les  gongs  résonnaient,  la  populace  hurlait,  bientôt  les 
malheureuses  Sœurs  étaient  la  proie  de  ces  hordes  de  bêtes 
féroces  \ 


Lyon),  19  août  i8ao;  servit  dans  la  marine  militaire;  entra  en  i85o  au 
séminaire  de  Lyon  ;  curé  de  Lambessa  (province  de  Constantine)  ;  entra 
au  séminaire  de  Saint  Lazare  en  novembre  i858  ;  partit  pour  la  Mongolie, 
août  1869  ;  puis  passa  à  Tien-Tsin. 

1.  Tbomassin,  Ed.,  élève  interprète  en  (^bine,  28  juillet  1862  ;  inter- 
prète-cbancelier  du  consulat  d<*  France  à  Ning-Po,  8  mars  i865;  inter- 
prète-cbancelier  de  la  légation  de  France  h  Péking,  2(j  février  1870. 

2.  Scberzer,  h^ernand -Georgi*s- Fra ncis ,  élève  interprète  à  Péking, 
10  mars  1870:  interprète-chancelier,  1878;  du  consulat  de  Han  Kéou, 
i4  septembre  1876;  chargé  de  la  gérance  du  consulat  de  Canton,  mars 
1879;  interprète-chancelier  du  consulat  de  Tien-Tsin,  19  avril  1879; 
interprète  du  consulat  de  Chang  Haï,  G  mars  1880;  vice-consul  de  i""*^ 
classe  à  Han  Kéou.  ui  février  1882  ;  consul  de  a*' classe  à  Canton,  i*' 
mai  1 88.^1  ;  membre  de  la  délégation  française  k  la  Commission  de  déli- 
mitation franco-chinoise.  1 4  août  i885.  chevalier  de  la  Légion  d'honneur, 
28  décembre  i885;  mort  le  i5  mars  1886,  dans  la  mer  Rouge,  à  bord 
du  Djemnnh,  à  Tâge  de  36  ans. 

3.  L'établissement  des  Sœurs  était  dans  les  faubourgs,  juste  en  dehors 
de  la  porte  de  l'Esl  ;  on  prétend  que  j>our  préserver  de  l'incendie  les 
maisons  indigènes  environnantes,  leurs  toits  avaient  été  recouverts  de 
feuln^  mouillé  ;  la  veille  du  massacre,  les  rues  voisines  avaient  été  barri- 
cadées pour  que  nul  étranger  ne  pût  échapper. 


MASSACRE    DE    TIEN-TSIN,    31    JUIN     187O  355 

Un  négociant  français,  M.  Challemaison,  qui  demeurait 
près  du  consulat,  fut  également  tué  et  quand  son  corps  fut 
retrouvé,  les  yeux  avaient  été  arra^^hés  et  les  restes  étaient 
méconnaissables.  Sa  femme,  qui  avait  réussi  à  s''échapper, 
avait  été  cachée  dans  une  petite  maison  par  les  femmes  ;  le 
soir,  la  pauvre  créature,  voulant  rentrer  dans  sa  maison  et  la 
trouvant  abandonnée,  essaya  de  regagner  son  refuge,  mais  se 
trompant  de  porte,  fut  reconnue  comme  Française  et  mise  à 
mort. 

L'abbé  Lemonnier,  procureur  des  Missions  étrangères, 
écrit  de  Chang-IIaï,  à  la  date  du  6  juillet  1870  : 

«  Plus  horribles  encore  sont  les  détails  :  Le  consul  de 
France  a  eu  la  tête  et  le  visage  littéralement  labourés  de 
blessures,  et  la  poitrine  transpercée  à  coups  de  lances  ; 
M.  Simon  a  été  mutilé  au  point  d'être  méconnaissable  ; 
M.  Thomassin,  affreusement  entaillé  h  la  tète,  au  visage, 
et  par  tout  le  corps,  a  eu  le  ventre  entr'ouvert;  sa  femme 
a  été  assommée  à  coups  de  massue  ;  M.  Fabbé  Chevrier  a  eu 
le  crâne  fracassé,  la  poitrine  et  le  ventre  ouverts.  Des  Sœurs 
de  Saint- Vincent-de-Paul,  cinq  ont  été  mises  à  mort  de  la 
manière  la  plus  barbare  qu'il  soit  possible  d'imaginer  : 
vivantes,  on  leur  a  arraché  les  yeux,  on  leur  a  coupé  les 
seins,  on  leur  a  fait  subir  les  derniers  outrages;  les  quatre 
autres  ont  été  brûlées  vives,  et  leurs  restes,  retrouvés  dans 
les  cendres,  n'étaient  plus  qu'un  hideux  amas  de  chairs 
carbonisées.  Les  cadavres  de  toutes  les  victimes  portent  les 
mêmes  traces  de  barbarie  '.   » 

De  l'autre  côté  du  Pei-ho,  les  négociants  russes,  Bassov  et 
Protopopov  el  la  femme  de  celui-ci,  sœur  de  M.  Startzov, 
furent  assassinés. 

A  cinq  heures,  on  battait  les  gongs,  les  pompiers  ralliaient 
leurs  chefs,  regagnaient  leurs  demeures,  détruisant  en  roule 

I.   Missions  catholiques^  FFF,        a8i. 


356  MASSACRE    DE    TIEN-TSIX 

huit  cliapelles  *  anglaises  et  américaines,  et  prenaient  tran- 
quillement le  repos  que  prend  généralement  le  bon  ouvrier 
après  une  journée  de  grand  travail.  La  nuit  tombait  sur  les 
dernières  lueurs  de  Tincendie  ;  les  vingt  cadavres  que 
charriait  le  fleuve  criaient  vengeance. 

Ils  ne  l'obtinrent  jamais. 

Deux  jours  plus  tard  (2.3  juin),  on  retrouvait  sur  le  bord 
du  fleuve,  M.  et  M"""  Protopïpov,  complètement  dépouillés 
de  leurs  vêtements;  M.  Fontanicr,  abominablement  mutilé, 
n'ayant  plus  que  ses  bottines  et  ses  bas,  fut  repêché  ensuite. 
Un  peu  plus  tard,  ïch'oung  Heou  envoyait  encore  cinq 
corps  :  M.  (le  seul  cadavre  intact)  et  M""'  Thomassin,  la 
pauvre  femme  semblait  dormir  ;  elle  portait  une  terrible  bles- 
sure derrière  la  tête  qui  avait  dû  amener  la  mort  instantané- 
ment ;  M.  Simon  à  peine  reconnaissable,  le  P.  Chevrier,  dont 
la  ligure  était  intacte  et  le  prêtre  chinois.  Les  corps  furent 
placés  dans  des  cercueils  numérotés.  Des  malheureuses  Sœurs, 
on  ne  recueillit  que  des  ossements  calcinés. 

Il  y  eut  en  réalité  dir  religieuses  de  Saint-Vincent-de- 
Paul  massacrées  le  21  juin  : 

Voici  leurs  noms  :  la  sœur  supérieure  Marie-Thérèse 
Marquet,  née  en  Belgique,  âgée  de  quarante-six  ans;  les 
sœurs  Marie-Séraphine  Clavclin  *,  née  en  France,  âgée  de 
quarante-huit  ans  ;  Marie-Pauline  Viollet,  née  en  France, 
âgée  de  trente-neuf  ans  ;  Marie-Anne  Pavillon,  née  en  France, 
âgée  de  quarante-sept  ans;  Amélie-Caroline  Legras,  née  en 
France,  âgée  de  trente-six  ans;  Adélaïde-Marie-Angélique 
Lenu,  née  en  France,  âgée  de  trente-huit  ans;  Marie-Clorinde 
Andreoni,  née  en  Toscane,  âgée  de  trente-quatre  ans;  Alice 


I.  Les  plus  importantes  étaient  :  l'East  (raie  Chapel  of  thc  London 
Missionary  Society  et  celle  de  i'American  Board,  dans  l'intérieur  de  la 
ville,  le  plus  vaste  des  établissements  protestants. 

a.  Sœur  du  P  Stanislas  Clavelin,  S.  J.,  mort  à  Chang-Haï,  9  juin 
i86a. 


Hi:i.>KS    ET    TOMBEAUX  367 

0'SuHlvan\  née  en  Irlande,  âgée  de  trente-quatre  ans  ;  Marie- 
Joseph  Adam,  née  en  Belgique,  âgée  de  trente-quatre  ans; 
et  Marie-Anne-Noémi  Tillet,  née  en  France,  âgée  de  quarante- 
quatre  ans*.  » 

Il  est  probable  que  les  concessions  étrangères,  Tseu  tchou 
Lin,  eussent  été  attaqriées  à  leur  tour,  si  les  Chinois  n'avaient 
su  que  les  Européens  étaient  armés  et  prêts  à  les  recevoir. 
La  pluie  ne  tarda  pas  aussi  à  calmer  l'ardeur  des  massacreurs. 

Seuls  de  tous  les  Français  de  Tien-Tsin,  le  négociant  A. 
Coutris,  et  MM.  Lefebvre  et  Imbert,  des  Douanes,  et  les 
deux  frères  Borel,  associés  de  M.  Sandri  (alors  dans  le 
Chan  toung),  échappèrent  au  massacre.  L'agitation  fut  d'ail- 
leurs soigneusement  entretenue  par  de  fausses  nouvelles, 
la  mise  en  vente  d'éventails  représentant  l'incendie  de  la 
cathédrale  et  les  massacres,  etc. 


RUINES    ET    TOMBEAUX 

Je  suis  passé  à  Tien-Tsin  en  octobre  1872  et  en  septembre 
1875,  me  rendant  à  Péking;  les  ruines  de  la  cathédrale  pré- 
sentaient toujours  leur  aspect  lugubre,  et  l'enclos  dans  lequel 
étaient  renfermés  les  restes  des  victimes,  était  envahi  par  les 
herbes.  Un  voyageur  anonyme  qui  visita  Tien-Tsin  cinq  mois 

I .   Elle  était  populaire  sous  le  nom  de  sœur  Louise. 

«  De  nouvelles  informations,  rapportées  par  le  Neiv-York  Freeman  s 
Journal  du  37  août,  nous  apprenons  que  la  sœur  Louise  O'Sullivan... 
au  moment  du  massacre,  avait  pu  se  réfugier  chez  un  riche  marchand  de 
la  ville.  Quatre  heures  après,  étant  sortie  pour  se  rendre  à  1  établissement 
de  la  mission,  elle  fut  reconnue  à  ses  souliers  européens  et  arrêtée.  Elle 
souffrit  les  mêmes  tortures  et  subit  les  mêmes  outrages  que  ses  compagnes. 
Son  corps  fut  trouvé,  deux  jours  après,  dans  la  rivière.  »  (^Missions  ca- 
tholiqueSy  111,  p.  3o3.)  Elle  était  née  à  Clonmel,  Irlande,  le  i*^**  décembre 
i836. 

3.  Hubner,  Promenade  autour  du  monde,  II,  p.  349-35o;  les  noms 
donnés  dans  les  Missions  catholiques,  III,  p.  3oi-3,  offrent  des  variantes 
dans  les  prénoms. 


358  MASSACRE    DE    TIEN-TSIN 

après  le  massacre  nous  décrit  ainsi  Tapparence  des  ruines  *  : 

«  Celteconslruclion  [la  calbédralejvenaild'èlre  récemment  finie, 
bâtie  de  solides  briques  et  dans  le  style  durable  babituel  des  Ca- 
tholiques romains.  Les  Chinois  ont  été  très  peines  que  cette  impo- 
sante construction  soit  encore  debout,  reproche  continuel  de  leur 
barbarie  et  de  leurs  futiles  elTorls  pour  la  détruire.  La  croix  qui 
reposait  sur  un. globe  doré  sur  l'enlrée,  étant  facile  à  atteindre, 
disparut  rapidement,  mais  la  croix  dorée  sur  le  sonunet  de  la 
tour  reste  encore  debout  comme  emblème  du  christianisme  que 
ses  ennemis  cherchent  à  effacer.  Les  portes  d'entrée  portent  les 
marques  de  la  grande  violence  qui  a  été  employée.  La  cathédrale 
et  le  Consulat  sont  situés  là  où  était  autrefois  une  résidence  im- 
périale, h  la  jonction  du  Grand  Canal  avec  le  Pei  ho.  Ici  tous  les 
deux  tournent  à  angles  droits  vers  l'est,  donnant  la  forme  de  la 
lettre  T,  la  cathédrale  au  côté  Nord  et  regardant  le  fleuve  du 
côté  du  pont  de  bateaux  et  commandant  aussi,  à  droite  et  à 
gauche,  le  Pei  ho  et  le  canal.  La  situation  est  la  plus  belle  de 
Tien-Tsin,  et  dans  n'importe  quelle  direction  et  de  chaque  point 
de  vue,  le  panorama  est  grandiose.  Les  Chinois  ont  du  voir 
longtemps  avec  envie  sur  ce  site  impérial  s'élever  un  témoignage 
des  succès  et  de  la  puissance  des  armes  françaises.  Partie  du  bâti- 
ment impérial,  à  la  gauche  de  l'entrée,  est  demeurée  intacte  à 
travers  cette  épreuve.  Mais  aucun  vestige  de  construction  reli- 
gieuse ou  politique  qui  pouvait  être  détruit,  n'est  resté  debout. 
Deux  superbes  tablettes  de  marbre  couvertes  par  des  pavillons 
ont  été  aussi  la  proie  de  l'embrasement.  Je  ramassai  quelques 
feuilles  calcinées  d'une  Bible  française  et  latine,  avec  des  notes 
en  latin,  que  j'aime  à  garder  comme  souvenirs  de  cette  affreuse 
calamité.  Deux  ou  trois  des  piliers  calcinés  sur  lesquels  repose  le 
toit  existent  encore,  entourés  de  solives  cerclées  de  fer.  L'inté- 
rieur de  la  cathédrale  est  rempli  des  décombres  du  toit  tombé. 
Le  père  Chevrier  et  un  prêtre  chinois  furent  massacrés  ici,  ter- 
riblement hachés  et  jetés  ensuite  dans  la  ri\ière.  Les  trois  étages 
et  le  toit  de  la  principale  tour  et  des  deux  de  côté  ont  été  aussi 
incendiés,  et  la  belle  cloche  en  bronze  fondue  en  France  gît  avec 
sa  suspension,  brisée,  ayant  eu  probablement  son  parcours  changé 
dans  sa  chute  par  quelques  chevrons  non  brûlés,  quoiqu'il  y  ait 
évidence  qu'on  ait  éprouvé  la  qualité  du  métal.  Il  y  avait  là  trois 
fonctionnaires  en  activité  qui  aimablement  nous   montrèrent  le 

I.    The  Shanghai  Evening  Courier^  a5  novembre  1870. 


Rt'INKS    ET    TOMBEAUX  359 

(iOnsulat,  qui  est  voisin  et  nous  indiquèrent  les  tombes  des  vic- 
times. Ils  s*enquirenl  ensuite  de  nos  noms  avec  l'intention  de 
relater  notre  visite  aux  mandarins.  Ici  l'idée  de  désolation  est  mo- 
difiée, l'enclos  avant  été  dégagé  pour  les  funérailles  des  victimes. 
Le  Consulat  est  un  amas  de  ruines,  et  la  magnifique  verandah 
et  le  pavillon  qui  dominent  le  fleuve  et  qui  lui  donnaient  le 
nom  très  approprié  de  Wang  hai  leou  ont  aussi  disparu.  Ici  sont 
les  grands  monticules  de  briques,  sous  lesquels  dorment  les  mar- 
tyrs, circulaires  en  haut  et  plâtrés  par  dessus  avec  de  la  chaux 
bleue  et  dans  Tordre  suivant  : 


OUEST      NORD 


Père  Chevrier 
Prêtre  indigène 


ConKul  Footanier. 


Cinq  sa?ur5  —  quelques 
ossemenu. 


L.l      M.  et 


M.  Thomassin. 

Madime  Tliuinassin. 
Madame  Challemaison. 


EST 


Ruines  du  Consulat. 


n 


DD 

M.  Si 


Cat  hédrale. 


«s 

e 
m 

U 


c 
C 
O 


PREMEOITATIOX 


Que  raflaire  fut  préméditée  et  que  Taltental  n'élail  pas 
uniquement  dirigé  conlrc  les  Français  et  les  catholiques, 
il  ne  saurait  y  avoir  de  doute  après  les  dépositions  des 
missionnaires  protestants  William  N.  Hall,  Jonathan  Lecs, 
(1.  A.  Stanley.  Dès  le  i3  mai,  le  Rév.  J.  Lees  revenant  de 
Pé-King  constatait  Tattilude  hostile  des  habitants  de  Tien- 


/ 


36o  MASSACRE    DK    TIEN-TSIN 

Tsin;  plus  tard  il  se  plaignait  à  M.  Lay  de  la  proclamation 
du  Fou,  et  le  consul  anglais  lui  donnait  l'avis  de  déposer 
une  réclamation  officielle,  ce  qui  fut  fait  le  samedi  i8  juin. 
Le  dimanche  19  juin,  une  démonstration  était  dirigée  contre 
la  chapelle  de  la  London  Mission,  située  à  la  porte  orientale 
de  la  ville  ;  le  Rév.  Mr.  Turnock  et  sa  femme  étaient,  ailleurs, 
assaillis  à  coups  de  pierres  ;  et  dans  une  autre  direction,  comme 
nous  Tavons  dit  plus  haut,  le  D*"  Frazer  ne  devait  le  salut  qu'à 
la  rapidité  de  son  cheval.  On  peut  même  iijouter  que  les  Chi- 
nois à  ce  moment  désiraient  la  guerre. 

Les  vrais  investigateurs  du  massacre  et,  partant  les  vrais 
coupables,  furent  le  Tché-fou,  Tchang  Kouang-tsao,  et  le 
1  che-h  len.  Licou  1  le,  de  1  len- 1  sm, amsi  qu  un  certam  1  cli  en 
Kouo-jouei,  originaire  de  Young-  tch'éng  dans  le  Hou-Pé. 
Tcirên,  enrôlé  par  Houang  K'ai  pang,  depuis  commandant 
les  troupes  du  Kiang-Si,  avait  servi  sous  les  ordres  de  Sêng- 
ko-lin-sin  contre  les  rebelles  du  Chan-tounget  il  était  général 
de  brigade.  «  C'était,  dit  le  D*"  Martin  \  un  homme  intelligent 
et  énergique.  Mahométan  *  d'origine,  il  avait  eu  la  pensée 
d'embrasser  la  carrière  monastique  ;  la  doctrine  bouddhique 
l'attirait,  il  se  fit  bouddhiste,  puis  il  déserta  la  secte  et  se  fit 
taoiste  ;  mais  bientôt,  fatigué  du  spectacle  des  rivalités  et  des 
luttes  perpétuelles  entre  les  sectateurs  de  ces  deux  religions,  il 
abandonna  la  carrière  et  se  jeta  dans  la  politique.  »  Il  avait 
été  disgracié  lors  du  voyage  de  M .  de  Rochechouart  dans  le 
Yang-tseu.  On  prétend  qu'il  avait  ourdi  une  vaste  conspiration 
contre  les  étrangers  qui  devait  s'étendre  de  Tien-Tsin  à  Nan- 
King  ;  il  avait  tout  préparé  pour  qu'un  soulèvement  éclatât 
dans  cette  ville  en  1870,  à  l'époque  des  examens.  On  put 
craindre  aussi  des  troubles  à  Ngan-King,  Yang-tchéou  et 
Tchen-Kiang;  l'énergie  du  vice-roi  Ma  avait  fait  sans  aucun 
doute  avorter  ses  projets  à  Nan-King. 

I.   Revue  de  l'Extrême-Orient,  IF,  p.  99. 
a.  Ceci  doit  èlrc  inexact.  H.  G. 


k 


ARRIVÉE    DES    SECOURS  36 1 


ARRIVEE    DES    SECOURS 


Le  consul  anglais,  M.  W.H.  Lay,  montra  la  plus  louable 
activité  dans  ces  circonstances  difficiles  et  à  la  demande  de 
notre  chargé  d'affaires,  il  fut  nommé  consul  de  France  y^.  /. 
(26  juin).  Les  deux  vapeurs  de  commerce  le  Shantuni^y 
capitaine  Steele,  et  VA/jpin,  capitaine  Russell,  qui  étaient 
remontés  à  Tien  Tsin,  furent  armés  et  reçurent  les  femmes 
et  les  enfants;  les  deux  commandants  montrèrent  la  plus 
grande  énergie  ainsi  que  M.  C.  G.  Beebe,  agent  de  la  maison 
américaine  Russell  à  laquelle  appartenait  le  premier  de  ces 
bâtiments.  Enfin,  le  matin  du  29  juin,  arrivait  le  navire  de 
guerre  anglais  l\i^o/i,  armé  de  quatre  canons,  qui  avait  été 
précédé  le  27  par  VO/wssttm  qui  fut  renvoyé  à  Takou 
lorsque  le  Dvvr/rfavrwa  le  2  juillet  ;  comme  nous  Tavons  vu, 
ce  dernier  avait  quitté  Chang-Haï  le  27  ;  plus  tard  enfin,  grâce 
a  rinfériorité  de  sa  marche,,  paraissait  la  Flamme^  battant 
pavillon  français,  commandant  Méquet.  La  communauté 
étrangère  de  Tien-Tsin  n'avait  désormais  plus  rien  à  craindre 
des  Chinois. 


CHAPITRE  XXIV 

LE   MASSACRE  DE  TIEN-TSIN 

(Suite). 


LETTRE    DU    CORPS    DIPLOMATIQUE    AU    PRINCE    KOU>G 

2t\    JUIN     1870 

Le  24  juin,  les  représentants  à  Péking  des  puissances 
étrangères  adressèrent  au  Prince  Koung  la  note  collective 
suivante  : 

Péking,  le  24  juin  1870. 

Monseigneur, 

C'est  avec  la  plus  profondedouleur  et  indignation  (j  ne  les  sous- 
signés. Représentants  des  Gouvernemcnls  étrangers  accrédités  en 
Chine,  ont  appris  la  nou>ellc  du  crime  atroce  cpii  vient  d*ôtre 
commis  à  Tien-Tsin,  à  une  des  portes  môme  de  la  capitale  de 
l'Empire.  Le  Consul  de  France,  les  missionnaires  et  Sœurs  de  la 
Charité,  ainsi  que  les  nationaux  Français  résidant  à  Tien-Tsin, 
ont  été  massacrés  et  leurs  établissement^s  incendiés.  D'après  les 
renseignements,  peu  précis  il  est  vrai,  qui  jusqu'ici  sont  parvenus 
à  Péking,  il  est  à  craindre  que  la  populace  fanatisée  ne  se  soit 
portée  à  d'autres  excès  envers  les  résidents  étrangers  à  Tien- 
Tsin. 

Les  soussignés  ne  doutent  point  que  le  Gouvernement  de  Sa 
Majesté  l'Empereur  de  la  Chine,  dans  sa  haute  sagesse,  ne  par- 


LETTRE    DU    CORPS    DIPLOMATIQUE    AU    PRINCE    ROUNG  363 

tage  rindignalion  générale  ressentie  à  la  suite  des  atrocités  com- 
mises, et  qu'il  n'ait  la  conscience  de  la  responsabilité  grave  qui 
pesé  sur  lui,  ainsi  que  de  son  devoir  de  prendre  les  mesures 
indispensables  pour  empêcher  le  renouvellement  de  pareils  actes, 
qui  dans  le  cas  où  ils  se  reproduiraient,  ne  saurait  que  sérieuse- 
ment compromettre  la  position  du  Gouvernement  Impérial  vis-à- 
vis  du  monde  entier. 

Or,  les  événements  de  Tien-Tsin  prouvent  que  les  étrangers 
ne  sont  pas  partout  sulFisamment  protégés  par  les  autorités  lo- 
cales en  Cliine.  Il  est  donc  de  l'intérêt  du  Gouvernement  Impé- 
rial même  de  démontrer,  par  des  actes  irrécusables,  sa  ferme 
volonté  d'assurer  dans  tout(»  l'étendue  du  territoire  Chinois  la 
sùrelé  des  résidents  étrangers  qui  sont  confiés  h  sa  loyauté.  Si 
une  pareille  catastrophe  peut  ('»clater  à  quatre-vingt  milles  de  la 
capitale  de  l'Empire,  les  Soussignés  ne  peuvent  s'empêcher  de 
craindre  que  dans  les  cas  où  les  coupables  ne  seraient  prompte- 
inent  punis,  de  nouveaux  attentats  ne  se  produisent  sur  des 
|X)ints  plus  éloignés  de  la  capitale  où  l'action  de  l'autorité  cen- 
trale est  encore  moins  elïicace.  Il  est  indis|)en sable  que  le  monde 
entier,  en  apprenant  la  nou>»elle  du  crime,  soit  en  même  temps 
informé  que  justice  est  faite,  et  qu'il  puisse  être  rassuré  sur  le 
sort  des  citoyens  conliés  à  la  protection  de  la  Chine. 

Les  Soussignés,  etc. 

ÇS'ujne)  :  Rehfues. 
F.  Low. 

KlN'T  DE   ROODENBEER. 

Patxot. 

De  ROCHECIIOUART. 

Butzow. 

T.  F.  Wade». 

Le  27  juin,  le  Prince  Koung  accusait  réception  de  cette 
note  collective  à  laquelle  il  répondait  que  Tch'oung  Heou  à  la 
suite  des  réclamations  des  consuls,  avait  pris  des  mesures 
pour  assurer  la  sécurité  des  étrangers  et  que  le  Yamen  avait 
donné  des  instructions  aux  autorités   provinciales  pour  pro- 


I.   Allemagne.  États-Unis.  Belgique,  Espagne,  Franco,  Russie,  Grande 
Bretagne. 


é 


364  MASSACRE    DE    TIEN-TSIN 

léger  les  Européens  résidant  dans  leur  juridiction  et  pour 
punir  avec  toute  la  rigueur  des  lois  les  fauteurs  de  désordre. 
Comme  suite  à  la  note  collective  des  Légations,  M.  de 
Rochechouart  envoya  le  25  une  lettre  au  prince  Koung  qui  y 
répondit  le  26  juin  en  donnant  avis  des  instructions  données 
aux  gouverneurs-généraux  et  aux  gouverneurs  de  provinces, 
de  la  désignation  de  Tch'oung  Heou  comme  commissaire 
chargé  de  se  rendre  en  France;  le  prince  déplorait  la  mort 
des  victimes  du  21  juin  et  annonçait  qu'un  décret  avait 
donné  l'ordre  à  Tseng  Kouo-fan,  gouverneur-général  du 
Telle  li,  d'aller  à  Tien-Tsin  011  il  ne  manquerait  pas  de  châ- 
tier les  coupables  et  de  faire  reconstruire  les  églises  et  les 
édifices  détruits  ;  le  sort  dos  sœurs  de  la  Charité  était  digne 
de  pitié  et  M.  de  Rochechouart  voudrait  bien  donner  leurs 
noms,  pour  qu'il  soit  accordé  des  compensations  ;  le  gou- 
vernement craignait  de  voir  souffrir  ses  relations  amicales 
avec  la  France  et  c'est  pour  cela  qu'il  a  désigné  Tch'*oung 
lleou  pour  se  rendre  en  France;  l'affaire  de  Tien-Tsin  n'a 
élé  qu'un  mouvement  du  peuple  surexcité  pendant  une 
journée  ;  il  sera  calmé  en  peu  de  temps  et  les  relations 
seront  plus  amicales  que  jamais. 


ÉDIT    IMPÉRIAL,     28    JUIN     187O 

En  effet  un  décret  impérial  paraissait  le  28  juin  '  déplorant 
les  événements  qui  s'étaient  passés  à  Tien-Tsin,  donnant  l'ordre 
a  Tseng  Kouo-fan  de  faire  une  enquête,  et  envoyant  des 
instructions  en  province  pour  assurer  la  tranquillité. 

«  Tchoung-Heou  a  adressé  au  trône  un  mémoire  relatif  aux 
troubles  qui  ont  eu  lieu  à  Tien-Tsin,  entre  le  peuple  et  les  ca- 
tholiques romains,  demandant  de  fixer  la  punition  qu'il  a  méri- 

1 .  3o*"  jour  de  la  5»  lune  de  la  9*^  année  T  oung-ichc. 


ÉDIT    IMPÉRIAL  365 

t(»e  pour  avoir  permis  c|u*un  tel  désordre  prît  naissance  dans  sa 
juridiction,  el  cpie  la  conduite  des  autres  oHiciers  soit  stricte- 
ment compulsée,  afin  que  les  coupables  soient  révoqués  de  leurs 
fonctions.  Le  désordre  est  provenu  en  partie  du  soupçon,  qui 
existait  dans  l'esprit  du  peuple,  ([ue  les  canailles,  (|ui  emploient 
des  artifices  pour  dérober  les  enfants,  sont  en  relation  directe 
avec  les  catboliques  romains,  et  en  partie  aussi  de  la  conduite  du 
consul  français,  M.  Fontanier,  qui  a  tiré  un  coup  de  pistolet 
dans  le  yamen  de  Tcb'oung  lïeou,  et  a  tiré  sur  le  tché-hien,  ce 
qui  a  excité  la  furie  de  la  foule  et  a  causé  la  mort  du  consul  et 
l'incendie  des  églises. 

Tch'oung  Heou,  comme surintendantdu  commerce,  n'ayant  pas 
su  maintenir  la  paix  dans  le  district,  le  tao  tai  Hia  yuin  n'ayant 
pas,  comme  premier  ofïîcier  de  la  localité,  adopté  des  me- 
sures de  précaution  nécessaires,  le  Tcbé-Fou  ïchang  Kouang- 
tsao  et  le  Tcbé-H'ien  Licou-tié,  par  leur  négligence,  ayant  pro- 
voqué une  telle  catastrophe,  sont  coupables,  et  sans  excuse.  Ils 
ont  été  livrés  au  Conseil  (de  punition)  pour  qu'il  soit  prononcé 
à  leur  égard  suivant  leur  culpabilité  réciproque. 

«  De  plus,  Tseng  Kouo-fan  a  reçu  l'ordre  de  se  rendre  à  Tien 
Tsin  pour  y  faire  une  enquête  minutieuse  sur  tous  les  événements 
et  en  adresser  un  rap|)ort  au  trône,  et  aussi  de  faire  rechercher 
et  punir  les  canailles  de  voleurs  d'enfants  et  les  chefs  de  l'é- 
meute. 11  a  en  outre  reçu  des  instructions  j>our  de  concert  avec 
Tch'oung  Heou,  découvrir  la  véritable  et  première  cause,  et  agir 
avec  stricte  impartialité  et  justice  (envers  tous  les  partis). 

Res|)ectez  ceci  '.   » 

Le  même  jour  ('iH  juin)  un  autre  décret  envoyé  au  Grand 
Secrétariat  marquait  que  Tch'oung  Heou,  un  des  vice-prési- 
dents du  Ministère  de  la  Guerre,  el  Ministre  Surintendant  des 
trois  Ports  (du  Nord)  devait  se  rendre  en  France  comme  En- 
voyé. Ce  décret  en  avait  un  autre  pour  complément  désignant 
Tcheng  Lin  comme  successeur  de  Tch'oung  Heou  dans  le 
poste  de  Surintendant. 


1.   Missions  caiholifjites,  IFI,  p.  a83. 


366  MASSACRE    DE    TIEN-TSIN 


tch'oung   HEOU 


Nous  avons  déjà  vu  la  part  importante  prise  à  la  rédac- 
tion des  traités  étrangers  par  Tciroung  lleou.  A  l'époque  du 
massacre  de  Tien-Tsin,  il  était  non  seulement  Tun  des  vice- 
l)résidents  du  Ministère  de  la  Guerre  et  Surintendant  du 
commerce  de  Tché-fou,  Tien-tsin  et  N  ieou-tchouang,  mais  il 
était  aussi  premier  précepteur  (7"^^/  Pao)  de  riiérilier  pré- 
somptif, portait  les  insignes  du  premier  grade  et  la  plume  de 
paon  à  deux  yeux;  il  élait  également  lieutenant-général  de 
la  division  lian-kiun  de  la  Bannière  bordée  de  rouge  '. 

«  Ce  personnage  portait  en  chinois  les  noms  de  Wing-yen 
Tch'oung  Heou,  ce  qui  indique  suffisamment  qu'il  était  un 
descendant  de  la  dynastie  des  Kinou  Niu-ïchen.  Il  était  né 
en  1824  et  mourut  au  mois  d'avril  1893.  Il  avait  69  ans.  A 
l'dge  de  22  ans,  il  avait  acquis  ses  grades  littéraires,  grâce  à 
une  excellente  éducation  transmise  par  plusieurs  générations 
d'hommes  d'État  que  comptait  sa  famille.  En  18^8,  il  fut 
nommé  magistrat  à  Kie-tchéou,  dans  la  province  du  Kan- 
Sou,  où  il  acquit  la  sympathie  de  ses  administrés  par  sa  bien 
veillance  et  son  intégrité.  Nommé  Tao-laï  de  la  province  de 
'JVhé  li,  en  185^1,  il  fut  plus  lard  adjoint  au  prince  mongol 
Séng-ko-lin  sin,  pour  combattre  Tinsurrection  des  TVi  l'ing, 
qui  avait  en  185"  |)oussé  une  pointe  dans  le  nord  de  la 
(^hine. 

«  Pendant  les  deux  expéditions  anglo-françaises  en  i858 
et  1860,  TclToung  Heou  se  trouvait  à  coté  du  prince  mongol 
sus-dit,  en  qualité  de  Commissaire  Impérial  et  Vice-Roi  du 
Pé  Tché-li  par  intérim.  Il  prit  une  part  très  active  aux  négo- 
ciations du  Traité   de    18G0.    Devenu  conseiller   intime  du 

I.   F^a  sixième  des  huit  bannières  cliinoises. 


LETTRE    DES    MISSIONNAIRES    PROTESTANTS  867 

prince  Koung,  il  fut  nommé  Commissaire  Impérial  des 
Irois  ports  maritimes  du  Nord  de  la  Chine,  avec  résidence  à 
Tien-Tsin.  C'est  à  cette  résidence  qu'il  avait  été  chargé  de 
signer  huit  traités  avec  les  puissances  qui  étaient  venues  à  la 
suite  de  la  France  et  de  l'Angleterre  *.  » 

A  la  nouvelle  du  massacre,  Tseng  Kouo-fan,  gouverneur- 
général  du  Tché-li,  avait  bien  reçu  Tordre  de  se  rendre  de 
Pao-ting  fou  à  Tien-Tsin  ;  il  ne  donna  aucun  signe  de  vie 
pendant  trois  jours,  puis  il  se  prétendit  malade,  et  finale- 
ment n'arriva  à  Tien-Tsin  que  dix-sept  jours  (8  juillet)  après 
la  catastrophe.  TchengLin,  le  successeur  de  Tch'oung  Ileou 
montra  aussi  peu  de  hâte  de  quitter  la  capitale  pour  rejoin- 
dre son  poste.  Tciroung  Heou  redoutait  fort  l'arrivée  de 
Tseng,  et  il  supphait  M.  Lay  de  lui  laisser  reconstruire 
immédiatement  les  chaj)elles  ;  il  essuya  un  refus.  Dès  son 
arrivée,  le  gouverneur- général  suspendit  de  leurs  fonctions  le 
Tao-taï,  le  Tché-fou,  et  le  Tché-h'ien,  et  commença  son 
enquête. 

LETTRE    DES    MISSIONNAIRES    PROTESTANTS. 
CIIANG-IIAÏ,     5    JUILLET     187O 

«  i\oiis,  soussignés,  pasteurs  et  missionnaires  résidant  à  Cliang- 
Hai,  nous  nous  (Mnprrssoiis  de  vous  assurer  de  notre  profonde  et 
sincère  svmpalhie  dans  ios  circonstances  présentes.  En  ce  moment 
tous  nos  cœurs  épnRnont  un  sentiment  unanime  de  tristesse.  La 
perle  do  tant  de  personnes  dévouées,  (jui  ont  été  si  cruellement 
massacrées  à  Ticn-Tsiii.  est  une  perle,  pour  toute  la  chrétienté. 
Ce|MMulanl,  dans  celle  épreu>e  terrible,  (pi*une  infAnie  perfidie 
nous  a  fail  subir,  nous  <*spérons  eu  la  parole  de  Notre  Seigneur 
Jésus-C.brisl  (pii  nous  a  promis  d'être  avec  nous  justpi'à  la  fin 
du  inonde.  Nous  nous  sentons  aussi  encouragés  par  les  enseigne- 
ments de  riiisloire  de  l'Kglise  ;  ils  nous  apprennent  que  «  le  sang 

i.  Tcliiii^'-lrliang  (K'ing-tcliaiip),  mini^lre  de  Chine  à  Paria,  dans  le 
T'oung  Pttu,  1V^  p.  380. 


à 


368  MASSACRE    DE    TIEN-T81N 

des  martyrs  est  une  semence  de  nouveaux  chrétiens  ».  Nous 
prions,  afin  que  les  faits  que  nous  déplorons  obtiennent  une  répa- 
ration complète,  et  qu'à  l'avenir  il  y  ait  protection  et  sûreté  pour 
lous  les  prédicateurs  de  la  religion  dans  l'empire  chinois.  » 

Suivent  douze  signatures. 
Chang-Haù  5  juillet  1870'. 


REPO:SSE    DES    MISSIONNAIRES    CATHOLIQIES 

«  Messieurs,  en  réponse  à  la  lettre  collective  que  vous  avez 
bien  voulu  nous  adresser  hier,  nous  avons  l'honneur  de  vous  dire 
combien  nous  avons  été  touchés  de  cetle  marque  de  sympathie, 
et  combien  nous  avons  apprécié  les  nobles  sentiments  qui  l'ont 
dictée. 

«  Cette  marque  de  sympathie  nous  a  été  d'autant  plus  agréa- 
ble, que  nous  avions  été  péniblement  affectés  de  certaines  corres- 
pondances livrées  au  public,  et  dont  le  caractère  n'est  pas  moins 
regrettable  par  la  fausseté  des  récits  que  par  la  malveillance  des 
insinuations  qu'elles  contiennent. 

«  Nous  aurions  pu,  sur  le  champ,  rétablir  la  vérité  des  faits 
dénaturés,  et  justifier  l'innocence  calomniée  ;  mais  confiants 
dans  le  bon  sens  public,  et  assurés  que  la  vérité  saura  se  faire 
jour  quand  môme,  nous  avons  préféré  garder  le  silence. 

«  Quelle  que  soit  l'amertume  de  notre  douleur,  ce  n'est  pas 
pour  nous  une  faible  consolation  de  penser  que  Dieu,  qui  sait 
toujours  tirer  le  bien  du  mal,  fera  tourner  à  sa  plus  grande  gloire 
les  lamentables  événements  qui  attristent  en  ce  moment  tous  les 
cœurs  honnêtes. 

«  Nul  doute  que  le  sang  de  tant  d'innocentes  victimes,  si 
inhumainement  répandu,*  s'élevant  de  l'autel  de  l'Agneau,  ne 
crie  pour  nous  et  n'oblicnne  la  seule  vengeance  que  nous  ambi- 
tionnons :  une  plus  grande  d illusion  de  la  vraie  Imnière  sur  ce 
peuple  assis  à  l'ombre  de  la  mort,  et  un  plus  libre  exercice  des 
œuvres  de  charité  à  l'égard  de  tous  les  malheureux,  et  surtout  de 


I.   Missions    catholiqucsy    III,    p.    ago,    d'après    le     Aorth-China 
Herald  du  7  juillet. 


^ 


ARRIVÉE    DE    l'aMIRAL  J:T    DU    MINISTRE  869 

reofahce  qui  fut  pour  notre  divin  Sauveur  l'objet  d'une  prédi- 
lection si  marquée.  » 

A.  Aymeri  *,  H.  Basuiau,  S.  J.  ^, 

Prêtre  lazariste. 

E.  Lemonnier  ^, 
Procureur  des  Missions  Étrangères. 

Les  missionnaires  protestants  de  plusieurs  ports  de  Chine, 
à  Ning-Po  entre  autres,  suivirent  l'exemple  de  leurs  con- 
frères de  Chang-Haï  et  adressèrent  leurs  condoléances  aux 
prêtres  catholiques. 


ARRIVÉE    DE    l'aMIRAL    ET    DU    MINISTRE 

Le  1 4  juillet  le  croiseur  Linois  et  les  canonnières  Scor- 
pion et  Aspic  arrivèrent  à  Takou  ;  le  lendemain,  ces  derniers 
bâtiments  remontaient  à  Ïien-Tsin.  L^amiral  Dupré*  avait 
quitté  Yokohama  le  9  juillet  et  arriva  le  23  à  Tien-Tsin  ;  en- 
fin M.  de  Rochechouart  se  rendit  de  Péking  à  Tien-Tsin 
(19  juillet)  où  il  s^installa  à  bord  de  la  Flamme^  comman- 
dant Méquet  ;  accompagné  de  M.  Lay,  consul  de  France 
p.  /.,  il  fit  une  visite  à  Tch'oung  Heou  qui  la  rendit  le  len- 
demain. Le  chargé  d  afTaircs  envoya  aussitôt  (19  juillet)  une 

I.  Aymeri,  Michel-Ange^  né  6  décembre  i8ao,  à  Carmagnole  (diocèse 
de  Turin)  ;  entré  dans  la  Congrégation  de  la  Mission,  29  septembre  i845  ; 
|>arti  pour  la  Chine  en  i848;  mort  à  Chang-Hai,  6  mars  1880. 

a.  Basuiau,  Hippolyle^  S.  J.,  né  à  Douai,  10  janvier  i8a4;  arrivé 
dans  la  Mission,  a  septembre  i865  ;   mort  à  Chang-Haï,   ai   août   1886. 

3.  Lemonnier,  Eugène^  du  diocèse  de  Coutances;  parti  le  6  juillet 
i855;  directeur  au  collège  général  de  Pinang;  procureur  à  Chang-Haï 
en  18G6;  procureur  général  à  Hong-Kong  en  1875. 

[\.  Dupré,  Marie-Jules^  né  à  Strasbourg  le  i3  novembre  i8i3; 
aspirant  en  i83i  ;  contre -amiral,  août  1867;  nommé  en  février  1870, 
commandant  en  chef  de  la  division  des  mers  de  Chine  et  du  Japon  en 
remplacement  de  l'amiral  de  Cornulier-Lucinière;  gouverneur  de  la 
Cochinchine,  la  janvier  1871;  vice-amiral,  3  août  1870;  mort  à  Paris, 
8  février  1881. 

CoRDisR.  I.  —  a4 


i 


3^0  MASSACRE    DE    riE\-T9IS 

lettre  ù  Tseng  kouo-fan  lui  dénonçant  la  conduite  du  Tché- 
fou  cl  du  Tché-iricn  ;  dans  iinr  autre  lettre  du  3  aoùl,  le 
jour  mSnic  des  obsèques  des  victimes,  en  lui  accuiiaut  récep- 
tion d'une  déjxïdic  du  2 1  juillet,  il  reprocliait  au  vice-roi  son 
manque  dcnergîc,  cl  demandait  l'arreslation  des  coupables. 


DÉCHET    IVI>i:illAI:,     33    JI'II.I.ET    187O 

Dans  un  déi-i-el  puNié  A  Pékin^r  le  23  juillet  1S70,  il  est 
dîl  (jue  dans  le  mémoire  adressi-  au  Trône  [»ar  Tseng  Kuuo- 
fan  el  Tcli'oung  Iléon,  les  i.'to  enTants,  garçons  el  Mlles, 
Ironx-'s  ,'.  l'Asile  de  la  Sainte  KuPance  {Jan  Tsvn  Tang) 
a^aienl  diVlaré  qu'ils  v  avaient  été  envoyés  par  leurs  familles 


N 


ASSASSINAT    DE    MA    TSONG-TOU  3']l 

et  qu'ils  n'avaient  été  nullement  enlevés  ;  aucun  cas  d'yeux 
ou  de  cœurs  arraches  ne  furent  découverts  ;  en  outre,  aucune 
plainte  pour  enlèvement  d'enfant  n'avait  été  adressée  aux 
magistrats  de  Tien-Tsin  ;  les  habitants  de  celte  ville  avaient 
été  induits  en  erreur  par  les  placards  affichés  dans  les  pro- 
vinces de  Hou-Nan  et  de  Kiang-Si,  à  Yang-tchéou,  Tien  Men, 
ainsi  qu'à  Ta  ining  et  Kouang-Ping  dans  le  Tché-li.  Les  racon- 
tars au  sujet  de  ces  nuitilations  ne  reposent  sur  aucune  preuve. 
La  publication  du  mémoire  de  Tseng  et  de  Tch'oung  Heou 
tendra  à  dissiper  les  soupçons  de  la  population.  Un  autre 
décret  de  la  même  date  rendu  à  la  demande  de  Tseng  Kouo- 
fan  dégradait  et  renvoyait  devant  le  Iling  Pou  (Ministère  des 
Châtiments)  le  préfet  de  Tien-Tsin,  Tçhang  Kouang-tsao,  et 
Lieou  Tié,  autre  fonctionnaire  de  cette  ville,  pour  leur  fai- 
blesse et  leur'  négligence  avant  et  pendant  le  massacre. 

ASSASSINAT    DR    MA    TSONG-TOU,    JUILLET     iSyO 

Au  moisde  juillet,  le  vice-roi  des  Deux  Kiang,  Ma  Sin-yi, 
fut  assassiné,  lors  des  examens  militaires,  à  Nan-King,  par  un 
individu  qui  lui  plongea  un  poignard  dans  le  corps.  Ma  était 
un  mahomélan  de  grande  énergie,  jadis  gouverneur  de 
Hang-tchéou,  à  qui  l'on  reprochait  d'avoir  en  maintes  occa- 
sions pris  la  défense  des  missionnaires.  Il  fut  certainement 
la  victime  de  sociétés  secrètes  et  peut-être  du  complot  orga- 
nisé par  Tcirên  Kouo-jouci.  On  lui  donna  pour  successeur 
(septembre)  Tseng  Kouo  fan  qui,  comme  vice-roi  du  Tché- 
li,  n'avait  pas,  connue  on  le  verra  plus  loin,  donné  entière 
satisfaction  aux  ministres  étrangers  et  en  particulier  au  chargé 
d'aflaires  de  France  dans  le  règlement  des  affaires  de  Tien- 
Tsin.  Li  Houng-tchang,  vice-roi  des  Deux  Hou  depuis  1867, 
qui  n'aurait  peut-être  pas  mieux  réussi  que  Tseng  mais  qui 
avait  eu  la  bonne  fortune  d'être  loin  du  lieu  du  massacre, 
recueillit  dans  le  Tché-li  la  succession  de  son  ancien  chef. 


é 


873  MASSACRE    DE    TIEN-TSIX 

La  proclamation  suivante  coula  peut-être  la  vie  à  Ma  : 

L'article  ï3  du  traité  français  porte  que  la  religion  chrétienne 
mène  les  hommes  au  bien.  (Suit  la  partie  relative  à  la  liberté  de 
conscience  et  du  culte,  aux  égards  dûs  aux  missionnaires,  à  Ta- 
bolition  des  anciennes  lois  prohibitives  contre  le  christianisme  *). 

Il  y  a  une  clause  additionnelle  au  sujet  du  droit  qu'ont  les 
missionnaires  d'acheter  des  terrains  et  d'y  bâtir  des  églises  ;  les 
chrétiens  n'en  restent  pas  moins  sujets  chinois  :  leur  religion 
comuiande  le  respect  et  l'obéissance  envers  l'Empereur  et  les  lois 
de  la  nation,  et  dès  lors  ils  doivent  être  traités  avec  égards  comme 
tout  Chinois. 

Le  Tsoung-li  yamen  a  ordonné  de  régler  avec  équité  leurs 
alTaires,  ce  qui  fait  l'objet,  ainsi  que  l'attestent  les  archives,  de 
communications  officielles  répandues  dans  tout  l'Empire. 

Cependant  dans  ces  derniers  temps  les  lettrés  et  le  peuple 
entravent  les  acquisitions  de  terrain,  les  constructions  d'églises  : 
les  coupables  ne  sont  pas  encore  arrêtés  et  c'est  pourquoi  le 
chargé  d'affaires  de  France  veut  faire  appliquer  le  traité.  Il  im- 
porte que  l'entente  se  fasse  entre  les  deux  parties  ;  par  cette  pro- 
clamation on  doit  savoir  que  les  traités  autorisent  la  propagation 
de  la  religion  sans  qu'on  use  de  violence  pour  la  faire  embrasser. 

Les  missionnaires  exhortent  à  la  vertu. 

Après  cette  proclamation,  il  faut  se  soumettre  au  traité  ;  on 
punira  les  transgresseurs  :  obéissez  en  tremblant  ^. 


FUNÉRAILLES,    3    AOUT     1 87O 

Le  mercredi,  3  août,  à  cinq  heures  du  matin,  à  cause  de 
la  chaleur,  curent  lieu  les  funérailles  solennelles  des  victimes  : 
TchVmng  licou  recevait  la  procession  comprenant  les  chargés 
d'affaires  de  France  et  d'Angleterre,  le  Comte  de  Hoche- 
chouart  et  M.  Wade,  le  contre-amiral  Dupré,  le  vice-amiral 
Sir  H.  Kelletl,  les  consuls,  les  commandants  et  les  officiers 
des  navires  de  guerre,  et  presque  tous  les  étrangers  des  con- 

I.   I/icléo  d'abolition  est  ici  substituée  h  celle  de  pardon  qui  ressort  du 
texte  chinois  du  traité. 

a    D*"  Martin,  He^.  Je  l  Eu  t. -Orient y  II,  p.  i3o. 


>OL'VELLK    DU  'MASSACRE  3*3 

cessions.  L'abvSoiile  fut  donnée  par  M.  Thierry,  supérieur 
des  Lazaristes  de  Péking,  puis  des  discours  furent  prononcés 
par  M.  de  Rochechouarl,  l^amiral  Duprc,  l'abbé  Thierry  et 
M.  Wade  : 

Le  premier  de  M.  Rochechouart  est  conçu  en  ces  termes  : 

«  Ma  langue  refuse  de  retracer  les  horreurs  commises.  Le  con- 
sul est  mort  courageusement  ;  les  sœurs  sont  tombées  en  mar- 
tyres. Merci  [K)ur  les  sympathies  qui  sont  aujourd'hui  mani- 
feslées.  L'empressement  des  autorités  chinoises  à  assister  à  la 
cérémonie  est  une  garantie  de  la  sincérité  du  prince  Koung  cpii 
punira  les  coupables.  Le  gouvernement  de  la  Chine  ne  s'expo- 
sera pas  au  ressentiment  de  la  France.  » 

Ce  discours  fut  suivi  de  celui  de  l'amiral  Dupré  qui  le 
prononça  avec  énergie,  ce  qui  contrasta  avec  Taccent  avec 
lequel  fut  débité  le  précédent  : 

«  Je  suis  affligé  au  spectacle  de  ces  cercueils  où  reposent  de 
nobles  victimes  si  Lichement  assassinées  ;  ces  sentiments  sont  parta- 
gés par  les  braves  marins  anglais  et  américains  qui  se  sont  joints 
à  nous.  Il  faut  que  justice  se  fasse.  L'empressement  des  autorités 
chinoises  témoigne  qu'elles  se  rendront  à  la  raison  et  à  la  justice 
pour  châtier  les  massacreurs.  La  France  a  pour  devoir  de  punir 
ceux  qui  ont  tué  le  consul,  les  prêtres,  les  saintes  sœurs  et  ses 
nationaux  ;  nous  agirons  sans  cruauté  mais  aussi  sans  fai- 
blesse.  » 

Le  ministre  d'Angleterre,  \L  VVade,  s'ex])rima  en  ces 
termes  : 

ec  Ma  sympathie  est  grande  pour  le  sort  fatal  de  ceux  qui  sont 
morts  et  surtout  pour  les  pauvres  sœurs  de  charité  dont  une  était 
ma  compatriote.  Pourquoi  ont-elles  été  victimes  de  tant  de  bru- 
talités, elles  qui  ne  sont  venues  ici  que  pour  faire  le  bien  ?  Il 
faut  une  punition  sans  vengeance  ;  ces  événements  porteront  un 
jour  leurs  fruits  '.  » 

I.  D""  C  E.  Martin,  Rev.  de  iExt.-Orient,  II,  p.  129. 


I 
I 


374  MASSACRÉ*  DE    TIEN-TSIN 

Les  troupes  du  Prince  Koiing  et  de  Tseng  Koiio-fan  assu- 
raient l'ordre  qui  ne  fut  pas  troublé. 

!SOUVELLE    DU    MASSACRE    EN    EUROPE 

Les  premières  nouvelles  du  massacre  arrivèrent  en  Europe 
le  25  juillet  par  un  télégramme  du  lieutenant-gouverneur  de 
Hong  Kong,  Whitfield,  en  date  du  6  juillet,  adressé  au  comte 
de  Kimberley,  ministre  des  Colonies,  de  Pointe-de-Galle,  le 
23  juillet  ;  la  ligne  télégraphique  n'allait  pas  au  delà  de 
Ceylan.  La  guerre  était  déjà  déclarée  entre  la  France  et  TAI- 
lemagne,  et  naturellement  les  affaires  d'Extrême-Orient, 
malgré  leur  importance,  ne  pouvaient  recevoir  Tattention 
qu'elles  auraient  méritée  à  toute  autre  époque  et  dans  toute 
autre  circonstance.  Qui  sait  ce  qui  serait  advenu  de  la  poli- 
tique de  l'empereur  Napoléon  III  si,  alors  comme  aujour- 
d'hui, le  télégraphe  avait  fonctionné  du  Nord  de  la  Chine 
avec  l'Europe  ! 

Néanmoins,  notre  ambassadeur  à  Londres,  le  marquis  de 
La  Valette  se  mettait  en  rapport  avec  le  Comte  Granville, 
ministre  des  Affaires  étrangères,  pour  mettre  sa  politique 
d'accord  avec  la  sienne  en  Chine.  Lord  Granville  lui  répon- 
dit favorablement  et  envoya  des  instructions  à  Péking  pour 
que  M.  Wade  coopère  avec  la  légation  de  France,  au  châti- 
ment des  coupables. 

LETTRE    DE    M.    DE    LA    VALETTE    AU    COMTE    GRA?{ VILLE 

Londres,  le  18  août  1870. 
M.  LE  Comte, 

Les  premières  dépêches  télégraphiques  que  le  Gouvernement 
de  l'Empereur  a  reçues  de  son  Chargé  d'Affairos  à  Péking,  à  la 
suite  du  massacre  de  nos  nationaux,  avaient  permis  d'espérer  que 
le   Gouvernement    Chinois    comprenait    la    nécessité    de    faire 


i' 


LETTRE    nu    COMTK    «RANVILl.K    \    M.    DE    LA    VALETTE  l\'jb 

prompte  et  sévère  justice  d'actes  aussi  odieux.  L'envoi  qui  nous 
était  annoncé  d'un  Ambassadeur  Chinois  cbargé  d'une  mission 
sp<'»ciale  se  rattachant  à  ces  événements  était  un  indice  de  dispo- 
sitions en  cfïet  satisfaisantes  ;  et  le  Gouvernement  Français  se 
plaisait  à  croire  (pic  les  réparations  cpii  lui  seraient  offertes  répon- 
draient à  ce  qu'il  était  fondé  à  exiger.  Il  résulte  d'un  nouveau 
télégramme  de  M.  le  (bonite  de  Uochecliouart  qu'un  revirement 
semblerait  s'être  effectué  dans  les  intentions  du  Gouvernement 
Chinois,  et  que  notre  Chargé  d'Affaires  a  réclamé  en  vainjus- 
(pi'ici  la  poursuite  des  misérables  qui  ont  pris  part  aux  crimes 
commis  à  Tien-Tsin.  Bien  que  les  victimes  de  ces  attentats  soient 
prescpie  exclusivement  des  Français,  on  ne  saurait  contester  que 
des  faits  pareils  révèlent  l'existence  de  dangers  (pii  menacent 
indistinctement  tous  h\s  étranirers  résidant  en  Chine.  C'est  en 
considérant  leurs  intérêts  comme  solidaires  dans  ces  contrées  de 
lExtréme  Orient  que  les  Puissances  Européennes  peuvent  arriver 
à  assurer  à  leurs  nationaux  les  garanties  et  la  sécurité  stipulées 
dans  les  Traités. 

Le  Gouvernement  de  l'Empereur  ne  doute  pas  que  tel  ne  soit 
le  sentiment  du  Cabinet  de  Londres.  M.  le  Ministre  des  affaires 
Etrangères  me  charge,  en  conséquence,  de  faire  savoir  à  votre 
Excellence  que  nous  attacherions  un  grand  intérêt  à  voir  le 
llepré^enlant  de  la  Heine  à  Péking  joindre  ses  efforts  à  ceux  de 
notre  Chargé  d'Aiîaires  |)our  obtenir  le  châtiment  des  individus 
coupables.  Je  serais  tout  particulièrement  reconnaissant  à  Votre 
Excellence  de  vouloir  bien  me  mettre  à  même,  le  plus  tôt  qu'il 
lui  sera  possible,  de  réjxmdn»  au  désir  (|ui  m'est  exprimé  par 
M.  le  Prince  de  la  Tour  d'Auvergne,  et  je  saisis,  etc. 


LETTRE*    m:    COMTE    GRANVILLE    A    M.     DE    LA    VALETTE, 

•i5    AOUT     1870 

Foreign  Oiïice.  35  août  1870. 

Mo>siEru  l'Avuiissadelr, 

J'ai  l'honneur  d'accuser  réception  de  la  lettre  de  Votre  Excel- 
lence du  18  courant  se  rapportant  au  récent  malheureux  massa- 

r.  Traduction. 


à 


876  MASSACRE    DE    TIEN-TSIN 

cre  de  sujets  français  à  Tien-Tsin,  et  demandant  que  Tappuî  du 
Représentant  de  Sa  Majesté  soit  accordé  à  M.  de  Rochechouart 
dans  ses  demandes  pour  la  punition  des  malfaiteurs. 

En  réponse,  j*ai  Thonneur  d'informer  Votre  Excellence  que  le 
Gouvernement  de  Sa  Majesté  n*a  encore  reçu  aucun  détail  des 
événements  en  Chine  auxquels  Votre  Excellence  se  réfère  ;  mais 
qu'il  ne  peut  hésiter  à  donner  des  instructions  au  Représentant 
de  Sa  Majesté  en  Chine  pour  coopérer  avec  la  Légation  de  l'Em- 
pereur afin  d'obtenir  la  punition  de  ceux  qui  ont  pris  part  aux 
attentats  dont  les  sujets  français  ont  été  les  victimes. 

Je  suis,  etc. 

(Signé)  Granville. 


LETTRE*  DU  COMTE  GRANVILLE  A  M.  WADE,  3o  AOUT   187O 

Foreign  Office,  3o  août  1870. 
Monsieur, 

Je  vous  transmets,  pour  votre  information,  une  copie  d'une 
communication  de  l'Ambassadeur  Français  à  Londres  relative  au 
massacre  de  sujets  français  à  Tien-Tsin,  et  demandant  que  le 
Représentant  de  Sa  Majesté  en  Chine  roçx)ive  des  instructions 
pour  appuyer  les  demandes  de  M.  de  Rochechouart  pour  la  puni- 
tion des  malfaiteurs. 

Je  remets  aussi  ci-inclus  copie  de  ma  réponse,  et  j'ai  à  vous 
donner  instruction  de  coopérer  avec  la  Légation  de  l'Empereur 
afin  d'obtenir  la  punition  de  ceux  qui  ont  pris  part  à  cet  attentat. 

Je  suis,  etc. 

(Signé)  Granville. 

I.  Traduction. 


CHAPITRE  XXVI 

LE  MASSACRE  DE  TIEN-TSIN 

(Fin), 

M.  de  Rochechoiiart,  rentré  à  Pcking,  après  les  funérailles 
des  victimes,  remettait  au  Tsoung-li  Yamen  un  ultimatum 
déclarant  que  si  le  3i  août,  les  têtes  des  trois  fonctionnaires 
coupables  ne  sont  pas  tombées,  il  amènera  son  pavillon. 
Vaine  menace  !  à  laquelle  le  Prince  Koung  répond  par  une 
dépêche  renfermant  des  propositions  inacceptables. 

Sur  la  demande  de  M.  de  Rochechouart,  les  représentants 
des  Puissances  se  réunirent  le  24  septembre  à  la  Légation 
des  Etats-Unis  pour  prendre  connaissance  de  la  communi- 
cation peu  satisfaisante  qu'il  avait  reçue  du  Prince  Koung. 
A  la  suite  de  la  réunion  une  note  collective  fut  adressée  au 
prince  par  les  diplomates  étrangers  : 


>OTE    COLLECTIVE,     PEKL'^G,     2 4    SEPTEMBRE     187O. 


Péking,  ce  34  septembre  1870. 

Les  Soussignés,  Représentants  des  Élals-Unis  de  l'Amérique, 
de  la  Grande  Bretagne,  de  la  Prusse  et  de  la  Russie,  ont  Thon- 
neur  d'informer  Son  Altesse  Impériale  le  Prince  de  Koung  que  le 
Charge  d'Affaires  de  France,  ainsi  qu'il  en  avait  prévenu  hier  les 
membres  du  Yamen.  a  provoqué  une  réunion  des  Soussignés 
pour  leur  faire  part  des  résolutions  du  Gouvernement  Chinois  à 


d 


^7^  MASSACRE   DE    TIEN-TSIN 

l'égard  des  Mandarins  et  autres  prévenus  compromis  dans  les 
massacres  de  Tien-Tsin. 

Les  Soussignés  croient  de  leur  devoir  de  faire  sans  retard 
savoir  à  Son  Altesse  Impériale  que  cette  décision,  prise  après  une 
attente  de  trois  mois,  n'est  nullement  satisfaisante,  tant  au  point 
de  vue  spécial  des  atrocités  commises  le  ai  juin  quh  celui  de  la 
sécurité  générale,  à  laquelle  tous  les  étrangers  établis  en  Chine 
sont  également  intéressés. 

Les  Soussignés,  etc. 

(Signé)  Ueiifues 

FVederick  F.  Low 

Eug.   BuTZOW 

Thomas  Francis  Wade. 


LE    PRIISCE    DE    ROI  >G   A    M.    DE    ROCIIECHOIAHT, 

l5    OCTOBRE     1870 

Enfin  après  ces  longues,  huniilianlcs  et  pénibles  négocia- 
tions, voici  les  conditions  médiocres  qu'obtient  enfin  la 
France  : 

Pé-king.  le  i5  octobre  1870. 

Le  massacre  des  étrangers  h  Tien-Tsin  le  2  i  juin  dernier  a  été 
la  conséquence  d'enlèvements  de  personnes  que  l'on  mettait  sur 
le  compte  des  Chrétiens.  La  suspicion  se  changea  en  haine,  et  les 
circonstances  qui  se  produisirent  de  part  et  d'autre  amenèrent  un 
soulèvement,  puis  bientôt  une  catastrophe. 

Le  jour  même  que  furent  rapportés  ces  faits  h  l'Empereur,  un 
Décret  ordonna  expressément  a  Tseng,  Vice-Roi  du  Tché-fi, 
Grand  Conseiller  Militaire  de  l'Empire,  Tuleur  Impérial  Hono- 
raire de  deuxième  classe,  décoré  de  la  plume  de  paon  à  double 
œil,  Noble  de  première  classe.  Marquis  de  Yi-yong,  de  se  rendre 
à  Tien-Tsin  pour  procéder  aux  enquêtes  et  régler  cette  alTaire. 

Parut  ensuite  un  Décret  ordonnant  aux  Vice-Koi  e!  (gouver- 
neur de  la  Province  du  Tché-li  d'exiger  que  les  autorités  sous 
leur  juridiction,  protègent,  suivant  les  circonstances,  tous  lieux 
de  commerce  étrangers  et  de  propagation  de  doctrines. 


LK    PRINCE    DE    ROUNG    A    M.    DE    ROCIIECHOUART  879 

L'Empereur  daigna  après  cela  désigner  Tclioung,  Tuteur  Im- 
])érial  Honoraire  de  Iroisième  classe.  Globule  de  premier  degré, 
décoré  de  la  plume  de  paon  à  double  œil.  Lieutenant  Général  de 
la  Bannière  bordée  de  Rouge,  Vice-Président  du  Ministère  de  la 
Guerre,  Surintendant  du  Commerce  des  Trois  Ports  du  Nord,  pour 
se  rendre  officiellement  auprès  de  votre  noble  Gouvernement  et 
donner  ainsi  ime  noble  marque  de  la  sincère  amitié  dont  sont 
animées  les  deux  nations. 

Celle  catastrophe  se  produisit  pour  nous.  Prince  et  Minisire, 
d'ime  manière  tout  inattendue.  Nous  déplorons  profondément 
que  des  fonctionnaires  et  des  sujets  de  votre  noble  Empire  aient 
été  les  malheureuses  victimes  d'un  pareil  attentat. 

La  Chine  étant  depuis  beaucoup  d'années  en  relations  d'ami- 
tié avec  voire  noble  Empire,  nous  ne  pensions  pas  que  les  popu- 
lations pussent  jamais  commettre  im  acte  aussi  inimaginable  et 
incompréhensible. 

A  de  nombreuses  reprises  nous  vous  avons  communiqué  offi- 
ciellement, noble  Chargé  d'Affaires,  les  Décrets  ayant  trait  à  ces 
événements.  En  môme  temps  nous  vous  envoyions  des  dépêches 
vous  donnant  l'assurance  que  les  malfaiteurs  compromis  dans 
cette  affaire  devaient  étrearrétéset  sévèrement  interrogés  ;  que  les 
meurtriers,  à  quelque  rang  qu'ils  appartiennent,  seraient  con- 
damnés suivant  la  loi,  et  que  les  autorités  locales  fautives  seraient 
traduites  devant  le  Tribunal  du  Mandarinat  ;  que  les  établisse- 
ments religieux,  l'hôtel  Consulaire,  et  autres  immeubles  détruits 
seraient  remis  en  état  h  l'aide  d'une  indemnité  ;  que  nous  regret- 
tions encore  plus,  s'il  était  possible,  la  mort  des  Sœurs  de  Charité  ; 
et  finalement  nous  vous  prions  de  nous  donner  une  liste  des 
victimes  afin  d'avoir  une  base  de  calcul  pour  les  indemnités 
pécuniaires. 

Tel  était  le  sujet  des  dépêches  que  nous  avons  successivement 
fait  parvenir. 

Conformément  h  ce  que  nous  avions  l'honneur  de  vous  annon- 
cer, Tseng,  membre  du  Conseil  de  l'Empire,  Vice-Roi  du  Tché-li, 
et  autres,  rapportaient  qu'ils  avaient  procédé  à  une  enquête 
des  circonstances  au  milieu  desquelles  eut  lieu  le  soulèvement  ; 
ils  ont  nettement  déclaré  qu'en  fait  d'extractions  d'yeux  et  de 
cœurs  il  ne  s'agissait  que  de  fables,  et  de  pareille  chose  n'avait 
pas  eu  lieu;  ils  ont  prié  l'Empereur  de  faire  paraître  un  Décret 
dissipant    tous  les  doutes  qu'on  pouvait  encore  conserver  à  cet 


38o 


MASSACRE    DK    TIE>'-TSIN 


égard,  cl  ordonnant  avec  sévérité  auxautorités  territoriales,  civiles 
et  militaires,  de  poursuivre  activement  les  meurtriers.  Les  mêmes 
hauts  fonctionnaires  priaient  en  même  temps  TEmpereur  de  dé- 
grader et  de  faire  traduire  devant  le  Hing-pou  (Tribunal  des 
Châtiments)  le  Préfet  de  Tien-tsin,  Tchang  Kouang-tsao.  et  le 
Sous-Préfet  Lieou-Tié,  tous  deux  coupables  de  n'avoir  su  main- 
tenir Tordre,  et  de  n'avoir  pas  immédiatement  après  les  événe- 
ments fait  arrêter  les  coupables. 

Le  5  octobre  parut  un  Décret  par  lequel  l'Empereur,  consi- 
dérant que  le  Préfet  et  le  Sous-Préfet  de  Tien-Tsin  n'avaient 
pris  aucune  mesure  capable  de  prévenir  ce  qui  survint  entre  le 
peuple  et  les  Chrétiens,  et  ensuite  n'avaient  su  mettre  de  suite 
la  main  sur  les  coupables,  donnait  son  a[)probation  aux  mesures 
qui  lui  étaient  soumises. 

En  conséquence,  Tseng  Kouo-fan  et  autres  firent  le  procès  de 
ces  deux  fonctionnaires  dégradés  et  les  en>oyèrent  sous  bonne 
garde  au  Hing-pou,  cjui  proposa  à  l'Empereur  d'appliquer  la 
peine  prévue  par  l'Article,  —  «  Soulèvement  criminel  de  la  po- 
pulace, incapacité  des  autorités  civiles  et  militaires  territoriales 
à  réprimer  le  désordre  et  à  prot(*ger  »,  c'est-à-dire,  destitution; 
[Mîine  qui,  vu  la  gravité  des  faits,  s'augmente  de  l'exil  et  d'un 
concours  obligatoire  aux  travaux  des  armées  de  frontière. 

L'Empereur  était  prié,  vu  l'extrême  gravité  des  circonstances, 
de  désigner  lui-même  le  lieu  d'exil. 

Le  Préfet  et  Sous-Préfet  sus-nonuiiés  étaient  responsables 
dans  leur  arrondissement  respectif;  ils  n'ont,  ce|)endant,  pas  su 
aviser  au  moyen  d'empêcher  les  populations  de  Tieu-Tsin  de  se 
lever  en  masse  et  de  commettre  les  faits  qui  eurent  lieu.  C'est 
ainsi  que  des  malfaiteurs  eurent  l'occasion  de  mettre  tout  à  feu 
et  à  sang,  et  de  tuer  beaucoup  de  monde,  et  comme  circons- 
tance aggravante  ils  n'arrêtèrent  pas  les  coupables  aussi  vite  que 
les  circonstances  l'exigeaient  :  Tchang  Kouang-tsao  et  Licou  Tié 
sont,  en  conséfpience,  condamnés  à  être  dé|)orlés  au  fleuve 
Amour  jK)ur  expier  leur  crime  par  des  travaux  pénibles.  Par 
une  pareille  punition  l'Empt^reur  a  voulu  donner  un  avertisse- 
ment à  tous  :  — 

«  La  populace  de  Tien-Tsin,  mue  par  le  doute  et  la  colère,  ne 
tenant  pas  compte  de  ce  que  faisaient  les  autorités  locales  pour 
le  rétablissement  de  l'ordre,  poussa  l'audace  jusqu'à  faire  plus 
de  vingt  victimes,  parmi   lesquelles   se  trouvèrent  les  Sœurs  de 


LE    PRINCK    DE    KOUNG    A    M.    DE    ROCHECIIOUART  38 1 

Charité  cruellemenl  massacrées.  Ce  fait  accuse  davantage  la  lâ- 
cheté des  meurtriers. 

a  Tseng  Kouo  fan  et  autres  viennent  de  juger  les  individus 
arrêtés  et  compromis  dans  cette  afTaire  :  le  châtiment  a  été  pro- 
portionné à  la  gravité  des  crimes  de  chacun.  Feung,  dit  «  le 
Boiteux  »,  et  quinze  autres  coupables  ont  été  condamnés  à  mort: 
Wang-ou,  dit  «  le  Poinçon  »  et  \ingt-et-un  autres  individus 
sont  condamnés  au  bannissement  (décennal)  aux  frontières  les 
plus  éloignées.  Les  châtiments  se  trouvant  mérités,  TEmpereur 
a  a|)prouvé  les  sentences  rendues,  et  a  ordonné  pour  Feung  et  ses 
complices  l'application  sans  sursis  de  la  peine  de  mort,  |X)ur 
Wang  et  autres  l'envoi  au  lieu  fixé  pour  l'exil. 

«  Après  ces  actes  de  sévérité  les  autorités  locales  de  la  Province 
du  Tché-li  devront  adresser  des  proclamations  aux  habitants  afin 
qu'ils  fassent  leur  devoir  et  respectent  les  lois  et  que  de  pareils 
événements  ne  se  renouvellent  plus. 

«  Toutes  les  fois  qu'il  se  présentera  une  affaire  intéressant  les 
étrangers,  on  devra,  conformément  aux  Traités,  la  régler  avec 
justice  vi  d'une  manière  satisfaisante. 

«  Notre  espcM-ance  est  de  voir  l'ordre  régner  en  tous  lieux,  et 
par  conséqutMit  la  |)aix  entre  les  négociants  indigènes  et  étran- 
gers. 

a  Respectez  ceci.  » 

A  ce  Décret  succéda  un  autre  qui  parut  le  9  octobre,  et  fut 
rendu  sur  un  rapport  supplémentaire  de  Tseng  Kouo  fan.  Voici 
les  termes  de  ce  Décret  :  — 

«  Les  coupables  dont  Tseng  Kouo-fan  et  autres  donnent  la 
liste  après  jugement  doivent  être  condamnés  ainsi  que  l'a  décidé 
le  \  ice  Hoi. 

«  Leou-eul  et  quatre  autres  individus  subiront  la  peine  capi- 
tale. 

«  Tang-  lao  et  Irois  autres  individus  subiront  un  exil  propor- 
tionné à  la  gravité  de  leurs  crinies. 

«   Respectez  ceci.   » 

Tous  les  Décrets  cités  ci-dessus  vous  ont  été  communiqués 
oiliciellement. 

Dès  le  début,  vous  avez  parlé,  nobU  Chargé  d'Affaires,  de  la 
mise  à  mort  du  Préfet  et  du  Sous-Préfet  de  Tien-Tsin  et  du  Gé- 


383  MASSACRE    DE    TIEN-TSIN 

ncral  Tch'eii  Kouo-jouei.  Noire  solution  d'aujourd'hui  ne  saiis- 
lail  pas  tout  à  fait  voire  Excellence. 

Notre  acquiescement  à  vos  désirs  avait  de  graves  inconvénients 
pour  la  Chine,  et  l'explication  de  ceci  pourra  nalureUenient  être 
donnée  de  vive  voix  par  Son  Excellence  ïchoung  à  votre  nohlc 
Gouvernement.   . 

Je  vous  rappellerai  à  ce  sujet  qu'il  a  été  constaté  après  enquête 
du  Vice-Roi  Tseng  et  autres  que  les  événements  de  Tien-Tsin 
doivent  leur  origine  au  crédit  qu'ajoutait  le  peuple  de  Tien-Tsin 
à  certaines  fables  et  ne  sont  pas  le  résultat  de  l'instigation  des 
autorités  locales. 

Les  meurtriers  sont  punis  de  mort,  et  les  Préfet  et  Sous-Préfet 
sont  envoyés  dégradés  au  fleuve  Amour  pour  expier  leurs  crimes 
en  concourant  aux  travaux  pénibles  des  armées  occupant  la  fron- 
tière . 

Cette  condamnation  est  déjà  des  plus  sévères  et  sera  une  leçon 
pour  l'avenir.  C'est  par  hasard  que  le  Général  Tch'en  Kouo- 
jouei  se  trouvait  à  Tien-Tsin  ;  cet  oftîcier  était  malade  et  en  voyage  : 
il  n'est  pour  rien  dans  ce  qui  s'est  passé.  Il  n'est  donc  pas  besoin 
de  s'étendre  davantage  sur  ce  sujet. 

Quant  à  la  mise  à  mort  des  condamnés  à  cette  peine,  la  Chine 
a  déjà  fidèlement  agi  et  n'a  montré  aucune  partialité. 

Une  dépêche  de  votre  Excellence  admet  le  remboursement  des 
jiertes  subies  par  les  établissements  religieux  et  autres  soit 
2IOOOO  taëls. 

Notre  Souverain  déplorant  profondément  cjue  des  fonction- 
naires, des  négociants  et  leurs  fenmies,  des  Sœurs  de  Charité, 
aient  été  victimes  des  événements  de  Tien-Tsin,  a  fixé  à  35  ooo 
taels  le  chifîre  d'une  indemnité  pécuniaire  dont  nous  vous  avons 
déjà  envoyé  ofliciellement  un  compte  de  répartition. 

Quoique  ralTairede  Tien-Tsin  soit  terminée  nous  devons  encore 
nous  occuper  des  mesures  à  prendre  contre  toute  fAcheuse  éven- 
tualité ;  aussi  le  nouveau  Vice-Koi  du  Tché-li,  Tuteur  Impérial 
Honoraire  de  deuxième  classe,  membre  suppléant  du  Grand  Con- 
seil de  l'Empire,  décoré  de  la  plume  de  paon  à  double  œil.  Noble 
de  première  classe.  Comte  de  Sou-y.  demeure-t-il  à  Tien-Tsin 
dans  le  but  d'exercer  une  protection  eflicace. 

Voici  déjà  bien  des  années  que  la  Chine  est  liée  d'amitié  avec 
votre  noble  (îouveriiement  C'est  inopinément  que  se  sont  pro- 
duits de  la  part  du   peuple   les   événements   de  Tien-Tsin,    ainsi 


CONDAMNATIONS  383 

donc  ils  ne  peuvent  en  rien  diminuer  la  confiance  et  porter 
atteinte  a  l'honneur  national.  La  queslion  qui  nous  a  occupés 
jusqu'ici  se  trouve  éclairée  et  résolue. 

Son  Excellence  Tcli'oung  a  reçu  de  l'Empereur  l'ordre  d'aller 
en  personne  remettre  une  lettre  du  (Jouvernement  Chinois  au 
vôtre  en  témoignage  de  son  désir  de  voir  le  bon  accord  régner 
per[)étuellement  entre  les  deux  Etats.  Son  Excellence  Tchoung  a 
expose  à  l'Empereur  qu'il  emmènerait  avec  lui  comme  Secrétaires 
MM.  Novion  et  Imbert,  tous  deux  sujets  Français. 

Tel  est  le  but  de  la  présente  comnmnication.  J'en  adresse  une 
autre  au  ministre  des  AlTaires  Etrangères  de  votre  noble  Gouver- 
nement. Je  prie  votre  Excellence  de  vouloir  bien  la  prendre  en 
considération. 


CONDAMNATIONS 


Liste  des  Chinois  condamnés. 


CONDAMNAS    A    LA    PEINK    CAPITALE. 


I.  Ecimg,  dit  «  le  Boiteux  »,  a  reconnu  avoir  tué  M.  Fon- 
tauier  à  coups  d'épieu. 

a.  Leou-eul  a  reconnu  avoir  tué  M.  l'abbé  Chevrier  à  coup 
de  bâton  (erré. 

3.  Kianii;-ou  a  reconnu  avoir  tué  des  Russes  à  coups  de 
lance. 

/|.   Kien-eul  a  recoimu  avoir  tué  un  Russe  à  coups  de  sabre. 

5.  Lo  Tcheng  Kouo-tan-tse  a  reconnu  avoir  tué  à  coups  de 
bâton  une  Sœur  de(]liarité. 

6.  Tclieou  San  a  reconnu  avoir  tué  à  coups  de  bâton  M.  de 
Challemaison. 

7.  Tchang  !.i  a  reconnu  avoir  tué  d'un  coup  d*éjM»e  M.  de 
Challemaison.  • 

8.  \\  ei-lao  a  reconnu  avoir  tué  d'un  roup  de  barre  de  lerine- 
ture  d(»  porte  un  des  Européens  du  Wang  llai-lcon. 

().  Ma  lloung-leang  a  reconnu  a>oir  tué  d'un  coup  d'épéc  un 
des  Européens  du  Wang  llai-leou. 

10.  Ou-ta  a  reconnu  avoir  tué  d'un  coup  de  coutelas  une  des 
Sœurs  de  Charité. 


384  MASSACRE    DE    TIEN-TSIN 

1 1.  Toann-la  a  reconnu  avoir  tué  un  Russe  et  avoir  jeté  son 
corps  dans  la  rivière. 

13.  Fan  Young-leu  a  reconnu  avoir  lue  d'un  coup  de  planche 
un  des  employés  de  la  Mission  Catholique. 

i3.  Leou-eul  a  arraché  le  sabre  d'un  Européen  et  l'en  a  tué. 

i4.  Tchang-eul  a  reconnu  avoir  tué  à  coups  de  sabre  une  des 
personnes  employées  chez  les  Sœurs. 

i5.  ïsoeui  Tou-tse  a  reconnu  avoir  tué  à  coups  de  sabre  une 
Sœur  de  Charité. 

i6.  Tchang  Kouo-lchouen.  dit  a  la  Tête  de  Mort  »,  a  reconnu, 
avoir  tué  à  coups  de  sabre  une  Européenne,  et  a  ajouté  avoir  tué 
ensuite  une  dame  russe. 

17.  Siao-eul  a  reconnu  avoir  tué  une  Sœur  de  Charité. 

18.  Tcheng  Ma-ly,  d'après  le  témoignage  de  Leou-eul,  Tsao- 
ta  de  la  femme  Rao-ou,  a  tué  un  Européen  de  la  Mission  Catho- 
lique. 

19.  Wang-leou,  d'après  les  témoignages  du  préposé  à  la  po- 
lice, Wang  Ting-y,  de  Leang  Wen  tche,  garde  du  tribunal  du 
Tché-hien,  a  tué  des  Sœurs  de  Charité  à  coups  de  lance. 

20.  Ko-san,  d'après  les  témoignages  de  Li  Wan-yoou.  Li  Wan- 
tcheng,  du  garde  Tchao  Tchou-tang  et  autres,  a  tué  des  Sœurs 
de  Charité  à  coups  de  galle. 

EXILÉS    POUR    VOL    ET    BLESSURES    (lO    ANs). 

Wang-ou,  dit  «  le  Poinçon.   » 
Yu-Ki . 
Pan-eul. 
Mao-san. 

Teng-lao  a  blessé  d'un  coup  de  bâton  une  personne  employée 
chez  les  Sœurs. 
Yang-eul. 

EXIL^:S    POUR    VOL    ET    BLBSSUKES    (3    AXs). 

Nie  Tchong-san. 

Li-ta. 

Souen-eul. 

Lî-ta. 

Mou  Tchao-ou. 

Yang-eul . 


\ 


LETTRE   DU    PUINCE   DE   KOINC.    V    M.    DE   ROCIIECIIOUART  385 

Kouo-san. 

!-.i-sse. 

Wang-vou. 

Tsouci-lchao. 

kou  Tchaiig-lio. 

Tong-ssc.    * 

Ma  Tchang-tclioucn. 

(^Iiang-tcu. 

Lcou  Toii-kouoi. 

Toung-yong. 

Soueii-eul. 

Koan-san. 

JIo-sso. 


LETTRE    m      PKI>C:E    de    KOLNG    a    m.     de    ROnilECIIOrAIlT. 

INDEMNITÉS 

Voici  maintenant  le  prix  du  sang  : 

Le  i8  octobre  1870. 

J'ai  eu  l'honneur  de  recevoir  de  votre  Excellence  et  relative- 
ment aux  événements  de  Tien-Tsin  une  dépèche  exprimant  l'in- 
dignation et  la  douleur  qu'ils  avaient  produites.  A  cet  le  pièce 
était  jointe  la  liste  des  >ictimcs. 

La  nouvelle  de  malheurs  aussi  inattendus  fut  pour  nous  une 
cause  de  bien  grande  aflliclion. 

Voici  bien  des  années  (pie  la  Cihine  et  la  France  sont  en  rela- 
tion d'amitié,  personne  ne  s'attendait  aune  pareille  catastrophe. 
Kncore  maintenant  nous  en  sonnnes  couverts  de  confusion  et 
émus. 

Il  a  été  décidé  cpi'il  serait  payé  une  sonune  de  a 5  000  taOls  à 
titre  d'indemnité,  que  suivant  les  décisions  du  Ministère  des  Fi- 
nances votre  Excellence  pourra  toucher  de  l'Administration  des 
Douanes  du  kiang-Nan  et  du  Rouang  Toung  pour  répartir 
ensuite  conformément  au  compte  ci-annexé  entre  les  familles  du 
(Consul  Fonlanier,  des  autres  fonctionnaires,  et  des  négociants. 
L'Eglise  touchera  ce  qui  lui  revient. 

Le  la  courant  m'est  parvenu  votre  dépèche  m'informant  que 

CoKDIEK.  I.  —  25 


386  MASSACRE    DE    TIEN-TSIX 

les  perles  matérielles  subies  par  les  établissements  religieux  et 
autres  montaient  à  la  somme  de  aïoocK)  laëls  ;  le  Hou-pou  a  déjà 
décidé  que  le  versement  de  ce  remboursement  sera  elTectué  par  la 
douane  maritime  de  Tien-Tsin. 

Tel  est  le  but  de  la  présente  communication. 

Répartition  des  Indemnités  accordées. 

m 

TAELS 

Le  Consul  Fontanier 3o  ooo 

Le  Chancelier  S.  Simon qo  ooo 

Le  Chancelier  J.  el  M.  Thomassin.  5o  ooo 

M.  de  Challemaison,  négociant .      .  loooo 

M'^  de  (^hallemaison lOOOO 


TAELS 

l 'ÀO  ooo 
Pour  rRgliso i3oooo 


Total 200  ooo 


CIllCLLAinE    DE    M.    DE   ROCIlECIIOlAnT    Al  X    CONSULS    DE    FRANCE 

EN    CHINE,     2  9.    OCTOBHE    187O. 

Le  chargé  d'anaircs  fait  part  des  conditions  qu'il  a  enfin 
obtenues  aux  consuls  de  France  en  Chine. 


Légation  de  France  en  Chine,  le  33  octobre  1870. 

J'ai  l'honneur,  pour  votre  information  particulière,  de  vous 
faire  connaître  la  liste  des  satisfactions  que  le  Gouvernement 
Chinois  s'est  décidé  à  offrir  au  Gouvernement  Français  au  sujet 
des  massacres  de  Ticn-Tsin.  Je  n'ai  ni  à  approuver,  ni  à  désap- 
prouver ce  programme,  qui  n'était  pas  le  mien  et  qui  d'ailleurs 
est  exécuté  à  l'heure  actuelle.  Le  Gouvernement  Chinois  a  sur 
ma  demande  envoyé  Son  Excellence  Tchoung-lieou  comme  Am- 
bassadeur en  France  pour  expliquer  sa  conduite  et  la  faire  agréer 
s'il  le  peut  :  je  ne  saurais  donc  jusqu'il  l'issue  de  cette  mission 
préjuger  la  décision  définitive  de  mon  Gouvernement,  mais  ce 
que  je  puis  et  que  je  dois  porter  à  votre  connaissance  dès  aujour- 


CIRCULAIRE  DE  M.   DE  ROCUECHOCART  AUX  CONSULS  DE  FRANCE    887 

d*hui  c*esl  ma  conviclion  qu'il  n'y  a  pour  le  momenl  du  moins 
aucun  danger  de  voir  se  renouveler  sur  d'autres  ])oinis  de  la 
Chine  les  douloureux  événements  de  Tien-ïsin  ;  et  je  vous  prie, 
M.  ,  de  vouloir   bien  rassurer  les  personnes  qui  vien- 

draient vous  consulter  sur  ce  sujet,  elles  peuvent  sans  crainte 
vaquer  à  leurs  aflaires  et  à  leur  commerce  comme  par  le  passé 
conformément  aux  droits  inscrits  dans  les  Traités. 

Le  Gouvernement  Chinois  s'est  engagé  à  prendre  les  mesures 
nécessaires  pour  assurer  partout  cette  sécurité,  et  dans  le  cas  où 
je  ne  serais  pas  sufTisam  ment  convaincu  de  l'elTicacité  de  cette  pro- 
messe j'aurais  soin  de  prendre  les  précautions  nécessaires  pour  ga- 
rantir la  vie  et  les  propriétés  de  mes  compatriotes  contre  tontes 
les  éventualités  fâcheuses. 

Je  profite  également  de  cette  occasion,  M.  ,  pour  rec- 

tifier quelques  inexactitudes  qui  se  sont  glissées  dans  l'opinion 
publique  et  qu'il  Importe  de  faire  disparaître  : 

I .  Je  n'avais  jamais  entendu  prononcer  le  nom  de  Tch'en 
Kouo-jouei  avant  les  événements  de  Tien-Tsin,et  ce  personnage 
ne  s'était  jamais  trouvé  môle  à  aucune  des  aflaires  que  j'avais 
eues  à  traiter  jusqu'à  ce  jour. 

vi.  11  est  parfaitement  faux  que  j'aie  adressé  au  Gouvernement 
Chinois  plusieurs  ultimatums  pour  exiger  telles  ou  telles  satis- 
factions. J'ai,  il  est  vrai,  insisté  sur  certains  points,  mais  je  n'ai 
jamais  formulé  d'exigences  sine  quâ  non. 

3.  Je  ne  crois  pas  qu'il  ait  existé  de  complot  à  Péking  dans  le 
but  de  massacrer  les  Européens  établis  dans  cette  ville.  Il  se  peut 
qu&dans  les  premiers  jours  qui  ont  suivi  les  événements  de 
Tien-Tsin  nous  ayons  eu  h  craindre  le  contre-coup  de  cette 
lugubre  tragcklie,  mais  ces  appréhensions  se  sont  heureusement 
vite  dissipées  en  songeant  à  la  composition  de  la  population  de 
Péking,  où  l'élément  Tartare  domine  et  ferait  par  conséquent 
obstacle  à  toute  émeute,  à  moins  d'y  être  poussé  par  le  Gouver- 
nement Central,  qui  dans  ces  circonstances  n'avait  aucun  intérêt 
à  aggraver  la  situation. 

4.  Il  est  parfaitement  vrai  qu'une  lettre  écrite  par  M.  Fonta- 
nier  le  jour  même  de  son  massacre  a  fourni  le  plus  fort  argu- 
ment en  faveur  de  l'innocence  de  son  Excellence  Tch'oung  Heou. 
mais  il  est  faux  que  [)endant  mon  séjour  à  Tien-Tsin  ce  |X?r- 
sonnage  ait  déjeuné  chez  moi  ou  que  j'aie  déjeuné  chez  lui. 
Lorsque  ce  haut   fonctionnaire  est  venu  me  voir  à  bord  de  la 


à 


388  MASSACRE    DE    TIEN-TSIN 

a  Flamme  »,  il  n*a  même  pas  reçu  les  honneurs  militaires 
dus  à  son  rang. 

5.  Le  plus  parfait  accord  n'a  cessé  de  régner  entre  les  différents 
Chefs  de  Mission  résidant  à  Péking,  et  chaque  fois  que  j'ai  eu 
recours  à  mes  collègues,  je  les  ai  toujours  trouvés,  tous  sans 
exception,  prêts  à  seconder  mes  efforts.  Quelques-uns  d'entre  eux 
même  se  trouvant  plus  particulièrement  intéressés  à  la  question 
par  suite  de  la  nationalité  un  peu  cosmopolite  des  Sœurs  de  la 
Charité,  n'ont  cessé  d'insister  de  la  façon  la  plus  énergique  auprès 
du  Gouvernement  Chinois  pour  ohtenir  le  châtiment  des  meur- 
triers de  leurs  compatriotes. 

Vous  voudrez  hien,  M.  ,  saisir  toutes  les  occasions  pour 

remercier,  au  nom  du  (iouvernement  Français,  vos  collègues  et 
les  différentes  comnmnautés  des  ports  de  la  sympathie  qu'ils 
nous  ont  constamment  témoignée  dans  ces  pénihles  circons- 
tances. 


Le  Chinois  avait  payé  le  sang  des  victinios  avec  de  l'argent 
que  refusa  M^''  Dclaplaco*  et  la  vie  de  comparses  qui  avaient 
exécuté  les  ordres  reçus.  Les  grands  coupables  échappaient 
alors  à  un  châtiment  bien  mérité  comme  leurs  imitateurs  de 
1900  réfugiés  à  Tabri  du  trône  impérial.  Les  principaux 
instigateurs  du  massacre,  le  Tché-Fou  et  le  Tché-llien  furent 
temporairement  suspendus  de  leurs  fonctions  et  T'chen  Kouo- 
jouei,  qui  mourut  paisiblement  plus  tard,  fut  honoré  à  Fégal 
d'un  héros  cl  des  temples  furent  élevés  à  sa  mémoire*. 

Tch'oung-Ilcou  envoyé    en    Europe    pour    présenter    les 


I.  Il  est  juste  d'ajouter  que  les  iSoooo  laëls  refusés  par  Mk""  Dela- 
placc  le  3  janvier  1871,  à  son  relour  de  Rome,  avaient  élc  encaissés  par 
M.  Avincri,  procureur  à  Chang-llaï,  qui  refusa  de  les  rendre  sans  ordre 
de  M.  Etienne,  supérieur  général  de  la  Congrégation  de  la  Mission. 

a.  En  juillet  1871,  il  fut  dégradé  et  envoyé  au  service  en  Mongolie: 
cette  disgrâce  fut  considérée  comme  un  succès  de  Koiing  contre  Tseng  : 
mais  comme  Tch  en  était  fort  riche,  la  disgrâce  fut  plus  apparente  que 
réelle. 


CONCLUSIONS  .S89 

excuses  du  gouvernement  chinois,  n'avait  pas  trempé  direc- 
tement dans  l'assassinat  des  étrangers,  mais  il  est  impossible 
qu'il  ait  ignoré  ce  qui  se  tramait,  surtout  après  la  procla- 
mation du  Fou  du  18  juin  ;  un  mot  de  lui  aurait  tout  arn^té  ; 
comme  Ponce  Pilate,  il  se  lava  les  mains  de  ce  qui  pouvait 
arriver.  Les  complications  eiu-opéennes  auraient  pu  faire 
excuser  le  choix  d'un  tel  agent  s'il  avait  été  fait  après  que 
la  nouvelle  de  la  guerre  entre  la  France  et  TAllemagne  fut 
parvenue  en  (Ihine;  il  est  inexplicable  au  lendemain  du 
crime. 

L'attitude  insolente  d(*  Li  Iloung  tchangvis  à->is  de  notre 
consul  à  Tien-Tsin.  M.  (Ih.  Dillon,  en  avril  1871,  souligne 
encore  la  mauvaise  volonté  des  Chinois  au  courant  de  nos 
revers.  Nous  eûmes  toutes  les  peines  du  monde  à  obtenir 
rachéveuïcnt  du  cimetière  qui  devait  recevoir  les  corps  des 
victimes. 

J'avais  donc  raison  de  dire  que  les  victimes  du  massacre 
de  Tien-Tsin  n'ont  jamais  été  vengées. 

La  polili(jue  française  en  Chine  a  touj(nns  manqué  de 
suite  ;  elle  a  été  faite  d'à  coups.  Aucun  progranune  préparé 
d'avance  soigneusement.  Tantôt  le  Parlement  à  la  remorque 
du  (iouvcrnemcnt,  plus  souvent  le  Gouvernement  à  la  re- 
morque du  Parlement,  ont  donné  la  |)his  grande  instabilité 
aux  divers  projets  qui  demandaient  une  longue  diu'ée  d'exé- 
cution. Kn  outre,  la  majorité  des  Français,  quoi  qu'on  en 
dise,  et  hostile  à  une  action  s'exerçant  dans  un  pays  loin- 
tain ;  le  bien-être  présent  empêche  la  moyenne  des  citoyens 
de  voir  le  danger  devant  lecjuel  ils  s'endorment  dans  une 
trompi^use  sécurité.  Jamais  le  passé  ne  sert  d'exeuqjle  au 
présent.  Pour  en  revenir  à  la  Chine,  il  est  un  fait,  brutal, 
il  est  vrai,  mais  c'est  un  fait  :  que  la  force  seule  nous  a  fait 
pénétrer  et  nous  maintient  dans  l'Empire  du  Milieu;  toute 
longanimité  de  la  part  du  vaimpieur  est  considérée,  non 
couïme  une  uïarquc  de  générosité,   mais  comme  un  indicé 


 


3yO  MASSACRE    DE    TIEN-TSIN 

de  faiblesse.  Les  vrais  coupables  du  guet-apens  de  T'oung- 
tchéou  en  1860,  échappèrent  à  un  châtiment  bien  mérite; 
de  même  que  les  assassins  de  1870.  Pareille  impunité  est 
assurée  aux  massacreurs  de  1900.  Les  Chinois  ne  compren- 
nent pas  les  théories  de  nos  néo-philanthropes  et  les  chimères 
généreuses  de  la  Ligue  pour  la  paix.  La  triste  maxime  :  «  La 
force  prime  le  droit  »  doit  être  appliquée  dans  toute  sa  ri- 
gueur en  Chine  :  sinon,  plions  bagages. 


I 


CHAPITRE  WVII 


AMÉRICAINS  EN  CORÉE.  —  T^-F.  WADE.  -  TRAITÉ  JAPONAIS 


NAVIRES   AMERICAINS   ATTAQUES   EN    COREE 

Le  2^  juin  1866,  le  scliooneranicTicain,  Surprise,  échoua 
sur  la  côte  de  Corée  ;  le  capitaine  M*^  Caslin,  l'équipage  et 
le  cuisinier  chinois  furent  bien  traités  par  le  Taï  Wen  Koun\ 
et  purent  regagner  Nieoutchouang.  En  revanche  un  autre  na- 
vire, le  General  Sherman^  qui  avait  quitté  Tien-Tsin  le  29 
juillet  1866  pour  se  rendre  en  Corée,  par  la  voie  de  Tché- 
fou,  disparut  et  son  équipage  fut  sans  aucun  doute  massa- 
cré. Le  vaisseau  de  guerre  américain  Wachussett^  comman- 
dant  Shufeldl,  envoyé  par  le  contre-amiral  Rovvan  pour  ob- 
tenir des  renseignements  sur  le  General  S  fier  mon,  quitta 
Tché-fou  le  21  janvier  1867  et  jeta  Tancre  deux  jours  plus 
tard  sur  la  côte  coréenne  :  il  lui  fut  impossible  d'obtenir  le 
moindre  renseignement.  En  mai  1867,  Tamiral  Rowan  en- 
voya de  nouveau  en  Corée  un  navire  de  guerre  le  Shenan- 
doah,  commandant  Febiger,  qui  eut  confirmation  du  mas- 
sacre |)rès  de  Ping-^  ang. 

Le  Ministre  des  Etals-Unis  avait  insisté  auprès  de  M.  Ber- 
themy,  ministre  de  France,  pour  une  action  commune  en 
Corée. 

A  la  suite  de  la  dernière  alTaire  et  d'un  rapjjorl  (i4  octobre 

I.   Urgent. 


i 


AMERICAINS    EN    COREE 


TRAITE    JAPONAIS 


1868)  du  consul  g(»néral  h  Chang-Haï,  Geo.  F.  Seward', 
les  Étals-Unis  résolurent  d'ouvrir  la  Corée  au  commerce 
américain.  Le  ministre  à  Péking,  Frederick  V.  Low,  fut 
chargé  de  se  rendre  à  la  capitale  de  la  Corée  avec  le  contre- 
amiral  John  Rodgers,  commandant  en  chef  de  Fescadre 
asiatique,  en  remplacement  de  l'amiral  Rowan.  Entre  temps 
le  ministre  allemand  au  Japon,  AI.  von  Brandt  allait  avec  le 
navire  de  guerre,  la  Hert/ta,  à  Fousan,  pour  se  mettre  en  rap- 
port avec  les  Coréens  (i**"  juin  1868)  ;  il  n'y  réussit  pas. 

Une  autre  attaque  dirigée  contre  les  Russes  par  les  Coréens 
à  l'endroit  où  avait  combattu  l'amiral  Rozc  fut  cachée  et 
nous  est  connue  seulement  par  une  correspondance  de  Péking, 
du  25  mai  1869  : 

a  Une  canonnière  russe  fut  envovée  de  Nicolaicvsk  avec  une 
mission  hydrographique  sur  les  côtes  de  Corée  ;  le  commandant 
de  ce  bâtiment  essaya  d'entrer  en  relation  avec  les  indigènes  et 
crovant  les  voir  animés  de  bonnes  intentions,  il  descendit  à 
terre  avec  un  seul  marin,  mais  à  peine  débarqué,  il  fut  ac- 
cueilli par  une  fusillade  des  plus  vives  et  eut  toutes  les  peines 
du  monde  à  rejoindre  son  bord  ;  il  ht  feu  lui-même  sur  un  petit 
fort  placé  au  bord  de  la  rivière,  mais  se  trouvant  trop  faible 
pour  prolonger  le  combat,  il  se  retira  sans  savoir  quel  avait  été 
le  résultat  de  son  tir.  » 


AMÉRICAINS  EN   COIlÉE.  MAIJIIN    187I 


Le  16  mai  1871,  l'escadre  américaine  composée  du  vais- 
seau amiral  Colorado,  des  corvettes  Alaska  et  Henicia^  des 
canonnières  Monocacy  et  Palos,  quitta  Nagasaki  et  arriva  le 
23  à  l'île  Eugénie  ;  le  3o,  elle  jetait  l'ancre  entre  les  îles 
Boisée  et  Guerrière.    Trois   fonctionnaires  Coréens   vinrent 


I.   Depuis  ministre  à  Péking;  neveu  de  William  H.  Seward.  le  célèbre 
homme  d'État. 


NAVIRES    AMÉRICAINS    ATTAQUÉS    EN    CORÉE  3()3 

s'enquérir  auprès  de  M.  Lovv  du  but  do  la  visite  de  cette 
flotte  et  remirent  au  ministre  américain  la  note  suivante  : 

Pendant  Tannée  1868,  un  homme  de  votre  pavs  nommé  Fc- 
big^er  vint  ici.  eut  des  relations  avec  nous  et  |)artit  ensuite.  Pour- 
quoi n'agissez-vous  pas  de  même?  En  Tan  i8()5,  des  gens  appelés 
Français  débarquiTcnt  ici,  et  vous  |X)uvez  leur  demander  com- 
ment ils  furent  reçus.  Les  habitants  de  ce  pays  et  le  pys  lui- 
même  sont  depuis  !\  000  ans  satisfaits  de  la  civilisation  dont  ils 
jouissent,  et  n'en  désirent  pas  d'autre.  Nous  n'importunons  au- 
cune autre  nation.  Pourquoi  viendraient-elles  nous  importuner? 
Notre  pays  est  situé  «1  l'Extrôme-Orient,  le  votre  aux  contins  de 
l'Occident.  Pour  quel  motif  avez-vous donc  traversé  tant  de  mers? 
Est-ce  pour  vous  enquérir  des  faits  concernant  votre  bâtiment 
détruit  (Je  (jènéral  Shermnn'?^.  Son  équipage  avait  commis  des 
actes  de  piraterie  et  des  assassinats,  ils  ont  été  punis  de  mort. 
Voulez-vous  notre  sol  ?  C'est  impossible,  ^'oulcz-vous  commer- 
cer avec  nous?  C'est  impossible. 

11  leur  fut  répondu  que  la  mission  était  pacifique,  que  les 
Américains  désiraient  Tenvoi  d'un  plénipotentiaire  coréen  et 
qu'ils  allaient  remonter  la  rivière  pour  exécuter  des  travaux 
hydrographiques.  En  eflet,  le  1'*''  juin,  le  Monorncy  et  le 
Pa/oSy  et  quatre  chaloujxîs  à  vapeur  remontèrent  la  rivière; 
ils  furent  accueillis  à  coups  de  canon.  Dix  jours  plus  tard, 
ces  baiimenls  avec  vingt  embarcations  portant  651  hommes, 
débarquaient,  malgré  le  feu  de  l'ile  de  Kang-hoa.  Dans  Talla- 
que  de  la  citadelle  coréenne,  le  lieutenant  M*'  kee  fut  blessé 
inortelloment  a  la  tête  de  ses  hommes  dont  deux  furent  tués 
et  dix  blessés,  (linq  fiuts  furent  pris  ainsi  que  cinquante 
drapeaux  et  48 1  pièces  d'artillerie  (11  juin). 

Il  n'v  avait  donc  aucune  chance  d'obtenir  un  traité  ; 
Tamiral  llodgers  quitta  le  mouillage  de  Tile  Boisée,  le  3 
juillet  et  arriva  à  Tché-fou  le  5.  Sa  retraite,  comme  jadis 
celle  de  ramiral  Roze,  fut,  par  les  Coréens,  considérée  comme 
une  reculade. 

Il  fut  de  nouveau  question  d'une  action  commune  de  la 


Sq^  américains    ex    COHÉE    TKAITÉ    JAPONAIS 

France  et  des  Étals-Unis.  M.  Low,  ministre  américain,  et  le 
comte  de  Rochechouart  y  étaient  favorables  ;  les  ressources 
devaient  être  tirées  de  la  Cochinchine,  sans  avoir  recours  à 
la  métropole.  Mais  un  vent  de  prudence  soufflait  en  France 
depuis  la  guerre  allemande  ;  d'ailleurs  le  nouveau  gouverne- 
ment se  souvenait  avec  inquiétude  de  la  campagne  du 
Mexique,  de  Tcxpédition  malheureuse  de  Tamiral  Roze  en 
Corée,  de  l'annexion ,  pourtant  si  facile  et  si  utile,  des  trois 
provinces  de  TOuest  de  la  Basse-Cochinchine  (1867)  P^^ 
Tamiral  de  la  Grandière,  aussi  M.  Jules  Favre,  ministre  des 
Affaires  étrangères,  télégraphiait- il  de  Versailles,  18  juillet 
1871,  au  chargé  d'affaires  de  France  : 

Le  gouvernement  entend  que  nous  restions  dans  la  plus 
grande  neutralité.  Notre  amiral  devra  donc  se  borner  à  obser- 
ver ;  il  s'abstiendra  d'agir. 

La  France  perdait  une  bonne  occasion  de  rétablir  son 
prestige  compromis  dans  TExtrême-Orient,  et  l'amiral  Gi- 
zolme,  successeur  de  l'amiral  Dupré,  la  chance  de  venger  l'in- 
succès de  son  prédécesseur  Roze. 

Ce  que  n'avaient  pu  faire  ni  les  Français,  ni  les  Américains, 
les  Japonais  l'entreprirent  avec  succès  en  1876. 


T. -F.    \y\\)E 


Cette  même  année  1871,  sir  Rutherford  Alcock  ayant 
donné  sa  démission  ',  il  fut  remplacé  comme  ministre  d'An- 
gleterre a  Péking  (juillet  1871)  par  Thomas  Francis  Wade, 
alors  Chargé  d'Affaires.  M.  Wade',  fils  aîné  du  colonel  Tho- 
mas Wade,  C.  B.,  est  né  vers  181 8  ;  après  avoir  suivi  les  cours 

I.  Voir  supra,  p.  a 58. 

a.  Henri  Cordicr,  dans  le  Journ.  Royal  Asialic  Society  cl  le  Toitng 
Pao,  VI,  p.  407-4 1 a. 


T.    r.    WADE  395 

à  Ilarrow,  il  entra  dans  Tarmée  comme  enseigne  au  81"^  régi- 
ment (2  novembre  i838)  qu'il  quitta  Tannée  suivante  pour  le 
42^  Ilighlanders  (28  août  1889).  Envoyé  en  Chine,  il  fut 
promu  lieutenant  (16  novembre  1 8^i  i)et  il  changea  encore  une 
fois  de  régiment  pour  le  98**  (17  novembre  i84i);  il  fit  cam- 
pagne à  Tchen-Kiang  et  à  Nan-King.  Il  quitta  Tarmée  le  22 
juin  18/17.  Entre  temps  il  fut  nommé  interprète  (i843)  de  la 
garnison  de  Hong-Kong  qui  venait  d'être  cédé  à  TAngleterre 
par  le  traité  de  Nan-King  ;  puis  en  i846,  interprète  pour  le 
dialecte  de  Canton  à  la  Cour  suprême  du  même  port.  11  fut 
successivement  assistant-secrétaire  chinois  (3o  mars  18/17)  et 
vice-consul  h  Chang-Haï  (i852).  Nous  Tavons  vu  dans  ce 
dernier  poste  remplir  les  fonctions  de  commissaire  des  doua- 
nes (i854  *).  Promu  secrétaire  chinois  à  Hong-Kong  le  6  juil- 
let i8j5,  il  accompagnait  le  mois  suivant  Sir  John  Bowring 
en  mission  spéciale  en  Cochinchine  ;  il  rendit  également  les 
plus  grands  services  h  Lord  Elgin  lors  de  ses  deux  missions 
auxquelles  il  fut  attaché.  Le  25  janvier  1862,  Wade  fut 
nommé  secrétaire  chinois  (premier  interprète)  et  traducteur 
de  la  Légation  d'Angleterre  à  Péking.  Au  départ  de  Sir  Fre- 
derick Bruce  et  de  Sir  Rutherford  Alcock,  il  fut  Chargé 
d'Affaires  du  28  juin  i864  à  novembre  i865,  et  de  novembre 
1869  à  juillet  1871,  époque  à  laquelle  il  fut  nommé  envoyé 
extraordinaire  et  ministre  plénipotentiaire  et  surintendant  en 
chef  du  commerce  en  Chine  *. 

La  communauté  anglaise  en  Chine  n'a  pas  toujours  rendu 
justice  aux  efforts  de  ce  diplomate  distingué.  DansTExtrème- 
Orient,  les  étrangers  sont  portés  à  croh'e  que  l'attention  du 


I.   \oir  supra,  p.  169  cl  161. 

3.  Wade  a  élc  nomme  Compagnon  du  Bain,  C.  B.,  le  i4  mai  1861  ; 
chevalier  Commandeur  du  Bain,  K.  C.  B.,  qui  lui  donnait  droit  à  Fa})- 
pcUalion  de  Sit\  en  novembre  1875,  et  G.  C.  M.  G,  grand  croix  de 
Sainl-Micliel  et  Saint  George  on  1889  ;  il  se  retira  en  i883  et  mourut  le 
5  juillet  1895,  5  Salisbur^  Villas,  Cambridge. 


396  AMÉRICAINS    EN    COUÉE    THAITÉ    JAPONAIS 

monde  entier  est  fixée  sur  eux  et  que  leurs  intérêts  priment 
tous  les  autres  ;  ils  ne  semblent  pas  se  douter  que  les  pm- 
blèmes,  même  les  plus  importants,  de  la  politique  chinoise, 
ne  sont  souvent  que  dos  facteurs  secondaires  dans  la  politique 
générale  à  laquelle  ils  sont  parfois  subordonnés. 

Alcock,  Wade  et  l\irkcs  forment  le  triumvirat  des  diplo- 
mates anglo-chinois  ;  ils  étaient  difYérenls  d'aptitudes  et  de 
caractères,  tous  mus  par  Tintérét  supérieur  de  leur  pays, 
mais  employant  des  moyens  différents  d'action.  Je  ne  repar- 
lerai pas  dWlcock  *,  qui  fut  comme  ministre  en  Chine  ce 
que  les  Anglais  appellent  iincfciifure.  Wade,  quoique  soldat, 
fut  surtout  un  homme  d'étude  ;  Parkes,  dans  une  carrière 
civile,  fut  un  homme  d'action  ;  le  premier,  homme  de  cabi- 
net ;  le  second,  homme  de  plein  air.  Wade  était  un  tempo- 
risateur et  Parkes  un  autoritaire,  mais  tous  les  deux  ont  bien 
mérité  de  leur  pays  et  leur  disparition  a  coïncidé  avec  la 
décadence  de  Tinlluence  anglaise  dans  rExtrème-Orient. 


KÉVOLLTION  Al    JAPON,    1868 

Un  facteur  nouveau  allait  se  mêler  au  concert  des  puissan- 
ces étrangères  en  Chine  :  le  Japon,  en  1868,  avait  transformé 
son  gouvernement  par  une  révolution,  qui  détruisit  Torga- 
nisation  du  Shogounat  qu'lyeyas  lui  avait  donnée  en  i6o3. 
Le  shogoun,  qui  était  un  véritable  maire  du  |)alais,  désigné 
aussi  sous  rappcUation  de  fai/ionn,  d'origine  chinoise, 
exerçait  le  pouvoir  à  Yedo,  tandis  que  le  véritable  empereur, 
le  tennô  ou  mikado^  menait  une  vie  effacée  à  Miaco  (Kioto). 
Nous  n'avons  pas  ici  la  place  de  raconter  la  révolution  du 
Japon,  llappelons  seulement  que  le  mikado  Komci  Tennô 
étant  mort,  son  lils  Mutsu-hilo,  né  à  Kioto  le  3  novembre 

a.   Voir  supra,  p.  268. 


HKVOLLTION    AU    JAPON  3(^7 

i852,  le  remplaça.  Le  nouveau  souverain  prit  le  nom  de 
règne  Çnengo^dc  Mei-djl  (1868)  ;  la  révolution  ayant  éclaté, 
le  shogounal  fut  aboli  ;  les  ïokugawa  (descendants  d'I- 
yeyas)  furent  écrasés  par  les  Impériaux  qui  triomphèrent  de 
leurs  dernières  résistances  à  Hakodate  en  1869.  Mutsu-hilo 
traita  avec  les  étrangers,  ouvrit  les  ports  de  Kobé,  Osaka 
(1868),  Nii-gala,  Yedo  (18G9)  au  commerce  et  transféra  sa 
capitale  de  Kioto  à  Yedo,  dont  le  nom  changea  en  Tokyo 
(cour  de  TEst  ;  équivalent  de  Tong-King).  Une  transforma- 
tion complète  de  Tempire  du  Soleil  Levant  allait  s'opérer. 

Cette  soudaineté  el  celte  rapidité  (hi  Japon  dans  le  désir 
de  se  transformer  et  surtout  de  singer  les  puissances  euro- 
péennes me  parait  avoir  été  justement  expliquée  dans  le  pa- 
rallèle suivant  entre  Chinois  et  Japonais. 

((  C'est  la  mode  de  louer  le  Japon  pour  Tesprit  de  progrès 
qu'il  a  montré,  aux  dépens  de  la  Chine,  qui  rœte  fidèle  aux 
vieilles  méthodes  et  aux  coutumes  passées.  Quelque  admira- 
tion que  nous  puissions  avoir  pour  le  merveilleux  progrès 
que  le  Japon  a  fail,  ceci  est  à  peine  juste.  On  doit  se  souve- 
nir que  le  Japon  n'a  jamais  rien  créé.  Tout  ce  qu'il  a  su, 
jusqu'au  moment  de  ses  premiers  vrais  rapports  avec  les 
étrangers  il  y  a  quarante  ans,  il  le  devait  à  la  Chine.  Le 
Bouddhisme,  qui  a  remplacé  el  en  quelque  sorte  prospéré  la 
main  dans  la  main  avec  le  vieux  culte  des  ancêtres,  le  Shinto, 
la  lecture  et  l'écriture,  chaque  art  et  chaque  talent,  depuis  la 
musique  et  la  danse  jusqu'au  jeu  du  football,  tout  a  filtré  à 
travers  la  Corée  de  la  Chine  au  Japon,  et  les  dates  de  leur 
arrivée  ont  été  notées  solennellement  comme  faits  importants 
dans  le  0  Dai  Ichi  Han,  «  Un  Aj)erçu  sur  la  génération  des 
Rois»,  l'histoire  indigène.  Emprunteursdepuis  le  commence- 
ment des  temps,  il  importait  peu  aux  Japonais  s'ils  emprun- 
taient une  fois  de  plus  ou  de  moins  et  lorsqu'ils  virent  que 
s'ils  désiraient  tenir  une  place  parmi  les  nations,  leur  seule 
chance  était  de  se  séparer  des  anciennes  formes  chinoises  et 


398  AMÉRICAINS    EN    CORÉK    —    TRAITÉ    JAPONAIS 

d'adopter  la  civilisation  de  TOccident,  ils  n'hésitèrent  pas  — 
ils  firent  un  saut  dans  la  lumière  et  quittèrent  le  trei/jènie 
pour  le  dix-neuvième  siècle.  A  entendre  parler  quelques  en- 
thousiastes, on  serait  presque  amené  à  croire  que  les  Japonais 
ont  inventé  le  dix-neuvième  siècle.  Ils  l'ont  trouvé  tout  prêt 
et  sur  leur  mesure.  Il  était  impossible  de  traverser  les  siècles 
intermédiaires.  Ils  avaient  a  faire  un  saut,  et  ils  le  firent  avec 
volonté.  La  scène  de  la  transformation  fut  aussi  soudaine 
qu'elle  fut  complète.  Mais  elle  ne  coiMait  aux  Japonais  aucun 
sacrifice  d'orgueil  national.  Ce  qu'ils  abandonnaient  n'était 
nullement  de  leur  propre  invention. 

«  De  l'autre  côté,  les  Chinois  ont  une  civilisation  autochtone 
dont  ils  sont  justement  fiers.  Cinq  cents  ans  avant  que  le  Christ 
ne  vint  sur  terre,  quand  les  indigènes  de  ces  îles  [britanniques] 
étaient  dès  sauvages  sans  espoir  vêtus  de  peaux  ou  teints  de 
gaude  suivant  les  saisons,  si  les  vieilles  légendes  sont  vraies 
—  Confucius  enseignait  le  respect  de  coutumes  qui  étaient 
déjà  anciennes.  Depuis  son  époque,  il  y  a  eu  treize  change- 
ments de  capitale  et  pas  moins  de  trente  dynasties,  mais 
même  lorsque  les  empereurs  tartares  s'assirent  sur  le  trône  du 
Dragon,  ils  furent  obligés  de  suivre  les  règles  de  ce  Chinois 
et  la  civilisation  est  restée  ce  qu'elle  était  «  à  l'ombre  » 
du  Grand  Maître.  Il  n'est  pas  étonnant  que  les  fds  de  Han 
réfléchissent  longtemps  avant  de  jeter  aux  quatre  vents  du 
ciel  leur  passé,  ainsi  que  les  Japonais  l'ont  fait  sans  un 
soupir  *  »  ! 

Trois  ans  après  la  Révolution,  en  1 871,  le  Japon  allait  se 
mettre  à  l'unisson  des  autres  puissances,  et  lui,  aussi,  signer 
un  traité  avec  la  Chine. 


l.   The  Attaché  ut  Peking  hy  V.  B.  Frccman  Milford.  Lond.,   1900, 
in-8.  pp.  VIII- 10. 


TRAITÉ    AVEC    LE    JAPON  3c)q 


TliAlTÉ  AVEC  LE  JAPON,    l3  SEPTEMBRE    187I 

Le  traité  entre  la  Chine  et  le  Japon  a  été  signé  en  chinois 
et  en  japonais  à  Tien-Tsin,  le  i3  septembre  187 1  ',  par  Li 
Houng-tchang  et  Ito  %  ministre  plénipotentiaire  ;  il  comprend 
dix-huit  articles  dont  nous  indiquons  celui-ci  quia  un  carac- 
tère spécial  : 

Art.  VI.  —  Les  deuv  états  correspondront  dorénavant,  la 
Chine  en  caractères  chinois,  et  le  Japon  en  caractères  japonais, 
ou  seulement  en  chinois  comme  il  conviendra  au  gouvernement 
japonais. 

Ln  Irailéou  philol  des  règlements  commerciaux  au  nombre 
de  3u,  furent  ajoutés  en  exécution  de  Tarlicle  MI  du  traité  du 
i3  septembre  ainsi  conçu  : 

Les  deux  gouvernements  s'indiqueront  réciproquement  les 
ports  ouverts  au  commerce  étranger  dans  les  deux  états,  et  les 
sujets  de  chacun  |X)urront  s'y  établir,  et  seront  soumis  aux  lois 
qui  seront  convenues. 

Voici  le  premier  article  des  règles  du  commerce  : 

Après  ratification  du  traité  d'alliance  les  négociants  des  deux 

I.  ag®  jour,  7e  lune,-  lo**  année  T'oung-lché  =  !\^  année  Mei-dji. 

3.  Ilo  Hirobumi,  né  en  18^0.  est  un  samuraï  du  clan  de  Ghoshu.  Il 
s*échappa  tout  jeune  sur  un  vaisseau  étranger  et  ^nit  ses  études  en  Eu- 
rope. Vers  1867,  on  le  nomma  gouverneur  de  Kobé  ;  en  1868,  on  l'en- 
voya en  Amérique  pour  y  étudier  le  système  des  monnaies.  Ministre  des 
travaux  publics.  I(o  décida  la  construction  du  chemin  de  fer  de  Tokyo  k 
Yokohama  ;  il  fit  ensuite  partie  de  la  grande  ambassade  de  1871-1872, 
reprit  en  1878  son  siège  dans  le  Cabinet,  entra  en  1876  dans  la  commission 
des  réformes  constitutionnelles.  Resté  seul  membre  de  cette  commission 
après  la  mort  ou  la  retraite  de  ses  collègues,  il  rédigea  la  constitution. 
Premier  ministre  de  i885  à  1888.  président  du  Conseil  d'État  de  1888 
k  1892,  puis  premier  ministre  de  1892  à  189G  et  de  1897  à  1898. 
(Marquis  de  la  Mazelière,  Essai  sur  r Histoire  du  Japon,  1899, 
pp.  388-9.) 


^OO  AMÉRICAINS    EN    COIIKE    TRAITÉ    JAPONAIS 

pays  établis  dans  les  ports  désignes  dans  le  présent  traité  pour- 
ront commercer  librement  entre  eux. 


L'article  II  désigne  les  ports  : 

Art.  II.  —  Les  ports  désignés  par  la  Chine  pour  les  relations 
commerciales  sont  :  Chany-Haï,  Province  de  Kiang-Sou,  Dépar- 
tement de  Soung-Kiang,  District  de  Chang-Haï  ;  Tchen-K'mng, 
Province  de  Kiang-Sou,  Département  de  Tchen-Riang...,  ISing- 
Po...\  KieoU'Kiang. . . ;  Han-Kéou.. . ;  Tien-  Tsin.. . ;  Nieoutchouang. . . ; 
Tché-fou...  ;  Canton...  ;  Swntow...  ;  Kioung-tcliéou . . .  ;  Fou- 
tchéou.. .  ;  Amoy. . .  ;  Tnî-wan ...  ;  Tam-soai. . . 

Les  ports  désignés  par  le  Japon  pour  les  relations  commerciales 
sont  Yokohama,  dans  le  Déparlement  de  Eocudo,  Province  de 
Moroachi.sous  le  Gouvernement  de  Ranagawa;  Ifakodadi,  Dépar- 
tement de  Hokkaïdo,  Province  Atictori,  Gouvernement  (]arta- 
conchi  ;  Osaka,  Département  Kinnai,  Province  Setschan,  Gou- 
vernement Osaka  ;  Hiogo,  Département  Kalikinai,  Province 
Setsclian,  Gouvernement  Hiogo  :  Niigata,  Département  Hokaim- 
kando.  Gouvernement  Niigata  :  Pezo,  Département  Hokaim- 
kando,  Pro\ince  Sadochan,  Gouvernement  Sago,  sous  Niigata. 

Notons  encore  : 

Art.  XlII.  —  Le  propriétaire  Chinois  de  marchandises  impor- 
tées de  Chine  au  Japon  ne  sera  pas  autorisé  môme  après  avoir 
acquitté  les  droits  d'usage,  à  pénétrer  dans  Tintérieur  du  Japon 
jîour  les  vendre,  et  réciproquement,  après  que  les  droits  de 
douane  auront  été  payés,  les  marchandises  japonaises  importées 
en  Chine  ne  pourront  être  vendues  dans  l'intérieur  que  par  des 
Chinois.  Elles  seront  soumises  aux  droits  de  transit  à  chaque 
barrière. 

Les  négociants  japonais  transportant  des  marchandises  dans 
l'intérieur  de  la  Chine  seront  arrêtés  et  traduits  devant  leur 
Consul  pour  être  punis. 

Art.  XIV.  —  Les  négociants  Chinois  et  Japonais  sont  autori- 
sés dans  les  ports  ouverts  des  deux  pays,  à  acheter  les  marchan- 
dises qu'ils  trouveront  sur  la  place  y  compris  les  objets  de  pro- 
venance étrangère,  k  la  condition  d'en  informer  le  Consul  de 
leur  nation  et  d'acquitter  les  droits.    Ils  peuvent  également  les 


TRAITÉ    AVEC    LE    JAPON  4oi 

exporter  après  avoir  acquitté  les  droits  de  douane  mais  il  ne  leur 
est  pas  permis  d'aller  les  acheter  dans  Tintérieur. 

Les  marchandises  achetées  par  les  Japonais  dans  Tintérieur  de 
la  Chine,  ou  par  des  Chinois  dans  l'intérieur  du  Japon,  seront 
confisquées  et  l'acheteur  sera  remis  entre  les  mains  de  son  Con- 
sul pour  être  poursuivi. 

Les  articles  ci-dessus  ont  été  faits  dans  le  but  qu'il  soit  bien 
compris  que  les  transactions  commerciales  entre  les  deux  pays  ne 
peuvent  avoir  lieu  que  dans  les  seules  places  désignées  par  le 
présent  traité. 

Ce  dernier  paragraphe  est  caractéristique.  Les  articles 
suivants  ont  également  un  intérêt  particulier  aux  deux  pays  : 

Art.  XXI.  —  L'exportation  du  riz  est  prohibée  dans  les  deux 
pays  ;  le  transport  du  riz  d'un  port  à  un  autre  du  même  pays  est 
seul  autorisé.  La  quantité  de  riz  nécessaire  à  la  nourriture  de 
l'équipage  des  bâtiments  s'obtiendra  au  moyen  d'un  permis  dé- 
livré par  la  douane. 

Art.  XXll.  —  Les  bâtiments  Japonais  faisant  le  commerce  avec 
les  ports  de  Poungcliau  et  ISieou-tchouang  ne  pourront  en  exporter 
des  tourteaux  de  haricots.  L'exportation  de  cette  denrée  leur  sera 
permise  dans  les  autres  ports. 

Art.  XXIll.  —  Le  nilre,  le  soufre  et  le  salpêtre  étant  des  ar- 
ticles d'utilité  nationale,  les  autorités  auront  seules  le  droit  d'en 
disposer  en  Chine.  Les  négociants  Japonais  qui  voudraient  faire 
le  commerce  de  ces  articles,  devront  au  préalable  obtenir  une 
permission  spéciale  des  autorités  chinoises.  Ceux  qui  se  livre- 
raient à  ce  commerce  sans  être  jX)rteurs  de  l'autorisation  requise 
seraient  punis  de  la  confiscation  de  leur  marchandise.  Les  négo- 
ciants chinois  qui  dans  les  ports  japonais  se  livreraient  sans  auto- 
risation légale  à  l'exportation  du  nitre,  soufre  et  cuivre  blanc  se- 
ront également  punis  de  la  confiscation  de  leur  marchandise. 

Art.  XXIV.  —  La  poudre,  les  boulets,  les  balles,  les  canons,  les 
pistolets  et  généralement  toutes  les  armes  de  guerre  ainsi  que  les 
chevaux  chinois  et  les  nouveaux  engins  de  guerre  seront  consi- 
dérés comme  marchandise  de  contrebande  dont  les  négociants 
dos  deux  pays  ne  peuvent  faire  commerce  entre  eux  à  partir  des 
détroits  :  ces  articles  seront  saisis  à  bord  des  bâtiments  qui  les 
auraient  h  leur  bord  et  les  coupables  seront  pris  et  remis  aux 
autorités  de  lein*  nation  |X)ur  être  jugés  par  elles  selon  les  lois. 

ÇoKDiKR.  L  —  26 


I 


402  AMÉRICAINS    EN    CORÉE    TRAITÉ    JAPONAIS 

Art.  XXV.  —  Les  sapcqucsde  cuivre  peuvent  en  Chine  et  au 
Japon  être  transportées  d'un  port  ouvert  à  l'autre  dans  le  même 
pays,  mais  il  est  défendu  de  les  exporter  d'un  pays  dans  l'autre. 
Les  négociants  qui  seraient  reconnus  coupables  de  se  livrer  en 
secret  à  ce  commerce  seront  arrêtés.  Les  Japonais  ne  pourront 
pas  exporter  le  sel  chinois,  et  le  sel  du  Japon  ne  pourra  pas  da- 
vantage être  exporté  en  Chine.  Les  contrevenants  seront  punis 
conformément  aux  lois  de  leur  pays. 

Le  traité  ratifié  par  FEmpereur  de  Chine  en  septembre 
1871,  le  fut  avec  des  modifications  le  i**""  novembre  1871, 
par  le  mikado. 


CHAPITRE  XXVIII 


MISSION  DE  TCH'OUNG  HEOU 


TCh'oUNG    HEOU    EN    EUROPE 


Nous  savons*  que  Tch'oung  Heou  avait  été  chargé  de 
porter  en  France  les  excuses  du  gouvernement  chinois  pour 
le  massacre  de  Tien-Tsin;  il  quitta  le  28  octobre  1870, 
accompagné  de  deux  fonctionnaires  des  Douanes  chinoises  : 
MM.  Novion*  et  Inibert  ^.  Il  était  impossible  au  plénipoten- 
tiaire chinois  d'arriver  dans  notre  paya  à  un  plus  mauvais 
moment.  Lorsqu'il  débarqua  à  Marseille,  la  France  était  en- 
vahie et  le  Gouvernement  de  la  Défense  Nationale  avait  d'autre 
souci  que  celui  des  victimes  du  Massacre  de  Tien-Tsin. 
Tch'oung  Heou  fut  promené  à  Bordeaux,  à  Tours,  à  la 
recherche  d'un  ministre  insaisissable  ;  du  haut  de  la  terrasse 
de  Saint-Germain,  le  fils  de  Han  dut  faire  de  singulières  ré- 
flexions en  voyant  les  incendies  allumés  par  la  Commune. 
Affolé,  Tch'oung  Heou  s'enfuit  jusqu'à  New- York,  d'où  une 
dépêche  le  rappela  en  France.  M.  G.  Lemaire  arrivait  de 
Péking  avec  des  renseignements  qui  permettaient  de  mener 
à  bonne  fin  les  négociations  qui  n'étaient  pas  aussi  faciles  que 


I.  Voir  p.  366. 

a.  Novion,  Alfred,  entré  dans  les  douanes  en  janvier  i863  ;  commis- 
saire en  avril  1875. 

3.  Imbert,  Alhrrt,  entré  dans  les  douanes  en  janvier  1867.  comme 
employé  de  fi"  classe  ;  se  retira  en  mars  1877  comme  assistant- secrétaire 
chinois  de  Tlnspectorat  général  avec  rang  de  député -commissaire. 


à 


lxO[\  MISSION    DE    TCÎl'oUNG    HEOU 

le  disait  le  prince  Koung  à  notre  chargé  d'aflaires  :  «  Oh  ! 
sa  mission  [de  Tch'oung  Heou]  est  toute  simple:  il  n'a  pas 
d'affaires  à  traiter  et  seulement  des  compliments  à  faire.  » 
M.  Louis  de  Geofroy,  sous-directeur  k  la  division  politique, 
l'un  des  plus  actifs  collaborateurs  de  M.  de  Chaudordy, 
avait  été  nommé  ministre  plénipotentiaire  auprès  de  l'Empe- 
reur de  Chine,  le  6  juillet  1870,  en  remplacement  du 
Comte  de  Lallemand  ;  il  fut  désigné  comme  Commissaire 
pour  conférer  avec  Tch'oung  Heou  '. 


LETTRE    DE    M.    DE    REM  USAT    AU    PRINCE   KOUNG, 

6    NOVEMBRE     187I 

Le  ministre  des  Affaires  Etrangères,  M.  de  Rémusal, 
exposa  les  vues  du  gouvernement  fran(;ais  dans  la  lettre 
suivante  : 

Versailles,  le  6  novembre  187 1. 

Phince, 

J'ai  l'honiieur  de  répondre  à  la  lettre  de  Votre  Altesse  relative 
aux  événements  de  Tien-Tsin,  et  qui  a  été  remise  à   mon  prédé- 


I .  Geofroy,  Frnncois-Louis-Henride,  né  à  Avignon, le  270clobre  1822  ; 
atlaclié  surnuméraire  aux  Archives,  i"''  déceml)re  i8/|8  ;  aspirant  diplo- 
niaiiquo.  attaché  à  la  mission  de  la  Plata.  23  décembre  i85i  ;  détache  à 
Rio,  juin-novembre  i852  ;  intérim  de  secrétaire  de  légation  à  Rio, 
mai-novembre  i85^;  secrétaire  de  légation  à  Bogota.  !\  décembre  i854  : 
secrétaire  de  2«  classe,  3i  août  i856;  chargé  d'affaires  à  Bogota,  mars 
1857-avrit  i858;  secrétaire  de  i"**^  classe,  1 3  octobre  i8(33;  chargé  d'af- 
faires à  Washington,  février  i8(34-mai  i865;  sous  directeur  à  la  division 
politique,  28  octobre  1866;  ministre  plénipotentiaire  de  2«  classe,  12 
avril  1870;  envoyé  extraordinaire  et  ministre  plénijwlentiaire  auprès  de 
l'Empereur  de  Chine,  6  juillet  1870;  détaché  à  la  Délégation  de  Tours 
et  de  Bordeaux,  septembre  1870 -février  187 1;  chargé  à  Versailles  et  à 
Paris  de  négociations  avec  l'ambassadeur  chinois,  mars-décembre  187 1  : 
envoyé  extraordinaire  et  ministre  plénipotentiaire  à  Tokyo,  3o  avril  1876  ; 


LETTRE    DE    M.    DE    RÉMLSAT    AU    PKINCE    KOUXG  4o5 

cesseiir,  dans  le  courant  du  mois  de  mars,  par   l'Ambassadeur 
Tciroung  Heou. 

Lorsque  la  nouvelle  de  ces  horribles  événements  parvint  en 
France  Tannée  dernière,  et  qu'on  apprit  qu'un  Consul  du  Gou- 
vernement, des  prêtres  vénérables,  des  sœurs  de  charité  unique- 
ment dévouées  aux  bonnes  œuvres  et  dignes  de  tous  les  respects 
avaient  été  massacrés  par  une  populace  aveuglée,  sans  que  les 
Autorités  du  lieu  eussent  fait  ce  qu'elles  auraient  du  pour  arrêter 
ces  malheurs,  une  indignation  générale  s'empara  des  esprits,  et 
l'on  put  croire  que  les  relations  des  deux  Gouvernements  allaient 
être  sérieusement  troublées.  Mais  notre  Chargé  d'Affaires  de 
France  à  Péking,  M.  de  Rochechouart,  ayant  fait  savoir  que  le 
(iouvornement  Chinois  avait  s|X)ntanément  ordonné  certaines  me- 
sures de  réparation,  et  décidé  l'envoi  d'un  Ambassadeur  près  de 
nous,  toutes  déterminations  furent  suspendues  jusqu'à  l'arrivée 
de  cet  agent. 

L'Ambassadeur  Tch'oung  Ileou  arriva  en  effet  à  la  lin  de  l'hiver 
à  Bordeaux.  De  là  il  vint  à  Versailles,  où  il  fut  reçu  par  le  Mi- 
nistre des  Affaires  Étrangères  d'alors,  et  conformément  à  la  lettre 
de  Votre  Altesse,  il  fit  connaître  officiellement  que  le  Gouverne- 
ment Impérial  avait  puni  de  mort  une  vingtaine  des  coupables  de 
Tien-Tsin,  exilé  un  nombre  égal,  dégradé  et  déporté  le  Préfet  et 
le  Sous-Préfet,  convaincus  d'avoir  trempé  dans  l'émeute  ;  qu'une 
indemnité  était  destinée  aux  familles  des  victimes  et  à  la  recons- 
truction des  édifices  détruits,  et  qu'enfin  il  était  porteur  d'une 
lettre  de  l'Empereur  exprimant  ses  regrets  de  ce  déplorable  at- 
tentat, ainsi  que  sa  ferme  intention  d'aviser  à  ce  que  de  sembla- 
bles crimes  ne  se  renouvellent  plus  à  l'avenir. 

Un  Commissaire  fut  désigné  pour  examiner  ces  divers  |X)ints 
et  en  conférer  avec  votre  Ambassadeur. 

Le  choix  du  Gouvernement  s'arrêta  sur  M.  de  Geofroy,  haut 
fonctionnaireduDépartementdes  Affaires  Étrangères,  déjà  nommé 
précédemment  pour  remplir  les  fonctions  de  Ministre  Pléni- 
|)otentiairc  en  Chine,  en  remplacement  du  Comte  de  Lallemand. 

ministre  plénipotentiaire  de  !'"<'  classe,  3i  octobre  1876;  commissaire  du 
goiiveriicment  près  la  commission  mixte  chargée  du  règlement  de  certaines 
réclamations  motivées  par  des  dommages  de  guerre  à  Washington,  a8 
juillet  1880;  admis  à  la  retraite,  36  décembre  i883.  Chevalier  delà 
Légion  d'honneur,  i»""  août  1867;  ofRcier,  9  août  i864  ;  commandeur, 
()  mai  1874. 


4o6  MISSION    DE    TCh'oU.NG    HEOl' 

Plusieurs  conférences  furent  tenues  successivement  au  Palais 
de  Trianon  et  ensuite  à  Paris. 

Tout  d*abord  il  parut  au  Commissaire  Français,  de  même  que 
le  Comte  de  Rochechouart  Tavait  déjà  représenté  h  V.  A.,  qu'en 
ce  qui  concernait  les  deux  magistrats  coupables  de  connivence, 
l'action  de  la  justice  n'avait  pas  été  assez  sévère,  et  il  invita  votre 
Envoyé  à  rechercher  avec  lui  les  moyens  de  compléter  ce  que 
l'ensemble  de  ces  réparations  présentait  d'insuflisant,  en  stipu- 
lant au  moins  certaines  garanties  pour  l'avenir. 

L'Ambassadeur  ayant  allégué  qu'il  était  sans  pouvoirs  à  cet 
égard,  il  en  fut  référé  à  Péking. 

Dans  l'intervalle,  et  en  attendant  les  instructions  de  V.  A., 
votre  Envoyé  ne  fit  pas  difliculté  de  s'entretenir  de  plusieurs 
questions  qui  se  rapportaient  à  l'objet  limité  de  sa  mission.  Jl 
examina,  notamment,  avec  M.  de  Geofroy,  le  projet  de  règle- 
ment en  huit  articles*,  relatif  à  l'exercice  de  la  religion  Chré- 
tienne en  Chine.  Les  deux  négociateurs  échangèrent  aussi  leurs 
idées  au  sujet  de  l'Audience  Impériale. 

En  ce  qui  concerne  le  projet  de  règlement  en  huit  articles,  il  a 
été  facile  à  notre  Commissaire  de  montrer  le  peu  de  fondement 
des  allégations  sur  lesquelles  on  a  prétendu  appuyer  cette  inno- 
vation, et  l'impossibilité  d'y  donner  suite  sans  violer  manifeste- 
ment les  traités.  Il  n'a  pas  hésité,  du  reste,  à  admettre  la  jus- 
tesse de  quelques-unes  des  observations  de  votre  Ambassadeur. 
Procès-verbal  a  été  dressé  de  ces  conférences,  relu  et  reconnu 
exact  par  les  deux  parties. 

Nous  avons  appris  plus  tard  que  le  projet,  réfuté  victorieuse- 
ment par  les  principales  Légations  Étrangères  à  Péking,  aussi 
bien  que  par  nous,  venait  d'être  retiré.  Nous  ne  pouvons  que 
louer  le  Tsoung-li  Yamen,  de  la  prudence  qu'il  a  montrée  dans 
cette  circonstance. 

Un  autre  point  d'une  haute  importance  a  été  abordé  ainsi  que 
je  l'ai  dit  plus  haut  :  c'est  celui  de  l'audience  Impériale  et  de  la 
réciprocité  que  s'accordent  en  pareil  cas  tous  les  gouvernements 
suivant  les  usages  internationaux.  Après  avoir  rappelé  les  précé- 
dents et  les  réserves  formelles  faites  à  l'occasion  de  la  mission  de 
M.  Burlingame,  le  Commissaire  Français  a  fait  ressortir  la  né- 
cessité de  régler  enfin  cette  affaire  conformément  au  droit  et  à  la 


I.  Voir  plus  loin,  p.  I\i8. 


LETTRE    DE^M.    DE    RÉMUSAT    AU    PRINCE    KOUNG  ^07 

dignité  des  deux  Gouvernements  en  établissant  leurs  relations 
officielles  sur  le  pied  d'une  parfaite  égalité  et  d'une  considération 
réciproque.  Votre  Ambassadeur  a  reconnu  que  ce  règlement  ne 
pouvait,  en  effet,  être  plus  longtemps  retardé,  et  qu'il  en  résul- 
terait un  grand  bien  pour  les  rapports  mutuels  et  pour  l'expédi- 
tion des  alTaires, 

Cependant  M.  Lemaire*  était  venu  de  Chine  porteur  des  ins- 
tructions supplémcntairesde  V.  A.  pour  l'Ambassadeur  Tch'oung, 
et  il  nous  fit  en  même  temps  connaître  les  décisions  prises  par 
le  Gouvernement  Impérial  au  sujet  du  cimetière  de  Tien-Tsin. 
Nous  avons  vu,  dans  ces  nouvelles  mesures,  qui  ne  pourront 
manquer  de  faire  impression  sur  l'esprit  du  peuple,  une  preuve 
de  bonne  volonté  et  d'im  sincère  désir  de  nous  satisfaire  ;  d'au- 
tre part,  l'Ambassadeur  Tch'oung  nous  ayant  déclaré  par  écrit, 
([u'aussilùt  après  son  retour  à  Péking,  il  saisirait  l'Empereur  lui- 
même  de  toutes  les  dilTicultés  pendantes,  et  en  presserait  respec- 
tueusement la  solution,  le  Président  de  la  République  Française 
prenant  acte  de  ces  assurances,  et  voulant  donner  une  marque  de 
son  esprit  de  conciliation  et  de  la  considération  particulière  qu'il 
professe  pour  l'Empereur,  a  décidé  qu'il  recevrait  en  audience 
solennelle,  des  mains  de  votre  Ambassadeur,  la  lettre  Impériale 
dont  il  était  porteur. 

V.  A.  aura  déjà  eu  connaissance  des  détails  de  celte  cérémo- 
nie et  des  paroles  qui  y  ont  été  prononcées  par  le  Président. 
Elle  aura  vu  que  le  Gouvernement  Français  ne  souhaite  pas 
moins  que  vous  de  voir  s'effacer  toute  trace  de  la  mésintelligence 
créée  par  les  déplorables  événements  de  Tien-tsin. 

Le  Président  pense  que  les  supplices  et  les  indemnités  ne  sont 
des  réparations  elTicaces  qu'auUnt  que  des  garanties  morales  les 
accompagnent,  et  il  croit  que  le  plus  sûr  moyen  de  protéger  les 
Missionnaires  Français,  et  en  général  les  Étrangers,  c'est  que  le 
Gouvernement  Chinois  leur  donne,  par  ses  édits,  des  marques 
publiques  de  l'estime  à  laquelle  ont  droit  des  hommes  honnêtes 
qui  font  le  bien  et  qui  respectent  les  lois.  De  la  sorte  s'évanoui- 
ront promptement  les  préjugés  populaires  et  les  accusations 
malveillantes.  Car  nous  savons  que  le  peuple  Chinois  est  do- 
cile et  écoute  avec  soumission  la  voix  de  ses  magistrats. 

Le  Président  de   la  République  Française  veut   aussi  que  les 

I.  Gabriel  Lemairc,  interprète. 


4o8  MISSION    DE    TCH'oLXG    HEOU 

agents  de  son  Gouvernement  en  Chine  s'appliquent  par  une  cor- 
diale entente  avec  les  Autorités  Chinoises  à  prévenir  et  à  dénouer 
pacifiquement  toutes  les  complications  qui  pourraient  survenir. 
Il  désire  que  vous  ne  doutiez  pas  de  l'esprit  d'équité  qui  l'anime, 
aussi  bien  que  de  ses  intentions  amicales. 

Le  séjour  prolongé  de  l'Ambassadeur  Tch'oung  en  France 
aura  eu  pour  elTet  de  le  convaincre  pleinement  de  nos  disposi- 
tions, et  il  sera  en  mesure  de  vous  en  porter  l'assurance.  Nous 
espérons  que  sa  mission,  h  ce  point  de  vue.  produira  les  meil- 
leurs résultats,  et  nous  aimons  à  espérer  qu'elle  sera  le  prélude  de 
rapports  plus  intimes  entre  nous,  auxquels  contribueraient  puis- 
samment l'établissement  d'une  Légation  Chinoise  permanente  en 
France,  et  l'envoi  d'un  certain  nombre  de  jeunes  Chinois  qui 
viendraient  étudier  chez  nous  notre  langue,  nos  arts  et  notre 
industrie. 

Du  reste,  au  moment  où  votre  Ambassadeur  va  nous  quitter, 
je  me  plais  à  dire  à  Votre  Altesse  que  nous  avons  pleinement 
apprécié  ses  qualités,  son  entente  des  affaires,  la  modération  de 
son  esprit  et  sa  parfaite  courtoisie.  Nous  souhaitons  que  tous 
ceux  qui  lui  succéderont  lui  ressemblent.  Je  dois  aussi  rendre 
un  bon  témoignage  de  l'intelligence  et  du  zèle  des  deux  Secré- 
taires Français  que  V.  A.  lui  a  adjoints,  MM.  Novion  etimbert. 
En  servant  loyalement  vos  intérêts,  comme  c'était  leur  devoir, 
ils  ont  par  cela  même  servi  ceux  de  leur  pays,  qui  ne  diffèrent 
pas  des  vôtres. 

De  notre  côté,  notre  Envoyé  F^xlraordinaire  et  Ministre  pléni- 
potentiaire, M.  de  Geofroy,ne  lardera  pas  à  se  rendre  à  Péking, 
pour  y  suivre  et  y  terminer  avec  ^  .  A.  les  négociations  qu'il  a 
commencées  ici.  Il  sera  muni  également  des  pleins  pouvoirs  né- 
cessaires pour  procéder  à  la  révision  des  traités.  Enfin,  outre  ses 
lettres  de  créance  ordinaires,  il  sera  chargé  par  le  Président  de 
la  République  d'une  lettre  spéciale  pour  l'Empereur  en  réponse 
à  celle  que  l'Ambassadeur  Tch'oung  a  apportée.  Je  ne  doute  pas 
que  V.  A.  et  le  Gouvernement  Impérial  n'aient  pleinement  à  se 
louer  de  notre  nouvel  Envoyé. 

Rémusat. 

Nous  verrons  plus  loin  quelle  a  été  la  nature  du  règlement 
en  huit  articles  auquel  M.  de  Rémusat  fait  allusion. 

Enfin,  Tch'oung  Heou,  descendu  à  rHôlel  des  Réservoirs, 


DISCOURS    DE    ÏCh'oUNG    IIEOU  ^OQ 

à  Versailles,  fut  reçu  le  23  novembre  1871,  en  andience 
publique,  par  le  Président  de  la  République,  M.  Thiers, 
ayant  auprès  de  lui  les  Ministres  des  Aflaires  Etrangères, 
de  la  Guerre  et  de  la  Marine,  ainsi  que  M.  Louis  de  Geofroy. 
Le  plénijx)tentiaire  chinois  prononça  le  discours  suivant  : 


DISCOURS   DE   TCH'or>C;-HEOr 


MoNSlEin   LE   PrÉSU)E^T, 

Moi,Tch'oungHeou,  arnbassadcnr  du  grand  empire  dosTsinjLC, 
ai  reçu  l'ordre  de  mon  auguste  Empereur  de  venir  ici  pour  sa- 
luer à  sa  place  l'illustre  Président  de  la  grande  nation  française 
et  lui  présenter  respectueusement  une  lettre  impériale. 

Le  31  juin  de  l'année  dernière,  des  malfaiteurs  ayant  volé  des 
enfants  à  ïicn-ïsin,  y  donnèrent  lieu  à  une  émeute.  L'Empereur 
envoya  Tseng  Kouo-fan,  l'un  des  ministres  secrétaires  d'Etal, 
vice-roi,  gouverneur  général  duTcliéli,  et  autres  ofliciers,  pour 
tout  examiner  avec  équité  et  justice.  Il  promulgua  en  môme 
temps  un  décret  aux  vice-rois,  gouverneurs  de  provinces  et  auto- 
rités locales  pour  assurer  partout  la  sécurité  à  qui  de  droit.  Tseng 
Kouo-fan  et  ses  assistants,  après  avoir  destitué  les  deux  magis- 
trats Tchang  et  Lieu,  pour  avoir  manqué  à  leurs  devoirs,  les  re- 
mirent au  département  de  la  justice,  qui  les  condamna  au  ban- 
nissement dans  la  Tartarie.  Quant  aux  émeutiers,  vingt  coupa- 
bles furent  décapités,  vingt-cinq  autres  déportés.  Un  nouveau 
décret  enjoignit  aux  autorités  locales  de  provinces  de  faire  des 
proclamations  au  [>euple  pour  qu'il  n'y  ait  plus  d'émeutes, 
l'Empereur  déclarant  sa  ferme  volonté  que  les  Français  en  Chine 
jouissent  de  la  paix  et  de  la  tranquillité. 

L'Empereur,  mon  maître,  en  regrettant  cette  affaire,  espcVe 
qu'après  son  règlement  satisfaisant  et  définitif,  elle  n'apj)orlera 
absolument  aucun  préjudice  aux  relations  des  deux  pays.  Pre- 
nant donc  j)our  base  ce  qui  avait  été  convenu  entre  le  charge 
d'alTaires  de  France,  de  Kochechouart,  et  le  ministre  des  alTaires 
étrangères  à  Péking,  j'en  ai  délibéré  ici  aveclepléni|)otentiaire  de 
France,  de  (Jleofroy.  Et  comme  j'ai  rencontré  en  lui  l'esprit 
d'équité,  de  justice  et  de  libéralité,  cette  affaire  est  terminée 
d'une  manière  satisfaisante. 


À 


4lO  MISSION    DE    TCIl'oUNG    HEOU 

J*ai  donc  l'honneur,  moi  ambassadeur,  de  remettre  à  Tillus- 
tro  Président  Ja  lettre  impériale  dont  je  suis  porteur.  Je  lui  offre 
en  même  lemps  au  lieu  et  place  de  mon  auguste  maître,  les  re- 
merciements pour  l'accueil  libéral  qui  m'a  été  fait.  L'amitié 
entre  les  deux  nations  n'en  sera  que  plus  ferme,  plus   durable. 

Si  l'illustre  Président  a  une  lettre  nationale  à  transmettre  ou 
des  paroles  à  communiquer  à  mon  auguste  maître,  moi  ambas- 
sadeur, suis  prêt  à  m'en  charger. 


DISCOIRS    DU    PRESIDENT 

Le  Président  de  la  République  répondit  : 

Monsieur  l'Ambassadeuk, 

Je  reçois  avec  satisfaction  la  lettre  que  vous  me  présentez  de 
la  part  de  votre  souverain.  Elle  est  pour  moi  un  gage  du  regret 
qu'il  a  éprouvé  des  déplorables  événements  de  Tien-Tsin,  et  de 
son  sincère  désir  d'en  prévenir  à  jamais  le  retour.  Vous  me  par- 
lez des  nombreux  supplices  infligés  aux  coupables.  La  nation 
française  est  trop  humaine  pour  se  complaire  dans  l'elfusion  du 
sang.  Elle  ne  réclame  que  les  sévérités  nécessaires  pour  contenir 
les  méchants,  et  elle  croit  qu'aux  moyens  de  rigueur  il  faut  en 
îijoutcr  d'autres.  Le  devoir  des  gouvernements,  en  môme  temps 
(|u'ils  répriment  les  excès  de  la  foule,  est  de  calmer  ses  passions, 
de  dissiper  ses  préjugés,  de  lui  faire  entendre  la  voix  de  la  rai- 
son et  de  l'humanité. 

Votre  gouvernement  est  trop  éclairé  pour  ne  pas  apprécier  le 
mérite  de  ces  missionnaires,  parfaits  hommes  de  bien,  s'expa- 
triant  pour  porter  dans  le  monde  les  princi|x>s  de  la  civilisation, 
contre  qui  des  malintentionnés  n'ont  pas  craint  dernièrement 
d'ameuter  la  haine  populaire.  Qu'il  le  proclame  dans  ses  décrets, 
qu'il  saisisse  toutes  les  occasions  d'en  rendre  un  solennel  téinoi- 
gnage;  le  peuple  respectera  les  étrangers  quand  il  les  verra  hono- 
rés par  ses  propres  magistrats. 

Nous  voulons  supposer  aussi  que  le  peuple  chinois  n'a  pas 
compris  Ténormité  du  crime  qu'il  commettait  lorsqu'il  a  porté 
la  main  sur  la  personne  d'un  consul  de  France.  Il  appartient  en- 
core au  gouvernement  chinois    de    donner,  par  son  attitude  et 


i 


DISCOURS    DU    PRÉSIDK.\T  4ll 

SCS  procédés  à  regard  des  agents  diplomatiques  et  consulaires»  la 
nicsure  de  la  considération  toute  particulière  qui  est  due  à  leur 
caractère  public,  en  vertu  des  règles  universellement  admises 
chez  toutes  les  nations. 

Ce  n'est  (pi'à  ces  conditions,  et  lorscjue  votre  gouvernement 
sera  entré  franchement  dans  cette  voie,  que  nous  pourrons  arri- 
ver à  une  application  sincère  des  traités,  et  que  nous  éviterons 
de  nouveaux  incidents  qui  compromettraient  gravement  les  rap- 
ports de  rOccident  avec  TOrient. 

Je  répondrai  à  l'Empereur,  et  je  lui  ferai  parvenir  ma  lettre 
par  le  ministre  delà  République  à  Péking.  Assurez-le,  en  atten- 
dant, de  notre  vif  désir  de  vivre  en  bonne  intelligence,  de  multi- 
plier nos  relations  et  par  suite  d'accroître  notre  confiance  et  notre 
estime  mutuelles.  Jeconsidéreraiscomme  utile,  à  cet  effet,  qu'une 
légation  chinoise  résidAt  en  France  d'une  manière  permanente, 
de  même  qu'une  légation  française  réside  à  Péking.  Si  ce  projet 
se  réalisait,  nous  ne  pourrions  que  souhaiter  de  voir  à  la  tète  de 
la  future  mission  un  haut  fonctionnaire  qui  vous  ressemblAt, 
Monsieur  l'Ambassadeur,  et  qui  >•  apportât  le  même  esprit  de 
justice,  les'  mêmes  dis[X)sitions  sympathiques  dont  vous  avez  fait 
preuve  et  que  je  me  plais  à  reconnaître  ici. 

Veuillez  saluer  l'Empereur  de  ma  part. 

I/ambassadeur  a  répliqué  : 

A  mon  retour  en  Chine,  je  communiquerai  à  l'Empereur  les 
paroles  de  Monsieur  le  Président  de  la  République  *. 

Cette  réception  n'avait  pas  été  obtenue  sans  j)einc  et  sans 
délicates  négociations.  M.  Thiers  avait  tout  d'abord  refusé  de 
recevf)ir  IVh'onng  Heou,  parce  qu'à  la  suite  de  la  réception 
de  M.  Hurlingame,  une  audience  impériale  n'avait  pas  été 
«iccordéc  au  ministre  de  France  à  Péking. 

Les  tribulations  du  pauvre  mandarin  étaient  finies  ;  un  de 
nos  écrivains  les  plus  spirituels  les  a  jadis  contées. 


I.  Journal  o//irU'l,  2 4  novembre  1871 


4 12  MISSION    DE    TCh'oUNG    HEOU 


LETTRE    DE    M.     THIERS    A    l'*EMPEREUR   DE    LA    CHINE 


Le  Président  de  la  République  Française  salue  I'Empereiu 
de  la  Chine. 

L'ambassadeur  Tch'oung  Heoû  m*a  présente  la  lettre  dont 
V.  M.  L  l'avait  chargé.  J'y  ai  trouvé  le  témoignage  de  vos  dis- 
positions amicales  envers  la  France,  et  de  votre  sincère  désir  de 
maintenir  en  les  afl'ermissant  les  bonnes  relations  entre  les  deux 
pays.  Ces  sentiments  répondent  à  ceux  que  j'éprouve,  et  j'ai  élé 
heureux  d'en  recueillir  l'expression. 

Le  soulèvement  populaire  qui  s'était  produit  à  Tien-Tsin  au 
mois  de  juin  1870,  et  les  attentats  dont  un  Consul  Français  et 
plusieurs  de  ses  nationaux  avaient  été  victimes  étaient  de  nature 
h  nous  aflfecter  d'autant  plus  péniblement  que  ces  déplorables 
événements  pouvaient  devenir  une  cause  de  mésintelligence 
entre  nous.  Mais  la  sévérité  déployée  contre  les  principaux  auteurs 
du  massacre,  et  les  décrets  de  V.  M.  L  ordonnant  a^x  grands 
officiers  des  provinces  d'assurer  la  sécurité  des  Français  résidant 
dans  ses  vastes  domaines  nous  montrèrent  bientôt  que  V.  M.  I. 
n'entendait  |ws  laisser  compromettre  par  la  foule  ignorante  ou 
par  des  gens  mal  intentionnés  l'amitié  déjà  ancienne  qui  nous 
lie,  qu'Elle  voulait  fermement  que  nos  bons  rapports  ne  fussent 
plus  troublés,  et  que  les  deux  peuples  pussent  désormais  jouir,  h 
l'abri  de  toute  inquiétude,  des  avantages  garantis  réciproque- 
ment par  nos  traités  d'amitié  et  de  commerce. 

Votre  Ambassadeur, Tch'oung  Ileou,  nous  ayant  donné  de  son 
côté  l'assurance,  en  votre  nom,  et  nous  ayant  fait  part  des  décla- 
rations satisfaisantes  pour  l'avenir,  nous  résolûmes  de  le  recevoir 
en  audience  solennelle,  et  avec  les  honneurs  diis  au  Heprésentant 
d'un  Grand  IVince  et  d'un  ami.  Tch'oung  Ileou  aura  rendu 
compte  à  V.  M.  1.  de  la  réception  que  je  lui  ai  faite.  Il  lui  aura 
également  présenté  son  rapport  sur  les  diverses  questions  dont 
il  s'est  entretenu  avec  nous. 

Depuis  de  longues  années,  un  Ministre  et  des  ofliciers  diplo- 
matiques français  résident  dans  la  capitale  de  votre  illustre 
Empire,  leur  présence  est  pour  V.  M.  I.  un  témoignage  perma- 
nent de  l'estime  et  du  bon  vouloir  de  la  France  ;  ils  s'attachent 
à  entretenir  des   relations  amicales  et  courtoises  avec  les  fonc- 


i 


RETOUR    DE    TCIl'oUNG    HEÔU  l\l^ 

tionnaircs  Chinois,  et  sont  chargés  à  veiller,  en  ce  qui  nous 
concerne,  à  l'exécution  des  traités.  Ils  s'appliquent  à  connaître 
les  lois,  les  mœurs  et  les  coutumes  de  la  Chine,  et  l'expérience 
qu'ils  acquièrent  peut  nous  suggérer  à  l'occasion  les  moyens  de 
resserrer  et  de  rendre  plus  solides  les  liens  qui  unissent  les  deux 
pays.  Pour  que  de  votre  côté  vous  puissiez  concourir  plus  direc- 
tement à  ce  résultat,  il  serait  désirable  qu'une  mission  chinoise 
résidât  aussi  d'une  manière  permanente  dans  notre  capitale,  <?t 
si  V.  M.  I.  jugea  propos  d'en  envoyer  une,  je  serais  charmé 
que  son  choix  tombât  sur  un  fonctionnaire  d'un  caractère  aussi 
élevé  que  l'ambassadeur  Tch'oung  Ileou,  car  j'ai  pu  reconnaître 
combien  est  méritée  l'estime  flatteuse  dont  V.  M.  I.  l'honore. 

L'époque  de  la  révision  des  traités  étant  arrivée,  j'ai  choisi 
pour  en  conférer  avec  les  hauts  dignitaires  qui  seront  délégués 
par  Y.  M.  1.,  M.  de  Geofroy,  Ministre  plénipotentiaire,  à  qui  je 
donne  pour  cette  occasion  des  pouvoirs  extraordinaires,  qui 
l'accréditent  auprès  de  Y.  M.  I.  en  qualité  de  ministre  ordinaire 
et  permanent.  Investi  de  toute  ma  confiance,  M.  de  Geofroy 
sera  le  meilleur  interprète  des  sentiments  amicaux  qui  nous 
servent  de  règle  de  conduite  dans  nos  relations  avec  l'Empire 
Chinois,  et  j'attends  de  la  mission  que  je  lui  ai  confiée  des 
résultats  à  la  fois  conformes  aux  intérêts  mutuels  des  deux 
nations,  et  aux  vœux  sincères  que  je  fais  pour  la  prospérité  et  la 
gloire  de  Y.  M.  I. 

Écrit  à  \  ersailles,  le  îi8  mars  1873. 


RETOl  R    DE    TClfoixNG    IIEOI',     1872 

Tcb\)ung  Heou  rentra  on  Chine  avec  le  Mékong'  ;  il  arri- 
vait à  Hong  Kong  le  i8  janvier  1872  et  quittait  Chang-Haï 
le  2G,  après  avoir  fait  visite  au  Consul  Général  de  France. 
«  Au  dire  de  la  (iazelte  de  Pèking,  à  son  passage  à  Tien- 
Tsin,  le  i'"''  mars  rempresscment  était  tel  pour  le  voir  que 
plusieurs  milliers  de  personnes  étaient  sorties  de  la  ville 
pour  aller  à  sa  rencontre,  et  à  son  départ  après  un  séjour  de 
doux   heures  seulement  chez  un  anû  de  son  père,  la  mémo 


/|l/i  MISSION    DE   TCH  OUNG    HEOU 

affluence  de  curieux    Taccompagna  encore  pendant  l'espace 
d'un  mille*.  » 

Tch'oung  Heou,  rentré  h  Péking  le  5  mars,  déjà  vice- 
président  du  ministère  de  la  Guerre,  fut  nommé  membre 
assistant  du  Tsoung-li-Yamen  (6  mars  1872),  après  une 
audience  de  l'Empereur  qui  se  déclara  fort  satisfait  de  la 
manière  dont  il  avait  dirigé  sa  mission. 

• 

M.    DE    GEOFROY 

Le  nouveau  ministre  de  France  en  Chine,  M.  Louis  de 
Geofroy^,  arriva  à  Hong  Kong  le  9  mai  1872  en  route  pour 
Péking,  il  y  trouva  le  nouveau  commandant  en  chef  de  l'es- 
cadre de  Chine,  l'amiral  Garnault,  remplaçant  Tamiral  Gi- 
zolme,  parvenu  au  terme  de  son  commandement,  et  les  mem- 
bres de  sa  légation  arrivés  par  un  paquebot  avant  lui  ;  il  visita 
Canton,  Swatow,  Fou-tchéou,  les  Chou-san  et  Ning-Po; 
il  quitta  Chang-IIaï,  le  3o  juin,  sur  le  navire  de  guerre 
Linoisy  avec  une  escorte  de  neuf  gendarmes  à  cheval.  Il 
avait  avec  lui  comme  secrétaire  de  Légation,  M.  Guillaume 
de  Roquette,  comme  attaché,  M.  de  Kergariou,  et  comme 
attaché  militaire,  M.  Guy  de  Çontenson  ;  M.  de  Bezaurc, 
débutait  comme  élève-interprète.  M.  de  Gcofroy  arriva  à  Pé- 
king, le  3  août  1872.  M.  do  Uochechouart  prenait  un  congé 
bien  mérité,  après  cinq  années  do  résidence  h  Péking,  dont 
trois  à  la  tête  de  la  légation. 

LETTRE   DE    M.    DE   ROCHECHOUART,     lO    JUIN     1872 

Notre  chargé  d'affaires,  le  Comte  de  Rochechouart  qui 
avait    rendu    les   plus   grands  services    aux    missionnaires, 

1.  i\ou\'('lléste  de  Shang-ffaï,  18  mars  1872. 

2.  Voir  p.  4o4»  noie. 


^ 


LETTRE    DE    M.    DE    ROCHECUOUART  4l5 

adressa  la  lettre  suivante  aux  évêques  de  Chine  en  quittant 
son  poste  qu'il  devait  retrouver  plus  tard  : 


Pëking,  lojuin  1872. 
Monseigneur. 

Avant  de  quitter  la  Chine,  après  y  avoir  fait  un  long  et  pénible 
séjour,  je  tiens  à  vous  exprimer  tous  mes  remerciements  pour  le 
concours  que  j'ai  toujours  trouvé  auprès  de  vous.  Nous  avons 
traversé  des  circonstances  douloureuses  qui  m'ont  permis  d'a|)- 
précier  à  leur  juste  valeur  le  dévouement,  la  charité  et  Féncrgic 
des  missionnaires  ;  aussi,  j'emporte  de  vos  œuvres  l'admiration 
et  la  sympathie  la  plus  sincère. 

Recevez,  Monseigneur,  l'assurance  de  ma  plus  respectueuse 
considération. 

ROCHECHOUART. 


CHAPITRE  XXIX 


LE  MEMORANDUM  CHINOIS 


Vers  le  milieu  de  1871,  la  Chine  crut  le  moment  favo- 
rable pour  se  faire  rétrocéder  par  les  étrangers  quelques-uns 
des  avantages  qu'ils  avaient  si  péniblement  acquis  depuis  dix 
ans.  Il  est  bien  certain  que  le  châtiment  des  principaux  cou- 
pables du  massacre  de  Tien-Tsin  n'ayant  pas  été  exigé,  le 
gouvernement  de  Péking  devait  être  singulièrement  enhardi 
par  cette  marque  de  faiblesse  apj>arente  ;  d'autre  part,  les 
revers  de  la  France,  principale  protectrice  des  intérêts  des 
missionnaires  on  Chine,  avaient  pu  faire  croire  que  ce  grand 
pays  accepterait  bénévolement  le  mémorandum  ou  circu- 
laire que  le  Tsoung-li  Yamen  adressa  aux  Légations  étran- 
gères au  sujet  des  missions  et  un  projet  de  règlement  en  huit 
articles  relatifs  aux  missionnaires  chrétiens. 

Voici  ce  document  important,  signé  par  VVen-Siang  -  et 
Cheun  Kouei-foun,  avec  des  extraits  des  considérants  qui  le 
[uécèdent  *  : 

I .  Le  Mcmorandum  a  été  publié  dans  la  plupart  des  journaux  de  Chine, 
dans  la  brochure  de  P.  Gimiel.  citée  phis  loin,  etc.,  ainsi  que  dans  le 
livre  bleu  suivant  : 

—  C/ii>jfl,  n»  3  (1871).  Circular  of  ihe  Chinese  (iovfrnmont  com- 
municnted  hy  the  French  Chargé  d'affaires,  l^rescnled.,.,  1871. 
Lond.,  in-fol.  [C.  —  306  ] 

Voir  aussi  : 

—  China,  n»  i  (1872).  Correspondence  rex/tccting  the  Circular  of 
the  Chinese  Gos'ernment  of  Fehruary  9.  187 1,  relating  lo  Mission- 
aries.  Prescnled 1872.  Lond.,  in  fol.  |C.  —  ^08. J 


LE    MEMORANDUM    CHINOIS  ^17 

a  Le  commerce  n'a  donné  lieu  à  aucun  difTérend  entre  TÉtai 
central  et  les  Ktals  extérieurs  ;  il  n'en  est  pas  ainsi  des  missions 
qui  sont  une  source  d*abus  incessants  ;  elles  ont  pour  but 
dVxhorter  à  la  vertu  et  elles  produisent  un  eflet  inverse.  Partout 
où  paraissent  les  missionnaires,  ils  s'attirent  l'animadversion  du 
peuple.  Les  premiers  cpii  vinrent  dans  TÉtat  central  étaient  dé- 
signés sous  le  nom  de  «  Lettrés  de  l'Occident  ».  La  plupart  des 
conversions  se  faisaient  parmi  des  gens  respectables,  tandis  que 
depuis  la  conclusion  des  traités,  en  18G0,  la  plupart  des  convertis 
sont  des  gens  sans  vertu  ;  aussi  cette  religion  reste-t-elle  sans 
considération  ;  aussi  les  consciences  sont  devenues  la  ])roic  du 
besoin.  A  Tombre  de  riniluence  des  missionnaires,  les  chrétiens 
ont  continué  à  opprimer  le  peuple  et  à  le  tromper  ;  de  là  des  que- 
relles et  finalement  des  luttes  incessantes  entre  les  chrétiens  et 
les  non-chrétiens.  Les  missionnaires  se  liguent  et  s'insubordon- 
nent  avec  les  chrétiens  contre  les  autorités  légitimes...  D'anciens 
rebelles  mis  hors  la  loi,  cherchent  un  refuge  dans  l'église  et 
abritent  leurs  désordres  sous  sa  protection...  Le  peuple  ignore  la 
différence  entre  le  catholicisme  et  le  protestantisme  et  il  confond 
les  deux  religions  sous  la  première  appellation.  Il  confond  aussi 
tous  les  Européens  sous  le  vocable  d'hommes  du  dehors  :  aussi 
quand  des  troubles  éclatent,  tous  sont  exposés  au\  mêmes  dan- 
gers. Le  prince  koung  et  les  membres  du  yamen  ont  été  depuis 
dix  ans  en  proie  à  une  incessante  anxiété  ;  leurs  craintes  ont  été 
justifiées  par  les  événements  de  Tien-Tsin  dont  la  soudaineté  a 
été  accablante...  Cette  affaire  est  aujourd'hui  arrangée,  mais  le 
prince  et  le  yamen  restent  sous  le  coup  d'un  malaise  incessant... 

En  fait,  si  cette  politique  est  la  seule  à  laquelle  on  puisse  re- 
courir pour  régler  lesdillérends  entre  chrétiens  et  non-chrétiens, 
elle  deviendra  de  plus  en  plus  précaire  si  le  besoin  de  l'invoquer 
se  répète  et  alors  de  nouveaux  désordres  semblables  à  ceux  de 
Tien-Tsin  éclateront  plus  terribles  encore. 

Le  prince  et  le  vamen  ont*appris  ([ue  les  prêtres  d'Europeres- 
pectent  les  lois  et  les  coutumes  des  pays  qu'ils  habitent  sous  |>eine 
d'être  sévèrement  punis.  Si  les  missionnaires,  avant  de  construire 
leurs  églises,  ne  se  rendaient  pas  odieux  aux  mandarins  et  au 
peuple,  si  leurs  actes  étaient  en  accord  avec  leurs  enseignements, 
s'ils  évitaient  en  se  récusant  toute  intervention  locale,  ils  |X)ur- 
raient  vivre  en  bonne  harmonie  avec  nos  indigènes  et  nos  fonc- 
tionnaires. Mais  ils  constituent  un   nombre  indéterminé  d'Etats 

(loRDiER.  L  —  27 


à 


4l8  LE    MEMORANDUM    CHINOIS 

dans  rÉtat.  Gomment  alors  empc^cher  que  les  gouverneurs  et  les 
gouvernés  s'unissent  contre  eux  ! 


En  vue  de  protéger  les  inléréls  de  tous  et  d'arrêter  les  abus 
sus-mentionnés,  le  prince  et  le  yamen  ont  l'Iionneur  de  soumettre 
à  re\amen  de  Votre  Excellence,  un  règlement  en  huit  articles, 
lequel  a  été  communiqué  aux  représentants  des  autres  puissances. 


PROJET    DU    GOUVERNEMENT    CHINOIS 

Art.  premier.  —  Les  chrétiens,  lorsqu'ils  fondent  un  orphe- 
linat, n'en  donnent  pas  avis  aux  autorités,  et  paraissent  agir 
avec  mystère.  De  là  les  soupçrjns  et  la  haine  du  peuple.  En  ces- 
sant de  recevoir  des  enfants,  les  mauvaises  rumeurs,  qui  sont 
maintenant  en  circulation,  disparaîtraient  en  mt^me  temps.  Si 
cependant  on  désire  continuer  l'œuvre,  on  ne  doit  recevoir  que 
les  enfants  des  chrétiens  nécessiteux,  et  alors  les  autorités  doivent 
(^Ire  informées,  pour  prendre  note  de  la  date  de  l'entrée,  du  nom 
des  parents,  et  du  jour  de  la  sortie.  II  seraiLaussi  nécessaire  que 
pouvoir  fut  donné  aux  étrangers  d'adopter  ces  enfants,  et  l'on 
arriverait  alors  à  un  bon  résultat.  En  dernier  lieu,  lorsqu'il  est 
((uestion  d'enfants  non  chrétiens,  les  hauts  mandarins  devront 
donner  des  ordres  aux  autorités  locales,  qui  choisiront  des  agents 
convenables  pour  prendre  toutes  les  mesures  qui  leur  paraîtront 
convenables. 

En  Chine,  les  lois  qui  régissent  les  orphelins  sont  :  qu'à  l'en- 
trée et  au  départ  des  enfants,  il  est  pris  note  de  la  personne  qui 
les  laisse  ou  de  la  personne  qui  les  adopte,  de  la  déclaration 
faite  aux  autorités,  et  de  la  permission  donnée  aux  parents  de 
visiter  leurs  enfants.  Lorsque  ceux-ci  sont  devenus  plus  grands, 
ils  peuvent  être  adoptés  par  une  personne  sans  enfant,  ou  repris 
par  les  parents  eux-mêmes,  et  alor.^  ([uelJe  (jue  soit  la  religion 
dans  laquelle  ils  ont  été  élevés,  ils  retournent  à  la  religion  de 
leurs  pères. 

En  toutes  choses  les  enfants  doivent  aussi  être  bien  traités. 
L'exercice  de  cette  œuvre  de  charité  devient  un  acte  très  recom- 
mandable. 

Nous  avons  entendu  dire  que  dans  chaque  pays  les  affaires  se 
conduisent  à  cet  égard  à  peu  près  comme  en  Chine.  Comment 
se    fait-il  qu'une  fois  arrivés  dans  notre  [>a>s,  les  étrangers  ne 


PROJET    Df    GOUVERNEMENT    CHINOIS  ^IQ 

suivent  plus  ces  coutumes?  —  Ils  ne  prennent  aucune  note  de 
la  famille  à  laquelle  appartient  l'enfant,  et  ne  donnent  aucun 
avis  aux  autorités?  Une  fois  que  l'enfant  est  entre  dans  la  mai- 
son, il  n'est  pas  loisible  à  d'autres  personnes  de  l'adopter,  et  les 
parents  n'ont  pas  la  permission  de  le  reprendre  ni  nu^inc  de  le 
\isiter.  Tout  ceci  entretient  les  soupçons  et  excite  la  haine  du 
peuple,  et  c'est  ainsi  que  par  degrés  se  produit  un  cas  comme 
celui  deTien-Tsin.  Quoique  nous  ayons  domenli  dans  un  rapport 
loutes  ces  rumeurs  d'yeux  et  de  cœurs  arrachés,  le  peuple  ce- 
pendant conserve  encore  des  doutes  h  cet  ép;ard,  et  quand  mî^me 
nous  parviendrions  à  lui  fermer  la  bouche,  nous  ne  saurions 
chasser  ces  doutes  de  son  esprit,  (^est  ce  genre  de  malaise  ([ui 
donne  lieu  à  de  terribles  é>énements.  Ce  serait  une  bonne  chose 
d'abolir  les  orphelinats  élrangers.  et  de  les  lransj)orter  en  Eu- 
rope, où  ils  jK)urraient  pratiquer  leur  charité  à  leur  aise.  Il  ap- 
partiendrait alors  aux  Chinois  de  venir  au  secours  de  ces  enfants. 
Nous  avons  d'ailleurs  dans  chaque  province  de  nombreux  orphe- 
linats, ce  qui  n'emptVhe  pas  les  étrangers  de  vouloir  nous  prêter 
à  tout  prix  une  assistance  dont  nous  n'avons  pas  le  plus  léger 
besoin.  C'est  certainement  a\ec  de  bonnes  intentions  qu'ils  agis- 
sent ainsi  ;  mais  il  n'en  est  pas  moins  vrai  que  leur  conduite 
produit  le  soupçon  et  excite  la  colère.  Il  serait  de  beaucoup  pré- 
férable (pie  chacun  everçAt  sa  charité  dans  son  pays,  et  alors  au- 
cun é>énement  lamentable  ne  pourrait  surgir. 

Art.  'i.  —  Les  femmes  ne  devraient  pas  plus  longtemps  en- 
trer dans  les  églises,  et  les  sœurs  de  charité  ne  devraient  plus 
vi\re  en  (ihine  pour  enseigner  la  religion.  Celle  mesure  ne  fera 
<pie  rendre  les  chrétiens  plus  respectables,  et  aura  pour  résultat 
d'imposer  silence  aux  mau\ aises  rumeurs. 

En  Chine  une  InHine  réputation  et  la  modestie  sont  des  |K)ints 
très  importants.  Les  hommes  et  les  femmes  n'ont  pas  même  la 
permission  de  se  donner  la  main,  ni  de  vivre  ensemble.  Il  de- 
\rait  y  avoir  une  ligne  de  démarcation  infranchissable.  Après  le 
traité,  liberté  pleine  et  entière  a  été  donnée  aux  chrétrens,  et 
alors  les  hommes  et  les  femmes  sont  allés  ensemble  à  l'église. 
De  là  des  rumeurs  parmi  le  public.  Il  v  a  quehpies  endroits 
même  où  hommes  et  femmes  se  trouvent  ensemble  non  seule- 
ment à  l'église,  mais  encore  dans  l'intérieur  de  la  maison.  Le 
])ublic,  (pii  \oit  cela  à  la  légère,  élève  des  soupçons,  et  pense 
qu'il  se  passe  des  choses  |)eu  convenables. 

Art.  'A.  —   Les    missionnaires   résidant   en   Chine  doi>enl   se 


430  LE    MEMORANDUM    CIIINOIS 

conformer  aux  lois  et  usages  de  la  Cliiuc.  Ils  n'ont  pas  la  per- 
mission (le  se  placer  dans  une  sorte  d'indépendance  exception- 
nelle, de  se  montrer  récalcitrants  à  l'autorité  du  gouvernement 
et  des  mandarins,  de  s'attribuer  des  pouvoirs  cpii  ne  leur  appar- 
tiennent pas,  de  porter  atteinte  à  la  répulalioii  des  gens,  d'op- 
primer le  peuple,  de  médire  de  la  doctrine  de  Confucius,  toutes 
choses  par  lesquelles  ils  donnent  prise  aux  soupçons,  au  ressen- 
timent et  à  l'indignation  des  masses. 

Les  missionnaires  doivent  se  soumettre,  comme  tout  le  monde, 
à  l'autorité  des  mandarins  locaux  ;  et  les  Chinois  chrétiens  doi- 
vent, en  tout  cas,  être  traités  selon  la  loi  commune.  A  l'excep- 
tion des  dépenses  des  solennités  théâtrales  et  du  culte  des  divi- 
nités protectrices  du  lieu,  auxquelles  ils  sont  dispensés  de 
contribuer,  les  chrétiens  ne  peuvent  échapper  aux  réquisitions  et 
aux  corvées,  et  sont  tenus  d'accepter,  comme  tout  le  monde, 
les  charges  iuq)osées  j)ar  l'administration  locale.  A  plus  forte 
raison  ne  peuvent-ils  refuser  de  payer,  intégralement,  les  taxes 
territoriales  et  les  rentes,  et  les  missionnaires  ne  peuvent  ni  leur 
conseiller  une  infraction  à  la  loi  commune  ni  les  v  aider.  Les 
cas  de  litige  entre  les  chrétiens  et  ncm-chrétiens  sont  soumis  à 
l'équitable  juridiction  des  autorités,  et  ne  [)eu\ent  être  laissés 
au  patronage  des  missiomiaires.  Ces  derniers  ne  peuvent  écarter 
des  tribunaux  les  chrétiens,  demandeurs  ou  défendeurs,  ce  qui 
dans  un  jugement  conduit  à  des  délais  et  lèse  les  parties  inté- 
ressées. Dans  le  cas  où  des  missionnaires  se  permettent  de  s'im- 
miscer dans  des  alîaires  qui  ne  sont  pas  de  leur  domaine,  les 
autorités  locales  doivent  envoyer  leurs  connuunications  verbales 
ou  écrites  aux  hauts  fonctionnaires  provinciaux,  qui  en  rélere- 
ront  à  leur  tour  au  Tsoung  Li  Yamen,  alin  qu'une  décision 
puisse,  le  cas  écbéant,  être  prise  pour  le  ra|)atriement  desdits 
missionnaires.  Au  cas  où  des  chrétiens  engagés  dans  des  procès 
relatifs  à  des  alliances  matrimoniales  ou  à  des  propriétés  innno- 
bilières  se  prévaudraient  de  leur  condition  de  chrétiens  pour 
invoquer  l'intervention  des  missionnaires,  ils  seront  sévèrement 
punis  par  les  autorités. 

La  Chine  honore  la  religion  de  Confucius.  Le  culte  de  Boud- 
dha et  du  Tao,  aussi  bien  que  la  doctrine  des  Lamas,  y  sont 
également  professés.  Il  est  contraire  à  l'usage  que  les  derniers, 
bien  qu'ils  puissent  ne  pas  être  Chinois,  puissent  ignorer  les  dé- 
cisions des  autorités  chinoises,  et  les  approuver  ou  les  blîimcr. 
Nous  entendons  dire  que  les  missionnaires,  dans  les  pavs  étran- 


1 


PROJET    Di;    r.OI  VERNEMENT    CHINOIS  f\1l 

p:ers,  sont  soumis  à  la  lo^islalioii  du  pays  où  ils  vivent,  et  qu'il 
leur  est  défendu  de  se  rendre  indépendants,  de  contrevenir  aux 
lois,  d'usurper  l'autorité,  d'attacpier  le  caractère  des  gens,  de 
leur  nuire,  de  susciter  les  soupçons  ou  le  ressentiment  du  peu- 
ple. De  même  les  missionnaires,  qui  enseignent  leur  religion  en 
Chine,  devraient  se  soumettre  à  l'autorité  des  magistrats  de  ce 
pays;  tandis  qu'ils  se  \anten(  d'être  indépendants  et  de  ne  pas 
reconnaître  l'autorité  des  mandarins.  \e  se  placent-ils  pas  ainsi 
en  dehors  du  giron  de  la  loi  ?  Les  chrétiens  en  (^hine  restent 
sujets  chinois,  et  n'eri  sont  que  plus  astreints  à  demeurer  fidèles 
à  leurs  devoirs.  Kn  aucun  cas,  il  ne  peut  être  établi  de  dilTé- 
rence  entre  eux  et  le  reste  de  la  nation,  l^es  chrétiens  dans  les 
villes  et  à  la  campagne  doivent  \i\re  en  bonne  harmonie  avec 
leurs  compatriotes.  Cependant,  dans  les  questions  qui  alTectent 
le  public,  lorsque  des  souscriptions  populaires  s'ouvrent  et  que 
des  corvées  sont  recpiises,  ils  mettent  en  avant  leur  position  de 
chrétiens  pour  écliappL*r  à  ces  charges.  Ils  créent,  eux-mêmes, 
une  exception  en  leur  faveur.  Comment  éviter  que  le  reste  de 
la  nation  ne  s'empare  de  cette  exception  contre  eux?  Bien  plus, 
ils  refusent  les  taxes  et  les  corvées,  ils  intimident  les  mandarins, 
ils  oppriment  ceux  qui  n'appartiennent  pas  h  leur  religion.  Les 
missionnaires  étrangers  ne  couqirennenl  pas  complètement  la 
situation.  Non  seulement  ils  donnent  un  asile  aux  chrétiens 
criminels,  et  refusent  de  les  livrer  à  la  justice  ;  mais  encore  ils 
consentent  (i  protéger  injustement  ceux  qui  ne  se  sont  convertis 
que  parce  qu'ils  a\ aient  commis  quelque  crime.  Dans  les  pro- 
vinces, les  missioimaires  se  font  les  avocats,  devant  les  autorités 
locales,  des  chrétiens  qui  ont  des  procès.  Témoin  cette  fenmie 
chrétienne  du  Se-tch'ouen,  qui  exigeait  de  ses  tenanciers  des 
paiements  d'une  nature  qui  ne  lui  étaient  pas  dus,  et  qui  iuiit 
[>ar  commettre  un  meurtre.  In  é\êque  français  prit  sur  lui 
d'adresser  aux  autorités  une  dépêche,  où  il  plaidait  pour  cette 
femme,  et  obtint  son  acquittement.  (À*  fait  excita  l'animositc  des 
populations  du  Se-tch'ouen,  laquelle  a  duré  jusqu'à  ce  jour.  Dans 
le  kouei-tchéou,  les  chrétiens  qui  comparaissent  devant  les  tri- 
bunaux se  (pialilient  eux-mêmes  de  chrétiens  dans  l'acte  d'accu- 
sation, dans  le  seul  but  de  gagner  leur  cause.  (iCci  est  un  abus 
bien  coniui.  Il  arrive  aussi  (pie  de  deux  familles,  unies  par  des 
liens  matrimoniaux,  l'une  se  convertit  au  christianisme,  et  force 
l'autre,  qui  n'est  pas  convertie,  à  rompre  l'alliance.  Parmi  des 
gens  de  même  sang,  on  a  vu  des  pères  et  des  frères  aînés,  une 


é 


l\22  LE    MEMORANDUM    CHINOIS 

fois  convertis,  intenter  une  accusation  pour  non-accomplissement 
des  devoirs  de  famille  à  leurs  enfants  et  à  leurs  plus  jeunes  frè- 
res, par  Tunicpie  raison  que  ceux-ci  avaient  refusé  de  se  con- 
>ertir.  Ces  actes  sont  encouragés  ])ar  les  missionnaires.  De  pa- 
reilles pratiques  ne  sont-elles  pas  de  nature  à  exciter  au  plus  haut 
degré  l'indignation  populaire? 

Art.  4.  —  Les  Chinois  et  les  étrangers  vivant  ensemble  de- 
vraient être  gouvernés  par  les  mêmes  lois.  Par  exemple,  si  un 
homme  en  lue  un  autre,  il  doit  être  puni,  s'il  est  Chinois, 
selon  la  loi  chinoise,  et  s'il  est  étranger,  selon  la  loi  de 
son  pays.  En  agissant  ainsi,  l'ordre  régnera.  Peu  importe  la 
manière  dont  les  Chinois  et  les  étrangers  traitent  la  cause.  Ln 
châtiment  est  nécessaire.  Mais  ce  chi^liment  une  fois  infligé,  on 
ne  doit  pas  >euir  réclamer  des  indemnités,  et  surtout  chercher 
le  soi-disanl  instigateur  du  crime  pour  exiger  de  lui  une  certaine 
somme.  11  appartient  aux  autorités  locales  de  prononcer  sur  les 
différends  qui  peuvent  s'élever  entre  les  chrétiens  et  le  peuple. 
Si  c'est  un  païen  qui  a  eu  des  torts  envers  un  chrétien,  il  doit 
être  puni  plus  ou  moins  sévèrement,  selon  la  gravité  d(»  la  faute  ; 
et  de  même  s'il  est  question  d'un  chrétien  accusé  par  un  païen. 
Le  magistrat  doit  prononcer  avec  la  plus  parfaite  justice  et  la 
plus  grande  impartialité.  Si  un  chrétien  se  conduit  contrairement 
aux  lois,  l'autorité  locale  fait  une  enquête,  et  si  l'on  accuse  ce 
chrétien,  celui-ci  est  arrêté  et  jugé.  Mais  les  missionnaires  ne 
doivent  pas  alors  se  présenter  pour  le  défendre  et  le  disculper. 
S'il  arrive  qu'un  missionnaire  empêche  un  chrétien  de  déférer 
aux  ordres  de  l'autorité,  non  seulement  le  chrétien  sera  puni  ; 
mais  encore  le  missioimaire  ;  ou  tout  au  moins  celui-ci  sera  ren- 
voyé dans  son  pays. 

Dans  la  sixième  année  du  règne  T'oung-Tché,  un  mission- 
naire, M.  Mabileau,  fut  tué  dans  le  Se-tch'ouen.  Le  meurtrier, 
nommé  Ymuj-lno-wourj,  fut  arrêté  et  condamné  à  mort.  Mais  en 
outre,  M.  Mihières  accusa  un  homme  qui  faisait  partie  de  la 
classe  des  lettrés,  d'avoir  été  l'instigateur  de  ce  meurtre,  afin 
d'exiger  de  lui  une  indemnité  de  80000  taëls. 

liCs  individus  qui  commettent  des  désordres  appartiennent 
d'ordinaire  aux  plus  basses  classes  de  la  société.  Lorsqu'ils  sont 
coupables  de  quelques  crimes,  ils  sont  arrêtés  et  punis  ;  mais  des 
accusations  ne  doivent  pas  être  portées  contre  les  lettrés,  pour 
exiger  d'eux  de  larges  indenmités.  Lue  pareille  conduite  excite 
la  haine. 


i 


PUOJET    l)i:    GOUVKKNEME-NT    CHINOIS  l\'J^ 

Dans  la  huiticMuc  année  du  rogne  ï*oung-Tché,  un  mission- 
naire, M.  Rigaiid,  fut  lue  dans  le  Se-tcli*ouen.  La  cause  du 
meurtre  était  la  rupture  d'une  alliance  entre  deux  familles. 
Tchong  Tyang-lum  et  Li  ïchoung-tang  jugèrent  ce  cas.  Ils  tirent 
{imiter  le  meurtrier  de  M.  Rigaud  et  celui  d'un  chrétien,  les 
nommés  Hoo-tsaé  et  Liong-fou,  appartenant  tous  deux  aux  plus 
basses  classes.  L*un  fui  condamné  à  la  décapitation  et  l'autre  à 
la  pendaison.  Les  chrétiens  tuèrent  plus  tard  quelques  personnes. 
Tous  les  ans  il  y  avait  des  conflits  entre  les  créanciers  et  les  dé- 
bi tours,  des  rapts  et  des  incendies. 

Les  instigateurs  de  tout  ceci  étaient  Wang  Choue-ling,  ïcliang 
Tien-chen  et  autres.  On  >oulut  les  arrêter  et  les  punir  ;  mais  ils 
ne  se  rendirent  pas  aux  ordres  de  l'autorité.  Plus  lard,  les  chré- 
tiens sous  la  conduite  d'un  piètre  nommé  Tan  Fou-tchouen. 
tuèrent  Tchao  Yong-lui  et  deux  cents  personnes.  On  demanda 
de  livrer  ce  missionnaire  à  la  justice  chinoise  ;  mais  l'abbé 
Mihières'  dit  qu'il  était  parti  pour  l'EurojM?,  et  qu'il  n'y  avait 
aucun  moyen  d'arranger  l'alfaire.  De  là  une  grande  colère 
parmi  les  habitants  du  Se-tch'ouen, 

Art.  5.  —  Les  passeports  déli\rés  aux  missionnaires  français 
qui  pénètrentdans  l'intérieur,  doivent  clairement  mentionner  la 
province  et  la  préfecture  où  ils  ont  l'intention  de  se  rendre.  Les 
noms  et  titres  du  |)orteur,  et  les  conditions  qu'il  ne  doit  pas  se 
transporter  clandestinement  dans  une  autre  province  et  que  le 
passe|K)rt  est  personnel,  seront  également  compris  dans  ce  docu- 
ment. Le  missionnaire  ne  doit  point  passer  en  contrebande  par 
la  douane  et  les  barrières  des  articles  soumis  aux  droits.  A  son 
arrivée  à  une  destination  autre  (jue  celle  indiquée  sur  le  passe- 
port, ou  si  cette  dernière  pièce  a  été  remise  à  un  (Ihinois  chrétien 
dans  le  but  de  h»  ïiûve  passer  comme  missionnaire,  ledit  passeport 
sera  annulé.  Si  d'un  autre  C(Mé  on  est  assuré  que  le  porteur  se 
l'est  procuré  à  prix  d'argent  ou  (pi'il  a  commis  quelque  autre 
infraction  sérieuse  à  la  loi,  l'individu  qui  aura  faussement  as- 
sumé la  position  de  missionnaire,  sera  puni,  et  le  vrai  mission- 
naire sera  renvoyé  dans  son  pa>s. 

Afin  (jue  le  contrôle  puisse  s'exercer  partout,  le  nom  du  mis- 
sionnaire sera  inséré  dans  le  passeport,  en  caractères  chinois,  qui 
feront  preux e.  Le  passeport  sera  annulé,  au  cas  où  le  titulaire 

I.  Miliièrcs,  Simon  Jiide- Alphonse,  du  diocèse  d'Âix  ;  ne  le  la 
février  iSai  ;  mort  iG  octobre  1871,  à  Koiici-Yang(Kouei-lchéou). 


^a4  ^'^'    MEMORANDUM    CHINOIS 

retournerait  dans  son  pays,  viendrait  à  mourir  ou  abandonnerait 
l'œuvre  des  missions.  On  n'accordera  point  de  passejwrts  pour 
les  provinces  où  il  y  a  des  rebelles,  ni  pour  celles  où  opère  l'ar- 
mée impériale.  Cette  disposition  ayant  évidemment  pour  objet 
d'assurer  lovalement  la  sauve*;arde  des  missionnaires. 

A  l'appui  du  précédent  projet,  le  yamen  rappellera  le  cas  d'un 
missionnaire  qui  s'est  présenté  dans  le  Kouei-tchéou ,  où  un  cer- 
tain Tcliao  fit  le  missionnaire,  quoique  son  nom  ne  figurât  j>as 
dans  le  registre  des  passeports.  Le  Yamen  reçut  une  lettre  à  ce 
sujet  de  M.  l'interprète  Devéria,  où  celui-ci  montrait  comment, 
d'après  un  vieux  registre  français,  le  missionnaire  assassin  Tchao, 
avait  reçu  un  passeport,  daté  du  a  delà  6*  lune  de  la  4*"  année  de 
T'oung-Tché,  où  il  était  appelé  Joné  Losse;  que  ce  nom  de  Tchao 
était  erroné  ;  que  la  victime  était  réellement  le  dit  Joné  Losse, 
était  inscrit  sous  le  n"  335,  comme  allant  au  Se-tcb'ouen  et  de  là 
au  Kouei-tcliéou.  Ce|XMidant  le  yamen  était  à  même  de  se  con- 
vaincre que  ni  le  nom  de  Tchao  ni  celui  de  Joné  l^osse  ne  figu- 
rait sur  le  registre  des  passeports.  Il  y  avait  donc  une  double 
erreur  sur  le  nom  du  missionnaire,  et  sur  celui  de  sa  résidence. 
Comment  alors  j)ouvait-on  établir  l'identité  et  assurer  à  la 
partie  intéressée  une  protection  elFicace  ? 

II  y  eut  aussi  une  alTaire  de  meurtre,  commis  par  le  mission- 
naire Splingaert  sur  la  personne  d'un  Russe.  Ce  Splingaert  était 
d'abord  missionnaire,  puis  il  entra  à  la  légation  de  Prusse  comme 
constable.  Il  n'en  conserva  pas  moins  son  passeport,  en  sorte 
que  s'il  l'avait  donné  à  un  autre  ou  l'avait  perdu,  non  seule- 
ment il  y  aurait  eu  abus  de  la  part  de  celui  qui  aurait  passé  pour 
missionnaire;  mais  de  graves  inconvénients  dans  les  allaires  pu- 
bliques pouvaient  en  résulter,  si  ledit  passeport  était  tombé  dans 
les  mains  des  rebelles.  D'un  autre  coté  la  dignité  des  mission- 
naires nous  semble  sérieusement  compromise  par  de  pareilles 
irrégularités. 

Art.  6.  —  Le  but  des  missionnaires  étant  d'exhorter  les  hom- 
mes à  la  vertu,  il  est  convenable  que,  avant  d'admettre  un  indi- 
vidu aux  privilèges  de  la  religion,  on  examine  s'il  a  été  frappé  de 
(pielque  sentence  judiciaire  ou  s'il  a  commis  quelque  crime.  Si 
l'examen  est  en  sa  ftiveur,  il  peut  devenir  chrétien  ;  sinon,  cette 
faculté  lui  sera  refusée.  On  devra  de  plus  agir  comme  les  mi- 
nistres de  noire  religion,  ([ui  donnent  avis  aux  déceniers  ou  ins- 
pecteurs de  dix  familles,  et  font  inscrire  dans  ce  but  le  nom  du 
néophyte  sur  un  registre  spécial.  De  même  les  missionnaires  de- 


4 


PROJET    DU    r.OlVERXEME.NT    CHINOIS  ^a5 

vronl  avertir  les  autorités,  qui  prendront  note  du  jour,  du  mois, 
et  de  Tannée  de  l'admission  d*un  converti,  de  son  lieu  de  nais- 
sance, de  sa  position  sociale,  et  s'assureront  s'il  a  subi  une  con- 
danmation,  ou  s'il  a  changé  de  nom.  En  agissant  ainsi,  toute 
confusion  sera  écartée.  Si  un  chrétien  est  envoyé  en  mission  et 
meurt  en  route,  avis  sera  donné  à  l'autorité  compétente.  Si 
après  sa  conversion,  quelqu'un  commet  un  crime,  il  sera  exclu 
de  la  communion  des  fidèles,  et  regardé  comme  n'appartenant 
])lus  à  la  religion  chrétienne.  Clnupie  mois  ou  au  moins  chaque 
trimestre,  les  autorités  doivent  être  informées  du  nombre  des 
conversions.  Les  autorités  agiront  aussi  comme  elles  le  font  à 
l'égard  de  nos  temples,  c'est-à-dire  elles  inspecteront  les  missions 
tous  les  mois  ou  au  moins  tous  les  trois  mois.  Cette  méthode, 
loin  de  nuire  à  la  religion,  assurera  au  contraire  sa  tranquillité. 

Dans  la  neuvième  année  du  règne  T'oung-Tché,  le  gouverne- 
ment du  Kouei-tchéou  informa  le  yamen  qu'à  Kouei-ting  h'ien 
quelques  personnes,  qui  précédemment  n'étaient  rien  autre  chose 
que  des  voleurs,  formaient  une  partie  de  la  milice,  dont  les 
chrétiens  Yen  Yu-ching  et  Lia  Tchang-chin  étaient  les  chefs.  Se 
faisant  eux-mêmes  passer  pour  chrétiens,  ces  hommes  inspiraient 
une  haute  idée  :  cependant  ils  provoquèrent  toutes  sortes  de 
troubles,  tuèrent  Wang-Tiang  pao  et  Tsouo  Ying-ho,  blessèrent 
grièvement  trois  autres  personnes,  et  emjK)rtèrent  de  leurs  mai- 
sons non  seulement  l'argent,  mais  encore  tous  les  objets  qu'elles 
contenaient,  jusqu'au  bétail. 

Dans  la  huitième  année  du  règne  T'oung-Tché  le  gouverneur 
du  Kouei-tchéou  informa  de  nouveau  notre  yamen  qu'à  Tsoun 
\i-irièn,  une  pétition  avait  été  adressée  aux  autorités  pour  dé- 
clarer (pie  quelques  rebelles,  dont  les  chefs  étaient  Soung  Yu-chan, 
Tang  Cheua-hien,  Tang  Yen-choui,  Tien  Youen-souen,  avaient 
embrassé  la  religion  catholique,  et  qu'ils  continuaient,  dans  la 
ville  comme  au  dehors,  de  causer  des  troubles  et  des  émeutes 
sans  nombre.  Dans  la  même  place  encore,  quehpies  gens  nom- 
més ^ang  Chi-pouo,  Leou  Rai-wen,  Tchang  Sio-ming,  IIouo 
Wen-tieou,  Tchao  Wen-ngan  avaient  embrassé  la  religion  catho- 
lique, et  étaient  même  employés  à  l'intérieur  de  la  mission. 
(Cependant  au  dehors  ils  pratiquaient  toutes  sortes  d'exactions 
sur  les  orphelins,  et  intimidaient  les  pauvres  d'esprit.  Ils  venaient 
[)erpéluellement  au  yamen,  et  entreprenaient  de  redresser  les 
jugements.  Dans  une  afTaire  entre  un  chrétien  et  un  paysan,  si 
le  mandarin  se  prononçait  en  faveur  du  dernier,  ils  ameutaient 


^26  LE    MF.MOllANDLM    CHINOIS 

les  chréliens,  envahissaient  le  yamen  et  forçaient  le  juge  à  re- 
venir sur  sa  sentence.  Si  nonobstant  le  mandarin  ne  voulait  pas 
leur  remettre  le  chrétien,  ils  revenaient  avec  la  c^rtc  cl*un  mis- 
sionnaire, et  réclamaient  en  son  nom  la  mise  en  liberté  de  1cm* 
ami. 

En  outre  ils  commettaient  toutes  sortes  d'attentats  contre  les 
personnes  et  les  propriétés.  S'ils  rencontraient  de  la  résistance, 
ils  prodiguaient  les  coups  et  ne  reculaient  pas  devant  un  meur- 
tre, et  se  rendaient  coupables  de  ])lusieurs  autres  crimes. 

Art.  7.  —  Les  missionnaires  doivent  observer  les  coutumes 
chinoises,  et  ne  s'en  écarter  en  aucun  |>oint.  Par  exemple,  ils  ne 
doivent  pas  l'aire  usage  de  sceaux,  dont  l'emploi  est  réservé  aux 
seuls  tbnctionnaires.  Il  ne  leur  est  pas  permis  d'adresser  des 
dépêches  à  un  vamen,  quelle  que  soit  leur  importance.  Si  ce- 
pendant, pour  un  cas  pressant,  il  était  absolument  nécessaire 
d'écrire,  ils  peuvent  le  l'aire,  mais  en  prenant  bien  soin  de  ne 
pas  parler  de  choses  étrangères  à  la  question,  et  en  employant, 
comme  les  gens  appartenant  à  la  classe  des  lettrés,  l'expression 
Pin-t'ié  (pétition).  Lorsque  les  missionnaires  visitent  un  grand 
mandarin,  ils  doivent  observer  les  mêmes  cérémonies  que  celles 
exigées  des  lettrés.  S'ils  visitent  un  mandarin  de  rang  inférieur, 
ils  doivent  aussi  se  conformer  aux  cérémonies  d'usage.  Ils  ne 
doivent  pas  entrer  dans  les  yamens  sans  les  prescriptions 
réglementaires,  et  amener  le  désordre  et  le  trouble  dans  les 
a  flaires. 

Dans  la  sixième  année  du  règne  T'oung-Tché,  le  gou\erneur 
du  Se-tch'ouen  nous  écrivit  (pie  l'évéque  français.  M^-'*"  Pinchon. 
avait,  dans  une  lettre  envovée  aux  autorités,  fait  usage  d'un 
sceau  olliciel  fabriqué  par  lui.  Dans  la  septième  année  du  règne 
T'oung-Tché,  M*-''  Faurie,  évéque  du  Rouei-lchéou.  remit  à  l'of- 
licier  chargé  de  la  transmission  des  lettres  au  gouvernement, 
une  dépêche  à  l'adresse  du  yamen  pour  demander  que  des  mar- 
ques de  distinction  fussent  accordées  à  un  ta(^taï  nommé 
Touo-wen,  et  à  d'autres  personnes. 

Dans  le  Ghan-Toung,  un  missionnaire  se  lit  passer  comme  siun- 
fou  (gouverneur  provincial). 

Dans  le  Se-tch'ouen  et  le  Kouei-tchéou,  des  missionnaires 
prirent  sur  eux  de  demander  le  rappel  de  mandarins  qui 
n'avaient  pas  arrangé  leurs  aflaires  à  leur  satisfaction.  Ainsi  ce 
n'est  pas  seulement  l'autorité  de  simples  fonctionnaires  qu'ils 
assument  ;  ils  réclament  en  outre  les  privilèges  que  le  souverain 


% 


PROJET    DU    GOUVERNEMENT    CHINOIS  ^3" 

seul  possède.  Après  de  tels  actes,  comment  Tindignation  géné- 
rale pourrait-elle  ne  pas  se  manifester  ? 

Art.  8.  —  Les  missionnaires  ne  doivent  pas  être  autorisés  à 
réclamer,  comme  appartenant  h  Téglise.  les  propriétés  qu*il  leur 
plaît  de  désigner.  De  cette  manière,  il  ne  s'élèvera  aucune  diffi- 
culté. Si  les  missionnaires  désirent  acheter  un  lot  de  terrain 
pour  y  bt^tir  une  église,  ou  louer  une  maison  pour  y  fixer  leur 
résidence,  ils  doivent  avant  de  conclure  le  marché,  aller  avec  le 
propriétaire  vrai,  et  faire  une  déclaration  à  Tautorité  locale,  qui 
examinera  si  le  Foung-choui^  présente  quelcpies  obstacles.  Si  le 
mandarin  décide  qu'aucun  inconvénient  n'existe  sous  le  rapport 
du  FoufKi-choui,  il  sera  alors  nécessaire  de  demander  le  consen- 
tement des  habitants  du  lieu.  Ces  deux  formalités  remplies,  il 
sera  encore  nécessaire,  dans  le  texte  du  contrat,  de  suivre  les 
règles  publiées  dans  la  quatrième  année  du  règne  de  Toung- 
Tché,  c'est-à-dire  de  déclarer  que  la  terre  appartient  en  pleine 
[)ropriélé  à  des  chrétiens  chinois.  11  ne  sera  pas  permis,  dans 
l'achat  des  propriétés,  d'employer  un  nom  autre  (pie  celui  du 
véritable  acheteur.  Il  sera  également  défendu  d'eilccluer  des 
transferts  contraires  à  la  loi,  selon  les  conseils  de  gens  déshonnétes. 

Les  missionnaires  résidant  constamment  en  Chine  doivent 
s'clTorcer  d'inspirer  la  conliance,  et  de  ne  j3as  exciter  le  mécon- 
tentement et  l'aversion  du  peuple,  mais  au  contraire  de  >ivre 
en  bons  termes  avec  tout  le  monde,  sans  même  exciter  les  soup- 
çons. En  ce  moment  il  y  a  presque  toujours  désaccord  entre  les 
deux  partis,  et  la  cause  est  la  conduite  des  chrétiens.  Ainsi,  en 
ce  qui  regarde  les  propriétés  de  l'église,  il  y  a  eu  des  réclama- 
tions durant  ces  dernières  années  dans  toutes  les  provinces,  et 
les  missionnaires  en  exigent  la  restitution,  sans  s'inquiéter  s'ils 
blessent  la  susceptibilité  du  peuple,  ou  s'ils  iuiisent  à  ses  inté- 
réis.  Il  y  a  en  outre  de  belles  maisons  appartenant  à  des  lettrés, 
sur  lesquelles  ils  élèvent  des  réclamations  et  dont  ils  expulsent 
le  propriétaire  dans  le  [)lus  court  délai.  Mais  ce  qui  est  pis,  et 
ce  qui  blesse  la  dignité  du  peuple,  c'est  qu'ils  réclament  souvent 
comme  leur  propriété  des  vamens,  des  lieux  de  réunion,  des  tem- 

I.  LiUéraloinrnl  Vent  et  Pluie;  c'est  un  inélungo  de  superstitions 
proRsicres,  dont  une  étude  incomplèlc  dos  phénomènes  de  la  nature  est 
la  source,  et  des  pratiques  dénuées  de  sens  commun  le  résuUat.  C'est  le 
Foung  Choui  qui  guide  le  Chinois  dans  les  actes  do  la  vie  :  achat  d'une 
maison;  heure  de  déjiart  du  voyage;  etc. 


é 


/laS  LK    MEMOKANDLM    CHINOIS 

pics  tenus  en  grande  vénération    par  les  lettres  et  les  habitants 
du  voisinage. 

Certainement  dans  chaque  province  se  trouvent  des  maisons 
qui  appartenaient  jadis  à  l'Église;  mais  on  doit  tenir  compte  du 
nombre  d'années  qui  se  sont  écoulées  depuis  et  songer  que  des 
chrétiens  ont  vendu  ces  maisons  et  qu'elles  sont  peut-être  pas- 
sées entre  les  mains  de  plusieurs  propriétaires.  11  faut  aussi  con- 
sidérer que  la  maison  a  pu  (Mre  vendue  >ieille  et  délabrée,  et 
que  l'acquéreur  a  peut-être  fait  de  grosses  dépenses  pour  la  ré- 
parer ou  même  en  a  construit  une  nouvelle.  Les  missionnaires 
ne  considèrent  rien  de  tout  cela.  Us  exigent  la  restitution  et 
n'offrent  pas  même  la  moindre  indcmnilé.  Quelquefois  même, 
ils  demandent  k  ce  qu'on  fasse  des  réparations,  ou,  sinon,  une 
certaine  somme  d'argent.  Une  telle  conduite  excile  l'indignation 
du  peuple  qui  voit  les  missionnaires  d'un  mauvais  œil  ;  partant 
il  ne  {>cut  exister  d'amitié. 

Les  faits  qui  sont  consignés  dans  ce  mémorandum  ont  été 
choisis  comme  exemples  parmi  bien  d'autres  pour  montrer  ce 
qu'il  y  a  d'irrégulier  dans  les  actes  des  missionnaires,  et  prou- 
ver l'impossibilité  pour  les  chrétiens  et  non-chrétiens  de  vivre 
en  bonne  harmonie. 

11  est  donc  urgent  de  chercher  à  remédier  au  mal  ;  les  uns  et 
les  autres  y  trouveront  leur  avantage,  et  l'on  évitera  que  cette 
seule  question  des  missions  devienne  fatale  aux  grands  intérêts 
entre  la  Chine  et  l'Occident.  Nous  renonçons  à  énumérer  les 
nombreuses  affaires  qui  surgissent  dans  les  provinces.  11  importe 
de  séparer  l'ivraie  du  bon  grain,  de  sévir  contre  les  méchants 
dans  l'intérêt  des  bons.  Pour  ce  qui  est  du  commerce,  par  exem- 
ple, on  punit  sévèrement  les  négociants  coupables  de  délils  afm 
de  sauvegarder  l'honneur  du  conunerce  en  général.  Du  moment 
que  les  missionnaires  admettent  tout  le  inonde  sans  prendre 
soin  de  distinguer  entre  les  bons  et  les  mauvais,  ces  derniers  af- 
fluent dans  la  communauté  chrétienne  et  s'a])puient  sur  les 
missionnaires  pour  molester  les  gens  de  bien  et  mépriser  l'auto- 
rité des  magistrats.  Dans  ces  conditions  le  ressentiment  de  la 
multitude  devient  profond.  Si  le  peuple  chinois  tout  enlier  en 
arrive,  comme  les  gens  de  Tien-Tsin,  à  détester  les  étrangers, 
l'autorité  suprême  elle-même  ne  pourra  plus  s'interposer  eflî- 
cacemenl.  Tels  sont  les  dangers  que  la  situation  présente  im- 
plique. 

Les  règlements  que  nous  proposons  aujourd'hui  sont  la  der- 


I 


PROJET    DU    GOUVERNEMENT    CHINOIS  ^29 

nièrc  expression  de  noire  ferme  volonté  de  protéger  les  mission- 
naires et  ne  comportent  rien  de  malveillant  pour  eux.  S'ils  s'ef- 
forcent sincèrement  de  s'y  conformer,  la  bonne  harmonie  pourra 
ôlre  maintenue  ;  si,  d'un  autre  cùté,  les  missionnaires  consi- 
dèrent ces  mêmes  règlements  comme  attentatoires  à  leur  indé- 
pendance ou  contraires  à  leurs  rites,  ils  peuvent  renoncer  à 
prêcher  leur  religion  en  Chine.  Le  gouvernement  chinois  traite 
ses  sujets  chrétiens  ou  non-chrétiens  sur  un  pied  d'égalité  par- 
faite ;  c'est  la  preuve  évidente  qu'il  n'est  pas  contraire  à  l'œuvre 
des  missions.  En  revanche,  les  missionnaires,  se  laissant  duper 
par  les  chrétiens,  ne  restent  pas  fidèles  à  leurs  devoirs.  De  cet 
état  de  choses  doivent  résulter  une  haine  des  masses  contre 
laquelle  il  sera  bien  dilTicile  de  lutter,  et  un  ébranlement  géné- 
ral du  bon  ordre  qui  rendra  toute  protection  impossible.  Mieux 
vaut,  dès  à  présent,  dire  franchement  la  vérité.  » 

■ 

Il  faut  avouer  que  dans  TOuest  de  la  Chine,  quelques 
missionnaires,  par  un  zèle  exagéré  ou  des  prétentions  exces- 
sives, ont  suscité  beaucoup  de  difficultés  à  la  légation  de 
France.  M^*"  Faurie,  dans  le  Kouei-tchéou,  et  M**"  Desflèches, 
dans  le  Se-tcirouen,  ont,  par  leur  attitude  et  leurs  exigences, 
rendu  fort  délicat  le  règlement  de  certaines  afTaircs. 

Notre  ministre  à  Péking,  M.  Berlheniy,  adressait  en  jan- 
vier 186/1,  la  lettre  suivante  a  M'*'"  Pinchon,  vicaire  aposto- 
lique du  Se  tclfouen  septentrional,  qui  en  dit  long  sur  les 
prétentions  de  certains  évéques  de  Chine  : 

«  J'ai  reçu  la  lettre  que  vous  m'avez  fait  l'honneur  de  m'écrire 
le  29  novembre  dernier  pour  m'exprimer  le  désir  d'être  autorisé 
k  intervenir  officiellement  auprès  des  autorités  locales  dans  les 
affaires  qui  concernent  les  Chrétiens  de  votre  vicariat  ;  je  regrette 
de  me  trouver  dans  l'impossibilité  de  satisfaire  à  cette  demande. 

«  Les  pouvoirs  dont  V.  G.  voudrait  être  investie  ne  peuvent 
lui  être  conférés  que  par  le  Gouvernement  de  l'Empereur  ou  par 
le  Gouvernement  Chinois  ;  or  Elle  comprendra  sans  peine  que 
le  premier  ne  saurait  déléguer  à  une  personne  irresponsable  et 
placée  en  dehors  de  son  contrôle  un  protectorat  dont  l'exercice 
|Xîut  dans  certains  cas  engager  sa  politique,  tandis  que  le  second, 
déterminé  à  atténuer  autant  qu'il  est  en  son  pouvoir  les  elTets 


l^'^O  LE    MEMORANDUM    CHINOIS 

d'une  propagande  dont  il  n*est  déjà  que  trop  porte  à  prendre 
ombrage,  se  refusera  toujours  à  reconnaître  aux  missionnaires  le 
droit  d'ingérence  dans  les  affaires  qui  concernent  ses  propres 
sujets,  (^.e  sont  précisément  ces  considérations  qui  ont  engagé  la 
Légation  à  demander  qu'en  l'absence  d'un  agent  consulaire  dans 
le  Se-tcli'ouen,  TcU'oung  Ta-jen  fut  chargé  des  aflaires  qui  inté- 
ressent la  communauté  chrétienne  de  cette  province. 

«  L'intervention  officieuse  est,  à  mon  avis,  la  seule  à  laquelle 
les  missionnaires  puissent  avoir  recours  lorsqu'il  leur  semble 
préférable  d'agir  directement  sur  les  autorités  locales  que  de 
faire  appel  aux  bons  offices  de  la  Légation  et  j'ai  des  motifs  de 
penser  que  leurs  démarches  seraient  plus  souvent  couronnées  de 
succès,  s'ils  évitaient  de  leur  donner  un  caractère  propre  à 
blesser  des  susceptibilités,  dont  je  n'examinerai  pas  la  valeur, 
mais  qu'il  importe  de  ménager  dans  l'intérêt  des  Chrétiens  eux- 
mêmes.  » 

M»»"  Pinchon  appartenait  aux  Missions  étrangères  de  Paris  ; 
copie  de  la  lettre  qui  lui  était  adressée  fut  envoyée  en 
février  i864  à  M*""  Baldus,  vicaire  apostolique  du  Ho-Nan, 
lazariste,  qui  émettait  des  prétentions  semblables  ;  notre 
ministre  écrivait  en  outre  à  ce  dernier  :  «  Je  ne  puis  oublier 
qu'une  question  d'étiquette  a  été  l'origine  de  la  persécution 
qui  a  coûté  la  vie  au  regrettable  abbé  Néel'.  » 

Néanmoins  le  gouvernement  français,  protecteur  des  mis- 
sions, ne  pouvait  pas  accepter  les  propositions  de  la  Chine, 
faites  au  lendemain  du  massacre  de  Tien-Tsin,  et  son  Chargé 
d'affaires  prit  le  soin  de  les  réfuter  dans  une  dépêche  au 
Tsoung-li  vamen  du  i4  novembre  1871. 


REPONSE    DE    M.    DE    ROCHECHOL'AHT     AU    MEMORANDUM 

c(  Le  gouvernement  français,  après  avoir  étudié   le  projet  de 
'  règlement  en  huit  articles  proposé  par  le  gouvernement  chinois 

I.  Voir  p.  i3i. 


% 


RÉPONSE    DE    M.    DE    KOCIIECIIOL'ART    AU    MEMORANDUM  ^I^I 

au  sujet  des  missionnaires,  vient  de  formuler  une  réponse  ; 
mais  il  a  cru  devoir  en  suspendre  l'envoi  à  S.  E.  Tch'oung-Heou 
jusqu'au  moment  où  il  aura  pu  s'entendre  avec  les  autres  pays 
et  notamment  avec  T Angleterre  à  ce  sujet. 

(^omme  l'envoi  de  ce  document  par  Vos  Excellences  était  en 
quelque  sorte  oflicieux,  je  crois  également  pouvoir  oflicieusement 
>ous  donner  le  sens  de  la  réponse  qui  vous  sera  faite. 

L'émotion  que  le  projet  de  Vos  Excellences  a  fait  naître  en 
France  se  justifie  d'elle-même.  Si  la  pensée  qui  l'a  dicté  pré- 
valait, nos  rapports  avec  le  Céleste  Empire  seraient  profondé- 
ment troublés,  peut-être  rompus.  11  accuse  d'ailleurs  un  état  de 
choses  qui  appelle  notre  plus  sérieux  examen,  et  nous  met  en 
demeure  de  nous  tracer  une  ligne  de  conduite  nette  et  raison- 
née.  C'est  pourquoi  il  ne  suffit  pas  d'apprécier  le  projet  chinois, 
de  l'admettre  ou  de  le  repousser  :  il  faut  se  rendre  compte 
de  ses  causes  et  se  demander  quelle  situation  leur  constatation 
nous  révèle. 

La  réponse  du  ministre  des  Etats-Liiis  peut  déjà  être  consi- 
dérée comme  un  élément  de  décision  parfaitement  acceptable. 
Elle  est  empreinte  d'un  esprit  libéral,  ferme,  modéré,  qui  cer- 
tainement aura  produit  une  salutaire  impression. 

Les  accusations  du  gouvernement  chinois  contre  les  missions 
catholi(pies  sont  fort  anciennes,  elles  ont  été  bien  des  fois  exa- 
minées et  réfutées.  Elles  se  résument  à  l'heure  actuelle  dans  les 
propositions  soumises  à  la  France  par  les  huit  articles  si  heu- 
reusement commentés  par  la  note  américaine. 

Article  premier. —  Relatif  aux  orphelinats.  Le  gouvernement 
français  pense  avec  M.  Low,  qu'il  n'y  a  aucune  raison  de  res- 
treindre la  liberté  laissée  à  nos  missionnaires.  Us  ont  rendu  de 
grands  services  en  recueillant  de  pauvres  créatures  abandonnées, 
et  l'on  |ieut  avoir  confiance  en  leur  inépuisable  charité.  11  im- 
porte néanmoins  que  cette  charité  soit  toujours  tempérée  par 
une  extrême  prudence.  Les  missionnaires  iront  d'eux-mêmes 
au-devant  de  toutes  les  mesures  de  précaution  qui  pourraient 
être  réclamées  ;  du  reste,  ils  ne  s'y  sont  jamais  refusés. 

L'article  l*""  suppose  que  les  enfants  élevés  dans  les  orphe- 
linats y  sont  l'objet  d'une  séquestration  véritable,  soustraits  ainsi 
à  toute  surveillance  de  leurs  parents,  et  il  en  tire  cette  consé- 
quence que  les  missionnaires  doivent  exercer  leurs  bonnes  œu- 
vres chez  eux  en  ne  s'imposant  pas  aux  Chinois  qui  ne  les  de- 
mandent pas. 


/|32  LE    MEMORANDUM    CHIXOIS 

La  réponse  à  ces  récriminations  est  bien  simple.  Si  les  mis- 
sionnaires méconnaisscnl  les  règlements  qui  protègent  l'autorité 
paternelle  et  Tenfance,  il  faut  signaler  leur  conduite  a  la  léga- 
tion, qui  la  fera  cesser.  Mais  détruire  l'institution  parce  que 
quelques  abus  peuvent  s'y  être  glissés,  supprimer  une  liberté 
consacrée  par  les  traités  de  iSfio  sous  le  prétexte  qu'elle  peut 
dévier  en  actes  arbitraires,  c'est  une  atteinte  directe  portée  aux 
droits  que  la  convention  de  Tien-Tsin  a  reconnus.  Nous  devons 
donc  nous  y  opposer  nettement  tout  en  recommandant  aux  mis- 
sionnaires d'établir  des  règles  qui  écarteront  de  leurs  maisons  des 
plaintes  ou  même  des  soupçons  mal  fondés. 

Article  II.  —  Inlerdiction  de  f entrée  des  Églises  aux  femmes. 
Il  n'y  a  pas  un  mot  à  ajouter  aux  réflexions  si  justes,  si  sensées, 
si  morales  de  la  note  américaine.  On  comprend  qu'une  fois  en- 
trés dans  la  voie  des  exigences,  les  rédacteurs  de  la  circulaire 
aient  voulu  imposer  leurs  mœurs  ;  peut-éire  même  ont-ils  com- 
pris quelle  action  favorable  à  l'établissement  du  culte  cbrétien 
la  présence  des  femmes  dans  les  églises  pouvait  exercer  en  ga- 
rantissant aux  cbrétien  s  la  libre  pratique  de  leur  religion.  Le 
traité  de  Tien-Tsin  a  diplomatiquement  tranché  la  question  en 
faveur  de  celles  qui,  dans  nos  traditions,  ont  |X)ur  protectrice  la 
Mère  môme  du  Sauveur. 

Article  II  L  —  Immixlion  des  missionnaires  dans  les  affaires 
intérieures  de  V Empire,  (^et  article  ne  peut  faire  l'objet  d'une 
disposition  réglementaire  par  la  raison  que  le  droit  du  gouver- 
nement chinois  qu'il  a  pour  but  d'établir  n'est  pas  contesté.  Si 
des  missionnaires  s'immiscent  dans  l'administration  civile  et 
politique,  ils  se  rendent  coupables  d'un  abus  que  nos  agents 
réprimeront.  Leur  liberté  religieuse  est  garantie  par  les  traités; 
tout  ce  qui  la  blesse  est  interdit  aux  fonctionnaires  chinois,  mais 
par  contre,  tout  fait  des  missionnaires  qui  usurperaient  dans 
une  mesure  quelconque  le  pouvoir  des  magistrats  ne  saurait 
être  toléré.  Le  gouvernement  français  a  constamment  proclamé 
cette  doctrine,  elle  est  la  base  de  toutes  ses  instructions.  Il  a  la 
ferme  résolution  de  les  faire  accepter. 

L'article  III  est  donc  une  récrimination  inutile.  Il  se  borne  à 
condamner  ce  que  nous  condamnons  nous-mêmes,  et  ce  que 
notre  action  commune  empêchera. 

Article  IV,  —  Patronage  accordé  par  les  missionnaires  aux 
chrétiens  devant  les  trihunau.T.  Les  mêmes  réflexions  s'appliquent 
à  cet  article.  Il  est  excessif  s'il   signifie  que    nos    missionnaires 


« 


RÉPONSE    DE    M.    DE    ROCIIECIIOL  \nT    AU    MEMORANDUM  /|33 

devront  s'abstenir  de  toute  démarclie  en  faveur  d'un  chrétien. 
11  est  naturel,  au  conlraire,  qu'ils  s'emploient  pour  lui,  et  nul 
ne  peut  le  trouver  mauvais.  Mais  il  y  aurait  abus  et,  par  là 
même,  sujet  de  plainte  et  de  répression  si  les  missionnaires 
cherchaient  à  soustraire  un  coupable  ou  un  condamné  à  la  jus- 
tice. Ce  que  demande  à  cet  égard  le  gouvernement  chinois 
résulte  du  droit  comnmn  et  n'a  pas  besoin  d'être  stipulé. 

Article  \ .  —  Spécialité  des  passeports  délivrés  aux  mission- 
naires. Cet  objet  de  pure  police  n'en  a  pas  moins  une  extrême 
importance.  II  a  été  prévu  et  réglé  par  l'article  i3  du  traité  du 
af)  octobre  1860,  dans  lequel  on  lit  :  «  Une  protection  elïicace 
sera  doimée  aux  missionnaires  .qui  se  rendront  paciliquement 
dans  l'intérieur  du  pays,  munis  de  passeports  réguliers  dont  il 
est  question  dans  l'article  8.  »  L'article  cite  des  irrégularités 
dans  l'exécution  de  ces  dispositions.  Sans  les  examiner,  il  faut 
répondre  qu'elles  ne  changent  rien  à  la  règle  qui  repose  sur  ces 
traités,  et  que  le  gouvernement  français  ne  s'est  jamais  refusé  h 
appliquer. 

Article  YI.  —  Examen  préalable  des  néophytes,  exclusion  de 
ceux  qui  auraient  été  condamnés  ou  qui  auraient  commis  quelque 
crime.  Les  raisons  sur  lesquelles  s'appuie  cette  prétention  ne 
sont  pas  un  instant  discutables.  Le  gouvernement  chinois  sem- 
ble ici  confondre  la  police  et  la  croyance.  Le  christianisme  n'est 
pas  une  association,  c'est  une  religion.  Il  ne  repousse  aucune 
créature  humaine.  Il  appelle  celles  qui  sont  déchues  à  se  re- 
|K»nlir  et  à  se  réhabiliter.  C'est  en  restant  toujours  pur,  mais 
miséricordieux  qu'il  attire  les  pécheurs  et  les  sanctifie.  Les  mis- 
sionnaires chargés  de  les  prêcher  ne  se  laisseront  pas  prendre  à 
de  fausses  apparences.  Ils  n'encourageront  pas  l'hypocrisie,  ils 
auront  grand  soin  de  maintenir  dans  leurs  communautés  l'or- 
dre, la  probité  et  la  régularité  des  mœurs.  Ils  sauront  éloigner 
d'eux  ceux  qui  ne  se  corrigent  pas;  mais  on  ne  peut  leur  inter- 
dire telle  ou  telle  conversion,  et  surtout  les  soumettre  à  un 
examen  préalable.  C'est  encore  l'article  i3  du  traité  du  35  oc- 
tobre 1860  ([ui  repousse  cette  exigence  en  disant  :  «  Aucune 
entrave  ne  sera  apportée  par  les  autorités  de  l'empire  chinois  au 
droit  qui  est  reconnu  à  tout  individu  en  Chine  d'embrasser, 
s'il  le  veut,  le  christianisme  et  d'en  suivre  les  pratiques  sans 
être  passible  d'aucune  peine  infligée  pour  ce  fait. 

L'Article  \I1,  qui  demande  que  les  missionnaires  observent  les 
usages  locaux  et  s^abstiennent  d'employer  les  sceaux  réserves  aux 

COKDIER.  I.  —  38 


i 


434  LE    MEMORANDUM    CHINOIS 

fonctionnaires,  ne  mérite  pas  qu'on  s'y  arrête.  Les  missionnaires 
ne  sont  pas  des  fonctionnaires,  ils  ne  peuvent  en  réclamer  les 
prérogatives. 

1/ Article  VIU  émet  une  prétention  absolument  condamnée 
par  l'article  6  du  traité  du  35  octobre  i86o.  En  effet,  il  vou- 
drait interdire  aux  missionnaires  la  recherche  et  la  revendica- 
tion des  immeubles  dont  ils  ont  été  dépouillés  par  des  faits  vio- 
lents. 

C'est  précisément  pour  leur  assurer  ce  droit  qu'il  a  été  con- 
venu, dans  l'article  G.  ce  qui  suit  :  a  Conformément  à  l'édit 
impérial  qui  a  été  rendu,  le  ao  mai  i846,  par  l'auguste  empe- 
reur Tao-Kouang,  les  établissiMuents  religieux  et  de  bienfaisance 
qui  ont  été  confisqués  aux  chrétiens  pendant  les  persécutions 
dont  ils  ont  été  victimes,  seront  rendus  à  leurs  propriétaires  par 
l'entremise  de  S.  Kxc.  le  ministre  de  France  en  Chine  auquel  le 
gouvernement  inqxMial  les  fora  déli\rer  avec  l(\s  cimetières  et  les 
autres  édifices  qui  en  dépendaient.  » 

Les  missionnaires  ne  sont  donc  pas  libres,  et  ils  n'ont  jamais 
émis  la  prétention  de  se  faire  délivrer  les  immeubles  qui  leur 
plaisent  le  mieux.  Ils  ne  peuvent  réclamer  que  ceux  qui  leur  ont 
appartenu,  et  ils  sont  tenus  de  prouver  leur  droit.  Les  usurpa- 
teurs dépossédés  n'ont  pas  de  prét(»xte  pour  se  plaindre  et  s'ils 
ont  amélioré  ce  qu'ils  ont  ainsi  enlevé  à  la  mission  catholique, 
il  y  aura  lieu  d'examiner  leur  plus  ou  moins  réelle  bonne  foi  et 
la  valeur  des  améliorations.  Ce  sont  là  des  questions  de  détail. 
Nous  ne  saurions  trop  insister  cependant  jX)ur  qu'elles  soient 
toujours  tranchées  de  la  manière  la  plus  équitable,  (^'est  dans  la 
vie  privée  une  manière  certaine  d'attirer  l'estime  et  d'éloigner 
les  embarras  que  de  toujours  décider  contre  soi  quand  on  est 
dans  le  doute.  Ciette  règle  morale  a  une  efficacité  particulière 
quand  elle  s'applique  à  des  populations  disposées  à  la  défiance  ; 
elle  les  désarme  en  les  désintéressant.  Que  sur  cela  les  mission- 
naires consentent  à  avoir  souvent  tort,  et  ils  feront  une  plus 
ample  moisson  qu'en  se  montrant  les  défenseurs  acharnés  du 
moindre  de  leurs  droits. 

Cet  examen  des  huit  articles  conduit  le  gouvernement  français 
à  cette  conclusion  qu'aucun  n'est  acceptable,  qu'aucun  même 
ne  lui  paraît  sérieusement  proposé.  La  circulaire  est  une  escar- 
mouche destinée  à  éclairer  le  terrain,  à  le  sonder.  Le  gouverne- 
ment français  croit  que  les  chrétiens  causent  des  soucis  au  gou- 
vernement chinois  :  il  croit  encore  plus  fort  qu'on  se  sert  d'eux 


I 


RÉPONSE    DE    M.    DE    ROCHECHOUART    \U    MEMORANDUM  l\^^ 

comme  d'un  prétexte.  Les  adversaires  systématiques  des  étran- 
gers font  grand  bruit  des  dangers  que  fait  courir  la  secte  occi- 
dentale, les  habiles  créent  par  là  ime  agitation  dont  ils  profitent. 
Au  fond,  néanmoins,  le  danger  existe,  il  s'est  accru  depuis  quel- 
ques années  ;  il  pourrait  devenir  irrémédiable  à  moins  d'une 
entente  entre  les  deux  gouvernements. 

11  est  certain  que  si  le  mémorandum  avait  été  envoyé  sous 
forme  de  dépèche,  le  Chargé  d'afTaires  de  France  n'aurait  eu 
qu'à  demander  ses  passeports  ;  c'était  un  ballon  d'essai  et  le 
prince  de  Koung  disait  à  M.  de  Uochechouart  :  «  Vous  savez 
bien  que  ce  nienïorandum  n'avait  rien  de  «'onmiinaloirc  ; 
c'est  une  simple  étude  de  la  question  à  notre  point  de  vue  et 
dont  la  discussion  trouvera  sa  place  à  l'époque  de  la  revision 
des  traités.  » 

La  China  Mail  disait  :  «  La  dépêche  du  comte  de  Uo- 
chechouart au  Tsoung-li  Yamen  en  réponse  à  la  fameuse 
circulaire  concernant  les  missionnaires  est  sans  aucun  doute 
le  meilleur  document  diplomatique  traité  de  main  de  maître 
qui  ait  jamais  été  adressé  à  nos  astucieux  amis  de  Péking.  » 

Le  ministre  plénipotentiaire  américain  avait  répliqué  le 
20  mars  1872,  en  se  plaçant  au  point  de  vue  des  missions  en 
général  * . 

I .  Il  fit  celle  observation  pleine  de  l>on  sens  : 

((  Aux  Élats-Unis.  cbaquc  individu  jouit  de  la  liberté  la  plus  illimitée 
dans  les  discussions  de  toutes  sortes  ayant  rapport  soit  au  gouvernement, 
soit  à  la  religion.  Le  peuple  écoutant  de  la  sorte  toutes  les  opinions  finit 
par  discerner  aisémcnl  ia  vérité  du  mensonge.  Si  les  religions  des  Boud- 
dhistes, des  Taoïstes,  des  disciples  de  Confucius  et  ia  religion  chrétienne 
pouvaient  être  toutes  expliquées  sans  qu'on  y  mH obstacle,  chacun  pourrait 
juger  des  mérites  de  chacune  d'elles  et  embrasser  celle  qui  lui  parailrait 
la  plus  raisonnable  et  la  plus  vraie.  Chacune  de  ces  religions  trouvera 
des  partisans  et  des  disciples,  mais  ce  n'est  nullement  une  raison  pour 
faire  preuve  à  ce  propos  de  mauvais  vouloir,  de  jalousie  ou  de  haine  contre 
les  partisans  des  autres  religions.  Le  gouvernement  chinois  ferait  sagement, 
je  crois,  en  s'iniliant  davantage  aux  coutumes  des  nations  étrangères,  et 
en  examinant  si  une  meilleure  entente  entre  les  indigènes  et  les  étrangers 
(entente  qui  n'affaiblirait  en  rien  l'autorité  du  gouvernement  ni  le  respect 


i 


/J3G  Î'K    MKMOR\NDUM    CHINOIS 

Les  prétentions  de  la  Chine  étaient  si  hors  de  propos  que 
le  ministre  d'Angleterre,  M.  AVade,  indifl'érenl,  après  un  assez 
long  relard  néanmoins,  répondit  au  Mémorandum  par  une 
lettre  adressée  au  vieux  ministre   NN  en  Siang. 


LETTRE    DE    M.     WADE 

Péking,  8  juin  1871. 
Monsieur, 

Selon  la  promesse  que  je  fis  à  Votre  Excellence  quand  j'eus  le 
plaisir  de  vous  rencontrer  au  Yanien  des  airaires  étrangères,  il 
y  a  quelques  jours,  je  demande  à  vous  soumet  Ire  quelques  ob- 
servations sur  le  mémorandum  concernant  la  question  des  mis- 
sionnaires, (pii  me  fut  en\oyé  par  \ons-mème  et  le  président 
iAïQii  le  9  février  dernier. 

Vous  devez  vous  rap])oler  que  lorscpie  ce  mémorandum  me 
fui  cn\ové,  je  m'ellorçai  d'eu  faire  retarder  la  publication  jus- 
cpi'à  ce  que  certaines  parties,  qui  semblaient  sujettes  à  la  criti- 
cpie,  pnsscnt  être  revues:  et,  dans  ma  note  du  11  février,  je 
proposai  de  >ous  faire  connaître  par  écrit  mes  vues  sur  ce  sujet. 

J'allais  \ous  soumettre  un  mémoire,  (piand  je  reçus  \otrc 
pressante  note  du  i3,  nrannonçant  que  vous  adressiez  au  même 
moment  le  mémorandum  h  toutes  les  légations.  Je  me  rendis 
au  Yamen  l'après-midi  suivant,  avec  l'intention  de  m'expliquer 
en  personne  ;  mais  je  ne  fus  pas  assez  heureux  pour  voir  Votre 
Excellence,  et.  après  mes  informations  prises,  j'appris  que  le 
mémorandum  avait  été  mis  en  circulation  la  soirée  précé- 
dente. 

Deux  raisons  en  particulier  m'avaient  fait  craindre  celte  pu- 
blication précipitée.  La  première  était  de  mettre  trop  en  avant 
le  nom  de  la  France  et  celui  de  la  religion  catholique  romaine, 
ce  qui  pouvait  être  injurieux,  non  seulement  à  la  France,  mais 

du  peuple  pour  ses  magistrats)  ne  serait  i>as  le  résultat  probable  de  plus 
de  liberté  accordée  à  l'exercice  du  culte  de  toutes  les  religions,  cl  de  la 
faculté  laissée  aux  citoyens  d'embrasser  le  culte  de  leur  choix  sans  avoir 
à  craindre  Tingi^ronce  du  gouvernement.  » 


I 


LKTTKE    DE    M.    WADE  /jSt 

aux  autres  gouvernements  dont  les  nationaux  sont  mission- 
naires en  Chine.  L'autre  raison,  c'était  que  l'examen  de  la 
question  des  missionnaires  semblait  tendre  spécialement  à  ex- 
cuser le  massacre  de  Tien-ïsin.  Or,  ce  massacre  ne  peut,  par 
aucun  moyen,  assurer  au  gouvernement  chinois  cette  sympathie 
et  cet  appui  que  le  mémorandum  recherche  é\idemment.  Ce 
fut  alors  h  mon  grand  regret  que  je  trouvai  le  mémorandum  en 
circulation,  et  le  silence  que  j'ai  gardé  jusqu'à  présent  doit  être 
attribué,  entre  autres  raisons,  en  grande  partie  au  décourage- 
ment que  je  sentis  à  cette  découverte.  En  cette  occasion,  comme 
en  tant  d'autres  circonstances,  je  reconnais  que  mes  avis  ont 
peu  de  chance  d'être  écoulés. 

Cependant,  coujme  Voire  Excellence  m'a  une  fois  de  plus 
exprimé  le  désir  d'entendre  ce  que  j'ai  à  dire,  je  m'impose  moi- 
même  cette  tAche. 

L'article  r""  concerne  les  asiles  d'enfants.  Les  missionnaires 
protestants  n'ont  pas,  à  ma  connaissance,  établi  de  tels  asiles, 
mais  je  suis  assuré  que,  dans  ceux  des  catholiques  romains,  ja- 
mais aucune  opposition  n'est  faite  à  la  visite  des  parents  et  des 
amis.  Plusieurs  de  ces  enfants  n'ont  ni  parent  ni  ami  ;  ce  sont 
des  enfants  abandonnés  de  tous.  Il  serait  diflicile  d'en  trouver 
un  qui  n'ait  été  laissé  sur  le  chemin  prêt  à  mourir. 

Comme  j'ai  déclaré  ci-dessus  qu'il  n'y  a  pas  d'asiles  pro- 
lestants en  Chine,  il  est  certain  qu'il  est  délicat  pour  moi  d'ex- 
primer une  opinion  touchant  l'utilité  d'établissements  fondés 
et  soutenus  par  des  personnes  qui  ne  partagent  pas  mes 
crovances. 

J'accorderai  cependant  que,  comme  ces  enfants  sont  sujets 
chinois  sans  aucun  doute,  il  n'est  pas  déraisonnable  d'exiger 
qu'un  registre  d'îidmission  soit  tenu  sous  l'inspection  des  auto- 
rités chinoises  ;  que  ces  mêmes  autorités  soient  libres  de  visiter 
les  asiles  de  temps  en  temps,  et  que  les  décès  des  enfants  soient 
dans  tous  les  cas  déclarés  aux  autorités. 

L'article  2  dispose  (ju'aucune  femme  chinoise  ne  sera  admise 
dans  les  chapelles  et  que  les  Sœurs  de  charité  ne  pourront  de- 
meurer en  Chine. 

L'usage  maintenant  en  vigueur,  produit,  assure-t-on,  une 
impression  défavorable  à  la  réputation  des  femmes  chrétiennes 
et  conséquemment  discrédite  entièrement  les  chrétiens. 

Je  ne  puis  croire  qu'aucun  gouvernement  prolestant  ou  ca- 
tholi(pie,  consente  à  l'expulsion  de  ses  sujettes  de  l'empire  chi- 


438  LK    MEMORANDUM    CHINOIS 

nois,  OU  que,  en  présence  des  clifTcrenls  traités  qui  assurent  la 
liberté  de  prêcher  et  de  pratiquer  le  christianisme  aux  natifs  et 
aux  étrangers,  ils  essayent  d'interdire  h  leurs  sujettes  plus  qu*à 
leurs  sujets  renseignement  des  vérités  chrétiennes. 

Confucius  enseigne  que,  tant  que  nous  ne  manquons  pas 
nous-mêmes  à  la  pratique  de  la  vertu,  nous  ne  devons  pas  nous 
lasser  de  corriger  les  autres,  et  cela  est  certainement  le  devoir  de 
la  femme  aussi  bien  quQ  de  Thomme. 

Pour  ce  qui  concerne  la  cpiestion  de  décorum.  Votre  Excel- 
lence n'est  évidenunent  pas  avertie  que,  durant  les  exercices  du 
culte  chrétien,  les  chapelles  catholiques  ou  protestantes,  sont 
ouvertes  à  tous,  non  chrétiens  ou  chrétiens,  qui  se  conduisent 
de  manière  à  ne  pas  troubler  le  service  di\in  ;  que  tout  ce  qui  se 
passe  a  l'intérieur  ou  à  l'extérieur  peut  être  observé,  et  que, 
dans  les  églises  catholiques  en  Chine,  les  sexes  sont  générale- 
ment séparés,  pendant  les  cérémonies  du  culte,  par  respect 
pour  le  sentiment  chinois  sur  ce  sujet.  Je  l'ai  vu  de  mes  pro- 
pres yeux  à  Chang-haï,  et  je  crois  ([ue  c'est  la  règle  générale. 

l/article  3  se  plaint  de  la  position  que  se  sont  arrogée  k^s 
missionnaires  en  Chine  dans  leurs  rehations  avec  les  autorités 
du  pays,  de  leurs  procédés  qui  irritent  les  autorités  et  le  j)eu- 
ple,  pour  leur  manière  d'intervenir  entre  les  chrétiens  chinois  et 
la  loi. 

Les  preuves  des  griefs  ci-dessus  mentionnés  ne  sont  pas  nom- 
breuses, et  se  réfèrent  aux  provinces  éloignées  du  Rouei-tchéou 
et  du  Se  tch'ouen.  Les  cas  dénoncés  atlectent  seulement  encore 
les  catholiques  romains.  Je  suis  assuré  j)ar  le  représentant  de  la 
France,  que,  quoicpi'il  regarde  comme  très  désirable  que  les 
évêques  catholiques  et  leurs  missionnaires  aient  accès  auprès  des 
autorités  en  chef  de  la  juridiction,  pour  représenter  le  mal  qui 
peut  être  fait  à  leurs  congrégations  en  ce  <pii  concerne  la  liberté 
religieuse,  la  légation  française  ne  reconnaît  pas  la  réclamation 
de  ces  mêmes  ecclésiastiques  pour  intervenir  entre  les  Chinois 
chrétiens  dans  les  questions  qui  ne  concernent  pas  le  libre  exer- 
cice de  la  religion. 

Si,  comme  on  le  prétend,  les  missionnaires  étrangers  ont 
l'habitude  de  s'interposer  dans  les  procès  civils  ou  criminels,'  ou 
de  peser,  soit  en  personne,  soit  par  correspondance,  sur  les  au- 
torités d'une  manière  peu  respectueuse  ou  offensive,  le  remède 
me  paraît  être  dans  les  mains  des  autorités  elles-mêmes.  Les 
autorités  outragées  n'ont  qu'à  se  plaindre  au  plus  proche  consul 


LETTRE    I)K    M.    WADE  ^39 

OU,  par  le  yamen,  a  la  légation  du  pays  auquel  le  missionnaire 
appartient.  Je  ne  puis  sûrement  répondre  que  pour  mon  propre 
gouvernement,  mais  je  suis  convaincu  que  le  gouvernement  de 
Sa  Majesté  ne  soutiendrait  aucun  missionnaire  anglais,  soit  en 
intervenant  dans  les  procès,  soit  en  appuyant  un  Chinois  dans 
son  opposition  aux  lois  de  la  Chine. 

Quant  aux  souscriptions  ouvertes  dans  un  intérêt  public,  il 
me  semble  \  avoir  ici  quelque  confusion  entre  les  diverses  caté- 
gories de  contributions.  Dans  l'opinion  des  gouvernements 
étrangers,  la  conversion  d'un  Chinois  au  christianisme  ne 
l'exempte  pas  d'obéir  aux  magistrats  et  aux  lois  de  son  pays,  ni 
d'acquitter  les  impôts  dus  à  la  Chine. 

Mais  au  sujet  de  certaines  contributions  que  ses  compatriotes 
s'imposent  d'eux-mêmes,  le  C^hinois  chrétien  peut  en  être 
exempté,  et  le  gouvernement  chinois  est  lié  avec  les  pouvoirs 
étrangers  pour  assurer  cette  exemption  parce  qu'il  s'est  engagé 
par  traité  à  garantir  à  toute  personne  la  liberté  d'enseigner  et 
de  pratiquer  le  christianisme  dans  toute  l'étendue  de  l'empire. 
Les  Chinois  ont  une  foi  qui. n'est  pas  admise  par  les  chrétiens; 
lorsqu'ils  obligent  un  chrétien  à  prendre  part  à  des  cérémonies 
condamnées  par  la  religion,  ou  à  souscrire  de  l'argent  pour 
venir  en  aide  à  ces  mêmes  cérémonies,  les  Chinois  alors  inter- 
viennent dans  le  libre  exercice  de  la  religion  d'un  chrétien  et  le 
gouvernement  du  pays  doit  protection  à  ce  dernier. 

Prenons,  par  exemple,  le  cas  de  la  prière  pour  la  pluie  ;  la 
différence  des  us  et  coutumes  a  été  plus  d'une  fois  le  sujet  de 
mésintelligence  entre  les  Chinois  chrétiens  et  les  non-chrétiens. 
Prier  pour  la  pluie,  pour  d'autres  bienfaits,  pour  la  cessation  de 
la  sécheresse  ou  d'autres  calamités  n'est  pas  particulier  à  la 
Chine.  Mais  en  Angleterre,  où  nous  avons  protestants,  catholi- 
ques, juifs  et  autres  croyances,  aucune  de  ces  croyances  ne  peut 
obliger  les  autres  à  oITrir  des  prières  contraires  à  leur  rite  pro- 
pre, ni  les  forcer  à  souscrire  des  fonds  autrement  que  f)our  bùtir 
leurs  propres  églises  ou  pour  acquitter  les  dépenses  de  leur  culte. 
I^a  même  tolérance  est  stipulée  en  faveur  des  chrétiens  chinois 
dans  les  traités  avec  les  gouvernements  étrangers,  qu'ils  soient 
grecs,  catholiques  ou  protestants. 

L'article  f\  repose  sur  ce  principe  que,  là  où  les  Chinois  et  les 
étrangers  vivent  ensemble,  la  loi  doit  être  inq)arlialemenl 
applicpiée.  Cela  est  hors  de  doute.  Mais  il  semble  impli- 
quer en   outre   que,    en   cas  d'homicide,    le   sentiment  popu- 


i 


^^O  LE    MEM<)nA>DLM    CHINOIS 

lairc  n'est  pas  satisfait  jus([u*à  ce  qu'on  ait  donné  une  >ie  jx)iir 
une  vie. 

Sous  la  loi  anj^laisc  cela  n'est  pas  possible  comme  sous  la  loi 
chinoise.  L'expérience  a  démontré  que,  dans  beaucoup  de  cas, 
celle  dernière  condamnerait  un  coupable  à  mort,  là  où  la  loi 
anglaise  serait  satisfaite  par  une  peine  moins  sévère.  Il  est  vrai- 
ment regrettable  que  des  malentendus  puissent  provenir  de  la 
différence  de  nos  codes  ;  mais  je  ne  vois  aucun  remède  jusqu'à 
ce  que  la  Chine  juge  convenable  de  reviser  le  mode  d'instruction 
criminelle  en  usage  maintenant  dans  ses  cours.  Aussi  longtemps 
que  les  aveux  seront  arrachés  par  la  torture,  aussi  longtemps  il 
sera  dillicile  aux  autorités  des  gouvernements  étrangers  de  s'as- 
socier avec  la  Chine  dans  les  procès  d'un  cas  criminel  ;  et,  à 
moins  que  les  autorités  des  deux  nations  ne  soient  présentes,  il 
existera  toujours  un  doute  d'un  côté  ou  d'un  autre. 

Cette  difliculté  surmontée,  il  n'y  en  aura  plus  pour  rédiger 
un  code  de  lois  concernant  les  différents  cas  criminels  ;  aucune 
difficulté  certainement  de  la  part  de  l'Angleterre  ;  aucune,  à 
mon  avis,  de  la  part  d'aucim  autre  gouvernement. 

Quant  à  la  complicité  des  personnes  autres  que  celles  qui  sont 
directement  accusées,  et  par  laquelle  il  peut  être  démontré  que 
le  coupable  fut  poussé  à  commettre  le  crime,  je  ne  vois  pas 
pourquoi  il  leur  serait  j)ermis  d'échapper  à  la  peine  ou  à  l'in- 
demnité. Mais  l'instruction  criminelle  est  bien  différemment 
comprise  par  les  Chinois  et  les  étrangers,  et  sur  ce  point,  je 
déses|K»re  d'une  meilleure  entente,  jusqu'à  ce  que  le  code  inter- 
national qui  a  déjà  été  suggéré  ait  été  agréé. 

L'article  se  termine  avec  cette  remarquable  pro|K)sition,  que 
si  un  missionnaire  protège  contre  les  autorités  un  Chinois  cou- 
pable, le  missionnaire  doit  être  puni  comme  la  loi  punirait  ou 
exilerait  le  Chinois. 

Je  me  perds  à  comprendre  comment  un  missionnaire  peut 
prévenir  l'arrestation  d'un  Chinois  accusé  d'une  offense  contre 
la  loi.  Un  missionnaire  essayerait-il  une  telle  intervention,  le 
meilleur  moyen,  comme  je  l'ai  indiqué,  serait  un  appel  immé- 
diat au  consul  ou  au  ministre  de  sa  nationalité. 

Art.  5.  —  Le  passeport  dont  il  est  question  dans  cet  article 
ne  me  semble  pas  avoir  besoin  d'aucune  remarque  particulière. 
Les  exemples  cités  de  l'échange  des  passeports  ou  de  la  confusion 
des  noms  des  porteurs,  ne  sont  au  nombre  que  de  deux  ou 
trois.  Je  ne  peux  j)as  penser  que,  quand  des  erreurs  de  la  sorte 


LETTRE    DE    M.     WADE  l^l^l 

arrivent,  la  légation  qui  s'en  trouve  chargée  soit  incapable  de 
fournir  une  explication  satisfaisante  ;  ou  que,  si  un  passeport 
était  délivré  d'une  manière  douteuse,  ou  transféré  à  une  autre 
personne,  missionnaire  ou  non.  les  autorités  de  sa  nation  refu- 
sassent d'en  prendre  noie.  Je  serais  bien  aise  que  chaque  ques- 
tion que  la  Chine  a  à  résoudre  avec  les  autres  gouvernements, 
fut  aussi  facile  à  résoudre  que  celle-ci. 

Dans  l'article  (),  il  est  proposé  que  pas  un  Chinois  de  mauvaise 
réputation  n'obtienne  la  permission  d'embrasser  le  christia- 
nisme; et  des  exemples  sont  donnés  de  personnes  venant  des 
provinces  occidentales  éloignées  qui,  après  avoir  embrassé  le 
christianisme,  continuèrent  à  commettre  de  gi*aves  offenses.  S'il 
en  est  ainsi,  pourquoi  les  coupables  ne  sont-ils  pas  saisis  et  ju- 
gés par  les  autorités  du  district  ?  11  est  vain  de  faire  tomber  le 
blâme  de  leur  inaction  sur  les  quelques  missionnaires  de  leurs 
juridictions.  Us  n'ont  pas  hésité,  à  l'occasion,  de  mettre  violem- 
ment la  main  sur  les  missionnaires  eux-mêmes.  Dans  le  Kouei- 
Ichéou,  l'avant-dcrnière  année,  trois  missionnaires  catholiques 
furent  saisis  par  les  autorités  et  un  d'eux  mourut  des  mauvais 
traitements  qu'il  reçut.  Je  ne  comprends  pas  comment  le  pou- 
voir des  mandarins  peut  être  moindre  sur  leurs  propres  com- 
patriotes. Quant  à  empêcher  les  hommes  qui  ne  sont  pas  ver- 
tueux de  devenir  chrétiens  ce  n'est  pas  possible,  puisque  la 
religion  chrétienne  a  pour  but  d'enseigner  aux  hommes  à  de- 
venir vertueux,  puisque  le  devoir  des  missionnaires  est,  comme 
le  dit  le  philosophe  Mencius,  de  ne  renvoyer  aucun  de  ceux  qui 
désirent  être  convertis.  «  11  ne  faut  pas  examiner  le  passé,  ni 
rejeter  ceux  qui  faiblissent  eux-mêmes.  » 

Si  les  Chinois  violent  de  nouveau  la  loi,  leur  titre  de  chré- 
tiens ne  peut  les  mettre  à  l'abri  de  la  pénalité  de  la  loi.  Pour 
ce  qui  regarde  l'enregistrement,  si  le  gouvernement  chinois 
oblige  tous  ses  sujets  chrétiens  à  se  faire  enregistrer  d'une  cer- 
taine manière,  il  a,  c'est  certain,  le  pouvoir  de  le  faire.  Mais  je 
ne  vois  pas  pourquoi  il  soumettrait  à  cette  formalité  les  mis- 
sionnaires étrangers.  Je  ne  vois  pas  non  plus  que  ce  soit  là  un 
acte  de  bonne  administration  ;  c'est  exposer  le  gouvernement  au 
soupçon  de  malveillance  contre  les  chrétiens,  et  jeter  ainsi 
l'alarme  chez  les  gouvernements  étrangers  en  relations  avec  la 
Chine. 

La  population  de  la  Chine  était  estimée,  avant  la  révolte  des 
T'aï  Ping,  à  environ  /ioo  millions.  Quelques-uns  pensent  que  ce 


[\[\1  LE    MEMORANDUM    CHINOIS 

lolal  doit  être  réduit  de  moitié.  Hé  bien  !  sur  ces  200  millions 
de  Chinois  il  y  a  peut-ôtre  5ooooo  chrétiens,  lesquels  certaine- 
ment ne  sont  ni  moins  commandés,  ni  moins  imposés  que  les 
autres  Chinois.  Je  me  perds  à  comprendre  pourquoi  le  gouver- 
nement chinois  met  de  l'insistance  à  démontrer  le  retour  pro- 
bable de  vexations  qui,  si  elles  se  réalisaient,  provoqueraient  les 
remontrances  des  gouvernements  étrangers. 

L'article  7  prescrit  les  formes  de  communications,  entre  les 
missionnaires  et  les  autorités.  Pour  nos  missionnaires,  je  n'y 
vois  pas  d'objection.  Le  gouvernement  anglais  n'établit  aucune 
différence  entre  le  missionnaire  et  tout  autre  sujet  britannique 
non  ofTiciel,  car  l'article  11  du  traité  de  Nanking  détermine  la 
forme  dans  laquelle  les  sujets  n'ayant  pas  de  jX)sition  oilicielle 
doivent  s'adresser  aux  autorités  chinoises. 

L'article  8  et  dernier  traite  de  la  restauration  des  bâtiments 
appartenant  autrefois  aux  chrétiens. 

Cette  question,  née  des  engagements  contractés  par  le  gou- 
vernement chinois,  dans  l'article  6  de  la  convention  française 
du  35  octobre  1860,  concerne  seulement  les  catholiques,  et  sa 
solution  regarde  exclusivement  le  gouvernement  français  ;  il  ne 
m'appartient  point  de  la  discuter.  J'ajouterai  seulement  que,  si 
le  gouvernement  chinois  trouve  ses  engagements  difficiles  à 
remplir,  il  devrait  profiter  de  la  présence  de  son  ministre  en 
France,  pour  obtenir  un  adoucissement  aux  conditions  acceptées 
par  lui  en  1860. 

Cela  m'amène  à  ce  que  j'ai  si  fréquemment  répété  an  ^amen, 
sur  le  moyen  d'échapper  aux  diflicultés,  quand  il  s*élè\e  uïi 
conflit  entre  le  gouvernement  chinois  et  un  gouvernement 
étranger.  Il  est  tout  à  fait  impossible  que  la  Chine  arrive  à  une 
juste  appréciation  de  ce  que  les  étrangers  attendent  d'elle,  et  à 
persuader  ces  gouvernements  de  ce  qu'elle  attend  d'eux,  avant 
qu'elle  ait  elle-même  arrêté  avec  eux  les  conditions  de  relations 
officielles,  seules  garanties  contre  des  malentendus  internatio- 
naux. La  première  de  ces  conditions  est  un  échangé  de  repré- 
sentants. Je  ne  dis  pas  que  ce  soit  une  panacée  pour  tous  les 
maux  ;  mais  il  est  incontestable  que  sans  cela  les  guerres  seront 
plus  frécpientes,  et  jusqu'à  ce  que  la  Chine  soit  représentée  dans 
l'Occident,  je  n'espère  j>as  voir  finir  les  incessantes  récrimina- 
tions et  disputes  où  les  agents  diplomatiques  h  Péking  usent 
leur  vie.  Si  la  Chine  est  lésée,  elle  doit  se  faire  entendre,  et 
d'un  autre  côté,  si  elle  ne  veut  pas  s'exposer  à  blesser  les  gou- 


I 


LETTRE    DE    M.    WADE  443 

vcrncinents  étrangers,  clic  doit  apprendre  ce  qui  se  fait  dans  le 
monde  loin  d'elle. 

Les  gouvernements  étrangers  ne  seront  pas  dis|K)sés  à  ad- 
mettre que  leurs  relations  commerciales  avec  la  Chine  soient 
toutes  actuellement  telles  qu'ils  les  désirent. 

Revenant  encore  au  massacre  de  Tien-Tsin,  Votre  Excellence 
explique  que  c'était  le  résultat  de  l'exaspération  du  peuple  contre 
les  catholiques  ;  et  vous  exprimez  la  crainte  qu'après  la  sévère 
punition  infligée  aux  coupables,  et  les  larges  indenmités  accor- 
dées, les  chrétiens  oseront  plus  qu'auparavant  persévérer  dans 
leur  voie  impopulaire. 

J'ai  communiqué  au  prince  Koung  l'expression  du  mécon- 
tentement de  mon  gouvernement  pour  la  lâcheté  avec  laquelle 
ce  crime  horrible  fut  préparé.  Je  suis  persuadé  qu'aucun  gou- 
vernement étranger  ne  juge  différemment  l'action  du  gouver- 
nement chinois,  et  que,  loin  d'enhardir  les  chrétiens,  le  faible 
châtiment  infligé  aux  coupables  ne  peut  que  provoquer  des  évé- 
nements contraires  aux  prévisions  de  Votre  Excellence. 

S'il  est  inutile  ici  de  retracer  le  tableau  du  mal  accompli,  il 
ne  l'est  point  de  rechercher  qui  commenta  le  soulèvement  contre 
les  catholi(iues.  Pas  un  enfant  n'a  disparu  ;  pourquoi  donc  cette 
atroce  calonmie  accusant  les  catholiques  de  dérober  les  enfants 
dans  d'abominables  desseins.  Il  me  suffit  pour  le  moment  de 
répéter  ce  que  j'eus  l'honneur  de  faire  remarquer  au  prince 
Koung,  dans  ma  dépèche  du  9  juillet  dernier.  Le  gouvernement 
est  responsable  de  l'ignorance  du  peuple,  laquelle  seule  peut 
rendre  possible  un  acte  si  barbare  pour  un  prétexte  si  ridicule. 
Et  le  fait  est  que  la  continuation  de  l'ignorance  où  le  peuple  est 
plongé  est  due  au  manque  de  lumières  que  le  gouvernement 
devrait  assurer  au  peuple.  Cette  ignorance  ne  saurait  donc  être 
une  excuse  auprès  des  gouvernements  étrangers,  qui  voient  les 
biens  et  la  vie  de  leurs  nationaux  exposés  au  milieu  d'im  peuple 
que  son  gouvernement  néglige  d'instruire*. 

Thomas-Francis  Wade. 


I.  Missions  catholiques,  IV.  p.  i3i-4,  d'après  la  London  Gazette 
du  13  décembre  1871. 


â 


4^4  l'E    MEMOUANDVM    CHINOIS 


LOKD  GRATtVlLLE 

Dès  le  21  août  1871,  Lord  Granville,  ministre  des  af- 
faires étrangères,  avant  même  d'avoir  eu  connaissance  de  la 
lettre  adressée  à  Wen  Siang  par  M.  Wade,  exposait  à  ce  der- 
nier les  idées  du  gouvernement  britannique  sur  la  question 
des  Missions  ;  voici  la  conclusion  de  sa  dépêche  : 

«  Le  gouvernement  de  S.  M.  espère  que  le  gouvernement 
chinois  ne  supposera  pas  qu'en  refusant  son  approbation  aux 
articles  du  mémorandum,  le  gouvernement  anglais  veut  agir 
dans  un  autre  motif  que  celui  d'éviter  une  question  embarras- 
sante, s'ajoutant  à  d'autres  difficultés,  augmentées  elles-mêmes 
par  des  règlements  impraticables. 

Le  moyen  de  limiter  l'action  des  missionnaires  sur  les  chré- 
tiens chinois  qu'ils  protègent,  autre  grief  invoqué  par  l'accusa- 
tion, ce  moyen  paraît  au  gouvernement  de  S.  M.  suffisamment 
assuré  par  les  traités. 

Si  les  missionnaires  anglais  se  conduisent  d'une  manière  blâ- 
mable, qu'on  s'adresse  au  plus  proche  consul  pour  les  punir 
comme  les  autres  sujets  anglais,  ainsi  que  cela  est  prévu  par  l'ar- 
ticle 9  du  traité  deTien-Tsin.  Si  les  autorités  du  pays  trouvent  que 
les  consuls  de  S.  M.  ne  font  pas  de  réprimandes  assez  énergiques, 
ils  peuvent  en  appeler,  par  l'intermédiaire  du  gouvernement  de 
Péking.  au  ministre  de  S.  M.,  en  suivant  la  voie  ordinaire  des 
usages  internationaux.  Tous,  le  ministre  et  les  consuls  de  S.  M., 
ont  des  pouvoirs  étendus  pour  maintenir  la  paix,  l'ordre  et  le  bon 
gouvernement  des  sujets  de  S.  M.  en  Chine.  S'il  était  prouvé 
que  ces  pouvoirs  fussent  insuffisants,  le  gouvernement  de  S.  M. 
est  prêt  à  les  accroître  ;  mais,  jusqu'à  ce  qu'il  soit  prouvé  que 
le  ministre  et  les  consuls  sont  incapables  de  surveiller  leurs 
nationaux  en  Chine,  par  l'exercice  des  pouvoirs  qui  leur  sont  con- 
fiés, le  gouvernement  de  S.  M.  doit  se  refuser  h  l'addition  d'arti- 
cles supplémentaires,  quand  même  ces  articles  ne  devraient  at- 
teindre qu'une  certaine  classe  de  sujets  anglais.  Ce  serait  exposer 
la  société  anglaise  qui  réside  en  Chine  à  de  perpétuels  conflits 
avec  les  indigènes,  et  créer  une  situation  des  plus  vexatoires^  » 

I.   Missions  calhoHtjues,  IV,  p.  i'|6,    d'après   la   London   Gazelle. 


CONCLUSION  /l/jO 


CONCLUSION 


Les  missionnaires  trouvèrent  également  parmi  eux  en 
Tabbé  Gennevoisc  *  un  éloquent  défenseur,  dans  une  brochure 
anonyme  *  qui  eut  à  Tépoque  un  grand  retentissement  dans 
le  monde  religieux.  D'ailleurs,  il  était  difficile  à  une  cause 
gagnée  d'avance,  de  trouver  de  meilleurs  avocats  que  MM. 
de  Rochechouart  et  Wade,  et  que  Lord  Granville.  Le  mé- 
morandum fut  donc  un  coup  d'épée  dans  Teau,  mais  il  est 
important  en  ce  qu'il  nous  montre  l'élat  d'esprit  des  Chinois: 
il  était  un  moyen  détourné  de  revenir  sur  les  avantages  ob- 
tenus précédemment  par  les  étrangers  et  pas  autre  chose.  Le 
missionnaire  paraissait  plus  facilement  attaquable  que  le 
marchand  ou  le  consul  :  c'est  pour  cela  qu'il  fut  visé  dans 
le  mémorandum  ^. 


1.  L'abbé  Félix  Gcnncvoisc,  du  diocèso  de  Cambrai,  est  entré  chez  les 
Chartreux,  après  avoir  quitté  les  Missions  étrangères. 

2.  Le  Mémorandum  chinois  ou  violation  du  Traité  de  Peking. 
Exposé  et  réfutation,  par  un  missionnaire  de  Chine.  Rome,  Imp.  de  la 
Propagande,  1872,  pet.  in-8.  pp.  74. 

3.  Voir  aussi  sur  le  Mémorandum  :  La  Politique  française  en  Chine 
depuis  les  traités  de  i858  et  de  1860,  par  Prosper  Giquel...  Paris, 
Guillaumin.  décembre  1872.  br.  in-8.  Les  Ministres  de  Russie  et  d*AUc- 
magne  répondirent  au  Mémorandum,  le  3  et  le  27  mars  1871. 


à 


CHAPITRE  X\X 


MORT  DE  TSENG  KOUO-FAN.  —  MÉMOIRE  DU  PRINCE  KOUNG 


MORT    DE    TSENG    KOIO-FAN,    12    MARS    1872 

Le  12  mars  1872,  le  grand  \ice-roi  des  deux  Kiang, 
Tseng  Kouo-Fan,  mourait  à  Nan  King.  «  Le  26®  jour  de  la 
1'®  lune  (5  mars)  il  fut  tout  à  coup  saisi  d'un  tremblement 
des  membres,  et  sa  langue  était  tellement  paralysée  qu'il  ne 
pouvait  plus  rien  articuler.  Les  médecins  furent  appelés 
immédiatement.  Le  jour  suivant  il  paraissait  mieux.*  »  Le 
D*"  Macartney,  alors  directeur  de  Tarsenal  de  Nan-King,  m'a 
raconté  qu'il  était  en  visite  au  Yamen  du  vice-roi  lors  de  celle 
première  atlaque,  ainsi  que  Sié,  secrétaire  de  Tseng,  depuis 
ministre  à  Paris,  et  qu'il  avait  recommandé  au  malade  le 
repos  le  plus  absolu;  son  conseil  ne  fut  pas  écoulé. 

«  Il  paraîtrait  que,  huit  jours  environ  avant  sa  morl,  il 
avait  ressenti  quelques  symptômes  inquiétants.  Pendant  qu'il 
conversait  avec  des  mandarins  qui  l'étaient  venu  visiter, 
ses  idées  se  troublèrent  tout  à  coup,  et  il  lui  devint  impos- 
sible pendant  quelques  minutes  d'articuler  aucun  son.  11  ne 
voulut  cependant  rien  changer  i  ses  habitudes  et  continua  de 
vaquer  à  ses  affaires  comme  par  le  passé.  11  paraissait  com- 
plètement  remis,   lorsque,  le   12    de  ce   mois  (mars),  vers 


I.   Gazette  de  Péking,  traduite  par  Miss  L.  M.  Fay  (^The  Phoenix, 
39  novembre  1872.) 


i 


MORT    DE    TSENG    KOLO-FAN  4^7 

sept  heures  du  soir,  une  attaque  d'apoplexie  foudroyante  vint 
Tenlever  à  sa  famille \  » 

Tseng,  vice-roi  du  Tché-li  à  Tépoque  du  massacre  de  Tien- 
Tsin,  avait  eu  une  attitude  douteuse  qui  fut  critiquée  par  les 
étrangers,  aussi  en  septembre  1870,  fut-il  pour  la  seconde 
fois  transféré  à  Nan-King.  11  était  cependant  un  homme 
digne  de  confiance  et  de  relations  infiniment  plus  sûres  que 
Li  Houng-tchang. 

«  Tseng  Kouo-fan  était  de  taille  moyenne,  d'une  consti- 
tution vigoureuse  et  pâle  de  visage.  Ses  yeux  petits  mais 
perçants,  vifs  et  investigateurs,  étaient  voilés  par  des  cils  et 
des  sourcils-  épais.  H  était  dans  sa  65°  année  et  avait  toute 
Tapparcnce  d'un  vieil  habitant  de  la  campagne.  Tous  ses 
traits  indiquaient  un  caractère  résolu.  Il  a  toujours  eu  parmi 
les  Chinois  une  grande  réputation  d'équité  tant  comme  chef 
civil  que  comme  chef  militaire.  Le  seul  reproche  qu'il  ait 
jamais  encouru  dans  le  public,  a  été  la  protection  qu'il  a 
toujours  accordée  aux  gens  de  sa  j)rovince.  Son  entourage 
était  presque  exclusivement  composé  de  gens  du  Hou-Nan 
dont  un  grand  nombre  avait  partagé  les  dangers  et  la  gloire 
de  ses  campagnes^.  » 

On  a  remarqué  que  les  prédécesseurs  de  Tseng  à  Nan- 
Ring,  sont  morts  occupant  leur  poste  de  vice-roi  :  Ta  chou, 
Tchen  nuan  (suicide),  Li  Kien-yin,  tué  par  les  rebelles, 
I-liang,  llo  Kouei-tsing,  décapité  à  Péking  ^,  Ma  assassiné*. 


I.  Nouvelliste  de  Shanghaï j  18  mars  1872. 

a.   Nous'elliste  de  Shanghaï ^  25  mars  1872. 

8.  ((  Bien  des  personnages,  écrit  M.  Kleczkowski,  le  21  janvier  i8C3, 
avalent  cssavé  de  le  sauver,  depuis  6  à  7  mois  qu'il  était  arrivé  à  Péking, 
comptant  sur  les  richesses  que  ce  condamné  était  censé  posséder,  mais 
Tseng  Kouo-fan,  Sêng-ko-Iin-sin  et  d'autres  personnages,  acquérant  de 
jour  en  jour  plus  d'importance,  s'y  sont  vivement  opposés  et  le  Prince  de 
Koung  a  décidé  de  faire  exécuter  la  sentence.  »  —  V^oir  p.  201. 

4.  Voir  p.  870. 


l\l\8       MOnr  DE  TSENG   KOIO-FAN    —    MÉMOIRE  DU   PlUNCE  KOUXG 


MÉMOIRE    DU    PRINCE    KOING,    I7    MARS     1872 

Mous  avons  a  enregistror  le  mémoire  clans  lequel  le  Prince 
koung,  à  la  suite  crime  réclamation  du  ministre  d'Angle- 
terre, commente  les  traités  et  indique  la  manière  de  les 
appliquer  exactement  : 

Les  très  humbles  serviteurs  de  V.  M.,  Yi  Sin  (Prince  Koung) 
et  ses  collègues,  lui  présentent  à  genoux  un  mémoire  dans  le 
but  d*explic[uer  de  quelle  façon  les  clauses  des  traités  conclus 
avec  les  Européens  doivent  être  interprétées,  et  ils  supplient  \  . 
M.  qu*il  lui  plaise  d'ordonner  qu'on  s'y  conforme. 

Us  font  humblement  remarquer  que  dans  la  lo*  année  du 
règne  de  Hien  F'oung  (1860),  un  traité  a  été  signé  entre  le  Ta 
Tsing  Kouo  (Empire  Chinois)  et  le  Ta  Ying  Kouo  (Royaume 
d'Angleterre).  Ce  traité  renferme  un  article  qui  dit  que  les  Mi- 
nistres Anglais  doivent  ('^tre  traités  avec  la  plus  grande  considé- 
ration. 

Quiconque  sera  convaincu  de  manque  de  respect,  d'insolence 
ou  de  tout  autre  attentat  à  la  dignité  de  ces  personnages,  devra 
être  sévèrement  puni  par  les  autorités  locales. 

Le  même  traité  établit  en  môme  temps  des  règles  pour  la  per- 
ception des  droits  et  le  recouvrement  des  dettes. 

Pendant  les  dix  années  qui  se  sont  écoulées  depuis  la  ratifica- 
tion des  traités  de  commerce  conclus  entre  la  Chine  et  les  divers 
états  de  l'Europe,  et  malgré  les  modifications  qu'ils  ont  subies, 
aucune  tendance  hostile  à  ces  conventions  n'a  été  remarquée 
parmi  les  personnes  bien  pensantes  et  d'un  esprit  pacifique  :  et 
les  étrangers  bien  pensants  ont  fait  preuve  aussi  de  toute  l'amé- 
nité désirable  dans  leurs  rapports  avec  les  autorités  de  Chine. 

Quant  aux  droits  sur  les  produits  étrangers  perçus  par  les 
différentes  douanes,  bien  que  les  traités  n'aient  pas  été  violés, 
des  surtaxes  ont  eu  lieu  sur  divers  points  de  l'intérieur.  Dans 
leur  commerce  entre  eux  il  est  arrivé  d'autre  part  que  des 
sommes  dues  depuis  longtemps  par  des  négociants  étrangers  à 
des  négociants  Chinois  restaient  impayées  ;  mais  il  est  juste 
d'ajouter  que  le  chiffre  des  dettes  contractées  par  les  commer- 


MÉMOIRE    DE    KOUNG  449 

çanls  Chinois  et  non  encore  payées  aux  Européens  s'élève  à  une 
somme  importante.  Des  instructions  ont  du  reste  été  données 
aux  gouverneurs  des  provinces  afin  que  ces  affaires  soient  réglées 
le  plus  promplement  possible  et  avec  impartialité,  sans  favoriser 
les  Chinois  aux  dépens  des  étrangers. 

Voici  le  passage  relatif  aux  relations  étrangères  : 

Le  minisire  d'Angleterre  est  venu  néanmoins  se  plaindre  aux 
Ministres  de  V.  M.  du  peu  de  res|x?ct  que  les  sujets  chinois 
témoignent  aux  autorités  et  aux  résidents  étrangers.  Il  a  ajouté  : 
i"  que  les  autorités  chinoises,  loin  de  prendre  les  mesures  néces- 
saires pour  faire  cesser  cet  état  de  choses,  permettent  au  contraire 
qu'il  continue  d'exister,  et  que  la  basse  classe  chinoise,  sous  Tin- 
lluence  de  ce  qui  se  passe  constamment  sous  ses  yeux,  témoigne 
d'une  animosité  de  plus  en  plus  inquiétante  contre  les  étran- 
gers; a°  que  les  Commerçants  sont  surtaxés  par  les  Douanes 
Chinoises;  3**  que  la  surveillance  de  ceux  qui  doivent  l'exercer 
n'est  pas  assez  active  d'une  part,  et  que  de  l'autre  les  Euro- 
péens, souvent  victimes  de  la  mauvaise  foi  des  banques  du  gou- 
\ernement  ou  de  celle  des  négociants,  voient  fréquemment  leurs 
débiteurs  échapper  à  l'action  de  la  justice,  grâce  à  la  protection 
que  ceux-ci  reçoivent  de  leurs  magistrats  dont  le  devoir  serait  de 
les  obliger  à  payer  leurs  dettes.  Un  grand  nombre  d'affaires  de- 
puis nombre  d'années  n'ont  pu  être  réglées  pour  ce  motif. 

Il  demande  en  conséquence  que  V.  M.  veuille  bien  donner  les 
ordres  nécessaires  pour  que  les  Gouverneurs  des  provinces  veil- 
lent à  l'exécution  de  ses  ordres. 

Vos  ministres  ont  en  outre  reçu  du  ministre  anglais  une 
réclamation  officielle  dans  lacpielle  il  est  dit  que  dernièrement,  à 
l'occasion  d'une  discussion  pour  affaires  dans  le  district  du 
Kouang-si  (Hou  Pé),  les  autorités  locales  ont  répondu  qu'elles 
n'avaient  jamais  lu  le  traité. 

A  os  ministres  sont  d'avis  que  les  autorités  et  les  particuliers 
des  nations  étrangères  qui  viennent  en  Chine,  soit,  revêtus  d'un 
caractère  officiel,  soit,  avec  l'intention  de  faire  le  commerce, 
doi\ent  élre  (conformément  aux  conventions)  traités  avec  con- 
venance, d'autant  plus  que  les  étrangers  venant  en  Chine  avec 
des  intentions  pacifiques,  les  autorités  ni  le  j)enple  chinois  n'ont 
aucune  raison  pour  les  maltraiter. 

CORDIER.  I*.  —  aQ 


é 


40O       MORT  DE  TSENG   KOUO-FAN    —   MÉMOIRE  DU   PRINCE   ROUNG 

Quant  à  la  perception  des  droits  de  douane,  elle  doit  se  faire 
confonncment  aux  traités  sans  aucune  surtaxe  et  pour  les 
dettes  contractées  entre  les  étrangers  et  les  Chinois,  il  nous  pa- 
raît dilFicile  si  le  gouvernement  chinois  ne  se  hâte  pas  de  statu<»r 
sur  les  réclamations  des  étrangers  contre  leurs  débiteurs  chinois, 
de  faire  droit  aux  négociants  chinois  qui  demandent  le  rembour- 
sement des  sommes  qui  leur  sont  dues  par  les  étrangers. 

Le  Gouvernement  chinois  agissant  toujours  avec  équité  dans 
la  direction  de  ses  alTaires,  nous  parait  être  d*autant  plus  obligé 
à  agir  avec  impartialité  dans  les  questions  où  les  Chinois  et  les 
étrangers  se  trouvent  avoir  leurs  Intérêts  confondus. 

Il  est  en  conséquence  du  devoir  de  vos  ministres,  de  prier  A  . 
M.  de  vouloir  bien  donner  aux  gouverneurs  des  provinces  les 
instructions  nécessaires  |K)ur  la  stricte  observance  du  (ou  des) 
traités  consentis  dans  la  lo*  année  du  règne  de  Hien-Poung  : 
leur  rappelant  en  outre  qu'il  est  de  leur  devoir  de  se  couqwrter 
avec  convenance  envers  les  autorités  et  les  particuliers  étrangers, 
et  de  le  faire  savoir  au  peuple  qui  peut  ne  pas  avoir  connaissance 
des  traités  ;  de  leur  donner  Tordre  de  se  conformer  à  ces  pres- 
criptions, leur  rappelant  particulièrement  que  les  ministres  étran- 
gers résidant  dans  la  capitale,  ont  droit  au  même  respecl  que 
celui  accordé  aux  dignitaires  chinois,  et  que  les  insultes  ou  les 
outrages  envers  ces  personnages  ne  manqueraient  pas  d'être 
punis  avec  la  plus  grande  sévérité. 

Les  Gouverneurs  des  Provinces  devroTit  également  recevoir 
Tordre  de  veiller  à  ce  que  les  autorilés  locales  ressortant  de  leur 
juridiction  prennent  connaissance  des  traités. 

Quant  à  la  question  des  surtaxes  perçues  par  les  douanes  ou 
aux  barrières  au  préjudice  des  négociants  étrangers,  lorsque  les 
réclamations  à  ce  sujet  seront  reconnues  être  fondées,  il  convien- 
drait de  les  soumettre  au  Ministre  du  Commerce,  aussi  bien  que 
les  dilTicultés  relatives  aux  dettes  contractées  par  des  Chinois 
envers  les  étrangers. 

Le  Yamen  de  Y.  M.  a  fnxjuemment  invité  ces  Ministres  à  exa- 
miner quelles  sont  les  réclamations  auxquelles  il  est  juste  de 
faire  droit  et  celles  qui  doivent  être  rejetées,  afin  de  doimer  une 
prompte  solution  aux  causes  pendantes. 

Si  à  Ta  venir  quelque  afTaire  de  cette  nature  venait  à  être 
soumise  à  ce  ministère  elle  dexTait  être  jugée  par  lui  avec  assez 
d'impartialité  pour  prouver  les  intentions  pacifiques  du  gouver- 
nement, el  son  désir  de  prévenir  toute  dilliculté. 


MÉMOIRE    DR    XOUNG  45 1 

Les  pro|)ositions  que  vos  humbles  serviteurs  sont  convenus  de 
présenter  à  Tàpprobation  de  V.  M.  ont  pour  but  de  mieux  faire 
comprendre  les  traités.  Ils  les  lui  soumettent  Immblement  et  à 
genoux,  espérant  que  Votre  Majesté  sacrée  daignera  les  accueillir 
favorablement. 

Mémoire  respectueux  sur  lequel  ils  demandent  le  bon  plaisir 
de  Y.  M. 

Les  Ministres  du  Grand  Conseil  ont  reçu  de  l'Empereur,  Tordre 
qui  suit. 

Qu'il  soit  ainsi  qu'il  a  été  proposé. 

Respectez  ceci. 


CHAPITRE  XXXI 


M.  DE  GEOFROT.  —  LE  MARIAGE  IMPÉRIAL 


M.    DE    GEOFROY 

Lorsque  M.  de  Geofroy  arriva  à  Péking,  il  était  porteur 
de  deux  lettres  :  sa  lettre  de  créance  et  celle  qui  était  adressée 
à  TEmpereur  par  M.  ïhiers  et  destinée  à  être  remise  en 
main  propre  ;  Tabsence  de  cette  formalité  laisserait  ouverte 
la  question  du  massacre  de  Tien-Tsin  ;  une  audience  impé- 
riale était  urgente  et  allait  à  nouveau  faire  revivre  un  des 
grands  griefs  des  ministres  étrangers.  M.  Berthemy  n'avait 
pas  parlé  d'audience;  il  écrivait  de  Péking  le  20  mars  i86^i,  à 
M.  Drouyn  de  Llmvs,  alors  ministre  des  Affaires  Etrangères  : 

«  Gomme  je  l'avais  fait  moi-même,  le  nouvel  Envoyé  de 
Russie  s'est  abstenu  soit  de  solliciter  de  l'Impératrice  Régente 
une  audience  qu'il  n'eût  pas  obtenue,  soit  de  remettre  au  Prince 
de  Koung  des  lettres  de  créance  auxquelles  il  eût  été  répondu 
en  termes  incompatibles  avec  la  dignité  de  son  souverain.  Je  ne 
pense  pas  d'ailleurs,  qu'à  moins  d'événements  imprévus  il  y  ail 
un  in  ter  (^t  réel  à  soulever  cette  question  avant  l'époque  de  la 
majorité.  Alors  sans  doute,  il  deviendrait  nécessaire  de  la  résou- 
dre ;  mais,  quelque  part  que  l'on  accorde  aux  progrès  éven- 
tuels de  l'influence  étrangère,  il  est  vraisemblable  que  ce  résultat 
ne  sera  pas  atteint  sans  une  lutte  des  plus  vives.  En  effet,  à  en 
croire  des  informations  qui  semblent  fondées,  bien  qu'il  soit 
difficile  d'en  contrôler  l'exactitude,  les  efforts  des  personnages 
auxquels  est  confiée  l'éducation  du  jeune  Empereur  seraient 
loin  d'avoir  pour  objet  de  le  familiariser  dès  à  présent  avec  un 
ordre  d'idées  conforme  à  la  situation  actuelle  de  la  Cbine,  et  il  y 


% 


CHOIX    l/t\E    IMPÊRAlRirE  ^53 

aurait  lieu  d'appréhender  que  les  préjugés  aveugles  de  son 
entourage  immédiat  n'exercent  sur  les  débuts  de  son  r^gne  une 
action  regrettable.  » 

Le  Comte  de  Lallemand  écrivait  en  1867  : 

a  Le  renouvellement  du  Traité  est  le  dernier  terme,  à  mon 
avis,  auquel  on  pût  ajourner  l'ouverture  des  rapports  diploma- 
tiques réguliers  avec  la  Chine  par  la  remise  en  audience  impé- 
riale, des  lettres  de  créance  des  ministres  des  diverses  puissances 
accréditées  à  Poking.  » 

M.  de  Rochcchouart,  h  la  suite  de  la  réception  de  Burlin- 
gamc  à  Paris,  avait  le  27  août  1869,  demandé  à  être  reçu 
en  audience  impériale  pour  remettre  ses  lettres  de  créance  ; 
Faudicnce  lui  fut  refusée.  M.  de  Gcofroy  dut  attendre  la 
majorité  de  Tflmpereur. 

Le  nouveau  ministre,  M.  de  Geofroy,  était  muni  de  pleins 
pouvoirs  pour  la  revision  du  traité  de  i858,  ratifié  en  1860; 
deux  ans  auparavant,  M.  de  Rochechouart,  avant  Texpiration 
du  délai,  25  octobre  1870,  avait  fait  savoir  au  Tsoung-li 
Yamen  que  le  gouvernement  français  était  disposé  à  examiner 
les  modifications  qui  pourraient  lui  être  soumises.  M.  de  Gco- 
froy, étant  données  les  mauvaises  dispositions  des  Chinois, 
ne  se  faisait  aucune  illusion  ;  tout  ce  qu'il  pourrait  obtenir 
serait  le  maintien  pur  et  simple  du  traité  ;  il  ne  fallait  pas 
songer  à  obtenir  une  extension  de  privilèges. 

Audience  et  revision  du  Traité,  tel  était  donc  le  programme 
de  M.  de  Geofroy.  Toute  l'attention  du  gouvernement  im- 
périal était  d'ailleurs  occupée  par  l'annonce  et  les  préparatifs 
du  mariage  du  jeune  Empereur. 

CHOIX  d'u?îe  impératrice* 

En  1872  l'Empereur  T'oung-tché  allait  entrer  dans  sa  dix- 
I.    The  Marriage  of  the  Emperor  of  China  at  Peking  on  thc  i6th 


/|54  M.    DE    GEOFROY    —    LE    MARIAGE    IMPÉRIAL 

septième  année  et  dès  le  21  décembre  1870,  le  décret  sui- 
vant était  promulgué  : 

«  Le  39  de  la  dixième  lune  intercalaire  de  la  neuvième  année 
du  règne  de  l'Empereur T'oung-lché  (ai  décembre  1870),  le  Mi- 
nistère des  Rites  et  l'Intendance  de  la  Cour  ont  feçu  de  l'Impé- 
ratrice Tscu-ngan  ci  de  l'Impératrice  Tseu-hi  l'ordre  verbal  : 

1**  De  consulter  l'Encyclopédie  administrative  de  l'Empire 
(Houei-tien)  afin  de  savoir  quel  est  le  cérémonial  usité  pour  le 
mariage  des  souverains  ; 

2°  De  se  conformer  à  ce  qui  a  été  fait  la  quatrième  année  du 
règne  de  l'Empereur  Kang-hi  (i665)  quant  au  mode  de  remise 
d'un  livre  d'investiture  et  d'un  sceau  à  une  impératrice. 

3°  D'envoyer  des  gardes  du  corps  fermer  la  porte  Kien- 
tsing  men*  lorsque  la  nouvelle  Impératrice  l'aura  franchie  et  y 
sera  descendue  de  palanquin  poin*  se  rendre  au  palais  Kien-tsing 
Kong'  le  jour  de  son  installation.  » 

Enfin,  un  décret  fixait  le  choix  de  la  nouvelle  Impéra- 
trice : 

«  Le  troisième  jour  de  la  deuxième  lune  de  la  onzième  année 
de  T'oung-tché  (10  mars  1873),  les  Impératrices  Tseu-ngan  et 
Tseu-hi  ont  décrété  ce  qui  suit  : 

«  L'Empereur  était  très  jeune  lors  de  son  avènement,  il  v  a 
1 1  ans.  11  importe  aujourd'hui  qu'il  ait  une  compagne  légitime 
capable  de  l'aider  à  pratiquer  la  vertu  et  à  gouverner  l'empire  : 
aussi  avons-nous  choisi  pour  être  Impératrice  de  Chine,  la  fille 
de  Ha-lou-t'o  che  Tch'oung  ki,  docteur  de  l'Institut  Impérial 
(Han  lin  yuen).  Elle  est  douce  de  caractère,  diligente,  instruite 
et  sérieuse.  » 

Le  père  de  l'Impératrice,  Tch'oung  Ki  était  un  mandchou, 

October.  1872.  From  the  Chinese  hy  L.  M.  F.  Shanghaï,  «  Ching- 
foong»  Printing ofEce,  1872,  in-i6,  pp.  87.  —  L.  M.  F.  =  Lydia  Mary 
Fay. 

—  Un  Mariage  impérial  chinois.  —  Cérémonial  traduit  |>ar  G. 
Devëria...  Paris,  Ernest  Leroux,  1887,  in- 18. 

1.  Porte  de  la  Pureté  céleste. 

2.  Palais  de  la  Pureté  céleste. 


^ 


CHOIX    n'i:>K    IMPÉHATmCK  ^55 

frère  cadet  de  Tch'oung  Heou.  C'est  le  seul  Mandchou  qui, 
aux  examens  littéraires,  ait  jamais  obtenu  le  premier  grade 
de  doctorat,  tchouang-Yotien (^186^).  Par  suite  du  mariage  de 
sa  fille,  Tch'oung  Ki  fut  nommé  duc  de  3"  classe. 

La   China  Mail  donnait  les  renseignements  suivants  sur 
la  famille  de  Timpératrice  : 

«  Son  grand-père  était  un  nommé  Tsai-chang-a,  porte- 
drapeau  descendant  des  Mongols.  Il  fut  dégradé  à  la  suite 
de  défaites  éprouvées  en  i853  par  un  corps  d'armée  com- 
battant contre  les  rebelles  T'ai  P'ing.  Les  succès  obte- 
nus par  les  troupes  disciplinées  commandées  par  des  Euro- 
péens lui  inspirèrent,  dit-on,  contre  les  étrangers  une  haine  à 
laquelle  il  n'était  déjà  que  trop  porté  par  esprit  de  famille.  Il 
avait  en  effet  épousé  une  fille  de  feu  Touan  Iloua,  prince  de 
Tcheng,  Tun  des  chefs  du  parti  anti-étranger  qui  après  avoir 
joui  d'une  grande  influence  sous  le  règne  de  Hien  Foung, 
fut  renversé  en  novembre  1861  par  le  prince  Koung  aidé 
de  rimpéralrice.  Les  chefs  du  parti  vaincu  furent  jugés  et  exé- 
cutés. Touan  Houa  seul  obtint  la  faveur  de  se  suicider*.  » 

Le  8  octobre  1872,  lorsque  j'arrivai  à  Péking,  on  remet- 
tait en  élat  les  chaussées  des  grandes  rues,  dont  quelques- 
unes  étaient  barrées  par  des  cordes  :  on  préparait  la  route 
4u  cortège  impérial.  Le  jeudi  matin,  1 1,  je  me  levai  dès  cinq 
heures  du  matin  pour  voir  les  meubles  de  la  future  Impéra- 
trice que  Ton  devait  transporter  au  palais  impérial  ;  ce  mo- 
bilier se  composait  d'un  lit,  d'un  miroir,  de  deux  armoires, 
de  chaises  et  de  huit  boîtes  en  bois  noir  sculpté  de  Canton. 
11  m'arriva  une  aventure  qui  montre  bien  la  bonne  humeur 
des  Chinois  lorsqu'ils  ne  sont  pas  excités  d'avance  :  mon 
inspection  était  sans  doute  trop  indiscrète,  car  les  agents  de 
police,  pour  m'écarter,  m'invitèrent  à  prendre  une  tasse  de 
thé  à  leur  poste,  puis  ils  me  conduisirent  à  une  autre  rue,  en 

I.  Voir  p.  129. 


^56  M.    DE    GEOFROY    LE    MARIAGE    IMPÉRIAL 

nie  priant  trévilcr  la  procession.  Ma  curiosité  enf  été  sans 
doute,  dans  une  ville  dTuropc,  punie  pour  le  moins,  d'un 
vigoureux  passage  à  tabac  ;  à  Péking,  les  soldats  indigènes 
s'amusèrent  beaucoup  de  voir  un  Vang  Kniiei-tsen  fourvoyé 
parmi  les  meubles  impériaux. 

Le  treize  octobre,  deux  membres  du  Tsoung-li  Yamcn, 
TchV)ung-Hcou  et  Tchen-Lin,  se  présentèrent  dans  les 
diverses  légations  pour  prier  les  ministres  étrangers  de  s'abs- 
tenir de  se  trouver  sur  le  passage  du  cortège  impérial.  Cette 
singulière  démarcbe  suggéra  au  Ministre  de  France  la 
réflexion  suivante  : 

Dans  tous  les  pays  du  monde  généralement  lorsqu'il  y  a 
une  fête  de  cour  les  Ambassadeurs  sont  les  premiers  invités.  Ici 
on  les  enferme.  Il  y  a  trois  jours,  deux  membres  du  Tsoung-li 
Yamen  LL.  EE.  Tciroung-llcou  et  Tchcnn-Lin  envoyés  par  le 
Prince  Koung  sont  venus  me  dire  que  TEmpercur  se  mariait  le 
i5  et  que  S.  A.  I.  me  priait  de  ne  point  sortir  ce  jour-là  et  de 
ne  pas  me  trouver  sur  le  passage  du  cortège. 

D'ailleurs  les  collègues  de  M.  de  Geofroy  se  montrèrent 
encore  plus  froissés  que  lui  du  procédé  des  Chinois  : 

J'ai  trouvé,  dit-il.  ceux-ci  le  soir  très  montés,  beaucoup  plus 
montés  que  moi.  Ils  avaient  successivement  reçu  le  même  coiu- 
pliment,  l'avaient  tous  fort  mal  pris  et  y  avaient  répondu 
chacun  à  sa  manière. 

Le  fait  est  que  la  mission  confiée  aux  deux  membres  du 
Tsoung-li  Yamen  ne  fut  rien  moins  qu'agréable  pour  eux  ; 
ils  furent  reçus  par  «  M.  Wade  avec  emportement,  car  chose 
singulière,  M.  Wade  qui  en  fait  cède  tout  aux  Chinois,  est 
celui  qui  en  paroles  les  maltraite  le  plus.  »  Ils  furent  accueillis 
par  le  Ministre  de  Russie  avec  une  verte  semonce,  par 
M.  Low  d'une  façon  gouailleuse  qui  dut  leur  être  infiniment 
désagréable;    à    la  légation   d'Espagne,  ils  essuyèrent  une 


i 


MAniAGE     IMPÉRIAL  ^67 

véritable    lempéte  ;    le   ministre   allemand    était    absent  ;    le 
ministre  italien  était  au  Japon. 

Tchen-Lin  était  inconscient  du  rôle  qu'on  lui  faisait  jouer  ; 
Tch'oung-Heou,  trop  expérimenté  pour  ne  pas  se  rendre 
ccmipte  de  l'impression  causée  par  sa  visite  intempestive, 
maudissait  intérieurement  Wen-Siang  qui,  jaloux  de  lui, 
lui  avait  fait  confier  celte  désagréable  corvée. 

Néanmoins,  les  ministres  étrangers,  tout  au  moins  ceux 
de  France  et  d'Angleterre,  firent  passer  les  circulaires  sui- 
vantes parmi  leurs  nationaux  : 

CIRCULAIRE    FRA?iÇAlSE 

A  la  requête  du  ïsoung-li  Yamen  le  Ministre  de  France  à 
Péking  invite  ses  nationaux  à  éviter  de  se  trouver  sur  le  passage 
du  cortège  impérial  le  1 5  et  le  1 6  du  mois  courant. 

Péking,  le  i4  octobre  187:1. 

Le  Ministre  de  France, 
Signé  :  de  Geofroy. 

CIRCULAmE    ANGLAISE 

The  Prince  of  Kung  having  represenled  lo  H.  B.  M.  Minister 
that  certain  cérémonies  connccted  wilh  tlie  marriage  of  the 
Emperor  of  China  which  will  occupy  the  i5"'  and  16^^  days  of 
the  month  oblige  the  authorities  to  keep  clear  varions  thorough- 
fares  in  the  City,  ail  British  Subjecls  now  in  Péking  are  requircd 
to  take  notice  that  thcy  must  be  careful  not  to  attempt  to  pass 
along  any  street  closed  by  a  barricade  or  in  which  guards  may 
be  stationcd  for  the  purposeof  stopping  the  way. 


MARIAGE    IMPÉRIAL,     16    OCTORRE     1872 

La  future  Impératrice  devait  être   transportée  au   Palais 
Impérial  dans  la  nuit  du  if)  au  16  octobre;  malgré  la  cir- 


é 


/joS  M.     DE    GEOFROY    LK    MARIAGE    IMPÉRIAL 

ciilairc  des  Ministres  étrangers,  qui,  sur  la  demande  du 
Tsoung-li  Yamen,  avaient  invité  leurs  nationaux  à  ne  pas  se 
trouver  sur  le  passage  du  Cortège  impérial,  je  me  rendis 
avec  M.  Charles  Vapereau,  professeur  au  T'oung  Wen 
Kouan,  a  Téglise  catholique  de  l'Est,  le  T\)uti^  I f^'^if,  où 
je  retrouvai  Tabbé  Ilumblot,  lazariste,  et  M.  Gabriel  Devcria, 
premier  interprète  de  la  Légation  de  France.  Voici  le  récit 
que  donne  ce  dernier  du  spectacle  qui  nous  fut  offert'  : 

«  A  partir  de  quatre  heures  du  soir,  les  postes  de  police 
n\aieiit  été  doublés,  les  soldats  des  huit  bannières  se  lorinaienl 
eu  haie  dans  les  rues  où  devait  passer  l'Impératrice,  chassaient 
les  passants  et  faisaient  fermer  les  volets,  contrevents,  et  portes 
de  toutes  les  boutiques  ou  maisons.  Toutes  les  ruelles  débou- 
chant sur  le  parcours  du  cortège  étaient  mascpiées  par  des  ten- 
tures de  toile  bleue  et  gardées. 

Aux  volets  de  chaque  boutique  étaient  accrochées  deux  lan- 
ternes rouges  qui,  jointes  à  celles  iichées  en  terre  le  long  de  la 
chaussée  centrale,  éclairaient  la  veste  écarlatc  bordée  de  blanc 
des  factionnaires  immobiles. 

Vers  neuf  heures,  deux  cavaliers  passèrent  au  grand  galop  sur 
la  chaussée  ;  l'un  d'eux  tenait,  dans  un  long  étui  de  soie  jaune, 
un  biiton  (sorte  de  fanion)  qu'il  portait  au  poste  le  plus  voisin 
comme  premier  avertissement  de  l'approche  du  cortège. 

(]es  avertissements  qui  se  transmettaient  de  poste  en  poste 
jusqu'au  palais  im|)érial  se  renouvelèrent  trois  fois.  IVienlôt  pas- 
s'Tent  à  cheval,  avec  leur  suite,  les  deux  principaux  médiateurs 
du  mariage,  le  prince  Kong  et  S.  Exe.  Pao-Kiun,  ministre  des 
finances.  Ils  ne  précédaient  l'Impératrice  que  de  ([uehpies  mi- 
nutes. La  musique  impériale  arriva  silencieuse  et  marchant  en 
masse  compacte.  Les  musiciens  étaient  vêtus  de  longues  robes 
de  couleur  sombre  et  coiffés  d'une  sorte  de  to(pie  surmontée 
d'une  aigrette  de  plumes  jaunes. 

Derrière  eux  se  pressaient  sans  ordre  des  centaines  de  >alets  et 
porteurs  de  palonquin.  en  robes  rouges  à  rosaces  blanches  ;  les 
uns  portaient  suspendues  au  bout  de  longues  perches  recour- 
bées des  lanternes  rondes  faites  de  corne  fondue  et  décorées  de 


I.    Un  Mariage  impérial  chinois,  pp.  ii-i5. 


h 


MARIAGE    IMPÉlllAL  l\3^ 

dessins  rouges  ;  les  autres,  loul  aussi  nombreux,  portaient  les 
attributs  de  l'Impératrice  et  tous  les  objets  faisant  partie  de  son 
train  officiel  :  trois  immenses  parasols  à  triple  volant  de  soie 
jaune  ornés  de  phénix  brodés  d'or,  des  brùle-parfums,  des  cas- 
solettes, des  bassins  d'or,  des  fauteuils  portatifs,  trois  aulres 
grands  parasols  dont  deux  jaunes  et  un  aulre  rouge  de  forme 
carrée,  deux  hauts  éventails  dont  l'un  en  plume  de  paon,  un 
scepire  d'or,  deux  grands  étendards  ornés  d'un  dragon  et  d'un 
phénix  enlacés,  une  grande  quanlité  de  bannières  de  toutes 
sortes. 

Des  chevaux  tenus  en  mains  et  couverts  de  housses  jaunes 
suivaient  tous  ces  attributs  dont  le  défilé  offrait  un  coup  d'œil 
des  plus  pittorescpies  et  presque  imposant  dans  les  nuages  de 
poussière  que  soulevait  le  pas  des  chevaux  et  que  rougissait  la 
lueur  des  lanternes. 

De  nombreux  officiers,  à  pied,  précédaient  el  gardaient  les 
deux  châsses  portant  le  sceau  et  le  livre  d'or  de  la  nouvelle  vsou- 
veraine. 

Enffn  parut  un  palanquin  jaune  de  grande  dimension  avec 
des  broderies  d'or  ;  c'était  celui  de  l'Impératrice.  Il  était  fermé 
et  entouré  d'eunuques  velus  de  robes  jaunes  richement  brodées, 
d'officiers  à  pied  et  à  cheval  recouverts  de  leur  long  pardessus 
noir  à  plastrons  d'or  sur  la  poitrine  et  dans  le  dos. 

Immédiatement  derrière  le  palanquin  se  tenaient  huit  cava- 
liers armés  de  lances  ornées  de  queues  de  léopard  ;  leur  robe 
était  brodée  de  rosaces  d'or  ;  quatre  cents  gardes  du  (lorps  ou 
(irands  de  la  Cour,  tous  à  cheval  et  en  costume  de  cérémonie, 
fermaient  ce  cortège  d'environ  deux  mille  personnes  qui  défila 
au  milieu  du  silence  le  plus  morne.  Aussitôt  qu'il  était  passé,  les 
gardes  se  repliaient  et  les  boutiques  se  rouvraient  pour  rendre 
à  la  rue  des  flots  bourdonnants  de  curieux  qui  s'y  étaient  ca- 
chés.  » 

J'ai  remarqué  que  le  palanquin  de  soie  jaune  de  Tlmpéra- 
tricc  avait  i6  porteurs.  Il  y  avait  trente  chevaux  conduits  à 
la  main  avec  un  harnachement  jaune  ;  une  centaine  d'hom- 
mes avec  des  bannières  portant  des  dragons  noirs  ou  jaunes, 
suspendus  à  des  bâtons  rouges  ;  il  y  avait  trois  hérauts  por- 
tant un  bâton  de  soie  jaune,  se  succédant  à  (juinzc  minute^ 


/|6o  M.    DE    GEOFHOY    LE    MAIUAGE    IMPÉRIAL 

d'intervalle,  mais  ce  qu'il  y  avait  de  plus  curieux,  c'était  le 
profond  silence  qui  régnait  :  n'était  la  gaieté  des  accoulre- 
menls,  on  se  serait  plutôt  cru  à  un  enterrement  qu'à  un 
mariage. 

Voici  d'après  le  cérémonial,  ce  qui  se  passait  ollicielle- 
ment*  ;  les  employés  du  Tribunal  des  Mathématiques  avaient 
marqué  le  moment  favorable  pour  que  l'Impératrice  montât 
en  palanquin,  c'est-à-dire  le  i5  octobre  vers  onze  heures  et 
demie  du  soir,  de  manière  à  ce  qu'elle  entre  au  palais  à 
minuit  et  quelques  minutes  le  16,  jour  fixé  pour  le  mariage  : 

«  Les  Médiateurs  porteurs  du  mandat  impérial  et  leurs 
adjoints,  tous  à  cheval,  ouvriront  la  marche. 

Le  grand-père,  le  père  et  les  frères  de  Tlmpératricc  iront  les 
reconduire  jusqu'à  la  grande  porte  extérieure,  ils  s'y  agenouille- 
ront. 

La  musique  marchera  en  avant  et  silencieuse,  puis  ensuite 
viendront  les  emblèmes  de  Tlmpératrice,  les  palanquins  conte- 
nant le  livre  d'investiture  et  le  sceau  de  l'Impératrice,  et  eniin 
son  palanquin.  A  sa  sortie  de  la  grande  porte  de  la  rue,  les  eu- 
nuques accompagneront  à  pied  en  maintenant  le  palanquin  à 
droite  et  à  gauche. 

Les  Grands  ayant  charge  à  la  Cour  et  les  gardes  du  corps 
seront  à  cheval  derrière  le  palanquin  et  lui  serviront  d'es- 
corte. 

Ce  cortège  ira  par  l'ouverture  centrale  de  la  porte  ïaï-tsing 
men  au  pont  de  l'Onde  d'Or^.  Là,  les  Médiateurs  mettront  pied 
à  terre  et  entreront  avec  le  mandat. 

Lorsque  le  palancpiin  de  l'Impératrice  sera  arrivé  à  la  porte 
du  Midi,  la  cloche  et  le  tambour  se  feront  entendre  cl  les  por- 
teurs d'emblèmes  s'arrêteront. 

Le  parasol  jaune  aux  neuf  dragons  brodés  d'or  ^  et  au  manche 
courbé  ouvrira  la  marche  ;  les  Grands  ayant  charge  à  la  Cour  et 

I.   Un  Mariage  impérial  chinois,  p.  83. 

3.  Ce  pont  sur  le  canal  des  fossés  entourant  le  palais  est  situé  entre  la 
porte  Taï-tsing  men  et  la  porte  Tien-ngan  nien. 

3.  Sur  celui  de  riiiipéralrico.  les  dragons  sont  remplacés  par  des 
phénix. 


É 


MARIAGE    IMPÉRIAL  46 1 

les  gardes  du  corps  motlront  pied  à  terre  au  pont  de  l'Onde  d'Or 
et  suivront  à  pied. 

Ils  passeront  par  la  porte  du  Midi,  l'ouverture  centrale  de  la 
porte  Taï-ho  nien,  l'ouverture  centrale  de  la  porte  Heou-tso- 
iiien  ;  arrivés  à  la  porte  Kien-tsing  inen,  les  palanquins  à  dra- 
gons s'arrêteront  ;  les  Médiateurs  iront  rendre  compte  de  leur 
mission  et  les  Grands  de  la  Cour  ainsi  que  les  gardes  du  corps 
se  retireront. 

Les  Ministres  des  Rites  et  leurs  employés  porteront  respec- 
tueusement le  livre  d'investiture  et  le  sceau  de  l'Impératrice.  Le 
surintendant  général  du  palais  les  conduira  au  palais  Kiao-laï 
lien,  pour  qu'ils  y  déposent  les  objets  dont  ils  sont  porteurs  sur 
les  tables  de  droite  et  de  gauche  disposées  à  cet  elTet.  (^e  après 
quoi  ils  se  retireront. 

Le  palanquin  de  l'Impératrice  entrera  dans  le  palais  Kien- 
tsing  Kong  en  passant  par  la  porte  centrale.  Les  gens  de  service 
se  retireront  tous.  Les  gardes  du  corps  de  faction  h  la  porte 
Kien-tsing  men  en  fermeront  les  battants. 

Les  grandes  dames,  [)ersonnification  du  bonheur  de  la  famille, 
et  les  dames  d'honneur  inviteront  respectueusement  l'Impéra- 
trice h  quitter  son  palanquin  [X)ar  passer  de  la  salle  Riao-taï 
lien  dans  le  palais  central. 

L€»s  eunuques  remettront  le  livre  d'investiture  et  le  sceau  à 
celui  d'entre  eux  chargé  de  leur  garde,  puis  ils  se  retireront. 

L'Intendance  générale  du  palais  est  chargée  de  rédiger  et  de 
présenter  les  statuts  rituels,  d'après  lescjuels  rEinj)ereur  et  l'Im- 
pératrice de\ront  nniluellement  s'olTrir  le  vin  :  elle  précisera  le 
moment  fa\orable  auquel  devra  avoir  lieu,  dans  le  palais  cen- 
tral, la  collation  des  é|)oux  et  délerminera  le  costume  de  fête 
(|ue  portera  rEm|)ereur  durant  celte  cérémonie.  » 

Pauvre  et  jeune  impératrice  !  elle  ne  devait  survivre  que 
peu  de  jours  h  son  mari  et  les  deux  époux  reposent  dans  le 
cimetière  de  TKst,  Toiat^  lin^. 

Vax  icSGi,  M.  de  Méritens,  rinlcrprèlc  de  notre  légation, 
avait  été  moins  heureux  que  nous  car  il  avait  demandé  à 
l'abbé  Smoremburg  de  lui  trouver  une  maison  de  chrétien 
pour  voir  passer  Tempcreur  T'oung-Trhé  qui  revenait  de 
Djehol  à  Péking.  Ce  missionnaire  lui  répondit  que  la  chose 


À 


462  M.    DE    GEOFROT    -—    LE    MARIAGE    IMPÉRIAL 

n'était  pas  possible,  car  un  clirétien  qui  consentirait  à  le 
cacher  pour  voir  le  défilé  impérial,  serait  dénoncé  par  ses  voi- 
sins, aurait  sa  maison  détruite,  et  serait  banni,  si  même  il 
n'était  pas  puni  plus  sévèrement,  la  loi  étant  des  plus  rigou- 
reuses pour  ceux  qui  se  permettaient  de  regarder  dehors  lors 
du  passage  de  l'empereur.  Cette  défense  était  justifiée  par  le 
fait  que  des  assassins  jwurraient  se  glisser  parmi  les  habitants 
de  Péking  venus  des  dix-huit  provinces  de  TEmpire  *. 


ANNONCE    OFFICIELLE    DU    MARIAGE 

Ce  qui  racheta,  peut-être,  un  peu,  la  démarche  discour- 
toise de  Tciroung-lléou  et  de  Tchen-Lin  qui  n'était  après 
tout  qu'un  détail  dans  un  ensemble  de  la  situation  faite  aux 
diplomates  étrangers,  fut  l'annonce  oflGcielle  du  mariage  de 
l'Empereur  aux  ministres  par  le  Prince  de  Koung  : 

Péking,  le  19  octobre  1872.  . 

J'ai  riionncur  de  porter  à  votre  connaissance  que  je  viens  de 
recevoir  du  Ministère  des  Rites  la  dépêche  suivante  : 

a  Nous  avons  reçu  avec  respect  d(^  TEnipereur  le  faire-part 
ci-dessous  : 

cf  Devant  mettre  tous  mes  soins  à  régner  de  manière  à  mériter 
lesJavoursdu  Ciel,  je  nie  suis  appliqué  dans  l'intérêt  de  ma 
maison,  à  distinguer  la  sagesse  et  la  vertu  en  investissant  du 
litre  d'Impératrice  de  Chine,  la  fille  de  Tch'oung  Ri  de  la 
famille  A-lo-to,  Docteur  de  l'Institut  Impérial. 

«  Respectez  ceci.  » 

Le  16  de  ce  mois,  ont  eu  lieu  les  dilTérenles  cérémonies  du 
mariage.  Nous  devons  en  faire  part  comme  de  raison,  aux 
Puissances  amies  et  la  présente  communication  est  adressée  à 
V.  Exe.  ainsi  qu'à  ses  collègues. 

I.   Rcnuic,  Pekingi  II,  p.  109. 


RÉCOMPENSE    DE    KOUXG  ^63 

On  remarquera  Texpression  «  Puissances  (unies  ». 

L'occasion  était   bonne  de   soulever   la  question  de  Tau 
dience  et,  sur  la  proposition   de  M.   Low,  quelques-uns  des 
ministres,  en  accusant  réception  de  la  dépêche  du  prince  de 
Koung,  intercalèrent  la  phrase  suivante  dans  leurs  réponses  : 

«  Votre  Altesse  a  très  justement  pensé  que  celte  communication 
devait  intéresser  les  Puissances  amies  de  la  Chine,  je  l'en  remercie 
et  je  vais  m'empresser  de  la  transmettre  à  mon  Gouvernement 
qui  profitera,  je  n'en  doute  pas,  de  la  plus  prochaine  occasion 
qui  lui  sera  fournie  j^our  présenter  à  Sa  Majesté  Impériale  ses 
félicitations  d'une  manière  conforme  à  Fimportance  de  Tévène- 
ment  et  à  la  dignité  des  deux  gouvernements  ». 


RECOMPENSE    DE    KOUNG 

Le  20  paraissait  dans  la  (tazelte  de  Pékini^  le  décret 
suivant  : 

«  Le  Prince  de  deuxième  rang,  Koung,  depuis  longtemps 
apporte  son  concours  au  gouvernement  de  l'État.  Il  a  exception- 
nellement bien  mérité.  DcVjà,  la  lo"  lune  de  la  1 1*  année  de 
Hien-Foung,  on  lui  avait  expressément  conféré  l'hérédité  de  son 
titre  de  Prince  de  deuxième  rang,  mais  il  avait  remercié  à  trois 
reprises  alléguant  qu'il  attendrait  l'époque  où  l'Empereur  régne- 
rait par  lui-même  et  qu'alors  il  |X)urrait  être  donné  suite  à  cette 
a (Faire.  » 

«  Maintenant  que  le  mariage  de  l'Empereur  est  un  fait 
accompli  et  que  le  moment  est  proche  où  l'Empereur  va  régner 
par  lui-même,  il  ajoute  à  ses  bienfaits  envers  le  Prince  Koung 
l'hérédité  de  son  litre  de  Prince  de  deuxième  classe.  » 

Le  Prince  de  Toun,  frère  aîné  de  Koung,  recevait  Pauto- 
risation  dVnfrer  au  Palais  en  chaise  h.  quatre  porteurs  et  sou 
lils  Tsaï  Lien  était  fait  Duc.  Toun  était  président  du  Tribunal 
des  Mathématiques  ;  c'était  un  famélique  qtielque  peu  ivro- 
gne, dont  on  avait  été  obligé  de  sortir  les  vêtements  du  Mont- 
dc-Piété  pour  le  mariage  de  son  impérial  neveu. 


CHAPITRE  XXXII 

REVISION  DU  TRAITÉ  FRANÇAIS.  -  MAJORITÉ  DE  L'EMPE- 
REUR. —  L'AUDIENCE  IMPÉRIALE.  —  M.  BLANCHETON 
-  W.  F.  MAYERS. 


REVISION    DU    THAITK    FHANÇAIS 

Nous  avons  vu  que  M.  de  Gcofroy  était  muni  de  pleins 
pouvoirs  pour  la  revision  du  traité  de  Tien-Tsin  ;  il  en 
donna  avis  le  i8  septembre  1872  au  Prince  koung  qui  lui 
fil  la  réponse  suivante  : 

Péking,  ce  10  octobre  1873. 

J'ai  l'honneur  de  vous  accuser  réception  de  votre  dépêche  en  date 
du  18  septembre  par  laquelle  vous  m'annoncez  qu'au  moment  où 
expirait  le  délai  prescrit  pour  la  revision  des  règlements  conuner- 
ciaux,  il  y  a  deux  ans,  M.  le  comte  de  Rochechouart  nous  ayant 
averti  que  le  Gouvernement  français  était  disposé  à  examiner  les 
dispositions  à  apporter  à  ces  règlements,  V.  Exe.  avait  reçu,  à 
son  départ,  des  pouvoirs  spéciaux  à  cet  elTel,  l'autorisant  égale- 
ment à  reviser  s'il  y  a  lieu  le  traité  général  dont  le  délai  expire 
le  25  octobre  prochain.  V.  Exe.  ajoute  qu'Elle  espère  que  d'ici  à 
cette  date,  je  lui  ferai  connaître,  en  retour  de  cette  communica- 
tion, les  intentions  du  gouvernement  chinois,  etc.,  etc.,  etc. 

J'avais  reçu  au  mois  de  novembre  1870  une  dépêche  de  M.  de 
Rochechouart  me  notitiant  que  d'après  le  traité  de  Tien-Tsin,  le 
délai  prescrit  pour  sa  revision  allait  expirer.  Nous  avons  envoyé 
une  réponse  à  cette  dépêche  quelques  jours  après  sa  réception 
et,  vu  la  teneur  de  celle  que  vous   venez  de  me  faire  parvenir 


b 


DKCRET  Di;  UO  OCTOURF  iSyQ  \6b 

nous  devons  procéder  de  part  et  d'autre  de  telle  manière  que  le 
Hcn  d*amilié  qui  unil  les  deux  États  ne  soil  jamais  brisé. 
Agréez,  etc.,  etc.,  etc. 

En  effet,  un  mois  après  le  mariage  impérial,  la  lecture  des 
différents  articles  par  les  délégués  de  la  légation  de  France 
et  les  Secrétaires  du  Yamen  commençait  ;  il  fut  bientôt 
clair  que  les  Chinois  espéraient  introduire  le  mémorandum 
dans  l'article  XIII  de  notre  traité,  relatif  au  libre  exercice 
de  la  religion  chrétienne  ;  nous  leur  annonçAmes  notre  ferme 
intention  de  conserver  le  (exte  intégral  de  cet  article  qui,  à 
dire  vrai,  est  noire  véritable  force  en  Chine.  L'article  II, 
relatif  au  traitement  des  agents  diplom<aliques,  ne  pouvait 
guère  être  traité  avant  la  déclaration  de  la  majorité  de  l'Em- 
pereur. On  ne  pressa  donc  pas  les  négociations  et  Ton  remit 
par  un  accord  lacite,  la  revision  h  une  date  ultérieure. 


MAJORITÉ    DE    i/eMPEREI^ 


Le  mariage  de  TEmpereur  devait  forcément  amener  k  bref 
délai  la  déclaration  de  la  majorité  de  T'oung-ïché  et  la  fin  de 
la  régence  des  impératrices  ;  en  effet,  cinq  jours  après  la 
cérémonie  nuptiale,  les  deux  décrets  suivants  étaient  promul- 
gués : 

DÉCRET  m  '^O  DE  LA  f)'     LL.-^E  Ç'M    OCTOHRE  iSyi) 

Les  Impératrices  ont  ordonné  ceci  : 

L'Empereur  était  tout  jeune  lorsqu'il  s'est  trouvé  sur  le  trône  ; 
au  milieu  des  circonstances  dilTiciles  que  nous  traversions  alors, 
ni  les  Princes  ni  les  Ministres  ne  jx)uvaient  cependant  se  passer 
^de  conseils  et  de  directions.  Nous  diimesdonc  accepter  la  Régence 
de  l'Empire,  ne  recourant  a  cette  mesure  extraordinaire,  qu'a- 
près avoir  annoncé  notre  intention  de  rendre  à  l'Empereur  son 
gouvernement  aussitôt  qu'il  aurait  terminé  ses  études. 

CoRDiER.  1.  —  3o 


À 


466        KEVISIOK    DU    TRAITÉ    FRANÇAIS    —    MAJORITÉ    DE    L*EMPEREUR 

Voici  onze  ans  que  l'Empereur  étudie  sans  relâche,  son  assi- 
duité a  porté  ses  fruits  et  sa  jeunesse  ainsi  employée  constitue  la 
base  la  meilleure  de  l'avenir  qu'il  a  devant  lui.  11  convient  donc 
que  réunissant  de  telles  conditions,  l'Empereur  prenne  en  main 
le  Gouvernement  général  de  l'Etat  et  qu'il  s'efforce  de  concert 
avec  ses  ministres  et  ses  fonctionnaires  provinciaux  de  tout 
diriger  sagement  aQn  de  remédier  à  nos  malheurs  dans  la  plus 
large  proportion  possible. 

C'est  ainsi  que  la  tête  haute,  S.  M.  pourra  s'acquitter  des 
lourdes  charges  que  lui  imposent  les  dernières  volontés  de 
son  père. 

Le  Tribunal  des  Mathématiques  devra  choisir  dans  le  premier 
mois  de  l'année  prochaine  les  jours  propices  à  la  célébration  des 
cérémonies  de  l'entrée  en  majorité  de  l'Empereur  conformément 
à  nos  anciennes  coutumes. 

Le  Conseil  Privé,  le  Grand  Conseil  de  l'Empire,  de  concert 
avec  les  six  Ministères  et  les  neuf  administrations  de  Ja  Couronne, 
devront  s'entendre  à  ce  sujet,  et  nous  adresser  un  rap|)ort. 


DÉCRET    DE    L\    MÊME    DATE 

Aujourd'hui  nous  rendons  un  décret  ordonnant  au  Tribunal 
des  Mathématiques  de  choisir  un  jour  propice  dans  le  i""  mois 
de  l'année  prochaine,  pour  procéder  à  la  cérémonie  d'entrée  en 
majorité  de  l'Empereur.  Nous  pensons  que  l'adoration  aux  diffé- 
rents temples  est  une  chose  très  importante,  et  qu'en  signe 
de  vénération  |)our  cette  coutume,  l'Empereur  doit  y  procéder 
en  personne;  aussi  cette  année  au  début  de  l'hiver  (21  de  la 
1 1*^  lune)  l'Empereur  ira  en  personne  au  Temple  du  Ciel  pour  y 
remplir  ses  devoirs.  Les  différents  Yamens,  chacun  en  ce  qui  le 
concerne,  devront  en  conséquence,  disposer  avec  une  crainte 
respectueuse,  tout  ce  qui  est  nécessaire  pour  l'accomplissement 
de  cette  cérémonie. 

Par  suite  de  ces  décrets,  la  Gazette  de  Pékin  g  du 
6  novembre  1872  publie  un  rapport  du  Prince  Toun, 
Président  du  Tribunal  des  nmthéuia tiques,  en  conformité 
avec  Tordre  des  Impératrices,  qui  se  termine  ainsi  : 


I 


DÉCRETS    DL    aS    FÉVIUER    1878  VlOy 

J'ai  reçu  ce  décret  avec  respect  et  parmi  les  jours  de  la  i""*^  lune 
de  Tannée  prochaine,  nous  avons  choisi  comme  jours  exception- 
nellement propices,  le  i,  le  4,  le  26.  Ces  jours  favorables  ont 
fait  l'objet  d'une  liste  que  je  vous  ai  présentée  avec  respect  et 
dans  laquelle  vous  avez  désigné  le  aC'^  jour. 

Le  26®  jour  de  la  i'"''lune  correspondait  au  ^3  février  1873. 

Le  jour  inénic  de  la  majorité  de  rempereur,  les  Irois 
décrets  suivants  paraissaient  dans  la  Gazette  de  Pèkin*^,  les 
deux  premiers  peuvent  être  considérés  comme  les  testaments 
des  deux  impératrices  douairières,  le  troisième  comme  une 
prise  de  possession  du  pouvoir  par  T'oung-Tché  : 

1 

Nous  avons  reçu  des  Impératrices  Tseu-Ngan  Touan-Yu  et 
Ïseu-Hi  Touan-Yeou  le  décret  suivant  : 

Lorsque  V.  M.  était  encore  enfant.  Nous  l'exhortions  à  étudier 
avez  zèle,  nous  lui  avions  donné  des  maîtres  pour  vous  enseigner 
matin  et  soir.  Voici  bientôt  12  ans  de  cela  et  maintenant  que 
vous  touchez  au  jour  de  voire  majorité,  il  faut  moins  que 
jamais  oublier  les  conseils  qui  vous  ont  été  donnés  ;  souvenez- 
vous  que  ce  n'est  qu'avec  le  savoir  qu'on  |>eut  avec  succès  s'oc- 
cuper des  affaires .  L'histoire  des  périodes  de  grandeur  et  de 
décadence  de  l'Empire  dans  les  temps  anciens  et  modernes  doit 
vous  servir  de  guide.  Les  talents  littéraires  et  militaires  des 
Empereurs  vos  aïeux,  sont  là  pour  vous  servir  d'exemples  ainsi 
qu'à  ceux  que  vous  emploierez  dans  votre  gouvernement.  Vous 
devez  vous  appliquer  à  l'étude  du  mandchou,  noire  langue 
nationale.  Après  vous  être  acquitté  des  devoirs  qu'exige  votre 
cour,  vous  devez  encore  suivre  les  leçons  de  vos  maîtres  au 
Houng  Te  Kien  (Ecole  des  Princes  dans  le  Palais)  et  les  écouter, 
vous  (le  souverain)  comme  si  votre  savoir  était  nul  et  comme 
s'ils  n'étaient  pas  vos  sujets.  Vos  maîtres  Li  Houng-tsao,  Sin- 
Tong,  Ling  Kien-lin,  Kouei-Tsing,  Rouan-Tchéou,  continue- 
ront leurs  fonctions  comme  par  le  passé,  en  épuisant  leur  savoir 
en  explications  pour  vous  ;  leur  lumière  vous  est  indispensable. 
Vous  ne  devrez  pas  négliger  les  exercices  militaires  qui  malgré 
leurs  fatigues  doivent  être  familiers  à  un  souverain  ;  un  Prince 


468        REVISION    DU    TRAITÉ    FRVNÇAIS    MAJORITÉ    DE    L*£MPEREUR 

doit  savoir  monter  à  cheval  et  tirer  de  Tare.  J*ai  déjà  fait  des 
reconiinandations  dans  ce  sens  aux  deux  hauts  fonctionnaires 
que  cela  concerne. 
Décret  impérial. 

H 

Nous  avons  reçu  des  Impéralrices  le  décret  suivant  : 

Voici  î2  ans  que  le  Trône  a  été  remis  à  Votre  Majesté  et  à 
partir  du  26  de  la  i"^*^  lune.  Elle  remplit  les  conditions  d*àge  et 
d'instruction  jx)ur  prendre  en  mains  le  Gouvernement.  Nous 
nous  en  réjouissons  et  cependant  nous  sommes  inquiètes  à  la 
pensée  que  vous  ne  vous  elTorciez  pas  autant  que  l'ont  fait  vos 
prédécesseurs  au  Tronc  d'administrer  et  d'aimer  le  peuple  en 
respectant  le  Ciel  et  les  traditions.  Ces  dernières  années,  les 
provinces  de  l'Est  et  du  Sud,  quoicpie  pacifiées  maintenant, 
voient  encore  leurs  hahitants  inquiets  ;  les  frontières  du  Yun- 
Nan,  celles  du  Nord-Ouest  et  du  Ran-Sou,  sont  encore  trou- 
blées. Les  ressources  de  l'Etat  sont  insullisantes  et  la  situation 
actuelle  est  diflicile.  Un  souverain  doit  le  même  jour  s'occuper 
des  dix  mille  ressorts  de  son  «gouvernement,  ciir  c'est  du  Ciel  et 
de  ses  Ancêtres  (|U*il  tient  son  Trône  et  il  est  seul  à  roccu|)er. 
L'intérêt  de  votre  Maison  vous  commande  de  vous  en  préoccuper 
dès  le  matin  et  de  repasser  le  soir  votre  conduite.  Votre  atten- 
tion devra  se  porter  aussi  bien  sur  les  affaires  que  vous  aurez  à 
diriger  que  sur  le  plus  ou  moins  de  mérite  de  ceux  que  vous 
emploierez.  Vous  devez  fuir  l'oisiveté  et  lorsque  les  affaires  de 
rËtat  vous  laisseront  du  loisir  vous  devez  encore  l'employer  à 
l'étude  des  Classiques  et  de  l'Histoire  afin  d'apprendre  les  causes 
de  la  grandeur  et  de  la  ruine  de  chaque  dynastie  et  de  régner 
ensuite  avec  une  sage  économie  en  apportant  aux  affaires  toute 
l'autorité  qu'elles  réclament,  ainsi  que  nous  avons  fait  durant 
le  temps  que  nous  avons  été  les  Régentes  de  l'Empire  ;  bien 
que  nous  ne  le  soyons  plus,  nous  souhaitons  >oir  Votre  Majesté 
animée  des  sentiments  qui  nous  ont  guidées.  Les  Princes  et  les 
fonctionnaires  devront  avec  vous  passer  avec  aussi  peu  d'indéci- 
sion qu'une  flèche  à  travers  toute  considération  d'intérêt  de 
personne  ou  de  parti.  Telles  sont  les  recommandations  que 
nous  leur  a\ons  faites  aujourd'hui.  Les  fonctionnaires  de  tous 
rangs,  grands  ou  {)etits,  devront  faire  chacun  leur  devoir,  se 


I 


DKCRKTS    ni:     3.3    KKVRIEn     iSyS  469 

corriger  de  leurs  défauts  et  assister  l'Empereur  dans  les  temps 
difficiles.  Telle  est  notre  plus  sincère  espérance. 

111 

L'Empereur  Ilien  Fourig  m'a  chargé  du  fardeau  de  l'Empire 
alors  que  j'étais  bien  jeune  et  que  les  affaires  étaient  bien  difïi- 
ciles.  J'ai  du  élever  les  yeux  vers  les  Impératrices  et  ni'appuyer 
sur  elles.  Elles  ont  pris  eu  mains  les  alFaircs  (en  abaissant  le 
rideau).  Elles  ont  choisi  avec  un  soin  lout  particulier  les  fonc- 
tionnaires et  ont  attiré  les  hommes  supérieurs.  C'est  avec  une 
sage  persistance  qu'elles  se  sont  elTorcées  de  conduire  lesafTaires. 
11  Y  a  de  cela  lo  ans  et  plus,  les  deux  rébellions  des  a  Brigands 
aux  longs  cheveux  »  et  des  «  Nien  Fei  »  ont  été  peu  à  peu 
éteintes;  quant  aux  afîaires  des  frontières  du  Yun-iSan,  Kan-Sou 
et  Chen-Si,  elles  vont  bientôt  être  réglées.  En  vérité  ces  faits 
ne  suffisent-ils  pas  pour  faire  voir  qu'elles  ont  entretenu  les 
fondations  de  paix  laissées  par  les  Empereurs,  nos  prédécesseurs. 
Elles  sont  arrivées  au  dernier  degré  de  la  vertu  ;  leurs  mérites 
sont  en  nombre  considérable.  Elles  ont  surpassé  les  modèles 
fournis  par  l'hisloire  ancienne.  Pour  moi,  j'ai  élevé  les  yeux 
vers  les  Impératrices  et,  couvert  de  leur  égide,  j'ai  pu  travailler 
à  mon  éducation  qui  est  sur  le  point  d'être  complétée.  J'ai  reçu 
d'elles  Tordre  de  prendre  en  mains  le  (Jouvernement  et  la 
recommandation  de  respecter  le  Ciel,  de  marcher  sur  la  trace  de 
mes  aïeux,  de  m'occuper  activement  de  l'administration  et 
d'aimer  le  peuple,  recommandation  à  ne  pas  perdre  de  vue.  Le 
fardeau  qu' Elles  m'ont  imposé  est  très  lourd  et  j'ai  bien  peur 
de  ne  pouvoir  le  supporter.  Aussi  m'attacherai-je  à  suivre  leurs 
conseils:  ma  vigilance  ne  se  relâchera  pas  un  seul  instant.  \'ai- 
je  pas  au-dessus  de  moi  l'exemple  de  mes  aïeux  qui  ont  réussi 
à  cette  tâche  dilhcile,  et  au-dessous  les  fonctionnaires  et  sujets 
de  la  Capitale  et  des  Provinces  qui  atleiident  demoi  le  bonheur; 
je  me  servirai  donc  des  méthodes  (de  gouverneuienl)  qui  m'ont 
été  léguées  (par  mes  ancêtres).  11  me  faut  ici  remercier  mes 
Mères  vénérables  de  leurs  bienfaits. 

Aussi,  Princes  et  hauts  Fonctionnaires  de  la  Cour  et  hautes 
Autorités  provinciales,  devrez-vous,  conjointement  avec  moi. 
apporter  respectueusement  un  cœur  droit  dans  le  règlement  des 
affaires  et  venir  à  mon  aide  là  où  mes  forces  me  trahiront. 
Quant  h  vous  autres  fonctionnaires,  petits  ou  grands,  vous  devrez 


à 


t\']0        REVISION    DU    TRAITÉ    FRANÇAIS    —    MAJORITÉ    DE    L  EMPEREUR 

avoir  aussi  un  esprit  juste,  accomplir  votre  devoir  avec  con- 
science et  remplir  avec  soin  vos  fonctions  dans  le  but  d*assurcr 
la  tranquillité  du  peuple,  enfin  vous  appliquer  assidûment  et 
sans  relâche  à  professer  les  bons  principes. 

C'est  ainsi  que  nous  pourrons  répondre  aux  vœux  des  deux 
Impératrices. 

Respectez  ceci. 


PHÉLIMI> AIRES    DE    l' AUDIENCE 


Depuis  les  conventions  de  Péking  et  les  traités  signés  par 
diverses  puissances,  jamais  les  ministres  étrangers  accrédités 
près  de  la  Cour  impériale  n'avaient  été  admis  à  présenter 
leurs  lettres  de  créance  en  audience  solennelle.  L'éloignement 
de  Hien-Foung  d'abord,  la  minorité  de  T'oung-lché  ensuite, 
avaient  été  les  prétextes  choisis  pour  retarder  une  cérémonie 
particulièrement  désagréabje  aux  Chinois.  Mais  le  mariage 
de  Tempereur  marquait  la  fin  d'une  minorité,  et  le  corps  di- 
plomatique s'empressa  de  réclamer  Taudienc^  si  longtemps 
retardée. 

Enfin  le  23  février  iSyS,  T'oung-tché  ayant  pris  en 
mains  les  rênes  du  gouvernement,  il  fut  impossible  de  re- 
mettre plus  longtemps  la  présentation  des  lettres  de  créance. 

Le  Prince  Koung  annonçait  officiellement  aux  ministres 
étrangers  la  majorité  de  IVmpereur,  le  jour  même  de  sa 
déclaration  : 

Péking,  le  28  février  1873. 

Le  Prince  Koung,  Président  du  Conseil  des  Aflaires  Étran- 
gères, etc.,  etc..  etc.,  pour  : 

Aviser  qu'il  a  reçu  du  Ministère  des  Rites  la  dépêche  suivante  : 
Le  Ministère  des  Rites  a  reçu  avec  respect  le  décret  hiipérial 
suivant  : 

Nous  (l'Empereur),  avons  reçu  avec  respect  des  Impératrices  de 
iun  et  de  Vautre  Palais  un  ordre  nous  enjoignant,  vu  notre  arrivée  à 


% 


NOTE    COU-KCTIVK  /17I 

un  (i(je  convenable,  de  diriger  nous-méme  les  dix  mille  ressorts  et  de 
concourir  avec  les  fonctionnaires  du  dedans  et  du  dehors  à  la  bonne 
administration  (du  pays).  Nous  nous  sommes  empressé  d* obéir  à  cet 
ordre  et  le  (aCc/c  la  i'*  lune^  aS  février  1873  nous  prenons  en 
mains  le  Gouvernement. 
Ordre  Impérial. 

Le  Ministère  des  Rites  a  obéi. 

Le  Prince  en  faisant  cette  communication  aux  Puissances 
amies,  remplit  un  devoir  (dicté)  par    la   raison   et,   outre  cette 

dépèche  adressée  à  S.  ?]xcel.  M il  en  est  expédié  d*identi- 

(|ues  à  tous  ses  collègues. 

L'occasion  était  trop  bonne  pour  ne  pas  soulever  la  ques- 
tion de  Taudience  ;  il  fallait  à  tout  prix  éviter  une  action 
isolée  ;  dans  Tintérêt  même  de  la  réussite,  il  était  nécessaire 
que  le  corps  diplomatique  agît  collectivement  ;  Tentente  ne 
fut  obtenue  qu'avec  difficulté. 

Le  ministre  de  Pnisse,  M.  von  Rehfues,  revenu  à  Tentrée 
de  rhiver  après  un  assez  long  congé,  avait  rapporté  de  nou- 
velles lettres  de  créance  de  son  souverain  et  dans  sa  première 
visite,  le  4  décembre,  il  les  avait  annoncées  au  prince  de 
Koung;  plus  tard,  il  en  avait  laissé  la  copie.  Les  Chinois, 
voyant  l'occasion  bonne  pour  désunir  les  étrangers,  avaient 
fait  dire  à  M.  von  Rehfues  qu'on  lui  donnerait  la  réponse  de 
l'empereur.  Il  était  indispensable  que  le  ministre  de  Prusse 
refusât  de  recevoir  cette  réponse.  On  y  réussit.  Aussi  le 
lendemain  de  la  majorité  de  l'Empereur,  et  en  réponse  h  la 
communication  du  Prince  de  Koung,  le  corps  diplomatique 
signait  à  cinq  heures  du  soir  la  note  collective  suivante  : 

?iOTE   COLLECTIVE 

Péking,  le  24  février  1873. 

Les  Soussignés  envoyés  extraordinaires  et  Ministres  Plénipo- 
tentiaires de  Russie,  d'Allemagne,  des  fitats-Unis  de  IWmériquc 


â 


tl'J2         REVISION    DU    TRAITÉ    FRANÇAIS    —    MAJORITÉ    DE    i/eMPEREUR 

du  Nord,  de  la  Grande  Bretagne  et  de  France,  ont  reçu,  diacun 
rcspeclivenienl,  la  noie  identique  par  laquelle  S.  A.  I.  le 
Prince  koung  leur  a  fait  savoir  que  S.  M.  TEmpereur  de  la 
Chine  était  entré  dans  sa  majorité  et  qu*à  partir  du  33  février 
(26"  de  la  1"  lune  du  règne  T'oung-tclié)  11  a  pris  en  mains 
Tadministration  de  ses  Etats. 

Les  Soussignés  ne  peuvent  que  se  réjouir  d'un  événeriient 
aussi  important  pour  la  pros|)érité  de  la  Chine.  Us  manqueraient 
à  leur  devoir  si.  en  cette  occasion,  ils  ne  demandaient  pas  à 
présenter  au  nom  de  leurs  gouvernements  leurs  respects  et  leurs 
félicitations  à  S.  M.  C'est  pourquoi  ils  prient  S.  A.  I.  de  vouloir 
bien  faire  parvenir  au  Trône  Texpression  de  leur  désir  et 
prendre  les  ordres  de  S.  M.  relativement  à  leur  réception. 

Les  Soussignés  prient  S.  A.  L  d'agréer  les  assurances  de 
leur  haute  considération. 

Suivent  les  signatures. 

Lne  maladie  de  Wen-Siang,  ayant  fait  ajourner  les  négo 
ciations,  une  seconde  note  collective  fut  adressée  au  Tsoung- 
li  Yamon  par  le  corps  diplomatique. 


SECONDE    NOTE    COLLECTIF  K 

Péking,  le  5  mars  i863. 

Les  Soussignés,  Envoyés  extraordinaires  et  Ministres  plénipo- 
tentiaires de  Russie,  d'Allemagne,  des  P^tats-Unis  de  l'Amérique 
du  Nord,  de  la  Grande  Bretagne  et  de  la  France,  ont  l'honneur 
de  rappeler  à  S.  A.  L  leur  note  collective  du  aij  février  dans 
laquelle  ils  ont  exprimé  le  désir  de  présenter  à  S.  M.  l'Empereur 
de  la  Chine  leurs  félicitations  et  ont  prié  S.  A.  L  de  vouloir 
bien  prendre  les  ordres  de  S.  M.  relativement  à  leur  réception. 
Ayant  appris  des  Ministres  du  Tsoung-li  Yamen  que  leurs 
Excellences  s'étaient  proposé  de  se  rendre  chez  les  soussignés 
pour  s'entretenir  sur  l'objet  de  la  note  collective,  mais  que 
l'indisposition  du  Grand  Secrétaire  Wen-Siang  les  avaient 
engagés  à  dilTérer  leur  visite,  les  soussignés  s'empressent  de 
témoigner  le  vif  regret  que  letir  occasionne  la  maladie  prolongée 
du  Grand  Secrétaire. 


SECONDE    NOTE    COLLECTIVE  ^73 

La  question  soumise  à  S.  À.  I.  étant  néanmoins  de  la  plus 
haute  importance  ainsi  que  Tindiquait  la  forme  collective  de 
leur  note,  les  soussignés,  en  vue  d'arriver  prochainement  h  une 
solution,  s'adressent  derechef  à  S.  A.  l.  et  la  prient  de  vouloir 
bien  leur  accorder  un  entretien  à  l'heure  et  à  l'endroit  qu'elle 
jugera  convenable. 

Les  soussignés  prient  S.  A.  I.  d'agréer  l'assurance  de  leur 
haute  considération. 

Signé  :  Vlangaly, 
Uehfues, 
Low, 
Wade, 
Geofroy . 

Le  départ  de  xM.  vun  Ilehfues  pour  raison  de  santé  faillit 
réduire  à  néant  toutes  les  démarches  faites  jusqu'alors.. 
Heureusement  que  ses  collègues  réussirent  à  lui  faire  insérer, 
dans  la  note  qu'il  remit  au  Tsoung-li  Yamen  le  5  avril  1878, 
la  phrase  suivante,  relative  à  l'audience  : 

Le  soussigné  ne  manque  pas  de  jx)rtcr  leur  attention  au  fait 
que  son  éloignement  de  Péking  n'est  causé  que  par  une  indispo- 
sition continuelle  et  ne  se  rapporte  point  à  la  question  de 
l'audience  laquelle  comme  il  l'infère  des  dernières  communi- 
cations parvenues  à  lui  et  à  ses  collègues  s'approche  de  sa 
solution. 

M.  von  Rchfucs  lit  ses  adieux  au  Tsoung-li  \amen  le 
7  avril. 

On  n'était  pas  au  bout  des  difficultés.  L'airivéu  de  deux 
nouveaux  ministres  à  Péking  modifiait  la  composition  du 
corps  diplomatique.  Le  premier  était  Soyésima,  envoyé  par 
le  Japon  avec  le  rang  d'ambassadeur  pour  ratifier  le  traité  de 
1871  ;  il  était  accompagné  d'un  ancien  capitaine  de  l'armée 
française,  C.-VV.  Legendre,  naturalisé  américain;  devenu 
général  pendant  la  guerre  de  Sécession,  il  avait  été  nommé 
consul  a  Amoy.  Ayant  été  nommé  ministre  à  Buenos- A vres 


É 


^74         REVISION    DU    TRAITÉ    FRANÇAIS    —    MAJORITÉ    DE    L*EMPERELR 

par  le  général  Grant,  mais  sa  nomination  n'ayant  pas  été 
ratifiée  par  le  Sçnat,  Legendre  passa  au  service  du  Japon 
qui  en  fit  un  conseiller  d'ambassade.  Le  second  ministre 
était  celui  de  Hollande,  M.  Ferguson,  porteur  de  lettres  de 
créance. 

Les  difficultés  étaient  donc  grandes  encore  ;  il  fallait 
les  aplanir  :  on  ne  pouvait  songer,  comme  au  xvm°  siècle,  à 
exiger  des  diplomates,  le  ko-teou,  c'est-à-dire  les  neuf  pros- 
ternations en  trois  génuflexions  —  on  les  remplaça  par  des 
saints.  Quel  serait  le  lieu  choisi  pour  l'audience?  Les  mi- 
nistres se  contentèrent  d'un  pavillon  situé  dans  la  ville  impé- 
riale, non  dans  la  ville  interdite,  le  Tse  Kouang  Ko. 


LE    TSE    KOUANG    tO 


Le  Tse  Kounng  Ko  est  situé  dans  la  ville  impériale  à  l'ouest 
du  lac  central  (Tchonng  Haï)  près  de  l'ancienne  cathédrale 
Pé  T'ang  ;  il  s'est  «  appelé  aussi  Lce-inn-ko  ;  c'est  là  que 
se  font  les  examens  militaires,  comme  les  examens  civils  se 
font  au  Pao-ho-tien,  On  y  reçoit  aussi  les  princes  et  ambas- 
sadeurs tributaires,  et  on  y  donne  les  grands  repas  aux  princes 
mongols  ;  enfin  l'empereur  y  a  reçu  les  ambassadeurs  euro- 
péens en  187^.  Le  palais  est  fort  beau,  les  murs  sont  dé- 
corés de  peintures  représentant  les  exploits  de  K'ien-loung  ; 
un  trône  d'or  occupe  le  milieu.  A  Tétage  supérieur  sont  re- 
présentés tous,  les  hommes  célèbres  qui  ont  illustré  l'empire  ; 
on  appelle  cette  salle  Koung-tchen-siang  \  on  y  voit  aussi  les 
anciennes  armures ,  cuirasses ,  casques ,  armes  diverses  des 
premiers  temps.  Derrière  le  Tse-kounng-ko,  se  trouve  un 
autre  pavillon  qui  contient  divers  cadeaux  faits  à  l'empereur 
par  les  étrangers,  principalement  des  selles  et  des  chaises 
à  porteurs  de  toute  espèce.  De  là  on  a  une  vue  superbe  sur 
le    pont   Yuho-k'iao   et   sur   la   montagne    K^iouang-hoa- 


i 


DÉCHET    IMPÉRIAL  4/5 

(ao^  ».  Un  témoin  oculaire  décrit  ainsi  la  salle  d'audience  : 
«  La  salle  mesurait  environ  cinquante  pieds  de  long  sur 
quarante  de  large  ;  les  murs  et  le  plafond  étaient  couverts 
d'élégantes  boiseries,  et  les  grands  piliers  avec  leurs  couleurs 
voyantes  ;  le  sol ,  dallé  de  marbre  et  les  arrangements  en 
général  de  bon  goût,  étaient  justement  calculés  pour  dépasser 
les  espérances  des  ministres,  et  ajouter  à  la  solennité  de  la 


cérémonie*.  » 


Après  quatre  mois  de  négociations  fastidieuses,  im  Décret 
impérial  par  lequel  TAudience  était  accordée  parut  dans  l'édi- 
tion manuscrite  de  la  Gazette  de  Péking  du  i/|  juin,  et  fut 
communiqué  le  lendemain  aux  légations  par  le  prince  Koung 
dans  la  lettre  suivante  : 


DÉCRET    IMPÉRIAL,     10    JUIN    iSyS 

Le  Prince  de  Koung  fait  une  communication^. 

Le  Yanicn   ayant  présenté  un  Mémoire  au  trône,  montrant 
que  les  Ministres  étrangers  résidant  à  Péking  ont  demandé^  une 
Audience   pour  présenter  des  lettres    de  leurs  Gouvernements, 
a  eu    l'honneur  de  recevoir,    le  20"   jour  de  la   &*  lune  de  la 
13*  année  du  règne  T'oung-tché,  le  décret  suivant  : 

«  Le  Tsouiig-li  Yanien  ayant  présenté  un  Mémoire  à  Teflet 
que  les  Ministres  étrangers  résidant  à  Péking  [nous] ont  imploré 
[d'accorder]  une  Audience  afin  qu'ils  puissent  remettre  des 
lettres  de  leurs  Gouvernements,  nous  ordonnons  qu'il  soit 
accordé  iVudience  aux  Ministres  étrangers  résidant  à  Péking, 
qui  ont  apporté  des  lettres  de  leurs  Gouvernements. 

«  Respectez  ceci  I  » 

I.  Péking,  Histoire  et  Description^  par  Alph.  Favier.  pp.  346-7. 

3.   Norddeutsche  Attgemeine  Zeitung. 

3.  China,  n©  i  (1874).  Coriespondence  respecting  the  Audience 
granted  to  Her  Majesty's  Minister  and  the  other  Foreign  liepre- 
seniatives  at  Pékin  by  the  Einperor  of  China.  Prescnlcd...,  1874. 
London,  infol.  [C.  — 902.] 

!\     Yii,  implorer. 


à 


4/6         REVISION    DU    THAITÉ    FRANÇAIS    —    MAJORITÉ    DE    l'eMPEREUR 

C'est  le  devoir  du  Prince  de  communiquer  une  copie  du  Décret 
Impérial,  faite  respectueusement,  aux  Ministres  de  Russie,  des 
États-Unis,  d'Angleterre  et  de  France  (nommés  comme  de  cou- 
tume et  les  titres  donnés  en  entier). 

T'oung-tché,  12*  année,   5*  lune,   aT  jour  (i5  juin   1873)'. 

Certains  termes  du  Décret,  par  exemple  ini/jlorery  parurent 
déplacés  ;  différentes  conférences  eurent  lieu  cl  enfin  le  prince 
Koung  accepta  le  26  juin  le  mémorandum  suivant  qui  ré- 
glait Tétiquetle  devant  être  suivie  dans  l'audience  impériale  : 


MEMORANDUM 

Les  Ministres  étrangers  amèneront  avec  eux  M.  Bismark 
comme  leur  commun  interprète.  M.  de  Geofroy  amènera  M.  De- 
véria,  comme  son  interprète  particulier. 

Les  Ministres  descendront  de  leurs  chaises,  ou  de  leurs  che- 
vaux à  la  porte  FouHoua^,  et  là  ils  seront  reçus  par  les  Ministres 
du  Yamen  qui  les  accompagneront,  d'abord  au  Che  Ying  Koung^, 
où  ils  se  reposeront  pendant  un  petit  moment.  S'il  plaît  à  Sa 
Majesté  de  leur  accorder  des  rafraichissements  *,  c'est  ici  qu'ils 
seront  servis. 

Leur  escorte  °  restera  dans  une  tente  on  dehors  de  la  porte 
Fou  Houa,  où  il  y  aura  pour  eux  des  personnes  en  atlendance. 
Leur  suite®  restera  aux  environs.  Ni  escorte,  ni  suite,  n'entrera 
par  la  porte  Fou  Houa. 

Aussitôt  que  Sa  Majesté,  venant  de  la  partie  orient^iie  du 
bâtiment,  arrivera  à  la  salle  la  plus  éloignée  duïseKouang  Ko, 
les  Ministres  du  Yamen  accompagneront  les  Ministres  étrangers 
et  les  Interprètes  à  une  tente"  à  l'ouest  du  Tse  Kouang  Ko,  où 

I.  Trarluit  de  1  anglais. 

a.  Porte  dans  le  mur  nord  des  jardins  impériaux,  à  l'ouest  de  la  pièce 
d'eau  connue  sous  le  nom  do  Aan-hnï. 

3.  Temple  du  Roi  Dragon. 

à'  Du  thé  cl  des  gâteaux. 

5.  L'escorte  étrangère. 

().  Les  indigènes. 

7.  Une  tente  plus  grande  que  la  précédente. 


« 


MEMORANDUM  ^77 

ils  attendront  un  petit  moment,  jusqu'à  ce  que  Sa  Majesté  soit 
entrée  dans  le  Tsc  Rouang  Ko*.  Les  Ministres  du  Yamen accom- 
pagneront les  Ministres  étrangers  et  l'Interprète,  M.  Bismark, 
en  haut  de  Tescalier  ouest  dans  le  Tsc  Kouang  Ko  par  l'endroit 
ouest  *  [on  suppose,  de  l'endroit  central]. 

Le  discours  (ou  les  discours)  des  Ministres  étrangers  terminé, 
ils  dé|X)seront  chacun  leur  Lettre  de  Créance  '  sur  la  Table  Jaune. 

Sa  Majesté  l'Empereur,  taisant  quelque  signe  spécial  d'aflabi- 
lité  (probablement  un  salut)  dira  (/i7.  répondra)  que  les  Lettres 
de  Créance  ont  été  maintenant  reçues,  et  fera  de  gracieuses 
remarques  et  posera  des  questions  avec  bonté. 

Celles-ci  seront  interprétées  avec  un  respect  solennel  par  le 
Prince  de  Koung. 

[Les  Ministres  étrangers]  quand  ils  arriveront  à  la  porte  (de 
la  salle],  quand  ils  parleront,  ou  diront  leurs  noms,  ainsi  que 
lorscpie  des  questions  leur  seront  adressées,  ou  qu'ils  répondront, 
aussi  quand  ils  se  retireront,  en  signe  de  respect  extraordinaire, 
feront  des  snluts,  ainsi  (pi'il  a  été  con\enu  [ou  proposé]  au 
début. 

Le  cérémonial  sera  réglé  dans  une  répétition  avant  l'Audience. 
Quand  la  cérémonie  sera  fixée,  les  autres  quatre  Ministres  étran- 
gers et  l'interprète,  M.  Bismark,  se  retireront  par  l'escalier 
ouest.  Les  Ministres  du  Yamen  les  accompagneront  au  Che  Ying 
Koung,  où  ils  attendront  un  petit  moment,  M.  Devéria  étant 
pendant  ce  temps  conduit  par  les  Ministres  du  Yamen  dans  le 
Tse  Kouang  Ko. 

M.  de  Geofroy  parlera  et  déposera  sur  la  Table  Jaune  la  réjwnse 
à  la  lettre  du  Gouvernement  chinois  *. 

Sa  Majeslé.  comme  avant,  accusera  réception  [de  cette  lettre]. 

L'Audience  (/t7.  l'afTaire)  ainsi  terminée,  M.  de  Geofro)  et 
M.  Devéria,  l'interprète,  se  retireront,  les  Ministres  du  Yamen 
les  accompagnant  au  Che  \ing  Koung.  Delà,  tout  le  monde 
étant  réuni,  ils  conduiront  les  Ministres  étrangers  et  leurs  inter- 
prètes dehors  la  porte  Fou  Houa. 

Les  arrangements  manjués  ci-dessus  sont  faits  parce  (luel'Em- 

1.  La  partie  du  palais  où  sera  placé  le  trunc. 

2.  La  façade  formant  trois  ou  cinq  divisions.  La  division  indiquée  est 
celle  de  1  ouest,  ou  à  gauche  de  la  division  centrale. 

3.  Kouo  chou. 

4.  La  lettre  portée  en  France  par  Tch'oung  Heou. 


à 


478         REVISION    DU    TRAITK    FRANÇAIS    —    MAJORITÉ    DK    l'eMPEREUR 

pereur  ayant  à  recevoir  des  Lettres  de  Créance,  un  Décret  a  été 
reçu  de  Sa  Majesté  accordant  une  audience.  De  là  la  libéralité  du 
cérémonial*  ^. 

Enfin,  on  reçut  le  27  juin  la  dépêche  fixant  la  date  de 
Taudience,  qui  devait  avoir  lieu  le  surlendemain,  de  bonne 
beure. 


NOTE    OFFICIELLE    DU    PRINCE    HOLNG    AIX    CINQ   MINISTRES 

Péking,  le  27  juin  1873. 

Relativement  à  la  réception  par  TEmpercur  des  Ministres 
résidant  à  Péking,  Nous,  Prince  et  Ministres  [du  Tsoung-li 
Yamen],  avons  reçu  les  instructions  verbales  suivantes  : 

«  Vaudience  aura  lieu  le  b^jour  de  cette  lune  au  Tse  Kouang  Ko. 

a  Respectez  ceci.  » 

Nous  sommes  chargés  par  S.  M.  de  vous  faire  cette  commu- 
nication. 


LETTRE    DES    MEMBRES    DU    YAMEN   AUX    MINISTRES 

Péking,  le  37  juin  1878. 

Nous  vous  avons  déjà  annoncé  officiellement  que,  d'après  les 
instructions  verbales  que  nous  avons  reçues  de  S.  M.,  votre 
réception  en  audience  aura  lieu  le  5  de  cette  lune  au  Tse 
Kouang  Ko. 

Il  nous  faut  espérer  qu*au  jour  fixé  vous  voudrez  bien  vous 
trouver  tous  réunis  au  Pé  T'ang,  lieu  que  vous  avez  choisi  |>our 
y  attendre  que  des  membres  de  notre  Yamen  viennent  vous 
prendre  pour  vous  conduire  à  la  porte  Fou  Houa  Men  où  vous 
serez  reçus  par  nous  autres  et  accompagnés  jusqu'au  moment 
de  l'Audience . 


I.  Celle  ptirase  implique  que  sans  lettre  de  créance,  ou  sans  une  lettre 
d'uh  Souverain,  aucune  audience  ne  sera  accordée. 
3.  Traduit  de  Tanglais. 


L*ALD1ENCF.  /179 


RKPONSE    DES    MINISTRES 

Péking,  le  38  juin  1873. 

Les  Soussignés  ont  l'iionncur  d'accuser  réception  de  la  note 
que  S.  A.  ï.  le  Prince  Koung  leur  a  adressée  le  37  de  ce  mois. 

Ils  s'empressent  de  présenter  leurs  remerciements  pour  la 
communication  du  Décret  Inipérial  auquel  ils  se  conformeront 
et  saisissent  cette  occasion  pour  renouveler,  etc. 

Signé  :  Vlangaly, 
Low. 
Wade. 
Geofroy, 

F ERG t SON. • 


l'audience,   29  JUIN   1873 

L'audience  fut  fixée  au  dimanche  29  join,  jour  des  saints 
Pierre  et  Paul.  A  cinq  heures  et  demie  du  matin,  les  ministres 
se  réunirent  au  Pe  T'anfj;  (mission  catholique),  dans  la  ville 
impériale,  à  Pouest  du  Tsc  Konang  Ko,  le  pavillon  où  devait 
avoir  lieu  Taudience.  M.  Bismark,  comme  étant  le  plus 
ancien  des  interprètes  à  Péking  et  aussi  à  cause  de  Pabsence 
du  ministre  d\\llemagne,  fut  choisi  pour  accompagner  les 
ministres  et  il  s'acquitta  de  sa  tâche  avec  un  tact  qui  lui  valut 
le  8  juillet  une  lettre  de  remerciements  du  corps  diploma- 
tique. A  six  heures,  Tch'oung-lleou  vint  chercher  les  mi- 
nistres et  les  conduisit  à  la  porte  Fou-lloua  où  ils  furent  reçus 
par  Wen-Siang;  ils  entrèrent  dans  un  pavillon  où  une  colla- 
tion leur  fut  servie  et  où  ils  trouvèrent  l'ambassadeur  japonais 
et  son  interprète. 

Seul  le  délégué»  japonais ,  Soyesima  Panéomi,  avait  rang 
d'ambassadeur,  aussi  les  autres  membres  du  corps  diploma- 
tique lui  avaient-il  cédé  la  préséance.  «  Je  puis  ajouter,  dit 


/|8o         REVISrON    ou    TRAITK    FRANÇAIS    MAJORITÉ    DE    l'eMPERFXR 

M.  Wade*  que  Soyésima  avait  eu  ses  propres  difficultés  à 
surmonler.  Ses  conférences  avec  les  Ministres  chinois  avaient 
été  séparées,  mais  par  ses  rapports  fréquents  avec  nous,  nous 
avions  été  tenus  au  courant  de  ce  qui  se  passait.  Je  me  sens 
obligé  de  dire  que  le  Gouvernement  du  Japon  a  toute  raison 
d'être  satisfait  du  rôle  joué  par  son  Ambassadeur  pendant 
les  négociations.  La  connaissance  que,  comme  Japonais,  il 
possédait  naturellement  de  la  littérature  chinoise  et  des  usages 
de  la  Chine,  Ta  empêché  d'être  d'une  exigence  indue  sur  des 
points  de  forme,  mais  il  montra,  en  même  temps,  beaucoup 
de  fermeté  et.de  dignité  dans  le  maintien  de  ses  droits.  » 

Au  bout  d'une  heure  et  demie  d'attente,  on  annonça  que 
r Empereur  s'avançait  vers  le  Tse  Kouang  Ko  et  les  ministres 
se  rendirent  à  la  tente  préparée  pour  eux  où  ils  furent  reçus 
par  le  prince  Koung.  Enfin,  à  9  heures,  FEmpereur  étant 
arrivé,  le  ministre  japonais  fut  d'abord  reçu,  puis  ensuite 
les  ministres  étrangers. 

Dans  le  fond  de  la  salle  d'audience,  une  plate-forme  en 
bois  d'environ  3  mètres  carrés,  élevée  de  près  d'un  mètre, 
avait  été  construite  ;  elle  était  entourée  d'une  balustrade  éga- 
lement en  bois,  peinte  de  toutes  les  couleurs  de  l'arc-en-ciel, 
«  sur  cette  plate-forme  s'élevait  une  chaise  plutôt  large,  faite 
de  simple  bois  noir  et  dépourvue  d'aucun  ornement  ;  et  sur 
cette  chaise,  avec  les  jambes  croisées  (ou  «  accroupi  »  s'il  est 
permis  d'appliquer  cette  expression  populaire  aux  faits  et 
gestes  d'un  Empereur)  était  assis  l'Empereur  de  Chine,  le 
chef  suprême  de  4oo  000  000  d'ûmes.  L'Empereur  est  âgé 
d'environ  18  ans,  mais  son  apparence  extérieure  justifierait 
à  peine  une  estimation  plus  élevée  que  lij.  Pale  et  d'une 
figure  blafarde,  ses  traits  ont  une  expression,  s'il  en  a  une, 
enfantine  et  inoflensive  ;  et  ses  yeux  semblent  regarder  cette 
cérémonie  sans  précédent  dont  il  est  le  prhicipal  objet,  avec 

I.   China,  n®  i  (1876),  p.  2. 


L*AUDIENCE  481 

une  curiosité  mêlée  d'anxiété.  Son  costume,  autant  que  nous 
pouvons  rassurer,  était  simple  au  plus  haut  degré  ;  une  tu- 
nique de  gaze  lilas  foncé,  sans  ornement,  était  le  seul  vête- 
ment visible,  et  la  tête  était  couverte  d'un  bonnet  de  jolie 
paille  tressée  jaune,  couronné  d'un  gland  rouge,  et  d'un 
])etit  bouton  de  soie  rouge,  le  seul  insigne  distinctif  de  la 
maison  Impériale.  » 

Les  ministres  se  rangèrent  devant  la  Table  Jaune  en  ligne, 
par  ordre  d'ancienneté,  en  commençant  par  la  droite  :  le 
général  Vlangaly,  pour  la  Russie,  F.  F.  Low,  pour  les 
Etats-Unis,  dont  l'habit  noir  faisait  contraste  avec  les  brillants 
uniformes  de  ses  collègues,  Wade,  pour  la  Grande-Bretagne, 
L.  de  Geofroy,  pour  la  France,  et  J.  H.  Ferguson*,  chargé 
d'affaires  des  Pays-Bas,  le  dernier;  l'interprète,  M.  Bismark, 
se  tenait  à  droite  et  un  peu  en  arrière  du  général  Vlangaly. 
Deux  membres  du  Tsoung-li  Yamen  se  tenaient  de  chaque 
coté  du  corps  diplomatique. 

Le  doyen  du  corps  diplomatique,  général  Vlangaly,  prit 
alors  la  parole  en  ces  termes  : 

Sire, 

Les  Représentants  de  la  Russie,  Vlangaly;  des  États-Unis 
d'Amérique,  Low  ;  de  la  Grande-Bretagne,  Wade  ;  de  la  France, 
Geofroy  ;  et  des  Pays-Bas,  Ferguson,  ont  Thonneur  d'offrir  au 
nom  de  leurs  Gouvernements  à  Votre  Majesté  Impériale  leurs 
félicitations  à  l'occasion  de  sa  majorité  et  font  des  vœux  pour  la 
durée  de  son  règne  et  la  prospérité  de  son  peuple. 

Ils  espèrent  voir  dans  le  règne  de  Votre  Majesté  la  continua- 
tion du  règne  de  son  illustre  aïeul,  l'Empereur  K'ang-hi,  qui, 

I.  Ferguson, /a/t  Ifelenus,  né  à  Curaçao,  le  17  mai  i8a6  ;  il  a  été 
nommé  consul  général  et  chargé  d'affaires  en  Chine,  par  décret  royal  du 
^7  juin  187a,  n*^  10;  il  élait  auparavant  gouverneur  sur  la  câte  de  Guinée  : 
il  fut  nommé  ministre  résident  par  décret  royal  du  3o  juin  1876,  n**  a8  ; 
il  fut  mis  à  la  retraite  sur  sa  demande  le  aa  janvier  1896  par  décret  royal 
n»  ao  et  remplacé  en  Chine  par  M.  Knobel. 

CoKDIfiA.  I.  —  3i 


483         REVISION    DU    TRAITÉ    FRANÇAIS    MAJORITÉ    DE    i/eMPEREUR 

en  élevant  la  Chine  au  sommet  de  sa  gloire  et  de  sa  puissance, 
y  donna  accès  aux  sciences  et  aux  arts  de  l'Occident. 

La  Chine,  Sire,  retrouvera  sous  le  Gouvernement  de  Votre 
Majesté  ces  heureux  jours,  et  les  Puissances  étrangères,  qui  ont 
des  Traités  conclus  avec  Votre  Majesté  Impériale,  verront  avec 
plaisir  le  développement  des  relations  et  le  raflermissement  du 
bon  accord  qui  existent  avec  votre  vaste  Empire. 

Nous  avons  Thonneur.  Sire,  de  déposer  les  lettres  qui  nous 
accréditent  en  qualité  d'Envoyés  Extraordinaires  et  de  Ministres 
Pléni[)otentiaires  auprès  de  Votre  Majesté  Impériale. 

M.  Bismark  traduisit  ce  discours,  puis  chaque  ministre 
déposa  tour  à  tour  sa  lettre  de  créance  sur  la  Table  Jaune, 
l'Empereur  faisant  une  inclination  de  la  têle  ;  ensuite  le 
prince  de  Koung,  à  genoux,  reçut  les  ordres  du  Souverain, 
et  se  relevant,  descendit  de  l'estrade  et  s'approchant  de  l'in- 
terprète lui  dit  : 

«  Sa  Majesté  accuse  réception  des  lettres  de  créance  des 
Ministres.  » 

Le  Prince  remontait  sur  Testrade,  recevait  de  nouveaux 
ordres  impériaux,  et  revenant  à  l'interprète  ajoutait: 

«  Sa  Majesté  espère  que  les  Empereurs,  les  Rois  et  les 
Présidents  d'Etat  représentés  ici,  sont  en  bonne  santé  ;  et  Sa 
Majesté  a  confiance  que  les  négociations  qu'ils  poursuivent 
avec  le  ministère  chinois  des  Affaires  étrangères,  seront 
menées  d'une  manière  amicale  à  une  fin  mutuellement  satis- 
faisante. » 

Les  ministres  saluèrent  et  se  retirèrent  sauf  M.  de  Geofroy 
auprès  duquel  deux  ministres  du  \amen  conduisirent  im- 
médiatement   M.    Devéria';   cette    seconde    audience    dans 


I.  Dcvéria,  Gabriel^  né  le  7  février  i844;  fils  d'Achille  et  neveu 
d'Eugène  Devéria  ;  élève -interprète  pour  la  langue  chinoise  (6  fév.  1860); 
chargé  de  la  gestion  du  consulat  à  Tien-Tsin,  du  i^**  septembre  i863  au 
9  août  i865  et  du  22  mars  18GO  au  i****  avril  1869;  interprète-chancelier 
à  Fou-Tchéou  (26  février  1870);  premier  interprète  de  la  Légation  à 
Péking  (3o  ocl.  1873);  chevalier  de  la  Légion  d'honneur  (10  fév.  1875); 


I 


L*AUDIENCE  ^83 

laquelle  fut  remise  la  réponse  du  gouvernement  français  à 
la  lettre  d'excuses  pour  le  massacre  de  Tien-Tsin  portée  à 
Versailles  par  Tch'oung-Heou  dura  à  peine  quelques  mi- 
nutes ^ 

Voici  le  discours  de  M.  de  Geofroy  : 

Sire, 

Outre  la  lettre  qui  m'accrédite  près  de  V.  M.,  j*ai  Tlionneur 
de  déposer  entre  ses  mains  la  réjxjnse  de  mon  Gouvernement  au 
sujet  de  la  regrettable  affaire  qui  a  motivé  la  mission  de  S.  E. 
Tclï'oung-Heou  en  France.  Mon  gouvernement  a  reçu  les  décla- 
rations qui  lui  ont  été  portées  par  cet  Ambassadeur  de  la  part 
de  V.  M.,  et  confiant  dans  la  parole  de  l'Empereur,  il  espère 
que  désormais  aucune  mésintelligence  ne  viendra  plus  troubler 
les  bons  rapports  des  deux  Empires. 

11  était  neuf  heures  et  demie  quand  les  ministres  étran- 
gers quittèrent  la  porte  du  palais  où  ils  avaient  été  accom- 
pagnés par  VVen-Siang  et  les  membres  du  T^oung-li 
Vamen  '^. 

Ces  audiences  qui  devaient  être  le  point  de  départ  de  rela- 
tions nouvelles,  n'eurent  de  lendemain  que  pour  les  minis- 
tres de  Belgique,  Serruys,  de  Russie,  E.  de  Butzov,  et  pour 

rentré  en  France  en  1870;  inscrit  dans  la  première  classe  des  interprètes 
(18  sept.  1880);  consul  de  seconde  classe,  hors  cadre  (18  déc.  1880),  se- 
crétaire de  seconde  classe,  hors  cadre  (i***  section)  (a5  février  1881); 
socrétairc-inlerprèle  k  Paris  (30  fév.  1882)  en  remplacement  du  comte 
kleczkowski,  admis  à  faire  valoir  ses  droits  a  la  retraite;  professeur  à 
rÉcoIc  des  langues  orientales  à  la  mort  de  Maurice  Jamctel  (17  mai  i889); 
secrétaire  de  i"*"  classe  (la  sept.  i883);  consul  général  (aa  mars  1888); 
officier  de  la  Légion  d'honneur  (3i  déc.  1896);  membre  de  l'Institut 
(iodée.  1897);  mort  au  Mont-Dore,  le  la  juillet  1899. 

i .  —  Voir  p.   fil 2. 

a.  il  a  paru  dans  la  Norddeutsche  AUgemeine  Aeitung  un  excellent 
compte  rendu  de  l'audience,  auquel  j'ai  fait  de  nombreux  emprunts  ;  je 
ne  crois  pas  me  tromper  en  l'attribuant  à  l'interprète  allemand,  M.  Bis- 
mark. —  Un  compte  rendu  a  été  aussi  donné  dans  le  Journal  de  Saint- 
Pëlersbourg,  3o  juin- 13  juillet. 


484         REVISION    DU    TRAITÉ    FRANÇAIS    —    MAJORITÉ    DE    i/eMPEREUR 

le  remplaçant  de  M.  Low,  démissionnaire  le  28  mars  1874, 
M.  Benjamin  P.  Avery,  •de  Californie,  nommé  ministre 
des  États-Unis  le  10  avril  1874,  qui  rejoignit  son  poste  le 
28  octobre  1874,  ^t  présenta  ses  lettres  de  créance  le  29  no- 
vembre suivant.  M.  Avery  mourut  à  son  poste  le  8  novembre 
1875  et  eut  pour  successeur,  M.  George  F.  SeAvard. 

Les  fonctionnaires  chinois  se  montrèrent  enchantés  de 
l'attitude  des  ministres  étrangers  et  dans  un  moment  de 
bonne  humeur,  le  vieux  Wen-Siang  ne  put  s'empêcher  de 
s'écrier  qu'avec  quelques  années  de  fréquentation  chez  les 
Chinois,  les  étrangers  deviendraient  civilisés  ! 

Si  toutefois  on  désire  connaître  le  sentiment  intime  des 
Chinois,  qu'on  lise  le  document  suivant. 


VERSION    CHINOISE 

Voici  comment  le  supplément  de  la  Gazette  de  Pèking  ra- 
conta l'audience  accordée  aux  ministres  étrangers: 

«  Depuis  que  rempereur  a  pris  les  rênes  du  gouvernement,  la 
pluie  et  le  soleil  n*ont  pas  manqué  de  se  succéder  au  temps 
voulu,  et  les  hommes  vivent  en  bonne  harmonie. 

«  Les  ambassadeurs  de  plusieurs  royaumes,  ayant  solhcité  une 
audience  impériale,  voulaient  entrer  en  palanquin  par  la  porte 
Taï  ho  mên,  monter  au  palais  avec  Tépée,  et  demandaient  même 
que  TEmpereur  descendît  de  son  trône  pour  recevoir  de  ses  pro- 
pres mains  les  lettres  qu'ils  avaient  à  lui  remettre  de  la  part  de 
leurs  souverains.  Wen-Siang,  entendant  cela,  jette  sa  tasse  à  terre 
et  la  brise  en  mille  morceaux,  et,  d'un  air  sévère,  s'oppose  à  de 
telles  prétentions.  On  convient  enfin  que  le  6  de  la  sixième  lune 
ils  pourront  voir  l'Empereur  dans  la  salle  dite  Tse  Kouang  Ko. 
Ils  allèrent,  la  veille,  au  Tsoung  li  Yamcn  pour  s'y  exercer  aux 
cérémonies;  mais  ils  le  firent  avec  un  dédain  arrogant,  au  milieu 
des  rires  et  des  plaisanteries,  sans  attention,  et  n'y  mettant  aucune 
bonne  volonté. 

«  Le  jour  fixé  étant  arrivé,  la   garde  cheu  ki,   revêtue  de  ses 


VERSION    CHINOISE  485 

plus  beaux  insignes,  se  tenait  à  la  porte  du  Si-wan,  le  sabre  dé- 
gainé. Alors,  les  représentants  des  six  royaumes  de  France, 
Amérique,  Angleterre,  Russie,  Prusse,  Hollande,  en  tout  douze 
hommes,  à  qui  Ton  permit  de  porter  Tépée,  étant  conduits  par 
les  grands  mandarins  du  Tsoung  li  Yamen,  entrèrent  par  la 
porte  Si-wan  :  mais  à  mesure  qu'ils  avaient  franchi  une  porte, 
elle  était  aussitôt  fermée  au  cadenas.  Lorsqu'ils  furent  parvenus 
au  bas  de  la  salle,  les  grands  mandarins  leur  en  firent  monter 
les  degrés,  et  les  introduisirent  devant  l'Empereur,  assis  sur  son 
trône,  qu'ils  saluèrent  non  à  genoux,  mais  seulement  par  une 
inclination  de  tête. 

«  A  côté  des  marches  du  trône  était  placée  une  table  jaune, 
près  de  laquelle  les  ambassadeurs,  se  tenant  debout,  devaient 
chacun  à  son  tour,  lire  les  lettres  de  leurs  souverains.  Le  minis- 
tre d'Angleterre  commença  le  premier  ;  mai»  à  peine  avait-il  lu 
quelques  mots,  qu'il  se  mit  à  trembler  de  tous  ses  membres, 
tellement  qu'il  ne  put  terminer  sa  lecture.  Vainement  l'Empe- 
reur l'interroge  et  lui  demande  si  son  souverain  se  porte  bien  ; 
pas  de  réponse.  L'Empereur  ajouta  :  «  Souvent  vous  avez  de- 
mandé à  me  voir;  qu'avcz-vous  à  me  dire?  »  De  nouveau,  pas 
un  mot  de  réponse  ne  put  sortir  de  la  bouche  du  ministre.  Les 
autres  ambassadeurs  viennent  aussi,  à  leur  tour,  lire  les  lettres 
de  leurs  souverains  ;  mais  ils  sont  saisis  d'une  telle  crainte 
qu'ils  laissent  plusieurs  fois  les  lettres  tomber  à  terre,  ne  pou- 
vant ni  lire  ni  prononcer  une  parole.  Alors  le  prince  Koung, 
riant  et  se  moquant  d'eux,  les  appelle  des  poules  qui  couvent,  c'est- 
à-dire  terribles  et  fanfarons  de  loin,  mais  sans  force  devant  ceux 
qui  ne  les  craignent  pas.  Puis  il  ordonna  aux  gens  du  palais  de 
les  prendre  par  le  bras  [X)ur  les  aider  à  descendre  les  marches. 
Mais  les  ministres  étaient  tellement  effrayés  qu'ils  ne  purent 
remuer  le  pied,  et,  haletants,  couverls.de  sueur,  ils  s'assirent  par 
terre.  Invités  au  festin,  ils  n'osèrent  s'y  rendre  ;  ahuris  et  hors 
d'eux,  ils  retournèrent  chacun  à  leur  logis.  Le  prince  Roung 
leur  dit  alors  :  «  Ne  vous  avais-je  pas  dit  que  ce  n'est  pas  une 
bagatelle  de  voir  l'Empereur  ?  vous  ne  vouliez  pas  me  croire  ; 
aujourd'hui  vous  savez  ce  qu'il  en  est.  Nous,  Chinois,  nous 
appelons  de  tels  hommes  des  plumes  de  poules  qui  couvent,  mot 
de  raillerie  qui  a  cours  dans  tout  l'empire  pour  désigner  les 
hommes  futiles. 

«  il  faut  noter  pourtant  que,  pendant  l'audience,  le  trône  im- 
périal n'était  entouré  d'aucune  pompe  ;  quelques  gardes  seulement 


é 


^86         REVISION    DU    THAITli    FHANÇAIS    MAJORITÉ    DE    l'eMPEREUR 

se  tenaient  auprès.  Les  ambassadeurs  ont  avoue  qu*ii  y  avait 
certainement  dans  l'Empereur  une  vertu  divine  ;  de  là  cette 
crainte  et  ce  tremblement  qu'ils  ont  éprouvés  alors  même  qu'ils 
ne  regardaient  pas  Sa  Majesté*.   » 

On  peut  juger  de  reflet  d'un  tel  récit  sur  les  populations 
provinciales  parmi  lesquelles  il  circulait. 


MISSION    DE    M.     BLAÎSCHETON 


Les  missions  du  Se-tch''ouen  continuaient  à  causer  beaucoup 
de  soucis  à  la  Légation  de  France  ;  le  règlement  de  Tafliairc 
Rigaud^  n'avait  pas  satisfait  l'inlassable  M***"  Desflèches  qui 
s'était  rendu  à  Péking  et  avait  essayé  de  traiter  directement 
avec  le  gouvernement  chinois.  <(  Il  s'agissait  de  laver  les 
Chrétiens  de  son  vicariat  des  présomptions  défavorables  que 
laissaient  planer  sur  eux  les  jugements  rendus  en  1869  P^^' 
le  commissaire  Li  Houng-lchang,  de  la  bonne  foi  duquel 
auraient  abusé  les  fonctionnaires  chargés  de  diriger  les 
enquêtes.  » 

M.  Blancheton,  gérant  du  Consulat  de  Han-kéou,  fut 
chargé  le  6  décembre  1872,  d'une  mission  au  Sc-tch'ouen, 
mission  à^  informa  lion  pour  étudier  les  griefs  de  M***  Des- 
flèches. M.  Blancheton*  de  retour  à  Han-kéou  .adressa  le 
3i  mars  1878  un  rapport  remarquable  à  la  Légation  de 
France  à  Péking. 


I.   Missions  catholiques,  V,  p.  620. 

a.  Voir  p.  33 1. 

3".  Blancheton,  Ernest-Jules,  né  en  i84îi;  clève-interprèle  pour  le 
Chinois,  6  février  1860;  attachée  Péking,  4  avril  1860;  à  (Canton,  1862; 
à  Péking,  septembre  i864;  interprète-chancelier  à  Han-Kéou.  i*^»"  sep- 
tembre i865;  à  Pé-king,  juin  1867;  à  Chang-Haï,  janvier  1869;  consul 
de  3«  classe  K  Han-kéou,  19  février  1878;  à  Bangkok,  aô  février  1880; 
mort  (lu  choléra  dans  ce  poste  le  18  juillet  1881. 


ï 


MlMtïtHES    RISSK    ET    BKLGK  flS'j 


W.    F.   MAYERS    A    NAN-TCH\?iG,    OCTOBRE    1873 

Le  1 5  octobre  1878,  M.  Mayers*,  premier  interprète 
(Chinese  secretary),  accompagne  de  M.  Brenan',  partit  de 
kieoii-kiang  sur  le  navire  de  guerre  Hingdoi^e^  remonta  le 
lac  Po-Yang  et  eut  une  entrevue  avec  le  gouverneur  du 
Kiang-Si,  Lieou  Kouen-i  \  à  Nan-tch'ang  au  sujet  des  droits 
sur  les  thés  et  des  empêchements  mis  au  commerce  d'im- 
portation avec  les  passes  de  transit.  L'année  précédente, 
\L  K.  C.  Baber  avait  été  accueilli  à  coups  de  pierres  à  Nan- 
tch'ang,  au  mois  de  mai*. 


MINISTRES  RISSE   ET    BELGE 

AL  de  Butzov,  nouveau  ministre  de  Russie  en  remplace- 
ment du  général  Vlangaly,  arriva  à  Péking  dans  les  premiers 
jours  de  mars  187^  et  demanda  aussitôt  une  audience  pour 
remettre  ses  lettres  de  créance;  il  fut  reçu  par  TEmpercur 

1.  Mayers,  William  S.  Frederick,  élève  interprèle,  7  février  1859; 
(îhinese  Secretary,  38  novembre  1871  ;  ce  sinologue  remarquable  est 
mort  le  3|  mars  1878. 

2.  Brcnan,  Byron,  élève  interprète,  28  juillet  1866;  3*  assistant.  8 
décembre  1868;  interprète/^.  1.  à  Canton,  i4  aoiit  1871-30  mai  1873; 
3'*  assistant.  7  décembre  1873;  interprète  p.  i.  à  Cbang  Haï.  37  juin- 
33  septembre  1878;  assistant  de  i""**  classe,  24  octobre  1874;  interprète 
p,  i.  h  tian  kéou,  37  fcvrier-19  octobre  1876;  acting  assistant  Cbinese 
secretary  à  Péking,  G  novembre  1875-38  février  1877;  39  juillet  1877- 
i5  mars  1878  ;  Cbinese  secretary  p.  1.,  16  mars  1878-80  septembre  1880; 
4  oclobrc-8  novembre  1880;  consul  à  Wou  IIou.  35  février  1880; 
aujourd'liui  consul  général  à  Cbang-Haï,  i3  mai  1899. 

3.  Lieou  Kouen-I.  aujourd'hui  gouverneur  général    des  deux  kiang. 
i.   China,  n^  4  (1874).  Iteport  of  expédition  to  Nan-chang-foo. 

By  Mr.  Mayers,  Cbinese  secretary  to  the  Légation at  Peking.  Presented... 
1874    Lond.,  in-fol.  [C.  —  ioi3.] 


à 


488         REVISION    DU    TRAITÉ    FRANÇAIS    —    MAJORITÉ    DE    L*EMPEREUR 

le  20  mai  ;  la  cérémonie  fut  semblable  à  celle  de  iSyS,  mais 
M.  de  Butzov  attendit  deux  heures  au  lieu  de  trois  :  c'était 
un  progrès  ! 

Le  ministre  belge,  M.  Scrruys,  arriva  à  Péking  le 
i5  mai  187^  ;  comme  il  représentait  un  petit  pays,  pendant 
trois  mois,  on  lui  fit  attendre  son  audience  qui  eut  lieu  le 
3i  août  1874. 


I 


CHAPITRE  XXXIII 


CHANG-HAI 


HISTOIRE 


Un  grave  événement  qui  se  passa  le  3  mai  187^  dans  la 
concession  française  de  Chang-Haï  nous  amène  à  parler  de 
cette  ville,  le  plus  considérable  des  ports  ouverts  au  com- 
merce étranger. 

Au  dernier  siècle,  lors  des  difficultés  des  Anglais  avec  les 
autorités  de  Canton,  il  avait  été  question  de  transporter  le 
commerce  britannique  dans  un  autre  port;  outre  Amoy  et 
les  Chousan,  Chang-Haï  fut  un  des  points  désignés;  c'est 
une  ville  du  Kiang-Sou,  par  3i°i4'33"  lat.  N.  et  ii9«8'54" 
long.  E.  Le  rapport  de  Frederick  Pigou,  chef  de  la  factorerie 
anglaise  à  Canton,  qui  concluait  à  l'adoption  de  ce  dernier 
point,  resta  dans  les  cartons. 

Le  pays  dans  lequel  se  trouve  cette  ville,  devenue  le  centre 
le  plus  important  du  commerce  de  TExtréme-Orient,  a  subi 
de  très  grands  changements.  Sous  les  premières  dynasties 
chinoises,  il  faisait  partie  de  Yang-tchéou,  l'une  des  neuf 
provinces  établies  par  Yu  le  Grand  ;  sous  la  dynastie  Soung, 
au  commencement  du  vni°  siècle,  la  ville  de  Soung-kiang 
se  nommait  Iloua-ting  et  son  port  Houa-ting  Haï  est  le  mo- 
derne Chang-Haï.  Le  pays  était  autrefois  appelé  Hou-tUy  et 
c'était  là  que  la  rivière  dite  de  Wou-soung,  d'après  le  nom 
du  village  qu'elle  baigne  à  sa  barre,  se  jetait  à  la  mer.  Jadis, 


ê 


^()0  CHANG-HAÏ 

ce  qu'on  appelle  aujourd'hui  la  rivière  de  Wou-soung  remon- 
tait jusqu'à  Sou-tchéou  el  portail  le  nom  de  rivière  de  Sou- 
tchéou  ;  ce  dernier  nom  n'est  plus  donné  au  cours  d'eau  que 
depuis  Chang-Haï  jusqu'à  Sou-tcliéou.  Le  Houang  Pou, 
comme  on  désigne  généralement  la  rivière  qui  passe  à  Chang- 
Haï,  coulait  à  peu  près  depuis  Soung-kiang  jusqu'au  Kao- 
tchang  miao,  où  se  trouve  Tarsenal  actuel,  puis  se  jetait 
directement  dans  la  mer;  un  canal  ancien,  élargi  en  i/|o3, 
sous  Tempereur  Yong-lo,  de  la  dynastie  des  Ming,  nommé 
le  Fan  kia  Pang  ou  Van-kia  Pang  (VVan-kia  Pang)  réunit  le 
llouang-pou,  depuis  Kao-tchang  miao,  à  la  rivière  de  Wou- 
soung  :  c'est  ce  canal,  désormais  désigné  sous  le  nom  de 
llouang-pou,  qui  baigne  la  ville  actuelle  de  Chang-liaï  et  les 
concessions  française  et  anglaise.  D'ailleurs,  le  terrain  d'allu- 
vion  sur  lequel  est  construite  cette  ville  s'est  beaucoup  mo- 
difié ;  ainsi  la  grande  île  de  Tsoung-ming  ne  date  que  de 
700  de  notre  ère  et  elle  fut  envahie  par  les  Japonais  dès  le 
xiv''  siècle.  En  i36o,  Chang-llaï  fut  élevé  au  rang  de  h*ien, 
c'est  à-dire  de  ville  de  troisième  classe;  en  1670,  les  mu- 
railles furent  construites  pour  servir  de  remparts  contre  les 
pirates  japonais. 

Mais  la  grande  prospérité  de  Chang-liaï  ne  date  que  de 
l'arrivée  des  étrangers. 

Les  environs  de  Chang-llaï  furent  le  théâtre  des  efforts  des 
premiers  jésuites.  Le  célèbre  Hicci  trouva  un  appui  des  plus 
puissants  en  Siu  Kouang-ki  qui  était  Co-Lao  ou  Tchoung- 
T(tng  (grand  secrétaire),  ministre,  [)endant  la  période  Wan- 
li',  auteur  d'un  grand  nombre  d'ouvrages  scientifiques  esti- 
més. Le  village  de  Siu  Kia-hottei  (//  Kn-ivci,  dans  le 
dialecte  local),  à  6  kilomètres  au  sud-ouest  de  Chang-llaï, 
ainsi  nommé  à  cause  de  la  sépulture  de  cet  homme  d'Etat 
célèbre,  est  le  siège  d'un   grand  établissement  de   mission- 

\.   i5Ga-iG33. 


h- 


HisToini:  if)i 

naires,  créé  en  i85o,  qui  comprend  avec  sa  dépendance  de 
Tou-sè-^K'è  un  observatoire  fondé  en  1872,  une  imprimerie, 
un  orphelinat,  etc.  Ce  fut  a  Zi  Ka-wei  que  Ton  conslruisil, 
dans  la  province  de  Kiang-Nan,  la  première  église  d^archi- 
tecture  européenne. 

Près  de  la  porte  méridionale  de  la  ville  chinoise,  le  P.  Bran- 
cati  avait  acheté  un  terrain  en  16/19,  1^"^  >  établir  le 
cimetière  de  la  mission  qui  fut  désigné  sous  le  nom  de 
Cheng-Mou  T*ang  l\  cause  de  sa  chapelle  dédiée  à  la  Sainte 
Vierge.  Le  corps  du  P.  Brancati',  mort  à  Péking,  y  fut 
rapporté  par  les  PP.  Ciabiani  et  Couplet;  les  PP.  le  Favre* 
et  E.  de  Ferrcira^  prirent  place  près  de  lui  avec  deux  mis- 
sionnaires chinois*. 

Ce  ne  fut  que  beaucoup  plus  tard,  que,  par  suite  d'un 
intérêt  de  propagande  a  la  fois  évangélique  et  conmierciale, 
Chang-IIaï  fut  visité,  le  \io  août  i83i,  par  le  missionnaire 
protestant  Giitzlaff^,  qui  y  retourna  Tannée  suivante  (juin) 
à  bord  du  vaisseau  Lord-Aniherst,  en  compagnie  de  Hugh 
Ilamilton  Lindsay,  oUicier  au  service  de  TEast-India  Com- 
pany. Son  exemple  fut  suivi,  en  i835,  par  deux  autres 
missionnaires  protestants,  Medhurst^  et  Edwin  Stevens',  qui 
visitèrent  Chang-Haï,  à  bord  du  Union. 


I.  François  Brancati,  Pan  Kouokonang,  né  en  1607  en  Sicile;  mort 
30  avril  1671. 

3.  Jacques  le  Favre,  Lieoii  Ti-ngo,  ne  en  1610  ;  mort  38  janvier  1676. 

3.  Emmanuel  de  Fereira.  Kin  Pe-lien.  né  en  i636;  mort  18  mai 
1681. 

4.  Les  Origines  Je  deux  Etablissements  français  dans  l'Extrême- 
Orient,  Chang- Haï' Ning-Po .  Documents  inédits  publiés  avec  une  intro- 
duction et  des  notes  i)ar  Henri  Gordicr...  Paris,  1896.  in-8,  pp.  xxxi\-76. 

5.  Karl  Friedrich  August  GutzlafT,  né  à  l^yritz(l^oméranie  prussienne), 
8  juillet  i8o3;  mort  &  Hongkong  le  9  août  i85i. 

().  Waltcr  Hcnr)'  Medhurst.  né  à  I-.ondres,  29  avril  1796;  mort  3^ 
janvier  1867  à  Londres. 

7.  Edwin  Stevens.  né  à  New  Canaan,  Connccticut,  en  1803  ;  niort 
5  janvier  1837,  à  Singapore. 


^92  CHANG-HAÏ 

Lors  de  la  guerre  d'opium,  après  la  prise  de  Ning-po,  la 
flotte  anglaise  arriva,  le  i3  juin  i842,  devant  Wou-soung, 
dont  elle  s'empara  le  i6.  La  ville  même  de  Chang-IIaï  tomba 
entre  les  mains  des  Anglais  trois  jours  plus  tard.  Les  troupes 
de  terre  étaient  commandées  par  le  lieutenant-général  Sir 
Hugh  Gough,  et  la  flotte  par  le  vice-amiral  William  Parker. 


CONCESSIONS    ETRANGERES 

Sir  Henry  Pottinger,  qui  avait  négocié  le  traité  de  Nan- 
King,  fit  choix  d'une  concession  (jsettlement)  à  Chang-Haï, 
sur  les  bords  du  Houang-pou,  entre  la  crique  de  Sou-lchéou 
et  le  Yang-king  Pang.  Un  capitaine  de  l'artillerie  de  Madras, 
G.  Balfour,  fut  nommé  consul  anglais  à  Chang-Hîiï,  où  il 
arriva  le  5  novembre  i843.  Le  il\  an  même  mois,  il  lançait 
une  proclamation  dans  laquelle  il  déclarait  que  le  port  serait 
ouvert  au  commerce  des  le  17  courant;  les  premiers  règle- 
ments relatifs  au  territoire  occupé  furent  signés  par  le  tao-taï 
Koung  et  le  capitaine  Balfour,  et  traduits  par  Waltcr  Henry 
Medhurst,  le  premier  jour  de  la  11^  lune  de  la  25*  année 
Tao-Kouang,  c'est-à-dire  le  29  novembre  i845;  on  verra 
plus  loin  qu'il  y  eut  de  nouveaux  règlements  le  2/1  septembre 
i846,  et  le  27  novembre  i848. 

A  la  suite  du  traité  signé  par  notre  envoyé  extraordinaire 
et  ministre  plénipotentiaire,  M.  Théodose  de  Lagrené*,  nous 
imitâmes  l'exemple  des  Anglais  et  nous  envoyâmes  comme 
agent  consulaire  à  Chang-Haï,  M.  de  Montigny  *.  Déjà,  nos 

1.  Lagrenc,  Théodose-Marie-Melchior- Joseph  de,  ne  en  Picardie,  le 
i4  mars  1800.  —  Voir  p.  16-17. 

2.  Montigny.  Louis-Charles-yicolas-Maximilien  de,  né  à  Ham- 
bourg lo  4  îïoût  i8o5  ;  chancelier  de  Tambassade  T.  de  Lagrené  ;  agent 
consulaire  à  Chang-Haï  le  ao  janvier  i8>^7:  consul  de  i^^  classe  le  a4  oc- 
tobre i855  ;  charge  de  mission  au  Siam  de  i855  à  1857  ;  consul  général 
le  5  juillet  i858  ;  à  Canton  le  3  février  1869  :  en  disponibilité  le  16  août 


CONCESSIONS    ÉTRANGÈRES  l\gi 

missionnaires  jésuites  avaient  repris  possession  de  leur  an- 
cienne province  de  Kiang-Nan  ;  le  P.  Claude  Gotleland',  de 
Savoie,  fut  le  premier  supérieur  de  la  nouvelle  mission  ; 
mais  celui  qui  lui  donna  la  vie,  fut  évidemment  le  P.  Malhu- 
rin  Lemaitre*,  mort  à  Chang-Haï  le  3  mai  i863.  L'admi- 
nistrateur du  diocèse  de  Nan-King,  M^*"  L.  de  Bési',  de 
Vérone,  et  son  successeur,  M'^''  Maresca,  qui  appartenaient 
h  la  Propagande  et  servaient  d'intermédiaires  pour  la  prise 
de  possession  par  les  Jésuites,  avaient  trouvé  chez  les  étran- 
gers beaucoup  de  bonne  volonté.  Le  premier  rencontra, 
avant  l'arrivée  de  notre  agent,  beaucoup  d'appui  auprès  du 
consul  anglais,  le  capitaine  Balfour  et  l'agent  consulaire 
danois,  M.  Calder*.  Le  choix  de  M.  de  Montigny,  qui  avait 
fait  partie  de  la  mission  de  Lagrené,  en  qualité  de  chance- 
lier, était  excellent. 

Montigny  se  trouva  avoir  comme  collègues  anglais,  M.  Al- 
cock,  qui  avait  remplacé  le  capitaine  Balfour;  américain, 
M.  Griswold..  Alcock,  depuis  lors  ministre  d'Angleterre  h 
Yeddo  puis  à  Péking,  ainsi  que  son  collègue  de  Ning-po, 
M.  Sullivan,  entretenaient  les  meilleures  relations  avec  notre 
agent. 

Nous  fîmes  choix  pour  établir  notre  concession  du  terrain 


1863;  mort  i4  septembre  1868;  commandeur  de  la  Légion  d'honneur 
le  II  août  i8Ga.  Auteur  de  :  Manuel  du  négociant  français  en  Chine 
ou  Commerce  de  la  Chine  considéré  au  point  de  vue  français. 
Paris,  i846,  in-8. 

I.  Gottcland.  Claude^  né  le  la  juin  i8o3,  arriva  à  Ghang-Haî  le 
12  juin  i84a  avec  le  P.  François  Estève  (né  à  Paris  le  20  mars  1807); 
le  P.  Benjamin  Urueyre  (né  le  20  mai  1810)  était  resté  aux  Tchou-san, 
alors  aux  mains  des  Anglais,  et  il  n'arriva  à  Chang-Haï  qu'au  mois  d'oc- 
tobre 1842. 

a.  Né  le  i*»' janvier  1816. 

3.  Il  était  auparavant  vicaire  apostolique  du  Chan-toung  et  du  Ho-nan, 
évoque  de  Canope. 

4.  Le  pavillon  danois  flottait  sur  la  maison  anglaise  Jardine,  Matheson 
and  G". 


/|C)4  CHANG-IIAÏ 

si  lue  sur  les  bords  du  Houang-Pou  entre  le  Yang-king  Pang 
et  les  murailles  de  la  ville  chinoise. 

Le  premier  document  chinois  que  notre  interprète  consi- 
dérait «  comme  devant  constituer  le  premier  acte  public 
concernant  la  concession  française  de  terrains  à  Chang-Haï  » 
est  daté  de  la  ii''  lune  de  la  28"  année  Tao-Kouang,  qui  a 
commencé  le  mercredi  8  décembre  18^7  (27^*  année  Taô- 
kouang)  et  a  (ini  le  lundi  25  décembre  i848  (28*^  année 
Tao-Kouang)  ;  mais,  en  réalité,  Lin  Tao-taï  a  signé  la  con- 
vention ofliciellc  avec  M.  de  Monligny,  le  vendredi  6  avril 
18/19,  qui  correspond  au  1 4* jour  de  la  S**  lune  de  la  29'  an- 
née Tao-Rouang.  La  convention  de  M.  de  Monligny  fut 
depuis  approuvée  par  le  ministre  de  France,  M.  Forth- 
Ilouen,  et  le  Commissaire  impérial  à  Canton,  Seu. 

Les  Anglais  avaient  signé  la  leur  le  jeudi,  ifx  septembre 
1846,  qui  correspond  au  Séjour  de  la  8"  lune  de  la  26^  an- 
née Tao-Kouang;  M.  Rutherford  Alcock,  qui  remplaça  le 
capitaine  Bal  four  comme  consul  britannique,  reprit  l'œuvre 
de  son  prédécesseur  le  lundi  27  novembre  i848,  qui  répond 
au  2*"  jour  de  la  11*'  lune  de  la  28"  année  Tao-Kouang. 

C'est  de  i848  que  date  Tétablissenjent  par  Févéque  protes- 
tant Boone\  de  la  concession  américaine  sur  la  rive  gauche 
de  la  crique  de  Sou-lchéou,  sur  la  roule  de  \V  ou-soung.  On 
nomma  cette  portion  de  la  ville  Uimg  (lue,  parce  qu'elle  se 
trouvait  à  Tembouchure  keou  de  la  petite  rivière  I/ani;  ; 
depuis  l'usage  a  transformé  Hon^  que  en  llon^  kei\'\  pour 
être  logique,  il  aurait  fallu  écrire  en  anglais  ce  kav  :  koiv, 
connue  I/un  kowy  embouchure  du  llan. 

Les  consuls  des  trois  puissances  ayant  des  traités  avec  la 
Chine  :   Rutherford  Alcock  (Grande   Bretagne),   Robert  C. 


1.  Boone  (^H'en),  William-Joseph,  né  dans  la  Caroline  du  Sud; 
ovêque  en  i8'i'l  ".  arrivé  à  Chang-Haï  le  lO  juin  i845;  niorl  17  juillet 
1864. 


\ 


CONCKSSIONS    ÉTRANGfeRES  l\Ç)[y 

Murphy  (États-Unis  d'Amérique)  et  B.  Edan  (France,  p.  /.) 
donnent  en  juillet  i85/i  leur  approbation  aux  JVew  Land 
Régulations  ;  toutefois  le  gouvernement  français  ne  les  a 
pas  ratifiées.  (Voir  meeting  du  lo  mars  186G,  North-Chinn 
Heraldy  supp.  17  mars  1866;  et  extrait  d'une  lettre  de 
M.  de  Bourboulon,  ministre  de  France,  à  M.  Edan,  consul 
de  France  />.  /.  à  Chang-Haï,  insérée  par  M.  le  vicomte 
Brenier  de  Montmorand,  dans  le  North-CInna  Herald, 
19  mai  1866  \) 

Ajoutons  que  l'arrivée  des  rebelles  dans  la  ville  chinoise, 
en  i853,  amena  une  légère  intervention  des  Français  en 
faveur  des  troupes  impériales,  et,  pendant  uïie  des  luttes, 
une  partie  du  faubourg  entre  les  remparts  et  la  rivière  ayant 
été  brûlée,  la  concession  française  fut  augmentée  h.  la  suite  de 
ce  désastre.  En  i863,  Tagent-voyer  Lagacé  dressa  un  plan 
de  la  concession  française,  qui  est  déposé  dans  les  Archives 
du  Consulat  général.  Cette  même  année,  i863,  les  conces- 
sions anglaise  et  américaine  se  réunirent  sous  la  même 
administration  municipale;  mais,  dès  1862,  un  conseil  mu- 
nicipal français,  comprenant  d'ailleurs  un  certain  nombre  de 
propriétaires  fonciers  étrangers,  était  constitué  sous  la  prési- 
dence de  M.  Eugène  Buissonnet,  négociant,  et  conservait 
son  autonomie. 

Chang-IIaï  se  compose  aujourd'hui  de  cinq  parties  dis- 
tinctes :  sur  la  rive  gauche  du  Houang-pou. 

1°  Z/«  ^ille  chinoise,  entourée  de  remparts,  avec  son  ad- 
ministration spéciale,  enserrée  en  amont  par  le  faubourg  de 
Ton-Ka-dou  (Tong-kia-tou),  au  delà  duquel  s'étend  l'arse- 
nal impérial  de  Kao-tchang-miao  ; 

2**  Puis  la  Concension  française,  administrée  par  son 
conseil  municipal,  séparée  par  le  Yang-King-pang  ; 

3**  Du  Britisli  Seulement.  Ce  quartier  anglais  est  le  plus 

I.  Cf.  Bibliotheca  Sinica,  co\.  1049. 


^9^  CUANG-UAÏ 

beau  de  la  ville.  Le  British-Settlement  est  séparé  du  Settle- 
incïil  américain  par  la  crique  de  Sou-tchéou  ; 

/|°  Le  Settlement  américain^  Hong-Kew.  C'est  de  cet 
endroit  que  partait  le  chemin  de  fer  qui  reliait  Chang-Haï  à 
W  ou-soung  par  une  ligne  d'environ  quatre  lieues.  Ce  chemin 
de  fer,  que  les  Anglais  ont  été  obligés  de  céder  aux  Chinois, 
a  été  transporté  à  Formose.  Ces  concessions  étrangères  sont 
bordées  par  un  large  quai  que  l'on  nomme  Band;  deux 
grandes  belles  rues  conduisent  de  ce  quai  hors  de  la  ville  ; 
Tune,  française,  appelée  dans  la  concession  rue  du  Consulat, 
conduit  au  village  de  Siu  Kia-wei  ;  Tautre,  anglaise,  le  Ma-lou, 
route  des  chevaux,  dans  le  Settlement,  jadis  Park-lane,  au- 
jourd'hui Nan-King  road,  forme  une  agréable  promenade 
jusqu'au  Bubbling-Wcll  ;  là,  elle  se  divise  en  deux  routes, 
dont  l'une  à  droite  conduit  à  la  ferme  de  Jessfield,  l'autre  à 
Siu  Kia-wei  ; 

5"  De  l'autre  côté  de  la  rivière,  en  face  de  la  ville  chi- 
noise et  des  concessions  étrangères,  se  trouve  la  presqu'île 
de  Pon-toung,  occupée  par  des  chantiers,  des  docks,  des 
refuges  pour  les  marins,  etc. 

LA    PAGODE    DE    ÎS^G-PO 

Lors  de  la  création  de  la  concession  française,  il  y  avait, 
en  dehors  des  questions  personnelles,  des  dilïicultés  reli- 
gieuses provenant  des  scrupules  qui  rendaient  hasardeux 
Tenlèvement  de  nombreuses  sépultures  existant  sur  le  terrain 
destiné  à  la  concession  française.  11  y  avait  en  particulier 
deux  dépôts  mortuaires,  Wei-kouei,  des  gens  du  Fou-Kien 
et  de  Ning-Po  ;  le  premier  a  été  remplacé  par  Thôtel  actuel 
de  la  municipalité  française;  le  second*  a  causé  une  émeute 
populaire  parmi  les  Chinois,  le  3  mai  187^1. 

1.  .S'e  Min  g  Kong-so.   d'après   les   .S>  Ming  Chan,  collines  près  de 
Ning-Po. 


\ 


^C)8  CIIANG-HAÏ 

Ce  wei-kouei  ou  pagode  de  Mng-Po  se  trouvait  à  Tanglc 
des  mes  de  Ning-Po  et  de  Saigon,  près  du  canal  qui  entoure 
la  ville  indigène  ;  le  conseil  municipal  voulut,  en  187/1,  à  la 
suite  d'eni^pitMements  des  Administrateurs  de  cette  Pagode 
«  maintenir  le  tracé  ancien  des  rues  de  Saigon  et  de  Ning- 
l^^.  Elles  avaient  été  cédées  en  i8G3  à  la  Municipalité  par 
le  propriétaire  des  terrains,  de  même  que  toutes  les  voies 
de  communication  qui  desservent  actuellement  la  Conces- 
sion, par  une  décision  des  Propriétaires  Fonciers  prise  en 
commun  par  eux  à  cette  époque.    » 

Les  Administrateurs  de  la  Pagode,  pour  qu'il  ne  fût  pas 
donné  suite  au  projet  d'ouverture  d'une  route  à  travers  le 
cimetière  attenant  à  la  Pagode,  adressèrent  une  supplique  à 
M.  Ernest  Codeaux,  consul  général  de  France  à  Chang-Htiï', 
le  27  janvier  187/i,  suivie  d'une  seconde,  en  mars  187^1, 
que  voici  : 

«  L'établissement  et  le  cimetière  en  question  situé  en  dehors 
dr  la  vieille  porte  du  Nord  et  destiné  à  recevoir  les  cercueils  des 
£çcns  do  ^ingpo  qui,  décédés  à  (lliangbaï,  ne  laissent  pas  de  quoi 
subvenir  aux  (rais  de  transport  de  leurs  restes  mortels  jusque 
dans  leur  pays  natal,  doivent  être  considérés  comme  le  sont  dans 
votre  noble  pays  les  établissements  religieux  et  les  cimetières. 


I.  Godcaux,  Ernest-I\'apoléon-Marie,  né  le  11  juin  i833,  à  Paris; 
élève-consul  à  prendre  rang  le  G  janvier  i853  ;   élève-consul.  24  octobre 
i855;  attaché  en  cette  qualité  à  la  mission  de  M.  de  Montigny,  à  Siam. 
i5  novembre  i855  ;  au  consulat  général  à  Londres.  11  mai  1869  ;  chargé 
de  la  gestion  du  consulat  de  Port-Louis,  9  août  1861  :  consul  de  a*' classe. 
ah  août  i8()i  ;   à  Zanzibar,  as  janvier  i86a  ;    à  Hong  Kong.    a8  juillet 
i86a  ;  chevalier  de  la  Légion  d'honneur.  9  aoiit  i864  ;   consul  à  la  Nou- 
velle-Orléans, 18  novembre  i864  ;  consul  de  i"""^  classe,  8  novembre  1866; 
chargé  de  la  gestion  du  consulat  général  de  France  à  Chang-Uaî.  aa  mai 
187a  ;  consul  général  à  celte  résidence,  i4  juin  1878  ;  officier  de  la  Légion 
d'honneur,  9  janvier  1877  •  agent  consul  général  en  Egypte.  5  novembre 
1878  ;  consul  général  à  Naples,  i3  décembre  1879  •  "*'*  ^^  disponibilité, 
la  octobre  1881  ;   ministre  plénipotentiaire  do   a^  classe,   3i  août  i884  ; 
admis  à  la  retrailc,  3i  décembre  i884. 


LA    PAfiODE    DE    XING-PO  /|()9 

«  Les  Ambassadeurs  de  France,  à  la  demande  de  MM.  les 
Consuls-Généraux,  vos  prédécesseurs,  ont,  à  plusieurs  reprises, 
déclaré  qu'il  ne  serait  jamais  touché  aux  terrains  dont  il  s'agit  ; 
celle  propriété  a  même  élé  exemptée  de  l'Impôt  foncier  par 
M.  Brenier  de  Montmorand,  et  un  lilre  à  cet  effet  a  été  délivré 
par  le  Conseil  d'Administration  Municipale. 

a  Ce  terrain,  autrefois  clos  par  une  enceinte,  cpii  depuis  a 
élé  déiruite  par  les  soldais  anglais  à  répot[ue  de  la  rébellion,  et 
(pie  le  mancpie  de  fonds  n'a  pas  j)ermis  de  reconstruire,  n'est 
délimité  aujourd'hui  que  par  des  bornes.  L'ouverture  d'une 
roule  passant  au-dessus  des  cercueils  et  où  auraient  accès  che- 
vaux, voitures  et  piétons,  troublerait  les  débris  humains  dans 
leur  repos.  Si  l'on  nous  dit  d'enlever  ces  cercueils  et  de  les 
transporter  ailleurs,  nous  répondrons  :  «  Notre  cimetière  dillere 
essentiel Icfment  de  celui  de  la  Société  Pou-jen-tang  qui  touche 
au  nôtre  et  où  sont  enterrés  des  morts  ramassés  sur  la  voie 
publique,  pèle-méle  sans  distinction  de  ])rovince,  et  que  j>er- 
soune  ne  viendra  réclamer;  de  notre  côté,  au  contraire,  ce  ne 
sont  que  des  cercueils  de  gens  de  Ning-Po,  nos  amis  ou  nos 
])arents,  les  transporter  ailleurs  amènerait  une  très  grande  con- 
fusion le  jour  où  l'on  viendrait  nous  les  réclamer  car  ils  sont 
très  nombreux  et  presque  détruits  par  la  vétusté. 

c<  La  création  d'une  route  sur  notre  cimetière  n'est  pas 
d'ailleurs,  de  première  nécessité,  puisque  d'un  côté  se  trouve  une 
route  carrossable  et  de  l'autre  le  canal  qui  longe  l'enceinte  de  la 
Cité.  Les  soussignés  vienneni,  en  conséquence,  prier  M.  le  Con- 
sul Général,  de  vouloir  bien,  en  empêchant  l'ouverture  de  cette 
voie  de  comnumication,  leur  é|)argner  le  désagrément  de  toutes 
ces  exhumations.  Les  habitants  des  six  districts  de  Ning-Po  et 
leurs  morts  lui  en  seront  éternellement  recoimaissans  ». 


Si''né  :     TcnA.>G-TCHE-TSA\. 


•r 


SlUAO-TI-TSANG, 

Ki-\VA>(;-sin\<>, 
Leou-suien-i.in, 

iilEN-LIX-IIOLA, 

H  ANC.-TCIIEN-TCII  VM;, 

TcUOl  AN-LlEN-J  K\ , 

TcHOUA\-TA-|>I>, 

lioUNG-TSIX-LlN. 


OOO  CHANG-HAI 


i(  Le  Conseil  municipal  expos«iit  qu'il  «  avait  donc  à  ré- 
pondre h  la  fois  à  deux  suppliques  des  Administrateurs  de  la 
Pagode  de  Ning-Po,  et  il  est  important  de  faire  remarquer 
combien  les  prétentions  posées  nettement  dans  la  première 
requête,  parvenue  le  27  janvier,  se  sont  modifiées  dans  celle 
transmise  deux  mois  plus  tard  par  le  Consulat  Général.  Dans 
la  nouvelle  requête  les  signataires  ne  prétendaient  rien  moins 
que  ceci  —  «  c'est  que  le  droit  de  passage  finit  aux  limites 
de  la  Concession  et  qu'au  delà  les  propriétaires  ont  le  droit 
d'intercepter  la  route  selon  leur  bon  plaisir.  »  C'était  simple- 
ment la  reprise  de  la  route  de  SicaAvey  décrétée.  Mais  dans 
la  seconde  requête  les  Administrateurs  sont  moins  exigeants. 
Celle  fois,  entrevoyant  sans  doute  l'obligation  morale  d'une 
exhumation,  ils  cherchent,  allant  au  devant  de  cette  idée,  à 
la  combattre,  et  concluent  en  exprimant  l'espérance  que  par 
l'intermédiaire  du  Consulat  Général  le  désagrément  de  toutes 
ces  exhumations  leur  sera  «  épargné  en  empêchant  l'ouver- 
tures  des  rues  ». 

((  Malgré  tout  son  désir  de  respecter  les  sentiments  pieux 
des  Administrateurs  de  la  Corporation  de  Ning-Po  et  d'éviter 
tout  désagrément,  l'Administration  Municipale  ne  crut  pas, 
pour  des  motifs  énoncés  plus  loin,  faire  droit  à  leur  requête, 
ainsi  qu'il  est  exposé  dans  la  déhbération  suivante  extraite 
des  minutes  de  la  séance  du  Conseil  du  7  Avril  187^  :  —  » 

«  Communication  est  donnée  d'une  lettre  de  M.  le  Consul 
Général  de  France,  transmettant,  en  traduclion,  une  supplique 
que  les  Adniinislraleursde  la  Pagode  dcNing-polui  ont  adressée, 
à  l'effet  d'empêcher  l'ouverture  des  rues  de  Ning-po  et  de  Saigon 
qui  coupent  les  cimetières  constituant  la  propriété  attenante  à 
cette  pagode,  et  demandant  à  connaître  l'accueil  dont  le  Conseil 
l'aura  jugée  susceptible. 

«  Communication  est  également  donnée  d'une  même  supplique 
adressée  directement  au  Secrétariat,  et  les  arguments  contenus 
dans  ces  deux  documents  —  consistant  à  dire  que  l'ouverture 
des  rues  passant  au-dessus  des  cercueils  et   où   auraient  accès, 


LA    PAGODE    DE    MNG-PO  OO I 

chevaux,  voilures  et  piélons,  lioublerail  les  débris  humains  dans 
leur  repos,  et  que,  les  transporter  ailleurs  amènerait  une  grande 
confusion  le  jour  où  Ton  viendrait  les  réclamer  —  sont  soumis 
à  Tapprécialion  du  Conseil. 

«  Appelé  donc  à  se  prononcer  sur  cette  question,  le  Conseil, 
tout  en  respectant  et  en  appréciant  les  sentiments  qui  ont  dicté 
les  argumens  mis  en  avant  par  les  Administrateurs  de  la  Pagode 
de  Ning-po,  ne  saurait  cependant  les  admettre,  et  serait  dis|X)sé, 
au  contraire,  à  faire  ses  elforts  pour  que  les  débris  humains  des 
Chinois  soient  transportés  en  dehors  des  limites  de  la  Concession, 
ainsi  qu'il  a  été  fait  pour  ceux  des  marins  français  qui  reposent 
actuellement  dans  le  cimetière  municipal  sis  hors  de  la  Conces- 
sion. 

a  Eu  présence  même  des  efforts  que  l'Administration  a  faits  et 
des  sacriQces  qu'elle  s'est  imposés  pour  transférer  hors  des  limites 
de  la  Concession  les  cimetières  européens  qui  s'y  trouvaient,  le 
Conseil  ne  peut  que  souhaiter  et  demander  qu'il  en  soit  de 
même  pour  les  cimetières  chinois. 

«  Considérant  que  l'ouverture  des  rues  dont  il  s'agit  n'est  pas 
récente,  puisqu'elle  date  de  i863,  et  que,  depuis  celte  époque, 
le  tracé  en  a  toujours  figuré,  tant  sur  le  plan  de  la  Concession 
que  sur  le  terrain  ; 

«  Considérant,  en  outre,  (pi'on  ne  pourrait  restituer  des  voies 
de  communication  reconnues  d'utilité  publique  et  livrée^j  au 
domaine  public  depuis  la  création  de  la  Concession,  sans  se  voir 
obligé  de  détruire  toutes  celles  qui  ont  été  établies  sur  des  ter- 
rains emplovés  au  môme  usage  que  ceux  de  la  Corporation  de 
iNing-po,  le  Conseil  décide  qu'il  n'y  a  pas  lieu  d'accueillir  la  récla- 
mation des  Administrateurs  de  la  l*agode  de  INing-po  et  déclare 
les  rues  de  Ning-po  et  de  Saigon  être  voies  publiques  et  inalié- 
nables. » 

A  Tappui  de  leurs  revendications,  les  Administrateurs  de 
la  Pagode  de  Ning-Po  citaient  des  textes  : 


1 

T'oung-tché,  première  année,  troisième  lune  (avril  i8()a), 
avis  verbal  est  donné  par  S.  K.  le  Consul  de  France  Kdan, 
d'une  lettre  dans  laquelle  il  est  dit  qu'en  réjK)nse  à  sa  dépêche 


i 


0O3  ciia\(;-iia'i 

à  rAnibassadeur,  ce  dernier  a  accordé  l'autorisation  de  considé- 
rer le  terrain  de  la  Pagode  de  Ningpo  (Se-ming  Kong-so)  comme 
définitivement  sacré  et  de  n'y  porter  ni  atteinte,  ni  trouble. 

n 

T'oung-lclié,  troisième  Lune,  huitième  jour,  septième  année 
(3i  mars  1868)  : 

Le  Président  du  Conseil  Municipal,  en  réponse  à  une  com- 
uumication  adressée  aux  Autorités  supérieures,  a  reçu  l'autorisa- 
tion d'accéder  à  la  requête  du  Tao-tai  tendant  k  ce  que  la  pro- 
priété de  la  Pagode  de  Ningpo  soit  exonérée  d'impôts.  Vax 
conséquence  il  a  été  décidé  que  le  dit  terrain,  aussi  longtemps 
(pi'il  conservera  le  caractère  sacré  qu'il  possède,  est,  par  le  pré- 
sent, exonéré  d'impôts. 

Le  conseil  municipal  rétorquait  que  les  Chinois  n'avaient 
pas  le  droit  de  propriété  sur  la  concession  française  : 

«  Axant  d'aller  plus  loin,  il  est  essentiel  de  déterminer  eu 
vertu  de  quels  actes  et  de  quels  documents  ce  droit  de  voirie  sur 
les  rues  de  Ningpo  et  de  Saigon  est  acquis  à  la  Municipalité. 

«  En  186 1,  il  existait  sur  la  Concession  française  deux  Wei- 
kouei  ou  Pagodes  de  réunion  et  de  sépulture,  l'im  était  celui  du 
Kou-kien  qui  occupait  l'emplacement  de  l'Hôtel  Municipal  et  du 
(juartier  coupé  par  les  rues  adjacentes  dans  tout  le  prolongement 
de  la  rue  actuelle  dite  du  Wei-kouei,  et  enfin  l'autre  était  celui 
de  Ningpo  entouré  de  ses  cimetières. 

c<  Par  le  fait  de  la  cession  consentie  par  le  Gou>ernement 
chinois  au  Gouvernement  français  de  tout  le  territoire  connu 
aujourd'hui  sous  le  nom  de  Concession  française,  en  vertu  du 
traité  de  1860,  tous  les  Chinois  possesseurs  originaires  du  ter- 
rain se  trouvaient  forcément  expropriés,  aucun  Chinois  ne  pou- 
>ant  être  reconnu  comme  propriétaire. 

«  C'est  ainsi  que  les  terrains  formant  l'ancien  Weikouei  du 
?'ou-kien  devinrent  la  propriété  de  divers  étrangers. 

«  Ceux  du  Wei-kouei  ou  Pagode  de  Ningpo  devinrent  la  pro- 
priété exclusive  d'un  seul  étranger,  M.  Victor  Edan.  par  acte 
de  cession  du  12  décembre  1861  consenti  par  la  Corj>oration  de 
Ningpo  déclarant  ^L  Victor  Edan  propriétaire  de   la  Pagode, 


ÉMEUTE,    3    MAI     187/1  5o3 

des  terrains  et  cimetières  sis  tant  dans  l'intérieur  qu'à  l'extérieur 
de  la  Concession,  et  il  est  à  remarquer  que  M.  Victor  Edan  fut 
reconnu,  par  acte  légal,  propriétaire  des  dits  terrains  avant  toute 
occupation  militaire  de  la  Pagode 

«  Le  16  septembre  i863,  M.  Edan,  Consul  de  France  à  Tien- 
ïsin,  transmit  à  M.  Mauboussin,  Consul  Général  à  Ciliang-Haï,  une 
lettre  par  laquelle  M.  \  ictor  Edax,  son  frère,  renonçait  à  tous 
ses  droits  de  propriétaire  des  terrains  du  Wei-kouei  de  Ningpoen 
déclarant  qu'il  n'avait  pas  payé  la  sonune  stipulée  dans  l'acte 
primitif.  M.  Mauboussin  ne  voidut  pas,  toutefois,  reconnaître 
comme  propriétaire  des  dits  terrains  la  Corporation  deiVingpo,  par 
la  raison  peu  connue  du  public,  qu'aucun  sujet  chinois  ne  jxîut, 
aux  yeux  de  l'Autorité  française,  être  reconnu  légalement  pro- 
priétaire-foncier sur  la  Concession, 

«  La  supplique  des  Administrateurs  de  la  Corporation  de 
^iingpo  insinue  donc  à  tort  que  leur  possession  existe  en  vertu 
d'actes  authentiques.  Le  fait  de  leur  possession  n'existe,  au 
contraire,  qu'en  vertu  d'une  tolérance,  et  il  ne  peut  être  pro- 
duit par  eux  aucun  acle  de  propriété.   » 


ÉMEITE,    3    MAI     1874 

Le  dimanche,  3  mai  187^,  la  populace  chinoise  s'assem- 
blait près  de  la  pagode  de  Ning-Po  ;  excitée  par  les  adminis- 
trateurs, elle  attaqua  la  maison  de  Tagenl  voyer,  M.  Perce- 
bois,  maltraita  celui-ci  ainsi  que  sa  famille  ;  une  demoiselle 
Mac  Lean,  missionnaire  protestante,  qui  demeurait  à  côte 
de  Tagent  voyer,  fut  traînée  par  les  cheveux  ;  les  écuries 
d'un  marchand  de  chevaux,  M.  Charrier,  et  quelques  mai- 
sons chinoises  du  voisinage  furent  incendiées,  huit  Chinois 
furent  tués.  Les  volontaires  sortirent,  les  navires  de  guerre 
Couleuvre  (français)  et  Ashuelot  (américain)  débarquèrent 
des  marins,  et  Tordre  fut  rétabli  après  que  dans  la  soirée, 
de  nouveaux  troubles  eurent  éclaté. 

11  est  bien  regrettable  que  notre  Consul  Général  criit  devoir 
céder  devant  les  clameurs  de  la  foule  et  Témcule  dans  la  rue, 


ê 


5o4  CHANG-HAÏ 

et  d'annuler  la  délibération  du  Conseil  Municipal  relative  aux 
rues  de  Ning-po  et  de  Saigon,  jusqu'à  ce  qu'il  eut  reçu  des 
instructions  du  Ministre  de  France  à  Péking.  Je  me  souviens 
que  cette  faiblesse  causa  la  plus  fâcheuse  impression  dans  la 
colonie  étrangère  et  que  noire  agent  fut  Tobjet  de  sarcasmes, 
dont  quelques-uns  d'ailleurs  étaient  d'un  goût  douteux.  Le 
Consul-Général  cul  aussi  la  fâcheuse  idée  de  proposer 
comme  solution  du  conflit  qui  existait  entre  lui  et  la  Muni- 
cipalité de  réunir  la  concession  française  au  «  sctllement  » 
international. 

Il  est  inconlestable  également  que  le  Conseil  Municipal, 
impré\oyanl  et  obstiné,  a  moniré  trop  d'énergie  dans  ses  récla- 
mations et  qu'ijn  peu  de  diplomatie  de  sa  part  eut  évité 
l'émeute  du  '^  mai  ;  ce  fut  l'avis  du  ministre  de  France  à 
Péking,  M.  L.  de  Geofroy,  dans  une  lettre  au  Président  du 
Conseil  Municipal  '  : 


LETTRES    l)L     MIMSTRE   DE    FRANCE 

Péking,  le  32  mai  187/1. 

Monsieur  le  Président, 

J'ai  reçu  la  lettre  que  vous  m'avez  fait  rhoniieur  de  m'écriro 
le  l'j  de  ce  mois  jx)ur  nie  prier  de  suspendre  ma  décision  sur 
rafTaire  de  la  Pagode  de  Ming-po  jusqu'à  ce  qu'un  mémoire 
explicatif  et  justificatif  ail  pu  être  mis  sous  mes  yeux. 

Après  les  déplorables'événenienis  du  3  de  ce  'mois  et  au  point 
où  en  sont  les  choses,    ce  'mémoire  n'aura  plus  guère,    ce  mr 

f .  Rapport  du  Conseil  d' administration  municipale  sur  l'affaire 
des  rues  de  Ning-po  et  de  Saigon,  adressé  à  Messieurs  les  Elec- 
teurs de  la  concession  française.  Br.  in  8,  pp.  16. 

—  Bulletin  d'administration  municipale  de  la  concession  fran- 
çaise à  Shanghaï.  —  Compte  rendu  de  Vaffaire  des  rues  de  Ning^po 
et  de  Saigon,  et  correspondance  échangée  à  ce  sujet.  Shanghaï,  187^4 , 
br.  in-8,  pp.  iii-85. 


LETTRE    DU    MINISTRE    DE    FRANCE  5o5 

semble,  que  la  valeur  d'un  document  rélrospcclif.  utile  tout  au 
plus  pour  faire  ressortir  le  prix  de  la  concession  'que  nous 
avons  faite. 

Quant  à  retirer  celle- ci  vous  en  reconnaissez  vous-même 
l'impossibilité  lorsque  que  vous  dites  que  cela  entraînerait  la 
nécessité  d'une  nouvelle  répression.  S'il  est  fâcheux  d'avoir  eu 
à  céder  devant  l'émeute,  qui  conseillerait  d'en  provoquer  une 
seconde  pour  se  réhabiliter  ?  Ce  que  la  prévoyance  et  la  sagesse 
conunandaient,  c'eût  été  d'accueillir  en  temps  opportun  la  p»Ui- 
tion  si  raisonnable  et  si  convenable  dans  sa  forme  des  Adminis- 
trateurs de  la  Pagode  de  Ning-po.  Je  m'étonne  que  le  Conseil, 
sachant  combien  ces  questions  de  tombeaux  passionnent  les  Chi- 
nois, n'ait  pas  craint  d'en  susciter  une  et  ensuite  de  s'y  obstiner 
pour  un  intérêt  secondaire  et  même  contestable. 

Mais  ce  qui  ne  m'étonne  pas  moins  et  qui  est  iniiniment 
déplorable  c'est  la  lettre  que  le  Conseil  s'est  permis  d'écrire  au 
Consul-Général  de  France  et  de  faire  imprimer  dans  les  jour- 
naux, et  je  ne  doute  pas,  Monsietu*.  que  la  première  émotion 
passée,  vous  n'ayez  été  vous  et  vos  collègues,  les  premiers  à  la 
regretter. 

Recevez,  etc. 

Le  Ministre  de  France, 

Signé  :   L.  dk  (Jeofroy. 


Ayant  reçu  le  rapport  du  Président  du  Conseil  municipal, 
M.  de  Geofrov  lui  écrivait  encore  : 

Péking,  le  17  juin  187^. 
Monsieur, 

J'ai  reçu  par  l'entremise  de  M.  Godeaux,  le  rapport  détaillé 
que  vous  m'avez  adressé  à  la  date  du  i'^'"  juin,  ainsi  que  la 
lettre  du  même  jour  par  laquelle  vous  vous  plaignez  de  ce  que 
j'aie  rendu  une  sentence  en  refusant  de  connaître  toutes  les  pièces 
du  procès. 

Permettez-moi,  Monsieur,  de  vous  faire  remarquer  que  je 
n'ai  point  «  rendu  de  sentence  »,  que  je  n'ai  jugé  aucun  procès. 
Je  ne  suis  point  entré  dans  la  question  de  droit,  je  ne  pouvais 


5o6 


CHANG-HAI 


y  entrer  n'ayant  pas,  en  efTet,  les  documents;  j'ajouterai  même 
que  je  n'ai  pas  voulu  y  entrer,  du  moment  où  les  événements 
ne  donnaient  plus  i\  cette  élude  qu'un  intérêt  spéculatif;  à 
priori,  j'étais  porté  a  croire  que  les  droits  de  la  Municipalité 
étaient  bien  établis.  La  lecture  des  pièces  que  vous  avez  bien 
voulu  m'envoyer,  n'a  point  changé  mon  opinion;  mais,  mon 
devoir  étant  de  me  placer  au  point  de  vue  de  nos  intérêts  géné- 
raux en  Chine,  je  ne  pouvais  et  je  n'ai  voulu  marquer  que 
deux  points;  d'abord  que  la  mesure  que  présentait  le  Conseil  était 
inopportune.  11  est  an*ivé  tous  les  jours  qu'on  se  désiste  d'un  droit 
incontestable,  ou  qu'on  en  suspend  l'exercice,  en  considération 
d'in^onvénients  majeurs;  en  second  lieu,  que  votre  lettre  au 
Consul  Général  et  son  impression  dans  les  journaux  étaient 
regrettables.  J'ai  une  trop  bonne  opinion  de  votre  jugement  et 
de  celui  de  vos  collègues  pour  ne  pas  être  assuré  que  vous  l'avez 
reconnu  avec  moi. 

Vous  comprendrez" également,  je  me  plais  à  le  croire,  qu'au 
dessus  des  questions  personnelles  s'élève  avant  tout,  l'intérêt  de 
notre  Concession  et  combien  il  est  désirable  que  d'accord  avec 
le  Consulat  Général,  vous  continuiez  h  vous  consacrer  à  l'œuvre 
que  vous  avez  entreprise  en  tâchant  de  remédier  aux  diflicvdtés 
actuelles.  Laissez-moi  espérer  que  je  n'aurai  point,  en  vain,  fait 
appel  à  votre  patriotisme  et  à  votre  dévouement. 

Recevez,  etc., 

Signé  :   L.  de  Geofuoy. 


M\NQUE    DE    COCLl  SIO> 

Le  ministre  de  France  avait  raison  de  couvrir  son  Consul 
Général  et  peut-être  la  mesure  du  Conseil  municipal  était-elle 
inopportune  et  prématurée;  dans  tous  les  cas,  nous  avions 
perdu,  sans  doute,  une  excellente  occasion  de  régler  une  fois 
pour  toutes  la  question  de  la  Pagode  de  Ning-Po;  elle  était 
enterrée,  mais  nous  la  verrons  renaître  en  1898. 

Il  ne  faut  pas  oublier  que  nous  étions  engagés  au  Tong- 
King  et  que  Paris  télégraphiait  d'é\iter  toute  difficulté  avec 
la  Chine  (y 9  mai  iSy'i).  M.  de  Geofroy  aurait  voulu  profiler 


MANgUK    DK    CO.NCLUSIOX  007 

(le  la  circonsUnce  pour  substituer  à  Tarlicle  XIII  du  Traité 
(le  Tien-Tsin  relatif  à  la  religion  chrétienne  un  règlement  en 
sept  articles  ;  les  Chinois  lui  opposèrent  leur  propre  mémo- 
randum de  1871  en  huit  articles  qu'ils  lui  proposèrent  de 
prendre  comme  bases  de  nouvelles  négociations.  Preuve, 
disaient-ils,  de  leur  désir  d'arriver  à  une  entente  !  Hin  réalité, 
pure  ironie  î  Pour  comble  d'impertinence,  le  Prince  Koung 
introduisait  une  demande  reconven^ionnelle  : 

a  Six  Chinois  ont  été  tués  à  coups  d'armes  à  feu  de  la  main 
des  Étrangers.  Si  ou  ne  recherche  ni  n'arrête  les  assassins  pour 
les  juger  cl  les  condamner  à  mort,  il  est  très  à  craindre  qu'on 
ne  puisse  satisfaire  le  cœur  des  gens  et  (^Imer  l'indignation  de 
la  foule.  Le  meurtrier  est  puni  de  mort.  Cette  loi  doit  être 
commune  à  la  Chine  et  a  l'Étranger  pour  que  la  justice  soit 
manifeste  »  (ai  mai  1874). 

M.  de  Geofroy  ne  pouvait  que  répondre  que  les  Chinois 
étaient  les  agresseurs  et  que  les  «  assassins  »  étaient  des  gens 
en  état  de  l(»gitime  défense.  Le  Prince  Koung  ne  voulut  pas 
reprendre  sa  note  et  le  ministre  de  France  ne  put  que  la 
considérer  comme  non  avenue  et  la  laisser  sans  réponse. 


CHAPITRE  XX\IV 


L'ÉMIGRATION  CHINOISE  (1874) 


CAL  SES    DE    L  EMIGRATION 

L'émigration  chinoise  comprend  ce  grand  flot  de  popula- 
tion, cette  grande  masse  de  travailleurs  qui,  sous  le  nom  de 
coolieSy  se  sont  répandus  plus  particulièrement  en  Californie, 
aux  Antilles,  au  Pérou,  en  Australie. 

Le  nom  de  coolie  n'a  rien  de  chinois;  nous  l'avons  pris 
à  l'anglais  qui  lui-même  Ta  emprunté  au  mot  cuH,  lequel, 
nous  disent  les  dictionnaires,  en  hindoustani  veut  dire  un 
laboureur  loué  à  la  journée,  en  turc  un  esclave  ou  simple- 
ment un  serviteur.  Le  coolie  est  pour  les  Chinois  un  tclwu 
tsaï,  l'équivalent  «  de  petit  cochon  ». 

Une  population  trop  nombreuse  dans  certaines  provinces, 
produisant  un  excédant  de  travailleurs  et  par  suite  une  main- 
d'œuvre  trop  bon  marché  et  une  rétribution  trop  faible  pour 
permettre  au  coolie  de  subsister,  est  la  cause  première  de 
rémigration,  à  laquelle  viennent  s'ajouter  d'autres  motifs 
d'intérêt  moindre  quoique  fort  importants,  par  exemple  une 
industrie  encore  dans  l'enfance  qui  n'emploie  qu'un  nombre 
limité  de  bras,  un  petit  commerce  encombré,  la  facilité  des 
moyens  de  communication  avec  l'étranger,  etc.  N'oublions 
pas  en  outre  le  besoin  de  travailleurs  pour  de  grands  travaux 
comme  le  chemin  de  fer  transcanadien,  l'exploitation  des 
plantations  de  sucre,  etc. 


CO.SVEXTIO  d'éuiguation,    i86G  joq 


CO>VE>T10^    n'ÉMIGHATlON,      1 866 

Quoique  l'éniigrallou  se  produise  sur  une  grande  échelle 
depuis  fort  longtemps,  c'est  seulement  depuis  iSSg  qu'elle 
a  reçu  la  sanction  légale  des  autorités  chinoises  du  Kouang- 
loung,  agissant  à  Tinsligalion  des  Anglais  et  des  Français  qui 
occupaient  alors  militairement  Canton,  la  capitale  de  cette  pro- 
vince. Plus  tard,  cette  sanction,  de  locale  qu'elle  était  devint 
générale  h  la  suite  des  traités  de  1860;  mais  ce  nVst  que  le 
5  mars  1866  qu'une  convention  en  22  articles  arrêtée  entre 
Sir  Rutherford  Alcock,  ministre  d'Angleterre  à  Pcking, 
M.  de  Bellonet  \  chargé  d'affaires  de  France,  et  le  prince 
Koung,  établit  des  règlements  suivant  lesquels  était  autorisée 
l'émigration  des  coolies.  Il  est  juste  de  dire  que  cette  con- 
^ention  n'a  été  ratifiée  ni  par  le  gouvernement  anglais,  ni 
par  le  gouvernement  français. 

Néanmoins  quelques-uns  des  articles  de  cette  convention 
méritent  d'être  signalés.  L'article  IX  limite  la  durée  des 
engagements  par  contrats  à  5  ans,  et  à  l'expiration  de  ce  laps 
de  temps  le  maitre  est  tenu  de  fournir  la  somme  spécifiée 
dans  le  contrat  pour  le  prix  du  passage  de  retour  en  Chine. 
Cette  clause  déclare  aussi  que  dans  le  cas  où  l'immigrant 

I.  Bellonet,  Claude- Henri^ Marie ^  attaché  autorisé  aux  Archives, 
25  juin  i85o;  attache  libre  à  Naples,  ai  septembre  i853  ;  à  Bruxelles, 
3  aoiU  i853  ;  attaché  au  département,  3i  août  i856;  désigné  à  Bruxelles, 
i3  septembre  i856;  secrétaire  de  3*-'  classe  à  Cassel,  ik  juin  1807  ♦  <Jcsi- 
gné  pour  remplir  les  fonctions  de  %^  secrétaire  à  Riode- Janeiro,  17  août 
1857;  mis  sur  sa  demande  en  disponibilité,  26  octobre  1867  ;  secrétaire 
de  2*^"  classe  à  Téhéran,  2/1  janvier  1860;  chevalier  de  la  Légion  d'hon- 
neur. Il  août  1862  ;  secrétaire  do  2<^  classe  à  Péking,  20  octobre  1862  ; 
à  Stockholm,  2^  janvier  1867;  secrétaire  de  i^^  classe  à  Washington, 
16  juin  1870;  ministre  plénipotentiaire  à  Lima,  28  octobre  1872  ;  admis 
au  traitement  d'inactivité  de  son  grade,  23  août  1874;  décédé  à  Paris  lo 
23  ou  le  2^  avril  1881. 


510  l'émigration  ciiiNorsE  (1874) 

préférerait  rester,  et  si  les  autorités  Ty  autorisent,  il  recevra 
la  moitié  du  prix  de  passage  s'il  fait  un  nouveau  contrat 
avec  le  mèiux'  maître,  celui-ci  devant  s'engager  encore  dans 
ce  contrat  à  lui  fournir  la  somme  entière  spécifiée  à  la  fin  du 
second  terme  de  5  ans.  D'un  autre  côté  si  le  Chinois  ne  se 
rengage  pas  avec  le  mi^me  maftre^  celui-ci  doit  lui  remettre 
immédiatement  celte  somme.  L'immîgrmal  a  de  plus  le  droit 
de  demander  cette  concession  s'il  devient  incapable  de  tra- 
vailler par  suite  de  maladie  avant  la  fin  de  son  conliaL,  et  de 
requérir  l'assistance  des  autorités  si  cela  lui  est  refusé. 

L'article  X  stipule  que  sur  sept  jours  il  doit  y  en  avoir  un 
de  repos  et  que  le  coolie  ne  pourra  être  forcé  à  travailler 
plus  de  9  heures  et  demie  sur  24,  tout  travail  obligatoire  en 
plus  étant  défendu. 

L'article  XI  déclare  que  les  Chinois  au-dessous  de  20  ans 
ne  [Mourront  pas  émigrer  à  moins  de  produire  une  autorisa- 
tion écrite  de  leurs  parents  scellée  par  Taulorité  locale  de 
l'endroit  où  ils  habitent  —  ou  s'il  est  impossible  de  produire 
ce  document,  une  autorisation  écrite  de  Tautorité  locale  seu- 
lement. 


DRAMES   DE   l/ÉMIGUATIO?» 


Les  engagements  de  coolies  étaient  j)Our  la  plupart  du 
temps,  loin  d'être  volontaires;  par  la  ruse  ou  par  la  force, 
on  les  arrachait  de  leur  pays  ;  avant  les  règlements  qui  ont 
adouci  la  barbarie  d'un  commerce  qui  rappelle  à  beaucoup 
d'égards  celui  des  esclaves  de  la  cote  d'Afrique,  beaucoup  de 
Chinois  étaient  enlevés  bru  tellement;  vis-à-vis  d'un  grand 
nombre  on  usait  de  violence  morale  {X)ur  les  faire  partir; 
d'autres  cédaient  à  des  promesses  trompeuses  :  ces  malheu- 
reux, exaspérés  par  de  mauvais  irailemenls,  souvent  excités 
j)ar  leurs  compatriotes,  bandits  ou  pirates  qui  s'étaient  glis- 
sés parmi  eux  jK>ur  échapper  aux  lois  de  leur  pays  ou  dans 


DRAMKS    DE    i/ÉMIGRATIO^C  5 1  I 


respérancc  de  faire  un  mauvais  coup,  se  révoltaient.  Il  se 
passait  alors  en  mer  de  sombres  tragédies  qui  égalaient  en 
horreur  celles  qui  eurent  jadis  les  négriers  pour  théâtre. 

Le  navire  français  La  Nouvelle  Pénélope^  capitaine  Le 
Vigoureux,  quitta  Macao  le  i*""  octobre  1870  pour  le  Gallao, 
avec  un  chargement  de  3io  émigrants  chinois  ;  le  /|,  ceux- 
ci  se  révoltèrent  :  le  cai)itaine  et  six  européens  furent  massa- 
crés ;  le  second  el  sept  matelots  survivants  eurent  la  vie 
sauve  pour  conduire  le  bâtiment  qui  fut  échoué  et  pillé  près 
de  la  baie  de  Tien-pak.  D'après  Tenquéte  qui  fut  faite  par 
M.  P.  Dabry*,  consul  de  France  à  Canton,  il  paraîtrait  que 
c'était  la  troisième  affaire  à  laquelle  était  mêlée  le  chef  des 
révoltés  ;  après  avoir  pillé  le  navire  étranger,  ils  retournaient 
a  Macao  dans  les  baraquements  de  coolies,  puis  se  faisaient 
embarquer  à  nouveau  pour  recommencer  de  plus  Wle  ; 
c'était  donc  moins  un  drame  de  l'émigration  qu'un  acte  de 
piraterie  facilité,  d'ailleurs  ,  par  le  commerce  des  coolies  de 
Macao  qui  n'était  en  somme  que  la  traite  déguisée  des  esclaves. 
C'était  bien  en  esclaves  que  furent  traités  ou  mieux  mal- 
traités les  608  coolies  embarqués  à  la  fin  de  1870  à  Macao 
pour  Ilonolulu  à  bord  du  navire  Do  tores  Ugarte^  du  San 
Salvador  ;  le  récit  des  souffrances  des  malheureux  est  révol- 
tant. Ce  même  bâtiment  rebaptisé  le  Don  Juan  remit  à  la 
voile  de  Macao  le  [\  mai  1871  avec  65o  émigrants  à  desti- 
nation du   Pérou   dont   plus  de  5oo  furent  brûlés  avec  le 

I.  Dabry  do  Thiersant.  Claude-Philibert ^  né  le  5  avril  1826;  élève 
de  Saint-Gyr,  16  décembre  i845  ;  sous-lieutenant,  i*^""  octobre  1847; 
lieutenant,  19  février  i853  ;  capitaine  au  5i^  de  ligne.  16  septembre 
i856  ;  commissaire  du  gouvernement  français  bTchousan  el  &  Tien-Tsin; 
chevalier  de  la  Légion  d'honneur,  26  mars  1862  ;  chargé  de  la  gestion  du 
consulat  do  Han-kéou,  a8  juillet  1862;  du  consulat  général  de  Chang- 
Haï,  9  décembre  1868  ;  consul  do  2*^  classe  à  Canton.  27  novembre  1869  ; 
consul  do  i***^  classe,  2  août  187 1  ;  consul  général  et  chargé  d'affaires  au 
Guatemala,  26  janvier  1878;  minisire  plénipotentiaire  de  2 <^  classe,  ei 
mis  en  disponibiUlé,  3o  avril  i884  ;  admis  à  la  retraite,  \^^  janvier  i885  ; 
mort  à  Lyon,  011  il  était  de  passage,  en  1898. 


5 la  i/émigratiox  ciiinoisk  (1874) 

navire  lieux  jours  plus  lard'.  Le  28  mai  1872,  la  Marin 
LuZj  navire  j>éruvien,  partit  pour  le  Callao,  mais  à  son  arri- 
vée au  Japon,  le  gouvernement  du  Mikado  remit  les  coolies 
en  liberté  et  les  renvoya  dans  leur  pays. 

Le  vapeur /^<2/r//^j-,  jadis  le  Vixen  (anglais),  fut  vendu  à 
llong-Kong  en  juillet  1872,  acheté  par  une  maison  alle- 
mande, Paul  Ehlers  et  Co.,  transféré  par  elle  au  pavillon 
espagnol  et  envoyé  le  i*''  août  à  Macao  après  avoir  fait  de 
IVau  et  du  charbon.  Là,  il  embarqua  ioo5  coolies  avec  les- 
quels il  leva  Tancre  le  26  août  ;  le  même  jour,  une  révolte 
éclata  à  bord  et  fut  cruellement  châtiée  ;  le  Fatchor  passa  à 
Anger,  Batavia  (9  septembre)  puis  à  Maurice,  au  cap  de 
Bonne-Espérance,  et  arriva  enfin  à  la  Havane:  quatre-vingts 
coolies  moururent  pendant  la  traversée;  la  saleté  et  Todeur 
étaient  horribles;  jamais  les  salles  de  malades  n'étaient  net- 
toyées. Quand  le  Fatchoy  reparut  à  Hong-Kong  le  i*""  mai 
1873,  le  capitaine  du  port  voulut  faire  une  enquête  à  bord, 
mais  le  vapeur  repartit  pour  Macao  avant  qu'il  ait  pu  accom- 
plir sa  mission  *. 

Rien  de  plus  instructif  que  la  liste  dressée  le  3i  mars  187 4 
par  M.  D.  B.  Robertson,  consul  d'Angleterre  à  Canton,  des 
navires  de  coolies  sur  lesquels  éclatèrent  des  révoltes  ou  qui 
subirent  des  désastres  de  i845  à  1872^;  depuis  la  Lady  Mon- 
/^^'w^  (anglais),  1862,  jusqu'à  la  Maria  Luz  (péruvien),  je  ne 

1.  Correspondence  respecting  the  Emigration  of  Chinese  Coolies 
fvom  Macao.  Presented...,  187 1.  Lond.,  in-fol.  [C.  —  4o3.] 

Correspondence  respecting  the  Emigration  of  Chinese  Coolies 
from  Macao  (In  continuation  of  Papcrs  presented  on  the  i^th  July, 
1871).  Presented...,  1872.  Lond.,  in-fol.  [C.  —  5o/|.] 

2.  Correspondence  respecting  the  Macao  Coolie  Trade,  and  the 
Steamer  «  Fatchoy  »    Presented...,  1873.  Lond.,  in-foL  [C.  —  797) 

China,  n"  2  (1874).  Correspondence  respecting  the  Macao  Coolie 
Trade.  Presented...   1874.  Lond.,  in-fol,  [.  —  908.) 

China,  n®  3  (1875).  Correspondence  respecting  the  Macao  Coolie 
Trade:  187/1-75.  Presented...,  1876.  Lond  ,  in  fol.  [G.  —  1212.] 

3.  [C.  —  1212J.  p.  6-7. 


LE    COOUE  5l3 

compte  pas  moins  de  34  navires  qui  laissent  leurs  noms 
déshonorés  dans  les  annales  de  la  traite  des  coolies  ;  je  re- 
grette de  compter  six  français  dans  le  nombre. 

Les  grands  paquebots  qui  transportent  à  travers  le  Paci- 
fique les  Chinois  par  milliers  en  Californie  ne  sont  à  compa- 
rer en  rien  à  ces  bâtiments  trafiquant  de  l'homme  qui  étaient 
la  honte  naguère  des  mers  de  Chine. 

Le  22  août  1873,  au  reçu  de  Londres  d'une  ordonnance 
relative  aux  navires  étrangers  d'émigranls,' le  gouverneur  de 
Hong  Kong  donna  l'ordre  à  sept  bâtiments  faisant  la  traite 
de  quitter  la  colonie  :  un  battait  pavillon  italien  (le  vapeur 
(j/ensannox)y  un  belge  (le  vapeur  Aelusko^,  un  portugais 
(Cecilia)  et  quatre  étaient  péruviens  (JLuisa  Caneifaro, 
Columbia,  Agustinha^  Ysabel).  L'accusation  portée  contre  la 
colonie  britannique  de  servir  de  port  d'équipement  aux  navires 
qui  se  rendaient  ensuite  à  Macao,  pour  embarquer  les  coolies 
tombait  par  suite  de  celte  mesure  radicale  * .  Macao  restait  le 
grand  marché  du  bétail  humain  destiné  à  l'approvisionne- 
ment de  l'Amérique.  Une  proclamation  du  gouverneur,  le 
vicomte  de  S.  Januario,  du  27  décembre  1873,  a  mis  fin  à 
ce  honteux  trafic;  mais  Macao  a  perdu  la  principale,  on 
pourrait  presque  dire  l'unique  source  de  ses  revenus,  et  celte 
antique  métropole  est  aujourd'hui  plongée  dans  une  ruine 
qu'un  grand  typhon  a  rendue  plus  complète  encore  il  y  a 
quelques  années  (22-23  septembre  1874). 

LE    COOLIE 

Le  Chinois  est  sobre,  travailleur,  économe;  ses  besoins 
étant  restreints,  il  se  contente  de  gains  minimes  ;  il  est  doué 

I.  Hongkong  Coolie  Trade.  —  Papers  relative  to  the  Measures 
taken  to  prévenu  the  fitting  out  ofships  at  Hong  Kong  for  the  Macao 
Coolie  Trade.  Présentée...  July    1878.    London,   1878,  in-fol.  [C.  — 

829.] 

GORDIER.  I.   —  33 


i 


5r4  L*ÉMIGRATION    CHINOISE    (1874) 

d'une  constitution    extraordinaire  qui  s'adapte  assez  facile- 
ment à  presque  tous  les  climats  :  travail,  santé,  épargne,  ont 
toujours  été  des  auxiliaires  précieux  pour  celui  qui  les  pos- 
sède. Le  Chinois  arrivait  en  Californie,  travaillait  à  la  terre, 
exécutait  les  travaux  que  ses  rivaux  plus  avides  abandonnaient 
pour  se  livrer  à  la  recherche  de  Tor;  c'est  le  laborieux  Chi- 
nois qui  a  permis  au  mineur  de  vivre  ;  plus  tard  il  s'est  em- 
paré d'une  partie  du  petit  commerce  et  il  a  été  employé  à 
construire  ce  grand  chemin  de  fer  qui  étend  sa  ligne  gigan- 
tesque de  l'est  à  l'ouest  des  Etats-Unis,  de  l'Atlantique  au 
Pacifique  ;  c'est  lui  aussi  qui  a  fourni  à  l'Irlandais,  à  l'Alle- 
mand, à  TAméricain,  plus  habiles,  plus  instruits,  plus  forts 
que  lui,  un  prétexte  pour  réclamer  des  gages  plus  élevés.  Et 
que  lui  reproche-ton  ?  Il  reste  Chinois,  c'est-à-dire  qu'il  ne 
s'attache  pas  au  sol  où  il  a   vécu,  qu'il  retourne  dans  ses 
foyers  après  avoir  amassé  une  petite  aisance  qui  ne  suflirait 
pas  à  six  mois  de  l'existence  de  ceux  qui  le  veulent  chasser  ; 
ou  si  la  fortune  adverse  Tempêche  de  revoir  son  pays  natal, 
il  y  fait  transporter  son  cercueil  pour  reposer  près  de  ses 
ancêtres.  Mais  s'il  emporte  un  peu  de  cet  or  dont  il  a  fait 
gagner  une  si  grande  quantité  à  ses  patrons,   ne  laisse-t-il 
pas  derrière  lui  un  travail  équivalent  ?  Depuis  quand  et  pour 
quelle  nation  l'or  serait-il  la   richesse  même  au  lieu  de  n'en 
être  que  le  signe?  Et  puis  ce  Chinois  qui  part  est  remplacé 
par  dix  autres  ;  il  ne  fait  donc  pas  le  vide.  On  lui  reproche 
aussi  de  vivre  en  communauté,  de  ne  pas  se  mêler  aux  autres 
races,  de  conserver  ses  habitudes,  ses  mœurs,  ses  coutumes, 
ses  lois,  en  un  mot  de  fomier  un  Étal  dans  TÉtat.  Maiss'est- 
il  jamais  montré  rebelle?  Il  n'oppose  h  ceux  qui  veulent  le 
dominer  qu'une  force  d'inertie  qu'il  est  facile  de  combattre 
en  assimilant  les  Chinois  aux  autres  habitants  du  pays  et  en 
leur  appliquant  les  lois  et  les  règlements.  Et  franchement,  si 
on  prend  la  question  de  plus  haut,  n'est-il  pas  dans  l'intérêt 
de  la  civilisation  que  ces  vastes  territoires  encore  déserts  de 


LE    COOLIE  5l5 

r Amérique  du  Nord  soient  peuplés  par  une  race  laborieuse, 
aclive,  intelligente? 

D'ailleurs,  cette  antipathie  pour  la  race  chinoise  n'est  pas 
universelle.  Si  aux  Philippines  et  en  Australie,  par  exemple, 
le  Chinois  est  détesté,  il  est  recherché  au  Pérou  et  à  Cuba. 
L'antipathie  dont  il  est  l'objet  dans  un  pays  ne  se  retrouve 
même  pas  toujours  chez  toutes  les  classes  de  la  population  : 
ainsi  en  Californie,  si  le  travailleur  blanc  repousse  le  travail- 
leur jaune  comme  un  redoutable  concurrent,  le  riche  le  re- 
cherche comme  domestique.  On  remarquera  que  cette  anti- 
pathie qui  varie  non  seulement  suivant  les  pays,  mais  encore 
suivant  les  classes,  a  des  origines  diverses  :  la  crainte  d'un 
rival  dangereux  dans  certains  cas,  la  répulsion  pour  des  ha- 
bitudes et  des  mœurs  bizarres  dans  d'autres. 

Celte  haine  s'explique  mieux  en  Californie  qu'ailleurs, 
car  ce  pays,  étant  en  communication  directe  avec  le  Céleste 
Empire  et  offrant  de  grandes  ressources,  se  sent  le  plus  me- 
nacé par  cette  invasion.  La  Californie  a  un  commerce  des 
plus  importants  avec  l'Extrême-Orient  où  elle  exporte  ses 
produits  en  grande  quantité;  mais,  le  jour  où  elle  expul- 
sera les  Chinois,  ceux-ci  useront  de  représailles  :  ils  défen- 
dront l'entrée  de  leurs  ports  h  l'importation  californienne  et 
fermeront  les  nombreuses  maisons  américaines  établies  chez 
eux.  Aussi,  lorsque  la  loi  contre  l'émigration  chinoise  fut  vo- 
lée par  le  Congrès,  le  Président  Hayes,  invoquant  les  clauses 
du  traité  qui  lie  les  Etals-Unis  à  la  Chine,  ht  ressortir  les 
inconvénients  qui  résulteraient  de  sa  rupture  et  opposa  son 
veto  * . 

Dansune  lettreadresséedeTien-Tsin,le  1 4 novembre  1860, 
par  le  baron  Gros  à  M.  de  Bourboulon,  il  est  dit  : 

«  L'émigration  des  coolies  étant  permise  dans  tous  les  ports 
ouverts  au   commerce    étranger,   il   y  aura  encore  à  établir,  de 

I.   Henri  Cordier,  Journnl  des  Débats^  12  juin  1879. 


5l6  L*ÉMIGRATION    CHINOISE    (1874) 

concert  avec  les  autorités  chinoises,  les  règles  indispensables  pour 
donner  à  ce  genre  de  spéculation,  qui  a  amené  trop  souvent 
d'abominables  abus,  toute  la  moralité  possible,  et  toutes  les 
garanties  nécessaires  au  maintien  de  la  plus  entière  liberté 
d'action  à  laisser  aux  émigrants  ^  » 


MISSION    CHINOISE    A    CUBA,     1 87 3-4 

En  1873,  une  Commission  composée  de  Tchen  Lan-pin ', 
directeur  d'une  mission  dlnstruclion  aux  Etats-Unis,  et  de 
deux  directeurs  des  Douanes  Impériales  Chinoises,  MM.  A. 
Macpherson  •'*  (Anglais)  et  Alfred  Huber*  (Français),  fut  en- 
voyée à  Cuba  pour  se  rendre  compte  de  la  condition  des 
coolies,  qui,  dans  les  Antilles  et  dans  l'Amérique  du  Sud  rap- 
pelle celle  des  anciens  esclaves.  Les  résultats  de  cette  mis- 
sion sont  renfermés  dans  le  rapport  suivant  : 


RAPPORT    DE    LA    MISSION    CHINOISE 

«  L'olTicier  délégué  Tchen  et  les  Directeurs  des  Douanes 
Macpiierson  et  Huber  ayant  terminé  leur  enquête  (sur  les  con- 
ditions des  travailleurs  Chinois  à  Cuba)  adressent  cette  ré- 
ponse : 

Le  10*  jour  de  la  lo*  lune  de  la  la*  année  de  T'oung  tché 
fut  reçue  la  communication  suivante  :  «  Attendu  qu'une  en- 
quête doit  être  faite  sur  les  conditions  des  Ëmigrants  Chinois 
dans  la  Colonie  Espagnole  de  Cuba,  le  Tsoung-li  Yamen  vient 

1.  Col.  part. 

2.  Du  Kouang  Toung;  avait  été  attaché  à  Tétat-major  de  Lieou 
Tch'ang-ycou,  pendant  la  campagne  des  Nien-fei  (1867). 

3.  Entré  dans  les  douanes  impériales  comme  li^  clerc,  octobre  1869  ; 
commissaire  (directeur),  mars  i865;  mort  à  Paris,  janvier  1878. 

/i.  A  quitté  Tin teqirétariat  pour  entrer  comme  clerc  de  i^e  classe  dans 
les  douanes  impériales,  avril  1869  ;  commissaire,  avril  1878  ;  a  donné  sa 
démission,  mars  i885. 


RAPPOUT    DE    L\    MISSIO?*    CHINOISE  617 

de  désigner  le  mandarin  Ïchen  Lanpin,  oflicier  chargé  de  la 
mission  d'éducation  à  l'Étranger  pour  aller  faire  c€lte  enquête 
et  a  aussi  désigné  le  Directeur  des  Douanes  à  Han-kéou  Mac- 
PHRRSON  et  le  Directeur  des  Douanes  à  Tien-Tsin  Huber  pour 
raccompagner,  et  cette  mesure  a  été  approuvée  par  un  Décret 
Impérial  en  date  du  So"  jour  de  la  7*  lune  de  la  la*  année  (le 
3  1  septembre  1878)  de  T'oung  tché.  En  conséquence  ce  man- 
darin attendra  l'arrivée  de  MM.  Macpuerson  et  Huber  aux 
fitats-Unis  et  ils  se  rendront  ensemble  à  la  Colonie  Espagnole 
où  ils  feront  une  enquête  exacte  et  complète  ;  ils  adresseront 
ensuite  un  rapport  minutieux  qui  servira  de  base  pour  traiter 
raffaire,  etc.  » 

11  fut  tout  d'abord  accusé  réception  de  cette  communication 
le  la*"  jour  de  la  10''  lune  (le  i*"*  décembre). 

Le  Directeur  des  Douanes  Huber  arriva  aux  États-Unis  le 
36''  de  la  la*^  lune  (le  13  février  1874),  et  le  mandarin  Tch'en 
Lanpin  partit  avec  lui  pour  la  Colonie  Espagnole  de  Cuba  le  3® 
jour  de  la  i'"  lune  (le  19).  Ils  arrivèrent  à  la  Havane  le  39*"  jour 
de  la  I  '"''  lune  (le  1 7  mars)  et  prirent  leurs  logements  à  l'hôtel 
où  était  le  Directeur  des  Douanes  Macpherson. 

Le  3*  jour  de  la  3''  lune  (le  19)  une  visite  fut  faite  au  Capi- 
taine Général  de  Cuba»  au  Gouverneur  de  la  Havane,  aux  prin- 
cipaux membres  de  la  Commission  de  Colonisation,  et  ensuite 
aux  Consuls  d'Angleterre,  de  France,  des  États-Unis,  d'Alle- 
magne, de  Suède  et  Norvège,  de  Danemark,  de  Hollande,  d'Au- 
triche, de  Belgique  et  d'Italie. 

Le  3"  jour  (le  ao)  l'enquête  fut  commencée  dans  le  barracon 
de  Mr.  Ibailez. 

Le  4*"  jour  (le  31)  elle  fut  commencée  dans  le  dépôt. 

Le  5"  jour  (le  33)  elle  fut  continuée  dans  le  barracon. 

Du  6''  au  1 1*^  jour  (du  33  au  38)  elle  fut  continuée  dans  le 
dépôt. 

Le  i3'',  le  14*"  et  le  15"  jours  (le  3o  et  3i  mars  et  le  i''*' 
avril)  elle  fut  continuée  dans  la  prison. 

Le  17*^  et  le  18*'  jours  (le  3  et  4  avril)  furent  employés  à  vi- 
siter la  plantation  à  sucre  des  Las  Carias. 

Le  33''  jour  (le  8)  nous  nous  rendîmes  à  Matanzas  et  pen- 
dant les  jours  suivants  nous  y  procédâmes  à  l'enquête  dans  le 
dépôt  et  la  prison  et  dans  les  plantations  à  sucre  des  environs 
San  Cayetano,  Concepcion  et  Armonia. 


5i8  l'émigratioîs'  chinoise  (1874) 

Le  28*"  jour  (le  i4)  nous  nous  rendîmes  à  Cardenas  et  pen- 
dant les  jours  suivants  nous  y  procédâmes  à  l'enquête  dans  le 
dépôt  et  la  prison  et  dans  les  plantations  des  environs  Espe- 
ranza,  Hecreo  et  San  Antonio.  La  ville  voisine  de  Cimmaroncs 
fut  aussi  l'objet  d'une  visite. 

Le  S*"  jour  de  la  3*  lune  (le  18)  nous  nous  rendîmes  à  Colon 
et  pendant  les  jours  suivants  nous  v  procédâmes  à  l'enquête 
dans  le  dépôt  et  la  prison  et  dans  les  plantations  des  alentours 
Espana  et  Flor  de  Cuba. 

Le  6**  jour  (le  ai)  nous  nous  rendîmes  à  Sagua-la-Grande  et 
pendant  les  jours  suivants  nous  y  procédâmes  à  l'enquête  dans 
le  dépôt,  la  prison  et  les  plantations  Santa  Anna,  Santa  Isabella 
et  Capitolis. 

Le  9'"  jour  (le  ai)  nous  nous  rendîmes  à  Cienfuegos  où  pen- 
dant les  jours  suivants  nous  procédâmes  à  l'enquête  dans  le 
dépôt  et  la  prison  et  dans  les  plantations  Juniata  et  Cande- 
laria. 

Le  13"  jour  (le  38)  nous  nous  rendîmes  à  Guanajay  où  pen- 
dant les  jours  suivants  nous  procédâmes  à  l'enquête  dans  le  dé- 
pôt et  la  prison,  retournant  à  la  Havane  par  la  ville  de  San 
Antonio. 

Le  17*^  jour  (3  mai)  nous  allâmes  à  Guanabacoa  et  le  même 
jour  procédâmes  à  l'enquête  dans  les  dépôts  à  sucre  de  Régla  et 
Santa  Catalina. 

Les  autorités  locales  fixaient  toujours  l'heure  à  laquelle  nous 
pouvions  aller  procéder  à  l'enquête  dans  les  dépôts  et  les  pri- 
sons, et  c'était  aussi  après  avoir  obtenu  au  préalable  leur  assen- 
timent que  nous  allions  visiter  les  plantations,  mais  en  chemin 
et  dans  les  hôtels  où  nous  descendions  nous  prenions  sans  cesse 
des  informations. 

Tous  les  interrogatoires  des  Chinois  étaient  conduits  verbale- 
ment par  nous-mêmes  en  personne. 

Il  ressort  des  dépositions  et  pétitions  que  les  8/10  du  nombre 
total  des  travailleurs  Chinois  ont  déclaré  qu'ils  avaient  été  en- 
levés de  vive  force  ou  amenés  par  la  ruse,  —  que  pendant  la 
traversée  la  mortalité  provenant  soit  de  blessures  causées  par 
des  coups,  soit  de  maladie  ou  de  suicide,  a  atteint  plus  de  10 
pour  100,  —  qu'à  l'arrivée  à  la  Havane  on  les  vendait  en  escla- 
vage, une  petite  proportion  étant  vendus  aux  familles  ou  dans 
les  boutiques  où  ils  sont  maltraitésr  pendant  que  la  très  grande 


RAPPORT    DE    lA    MISSION    CHINOISE  OIQ 

majorité  devenaient  la  propriété  des  planteurs  de  canne  à  sucre 
et  avaient  à  endurer  les  plus  grandes  cruautés,  —  que  le  travail 
est  par  trop  pénible  et  la  nourriture  trop  insuffisante,  que  les 
heures  de  travail  sont  trop  prolongées  et  que  les  verges,  le  fouet, 
les  chaînes,  les  stocks  et  autres  châtiments  occasionnent  toutes 
sortes  de  souffrances  et  de  blessures.  Pendant  les  années  passées 
quantité  de  Chinois  ont  été  tués  sous  les  coups,  ou  sont  morts 
des  blessures  qu*ils  avaient  reçues,  ou  bien  se  sont  pendus,  se 
sont  coupé  la  gorge,  se  sont  empoisonnés  avec  de  Topium  ou  se 
sont  jetés  dans  les  chaudrons  remplis  de  sucre  bouillant.  Nous 
avons  pu  voir  nous-mêmes  un  assez  grand  nombre  de  Chinois 
avec  les  bras  ou  les  jambes  cassées,  les  yeux  aveuglés,  la  télé 
couverte  de  plaies  et  d'autres  à  qui  on  avait  cassé. les  dents, 
mutilé  les  oreilles,  lacéré  la  peau  et  la  chair,  preuves  évidentes 
de  cruauté  que  tous  pouvaient  voir. 

A  Texpiration  des  contrats,  les  maîtres  dans  la  plupart  des  cas 
refusent  de  donner  les  certilicats  de  libération  et  insistent  pour 
cju'on  signe  de  nouveaux  engagements  de  plusieurs  années, 
quelquefois  de  plus  de  lo  ans.  pendant  lesquels  les  gens  sont 
maltraités  comme  auparavant.  S'ils  ne  veulent  pas  accepter  ces 
nouveaux  contrats,  on  les  envoie  au  dépôt  où  ils  sont  employés 
à  réparer  les  routes  enchaînés  et  siu-veillés  et  sans  aucun  salaire, 
traitement  qui  ne  diflere  en  rien  de  celui  des  criminels  dans  les 
prisons.  Ensuite  on  les  force  à  entrer  de  nouveau  au  service 
d'un  maître  et  à  signer  un  nouveau  contrat,  à  l'expiration  du- 
quel ils  sont  encore  conduits  au  dépôt.  C'est  ainsi  qu'on  pro- 
cède à  leur  égard  chaque  fois  qu'ils  ont  terminé  leur  contrat,  de 
sorte  (pie  non  seulement  ils  ne  peuvent  jamais  retourner  en 
Chine,  mais  ils  ne  peuvent  même  pas  gagner  leur  vie  en  liberté. 

En  outre,  depuis  la  a®  lune  de  la  1 1"  année  (mars-avril  1861) 
de  Hien  Foung  on  a  cessé  tout  à  fait  de  délivrer  des  lettres  de 
domicile  et  des  cedulas,  de  sorte  que  tous  les  Chinois  sont  su- 
jets à  être  arrêtés.  Ceux  qui  étaient  déjà  possesseurs  de  ces  do- 
cuments ont  constamment  à  les  exhiber,  tant  dans  les  rues  ou 
roules  que  dans  leur  propre  maison,  aux  Agents  de  police  qui 
demandent  à  les  examiner,  et  il  arrive  constamment  qu'on  les 
en  dépouille  et  qu'on  les  déchire  et  qu'on  les  emmène  au  dépôt 
où  ils  ont  à  endurer  toutes  sortes  de  mauvais  traitements. 

Depuis  le  39*  de  la  T"  lune  (17  février),  époque  de  notre 
arrivée  à  Cuba,  jusqu'au  3 3  de  la  S*'  lune  (8  mai),  jour  de  notre 


530  l'émigration  chinoise  (1874) 

départ,  les  travailleurs  Chinois  que  nous  vîmes  étaient  presque 
tous  maltraités,  et  nous  n'entendîmes  guère  que  des  paroles  de 
souffrance.  Tout  cela  nous  l'avons  vu  de  nos  propres  yeux  ou 
entendu  de  nos  propres  oreilles,  tous  trois. 

I  176  dépositions  ont  été  prises  et  85  pétitions  portant  i  665 
signatures  ont  été  reçues,  et  copies  de  ces  documents  avec  leur 
traduction  en  langue  Européenne  sont  annexées  ci-joint. 

Nous  transmettons  également  ci-joint  nos  réponses  aux  5i 
questions  contenues  dans  le  mémorandum  (du  Yamen)  reçu 
dans  la  la*^  lune  (janvier-février  1874)  de  Tannée  dernière  — 
des  tables  de  statistique  des  Chinois  embarqués  pour  Cuba  et 
arrivés  à  Cuba,  qui  nous  ont  été  fournies  par  le  Consul  Général 
d'Angleterre  et  par  la  Commission  de  Colonisation  —  une  co- 
pie des  règlements  applicables  aux  Chinois  à  Cuba  actuelle- 
ment —  une  copie  des  instructions  données  par  les  marchands 
de  Cuba  aux  Capitaines  des  navires  d'Ëmigrants  Chinois  — 
8  formes  de  contrats  anciens  et  nouveaux,  et  les  tables  de  sta- 
tistique de  la  population  Chinoise  à  Cuba  qui  nous  ont  été 
fournies  par  la  Commission  de  Colonisation.  Tous  ces  docu- 
ments sont  accompagnés  de  leur  traduction. 

Le  II*  jour  de  la  9®  lune  de  la  i3*  année  (20  octobre  1874) 
de  T'oung-lché*. 

II  est  utile  de  noter  quelques-uns  des  renseignements  re- 
cueillis par  la  mission  de  Tch'en  Lan-pin. 


RENSEIGNEMENTS    DE    LA    MISSION    CHINOISE 

«  La  plus  grande  partie  des  Chinois  à  Cuba  sont  Canton- 
nais. Après  eux  les  hommes  du  Fou-Kien,  du  Hou-Kouang, 
du  Kiang-Sou  et  du  Tché-Kiang  sont  les  plus  nombreux.  Il 
y  a  en  outre  des  hommes  de  toutes  les  provinces  et  même  des 
gens  appartenant  aux  Bannières.  Pendant  le  cours  de  l'en- 

I.  Chinese  Emigration,  —  The  Cuba  Commission.  Beport  of  the 
Commission  sent  by  China  to  ascertain  the  condition  of  Chinese 
Coolies  in  Cuba.  Shanghai:  Printcd  ad  the  Impérial  Maritime  Customs 
Press,  187G    in-4,  pp.  aSG. 


I 


RENSEIGNEMENTS    DE    LA    MISSION    CHINOISE  531 

quête  la  commission  a  rencontré  des  officiers  militaires  et 
civils  et  des  gradués  littéraires  {Sieou-ts'ai)  mêlés  à  la  masse 
des  travailleurs  ordinaires.  Ils  avaient  été  amenés  par  la  ruse 

et  vendus  comme  les  autres Ils  sont  tous  traités  de  la 

même  façon,  comme  des  esclaves,  et  il  ne  leur  sert  à  rien 
d'être  capables*.  » 

La  population  chinoise  de  Cuba  au  moment  de  Tenquêle 
de  Tch'en  Lan- pin  était  estimée  à  68  826  hommes.  Quatre- 
vingt-dix  pour  100  sont  employés  dans  les  plantations  de 
sucre  ;  la  mortalité  est  énorme,  elle  est  causée  par  les  mala- 
dies engendrées  par  un  climat  malsain,  un  travail  excessif, 
une  nourriture  insuffisante,  et  surtout,  les  mauvais  traite- 
ments. Les  suicides  entrent  aussi  pour  une  part  importante 
dans  la  mortalité. 

«  Le  recensement  effectué  par  les  soins  de  la  Commission 
Centrale  de  Colonisation  embrasse  une  période  s'étendant  de 
la  6°  lune  de  la  27®  année  de  Tao  Kouang  à  la  7*^  lune  de 
la  II*  année  de  Toung  tché  et  les  statistiques  montrent  que 
pendant  cinq  de  ces  années,  depuis  la  28®  année  de  Tao 
KoiANG  jusqu'à  la  2®  année  de  Hien  Foung  inclusivement,  il 
n'est  arrivé  dans  l'île  aucun  navire  transportant  des  Chinois, 
et  que  pendant  les  vingt  autres  années,  iilx  081  ont  été  dé- 
barqués, sur  lesquels  il  ne  restait  à  ce  recensement  que 
58  Ixoo  hommes. 

«  Un  autre  tableau  préparé  également  par  la  Commission 
Centrale  montre  que  les  départs  en  1872  et  dans  les  premiers 
neuf  mois  de  1878  ont  été  de  235  Chinois,  ce  qui  ferait  une 
moyenne  de  i3/j  partants  par  année.  Si,  pour  aider  les  calculs, 
nous  supposons  que  les  571  hommes  arrivés  en  tout  sous  le 
règne  de  ïao  Kouang  ont  tous  pu  quitter  l'île,  et  si  nous  con- 
sidérons que  les  hommes  arrivés  immédiatement  après  eux, 
c'est-à-dire  dans  la  3*  année   de  Hien   Foung,   n'ont    pas 

I.   The  Cuba  Commission,  p.  ao3. 


5a a  l'émigration  chinoise  (iSyiJ) 

pu  commencer  à  partir  avant  la  1 1*  année  de  IIieti  Folng, 
nous  voyons  (en  prenant  la  moyenne  annuelle  de  partants 
admise  plus  haut)  que  pendant  cette  onzième  année  de  Hien 
FouNG  et  les  suivantes,  i  608  Chinois  ont  quitté  File,  ce  qui 
donne  im  chiffre  total  de  2  179  [)artants.  En  retranchant  ce 
chiffre  du  nombre  de  Chinois  actuellement  vivants  à  Cuba, 
nous  trouvons  que  les  morts  se  sont  élevés  à  53  5o2,  et  à  ce 
chiffre  doit  s'ajouter  celui  des  morts  pendant  les  traversées 
qui  s'élève  pour  le  mémo  espace  de  temps  à  i5  000,  jusqu'à 
la  7*  lune  de  la  11®  année  de  T'oung  tché  V  » 

Énorme  aussi  était  la  mortalité  sur  les  bateaux  de  trans- 
port; sur  1^0  000  Chinois  émigrants,  on  a  compté  16000 
décès  à  bord  des  bâtiments,  où  Fcntassement,  la  malpnv 
prcté,  le  manque  de  nourriture  faisaient  autant  de  victimes 
que  les  mauvais  traitements,  voire  les  cruautés,  que  d'abo- 
minables mécréants,  qui  ont  déshonoré  la  marine  de  toutes 
les  nations,  infligeaient  à  leurs  malheureux  passagers. 

Les  grands  ports  d'émigration  étaient  Amoy,  Swatow, 
(^.anton  et  surtout  Macao.  «  D'après  le  mémoire  préparé  par 
le  consul  général  d'Angleterre  à  la  Havane,  1^2  ^22  coolies 
Chinois  ont  été  embarqués  pour  Cuba  depuis  la  27*  année  de 
Tao  Kouang  jusqu'à  la  3®  lune  de  la  i3*  année  de  T'oung- 
tché.  Sur  ce  nombre  43  273  sont  partis  de  Amoy,  Swatow, 
Hong  kong,  Canton,  Whampoa,  Annam  et  Manille,  tandis 
qu'il  en  est  parti  de  Macao  63  455  entre  la  27*^  année  de  Tao 
Kouang  et  la  fin  de  la  5*  année  de  T'oung-tché,  et  35  694  de- 
puis cette  époque  jusqu'à  la  3®  lune  de  la  i3'' année  deT'oung- 
tché*.  » 

(f  L'embarquement  de  ces  derniers  35  694  coolies  consti- 
tue une  violation  des  stipulations  de  la  Convention  d'Emi- 
gration de  la  5"  année  de  T'oung-tché  qui  exclut  Macao  des 


I.    The  Cuba  Commission,  pp.  i85-6. 
a.    The  Cuba  Commission^  p.  ii5. 


i 


REVENDICATIONS  SsS 

endroits  où  rengagement  des  travailleurs  est  autorisé,  et  de 
plus  la  manière  dont  la  plus  grande  partie  des  coolies  ont 
été  introduits  à  Cuba,  constitue  une  violation  de  l'article  \ 
du  Traité  Espagnol  *  signé  dans  la  3'  année  de  T'oung-tché 
qui  déclare  que  l'Espagne  s'engage  à  ne  pas  donner  protec- 
tion aux  criminels  chinois,  et  à  ne  pas  tromper  ou  vendre 
les  sujets  de  la  Chine  ^.  » 

Les  règlements  les  plus  anciens  relativement  à  l'importa- 
tion des  Chinois  à  Cuba  sont  renfermés  dans  le  décret  royal 
ea  date  du  22  mars  i854,  promulguée  la  Havane  le  10  mai 
de  la  même  année  ;  il  fut  annulé  par  un  décret  du  7  juillet, 
publié  le  4  août  1860;  ce  décret,  combiné  avec  des  règle- 
ments du  \!x  septembre  1872  et  du  7  mai  1873,  était  encore 
applicable  aux  émigrants  chinois  aXi  moment  de  Tenquête 
de  Tch'en  Lan-pin. 


REVENDICATIONS 

Il  faut  bien  avouer  que  cette  commission  rapporta  des 
documents  qui  montraient  la  manière  cruelle  dont  les  mal- 
heureux étaient  traités,  et  elle  rédigea  un  rapport  détaillé 
'  aussi  concluant  dans  sa  simplicité  que  le  plus  terrible  réqui- 
sitoire. Un  exemplaire  de  ce  rapport  en  trois  langues,  chi- 
nois, français  et  anglais,  est  déposé  au  bureau  des  douanes 


I .  Art.  X.  —  Las  autoridadcs  Impériales  permitiràn  que  los  sûbdilos 
Chinos  que  deseen  ir  à  trabajar  à  las  posesioncs  Espafiolas  de  Ultramar 
celcbrcn  contratos  al  efecto  con  los  sûbditos  Espafioles  y  se  embarquen 
solos  6  con  sus  familias  en  cualquiera  de  los  puertos  abiertos  de  China,  j 
las  autoridades  locales  establecerân  las  reglamentos  necesarios  en  cada 
puerto.  de  acuerdo  con  los  Hepresenlantes  de  S.  M.  Catôlica  para  la  pro- 
tcccion  de  los  mencionados  trabajadorcs. 

No  podrân  admitirse  los  desertores  ni  los  que  hayan  sido  cogidos  contra 
su.voluntad  ;  si  llegase  tal  caso,  le  autoridad  local  oficiara  al  Consul 
Espafiol  para  que  los  devuelva.  » 

a.   The   Cuba  Commission,  p.  11 5. 


024  l'émigration  chinoise  (1874) 

dans  chaque  port  ouvert  au  commerce  européen.  Un  mis- 
sionnaire protestant,  le  révérend  Daniel  Vrooman*,  a  fait  des 
extraits  des  interrogatoires  des  coolies  et  il  en  a  composé  un 
Recueil  qui  a  paru  en  chinois  à  Canton  en  1876,  avec  des 
gravures  sur  bois,  sous  le  titre  de  Cheng  ti  y  ri  ton  chouo 
que  Ton  peut  traduire  par  Aperçu  de  l'enfer  illustré.  Nous 
avons  un  exemplaire  de  cet  ouvrage  ;  une  gravure  représente 
un  coolie  qui  pour  échapper  aux  mauvais  traitements  s'est 
enfui  dans  les  bois  où  il  est  poursuivi  par  les  chiens  ;  ailleurs, 
un  malheureux  est  traîné  à  la  queue  d'un  cheval  ;  un  troi- 
sième est  pendu  par  les  pieds,  etc.  L'effet  de  cette  dernière 
publication  ne  peut,  du  reste,  qu'être  déplorable  en  attisant  la 
haine  des  Chinois  contre  l'étranger. 

Ce  n'est  pas  à  Cuba  seulement  que  le  sort  des  coolies  était 
lamentable  ;  il  en  était  de  même  au  Pérou  et  jusque  dans  la 
Guyane  anglaise.  M.  Edward  Jenkins*,  jadis  l'un  des  mem- 
bres du  parti  ultra-libéral  du  Parlement,  l'auteur  bien  connu 
des  romans  sociaux  Ginx's  Babtfy  Little  Hodge^  etc.,  a  publié 
à  la  suite  d'une  enquête  un  ouvrage  fort  intéressant  intitulé 
The  Coolie,  dans  lequel  il  examine  la  condition  de  ce  tra- 
vailleur, en  droit  libre,  en  fait  presque  esclave. 

Ce  coolie  que  certains  peuples  chassent,  que  d'autres  mar- 
tyrisent, est  réclamé  ailleurs  à  grands  cris.  C'est  lui  qui 
exécutera  les  grands  travaux  projetés  à  la  Réunion  ;  c'est  lui 
aussi  sans  doute  qui  tracera  le  canal  inter-océanique,  car  les 
nègres  ne  seront  pas  en  nombre  suffisant  pour  mener  ce  tra- 
vail à  bonne  fin  ;  et  probablement  le  temps  n'est  pas  éloigné 
où  nous  le  verrons  appelé  en  Algérie  et  aux  Antilles  fran- 
çaises. Le  Brésil  envoya,  comme  nous  le  verrons  plus  loin, 
une  expédition  chargée  de  conclure  avec  la  Chine  un  traité 


1.  FoU'wen  ;  American  Boardof  Gommissioners  for  Foreign  Missions, 
arrivé  en  Chine  le  6  mars  i85a  et  à  Canton,  le  i5  mars  i85a. 

2.  Né  à  Mysore,  Inde,  i838. 


REVENDICATIONS  535 

pour  assurer  Témigralion  des  coolies  dans  le  grand  empire 
portugais  de  T Amérique  du  Sud. 

On  peut  dire  que  la  vaste  émigration  des  peuples  venus  de 
l'Asie  au  Moyen  Age  recommence  ;  mais,  au  lieu  des  hordes 
dévastatrices  de  Tchinguis  Khan  et  de  ses  successeurs, 
nous  avons  affaire  à  des  troupeaux  paisibles  de  coolies,  et 
cette  conquête  pacifique  sera  plus  durable  et  produira  plus 
de  fruits  que  l'invasion  guerrière  qui  ébranla  un  instant  les 
grandes  puissances  de  l'Occident.  Il  est  possible  de  diriger  cet 
exode  et  de  le  ralentir,  mais  non  pas  de  le  combattre.  Toute 
force  humaine  est  impuissante  à  changer  la  loi  naturelle  de 
l'offre  et  de  la  demande,  et  l'emploi  des  coolies  n'est  qu'une 
application  de  cette  loi.  L'industrie  et  l'agriculture  réclament 
la  main-d'œuvre,  le  coolie  répond  à  celte  demande,  et  l'on 
est  obligé  d'accepter  son  travail  puisqu'on  n'en  trouve  pas 
d'autre. 


CHAPITRE  XXXV 

I 

TRAITÉ  PÉRUVIEN.  ~  PRINCE  K0UN6  EN  DISGRACE.  - 
DÉPART  DE  M.  DE  6E0FR0T.  —  MISSION  DE  M.  DE  RO 
QUETTE.  —  JAPONAIS  A   FORMOSE 


TRAITÉ    PÉRUVIEN,     26    JUIN     l8'jf\ 

Le  capitaine  de  vaisseau  péruvien  Aurelio  Garcia  y  Garcia, 
accompagné  de  MM.  J.-F.  Elmore,  secrétaire  de  légation, 
et  Fre}  re,  Garland  et  Benavides,  attachés,  arriva  à  Tien-Tsin 
le  23  octobre  1878  pour  conclure  un  traité  avec  la  Chine; 
il  choisit  M.  John  A.  T.  Meadows,  comme  interprête.  Le 
Iraité  fut  signé,  après  huit  mois  de  laborieux  débats,  le  26 
juin  1874  à  Tien-Tsin,  dans  le  Tang-hang  Kong-so  j)ar  Li 
lloung-tchang.  Le  traité  est  accompagné  d'une  convention 
spéciale  par  laquelle  il  est  entendu  qu'une  commission  chi- 
noise sera  envoyée  dans  ce  pays  pour  faire  une  enquête  sur  la 
situation  des  émigrants  dans  ce  pays.  Le  traité  lui-même 
comprend  dix-neuf  articles  ;  il  a  été  ratifié  à  Tien-Tsin  le 
7  août  1870.  L'article  VT  relatif  à  l'émigration  doit  être 
cité  : 

«  La  Repûblica  del  Pcrû  y  el  Impcrio  de  la  China  reconocen 
con  todo  franqueza  el  dcrecho  inaliénable  é  inhérente  a  todo 
liombre  para  cambiar  de  pais.  Sus  rcspectivos  ciudadanos  y 
siibditos  puedcn,  on  consecuencia,  ir  librementc  de  un  pais  al 
otro  con  los  objetos  de  paseo,  comercio,  trabajo  6  como  résidentes 
estables.  Las  Altas  Partes  Contratantes  convienen,  por  lo  tanto, 
en  que  los  ciudadanos  y  siîbditos  de  ainbos  Estados  emigraran 


V 

1 


DÉGRADATION    DU    PRINCE    KOUNG,     lO    SEPTEMBRE    1874       53" 

unicamente  de  su  libre  y  voluntario  consenlimiento  ;  y  de  comun 
acuerdo  reprucban  loda  otra  emigracion  para  los  mencionados 
objelos  que  non  sea  cnteramenle  voluntaria,  asi  como  todo  aclo 
de  violencia  ô  engano  que  para  exlraer  sûbditos  Chinos  pudiera 
practicarse  en  Macao  ô  en  los  puertos  de  China.  Asi  mismo  se 
coinprometen  las  Allas  Partes  Conlratanles  d  castigar  severa- 
menle,  con  arrcglo  â  sus  Icyes,  à  sus  rcspectivos  ciudadanos  6 
sûbditos  que  infringiesen  las  présentes  estipulaciones,  y  ademas 
à  procéder  judicial mente  contra  sus  respectivos  buques  que  se 
dedlcasen  a  esas  operaciones  ilegales,  iinpôniendoies  las  multas 
que  para  taies  casos  se  hallan  establecidas  en  sus  leyes.  » 


DÉGRADATION    DU    PRINCE    KOUNG,     lO    SEPTEMBRE     iS'jll     • 

La  Gazette  de  Péking  du  lo  septembre  187^  renfermait 
un  décret  impérial  destituant  le  Prince  Koung  ;  le  prétexte 
choisi,  langage  empreint  de  plusieurs  manquements  à  In 
bienséance^  masquait  des  intrigues  de  palais  dont  le  prince 
devait  être  la  victime;  peut-être  aussi  la  question  du  Pé- 
t'ang*  et  sa  brouille  avec  son  ancien  ami  Wen-Siang  n'é- 
laicnt-clles  pas  étrangères  à  celte  disgrâce  : 

«  Un  décret  [au  pinceau  do  vermillon],  —  Que  tous  les  princes 
et  ministres  de  la  Cour  sachent  que,  depuis  que  nous  avons  pris  en 
nos  mains  le  gouvernement,  soit  le  26**  jour  de  la  première  lune 
de  Tannée  dernière  (aS  février  1878),  jusqu'aujourd'hui,  toutes 
les  fois  que  nous  avons  eu  à  conférer  avec  le  prince  Koung,  le 
langage  de  celui-ci  a  été  empreint  de  plusieurs  manquements  à 
la  bienséance. 

«  Nous  ordonnons,  par  un  acte  spécial  de  grâce,  qu'il  sera  pour 
toujours,  cl  dans  sa  succession  héréditaire,  destitué  de  sa  princi- 
pauté impériale  ;  qu'il  sera  abaissé  au  rang  de  second  prince 
(Kiun-Wang),  et  en  le  maintenant  au  Conseil  Privé;  que,  en 
outre,  comme  punition  et  avertissement,  Tsaï-Tchèng  (fils  aîné 
du  prince  Koung),  est  privé  de  son  titre  de  Beilé  Kiun-Wang'^. 

1.  Voir  vol.  II. 

2.  Prince  du  3*  ranç. 


538  TRAITÉ    PÉRUVIEN 


RÉINTÉGRATION    DU    PRINCE    KOUNG,     II     SEPTEMBRE     187^ 

Le  lendemain,  1 1  septembre,  la  Gazette  de  PéAi/ig^ publiait 
un  autre  décret  rétablissant  le  prince  dans  ses  fonctions  : 

«  Nous  avons  reçu  avec  respect  la  demande  en  grâce  qui  nous  a 
été  adressée  par  Leurs  Majestés  l'Impératrice  douairière  et  l'Im- 
pératrice mère,  et  l'accueillons  de  la  manière  suivante  : 

a  Hier,  l'Empereur  a  promulgué  un  décret  par  lequel  le  prince 
Koung  était  dépouillé  pour  toujours  et  dans  sa  succession  héré- 
ditaire, de  sa  principauté  impériale  et  réduit  au  rang  de  second 
pi;ince,  et  par  lequel  Tsaï-Tchông,  son  (Ils.  était  dépouillé  en 
même  temps  de  son  titre  de  Beilé  Kiun-wang, 

«  Il  est  vrai  que  le  prince  Koung  méritait  une  punition  pour 
son  manque  de  respect  lorsqu'on  conférait  avec  lui  :  mais  en 
souvenir  des  services  que  le  prince  Koung  a  rendus,  et  de  la 
manière  dont  il  s'est  acquitté  des  emplois  qui  lui  ont  été  conBés 
depuis  qu'il  a  commencé  à  s'occuper  des  affaires  publiques,  il 
lui  sera  laissé,  comme  grâce  spéciale,  son  rang  de  prince  impé- 
rial avec  succession  héréditaire,  et  le  titre  de  BeiÛ  Kiun-wang 
sera  également  rendu  à  Tsaï-Tchêng. 

a  II  convient  que  le  prince  se  soumette  à  la  réprimande  de 
son  souverain  et  que,  à  l'avenir,  il  soit  de  plus  en  plus  dévoué, 
et  contribue  de  tout  son  pouvoir  à  écarter  les  difficultés  et  les 
embarras  en  remplissant  dignement  sa  charge.  » 

La  disgrâce,  comme  on  le  voit,  fut  courte  ;  elle  était  la 
seconde,  et  elle  ne  fut  pas  la  dernière  qu'essuya  le  prince 
Koung. 

DÉPART    DE    M.    DE    GEOFROY 

M.  de  Geofroy  quitta  Péking  le  2^  octobre  1874  remet- 
tant le  service  au  Comte  de  Rocbechouart  qui  pour  la 
seconde  fois  remplissait  les  fonctions  de  Chargé  d'Affaires  de 
France  dans  la  capitale  de  la  Chine.   Malgré  la  réputation 


MISSION    DE    M.    DE    ROQUETTE  5 29 

qui  l'avait  précédé  comme  collaborateur  de  M.  deChaudordy, 
M.  de  Geofroy  n'avait  pas  réussi  à  Péking  et  il  laissait  à 
son  successeur  un  grand  nombre  d'affaires  en  suspens  dont 
trois  particulièrement  graves  :  le  déplacement  du  Pé-t'ang 
que  réclamaient  les  Chinois  et  qui  ne  fut  évité  que  par  la 
mort  de  l'Empereur;  l'affaire  de  la  pagode  de  Ning-Po  ; 
enfin  le  meurtre  de  l'abbé  Hue  au  Se-tch'ouen.  On  allait 
en  outre  recevoir  la  nouvelle  de  l'assassinat  de  Tabbé  Bapti- 
faud*  au  Yun-Nan. 


MISSION    DE    M.    DE    ROQUETTE 

L'abbé  Jean  Hue^,  des  Missions  étrangères,  avait  été 
martyrisé  le  5  septembre  1878  à  Kien-Kiang  dans  le  Se- 
Icli'ouen  dont  les  missions  causaient  les  plus  vives  anxiétés. 
L'affaire  de  la  pagode  de  Ning-Po  avait  sei^i  aux  Chinois 
de  prétexte  pour  retarder  toute  réparation.  D'autre  part, 
Tattitudc  de  M'""  Desflèches  qui  terrorisait  les  fonctionnaires 
de  la  province  y  compris  le  gouverneur  général,  rendait 
diflicile  tout  règlement.  D'accord  avec  le  Tsoung-li  Yamen, 
M.  de  Rochechouart  chargea  le  premier  secrétaire  de  la 
légation,  M.  Guillaume  de  Roquette,  de  se  rendre  accom- 
pagné de  M.  de  Bezaure  comme  interprète,  dans  cette  pro- 
vince, muni  d'un  passeport  chinois;. il  devait  examiner 
Tétat  des  affaires  de  concert  avec  un  fonctionnaire  local,  le 
tao-laï  Lo  désigné  par  les  ministres  de  Péking  (novembre 
1874).  Cette  mission  était  analogue  à  celle  qui  avait  élé 
confiée  à  M.  Blancheton^. 


1.  Bapiifaud,  Jean  Joseph- Marie ,  né  le  fe""  Juin  i845,  à  Nébouzat 
(diocèse  dcClermoni);  massacré  à  Pien-kio  dans  le  Yun-Nan  dans  la  nuit 
du  16  au  17  septembre  1874. 

•j.   Hue,  Jean,  né  à  Fiers  (Orne),  21  janvier  1887. 

3.   Voir  p.  '186. 

GoRDiER.  1.  —  34 


53o  TRAITÉ    PÉRUVIEN 


SA.UVAGES    DE    FORMOSE 

La  côte  orientale  de  la  grande  île  Formose,  qui  s'étend  le 
long  de  la  côte  du  Fou-Kien,  est  habitée  par  des  peuplades 
sauvages  qui  échappaient  à  la  domination  chinoise.  Ces 
sauvages  se  sont  toujours  montrés  peu  hospitaliers  à  Tégard  des 
étrangers.  Le  9  mars  1867,  le  trois-mâts  américain,  Boçer^ 
ayant  quitté  Swatow,  fut  pris  dans  un  typhon,  son  équipage 
débarqua  sur  le  territoire  de  la  tribu  sauvage  des  Koalut  et 
fut  massacré.  Au  mois  de  juin  «  en  conformité  d'instructions 
qu'il  avait  reçues  du  cabinet  de  Washington,  l'amiral  Bell 
se  dirigea  vers  Formose  avec  deux  bâtiments,  le  Hartford 
et  le  Wyoming  pour  exercer  des  représailles.  Le  19  du 
même  mois,  un  corps  de  cent  quatre-vingts  marins  débarqua 
sur  la  côte  Est,  et  après  un  vif  engagement  avec  les  sauvages, 
au  cours  duquel  un  officier  fut  tué  et  plusieurs  hommes 
blessés,  se  vit  obligé  de  se  rembarquer.  Les  difficultés  d'une 
entreprise  de  ce  genre  étaient  beaucoup  plus  grandes  qu'on 
ne  l'avait  d'abord  pensé.  On  renonça  dès  lors  à  toute  tenta- 
tive de  représailles  »  *. 


LES    JAPONAIS 


En  décembre  1871,  une  grande  barque  de  pêche  des  îles 
Licou -Kieou,  dépendant  du  Japon,  fit  naufrage  sur  la  côte 
habitée  par  les  Boutan  et  quarante-quatre  matelots  lurent 
massacrés.  Le  gouvernement  japonais  qui  venait  de  remettre 
en  liberté  les  coolies  arrivés  par  le  navire  péruvien  Maria- 
Luz  (parti   de   Macao,   le  28  mai  1872)  et  avait  reçu  les 

I.  Imhault-Huart.  p.  laS. 


LES    JAPONAIS  53 1 

remerciements  de  la  Chine  pour  cet  acte  d'humanité,  réclama 
à  Péking  contre  le  traitement  infligé  aux  sujets  japonais  à 
Formose.  Les  ministres  chinois  se  déclarèrent  irresponsables  ; 
entre  temps,  le  ministre  des  aflaires  étrangères  japonais, 
Soyesima  Taneomi,  était  reçu  à  l'audience  impériale  de  1878 
et  le  Tsoung-li  Yamen  lui  déclara  qu'il  ne  désirait  pas  in- 
tervenir  à  Formose. 

Soyesima  sut  interroger  habilement  les  membres  du 
ïsoung-li  Yamen  sur  les  questions  intéressant  le  Japon  et 
voici  le  résultat  de  son  enquête  (juillet  1878)  : 

a  Sur  Macao,  les  Chinois  ont  affirmé  leur  souveraineté,  mais 
en  dégageant  leur  responsabilité  des  faits  d'administration  inté- 
rieure, c'est-à-dire  de  rémigration,  dans  lesquels  le  Japon 
pourrait  se  trouver  intéressé. 

a  Au  sujet  de  Formose,  M.  Soyesima  a  dit  que  le  Japon  avait 
certains  comptes  à  régler  avec  les  aborigènes  de  la  côte  orien- 
tale ;  que  cette  partie  étant  limitrophe  de  celle  qui  est  occupée 
par  les  Chinois  et  qu'on  pourrait  peut-être  avoir  à  traverser,  il 
était  convenable  que  son  gouvernement  en  donnât  avis  au  gou- 
vernement chinois.  Les  ministres  chinois  lui  ont  répondu  qu'ils 
étaient  sensibles  à  cette  marque  d'égards  et  en  même  temps  lui 
ont  demandé,  comme  en  passant,  si  ce  serait  par  hasard  au  sujet 
des  gens  de  Lieou  Riéou,  massacrés  par  les  Aborigènes  de  For- 
mose, que  le  Japon  songerait  à  une  expédition  contre  ces  derniers. 
Sur  sa  réponse  affirmative,  a  mais  vous  n'avez  pas  besoin,  ont- 
ils  répliqué,  de  prendre  cette  peine,  attendu  que  c'est  notre 
devoir  de  protéger  les  habitants  de  Lieou  Riéou.  »  La  question 
de  Licou  Riéou  ainsi  obliquement  abordée,  chacun  a  fait  valoir 
longuement  ses  arguments  et  ses  preuves.  La  conclusion  a  été 
que  personne  n'a  cédé,  mais  que  les  Chinois  ont  admis  la 
coexistence  de  deux  souverainetés,  la  leur  nominale,  telle  par 
exemple  que  celle  qu'ils  revendiquent  encore  sur  Siam  et 
l'Annam,  quelque  chose  comme  le  royaume  de  Chypre  ou  de 
Jérusalem,  et  la  domination  effective  des  Japonais.  [Cette  solu- 
tion] pour  des  Orientaux,  n'a  rien  d'illogique  et  d'inacceptable. 

«  Sur  la  Corée,  les  Ministres  chinois,...  paraissent  avoir 
décliné    complètement    toute    responsabilité   et   toute  intention 


53a  TRAITÉ    PÉRUVIEN 

d'ingérence.  Au  total  ils  ont  peur  des  Japonais  et  M.  Soyesîmaa 
en  aura  emporté  la  certitude. 

Malgré  la  chute  de  Soyesima,  une  expédition  était  organi- 
sée par  les  Japonais  et  le  général  Saigo  Yorimiti  fut  nommé 
commandant  en  chef  (187^).  Le  gouvernjement  japonais 
annonçait  officiellement  les  motifs  qui  le  poussaient  à  une 
expédition  contre  Formose  par  la  notification  suivante,  datée 
du  19  mai  1871^  et  signée  du  premier  ministre  d'État  *  : 

«  Durant  le  onzième  mois  de  la  quatrième  année  de  Meidji 
(novembre  1871).  cinquante  Riou-Kians  (gens  dcLieou-Rieou), 
jetés  sur  le  rivage  de  la  partie  sauvage  de  Formose,  furent  mas- 
sacrés par  les  indigènes,  et,  dans  le  troisième  mois  de  la  sixième 
année  de  Meidji  (mars  1873),  quatre  hommes  de  la  préfecture 
d'Oda  (Japon)  y  firent  également  naufrage  et  se  virent  traitas 
d'une  manière  inhumaine.  Ces  attentats  furent  l'objet  de  repré- 
sentations faites  par  notre  ministre  plénipotentiaire  au  gouver- 
nement chinois. 

Formose  n'étant  pas  éloignée  du  Japon,  il  est  probable  qu'il  y 
aura  de  temps  en  temps  d'autres  cas  de  jonques  japonaises  jetées 
sur  le  rivage  de  celte  île,  et  en  raison  des  progrès  accomplis  peu 
à  peu  par  la  navigation,  on  peut  s'attendre  à  ce  que  les  Japo- 
nais aillent,  dans  un  avenir  prochain,  visiter  celte  contrée. 

Dans  de  telles  circonstances,  le  retour  de  semblables  outrages 
est  grandement  à  redouter,  et,  en  vue  de  le  prévenir.  Sa  Majesté 
vient  de  nommer  Saigo  Yorimiti,  général  de  second  ordre,  com- 
mandant d'une  expédition  contre  cette  île.  Il  devra,  première- 
ment, rechercher  les  gens  qui  ont  été  coupables  d'attentats  sur 
nos  sujets  et  les  obliger  à  rendre  compte  de  leur  conduite,  et 
deuxièmement,    prendre   les  mesures  qui    lui   paraîtront  néces- 

I.  The  Japanese  Expédition  to  Formosa  by  Edward  H.  House. 
Tokio,  1876,  in-8. 

—  I.'ile  Formose.  Histoire  et  description,  par  C.  Imbauli-Huart. 
Paris,  E.  Leroux,  iSgS,  in- 4. 

—  China,  n"  2  (1875).  Correspondence  respecting  ihe  Settlement 
ofthe  DifficuHy  bet^veen  China  and  Japan  in  regard  to  the  Isiand  of 
Formosa.  Presented...,  1875.  Lond.,  in-fol.  [G.  —  Ii64  ] 

—  China,  n"  G  (1870).  Further  Correspondence...  (In  continuation 
of  a  China,  n"  2  »...)  Presented..  ,  1875.  Lond.,  in-fol.  [C.  —  1389.] 


COXVKNTIO.N,    3l     OCTOBRE     187^  533 

saircs  pour  assurer  à  l'avenir  la  sécurité  de  la  navigation  de  nos 
concitoyens. 

Ainsi  notifié  par  les  présentes*. 

(^Signe)  :  Sanojo  Saneyochi. 
Daidjo  Daidjen. 

Le  général  Saigo  débarqua  le  2g  mai  dans  la  baie  de 
Liang-Kiao  au  Sud-Ouest  de  Formose. 

Le  débarquement  des  troupes  japonaises  provoqua  la  plus 
grande  émotion  à  Péking  et  le  gouvernement  chinois  expédia 
immédiatement  des  troupes  dans  le  Nord  et  à  TOuest  de 
l'île;  une  commission  spéciale  composée  de  Chcn  Pao-tchen 
et  Pan-Weï,  commissaires  impériaux  et  Yu  Hen-lin,  Uo-taï 
de  Formose,  assistés  de  MM.  Giquel  et  de  Segonzac, 
directeurs  de  Tarsenal  de  Fou-tchéou,  fui  envoyée  auprès  du 
commandant  en  chef  des  troupes  japonaises  pour  prévenir  une 
rupture.  D'autre  part,  Okoubo  menait  les  négociations  à 
Péking  ;  grâce  aux  bons  offices  de  M.  Wade,  une  convention 
fut  signée  le  3i  octobre  187^,  qui  évitait  entre  les  deux 
empires  la  guerre  qui  avait  failli  éclater. 

CONVENTION,    3l    OCTOBRE    187^ 

Okoubo  *,  Haut  Commissaire  Plénipotentiaire.  Conseiller 
d'État,  et  Ministre  de  l'Intérieur,  pour  le  Japon  ;  et 

Le  Prince  de  Koung,  et  les  Ministres  du  Yamen  des  Affaires 
EtrangiTCs,  pour  la  Chine, 

Se  sont  entendus  ensemble  sur  les  Articles  suivants,  et  rédi- 
gent ici  le  présent  document  en  témoignage  de  l'arrangement 
convenu,  c'est-à-dire  : 

Comme  les  sujets  de  chaque  gouvernement  ont  droit  à  sa 
protection  contre  tout  préjudice,  chaque  gouvernement  est 
obligé  d'adopter  des  mesures   par  lesquelles    leur    sécurité   doit 

I.  Imbault-Huart.  pp.  i34-5. 

3.  «  Okubo  (1829-1878).  d'une  ancienne  famille  do  samurai  de  Sat- 
suma.  était  l'un  des  hommes  les  plus  instruits  du  Japon.  Sa  naissance  lui 
donnait  le  droit  de  siéger  dans  les  conseils  de  son  clan  ;  ce  fut  lui  princi- 
palement qui  fît  adopter  à  Satsuma  une  politique  hostile  au  shogunat. 


é 


534  TRAITÉ    PÉRUVIEN 

être  assurée,  et  si  quelque  trouble  arrive  aux  dépens  des  sujets 
de  quelque  gouvernement  particulier,  il  incombe  à  ce  gouverne- 
ment le  soin  d'instruire  une  enquête  et  d'agir. 

Certains  sujets  Japonais  ayant  été  méchamment  massacrés  par 
les  sauvages  insoumis  de  Formose,  le  gouvernement  du  Japon, 
regardant  ces  sauvages  comme  responsables,  envoya  une  armée 
contre  eux  pour  obtenir  satisfaction.  Un  accord  est  actuellement 
intervenu  avec  le  gouvernement  de  Chine  que  cette  armée  se 
retirerait,  et  certaines  mesures  seraient  prises;  toutes  sont  con- 
tenues dans  les  trois  articles  suivants  : 

Art.  I.  —  Les  négociations  présentes  ayant  été  entreprises  par 
le  gouvernement  du  Japon  dans  le  but  humain  d'assurer  la  sé- 
curité de  ses  propres  sujets,  le  Gouvernement  de  la  Chine  ne 
peut  pas  les  blâmer  par  conséquent. 

Art.  11.  —  Le  gouvernement  chinois  donnera  une  certaine 
somme  comme  compensation  aux  familles  des  Japonais  naufra- 
gés qui  ont  été  massacrés  (à  Formose).  Le  Gouvernement  de 
Chine  est  décidé  à  garder  pour  son  propre  u.sage  les  routes 
construites  et  les  bâtiments  érigés  sur  ce  sol  par  les  Japonais 
et  convient  de  faire  un  paiement  à  ce  sujet.  Les  détails  de  cet 
accord  sur  ces  points  seront  déterminés  ailleurs. 

Art.  III.  —  Toute  la  correspondance  occasionnée  par  cette 
question  entre  les  deux  Gouvernements,  sera  annulée,  et  les  dis- 
cussions terminées  pour  toujours.  Ce  sera  le  devoir  du  Gouver- 
nement Chinois  de  prendre  les  mesures  nécessaires  au  contrôle 
sérieux  des  tribus  sauvages  dans  la  région  mentionnée  pour 
assurer  pour  toujours  la  navigation  [le  long  des  côtes]  contre 
aucune  nouvelle  atrocité  de  leur  part. 

i6*  mois,  7e  année  Mei-dji. 
ge  mois,  i3*  année  T'oung-iché. 

(^Signè)  :  Oroubo. 

ÇSignè^  :  Les  Ministres  Chinois. 

Contresigné  :        Yanagiwara, 

Ministre  plénipotentiaire  japonais. 

Bien  que  de  vieille  noblesse,  il  haïssait  le  régime  féodal.  Conseiller  de 
gouvernement  en  1868,  ministre  des  finances  en  1871,  membre  de  la 
grande  ambassade  en  1872-73,  ambassadeur  à  Pékin  en  1874.  puis 
ministre  de  Tintérieur,  Okubo  fut  assassiné  en  mai  1878  par  des  samurai 
du  clan  de  Kaga.  On  lui  fit  des  funérailles  nationales.  »  (Marquis  de  la 
Mazclière,  Essai  sur  i Histoire  dit  Japon.  Paris,  1899,  in-ia,  j).  371.) 


NOTE    ADDITIONNELLE  535 


NOTE  ADDITIONNELLE  (Certificat) 

Dans  TalTaire  des  sauvages  de  Formose,  se  référant  à  l'arran- 
gement intervenu  avec  les  deux  gouvernements  [de  Chine  et  du 
Japon]  par  le  Ministre  Anglais,  M.  Wade,  et  au  document  signé 
aujourd'hui  rappelant  Faction  qui  doit  être  prise  respectivement 
par  les  deux  parties  contractantes,  le  Gouvernement  Chinois 
donnera  une  somme  de  cent  mille  taêls  immédiatement  comme 
compensation  aux  familles  des  Japonais  naufragés  qui  ont  été 
tués.  Comme  addition  à  cela,  le  Gouvernement  Chinois  ne  man- 
quera pas  de  payer  une  •  somme  en  plus  de  4oo  ooo  taëls  à 
cause  de  la  dépense  occasionnée  par  la  construction  de  routes  et 
l'érection  de  bâtiments,  que  le  Gouvernement  Chinois  gardera 
pour  son  propre  usage,  quand  les  troupes  japonaises  se  seront 
retirées.  Il  est  de  plus  convenu  qu*au  ao"  jour  du  i  a*  mois  de 
la  7*  année  du  règne  Mei  dji  (style  japonais)  et  au  la''  jour  de 
la  I  f'  lune  de  la  iS"  année  du  règne  de  T'oung  tché  (ao  dé- 
cembre 1874),  le  Gouvernement  du  Japon  retirera  la  totalité  de 
ses  troupes,  et  le  Gouvernement  de  Chine  paiera  la  totalité  de 
l'argent:  aucune  des  deux  parties  ne  devant  être  en  retard  à 
l'époque  fixée  maintenant  :  le  paiement  de  la  somme  garantie 
ne  sera  pas  complété  par  le  Gouvernement  Chinois  tant  qu'une 
partie  des  troupes  du  Gouvernement  du  Japon  ne  serait  pas 
retirée. 

Cet  instrument  est  rédige  en  garantie  de  l'accord.  H  est  fait 
en  double;  chaque  partie  en  gardera  un. 

io«  mois,  7«  année  Mei-dji. 
ge  mois,  i3e  année  T*oung- tché. 

(^Signe)  :  Oroubo. 

(^Signe)  :  Les  Ministres  Chinois. 

Contresigné  :  Yanagiwara. 


I 


CHAPITRE  XXXVI 


L'AFFAIRE   MARGART 


LA    BIRMAISIE* 


L^année  187/1  marque  de  terribles  complications  qui  fail- 
lirent amener  la  guerre  entre  TAngleterre  et  la  Chine.  Une 
mission  anglaise  venant  de  Birmanie  au  Yun-Nan  avec  l'au- 
torisation du  gouvernement  impérial  avait  été  attaquée  à  la 
frontière  chinoise  et  son  interprète,  Margary,  assassiné. 

Il  est  temps  de  parler  des  routes  Sud-Ouest  de  la  Chine. 
Nous  laisserons  en  ce  moment  la  route  française  ou  du  Tong- 
King  pour  ne  nous  occuper  que  de  la  route  anglaise  ou  de 
Birmanie. 

Le  conquérant  birman  Alompra  (Alaunghprâ)  avait  réuni 
en  1753  toute  la  partie  occidentale  de  la  péninsule  indo-chi- 
noise sous  son  sceptre,  après  avoir  soumis  les  Pégouans  dont 
il  avait  envahi  le  territoire,  et  rebâti  dans  l'estuaire  de 
lTra>vadi,  sur  la  rive  gauche  de  la  rivière  Hlaing,  la  ville  à 
laquelle  il  donna  le  nom  devenu  célèbre  de  Rangoun  qui 
veut  dire  fin  de  la  guerre.  Après  la  mort  d'Alompra  arrivée 
le  i5  mai  1760,  le  trône  resta  dans  sa  famille  sans  interrup- 
tion jusqu'en  1 885-86,  époque  de  la  conquête  de  ce.  qui  res- 
tait de  la  Birmanie   indépendante.   La    dynastie  d'Alompra 


i.   Histoire  abrégée  des  relations  de  la  Grande-Bretagne  <ivec  la 
/?//7/irt///fî,  par  Henri  Cordier.  Paris,  Ërncsl  Leroux.  189^,  hr.  in  8. 


PREMIÈRES    RELATIONS    ANGLAISES  537 

comprend  dix  princes  depuis  son  fondateur  :  Naungdoagyî 
(1760),  Hsenghpyusheng  (1763),  Singgu  Meng  (1775), 
Maung  Maung,  Badoun  Meng,  Bodoahprâ  (1781),  Sagaing 
Meng  ou  Phagyîdoaf  (1819),  Tharâwadi  Meng  (1837), 
Pugàn   Meng    (i846),   Mengdoun    Meng    (i853),   ïhibau 

(1878). 

La  France  avait  laissé  le  champ  libre  sur  la  côte  binnane 
à  l'Angleterre  ;  quoiqu'ils  fussent  désormais  sans  concurrents, 
les  Anglais  devaient  lutter  un  siècle  pour  amener  l'annexion 
complète  à  la  couronne  britannique  de  la  partie  occidentale 
de  rindo-Chine. 

PREMIÈRES    RELATIONS    AXiLAISES 

Malgré  ime  lettre  adressée  par  Alompra  au  roi  d'Angleterre 
en  1757,  et  remise  à  un  certain  Dyer,  h  Rangoun,  malgré 
un  traité  signé  la  même  année  au  mois  de  juin  par  le  lieute- 
nant Ne>vton  ou  plutôt  renseigne  Lister,  traité  qui  n'eut 
aucune  suite,  les  Anglais  eurent  beaucoup  de  désagrément  : 
en  1759,  les  agents  de  iNegraïs  se  retirèrent  et  ceux  qui 
restèrent  furent  massacrés  en  octobre  par  les  Birmans. 
L'année  suivante,  le  gouverneur  de  Madras  envoya  le  capi- 
taine Alves  pour  obtenir  satisfaction  de  cet  attentat  cl  porter 
en  même  temps  des  présents  qui  devaient  faciliter  les  négo- 
ciations. Mais  Alompra  était  mort  dans  sa  campagne  de  Siam, 
son  fils  Maungdoagyî  assiégeait  Ava  qui  était  en  révolte  et 
Alves  dut  s'en  retourner,  maltraité,  mécontent,  sans  bagages, 
car  tout  avait  été  pillé. 

D'ailleurs  les  Birmans  continuaient  leurs  conquêtes:  une 
nouvelle  guerre  contre  les  Siamois  en  1771  fut  suivie  d'ime 
autre  en  1786  et  la  paix  qui  fut  signée  en  1793  laissa  entre 
les  mains  des  Birmans  toute  la  côte  de  Tenasserim  et  les 
ports  de  Mergui  et  de  Tavoy.  Auparavant,  ils  avaient  conquis 
en  1783  l'Arakan  :  la  chose  était  assezgrave,  car  de  FArakan, 


538  l'affaire  margart 

ils  pénétrèrent  dans  le  Chittagong  qui  appartenait  aux  An- 
glais depuis  1760,  ce  qui  motiva  Tenvoi  d'une  mission  spé- 
ciale en  Birmanie. 

Michael  Symes,  capitaine,  puis  major  au  76"  régiment 
de  Sa  Majesté  Britannique,  fut  nommé  par  Sir  John  Shore, 
gouverneur  général  des  Indes,  agent  plénipotentiaire  pour, 
d'une  part  traiter  avec  le  roi  d'Ava,  alors  Badoun-Meng, 
fils  dWlompra,  fondateur  d'Amarapoura,  de  Tautre  se  rendre 
compte  de  la  situation  des  sujets  anglais  dans  les  contrées 
qu'il  devait  visiter.  11  s'embarqua  le  21  février  1795,  à  Cal- 
cutta, à  bord  du  Sea-Horse,  croiseur  armé  appartenant  à 
TEast-India  Company,  commandé  par  le  capitaine  Thomas, 
secondé  par  un  secrétaire,  Wood,  et  un  chirurgien,  le  doc- 
teur Buchanan.  Une  escorte  de  quatorze  cipayes,  avec  un 
sergent  et  un  caporal  indigènes,  un  Pandit  et  quelques  su- 
balternes composaient  une  mission  de  phis  de  soixante-dix 
personnes.  Sans  entrer  dans  le  détail  de  la  mission  de 
Symes,  dont  le  récit  est  extrêmement  intéressant,  nous  pou- 
vons dire  que  Tenvoyé  anglais,  reçu  avec  une  politesse  plus 
ou  moins  sincère,  signa  ou  crut  signer,  avec  le  roi  d'Ava, 
un  traité  en  septembre  1796,  qui  devait  procurer  à  la  Com- 
pagnie des  Indes  plusieurs  avantages  commerciaux. 

Cependant  le  gouverneur  général,  Sir  John  Shore,  ne  vou- 
lant pas  perdre  les  avantages  du  voyage  de  Symes,  s'em- 
pressa en  1796,  d'envoyer  comme  résident  à  Rangoun,  le 
capitaine  Hiram  Cox,  de  l'infanterie  indigène  du  Bengale. 
Cox  était  arrivé  à  Rangoun  le  8  octobre  1796,  et  fut  bien 
reçu  par  le  roi  Badoun-Meng  au  mois  de  février  1797.  Le 
voyage  de  Cox  est  curieux,  et  comme  il  le  dit  lui-même 
dans  son  récit,  il  était  resté  absent  onze  mois  moins  quatre 
jours  en  se  rendant  de  Rangoun  à  Amarapoura.  En  1798,  le 
comte  de  Mornington  (marquis  de  Welleslcy),  avait  rem- 
placé Sir  John  Shore,  comme  gouverneur  général  des 
Indes:  Cox,  revenu  de  Rangoun,  fut  chargé  d'une  seconde 


^ 


PREMIÈRES    RELATIONS    ANGLAISES  5^9 

mission  par  le  nouveau  gouverneur  général  :  il  devait  se 
rendre  à  Chillagong  pour  secourir  les  nombreux  réfugiés 
chassés  de  TArakan  par  la  tyrannie  des  Birmans.  Cox 
mourut  à  trente-neuf  ans,  à  la  suite  des  fatigues  de  celte  se- 
conde mission. 

D'année  en  année,  les  diffîcultés  continuent  avec  le  gou- 
vernement birman,  Wellesley  envoie  Symes,  devenu  colonel, 
une  seconde  fois  en  1802  à  la  cour  de  Badoun-Meng. 
Malgré  une  escorte  de  cent  cipayes,  la  mission  du  colonel 
Symes  échoua  piteusement  et  il  est  probable  que  c'est  la 
raison  pour  laquelle  on  n'en  a  pas  écrit  la  relation.  Les 
guerres  des  Anglais  avec  la  France  et  surtout  leurs  inquié- 
tudes en  Asie,  les  entraînèrent  à  des  démarches  qui  dans 
cette  période,  n'obtinrent  aucun  succès  tant  en  Chine  qu'en 
Birmanie.  En  1802  et  en  1808,  les  Chinois  les  empêchèrent 
de  débarquer  à  Macao  ;  en  mai  i8o5  et  en  1809,  Canning, 
lieutenant,  puis  capitaine,  agent  à  Rangoun,  fut  obligé  la 
première  fois  de  quitter  son  poste  six  mois  après  son  arrivée, 
la  seconde,  il  fut  reçu  à  Amarapoura,  ce  qui  ne  l'empêcha 
pas  d'être  chargé  pour  le  gouverneur  général  des  Indes  de 
deux  lettres  fort  impertinentes. 

iMais  ce  sont  les  difiicultés  avec  l'Arakan,  diflicultés  com- 
mencées en  1811,  qui  déterminèrent  un  conflit  direct  entre  la 
Birmanie  et  l'Angleterre.  Le  gouvernement  du  comte  de 
Minto  (1807-181 3)  avait  été  marqué  par  des  ambassades  en 
Perse  et  dans  l'Afghanistan  ;  celui  de  son  successeur,  le  mar- 
quis de  Hastings,  le  fut  par  la  conquête  du  Nepaul  (i8i4- 
i8i5)'et  par  la  dernière  guerre  des  Mahrattes (181 7-1818). 
La  fin  des  guerres  de  l'Empire  avait  permis  à  l'Angleterre 
de  reprendre  sa  politique  indienne.  Elle  envoya  en  i8i6une 
ambassade  à  Péking  dirigée  par  William  Pitt,  lord  Amherst. 
Cette  ambassade  échoua  entièrement,  mais  Amherst  eut 
sa  revanche,  car  ce  fut  lui  qui  remplaça  Hastings  comme 
gouverneur  général  des  Indes  (1823-1828),  et  ce  fut  lui  qui 


54o  l'affaire  margary 

eut  la  chance  de  faire  la  première  guerre  birmane.  Lord 
Amherst  qui  mourut  le  18  mars  iSSy,  fut,  à  la  suite  de 
cette  expédition  heureuse  que  nous  allons  raconter,  crée 
comte  Amherst  de  Arakan  :  c'est  un  précédent  pour  le  titre 
de  marquis  de  Dufferin  et  A  va. 


PREMIÈRE    GlERRE    BIRMANE,     182^ 

L'attaque  du  gouverneur  birman  d' Arakan,  sur  la  fron- 
tière sud-est  du  Bengale,  amena  Tinlervenlion  anglaise.  Au 
commencement  de  182^1,  il  fut  décidé  qu'une  armée  de  5  à 
6  000  hommes,  tirés  des  présidences  de  Fort-William  (Ben- 
gale) et  de  Fort  Saint-George  (Madras)  se  réuniraient  à 
Port  Cornwalhs  dans  la  grande  Andaman,  sous  les  ordres 
du  major  général  Sir  Archibald  Campbell,  pour  s'emparer 
de  Hangoun,  la  ville  la  plus  importante  de  l'estuaire  de 
rirawadi,  dans  Tancicn  royaume  de  Pégou.  La  guerre  fut 
déclarée  le  5  mai  182^.  Du  2  au  f{  mai,  la  plus  grosse 
partie  des  troupes  de  l'expédition  était  réunie  à  Port  Corn- 
wallis,  et  le  10  mai,  sans  que  la  cour  d'Ava  s'y  attendît,  la 
flotte  anglaise,  à  la  tête  de  laquelle  marchait  le  Liff'y,  Com- 
modore Granl,  franchissait  la  barre  delà  rivière  de  Rangoun. 
Rien  ne  pouvait  empêcher  l'occupation  de  la  ville,  qui  eut 
lieu  le  II  mai. 

Naturellement,  les  Birmans  s'étaient  donné  beaucoup  de 
mal  pour  rassembler  toutes  leurs  forces  militaires,  et  leur 
premier  contact  avec  leurs  adversaires  eut  lieu  le  28  mai.  Deux 
envoyés  birmans  arrivèrent  à  Rangoun,  mais  ne  purent  s'en- 
tendre avec  les  Anglais,  aussi  après  une  attaque  des  Birmans 
le  i^*"  juillet,  leurs  ennemis  s'emparèrent-ils  le  8,  du  fort 
de  Kameroot. 

Au  lieu  de  rester  stationnaires,  les  Anglais  envoyèrent  vers 
le  Sud  un  petit  corps  composé  du  89"  régiment  de  Sa  Ma- 


N 


PREMI^.RR    GUERRE    BIRMANE,     iSq^  5/|  I 

jeslé  et  du  7^  régiment  d'infanterie  indigène  de  Madras,  sous 
les  ordres  du  lieutenant-colonel  Miles:  Tavoy  capitula  et 
Mergui  fut  emporté  d'assaut. 

Pendant  trois  mois,  les  Birmans  étaient  défaits.  Mahâ 
Bandoula,  qui  commandait  dans  FArakan,  fut  rappelé  avec 
son  contingent.  Les  voisins  des  Birmans,  les  Siamois,  sui- 
vaient d'un  œil  intéressé  les  opérations  anglaises;  c'était  pour 
eux  une  excellente  occasion  de  reconquérir  le  Tenasserim. 
Sans  compter  sur  le  succès  des  Anglais,  ils  espéraient,  à  la 
faveur  des  difficultés  que  rencontreraient  les  Birmans, 
pouvoir  reprendre  possession  de  leur  territoire  perdu. 
Aussi  s'agitaient-ils,  tout  en  assurant  les  Anglais  de  leur 
bonne  volonté. 

Les  Anglais  ne  furent  pas  dupes  de  ces  protestations  ;  pour 
couper  court  aux  projets  futurs  des  Siamois,  ils  envoyèrent 
de  Rangoun,  le  i3  octobre,  pour  Martaban,  sous  les  ordres 
du  lieutenant-colonel  God>vin,  une  troupe  composée  d'une 
partie  du  /ii**  régiment  de  la  Reine  et  du  3*"  régiment  d'in- 
fanterie légère  indigène  de  Madras.  Malgré  des  vents  con- 
traires, et  la  résistance  du  gouverneur  M aha  Oudnah,  Yeh, 
qui  est  à  TEst  de  Martaban  et  de  Tavoy,  tomba  entre  leurs 
mains.  Cependant  la  saison  des  pluies  avait  cessé  :  Malià 
Bandoula  s'avançait  avec  toute  son  armée  contre  Rangoun, 
et  du  i'""  au  7  décembre,  une  lutte  terrible  s'engagea,  qui 
amena  le  i5  Taltaque  du  fort  de  Kokien  et  la  retraite  des 
troupes  de  Bandoula  à  Donoobew. 

L'expédition,  organisée  à  nouveau  pour  faire  campagne, 
remonta  à  Tonghoo  et  établit  ses  quartiers  d'hiver  sur  l'Ira- 
wadi,  à  Promc.  A  la  suite  de  négociations  restées  infruc- 
tueuses, la  campagne  reprit;  l'attaque  des  Birmans  dont 
l'armée  était  composée  de  trois  divisions,  fut  repoussée  de- 
vant cette  ville  le  10  novembre  ;  ils  furent  obligés  de  se 
retirer  à  Mellonne.  Le  29  décembre,  les  Anglais  arrivaient  sur 
rirawadi,  en  face  de   Mellone,  et  un  traité  de  paix  prélimi- 


bt\2  i/aFFAÎBE    MAR6ARY 

naire  était  signé.  Le  roi  refusa  de  le  ratifier,  et  le  feu  recom- 
mença. Le  i8  janvier,  les  Birmans  étaient  reppussés  de 
Mellonne,  et  le  25,  les  Anglais  continuaient  leur  roule  sur 
la  capitale,  Ava. 

Une  dernière  défaite  h  Prahangniou  força  le  roi  d'Ava,  à 
envoyer  à  Yandabou,  à  une  quinzaine  de  lieues  de  la  capi- 
tale, de  nouveaux  plénipotentiaires.  Ils  étaient  accompagnés 
d'Adoniram  Judson  *,  missionnaire  américain,  et  de  sa  femme, 
d'un  négociant  anglais  Gouger,  et  de  quelques  autres  qui 
avaient  été  faits  prisonniers  pendant  la  guerre. 

TRAITÉ    DE    YAXDABOl,     2f\    FÉVRIER     1826 

Le  traité  de  Yandabou  se  compose  de  onze  articles  ;  il  fut 
signé  le  2 4  février  1826  au  nom  de  Thonourable  Easl-India 
Company,  par  le  Major  General  Sir  Archibald  Campbell, 
K.  C.  B.,  and  K.  C.  T.  S.,  commandant  l'expédition ,  prin- 
cipal commissaire  au  Pégou  et  à  Ava  ;  Thomas  Campbell 
Roberlson,  commissaire  civil  au  Pégou  et  à  Ava,  et  Henry 
Ducie  Chads,  capitaine  commandant  les  forces  navales  de 
Sa  Majesté  Britannique  et  de  THonourable  Company  sur  la 
rivière  de  riravvadi  ;  au  nom  du  roi  d'Ava,  par  Mengyee- 
Maha-Men-hlah  kyan-len  Wongyee,  seigneur  de  Lay-Kaing, 
et  Mengyce-Maha-men-hlah-lhu-liah  thoo  Atwen-woon,  Fun 
des  ministres  de  Tinténeur  chargé  dQs  finances.  11  se  com- 
pose de  onze  articles,  dont  les  principales  clauses  sont  la 
cession  à  la  Grande-Bretagne  de  TAssam,  de  TArakan,  de 
^eh,  do  Tavoy,  Mergui,  Tenasserim,  avec  les  îles  qui  en  dé- 
pendent; les  Birmans  devaient  s'abstenir  de  toute  ingérence 
dans  le  Manipour,  le  KachAr,  le  Jyntia  ;  la  clause  10  concerne 
le  roi  de  Siam  qui  comme  allié  fidèle  de  TAnglelerre,   est 

I.  Né  à  Malden,   Massachussetts,   9  août  1788;    mort    13  avril   i85o 
en  mer,  faisant  roule  pour  l'île  de  France. 


DIFFICULTÉS  54^ 

considéré  partie  au  présent  traité.  Un  article  additionnel 
marque  qu'après  exécution  du  traité  et  le  paiement  de  25  lakh 
de  roupies,  c'est-à-dire  un  quart  de  l'indemnité  totale,  les 
troupes  anglaises  se  retireraient  à  Rangoun  ;  le  paiement  du 
second  quart  de  l'indemnité  devait  amener  le  retrait  de  toutes 
les  troupes  britanniques  ;  enfin,  la  dernière  moitié  devait  être 
payée  en  deux  versements  annuels  à  partir  de  la  date  du  traité. 
Comme  on  le  voit,  le  traité  de  Yandabou  isolait  complète- 
ment la  Birmanie  du  Nord-Est  de  l'Inde  et  de  l'embouchure 
de  la  Salouen  ;  la  côte  occidentale  de  l'Indo-Chine,  c'est-à- 
dire  l'Arakan,  leur  étant  également  enlevée,  les  rois  d'Ava 
restaient  établis  sur  les  deux  rives  de  l'Irawadi,  ils  pouvaient 
étendre  leur  influence,  discutée  d'ailleurs,  sur  les  principautés 
de  la  haute  Salouen  et  de  la  rive  droite  du  Me-Kong  ;  leur 
seul  littoral  était  celui  de  l'ancien  royaume  de  Pégou,  c'est- 
à-dire  l'estuaire  de  l'Irawadi  avec  Rangoun,  dont  la  conquête 
lors  de  la  seconde  guerre  anglaise,  devait  priver  la  Birmanie 
de  toute  communication  directe  avec  la  mer. 


DIFFICULTÉS 

John  Crawfurd  écrit  lui-même  à  la  date  du  i'*'  septembre 
1826  qu'il  était  depuis  six  mois  commissaire  civil  du  gou- 
vernement britannique  à  Rangoun  lorsqu'il  reçut  l'ordre  de 
se  rendre  en  mission  spéciale  à  Ava.  11  devait  être  accompa- 
gné comme  second  par  le  lieutenant  Chester  ;  d'un  médecin, 
le  D*"  Steward,  d'une  escorte  commandée  par  le  lieutenant 
Cox  ;  du  lieutenant  de  Montmorency  et  enfin  d'un  interprète, 
le  missionnaire  américain  Judson.  En  outre,  un  naturaliste, 
le  D'  Wallich,  directeur  du  Jardin  Botanique  de  Calcutta, 
devait  étudier  les  essences  forestières  de  la  Salouen  et  de 
l'Irawadi.  Un  petit  vapeur  VIndiana,  accompagné  de  cinq 
bâtiments  birmans,  devait  porter  les  membres  de  la  mission, 


544  l'affaire  margary 

vingt-huil  grenadiers  anglais  et  quinze  cipayes.  Le  secrétaire 
du  gouvernement  des  Indes,  George  Swinton,  avait  adressé  à 
Crawfurd  de  Fort  Williann,  à  la  date  du  3o  juin  1826,  les 
instructions  relatives  à  sa  mission,  qui  avait  en  réalité  pour 
Lut  de  conclure  un  traité  de  commerce  avec  la  cour  d'Ava 
et  d'adoucir  certaines  questions  irritantes,  par  exemple,  celles 
de  la  frontière  orientale  de  TAssam,  de  rétablissement  d'un 
fonctionnaire  anglais  principal  à  Rangoun,  des  aiTaires  du 
Manipour,  de  l'acquisition  de  Tîle  de  Negrais  à  l'entrée  de  la 
rivière  de  Bassein,  de  la  frontière  de  Martaban,  etc.  Dans 
une  lettre  officielle  adressée  au  même  secrétaire,  de  Saugor, 
le  22  février  1827,  Crawfurd  écrivait  qu'il  avait  conclu  avec 
le  gouvernement  birman  un  traité  de  commerce  le  23  no- 
vembre précédent.  Le  roi  d'Ava  était  le  même  Sagaing  Mcng 
ou  Phagyidoa  qui  avait  signé  le  traité  de  Yandabou.  La 
l)romesse  faite  par  ce  traité  commercial,  que  les  négociants 
anglais  de  Rangoun  ne  pourraient  être  Tobjet  de  mesures 
spéciales,  fiscales  ou  tyranniques,  ne  fut  pas  plus  observée 
en  Birmanie  qu'en  Chine  avant  le  traité  de  Nanking  de  1842. 

Dans  l'Kxtrême-Orienl,  la  force  seule  a  fait  obtenir  et 

observer  les  traités.  Un  commissaire  anglais,  le  Major  Burney, 
s'était  installé  h  la  cour  d'Ava  en  i83o  ;  sept  ans  plus  tard, 
le  roi  Sagaing-Meng  fut,  après  dix-huit  années  de  règne, 
détrôné  en  mai  1887  par  son  frère  TharAwadi-Meng.  Ava  ou 
Awil,  en  pâli  Ralanapoura  ou  ville  des  pierres  précieuses, 
avait  été  fondée  en  i36/i  sur  Tlravvadi,  près  de  l'embouchure 
de  la  Mytnge,  par  Thadô-menge-bya.  La  chute  de  Sagaing 
Meng  fit  transférer  la  capitale  en  i838  à  Amara[K)ura.  Ama- 
rapoura  était  d'origine  plus  récente  ;  elle  avait  été  bâtie  sur 
la  rive  gauche  de  l'iravvadi,  à  environ  une  lieue  et  demie  au 
N.-E.  d\\va  par  Badoun-xMeng (Bodoahprâ),  fils  d'Alompra, 
le  sixième  roi  de  la  dynastie  fondée  par  ce  conquérant.  Ce 
prince  occupa  le  palais  de  la  nouvelle  ville  le  10  mai  1783. 
Depuis  i838  jusqu'en  1860,  é])oque  du  transfert  du  gouver- 


M*"    LEOD    ET    RICIIARDSON  545 

nement  h  Mandalay,  par  Mengdoun-Meng,  Amarapoura  resta 
la  capitale  birmane. 

Le  Major  Henry  Burney  qui  sYlait  installé  ainsi  que  nous 
Pavons  dit  plus  haut,  comme  résident  anglais  à  Ava  en 
avril  i83o,  l'ut,  après  un  séjour  extrêmement  pénible,  obligé, 
grâce  à  la  révolution  de  iSSy,  de  se  retirer  à  Rangoun, 
puis  à  Calcutta  et  enfin  en  Angleterre.  En  i838,  Lord 
Auckland  envoya  le  colonel  Banson,  comme  nouveau  rési- 
dent à  la  cour  d'Ava,  mais  il  échoua  comme  son  prédécesseur 
et  repartit  en  mars  iSSg  pour  le  Bengale.  Son  second,  le 
capitaine  Mac-Leod  se  retira  à  Rangoun,  où  il  resta  jusqu'en 
janvier  i8/|0,  époque  à  laquelle  les  Anglais  se  retirèrent  de 
cette  ville  {)our  n'y  reparaître  qu'à  la  guerre  de  1862. 


>r    LEOD    ET    RICHARDSON 


Le  i3  décembre  i836,  le  cap.  W.  C.  M^  Leod,  assistant 
du  commissaire  de  la  province  de  ïenasserim,  E.  A.  Blun- 
dell,  quittait  Maulmein  et  se  rendait  à  Zimmé,  ou  Xieng- 
Mai,  sur  la  rive  droite  du  Me-ping,  où  il  arriva  le  23  janvier. 
Ce  petit  royaume  chan,  protégé  du  Siam,  s'étendait  du  Me 
Kong  à  la  Salouen  ;  au  Nord,  il  était  limité  par  les  territoires 
de  Kiang  [Xieng]  Tsen  et  de  Kiang  [Xieng]  Toung  ;  au  Sud, 
par  les  territoires  de  Muang  Kam  peng,  appartenant  au  Siam  ; 
de  Zimmé,  M*^  Leod  repartit  (29  janvier  1837)  pour  Kiang 
ïoung  nominalement  tributaire  des  Birmans,  pour  lesquels 
les  habitants  ne  paraissaient  pas  avoir  beaucoup  d'affection. 
Arrivé  le  20  février,  il  en  repartit  le  i'''*  mars  pour  Kiang 
[Xieng]  Houng,  sur  le  Me-Kong,  où  il  parvint  le  9,  et  où  les 
Birmans  lui  donnèrent  l'ordre  de  revenir  sur  ses  pas.  Il  quitta 
Kiang  Houng  le  26  mars,  repassant  à  Kiang  ïoung  le  3i,  et 
Zimmé  le  18  avril  ;  il  était  enfin  de  retour  à  Maulmein  le 
27  mai. 

COKDIER.  I.  —  35 


54C  l'aFFAIUE    MAliGARY 

,  Le  D'  Richardson  dans  un  quatrième  voyage,  suite  d'ex- 
péditions faites  en  i83o,  i83^  et  i835,  dans  Tintérieur  de 
Tenasserim  au  pays  des  Karens  Rouges,  ne  paraît  pas  avoir 
eu  une  idée  aussi  favorable  du  pays  que  M**  Leod.  Il  quitta 
Maulmein  le  même  jour  que  IVP  Leod,  arriva  à  Moné,  ville 
birmane  des  Etats  Cbans,  et  enfin  parvint  à  Ava  le  28  mai, 
qu'il  quitta  le  17  juin  1887.  Je  ne  vois  pas  trace  dans  le 
journal  de  M''  Leod  de  traité  qu'il  aurait  conclu  avec  un  des 
chefs  du  Laos  birman  ;  tout  au  contraire,  le  premier  fonc- 
tionnaire de  Zimmé  refusa  d'accéder  à  la  demande  de  M''  Leod, 
qui  demandait  pour  les  commerçants  le  passage  libre  de 
Zinuné  à  kiang  Toung.  Il  déclara  même  que  le  roi  de  Siani 
avait  interdit  toute  communication  entre  les  deux  États,  car, 
quoique  le  Kiang  Toung  ne  fût  pas  birman,  il  était  soumis 
à  Ava,  et  que  la  haine  entre  les  Sian)ois  et  les  Birmans  ne 
serait  jamais  éteinte.  Somme  toute,  le  résultat  de  M^  Leod, 
fut  de  montrer  que  l'unique  route  praticable  pour  les  Chinois 
désireux  de  faire  le  commerce  avec  Maulmein  était  par  la 
voie  de  Kiang  Toung  et  de  Zimmé,  mais  qu'elle  était  fermée 
par  la  jalousie  des  cours  de  Bangkok  et  d'Ava*. 

SECONDE    GIERIŒ    BIRMANE,     l852 

Des  dillicultés  de  toute  sorte,  soulevées  par  le  gouverne- 
ment birman,  des  entraves  mises  au  commerce  britannique, 
les  mauvais  traitements  subis  par  les  marchands  anglais, 
amenèrent  le  gouvernement  des  Indes  à  écrire  une  lettre  de 
remontrances  à  la  cour  d'Ava  pour  obtenir  satisfaction.  La 
guerre  n'en  éclata  pas  moins  ;  les  Birmans  ouvrirent  le  feu  à 
Rangoun,  le  10  janvier  i852  ;  un  vigoureux  combat,  à  l'entrée 
de  ITrawadi,  le  12  et  le  i/i  avril   i852,  amena  la  prise  de 

I.  Easi-India  ('Af'^"  f.eod  and  Hichardson's  Journeys).  Ordered  hy 
the  House  of  Commons.  to  he  Printed ,  10  August  1869  [^ao],  In-fol., 
pp.  i47 


SECONDE    GUERRE    BIRMA^NE,     l85a  547 

Rangoun  ;  le  19  mai  suivant,  Bassein  tombait  également  au 
pouvoir  des  Anglais.   En  juin  1862,   une  première  attaque 
eut  lieu  sous  les  ordres  du  Major  Colton  et  du  Commandant 
Tarlelbn,  contre  la  ville  de  Pégou,  enfin  le  20  décembre  i852, 
Lord  Dalhousie  lançait  une  proclamation  par  laquelle  il  dé- 
clarait le  royaume  de  Pégou  annexé  aux  autres  possessions 
anglaises.  Ce  qui  de  la  Birmanie  restait  indépendant  était 
complètement  isolé  du  reste  du  monde.  Sur  ces  entrefaites, 
le  roi  Pugan-Meng,  qui   régnait  depuis   i846,  était  détrôué 
à  .\marapoura  par  son  demi-frère  Mengdoun-Meng,  en  février 
i853.  Dalhousie  eut  la  sagesse  de  ne  pas  vouloir  imposer  un 
traité  à  ce  nouveau  prince  que  ses  sujets  auraient  certaine- 
ment chassé  s'il  avait  reconnu  la  nouvelle  conquête  anglaise. 
L'occupation  du  Pégou  et  sa  prise  de  possession  ipso  facto 
est  un  des  précédents  en  Asie  qu'on  aurait  pu  faire  valoir 
dans  des  circonstances  plus  récentes,  lorsqu'on  montrait  une 
trop  grande  hâte  pour  signer  des  traités.  Il  ne  faut  pas  ou- 
blier qu'en  Asie,  les  Occidentaux  n'y  sont  que  par  la  force  du 
canon  ;  il  faut  prendre  d'abord,  traiter  ensuite  ;  si  c'est  im- 
possible, ne  pas  traiter,  mais  continuer  l'occupation.  Je  ne 
défends  pas  la  théorie,  mais  la  pratique.  On  ne  fait  pas  un 
empire  colonial  comme  celui  de  l'Angleterre  avec  de  la  théo- 
rie, mais  avec  beaucoup  de  pratique. 

Mengdoun  abandonna  Amarapoura  définitivement  en  1860, 
|)our  transférer  la  capitale  à  Mandalay  qu'il  avait  fait  cons- 
truire. Ce  prince  s'aperçut  de  quelle  grande  importance  était 
pour  lui  le  maintien  de  bonnes  relations  avec  les  cx)nquérants 
étrangers  de  l'Inde.  Il  comprit  qu'il  n'y  avait  rien  à  faire 
contre  le  fait  acquis  et  les  Anglais  se  rendirent  compte 
qu'exiger  la  signature  d'un  traité  pouvait  amener  des  compli- 
cations graves,  un  soulèvement  populaire,  peut-être  une 
guerre  nationale  comme  celle  d'Alompra  :  ils  tenaient  le 
gage,  il  leur  suHisait,  et  un  gouverneur  do  Pégou  fut  nommé, 
le  Major  Arthur  Phayre. 


543  L*AFFAIRE    MARGARY 

Montrant  sa  faiblesse  en  même  temps  que  sa  bonne  volonté, 
au  commencement  de  i855,  Mengdoun-Meng  envoya  une 
mission  particulière  à  Lord  Dalhousic,  pour  présenter  ses 
compliments  au  gouverneur  général  des  Indes.  Aussi,  dès  le 
i"  août  i855,  une  ambassade  spéciale  quittait-elle  Rangoun 
pour  rendre  au  roi  d'Ava  la  politesse  qu'il  avait  faite  à  Lord 
Dalhousie.  Le  chef  de  la  mission  était  Sir  Arthur  Phayre,  le 
socrélxiire  qui  en  fut  aussi  riiistoricn,  Henry  Yule,  alors 
capitaine. 

RICHARD   SPRYE 

La  prise  de  possession  du  royaume  de  Pégou  et  de  l'em- 
bouchurc  d'un  grand  fleuve  comme  l'Irawadi  devait  néc^s- 
sairement  amener  les  Anglais  h  chercher  des  débouchés 
commerciaux  vers  les  provinces  sud-ouest  de  la  Chine,  et  en 
particulier  vers  le  Yun-Nan.  Ce  fut  le  capitaine  Richard 
Sprye,  oflicier  en  retraite  de  l'armée  de  Madras,  qui  émit  le 
premier  l'idée,  en  i858,  d'une  ligne  de  chemin  de  fer  qui  se 
rendrait  de  Rangoun  au  Yun-Nan  avec  des  embranchements 
sur  le  Siam,  le  Cambodge,  le  Tong-King  et  TAnnam.  En 
juillet  1860,  la  Chambre  de  Commerce  de  Manchester  s'était 
adressée  au  vicomte  Palmerslon  pour  demander  qu'on  obtienne 
du  roi  de  liirmanie  Faulorisation  de  passer  à  travers  ses  Etats 
j)our  se  rendre  en  Chine,  de  façon  à  créer  une  roule  commer- 
ciale directe  de  Rangoun  à  l'empire  du  Milieu.  Le  capitaine 
Sprye  avait  suggéré  trois  projets  distincts  de  chemin  de  fer 
qui  sont  analysés  de  la  manière  suivante  dans  le  mémoran- 
dum du  capitaine  J.  M.  Williams,  de  Tarmée  indienne'  : 

«    i"  Sa  route  enlièreinenl   de   terre,  approuvée  maintenant, 
à  commencer   h  Rangoun,   et  telle  qu'elle  est  indiquée  par  un 

I.  Hfuifioon  and  U'estern  China.  —  ^f^py  of  Mémorandum  6)- Cap- 
taiii  Williams,  Inspector  of  Public  Works,  Rangoon  Division ,  Briiish 


KlCllARD    SPHYE  Ô/fQ 

trait  rouge  dans  la  carte  annexée,  suivre  un  cours  aussi  droit 
que  praticable  à  travers  la  frontière  nord-est  de  la  Birmanie 
anglaise,  à  Kiang  Toung,  et  de  là  à  Kiang  Houng  sur  le  Mei- 
kong  ou  haut  fleuve  Cambodge  ; 

2°  Une  route  de  terre  et  fluviale,  partant  par  la  rivière  de 
Hangoun,  et  poursuivant  alors  à  Magwé,  sur  la  rive  gauche  de 
rirrawadi,  dans  la  Birmanie  propre  ;  le  chemin  de  fer  devra 
commencer  là,  et  prenant  une  direction  nord-est,  comme  il  est 
indiqué  par  la  ligne  verte,  marquée  A.  sur  la  carte  annexée,  à 
travers  Yemelhen  et  Myoung  Yuwé,  pour  couper  le  bac  de  Ta- 
kou  sur  la  Salouen,  et  ensuite  suivre  la  première  route  à  l'est  à 
Kiang  Toung  et  Kiang-Houng  ; 

3"  Une  autre  roule  combint'»e  de  terre  et  d'eau  de  Hangoun, 
par  la  rivière  Irrawadi  à  Mandalay  et  de  là  par  chemin  de  fer, 
voir  la  ligne  verte  marquée  B,  à  travers  Bamo  à  Ta-li  fou,  au 
nord-ouest  de  la  province  chinoise  de  Yun-Nan. 

On  [>eut  voir  que  la  première  roule  embrasse  un  chemin  de 
fer  continu  de  Hangoun  à  Kiang-Houng,  sur  le  Meikong  ou 
rivière  du  Cambodge,  où  il  sort  de  la  frontière  sud-ouest  de  la 
Chine,  et  où  l'actuel  Major-Général  Me  Leod,  en  1837,  rapporta 
que  ce  torrent  (nommé  Lan-lsang  Kiang  en  deçà  de  la  frontière 
chinoise)  est  dans  la  saison  sèche  large  de  54o  pieds  et  dépas- 
sant la  profondeur  de  iG  pieds,  et  pendant  les  crues  large  de 
1  600  et  profond  de  60  pieds.  Ce  fleuve,  après  un  cours  méri- 
dional d'à  peu  près  i  200  milles  depuis  Kiang-IIoung,  à  lra\ers 
les  États  du  Laos  et  le  royaume  récemment  restauré  du  Cam- 
bodge, se  jette  dans  l'Océan  dans  la  (^ochinchine  française. 

La  distance,  en  ligne  droite,  entre  Hangoun  et  Kiang  iloung, 
est  sur  les  cartes  d'environ  48o  milles  ;  la  première  et  la  plus 
ini|X)rtante  moitié  de  laquelle  ayant  son   terminus  sur  le  bord 


Bunnah,  upon  liaiUvay  Communication  betsveen  Han^oon  and 
Western  China,  wilh  Map  relating thereto.  Ordered...,  i5junci865, 
873.  in -fol. 

—  China,  11°  5  (186/4).  Memorials,  etc., on  the  subject  ofopening 
up  a  direct  Commerce  n'ith  the  JVest  of  China  from  the  Port  of 
Rangoon.  Presented...,  186/4.  Lond.,  in-fol.  [33i5]. 

—  China,  n"  3  (i865).  Correspondence  respecting  direct  corn- 
mcrce  with  the  west  of  China  front  Rangoon.  Presented  to  the 
House  of  Lords  by  Command  of  Her  Majesty,  i865.  London,  in-fol. 
[3579]. 


55o  l'affaire  margary 

de  la  mer,  est  sur  territoire  britannique,  et  les  autres  portions 
principalement  dans  les  deux  États  très  amis  Birman  Chan  de 
Kiang-Toung  el  de  Kiang-IIoung. 

La  seconde  roule  implique  une  navigation  fluviale  de  Ran- 
goun  à  Magwé,  dans  la  Birmanie  propre  au  30°5'  de  lat.  N. 
et  96**  long.  Est,  h  460  milles  environ  par  eau  de  Rangoun,  et 
60  milles  au  delà  de  la  frontière  anglaise  ;  et  la  construction 
d*un  chemin  de  fer  à  partir  de  ce  point,  entièrement  sur  terri- 
toire birman,  à  travers  Yemethen  et  Myoung  Yuwé  au  bac  de 
Takou,  sur  la  Salouen,  une  distance  directe  d'environ  330  milles 
sur  la  carte,  pour  suivre,  de  Takou,  à  Test,  la  route  de  la  pre- 
mière ligne  de  190  milles,  par  Kiang-Toung  à  Kiang-Houng  ; 
faisant  en  tout,  environ  460  milles  de  transport  par  eau,  et 
460  milles,  par  voie  ferrée  directe,  faisant  une  distance  totale 
de  870  milles. 

La  troisième  route  implique  la  navigation  fluviale  la  plus 
longue  d'environ  676  milles,  de  Rangoun  à  Mandalay,  la  capi- 
tale birmane  ;  avec  un  chemin  de  fer  de  là,  aussi  entièrement 
dans  la  Birmanie  propre,  à  Bamo,  à  160  milles  au  Nord  direct 
de  Mandalay,  pour  ôtrc  continué  au  Nord-Est  à  330  milles  plus 
loin  à  travers  la  chaîne  de  la  Montagne  Noire,  à  la  ville  chinoise 
de  Ta-li  fou,  dans  le  Nord-Est  du  Yun-Nan  ;  en  tout,  une  dis- 
tance de  675  milles  par  eau  et  38o  par  voie  ferrée,  faisant  un 
total  de  I  o55  milles  ^  » 

Le  capitaine  Williams  concluait,  confime  ingénieur  de  la 
division  de  Rangoun,  que  la  route  directe  de  terre,  suggérée 
par  le  capitaine  Sprye,  de  Rangoun  h  Kiang  Houng  sur  le 
Me  Kong  via  le  bac  de  Ta-Kou  paraissait  pratique  ^  De 
nombreux  livres  parlementaires  montrent  le  vif  intérêt  que 
l'Angleterre  prenait  à  la  question. 


MISSION  SLADEN,    1868 

La  nouvelle  de  l'exploration  du  Me  Kong  par  les  Français 

1.  Mémorandum,  by  Cap.  J.  M.  Williams,  p.  3. 

2.  /A.,  p.  31. 


MISSION    SLADEN,     1868  55 1 

allait  stimuler  le  zèle  des  Anglais.  Le  20  octobre  1867,  un 
traité  de  commerce  fut  signe  entre  la  Birmanie  et  l'Angle- 
terre et,  dès  Tannée  suivante,  une  exploration  organisée  sous 
les  ordres  du  major  E.-B.  Sladen,  agent  politique  à  Mandalay*. 
Le  principal  objet  de  la  mission  était  de  découvrir  la  cause  de 
l'arrêt  du  commerce  existant  jadis  par  les  trois  routes  qui, 
partant  de  Bhamo  sur  Flrawadi,  se  réunissent  à  Nan-lien 
pour  former  la  grande  voie  à  Momein  et  à  Tali,  et  quel  était 
le  pays  occupé  par  les  Kakhyens,  les  Chans  et  les  Panlhays 
(musulmans).  Sladen  était  accompagné  du  docteur  John 
Anderson,  du  capitaine  A.  Bowers,  de  MM.  T.  Slewart  et 
F.  N.  Burn,  agents  commerciaux,  d'un  docteur  indigène, 
d'un  inspecteur  de  police  et  de  5o  hommes  de  [K)lice  armés  ; 
ringénieur,  capitaine  J.  M.  Williams,  n'alla  pas  au  bout  du 
voyage.  On  remarquera  que  la  Commission  d'exploration  du 
Me  Kong,  dirigée  par  Doudart  de  Lagrée(5  juin  1866),  était 
depuis  longtemps  partie  de  Saigon.  Sladen  quittait  Mandalay 
le  i3  janvier  1868,  il  était  à  trois  cents  milles  plus  loin,  à 
Bhamo,  le  21  janvier,  qu'il  laissait  le  26  février.  Un  séjour 
de  sept  semaines  à  Momein,  une  visite  à  Ta-li,  où  il  précé- 
dait Francis  Garnier,  le  second  de  Doudart  de  Lagrée,  ne 
l'empêchèrent  pas  d'être  de  retour  à  Mandalay  le  20  septembre 
de  la  même  année  -. 

La  révolte  nmsulmane  du  Yun-Nan  rendait  tout  com- 
merce impossible  entre  cette  province,  partant  avec  le  reste 
de  la  Chine,  et  la  Birmanie. 


I.  Le  major- généra!  A.  Fytchc  était  alors  commissaire  en  chef  rie  la 
Birmanie  anglaise. 

a.  East  India  (^British  Burmah).  Ordered  by  the  Ilouse  of  Coin- 
nions,  la  be  Printed,  8  June  1869  [a5i].  in-fol,  p.  98. 

—  EsLsi  India  (^Britis h  Burma hy  Copy  nf  Major  Sladen' s  Report 
on  the  Bhamo  route.  (In  continuation  of  Parliamentary  Paper,  n"  a:")!, 
of  Session  1868-9.)  Ordered,  by  the  ffouse  of  Gommons,  to  be 
Printed,  17  april  1871  [i65],  in-fol.,  pp.  161. 


FIN    DE    LA    RÉBELLION    MUSULMANE,    JANVIER    1878  553 

FIN    DE    LA   REBELLION   MUSULMANE,   JANVIER  iSyS 

« 

Nous  avons  vu*  que  les  Musulmans,  après  leur  grande 
rébellion,  s'étaient  réunis  dans  la  ville  forte  de  Ta  li  et  les 
places  environnantes,  formant  ainsi  une  sorte  de  royaume 
que  gouvernait  Tou  Wen-sieou  avec  le  titre  de  Sultan  ;  mais 
les  Chinois  avec  la  patience  qui  les  caractérise,  avaient 
attendu  une  occasion  favorable  pour  reprendre  la  lutte.  Tali, 
protégé  par  un  lac  et  des  collines  et  par  deux  petits  forts, 
était  quasi  imprenable  de  vive  force.  La  famine  et  l'espion- 
nage devaient  avoir  raison  de  la  résistance  des  derniers 
défenseurs  de  Tlslam. 

Le  drame  touche  à  sa  fin,  et  le  dernier  épisode  en  sera  en 
même  temps  le  plus  horrible.  Le  Sultan  Tou  Wen-sieou,  battu, 
enfermé  dans  sa  capitale  Ta  li,  voyait  s'évanouir  ses  dernières 
espérances  ;  il  eut  au  moins  la  sagesse  de  se  soustraire  aux 
tortures  que  lui  réservaient  sans  aucun  doute  ses  ennemis. 

«  Ses  femmes  et  plusieurs  de  ses  enfants,  ne  voulant  pas 
«  lui  survivre,  s'empoisonnèrent  sous  ses  yeux,  et,  un  jour 
«  avant  de  quitter  son  palais,  il  fit  détruire  les  objets  de 
«  valeur  qu'il  possédait  et  jeter  dans  le  lac  ceux  qu'on  ne 
«  put  briser. 

«  Le  i5  janvier  1873,  Tou  Wen-sieou  revêtit  ses  plus 
«  beaux  habits  de  cérémonie  et,  agissant  jusqu'au  bout  de  sa 
«  carrière  en.  souverain,  fit  préparer  son  palanquin  jaune, 
«  couleur  dont  l'empereur  de  la  Chine  a  seul  le  droit  de  se 
«  servir. . .  Avant  de  sortir  de  ses  appartements,  il  avala  une 
«  boule  d'opium  et  de  la  fiente  de  paon... 

«  Le  parcours  que  devait  suivre  le  cortège  pour  se  rendre 
«  à  la  porte  du  Sud  était  encombré  de  gens  du  peuple  qui 
«   venaient  se  prosterner  une  dernière  fois  sur  le  passage  du 

I.  Voir  p.  a38. 


554  L  AFFAIRE    MARGARY 

«  Sultan  déchu  ;  ce  défilé  avait  un  caractère  solenneK  et 
«  beaucoup  de  personnes,  bien  cpie  n'ayant  pas  eu  toujours 
«  à  se  louer  de  l'administration  du  Sultan  déchu,  ne  purent 
«  cacher  leur  émotion.  Tou  Wen-sieou,  dont  les  sens  coni- 
«  mencaient  a  être  paralysés  par  le  poison,  semblait  peu 
«  inquiet  de  ce  qui  se  passait  autour  de  lui  ;  en  arrivant  aux 
((  portes  de  la  ville,  il  fit  un  grand  effort  pour  sortir  de  son 
«  palanquin  afin  de  remercier  la  foule  et  les  chefs  qui  l'avaient 
«  accompagné,  et  recommanda  ses  enfants  à  Yang-Wei.  Une 
«  escorte  de  soldats  impériaux,  envoyée  par  Yang-Yii-ho,  le 
((  conduisit  dans  le  village  occupé  par  ce  général...  il  rendit 
«  le  dernier  soupir  vers  sept  heures.  Le  lendemain,  le  fou-taï 
«  fil  cou[)er  la  tête  du  cadavre,  et  un  courrier  spécial,  chargé 
«  de  ce  fardeau,  fut  expédié  en  toute  hâte  pour  la  capitale, 
«  où  elle  fut  mise  dans  du  miel  avant  son  envoi  h  Pé-king  \  » 

Quatre  jours  après  la  mort  du  malheureux  Sultan  et  la 
capitulation  de  Ta-li,  le  fou-taï,  sous  prétexte  de  fêter  la  déli- 
vrance de  la  ville,  invita  tous  les  chefs  musulmans  à  un  grand 
diner.  Au  moment  de  passer  dans  la  salle  du  festin,  des 
soldats  postés  à  cet  effet  s'emparèrent  des  invités  qui  leur 
furent  signalés,  et  dix-sept  têtes  roulèrent  à  terre.  Ensuite,  le 
fou-taï  donna  Tordre  de  tirer  six  coups  de  canon,  signal 
convenu  pour  conmiencer  le  massacre  en  ville  : 

«  Ce  qui  suivit  est  indescriptible  :  les  soldats  se  ruaient 
«  sans  pitié  sur  ceux  même  qui  leur  avaient  donné  Thospi- 
«  talité  ;  de  sorte  que  la  j)opulation,  qui  crgyait  tout  ter- 
«  miné,  prise  au  dépourvu,  ne  songea  pas  à  se  défendre... 

«  Après  trois  jours  de  cette  boucherie  humaine,  Ta-li  et 
«  ses  environs  présentaient  un  spectacle  navrant  :  sur  5o  ooo 
«  hommes  qu'il  comptait  alors,  3oooo  avaient  péri  dans  ces 
«  journées  néfastes,  et  le  reste  fut  dispersé. 


I.  Rocher.  —  La  province  chinoise  du  Yun-nan.  Paris,  1880.  vol. 
II.  —  Henri  Côrdicr,  Journal  des  Débats,  2  octobre  1880. 


ï 


FIN    DE    LA    RÉVOLUTION    MUSULMANE,    JANVIER     1878  555 

«  A  la  siiilc  de  ce  massacre,,  le  fou-laï,  pour  mieux,  con- 
«  vaincre  les  habitants  de  Yun  nan-fou  qu'ils  n'avaient  plus 
<c  rien  à  craindre  de  la  rébellion,  expédia  à  la  capitale  vingt- 
ce  quatre  grands  paniers,  -formant  la  charge  de  douze  bêtes 
«  de  somme  et  contenant  des  oreilles  humaines  cousues  par 
«  paire.  Ce  trophée  de  la  prise  de  Ta-H  fut  exposé  au  pilori 
«  de  Yun-nan  fou  avec  les  dix-sept  tclcs  des  chefs.  » 

Et  ceci  se  passait  il  n'y  a  pas  plus  de  vingt-huit  ans,  le  19 
janvier  1878  ! 

C'est  rendre  service  aux  Chinois  que  de  dénoncer  la  ma- 
nière dont  ils  conduisent  leurs  guerres.  Quand  ils  auront 
appris  que  la  loyauté  envers  un  adversaire,  le  respect  de  la 
parole  donnée  à  un  ennemi,  la  clémence  à  l'égard  du  vaincu 
sont  des  vertus  et  non  des  fautes,  que  leur  conduite  invaria- 
blement cruelle  après  un  siège  ou  une  bataille  soulève  l'indi- 
gnation dans  les  pays  qu'ils  traitent  de  barbares,  ils  auront 
droit  à  cette  sympathie  que  de  tout  temps  on  a  été  disposé 
à  leur  accorder  en  Europe,  souvent  trop  légèrement,  car  on 
ne  les  juge  qu'à  travers  le  prisme  trompeur  d'une  philoso- 
phie éclairée,  et  non  d'après  la  pratique  de  maximes  pohti- 
ques  dignes  d'âges  heureusement  loin  de  nous.  En  quarante 
ans,  le  guet-apens  de  Toung  tchéou,  où  des  Français  et  des 
Anglais  pris  contre  tout  droit  des  gens  furent  horriblement 
torturés,  l'exécution  des  chefs  T'aï-P'ing  parLi  Houng-tchang 
après  la  prise  de  Sou-tchéou,  malgré  la  promesse  que  leur 
avait  donnée  Gordon  qu'ils  auraient  la  vie  sauve,  les  atro- 
cités commises  dans  le  Yun-nan  sur  les  populations  musul- 
manes et  en  particulier  le  massacre  de  Ta-li,  le  carnage  des 
habitants  de  Manas  dans  la  Kachgarie,  les  derniers  événe- 
ments du  nord  de  la  Chine,  montrent  qu'en  fait  d'usages  de 
la  guerre  la  Chine  n'a  pas  fait  de  progrès  depuis  l'époque  où 
les  hordes  venues  du  fond  de  l'Asie  marquèrent  leur  route 
depuis  les  déserts  de  la  Mongolie  jusqu'au  cœur  de  l'Europe 
par  un  \aste  fleuve  de  sang  dont  la  source  ne  fut  tarie  que 


556  l'affaire  margary 

par  la  lassitude  de  ceux-là  même  qui  en  avaient  tracé  le 
cours.  Civilisation  théorique  et  partant  fausse  que  celle  qui 
n'offre  que  des  préceptes  et  des  maximes  de  morale  qu'elle 
ne  met  pas  en  pratique  ;  civilisation  puérile  que  celle  qui 
invoque  la  sagesse  dans  les  livres  et  commande  les  massacres 
sur  les  champs  de  bataille  et  les  tortures  dans  les  Cours  de 
justice. 

Après  Ta-li,  les  villes  fortes  de  Chouen-ning  fou  et  de 
Yun-tchéou  furent  prises,  la  première  le  i**"  mai  1878,  pillée 
et  les  chefs  exécutés.  Teng-yuè,  la  dernière  place  forte  musul- 
mane, tomba  entre  les  mains  des  Impériaux  le  10  juin  iSyS  : 
C'était  la  fin  de  la  grande  rébellion  musulmane. 

REPRISE  DES  PROJETS  DE  ROUTES  VERS  LA  CHUS'E 

Le  gouvernement  indien,  tenu  au  courant  des  événements 
par  ses  agents  et  en  particulier  par  son  agent  poh tique  à 
Bhamo,  le  capitaine  Lowndes,  ne  perdit  pas  de  temps  pour 
reprendre  ses  projets  de  route  à  travers  le  Yun-Nan.  Il  était 
probable  que  vers  le  mois  d'octobre  1878,  la  population  du 
Vun-Nan,  pacifiée,  aurait  repris  ses  habitudes  :  «  Au  Sud, 
dit  Rocher',  sur  la  lisière  de  la  province,  c'est-à-dire  entre 
les  frontières  mal  définies  des  Chans,  des  Chinois  et  des 
Birmans,  il  restait  encore  quelques  cantons  où  la  population, 
plus  sauvage  que  rebelle,  refusa  de  se  ranger  sous  la  bannière 
des  mandarins  chinois  ;  mais  afin  qu'on  la  laissât  en  paix, 
elle  consentit  à  payer  un  léger  tribut  en  nature  aux  autorités 
des  districts  les  plus  proches.  » 

Le  gouvernement  anglais,  et  en  particulier  son  représentant 
en  Birmanie,  déployait  la  plus  grande  activité,  préparait  la 
réussite  de  ses  projets  en  négociant  auprès  des  rois  de  Siam 
et  de  Birmanie. 

I.  II,  p.  190. 


MISSION    HORACE    BROWNE,     1 874-5  667 

Le  gouvernement  siamois  ayant  donné  son  consentement, 
le  gouvernement  indien  proposait  (Simla,  22  septembre  1873) 
la  nomination  d'un  agentanglais  àZim-mé.  En  conséquence, 
au  mois  de  septembre  de  Tannée  suivante,  le  premier  assis- 
tant du  consulat  anglais  à  Bangkok,  M.  Edwards,  fut  chargé 
d'une  mission  spéciale  à  Zim-mé.  Déjà  le  Commissaire  en 
chef  de  la  Birmanie  avait  émis  *  les  vœux  suivants  soumis  à 
la  considération  du  gouvernement  de  l'Inde  :  i**  L'établisse- 
ment d'un  officier  anglais  comme  Aide  (assistant)  Agent 
politique  à  Zim-mé;  2**  l'envoi  d'une  mission  mixte  anglo- 
birmane  à  Ta-li  fou,  ac<x»mpagnée  d'un  officier  devant  être 
délégué  par  le  Ministre  d'Angleterre  à  Péking  dans  le  but  de 
faire  un  rapport  sur  le  commerce,  et  d'essayer  d'ouvrir  des 
communications  par  la  route  de  Bhamo,  et  établir  des  sta- 
tions de  garde  pour  la  sécurité  des  voyageurs  ;  3*^  l'établisse- 
ment d'un  Consul  à  Ta-li  fou,  subordonné  au  Ministre  à 
Péking  ;  4°  Tenvoi  d'un  officier  à  Kiang  Houng  vid  Manda- 
lay,  pour  faire  un  rapport  sur  le  commerce  par  cette  route*. 


MISSION    HORACE    BROWNE,     l%']l\-b 

Les  rapports  du  Commissaire  en  chef  de  la  Birmanie, 
l'Hon.  Ashley    Eden^,  convainquirent  le   Foreign  office  de 

1.  Rangoon,  17  juillet  1878. 

2.  Papers  connected  with  the  Development  of  Trade  between 
Bvilish  Burmah  and  Western  China  and  with  the  Mission  to 
Yunnan  of  iS-j^b.  London,  1876,  in-fol.   [G.  —  i456.] 

—  China,  n"  i  (1876).  Correspondence  respecting  the  Attack  on 
the  Indian  Expédition  to  Western  China,  and  the  Murder  of  M. 
Margary.  Presenled...,  1876.  Lond.,  in-foi.  [G.  —  i4aa] 

—  China,  n«  !\  (1876).  Further  Correspondence  respecting  the 
Ailack  on  the  Indian  Expédition  to  Western  China,  and  the  Murder 
of  M.  Margary.  (In  continuation  of  G.  lAaa»  presented  April  1876.) 
Presented...,  1876.  Lond.,  in-fol.  [G.  —  i6o5.] 

3.  Depuis  Sir  ;  né  en  i83i  ;  troisième  fils  du  troisième  lord  Auckland  ; 


558  L  AFFAIRE  mahoaut 

l'utilité  d'une  exploration  de  la  roule  de  Chine  par  le  Yun- 
Nan  et  le  gouvernement  de  l'Inde  fut  prié  de  se  mettre  en 
rapport  avec  le  ministre  d'Angleterre  k  Péking  pour  assurer 
le  succès  de  la  mission  projetée  :  M".  Wade  fut  prévenu  et 
chargé  de  procurer  un  interprète.  Il  fit  choix  d'un  des 
meilleurs  agents  placés  sous  ses  ordres,  Margary,  qui  devait 
se  rendre  en  Birmanie  par  terre  ;  dans  le  cas  où  le  voyage 
de  ce  dernier  durerait  trop  longtemps  ou  qu'un  incident 
empêcherait  l'arrivée  de  l'interprète  h  Bhamo  en  temps 
utile,  M.  Wade  envoya  par  mer  à  Rangoun  un  collègue  de 
Margary,  C.  F.  R.  Allen*,  dont  les  services  n'eurent  pas  h 
être  utilisés. 

Le  3o  juillet  187^,  M.  Wade  télégraphiait  de  Péking  au 
vice-roi  de  l'Inde  que  des  passeports  étaient  signés  du  Tsoung- 
li  Yamen  et  de  la  légation  britannique  à  Péking  |K)ur  quatre 
personnes  se  rendant  de  Birmanie  en  Chine  et  un  pour  une 
personne  se  rendant  de  Chine  en  Birmanie. 

Le  jour  suivant  (3i  juillet  1874),  le  Tsoung-li  Yamen 
envoyait  des  dépêches  officielles  au  gouverneur  du  Yun-Nan, 
aux  gouverneurs-généraux  du  Yun-Nan  et  du  Kouei-tchéou, 
du  Se  tch'ouen,  du  Hou-Kouang,  et  au  gouverneur  du  Hou-Pé, 
|X)ur  les  prévenir  du  voyage  de  Margary  et  leur  demander 
de  donner  des  ordres  pour  qu'il  obtienne  assistance  des  au- 
torités locales. 

Les  instructions  furent  envoyées  de  Péking  à  Margary  le 
7  août  1874.  Tout  était  donc  en  règle  du  côté  chinois. 

élevé  k  Rugby,  Winchester  et  Haileybury  ;  arrivé  aux  Indes,  avril  i852  ; 
(Commissaire  en  chef  de  la  Birmanie  anglaise,  1 871- 1877  ;  lieutenant- 
gouverneur  du  Bengale,  1877- 1882  ;  à  la  retraite,  1882  ;  mort  à  Londres, 
()  juillet  1887. 

I.  Allen.  Clément-Francis-RomiUy,  élève  interprète  en  Chine,  i4 
février  i8C3;  assistant  de  3»=  classe,  i*"*  avril  1867  ;  2 «^  classe,  8  décembre 
1868;  !''<' classe,  26  janvier  1872.  Interprète  (faisant  fonction)  à  Amoy  du 
19  juin  1872  au  25  octobre  1878  ;  interprète,  7  septembre  1878  ;  en  charge 
du  consulat  de  Tchen-Kiang  du  8  décembre  1878  au  18  novembre  1874- 


MISSION    HORACl^.    BROWNE,     1874-6  ÔSq 

Auguslus  Raymond  Margarv,  troisième  fils  du  major- 
général  Margary,  était  né  à  Belgaum,  dans  la  présidence  de 
Bombay,  le  26  mai  i846.  Après  avoir  suivi  les  cours  de 
University  Collège  h  Londres,  il  passa  les  examens  de  rinter- 
prétariat  et  partit  pour  la  Chine  le  20  mars  1867.  Elève 
interprète  (2  février  1867),  puis  attaché  à  la  légation  de 
Péking,  il  fut  envoyé  en  1870  pour  gérer  le  consulat  de 
Formose  tantôt  à  Tamsoui,  lanlôt  à  Ki-loung;  dans  ce 
dernier  port,  avec  Taide  du  négociant  Dodd,  son  ami,  le 
9  août  1871,  il  sauva  quarante-deux  personnes  qui  allaient 
perdre  la  vie  dans  un  typhon.  Après  une  visite  en  Angleterre, 
il  retourna  à  Chang -Haï (septembre  1878)  d'où  il  fut  envoyé 
h  Tché-fou;  de  là  il  fut  transféré  à  nouveau  en  avril  1874  à 
Chang-IIaï.  C'est  là  qu'il  reçut  le  9  août  187^,  par  l'intermé- 
diaire du  consul  général,  W.  H.  Medhurst,  la  nouvelle  de  la 
mission  qui  lui  était  confiée,  et  le  i5  et  le  21  les  instruc- 
tions de  M.  Wade. 

Le  22  août  1874,  Margary  s'embarquait  à  Chang-Haï  pour 
remonter  le  Yang-tseu  jusqu'à  Han  Kéou,  où  il  amvait  le  28  ; 
le  4  septembre,  il  quittait  Han  Kéou,  remontait  le  Kiang  à 
Lochan,  quittait  le  kiang  à  Yo  tchéou,  traversait  le  lac 
Toung  ting,  remontait  la  rivière  Youen,  et  passait  à  Tch'ang  le, 
Kouei-yang,  Yun-nan  fou,  Ta-H  fou,  Teng-yuê  (sous-pré- 
fecture, (l'fi^^,  dépendant  de  Young-tch'ang  fou)  ou  Momein, 
(|ui  avait  été  repris  par  les  Chinois  sur  les  rebelles  maho- 
métans  en  juin  1873,  et  où  résidaient  un  sous-préfet  et  un 
tson^'ping  (général). 

Ce  voyage  remarquable  assure  à  Margary  une  grande 
place  parmi  les  voyageurs  en  Chine;  son  sort  funeste 
complète  l'auréole  scientifique  de  Texplorateur,  tombé  vic- 
time en  service  commandé  '. 


I.    The  Journey  of  AugHstus  liaymond  Margary  front  Shanghae 
to  Bhamo,  and  back  to  Manwyne.  Froni  his  Journals  and  Leiters, 


56o  l'affaire  margart 

Arrivé  à  Momein,  Margary  trouva  des  lettres  de  l'agent 
politique  à  Bhamo,  le  capitaine  Cooke,  le  prévenant  que  le 
départ  de  la  mission  était  retardé  jusqu'au  milieu  de  janvier 
et  le  laissant  libre  soit  d'attendre  son  arrivée,  soit  d'aller 
au-devant.  Margary  choisit  le  dernier  parti,  continua  sa  route 
à  Nan-tien  et  à  Manwyne  où  il  fut  extrêmement  bien  reçu 
par  Li  Se-taï  :  «  Le  fameux  Li  Tchen-kouo  (alias  Li  Se 
ou  Li  Sieh-taï),  écrit-il  à  M.  Wade  (Bhamo,  iSjanvieriSyB), 
qui  attaqua  l'expédition  Sladen,  et  a  été  appelé  brigand  et 
autres  noms  durs,  s'est  montré  un  homme  excessivement 
courtois,  intelligent  et  droit.  Il  a  fait  tout  pour  faciliter  la 
marche  de  l'expédition,  et  m'a  traité  avec  une  politesse 
inattendue.  »  Li,  qui  se  trouvait  à  Manwyne  comme  com- 
missaire spécial  chargé  de  faire  un  traité  avec  les  sauvages 
Kakhyens  et  d'étabhr  des  droits  réguHers  au  heu  de  laisser 
les  caravanes  livrées  au  bon  plaisir  des  habitants  qui  les 
rançonnaient,  endormait  sa  proie  que  son  affabilité  imprévue 
avait  complètement  rassurée.  Margary  arriva  à  Bhamo,  le  17 
janvier  1875. 

DÉPART    DE    LA    MISSION 

La  mission  se  composait  du  colonel  *  Horace  A.  Browne, 
chef  de  rex[)édition,  de  Ney  Elias,  topographe,  qui  devait 
remplacer  le  colonel  en  cas  de  besoin,  du  D""  John  Anderson, 
médecin  et  naturaliste,  et  d'un  interprète,  de  domestiques  et 
d'une  escorte.  Dans  la  lettre  adressée  (Fort  WiUiam, 
i\  octobre  1874)  par  le  gouvernement  indien  au  commissaire 
en  chef  de  la  Birmanie  anglaise,  il  était  marqué,  entre  autres 
choses,  que  l'expédition  était  envoyée  simplement  dans  un 
but  d'exploration  et  de  renseignement,   qu'elle  devait  éviter 

w'ith  a  Brief  Biographical  Préface  :  lo  which  is  added  a  conclud- 
ing  Chnpter  by  Sîr  Rutherford  Alcock...  London»  1876,  in-8. 
I .   Depuis  major  général. 


NEY    ELIAS  56  I 

de  se  mettre  on  rapport  avec  les  rebelles,  consulter  Tintei^rèt^ 
pour  les  relations  avec  les  Chinois,  etc.  Le  colonel  Browne 
avait  quatre  domestiques  (trois  Indiens  et  un  Chinois,  né  en 
Birmanie  anglaise)  ;  leD*"  Anderson  avait  quatre  domestiques 
(trois  Indiens  et  un  Birman  parlant  le  chinois)  ainsi  que  trois 
assistants  indiens  pour  recueillir  des  spécimens  de  plantes  et 
de  minéraux  ;  il  y  avait  en  outre  un  Chinois  nonmié  Li, 
parent  de  Li  Sieh-taï,  et  deux  grooms;  M.  Ney  Elias  avait 
deux  domestiques  ;  M.  Allen  avait  amené  avec  lui  de  Chang- 
Ilaï  à  Rangoun,  deux  Chinois;  enfin  M.  Margary  avait  avec 
lui  son  lettré  et  cinq  domestiques  chinois  pris  à  Chang-Haï, 
à  Ilan-Kéou  et  au  Yun-Man.  Une  garde  de  dix-sept  Sikhs 
appartenant  au  28"  régiment  d'infanterie  indigène  du  Punjab, 
et  d'environ  cent  cinquante  Birmans  formaient  l'escorte. 


^EY   ELIAS 


En  réalité,  Ney  Elias  n'avait  pas  jusqu'alors  de  titre  offi- 
ciel. M.  Wade,  toujours  prudent,  disait  dans  une  dépêche  à 
Margary,  de  Péking,  i3  août  1874  :  «  Il  est  très  possible 
qu'on  ait  conféré  une  position  officielle  ad  hoc,  sinon  perma- 
nente, à  M.  Ney  Ehas,  autrement  il  vaudrait  mieux  qu'il  ne 
fût  pas  décrit  comme  un  négociant,  mais  comme  un  touriste  ; 
il  vaudrait  mieux  désigner  le  colonel  Browne  comme  un 
fonctionnaire  militaire  du  troisième  rang*.  »  Cependant  Ney  . 
Elias  était  entré  au  service  indien  le  20  mars  1874  ;  il  avait 
débuté  dans  le  commerce  l\  Chang-IIaï.  Il  était  déjà  fort 
connu  par  son  voyage  au  fleuve  Jaune  avec  H.  G.  Holling- 
worth  lorsqu'il  entreprit  sa  grande  traversée  de  l'Asie  cen- 
trale (1872-1873).  Né  dans  le  Kent  en  i844»  il  fui  nommé 
agent  politique  à  Bhamo  (20  avril   1875)  et  commissaire  à 

I.  [C.  —  iA50J.  p.  38. 

CORDIEK.  I.   36 


563  L*AFFATRE    MARGART 

Ladakh  (i5  octobre  1877);  il  fui  ensuite  employé  pendant 
l'expédition  du  Sikkim  du  7  novembre  1888  au  12  février 
1889.  Agent  politique  de  première  classe  le  4  septembre  1889, 
il  fut  ensuite  consul  général  à  Meshed  du  i4  décembre  1891 
à  septembre  1896.  Il  est  mort  à  Londres  le  3i  mai  1897. 


JOHN    ANDERSON 

Le  Dr.  John  Anderson  avait  déjà  fait  partie  de  la  mission 
du  Major  E.  B.  Sladen.  Fils  de  Thomas  Anderson,  secrétaire 
de  la  National  Bank  of  Scotland,  il  était  né  à  Edimbourg  en 
i833.  En  1881,  il  fut  chargé  par  les  Trustées  de  ITndian 
Muséum,  Calcutta,  d'étudier  la  zoologie  marine  de  rarchipel 
Mergui,  sur  la  côte  de  Tenasserim.  Il  prit  sa  retraite  du  ser- 
vice indien  en  1887  ;  il  est  mort  en  août  1900  à  Buxton.  Il 
a  écrit  le  récit  des  deux  expéditions  auxquelles  il  a  pris  part*. 

Margary  se  mit  immédiatement  en  rapport  avec  le  colonel 
Browne  cl  onlîn,  après  quelques  jours  de  retard,  l'expédition 
se  mit  en  route. 

\cy  Elias  partit  de  Bhamo  par  la  route  dite  du  Sud,  par 
Sawadi,  accompagné  du  Chinois  Wang  Sieou-chang,  de  Han 
yang  et  du  capitaine  (^ookc.  Il  arriva  à  Maingmaw  le 
i5  février,  où  il  Irouva  Li  Sieh-tai  avec  trois  cents  hommes, 
qui  lui  donna  le  conseil,  ou  plutôt  le  força  de  prendre  un 
autre  chemin,  celui-ci  étant  barré  \yar  un  des  chefs  sauvages 
et  par  lui  même.  Elias  quitla  donc  Maingmaw  le  18  et  re- 
tourna h  kou-lloung  pour  attendre  des  nouvelles  qui  ne 
tardèrent  pas  h  lui  arriver  du  colonel  Browne  ;  tristes  nou- 
velles venues  de  Bhamo,  où  la  mission  était  rentrée.  Elias  se 
hâta  de  revenir  dans  cette  dernière  ville  le  2  mars. 

I.  Mandalar  to  Momein  :  A  Narrati%'e  of  the  Uvo  Expéditions  to 
îlestern  China  of  iSOS  and  1875,  under  Col.  E.  B.  Sladen  and 
Col.  II,  Browne.  London,  187G,  in-8. 


AtTAQUE    DE    LA    MISSION  563 


ATTAQUE    DE    LA    MISSION 

Le  6  février,  le  colonel  Browne  s'était  mis  en  marche, 
prenant  la  route  de  Manwyne;  le  i8,  il  atteignait  le  cours 
dVau  Nam  Phoung  Khyoung,  qui  est  considéré  comme  la 
frontière  entre  les  tribus  soumises  à  la  Birmanie  et  celles  qui 
relèvent  de  la  Chine.  Là,  un  Birman  venu  de  Manwyne 
annonçait  au  colonel  que  Li  Sieh-taï  et  le  chef  d'une  tribu 
sauvage  préparaient  un  guet-apens  pour  Tempècher  de  pé- 
nétrer en  Chine.  Le  lendemain,  19  février,  quoique  peu 
d'importance  fût  attachée  à  la  nouvelle,  Margary,  sûr  de  la 
loyauté  de  son  hôte  de  quelques  jours  auparavant,  partait  en 
avant  avec  son  lettré,  ses  domestiques  et  le  parent  de  Li. 
Immédiatement  après  son  départ,  un  montagnard  vint  pré- 
venir Browne  que  des  troupes  chinoises  réunies  à  Manwyne 
sous  les  ordres  d'un  fonctionnaire,  Yang  Ta-jen,  et  du  chef 
sauvage  dont  nous  avons  parlé  plus  haut,  allaient  attaquer  la 
mission. 

Le  20  février,  lettres  de  Margary  qui  marquent  que  la 
route  est  sûre  ;  le  22,  à  l'aube,  les  Anglais  se  trouvent  en- 
tourés par  les  Chinois  au  nord,  au  sud  et  à  l'est,  avant- 
garde,  commandée  par  Shoukgoon,  neveu  de  Li,  des  troupes 
de  Momein  qui,  au  dire  d'un  chef  ami  accouru  en  toute  hâte 
pour  apporter  la  nouvelle  du  meurtre  de  Margary  et  de  ses 
domestiques,  la  veille,  à  Manwyne,  vont  exterminer  les 
étrangers*. 

Les  Sikhs  ouvrent  le  feu  sur  les  Chinois  ;  les  Birmans  de 
l'escorte  les  imitent,  mais,  mal  armés,  ne  font  pas  grand 
dommage  à  l'ennemi.   Cette  résistance  permit  toutefois  au^ 
colonel  Browne  d'eflectuer  sa  retraite  et  de  rentrer  à  BhanK) 

I.   China,  n"  i,  1876. 


564  l'affaire  margauy 

(26  février)  où  Tagont  anglais  lui  apprit  qu'il  lui  avait  écrit 
le  16  février  pour  le  prévenir  de  Taltaque  qui  menaçait  la 
mission  *. 


ASSASSINAT    DE    MARGARY,     21    FÉVRIER     1875 

I/infortuné  Margary  avait  été  en  effet  massacré  le  21  par 
les  gens  de  Momein,  à  Manwyne,  avec  ses  Chinois,  sauf 
Wang  qui  réussit  à  s'échapper. 

Une  lettre  du  capitaine  C.  B.  Cooke,  faisant  fonction 
d'agent  politique  à  Bhamo,  raconte  ainsi  la  mort  de  Margary 
dans  une  lettre  (7  mars  1876)  adressée  au  capitaine  G.  A. 
Strover,  résident  britannique  a  Mandalay  :  «  ...Il  paraît 
qu'on  engagea  M .  Margary  d'accompagner  quelques  Chinois 
qui  disaient  qu'ils  allaient  lui  montrer  quelques  sources 
chaudes  et  également  un  endroit  propre  à  prendre  un  bain, 
ainsi  qu'il  en  avait  exprimé  le  désir.  11  n'était  allé  qu'à  envi- 
ron un  mille  de  la  ville  lorsque  les  Chinois  l'arrachèrent  de 
son  poney  et  le  percèrent  de  lances  dans  le  dos.  Ils  retour- 
nèrent alors  à  la  ville  a>ec  la  tête  de  M.  Margary  et  firent 
irruption  dans  le  Kyoung  ou  monastère  C/ian,  dans  lequel 
M.  Margary  avait  logé,  et  là  ils  tuèrent  quatre  de  ses  domes- 
tiques chinois.  Le  seuHiomme  qui  restait  fut  épargné  parce 
qu'il  ap])artenait  au  Se-tch'ouen  ou  au  Yun-Nan,  tandis  que 
tous  les  autres  venaient  du  Hou-Pé,  près  de  Han  Kéou.  Cette 
information  fut  fournie  par  deux  Birmans  qui  étaient  à  ce 
moment  à  Manwyne  et  qui  assurèrent  avoir  fui  de  l'endroit 
parce  que  les  Chinois  les  avaient  menacés. 

«  Le  meurtre  paraît  avoir  eu  lieu  dans  l'après-midi  du 
2  1  février  i87.'3  ou  le  i**"  Lahyeegyaw  de  Tabodway -.   » 

Pauvre  Margary  !  J'avais  dîné  avec  lui  quelques  jours  avant 

I.   Voir  h»  rap|)ort  du  col.  Brownc»,  p.  (io,  de  C.  —  i456. 
a.  C.  1^50    p    71 


MORT  DE  l*e:mpëreur  t'ouxg-tché  565 

son  départ  et  je  ne  me  doutais  guère,  à  voir  ce  robuste  et 
sympathique  garçon  plein  d'espoir  dans  un  avenir  brillant, 
que  si  peu  de  temps  le  séparait  de  la  tombe. 

L'attaque  de  la  mission  du  colonel  Browne  et  l'assassinat 
de  Margary  furent  incontestablement  le  résultat  d'un  complot 
local  dont  les  gens  de  Momein  étaient  entièrement  respon- 
sables. Il  n'y  avait  pas  connivence  des  autorités  provinciales 
du  Yun-Nan,  encore  moins  du  pouvoir  central.  Dès  lors,  il 
semblerait  que  les  choses  auraient  du  s'arranger  facilement 
entre  le  Tsoung-li  Yamen  et  la  légation  d'Angleterre  à  Pé- 
king.  Nous  verrons  au  contraire  que  cette  affaire,  qui  aboutit 
à  la  signature  de  la  Convention  de  Tché-fou,  fut,  par  ses 
négociations,  la  plus  épineuse  du  début  du  règne  de  l'empe- 
reur Kouang  Siu,  par  ses  résultats  l'une  des  plus  importantes 
de  l'histoire  des  relations  de  la  Grande-Bretagne  avec  l'Em- 
pire du  Milieu. 

MORT    DE    i/eM1»ERELR    t'0V?iC-TC1IÉ 

Le  cinquième  jour  de  la  douzième  lune  de  la  treizième 
année  de  son  règne,  entre  cinq  et  sept  heures  du  soir, 
l'empereur  T'oung-tché,  porté  par  un  dragon,  est  monté 
parmi  les  hôtes  célestes. 

En  termes  moins  fleuris,  T'oung-tché  mourut  le  12  jan- 
vier 1875  ;  il  était  tombé  malade  un  mois  auparavant  (9 
décembre)  ;  la  petite  vérole  se  déclara  et  l'emporta  rapidement. 

La  marche  de  la  maladie  fut  foudroyante,  à  en  juger  par  le 
décret  sui\ant  qui  remet  le  pouvoir  aux  deux  Impératrices 
(18  décembre)  : 

Décret. 

Attendu  le  bonheur  qui  nous  est  arrive  de  fleurir  (c'est-à-dire 
d'avoir  la  petite  vérole),  vu  le  rapport  présenté  par  le  Prince 
Toun  et  autres  dans  lequel  on  me  prie  de  me  soigner  et  de  me 


566  l'affaire  margary 

reposer.  Moi,  TEmpereur,  pour  ne  pas  faire  soufTrir  un  seul 
instant  les  afTaires  si  importantes  et  si  nombreuses  qui  se  pré- 
sentent chaque  jour,  je  dois,  eu  égard  à  Tétat  dans  lequel  je  me 
trouve  et  qui  ne  me  permet  pas  la  moindre  fatigue,  me  rendre 
aux  avis  qui  me  sont  donnés.  Aussi,  dans  la  crainte  de  laisser 
en  suspens  les  aiïaires  de  l'Etat,  je  prie  les  deux  Impératrices 
d'avoir  compassion  de  mon  état  et  de  me  permettre  de  me  soi- 
gner. C'est  donc  à  Elles  que  les  dilTérentes  administrations  de  la 
Cour  et  de  la  Province  devront  adresser  leurs  rapports  soumis 
autrefois  à  mon  approbation.  En  s'occupant  provisoirement  des 
affaires,  les  Impératrices  mettront  le  comble  à  leurs  bontés 
pour  moi  et  je  leur  en  serai  reconnaissant  au  plus  haut  degré. 
Le  présent  décret  s'adresse  à  la  Cour  comme  aux  Provinces. 
Respectez  ceci  * . 

Quelques  jours  aupara\ant  (i/|  décembre),  Yi-houan, 
prince  de  Tch'ouen,  fut  chargé  d'olTrir  le  22  le  grand  sacri- 
fice au  temple  du  Ciel  à  la  place  de  rEmpcrcur. 

Ce  jeune  souverain,  qui  était  né  le  27  avril  i856,  ne  ré- 
gnait par  lui-même  que  depuis  deux  ans;  pendant  sa  mino- 
rité, le  pouvoir  avait  été  exercé,  non  sans  habileté,  par  le 
prince  de  Koung  sous  le  nom  des  impératrices  douairières. 
On  ne  peut  guère,  par  suite,  se  former  une  opinion  sérieuse 
sur  T'oung-lché,  qu'on  a  représenté  sous  des  aspects  étranges 
qui,  aux  uns,  faisaient  prévoir  un  Néron,  aux  autres  un 
K'ang-Hi. 

Peu  de  temps  avant  la  maladie  de  T'oung-lché  un  diplo- 
mate écrivait  (8  décembre  187/1)  • 

Sa  Majesté  commet  chaque  jour  des  énormités  contre  l'éti- 
quette que  les  vieux  Chinois  considèrent  comme  le  fondement 
de  l'édiiice  social  chinois.  Ellejoue  la  comédie,  fréquente,  dit-on, 
la  nuit,  les  mauvais  lieux  de  la  ville  chinoise,  monte  à  cheval 
sans  suite,  dépense  l'argent  à  pleines  mains  pour  le  moindre 
caprice,  et,  chose  qui  passerait  inaperçue  en  Europe,  mais  qui. 


I.   Gazette  de  Pékingy  éd.  manuscrite,  18  déc.  1874.  —  Traduction 
de  F.  Scherzer. 


MORT  DE  L*EMPEREUR  t'oUXG-TCHÉ  667 

en  Chine,  est   une  gi*ave   atteinte  à  la  bienséance,  la   table  de 
l'Empereur  n'est  plus  approvisionnée  des  mets  oiïiciels. 

L'Empereur  était  peu  aimé  ;  la  population  semble  être 
restée  parfaitement  indiflércnte  à  la  nouvelle  de  sa  mort  que 
la  superstition  fit  attribuer  au  passage  récent  de  la  planète 
Vénus  sur  le  Soleil  (8-9  décembre  1874);  la  tranquillité 
publique  n'en  fut  nullement  troublée. 

T'oung-Tché  léguait  à  son  successeur  une  grosse 
affaire  à  régler  :  l'attaque  de  la  mission  du  colonel  Horace 
Brovvne.  On  voyait  aussi  poindre  à  Thorizon  les  graves  ques- 
tions de  l'Asie  centrale  et  de  TAnnam,  qui  allaient  mettre 
r Empire  du  Milieu  en  face  de  la  Russie  et  de  la  France,  et 
grandir  Tétoile  du  Jeune  Japon,  ambitieux  de  mesurer  ses 
forces  avec  le  vieil  empire  auquel  il  avait  jadis  emprunté 
sa  civilisation.  Les  mains  expertes  qui  avaient  conduit  les 
premiers  pas  de  T'oung-lché  allaient  de  nouveau  reprendre 
les  rênes  du  gouvernement  et  guider  l'enfance  de  Kouang-Siu. 


TABLE  DES  MATIERES 


Chapitre  I. 
Chapitre  II. 


Chapitrk 
Chapitre 
Chapitre 
Chapitre 
Chapitre 
Chapitre 
Chapitre 

Chapitre 
Chapitre 
Chapitre 
Chapitre 
Chapitre 
Chapitre 
Chapitre 
Chapitre 


III.  — 

IV.  — 

V.  — 
\I.  — 
VII.  — 
VIII  — 
l\.  — 

X.  — 

XI.  - 

XII.  — 

XIII.  - 

XIV.  - 

XV.  — 

XVI.  — 

XVII.  — 


Chapitre  XVIII.  — 

Chapitre   XIX.  — 

(Chapitre  XX.  — 

Chapitre  XXÎ.  — 

Chapitre   XXII  — 


Page». 

Les  conventions  de  Péking i 

Anciennes  relations  de  TAngleterre    et  de 

la  France  avec  la  Chine 12 

Les  pli^'nipotentiaires  à  Péking 4i 

Les  missions  catholiques 5i 

Les  missions  catholiques  (stiite^.      ...  08 

Russes  et  Américains 79 

Le  gouvernement  chinois io3 

Derniers  résultats  de  la  guerre  de  1860.  iia 
Mort    de    Hien-Foung.    —  Avènement  de 

T'oung-Tché. —  Le  comte  Kloczkowski.  119 

Divers  traités  étrangers i34 

Flottille  Osborne.  —  Douanes iSa 

Rébellion  des  T'aï-P'ing 168 

Rébellion  des  TVi-P*ing  (si/i/e).  198 

Rébellion  des  T'aï-P'ing  (suite).     .           .  aoii 

Rébellion  des  T'aï-P'ing  (suite).  219 

Rébellions  diverses 287 

Réorganisation  militaire.  —  Rutherford  Al- 

cock. — Mission  de  Pin 2^7 

M.  Berthemy.  —  Affaires  de  Corée.  —  Le 

comte  de  Lallemand 262 

Missions  protestantes.  —  Affaire  de  Yang- 

tchéou 276 

Mission  Burlingame 282 

Revision  du  traité  de  Tien-Tsin 3o5 

Nouvelle    exploration    du    Yang-Tseu.   — 

Traité  autrichien.  —  J.-R.   Browne.  — 

Le  général  Vlangaly.     ......  817 


D70 

Chapitre  XXIII. 
Chapitre  XXIV. 
Chapitre  XXV. 
Chapitre  XXVI. 
Chapitre  XXVII. 

Chapitre  XXVII ï. 
Chapitre  XXIX. 
Chapitre  XXX. 

(Chapitre  XXXI. 
Chapitre  XXXII. 


Chapitre  XXXIII. 
Chapitre  XXXIV. 
Chapitre  XXXV. 


Chapitre  XXXVI.  — 


TABLE    DES    MATIÈRES 

Lft  ■nncve  de  Tien-Tsin 3a4 

Le  miMMro  de  TiHi-Tlûi  (suile).  ...  3^7 

Lo  massacre  de  Tiaa-Tsn  (9mité),  ...  36a 

Le  massacre  de  Tien-Tsîn  (/Cm).  .     .  877 

Américains  en  Corée.  —  T. -F.  Wade.  — 

Traité  japonais 891 

Mission  de  Tch'oung-Heou 4o3 

Le  mémorandum  chinois 4 16 

Mort  de  Tseng  Kouo-fan.  —  Mémoire  du 

prince  Koung 440 

M.  de  Geofroy.  —  Le  mariage  impérial.  .  4^2 
Revision  du  traité  français.  —  Majorité  de 
l'empereur.  —  L'audience  impériale.  — 

M.  Blancheton.  —  W.  F.  Mayers.   .  464 

Chang-Hai 4^9 

L'émigration  chinoise  (1874) 5o8 

Traité  péruvien.  —  Prince  Koung  en  dis- 
grâce. —  Déj)art  de  M.  de  Geofroy.  — 
Mission  de  M.  de  Roquette.  —  Japonais 

à  Formose 5a6 

L'affaire  Marganr.  —  Mort  deT'oung-tchc.  530 


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1821).  1  vol.  in-8.  7  fr. 

CCARNOT  (H.),  sénateur.  La  RéTOlntion  française,  résumé  historique.  1  vol.  in-12. 
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WEILL  (G.),  docteur  é$  lettres,  agrégé  de  l'Université.  Histoire  du  parti  républicain 
en  France,  de  iSié  à  1870,  1  vol.  in-8.  1900.  10  fr. 

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Tome      I.  La  présidence  de  M.  Thiers,  I  vol.  in-8,  2*  édit.  7  fr. 

rurn«>    II.  La  présidence  du  Maréchal,  I  vol.  in-8,  2*  édit.  7  fr. 

Tome  111.  La  présidence  de  Jules  Orévy,  1  vol.  in-8.  7  fr. 

Tome  IV.  La  présidence  de  Sadi  Camot,  1  vol.  in-8.  7  fr. 

WAHL.  inspecteur  général  honoraire  de  l'Instruction  aux  colonies.  L'Algérie,   1  vol. 

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LANESSAN  (J.-L.  de).  L'Indo-Chine  française.  £^tude  économique,  politique  et  admi- 

nistrativt^  sur  la  Cochinchine,  le  Camltodget  l'Ànnam  et  le  Tonkin,  (Ouvrage  couronné  par 

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PIOLET  (J.-B.).  La  France  hors  de  France,  notre  émigration,  sa  nécessité,  1  vol.  in-8, 
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Israélites,  Européens),  1  vol.  in-12,  1898.  (Couronné  par  l'Académie  franc.)     3  fr.  50 

WEILL  (Georges),  agrégé  de  l'Université,  docteur  «s  lettres.  L'École  Mint-iimo- 
nienne,  son  histoire,  son  influence  jusqu'A  nos  joars,  1  vol.  in-12,  1896.  3  fr.  50 


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jusqu'à  4830.  Traduit  do  l'aiiffl»!^.  I  vol.  in-s.  7  fr. 

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litè>  en  Autriche- Hongrie,  in-S.  isiKS.  .'>  fr. 

SA  VOUS  (Kd.),  profcssi'ur  à  la  Faculté  des  lettres  de  Toulouse.  Histoire  des  Hongrois 

et  de  leur  littérature  politique,  de  17}W>  à  isl.').  l  vol.  in-12.  3  fr.  .V» 

ITALIE 

SOIUN  (Élie).  Histoire  de  l'Italie,  depuis  1x15  jusqu'à  la  mort  de  Viotor-Ëromanucl. 
i  \ol.  in-12.  isss.  3  fr.  7)0 

GAI  l'ARKL  (1*.),  profi'SNcur  à  la  Faculté  des  lettres  de  Dijon.  Bonaparte  et  les  Répa- 
hllques  ItaUennes  (I7*MM7!H)).  ISfr»,  1  vol.  in-S.  5  fr. 

BOLION  KING  (M.  A.).  Histoire  de  l'unité  iUllenne.  Histoire  politique  de  l'Italie, 
di-  iNll  a  ls71.  traduit  dt;  Tanj^lais,  introduction  de  M.  Yves  GuYrrr,  fuOO.  15  Ir. 

ESPAGNE 

RI\Y\.VLD  (11.).  Histoire  de  l'Espagne,  depuis  la  inortdi>  Charles  III  jusqu'à  nosjour<. 
I  vol.  in-l?.  3  fr.  :.<i 

ROUMANIE 

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indigènes  jusqu'à  nos  jours,  1  vol.  in-s,  WHhK  7  fr. 

RUSSIE 

(iKFiiANGË  (M.),  afsrep'  d«>  l'Univi-rsité.  Histoire  contemporaine  de  la  Rassie,  depuis 
la  mort  il»-  Paul  I"  jusqu':i  ra\en..mcul  d.-  Nicolas  11  (1.'*01-1S94).  ï  \ol.  in  12,  2*  .-dit., 
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SUISSE 

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précédée  d'une  Inlroduciif)!!  de  Jules  I''a\  ut.   1  vol.  in-S.  5  lr. 

GRÈCE    &    TURQUIE 

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temporaine   It 

Les  grands  philosophes i*^ 

Bibliothèque     liÉNÉRALB    des 

SCIENCE>    sociales 13 

Ministres  et  hommes  d'I-^tat.  .  13 

Bibliothèque  D'HisroiRB  con- 
temporaine   14 

BlBIJi»TUK>1'K      historique      kT 
lM)Lni«I  K U) 

BiBLIOTHhOUE     DE     L\     FACULTK 
DES  LETTRES  DE   I>ARIS 17 

Travaux  DES  facultés  de  lillb.  17 


Pages. 

Annalbs   de   l'université   de 

LYON 17 

PUBI  I<:AII0KS     HfSTUIllQUES    IL- 

LiisrniiES 17 

Recueil  des  instructions  di- 
plomatiques    18 

Inventaire  analytique  des 
archives  du  ministère  des 
affaires  étrangères 18 

Revue  philosophique 19 

Revue  historique 19 

Annales  des  sciences  politi- 
ques   19 

Revue  de  l'école  d'anthro- 
pologie   19 

Ann.xlbs  des  sciences  psychi- 
ques   19 

Revue  de  morale  8oi:ialb 19 

Bibliothèque  scientifique  in- 
ternationale   20 

Par  opiire  H'appurition 20 

Par  ordr»»  Ac  matières i3 

IVhÈENTES  PUBLICATIONS  NE  SB 
TROUVANT  PAS  DANS  LBS  COL- 
LECTIONS PRÉCÉDENTES 26 

Bl»L10THK<.>UE   UTILE 31 

4 

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On  peut  se  procurer  tous  les  ouvrages 
jui  se  trouvent  dans  ce  Catalogue  par  l'intermédiaire  des  libraires 

de  France  et  de  l'Étranger. 

On  peut  également  les  recevoir  firanco  par  la  poste, 

sans  augmentation  des  prix  désignés,  en  Joignant  à  la  demande 

,ic5  fiMBREB-POSTB  FRANÇAIS  OU  un  MANDAT  sur  Paris. 


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t 


I 


PARIS 
108,    BOULEVARD    SAIiNT-GERMAIN    (VP) 


OCTOBRE    1900 


/ 


F.  ALCAN.  -  2  - 

Les  titres  précédés  d'un  astérisque  sont  recommandés  par  le  Ministère  de 
l'Instruction  publique  pour  les  Bibliothèques  des  élèves  et  des  professeurs 
et  pour  les  distributions  de  prix  des  lycées  et  collèges. 


BIBLIOTHÈQUE  DE  PHILOSOPHIE  CONTEIPORÂINE 

Volumes  in-i2,  brochés,  à  2  fr.  M. 

Cartonnés  toile,  3  flran».  —  En  demi-reliure,  plats  papier,  i  francs. 


La  ptychologie,  avec  ses  auxiliaires  indispensables,  Vanalomie  et  la  physiologie 
du  système  nerveux,  la  pathologie  mentale,  la  psychologie  des  races  inférieures  et 
des  animaux,  les  recherches  expérimentales  des  laboratoires  ;  —  la  logique  ;  —  les 
théories  générales  fondées  sur  les  découvertes  scientifiques;  —  Vesthétique;  — 
les  hypothèses  métaphysiques;  —  la  criminologie  et  la  sociologie:  —  l'histoire  des 
principales  théories  philosophiques;  tels  sont  les  principaux  sujets  traités  dans 
cette  Bibliothèque. 


ÂLAUX,  professeur  à  la  Faculté  des  lettres  d* Alger.  Philosophie  de  ¥.  Cooiin. 

ALLIER  (R.).  *La  Philosophie  d'Ernest  Renan.  1895. 

ARR&ÀT  (L.).  *  La  Morale  dans  le  drame,  l'épopée  et  le  roman.  2*  édition. 

—  *  Mémoire  et  imagination  (Peintres,  Musiciens,  Poètes,  Orateurs).  1895. 
^  Les  Croyances  de  demain.  1898. 

—  Dix  ans  de  critique  philosophique.  1900. 

BALLET  (G.).  Le  Langage  inteneur  et  les  diverses  formes  de  l'aphasie.  2"  édit. 

BEAUSSIRE,  de  l'Institut.  *  Antécédents  de  l'hégél.  dans  la  philos,  française. 

BERGSON  (H.),  professeur  au  Collège  de  France.  Le  Rire.  Essai  sur  la  significa- 
tion du  comique.  1900. 

BIRSOT  (Ernest),  de  l'InsUtut.  *  Libre  philosophie. 

BBRTAULD.  De  la  Philosophie  sooiale. 

BERTRAND  (A.),  professeur  à  TUoiversité  de  Lyon.  La  Psychologie  de  l'etlort 
et  les  doctrines  contemporaines. 

BINET(A.),  directeur  du  lab.  de  psycb.  physiol.  de  la  Sorbonne.  La  Psychologie 
du  raisonnement,  expériences  par  l'hypnotisme.  V  édit. 

BOUGLE,  maitre  de  conf.  à  l'Univ.  Montpellier.  Les  Sciences  sociales  en  Allemagne. 

BOUTROUX,  de  Tlnstitut.  *  De  la  contingence  des  lois  de  la  natnre.  3*  éd.  1896. 

BRU?tSClIVI(:G,  agr.  de  pliil.,  docteur  es  lettres.  Introduction  à  la  vie  de  l'es- 
prit.  l'JOO. 

GARUS  (P.).  *Le  Problème  de  la  conscience  du  moi,  trad.  par  M.  A.  Monoo. 

CONTA  (B.).*  Les  Fondements  de  la  métaphysique,  trad.  du  roumain  par  D.  Tescand. 

GOQUEREL  Fils  (ilth.).  Transformations  historiques  dn  christianisme. 

COSTE  (Ad.).  *Les  Conditions  sociales  dn  bonheur  et  de  ia^orce.  3*  édit. 

CRESSON  (A.),  agrégé  de  philos.  La  Morale  de  Kant.  Couronné  par  rinstitut. 

DAURIAC  (L.),  professeur  au  lycée  Janson-de-Sailly.  La  Psychologie  dans  TOpéra 
flrançais  (Aubcr,  Rossini,  Meyerbecr).  1897. 

DANVILLE  (Gaston).  Psychologie  de  l'amour,  'i*  cdit.  1900. 

DUGAS,  docteur  es  lettres.  *  Le  Psittacisme  et  la  pensée  symbolique.  1896. 

—  La  Timidité.  2*  éd.  1900. 

DUMAS  (docteur  G.),  agrégé  de  philosophie.  *Les  états  intellectuels  dans   la 

MélancoUe.  i"  éd.  1U00. 
DUNAN,  docteur  es  lettres.  La  théorie  psychologique  de  l'Espace.  1895. 


-  3  -  F.  ALCAN. 

Suite  de  la  BibUothèque  dephUoiophie  e(mtemparaine,  format  in-lS,  i  2  fr.  50  le  vol. 

DUPRAT  (G.-L.),  docteur  es  lettres.  Les  Ganses  sociales  de  la  Folie.  1000. 
DURKHEIM  (Emile),  professeur  à  rUniyersité  dé  Bordeaux.  *  L9B  règles  de   la 

méthode  sociologique.  1895. 
D'EICHTHAL  (Eug.).  Les  Problèmes  sociaux  et  le  Socialisme.  1899. 
ESPINAS  (A.),  proi.  à  la  Sorbonne.  *  La  Pliilofophie  expérimentale  en  Italie. 
FAIVRE(E.).  De  la  YariabiUté  dis  êspèoti. 
FÉRÉ  (Gh.).  Sensation  et  MouTêment.  Étude  de  psycho-mécanique,  avec  fig.  2*  éd. 

—  Dégénérescence  et  Criminalité,  avec  figures.  3*  édit. 
FERRI  (E.).  *Les  Criminels  dans  TArt  et  la  Littérature.  1897. 
FIERENS-GEVAERT.  Essai  sur  l'Art  contemporain.  (Couronné  par  l'Acad.  franc.). 

—  La  Tristesse  contemporaine,  essai  sur  les  grands  courants  moraux  et  intel- 
lectuels du  XIX*  siècle.  3"  édit.  1900. 

FLEUR  Y  (Maurice  de).  L'Ame  du  criminel.  1898. 

FONSEGRIVE,  professeur  au  lycée  Bulfon.  La  Causalité  efficiente.  1893. 

FRANCK  (Ad.),  de  rinititut.  *  Philostphiê  dn  droit  pénal.  5*  édit. 

—  Des  Rapports  de  la  Religion  et  de  r£tat.  2"  édit. 

—  La  Philosophie  mystique  on  Franco  an  XTOT  iièolo. 
GAUCKLER.  Lo  Boan  ot  son  histoire. 

GREEF  (de).  Les  Lois  sociologiques.  S*  édit. 
GUYAU.  *  La  Genèse  de  Tidéo  de  Umps.  2*  édit. 
HARTMANN  (E.  de).  La  Religion  do  TaTenir.  5*  édit. 

—  Lo  Darwinisme,  ce  qu'il  y  a  de  vrai  et  de  faux  dans  cette  doctrine.  6*  édit. 
HERCKENRATH.  (C.-R.-G.)  Problèmes  d'Esthétique  et  de  Morale.  1897. 
HERBERT  SPENCER.  *  Classification  des  sciences.  6*  édit. 

—  L'individu  contre  l'État.  5«  édit. 

HERYF:  BLONDEL.  Les  approximations  de  la  vérité.  lUOO. 
JAELL  (M'-*).  *La  Musique  et  la  psycho-physiologie.  1895. 
JANET  (Paul),  de  l'institut.  *  Los  Origines  du  aocialismo  contemporain.  3*  édit. 
1896. 

—  *  La  Philosophie  de  Lamennais. 

LACHELIER,  de  Tlnstitut.  Du  fondement  de  l'induction,  suivi  de  psychologie 
et  métaphysique.  3*  édit.  1898. 

LAMPÉRIËRE  (M-«  A.).  *  Réle  social  de  la  femme,  son  éducation.  1898. 

LANESSAN  (J.-L.  de).  La  Morale  des  philosophes  chinois.  1896. 

LANGE,  professeur  à  l'Université  de  Copenhague.  *  Les  émotions,  étude  psycho- 
physiologique,  traduit  par  G.  Dumas.  1895. 

LAPIE.  maître  de  conf.  à  l'Univ.  de  Rennes.  La  Justice  par  l'État.  1899. 

LAUGEL  (Auguste).  L'Optique  et  les  Arts. 

—  *  Les  Prohlémes  de  l'âme. 

LE  BON  (D'  Gustave).  *  Lois  psychol.  de  l'évolution  des  peuples.  4*  édit. 

—  **  Psychologie  des  foules,  ô*  édit. 
LÉCHALAS.  *  Etude  sur  l'espace  et  le  temps.  1895. 

LE  DANTEC,  chargé  du  cours  d'Embrynlogie  générale  à  la  Sorbunnc.  Le  Détermi- 
nisme biologique  et  la  Personnalité  consciente.  1897. 

—  *  L'Individualité  et  l'Erreur  individualiste.  1898. 

—  Lamarckiens  et  Darwiniens.  1899. 

LEFCVKE,  prof,  à  TUniv.  de  Lille.  Obligation  morale  et  idéalisme.  1895. 

LEYALLOIS  (Jules).  Déisme  et  Christianisme. 

LIARD,  de  l'Institut.  *  Les  Logiciens  anglais  contemporains.  3"  édit. 

—  Des  définitions  géométriques  et  des  définitions  empiriques.  2"  édit. 
LIGUTENBERGER  (Henri),  professeur  à  TUnivcrsité  de  Nancy.  *La  philosophie  de 

Nietzsche.  .V  édit.  1900. 

—  Friedrich  Nietzsche,  Aphorismes  et  fragments  choisis.  1899. 
LOMBROSO.  L'Anthropologie  criminollo  et  ses  récents  progrès,  l"  édit.  1901. 

—  Nouvelles  recherches  d'anthropologie  criminelle  et  de  psychiatrie.  1892. 
-*  Les  Applications  de  l'anthropologie  criminelle.  1892. 

LUBBOGK  (Sir  John).  *  Lo  Bonheor  de  vivre.  2  volumes.  5*  édit. 

—  *  L'Emploi  do  la  vie.  2*  éd.  1897.  d 


F.  ALCAN.  -  4  - 

Suite  de  la  Bibliothèque  de  philotophU  contemporainB,  format  in-lS,  àl  fr.  50  le  vol. 

LYON  (Georges),  mettre  de  conf.  à  r£cole  normale.  *  La  Pliiloiopliiê  àê  HobbM. 
HARGDERY  (£.)•  L'Œuvre  d'art  et  révolution.  1890. 
MÂRIANO.  La  Philoiophiê  contemporaine  on  Italit. 
MARION.profeiseur  à  laSorbonne.  *  J.  Locke,  faviê,  fon  muvrt.S*  édit. 
iMAUXlON.    profcAsciir  à  l*l'nivr*rsitiî  <lo    Poitiers.  L'Instruction  par  l'éducation 

et  les  Théories  pédagogiques  de  Herbart.  VM). 
MAUS  (i.),  avocat  à  la  Cour  d'appel  de  Bruxelles.  De  la  Juftiot  pénale. 
MILUAUD  (G.)»  professeur  à  l'Université  de  Montpellier.  *  Lo  Rationnel.  1898. 

—  *  Essai  sur  les  conditions  et  les  limites  do  la  Cortitndo  logique.  2"  édit.  1898. 
MOSSO.  *  La  Pour.  Étude  psycho-physiologique  (avec  flgures).  S*  édit. 

—  *  La  fatigue  intollectnoUo  et  physique,  trad.  Langlois.  3*  édit. 
NORDAU  (Max).  *  Paradoxes  psychologiques,  trad.  Dietricli.  4*  édit.  1000. 

—  Paradoxes  sociologiques,  trad.  Dietrich.  2*  édit.  1898. 

—  *  Psycho-physiologie  du  Génie  et  du  Talent,  trad.  Diotrich.  2*  édit.  1898. 
NOVICOW  ^J.).  L'Avenir  do  la  Race  blanche.  1897. 

OSSIP-LOUIUÊ.  liiuK  Mt  lie  l'Institut.  Pensées  de  Tolstoï.  1898. 

—  La  Philosophie  de  Tolstoï.  1899. 

—  La  Philosophie  sociale  dans  le  théâtre  d'Ibsen.  1900. 

PAULHAN  (Fr.).  Les  Phénomènes  affectifs  et  les  lois  de  leur  apparition. 

—  *  Joseph  de  Maistra  et  sa  philosophie.  1893. 

—  Psychologie  de  l'invention.  VM). 

PILLON  (F.).  *  La  Philosophie  do  Gh.  Socrétan.  1898. 
PILO  (Mario).  *  La  psychologie  du  Beau  et  do  l'Art,  trad.  Aiig.  Dietrich 
PIOGER  (D'  Julien).  Le  Monde  physique,  essai  de  conception  expérimentale.  1893. 
QUEYRAT,  prof,  de  1  Univ.  •  L'imagination  et  sas  variétés  ches  l'anfant.  2*  édit. 

—  *  L'abstraction,  son  rôle  dans  l'éducation  intellectuelle.  1894. 

—  Les  Caractères  et  l'éducation  morale.  1896. 

REGNAUD  (P.),  profosseiir  à  l'Univcrsitû  de  Lyon.  Logique  évolutionnisto.  VEn- 

iendement  Uann  ses  rapports  avec  le  langage.  1897. 
~~  Gomment  naissent  les  mythes.  lï{97. 

RiMUSAT  (Gharles  de),  de  l'Académie  française.  *  Philosophie  religieuse. 
RENARD  ^Georges),  proi'essour  au  Conservatoire  des  art.<  et    métiers.   Le    régime 

socialiste,  son  organisation  politique  et  économique.  2*  édii.  18'.<8. 
RIBOT    (Th.),  du  l'ln<litul.  protesseur    au    Collège  de    France,  directeur  de    la 

Revue  philosophique,  La  Philosophie  de  Schopenhauer.  8*  édition. 

*  *  Les  Maladies  de  la  mémoire.  13"  édit. 

—  *  Les  Maladies  de  la  volonté.  15*  édit. 

*  *  Les  Maladies  de  la  personnalité.  8'  édit. 

—  *  La  Psychologie  de  l'attention.  r>*  édit. 

RICHARD  •(!.),  docteur  es  lettres.  ^  Le  Socialisme  et  la  Science  sociale.  2*  édit. 
RIGHET  (Ch.).  Essai  de  psychologie  générale  (avec  ligures).  4«  édit.  1901. 
ROBERT  Y  (E.  de).  L'Inconnaissable,  sa  métaphysique,  sa  psychologie. 

—  L'Agnosticisme.  Essai  suniuelqucs  théories  pessim.  de  la  connaissance.  2*  édit. 

—  La  Recherche  de  l'Unité.  1893. 

*  Auguste  Comte  et  Herbert  Spencer,  i"  vAïi. 

—  *Le  Bien  et  le  Mal.  18%. 
— -  Le  Psychisme  social.  18'.)7. 

—  Les  Fondements  de  l'Ethique.  i^<9N. 
ROISEL.  De  la  SubsUnce. 

—  L'Idée  spiritualiste.  1ï>'J7. 
SAIGEY.  La  Physique  moderne.  2"  édit. 
SAISSET  (Emile),  de  l'Iustitut.  *  L'Ame  et  la  Vie. 
SCHOEBEL.  Philosophie  de  la  raison  pure. 

SCHOPENHAUER.  *Le  Libre  arbitre,  trad.  par  M.  Salomon  Reinach,  de  I  Insti- 
tut. 8"  éd. 

—  *  Le  Fondement  de  la  morale,  traduit  par  M.  A.  Burdeau.  7*  édit. 

—  Pensées  et  Fragments,  avec  intr.  par  M.  J.  Bourdcau.  15"  édit. 
SELDEN  (Camille).  La  Musique  en  Allemagne,  étude  sur  Mendelssohn. 


-  5  -  F.  ALCAN. 

Suite  de  la  Bibliothèque  de  philosophie  eonUmporaine,  format  în-jiâ  à  1  fr.  50  le  vol. 

STUâRT  MILL.  *  AngniU  Comte  ot  la  Philoiophiê  pontivê.  6*  édit. 

—  •  L'UtilitarUmê.  2*  édit. 

—  Correspondance  inédite  avec  GusUve  dXichthal  (18S8-18i2)  —  (1864-1871), 
avant-propos  et  trad.  par  Eug.  d'Ëichthal.  1898. 

TAINE  (H.),  de  l'Académie  françaiiie.  *  Philosophie  de  Tart  dani  les  Pays-Bas 
TANON.  L'Évolution  du  droit  et  la  Conscience  sociale.  1900. 
TARDE.  La  Criminalité  comparée.  4*  édition.  1898. 

—  *  Les  Transformations  du  Droit.  2"  édit.  1899. 

—  «Les  Lois  sociales.  2*  édit.  1898. 

THAMIN   (R.),  prof,  au  lycée  Gondorcct.  *  Éducation    et  poiitiTisme.  2*  édit. 
Couronné  par  l'Institut. 

THOMAS  (P.  Félix),  docteur  es  lettres.  *  La  suggestion,  son  rdie  dans  l'éducation 

intellectuelle.  2*  édit.  1898. 
THOMAS  (P.  Félix),  Morale  et  éducation,  1899. 
TISSiE.  *  Les  Rêves,  avec  préface  du  professeur  Asam.  2*  éd.  1898. 
YIANNA  DE  LIMA.  L'Homme  selon  la  transformisme. 
WEGHNIAKOFF.  Savants,  penseurs  et  artistes,  publié  par  Raphaël  Petrucci. 
WUNDT.  Hypnotisme  et  suggestion.  Étude  critique,  traduit  par  M.  Keller. 
ZELLER.  Christian  Baur  et  l'École  de  Tubingue,  traduit  par  M.  Ritter. 
ZIEGLER.  La  Question  sociale  est  une  Question  morale,  trad.  Palanto.  2*  édit. 


BIBUOTHÈQUE  DE  PHILOSOPHIE  CONTEMPORAINE 

Volumes  in-8. 
Br.  à  5  fr.,  7  fr.  50  et  10  f  r.;  Cart.  angl.,  1  fr.  en  plus  par  vol.;  Demi-rel.  en  plus  2  fr.  par  vol. 

ADAM  (Ch.),  recteur  de  l'Académie  de  Dijon.  *  La  Philosophie  an  Franoa  (pre- 
mière moitié  du  xix*  siècle).  7  fr.  50 

AGiSSIZ.*    De  l'Espèce  et  des  Classifications.  5  f^, 

ALElNGIîY  (Friin«k),  ductinir  rs  Irilrcs.  inspecteur  d'jicadéiiiie.  Essai  historique 
et  critique  sur  la  Sociologie  chez  Aug.  Comte.  11)00.  10  fr. 

ARRÊAT.  *  Psychologie  du  peintre.  5  f^. 

AUBRY  (le  D'  P.).  La  conUgion  du  meurtre.   1896.  3*  édit.  5  fr. 

BAIN  (Alex.).  La  Logique  inductive  et  déductive.  Trad.Compayré.  2  voI.3"éd.  fO  fr. 

—  *  Les  Sens  et  l'Intelligence.  1  vol.  Trad.  Gazelles.  3*  édit.  10  fr. 

—  *  Les  Émotions  et  la  Volonté.  Trad.  Le  Monnier.  10  fr. 
BALDWIN  (Mark),  professeur  à  l'Université  de  Princeton  (États-Unis).  Le  Dévelop- 
pement mental  ches  l'enfant  et  dans  la  race.  Trad.  Nourry.  1897.       7  fr.  10 

BARTHÊLËMY-SAINT  HILAIRË,  de  l'Institut.  La  Philosophie  dans  ses  rapports 
avec  les  sciences  et  la  religion.  5  fr. 

BARZELOTTI,  piof.  à  l'Univ.  du  Uome.  La  Philosophie  de  H.  laine.  Trad.  Aug. 
DiKrich.  IWOU.  7  fr.  50 

BEHGSOiN  (11.),  professeur  au  Collô};e  de  Friiice.  *  Matière  et  mémoire,  essai  sur 
les  relations  du  corps  à  l'esprit,  t*  iMlit.  1900.  5  fr. 

—  Essai  sur  les  données  immédiates  de  la  concience.  2*  édit.  1898.  3  fr.  75 
BERTRAND,  prof,  à  rUnivcrsiiéde  Lyon.  *  L'Enseignement  intégral.  1898.  5  fr. 
_  Les  Études  dans  la  démocratie.  1900.  5  fr. 
BOIRAC  (Emile),  recteur  de  TAcad.  de  Grenoble.  *  L'idée  du  Phénomène.  5  ir. 
BOrOLÊ,   mafiro   de   conf.  à   l'Univ.    do    Montpellier.    Les    idées    égalitaires. 

18'J9.  3  ir.  7.', 

BOURDEAU  (L.).  Le  Problème  de  la  mort.  3-  édition.  1900.  5  ir. 

—  Le  Problème  de  la  vie.  l  vol.  in-«.  1901.  7  fr.  5<» 


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F.  ALCAN.  -  6  - 

Saite  de  la  Bibliothèque  de  philosophie  contemporaine,  format  tn-8. 

BOURDON,  professeur  à  l'Université  de  Rennes.  * L'ezpreNion  dei  émotioni  et 
des  tendances  dans  le  langage.  7  fr.  50 

BOUTROUX  (Km.),  de  llnslitut.  Etudes  d'histoire  de  la  philos.  1898.  7  fr.  50 
BROCHARD  (V.).  de  riiiMiUit.  De  rErreur.  1  vol.  2*  édit.  1897.  5  fr. 

BRUNSCHWICG  (E.),  ai;rt'g<^  de  pliil.,  docteur  es  lettres.  *  Spinoza.  3  fr.  75 

—  La  modalité  du  jugement.  5  fr. 
GARRAU  (Ludovic),  professeur  à  la  Sorbonne.    La  Philosophit  religianse  eo 

Angleterre,  depuis  Locke  jusqu'à  nos  jours.  5  fr- 

CHABOT  (Ch.),  pruf.  à  i'Univ.  de  Lyon.  "Nature  et  Moralité.  1807.  5  fr. 

CUT  (R.).  *  L'Alternative,  Contribution  à  la  ptychologie.  S*  édit  10  fr. 

GOLLINS  (Howard).   *La  Philosophie   de  Herbert  Spencer,  avee  préface  de 

M.  Herbert  Spencer,  traduit  par  H.deVarigny.  .'{'édit.  lOO).  10  fr. 

GOMTK  (Âug.)-  La  Sociologie,  résumé  par  t.  Rigola».  1897.  7  fr.  50 

CONTA  (R.).  Théorie  de  l'ondulation  universelle.  189i.  3  fr.  75 

COSTli;.  Les  principes  d'une  Sociologie  objective.  1899.  3  fr.  75 

—  L'Expérience    des  peuples  et   les  prévisions   qu  elle  autorise.  Suite  à  la 
Sociologie  objective.  10(10.  10  fr. 

CRÉPiEUX-JAMIN.  L'Écriture  et  le  Caractère,  i*  édit.  1897.  7  fr.  50 

.'DE  LA  GRASSKltlK  (11.),  launat  de  l'Iiisiitiit.  De  la  psychologie  de»  religions. 

1899.  5  fr. 

DEWaULE,  docteur  es  lettres.  *  Condillac  et  la  Psychol.  anglaise  contomp.  5  fr. 
DUI*RAT(C..  L.),  ductcur  os  lotires.  L'Instabilité  mentale.  1K99.  5  fr. 

ODUPROIX  (P.),  prof»  sseurà  rUiiivcrsité  deCenève.  *  Kant  et  Fichte  et  le  problèmo 

de  l'éducation,  t'  Mïi.  1807.  (Ouvrage  couronné  par  l'Académie  française.).  5  fr. 
DURAND  (DE  fiRos).  Aperçus  de  taxinomie  générale.  1898.  5  fr. 

—  Nouvelles  recherches  sur  l'esthétique  et  la  morale.  1  vol.  in-8. 1800.    5  Hr. 

Variétés  philosophiques.  -*  (Mit.  revue  ft  ;iu|;uH'ni(''C.  l'.HX).  5  fr. 

DURRHEIM,  pruf.  à  IXniv.  de   Bordeaux.   *  De  la  division  du  travail  social. 

1893.  7  (r.  60 

Le  Suicide,  élude  xnciologique.  1897.  7  fr.  50 

L'Année  sociologique.  Collaborateurs  :  MM.  Simmrl,  B(Hî6lé,  Mauss^  Falcox- 

NKT,     HLBKKT,     LAPIK,     EM.     LÉVY,     RICUARD,     a.      MILHAUD,      SlMIAND,     MliFFANG 

et  Parodi.—  l'^.inm'-e,  lHî>r)-1897.  —  S'aiim-o,  18y7-I8'JS.  —  :]•  année,  tJ^.W-1899. 

Chaque  volume.  10  fr. 

ESI'INAS  (A.),  profossour  ù  la  Sorbonne.  La  philosophie  sociale  du  XVIII*  siècU 

et  la  Révolution  française.  18'J8.  7  fr.  50 

FERRERO  (G.).  Les  lois  psychologiques  du  symbolisme.  1895.  5  fr. 

FERRl  (Louis).   La  Psychologie  de  lasso  siation,  depuis  Hobbes.  7  fr.  50 

FLlNT.prof.àrUniv.d*Edimbour|r.*La Philos. de rhistoireenâllemagiia.  7  fr.  50 
FONSEORIVK,  professeur  au  lycée  BuflTon.  *  Essai  sur  le  libre  arbitre.  Couronné 

par  rin^lilut.  t*  tîdil.  \mr,.  10  fr. 

F0UILLÊE(Alf.),derinsiitut.*LaLibertéetleDétermini8me.  5*édit.  7  fr.  50 
^  Critique  des  systèmes  de  morale  coutemporains.  i*  édit.  7  fr.  50 

—  •La  Morale,  l'Art,  la  Religion,  d'apns  Gi  wr.  !•  édit.  au^rm.  8  fr.  75 

—  L'Avenir  de  la  Métaphysique  fondée  sur  l'expérience,  t"  «'dit.  btr. 

—  •  L'Évolutionnisme  des  idées-forces.  7  fir.  50 

•La  Psychologie  des  idées-forces.  3  vol.  V  •'•(Ht.  15  fr. 

^~  •  Tempérament  et  caractère.  -'  «'«lit.  7  fr.  50 

^  Le  Mouvemeut  positiviste  et  la  conception  socioL  du  monde,  i^'édit.  7  fr.  50 

—  Le  Mouvement  idéaliste  et  la  réaction  contre  la  science  posit.  :!*  édit.  7  fr.  50 

—  Psychologie  du  peuple  français.  7  fr.  50 

—  La  France  au  point  de  vue  moral.  l'J  d.  T  fr.50 
FRAKCK  (A.),  «ie  l'Institut.  Philosophie  du  droit  civil.  Ti  fr. 
FULLIQUET.  Essai  sur  l'Obligation  morale.  18i)«.  7  fr.  50 
GAROFALo,  airrc^tcé  de  l'Université  de  Naples.  La  Criminologie.  4*  édit.           7  Ir.  50 

—  La  superstition  socialiste.  1895.  ^  fr. 
GÉUAUh-VARKT,  professour  à   l'Univorsilé   de  Dijon.    L'Ignorance    et   l'Irré- 
flexion. IS'.K».  5  fr. 


-  7  -  F.  ALCAN. 

Suite  de  La  Bibliothèque  de  philoiopMe  conten^oraine,  format  in-8. 

€OBL0T  (E.),  I^oresseur  à  rt'nivursité  de  Caen.  *  Essai  sur  la  Classification  das 
sciences.  1898.  5  fr. 

60DFERNAUX  (A.),  docteur  es  lettres.  *  La  santimant  at  la  pansée.  1894.        5  tr, 

GORY  (<j.),  docteur  es  lettres.  L'Immanance  da  la  raison  dans  la  oonnaissanca 
sansibla.  1896.  5  fr. 

OREEF  (de),  prof,  à  la  nouvelle  Université  libre  de  Bruxelles.  La  transformisBia 
social.  Essai  sur  le  progrès  et  le  regrès  des  sociétés.  1895.  7  fr.  50 

GURNEY,MYERSetPODHORE.Las  Hallucinations  télépathiqnas,traduitetabrégédes 

•  Phantasme  of  TAeLivm9>parL.MARiLLiER,préf.deCH.RiCHKT.3*éd.  7  fir.50 

GUYAU  (M.).  *  La  Morala  anglaisa  oontamporaina.  4*  édit.  7  fir.  50 

^  Las  Problèmes  da  Tasthétiqua  contamporaina.  6*  édit.  5  fr. 

—  Esquissa  d*una  morala  sans  obligation  ni  sanction.  5*  édit.  '5  fr. 

—  L'Irréligion  da  l'aTanir,  étude  de  sociologie.  7*  édit.  7  fr.  50 
7-  *  L*Art  au  point  da  Tua  sociologiqua.  5*  édit.                                    7  fr.  50 

—  ^Education  at  Hérédité,  étude  sociologique.  5*  édit.  5  fr« 
HANMEQUIN,  professeur  à  l'Universilé  de  Lyon.  Essai  sur  l'hypothésa  des  atomes. 

2-  édition.  1899.                    '  7  fr.  50 

HERBERT  SPENCER.  ^LasPramiersprincipas.Traduc.Gaielles.  8*éd.  10  fr. 

—  *  Principes  de  biologie.  Traducl.  Gazelles.  4«  édit.  S  vol.  SO  fr. 

—  *  Principes  de  psychologie.  Trad.  par  MM.  Ribot  et  Espinas.  S  vol.  10  fr. 

—  ^Principes  de  sociologie.  4  vol.,  traduits  par  MM.  Gazelles  etGerschel  : 
Tome 1. 10 fr.  —  Tome  II.  7  fr.  60.  —Tome  III.  15  fr.  — Tome  IV.         8  fr.  76 

—  ^  Essais  sur  la  progrès.  Trad.  A.  Burdeau.  .védit.  7  fr.  50 

—  Essais  de  politique.  Trad.  A.  Burdeau.  4*  édit.  7  fr.  50 

—  Essais  sciantiflquas.  Trad.  A.  Burdeau.  3*  édit.  7  fr.  50 

—  *  Da  TEducation  physique,  intallactualla  at  morala.  10*  édit.  (Vo>.  p.  3,  20, 
21  et  32.)  5  fr. 

HIRTH  (G.).  ^Physiologie  de  l'Art.  Trad.  et  introd.  de  M.  L.  Arréat.  5  fr. 

HOFFDING,  [iiotesscnr  à  ri-niversitc  de  Copenhague.  Esquisse  d'une  psychologie 

fondée   sur   l'expérience.   Tiad.  par    L.   Poitevin.   Préf.    de    Pierre  Janet. 

1000.  7  fr.  60 

IZODLET  (J.),  professeur  au  Collège  de  France.   ^  La  Cité   modama.  i*  édit. 

1897.  iO  fr. 

JANET  (Paul),  de  Tlnstitut.  ^  Las  Causas  finales.  3*  édit.  10  fr. 

—  *  Tictor  Cousin  et  son  œuvra.  3*  édition.  7  fr.  50 

—  Œuvres  philosophiques  da  Leibnix.  2*  édit.  2  vol.  1900.  20  fr. 
JANET  (Pierre),  charj^é  de  cours  à  la  Sorbonne.  *  L*Automatisma  psychologique» 

essai  sur  les  formes  inférieures  de  Pactivité  mentale.  3*  édit.  7  fr.  50 

LALANDE  (A.),  agrégd  de  philosophie,  docteur  es  lettres.  La  dissolution  opposés 
à  révolution,  dan&  les  sciences  physiques  el  morales.  1  vol.  iD-8.  1899.      7  fr.  60 

LATIG  (A.).  *  Mythes,  Cultes  et  Religion.  Traduit  par  MM.  Marillicr  et  Durr,  in- 
troduction de  Marinier.  1896.  10  fr. 

LAYELEYE  (de).  «Da  la  Propriété  at  da  sas  formes  primitiTas.  4*  édit.    10  fr. 

^  «  La  Gouvernement  dans  la  démocratie.  S  vol.  3*  édit.  1896.  15  fr. 

LE  BON  (  D'  Gustave).  Psychologie  du  socialisme.  3«  édit.  1900.  7  fr.  50 

LECIIAKTIKR  (G.).  David  Hume,  moraliste  et  sociologue.  1000.  6  fr. 

LËYY-BRUHL,  maître  de  conférences  à  la  Sorbonne.  *La  Philosophia  da  Jacobi. 
1894.  5  fr. 

—  Lettres  inédites  de  J.-S.  Mill  à  Auguste  Comte,  publiées  avec  les  réponses 
de  Comle  et  une  introduction.  1899.  10  fr. 

—  La  Philosophie  d'Aug.  Comte.  1900.  7  fr.  60 
LIARD,  de  Plastitut.  *  Dascartas.  5  fr. 

—  «  La  Sdanca  positiva  at  la  Métaphysique.  4*  édit.  7  fr.  50 
LICHTENBEKGER  (H.),  professeur  à  l'Université  de  Nancy.  Richard  Wagner,  poéta 

et  penseur,   t*  édit.    1899.  (Ouvrage  couronné  par  rAcadémie  française,  prix 
Bordin).  10  fr. 


F.  ALCAN  -  8  - 

Suite  de  lu  Bibliothèque  de  philosophie  contemporaine,  format  Ja-8. 

LONBROSO.  *  L'Hommo  criminel  (criminel-né,  fou-moral,  épileptique),  précédé 
d*une  préface  de  M.  le  docteur  Letourneau.  3*  éd.  S  vol.  et  allas.  1895.       36  (r. 

LOMBROSO  ET  FERRERO.  La  Femme  criminelle  et  la  prostituée.  15  (t. 

LOMBROSO  et  LASCHI.  Le  Grime  politique  et  lei  Révolutions.  S  vol.    15  Tr. 

LYON  (Georgei),  maître  de  conférences  à  l'École  normale  supérieure.  ^L'Idéalisme 

tn  Angleterre  au  xvni*  siècle.  7  fk-.  50 

MALAPERT  (P.),  docteur  t'S  lettres,  prof,  au  lyc<.'C  Louis-le-Grand.*  Les  Eléments 
du  caractère  et  leurs  lois  de  combinaison.  Ib'JT.  5  fr. 

MARiON  (B.),  professeur  à  la  Sorbonne.  *De  la  Solidarité  morale.  Estai  de 
psychologie  appliquée.  G*  édit.  1807.  5  f^. 

MARTIN  (Fr.),  docteur  es  lettres,  prof,  au  lycée  Saint-Louis.  *  La  perception  exté- 
rieure et  la  science  positiTO,  essai  de  philosophie  des  sciences.  189-i.  5  fk*. 

MATTHEW  ARNOLD.  La  Grise  religieuse.  7  fr.  50 

MAX  MIXLËR,  prof,  ù  rUniversilé  d'Oxford.  *  Nouvelles  études  de  mythologie, 
trad.  de  l'anglais  par  L.  Job,  docteur  es  lettres.  1808.  ii  fr.  50 

NAVILLE  (E.),  correspond,  de  l'Institut.  La  physique  moderne.  S*  édit.  5  fr. 

—  *  La  Logique  de  lliypothèse.  2*  édit.  5  fr. 
^  *  La  définition  de  la  philosophie.  1891.  5  (^. 

—  Le  Libre  arbitre,  t*  édii.  1808.  r.  fr. 

—  Les  philosophies  négatives.  1800.  5  fr. 
NORDAU    (Max).  'Dégénérescence,   trad.  de  Aug.  Dietrich.    5*  éd.  1808.  :2  vol. 

Tome  I.  7  fr.  5i).  Tome  II.  10  (r. 

—  Les  Mensonges  conventionnels  de  notre  civilisation.  5'  édit.  1809.  5  fr. 
NOVICOW.  Les   Luttes  entre  Sociétés  humaines,  â*  édit.  10  fr. 

—  *  Les  gaspillages  des  sociétés  modernes.  '2*  édit.  1809.  5  fr. 
OLDENBERG,  professeur  à  l'Université  de  Kiel.  *Le  Bouddha,  sa  Vie,  sa  Doctrine, 

sa  Communauté,  trad.  par  P.  Koucher.  Préf.  de  Lucien  Lévy.  7  fr.  50 

OUVRE  (il.),  ])^ole^scur  à  lTiii\ersité  de  lîorilcuux.  Les  formes  littéraires  de  la 

pensée  grecque.  lOoo.  10  fr. 

PAOLHAN  (Kr.).  L'Activité  mentale  et  les  Éléments  deTesprit.  10  fr. 

—  Les  types  intellectuels  :  esprits  logiques  et  esprits  faux.  1896.  7  fr.  50 
PAYOT  rj.),  inspe.  t.  d'aradémie.  *  L'Éducation  de  la  volonté.  1 1*  édit.  1000.    5  fr. 

—  De  la  croyance.  1806.  5  f^. 
p£R£S  (Jean),  profchseur  au  lycée  de  Toulouse.  L'Art  et  le  Réel.  1808.  3  fr.  75 
PiRËZ  (Bernard).  Les  Trois  premières  années  de  Tenfant.  5*  édit.  5  fr. 

—  L'Éducation  morale  dès  le  berceau.  3*  édit.  1806.  5  fr. 

—  *  L'éducation  intellectuelle  dès  le  berceau.  IKOC.  5  fr. 
FIAT  (C).  La  Personne  humaine.  1808.  (Couronné  par  l'Institut;.             7  fr.  50 

—  *  Destinée  de  l'homme.  1808.  '  5  fr. 
PICAYET  (E.),  maître  de  conférences  à  l'Ëeole  des  hautes  études.  *  Les  Idéologues, 

essai  sur  l'histoire  des  idées,  des  théories  scientifiques,  philosophiques,  religieuses, 
etc.,  en  France,  depuis  1780.  (Ouvr.  couronné  par  l'Académie  française.)  10  fr. 

PIDERIT.  La  Mimique  et  la  Physiognomonie.  Trad.  par  M.  Girot.  5  fr. 

PILLON  (F.).  *  L'Année  philosophique.  0  années  :  1800,1891,  1892, 1803  (épuisé), 
1894,  iSOr.,  isoiî,  IS07,  1808  et  IS'.'O.  10  vol.  Cha.iue  volume  séparément.    5  fr. 

PIOGER  (J.;.  La  Vie  et  la  Pensée,  essai  de  conreplion  expérimentale.  1894.        5  tt, 

—  La  vie  sociale,  la  morale  et  le  progrès.  1804.  5  fr. 
PREYKR,  |Mur.  à  l'Université  de  Berlin.  Éléments  de  physiologie.               5  fr. 

—  *  L'Ame  de  l'enfant.  Développement  psychique  des  premières  années.  10  fr. 
PROAL,  |>r'>i>li.'iit  à  la  Cour  de  iîii'ni.  *Le  Grime  et    la  Peine.   3*  édit.  Couronné 

par  rinMilul.  10  fr. 

—  *  La  criminalité  politique.  1805.  5  fr. 

—  Le  Grime  et  le  Suicide  passionnels.  1000.  lu  fr. 
RÂl'H,  professeur  à  1  Université  de  Toulouse.  De  la  méthode  dans  la  psychologie 

des  sentiments.  1890.  5  fr. 

RÊCEJAC,   docteur  es  lettres.  Essai  sur  les  Fondements  de  la  Connaissanct 

mystique.  1807.  5  fr. 


-'■*-  F.  ALCAN. 

Suite  de  la  Bihlioihèqne  de  philosophie  contemporaine,  format  iii-8. 

RRNÂltl)  (ft.),  professeur  au  Conservatoiro  des  arts  et  métiers.  La  Méthode  scien- 
tifique de  Ihistoire  littéraire.  IIXK).  10  fr. 
RENOrviEll  (Ch.).  Les  Dilemmes  de  la  métaphysique  pare.  1900.  5  fr. 
RIBOT  (Th.),  do  Tlnslilut.  *  L'Hérédité  psychologique.  5*édit.  7  fr.  50 
^  *  La  Psychologie  anglaise  contemporaine.  3*  édit.                            7  fr.  50 

—  ^  La  Psychologie  allemande  contemporaine.  4*  édit.  7  fr.  50 

—  La  Psychologie  des  sentiments.  3*  édit.  1899.  7  fr.  50 

—  L*Evolation  des  idées  générales.  1897.  5  fr. 

—  Essai  sur  Timagination  créatrice.  19(.>0.  5  fr. 
RICARDOU  (A.),  docteur  es  lettres.  *  De  l'Idéal.  Couronné  par  Tlnstitut.  5  fr. 
ROBERTY  (E.  de).  L'Andenno  et  la  NouTOllé  philosophie.                       7  fr.  50 

—  *  La  Philosophie  du  siècle  (positivisme,  criticisme,  évolutionnisme).  5  fr. 
ROMANES.  ^  L'ETolntion  mentale  ohes  l'homme.  7  fr.  50 
SAICET  (E.).  *Lei  Sciences  an  XTni'  siéole.  La  Physique  de  Voltaire.  5  fr. 
SANZ  Y  ESCARTIN.  L'Individn  et  la  réforme  sociale,  trad.  Dîetrich.  7  fr.  50 
SGHOPENHAUER.  Aphor.  sur  la  sagesse  dans  la  Tie.  Trad.  GanUcuzène.  5  fr. 
^  *  De  la  Qnadmple  racine  du  principe  de  la  raison  luf  Riante,  suivi  d*une 

Hittoire  de  la  doctrine  de  l'idéal  et  du  réel.  Trad.  par  M.  Gantacuzène.  5  fr. 

—  ^  Le  Monde  comme  Tolonté  et  comme  représentation.  Traduit  par  M.  A.  Bur- 
deau.  3'  éd.  3  vol.  Chacun  séparément.  7  fr.  50 

SÊAILLES  (G.),  prof,  à  la  Sorbonne.  Essai  sur  le  génie  dans  l'art.  2*  édit.  5  fr. 
SERGI,  prof,  à  TUniv.  de  Rome.  La  Psychologie  physiologique.  7  fr.  50 

SIGHKLK  (Scipio).  La  Foule  criminelle,  bss.n'   de  psychologie  collective,  t*  édi- 
tion augmentée.  l'JOO.  '  5  fr. 
SOLLIËR.  Le  Problème  de  la  mémoire.  1900.                                         3  fr.  75 
SOURIAU  (Paul),  prof,  à  TOniv.  de  Nancy.  L'Esthétique  du  mouvement.     5  fr. 

—  *  La  suggestion  dans  l'art.  5  fr. 
STEIN  iL),  professeur  à  l'Université  de  Berne.  La  Question  sociale  au  point  de 

vue  philosophique.  l'JOO.  10  fr. 

STUART  MILL.  *  Mes  Mémoires.  Histoire  de  ma  vie  et  de  mes  idées.  3' éd.  5  fr. 

—  *  Système  de  logique  déductive  et  inductivo.  4*  édit.  3  vol.  SO  fr. 

—  ^  Essais  sur  la  religion.  î*  édit.  5  fr. 

—  Lettres  inédites  à  Aug.  Comte  et  réponses  d'Aug.  Comte,  publiées  et  pré- 
cédi'os  d'une  introduction  par  L.  Lévy  Rkl'ul.  1899.  10  fr. 

SULLY  (James).  Le  Pessimisme.  Trad.  Bertrand.  2*  édit.  7  fr.  50 

—  *  Études  sur  Tenfance.  Trad.  A.  Monod,  préface  de  G.  Compayré.  1898.  10  fr. 
TARDE  (G.),  prof,  au  Colh>^'c  de  Franrc.  *  La  logique  sociale.  2*  édit.  1898.    7  fr.  50 

—  *Les  lois  de  rimiUtion.  3*  édit.  1900.  7  fr.  50 

—  L'Opposition  universelle.  Esgai  d'une  théorie  des  contraires.  1897.  7  fr.  50 
THOMAS  (P  -F.),  docteur  es  lettres.  *  L'Éducation  des  sentiments.  1898.  couronné 

par  l'Institut.  5  fr. 

TROUVEREZ  (Emile),  professeur  à  l'Université  de  Toulouse.  Le  Réalisme  méU- 
physique.  189i.  Couronné  par  l'Institut.  5  fr. 

VAGHEROT  (Et.),  de  l'Institut.  *  Essais  de  philosophie  oriUqne.  7  fr.  50 

—  La  Religion.  7  fr.  50 
WUNDT.  Eléments  de  psychologie  physiologique.  3  vol.  avec  figures.      SO  fr. 


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F.  ALCAN. 


-  10  — 


COLLECTION  HISTORIQUE  DES  GRANDS  PHILOSOPHES 


PHILOSOPHIE  ANCIENNE 


àRISTOTE  (Œuvres  d'),  traduction  de 

J.     BABTHÉLEMT-SAINT-HlLAmB,     de 

rinstitut. 

—  *  »liét«ri««e.  SyoI.  in-8.  i6fr. 

—  *p«im^nie.  i  vol.  iii-8...  iOilr. 

—  I«a  MéUipliyal^nie  d*Arl«(»le. 
S  vol.  in-8 SO  fr. 

—  lie  la  Lesl^ve  d*ArlsC«le,  par 

M  .      BAKTBiLEM T  -  SaIHT  -  HiLAlKI  . 

Ivol.in-S 10  fr. 

—  Table  alpkabélIqHe  des  ma- 
tières de  la  tradacllen  géné- 
rale d^ArlAtote,  par  M.  Bartré- 
LEirr-i>AiNT-HiLAiKE,  2  forts  vol. 
m-8.  1892 30  fr. 

—  Ij*E«ltaéUqae  d*ArlMlote,  par 
M.  BiNABD.  1  vol.iii-8. 1889.     5  fr. 

—  Lia  peéllqne  d\4rifitoie,  par 
H\TZFF.LD  (A.),  prof.  hon.  au  Lycée 
Loiiis-ie-Orand  et  M.  Dufour,  prof, 
à  i'Univ.  de  Lille.  1  vol.  10-8 
1900 6  fr. 

SOGRATfi.  *  La  PtalleMpliie  de  0e- 
erate,  par  Alf.  Fouillée.  2  vol. 
m-8 16fir. 

—  Le  Preeèfl  de  Soerate,  par  G.  i 
SoREL.  1  vol.  iii-8 s  fr.  50 

PLATON.  Étades  «or  la  IHaleetl- 
%me  dans  Plateii  et  dans  He^el, 
par  Paul  Jaret.  1  vol.  in-8.  6  fr. 

—  '^^  Platon,  «a  ptaiieftophie,  sa  vie 
et  de  $eB  œuvres,  par  Gb.  Bénakd. 
1  voL  in-8.  1^93 10  fr. 

—  I«a  Théorie  platonicienne  dcfl 
•cieneeH,  par  Élie  Halévt.  In-8.  ' 
1895 5  fr.  I 


PLATON.  iBavreo^  traduction  Vic- 
tor CoDSDf  revue  parJ.  Bartbélemt- 
Saint-Hilaire  :  Socrate  et  Platon  ou 
le  Platonisme  —  Eutyphron  —  Apo- 
logie de  Socrate  —  Crilon  —  Phé- 
don.  1  vol.  in-8.  1896.    7  fr.  50 

tPlGURE.*  La  Morale  d'Éplenre  et 
ses  rapports  avec  les  doctrines  con- 
temporaines, par  M.  GuTAU.  1  vo- 
lume in-8.  3«  édit 7  fr.  50 

BENARp.  La  Piilloooplile  aa- 
eiennoi  histoire  de  ses  systèmes. 
La  Philosophie  et  la  Sagesse  orien- 
tales. —  La  Philosophie  grecque 
avant  Socrate.  —  Socrate  et  les  so- 
cratiques. —  Etudes  sur  les  sophis- 
tes grec*.  1  v.  in-8 0  fr. 

FAVRE  (M"«  Jules),  née  Velten. 
La  Morale  de  Soerate.  In-18. 

3fr.  50 

—  La  Morale  d*Arl0tote.   In-18. 

S  fr.  50 
OGEREAU.  flyntème  ptatloiioptat^ne 

des  otoTeleao.    In-8 5  fr. 

RODIER  (G.).  *  La  Ptaynl^ne  de  0tra- 

ton  de  Lampuaqne.  In-8 .  8  fr. 
TANNEKY   (Paul).    Pour  rtatototre 

de     la     oeienee     liellèBe    (de 

Thalôs  à  Empédocle).   1    v.    in-8. 

1887 7  fr.  50 

MILUAUD  (GO'^'Leii  orlslneH  do  la 

■elcnce  srec^ae.   1    vol.    in-8. 

1893 5  fr. 

—  Lew  philonophei»  géomètrcpi 
do  la  lârèec,  Platon  et  ses  prédé- 
cesseurs. 1  vol.  in-8.  1900.    6  fr. 


PHILOSOPHIE   MODERNE 


*  DESGARTES,  par  L.  Liard.  1  vol. 
in-8 5  fr. 

—  Eimal  sar  TBiithétl^ae  de  Deo- 
eartoM,  par  E.  Krantz.  1  vol.  in-8. 
2-  éd.  1897 6  fr. 

SPINOZA.  Benedieti  de  Splnosa 
opéra,  quotquot  reporta  sunt,  reco- 
gnovemiiU.  Van  Vloten  et  J.-P.-N. 
Land.  2  forts  vol.  in-8  sur  papier 

de  Hollande A5  fr. 

Le  mdine  en  3  volumes  élégam- 
ment reliés 1 8  fr . 

—  Inventaire  deii  livre»  for- 
mant «a  bliiliottaèqae,  publié 
d'après  un  document  inédit  avec  des 


notes  biographiques  et  bibliographi- 
ques et  une  introduction  par  A.-J. 
Servaas  vab  Rvoijen.  1  V.  in-A  sur 
papier  de  Hollande 15  fr. 

SPINOZA.  La  Doctrine  de  fflpl- 
noisa,  exposée  à  la  lumière  des 
faits  scic^ntiflques,  par  E.  Ferrièke. 
1  vol    in-12 3  fr.  50 

GEUIJNGK  (Arnoldi).  Opéra  ptalloM- 
phiea  recognovit  J.-P.-N.  Land, 
3  volumes,  sur  papier  de  Hollande, 
gr.  in-8.  Chaque  vol.. .      17  fr.  75 

GASSENDI.  La  Phllonophle  de  Gao- 
newkdi,  par  P. -F.  Thomas.  In-8. 
1889 8  fr. 


—  Il  — 


F.  ALCAN. 


LOCKB.  *  Bm  ¥le  •$  ses  ««▼■•••,  par 
Maiioh.  In-iS.  3*  éd. . .     2  fr.  50 

MALEBRANGHB.  *  Ia  PMlM^MIe 
de  MAleliraBshe,  par  Ollé-La- 
PKims,  de  l*lDttitut.  2  v.  in-8.  i  ft  fir . 

PASCAL.  Ét«dM  Mr  le  seepU- 
eUime  de  PMieal^  par  Dioi. 
i  vol.  in-S 6  tr, 

VOLTAIRE.  Le*  0«leiiee«  a« 
XTIII*  «lèele.  Voltaire  physicien, 
par  Km.  Saigkt.  i  vol.  in-S.  5  (t. 

FRANCK  (Ad.),  de  l'InsUtut.  Ia  PM- 
l#fl#plile  mystique  ea  Pranee 
A«  XFIII*  flièele.  i  volame 
in-iS 2  fr.  60 


DAMIRON.  1 
à  l^Miteire  de  1a  pM leeeplite  a« 
IFiii*  flièele.  S  vol.  ia-8.  15  fr. 

J.-J.  R0USSEXU*»«  C#Blr«c  0#elel, 

édition  comprenant  avec  le  texte 
définitif  les  versions  primitives  de 
l'ouvrage  d'après  les  manuscrits  de 
Genève  et  de  Neuchâtel,  avec  intro- 
duction par  Edmond  DRETrus-BRisAc. 
1  fort  volume  grand  in-8.     12  fr. 

ERASME.  mnlIUI»  laa«  des. 
Kra^mt  »#t.  declemaile.  Publié 
et  annoté  par  J.-B.  Kan,  avec  les 


flguresdeHoLBEiif.lv.  in-8.  6fr.  75 

PHILOSOPHIB  ÉCOSSAISE 

DUGALD  STEWART.  ^Élémeatade 
la  pliii#0#pliie  de  l'espril  lia- 


maïa.   S  vol.  in-12 0  fr. 

BACON.  Étade  «nr  Prançelfl  Ba- 
eeii,  par  J.  BABTHftLaiiT-SAiirr- 
HiLAiRB.  In-18 2  fr.  50 

—  *  PtallOBoplile    de   PraaçeU 

PHILOSOPHIE 

• 

KANT.  I«a  Crlti^ae  de  la  ralMB 
pratique,  traduction  nouvelle  avec 
introduction  et  notes^  par  M.  PiCA- 
VET.  1  vol.  in-8 ft  fr. 

—  Éelalrel^fleaseate     sar     la^ 
CrlCi^ae  de  la  ratoea  pare,  trad. 
TissoT.  1  vol.  in-8 ft  fr. 

—  *  PrlaelpeM  aiélapliyfll^aea  de 
la  morale,  et  Fondements  de  la 
métaphysique  des  mœurs^  traduct. 
Ti^sOT.   In-8 8  fr. 

—  Doctrine  do  la  vcrta,  traduction 
Barmi.  1  vol.  iQ-8 8  fr. 

—  ^MéianKen  de  iecl^ae^  tra- 
duction TissoT.  1  V.  in-8 6  fr. 

—  *  ProlésemèBen  à  leale  m^ 
Saphysi^ae  talare  qui  se  pré- 
sentera comme  science,  traduction 
TissoT.  1  vol.  in-8 8  fr. 

—  *  ABChrepeieste ,  suivie  dé 
divers  fragments  relatifs  aux  rap- 
ports du  physique  et  du  moral  de 
l'homme,  et  du  commerce  des  esprits 
d'un  monde  à  l'autre,  traduction 
TissoT.  1  vol.  in-8 8  fr. 

— *EiiMil  critique  fl«r  TEottaé- 
tiqne  de  Kaat,  par  Y.  Bascr. 
1  vol.  in-8.   1895 10  fr. 

—  9a  meraie,  par  Cresson.  1  vol. 
in-12 2  fr.  50 

KANT  et  FiCHTE  et  le  problème 
de  rédacatloB  par  Paul  Dupkoix. 
1  vol.  in-8.   1897 5  fr. 


i,  par  Ch.  Adam.  (Couronné 

par  l'Institut).  In-8 7  fr  50 

BERKELEY.  Œavreo  choMeo.  Essai 
d'une  nouvelle  théorie  de  la  vision. 
Dialogues  dïhjlas  et  de  PhilonoOs. 
Trad.  de  i'angl.  par  MM.  Beaulavom 
(G.)etPAR0Di(D.).ln-8.1895.   5fr. 

ALLEMANDE 

SCHKLLING.  Brame»  ou  du  principe 

divin.  1  vol.  in-8 8  fr.  60 

flECEL.  «I^giqae.  2  vol.  in-8.  là  fr. 

—  *  PtallOBopiiie  de  la  aatare. 
8  vol.  in-8 25  fr. 

—  *  Ptalleoepiile  de  TeoprlS.  2  vel. 
in-8 18  fr. 

—  *  PUlooepMe  de  la  reliffloa. 

2  vol.  in-8 20  fr. 

—  I.a  Poétique,  trad.  par  M.  Ch.  Bi- 
ll ard.  Extraits  de  Schiller,  Gœthe, 
Jean-Paul,  etc.,  2v.   in-8.  12  fr. 

—  Eiitiiétiqee.  2  vol.  in-8,  trad. 
BÉNARD 16  fr. 

—  Aatécédeato  de  TtaéséUa* 
Blome  daao  la  ptailooopMe 
ffraacaloe,  par  S.  Beadssiri. 
1  vol.   in-18 2fr.  50 

—  latrodaetloB  à  la  ptallooopMe 
de  Hegel,  par  Yéra.  1  vol.  in-8, 
2*édit 6fr.50 

— ^I.a  logique  de  Hegel,  par  EcG. 

NoEL.  ln-8.  1897 3  fr. 

HERBART.  *   Prlaelpaleo    oeavreo 

péd««oiiiqaeo,  trad.  A.  Pinloche. 

ln-8.  1894 7  fr.  50 

BUMBOLDT  (G.  de).  Eooat  oar  les 

llmlteo  de  raeSioa  de  l*État. 

in-8 3  fr.  50 

HAUXION  (M.).  l^a  meta  physique 

de   Herbart  et    la  critique  de 

Kant.   1  vol.  in-8 7  fr.  50 


F.  ALCAN. 


—  iâ  — 


RIGHTER  (Jean-Paul-Pr.).  Poétique 
ou  latr^dHcttoB  à  VmmUÊéUnme. 
2  vol.  in-8.  1862 15  fr. 

SCHILLER.  0»ii  eflUiétiqve,  par 
Fa.  Mohtargis.  In- 8 A  fr. 


SCHILLER  EflMaIflHrIemyfaieNme 
«péealatir  en  AllemasBe  «■ 
JLiW^  Hiècie,  par  Delacroix  (fl), 
agr.  de  philos.,  docteur  es  lcttr(>s. 
1vol.  in-8,  1900 5  fr. 


PHILOSOPHIE  ANQLAISB  GONTEBiPO RAINE 

(Voir  Bibliothèque  de  philosophie  contemporaine,  pages  2  à  0.) 

Arnold  (Matt.).   —  Bain  (Alex.).   —  Carrad   (Lud.).    —   Clat  (R.).   — 

COLLIKS  (H.).  —  CaRUS.    —    FeRRI  (L.).    —  FUNT.   —  GUYAU.    —  GCRREY, 

Mters  et  PoDMOR.  —  Herbert-Spencer.  —  Huxley.  —  Ribot.  —  Liard. 

—  Lang.    —  LuBBOCK   (Sir  John).    —  Lyon  (Georges).  —  Marion.  — 
Haudslby.  —  Stuart-Mill  (John).  —  Romanes.  —  Sully  (James). 

PHILOSOPHIE    ALLEMANDE    CONTEMPORAINE 

(Voir  Bibliothèque  de  philosophie  conlempo raine,  pages  2  à  U.J 

Bouclé  —  Hartmann  (£.  de).  —  Nord  au  (Max).  -  Nietzsche.  —  Oldenberg. 

—  Piderit.  —  Prêter.  —  Ribot  (Th.).  —  Schmidt  (0.).  —  Schcebel.  — 

SCHOPENHAUER.    —  SELDEN  (C).    —  STRICKBR.    —  WUNDT.   —  ZeLLER.  — 

Zieglbr. 

PHILOSOPHIE      ITALIENNE      CONTEMPORAINE 

(Voir  Bibliothèque  de  philosophie  contemporaine,  pages  t  à  !).) 

Barzelotti.  —  EspiNAS.  —  Pbrrero.   —  Ferri  (Enrico).  —  Ferri  (L.).  — 

GAROFALO.  —  LÉOPARDl.  —  LOMBROSO.  —  LOMBROSO  et  FERRERO.  —  LOMBROSO 

et  Laschi.  —  Mahiano.  —  Mosso.  —  Pilo  (Marco).  —  Sergi.  —  Sighele. 


LES  GRANDS  PHILOSOPHES 

Publié  sous  la  direction  de  M.  G.  PIÂT 

Agrégé  de  philosophie,  docteur  es  lettres,  professeur  à  l'École  des  Carmes. 

VOLUMES    PUBLIÉS  : 

Kant,  par  M.  Ruyssen,   agrégé   de  rUnivorsité,  professeur  au    lycée    de 
Bordeaux. 

Socrate,  par  M.  i'abbé  C.  Pi  AT. 

Avicenne,  pur  le  baron  Carra  de  Vaux. 

Chaque  étude   forme  un  volume  in-S»   carré  de  300  pages  environ,  du 
prix  de  5  francs. 

MM  s   PKESSK   01     F.N    l'KÊr'.VRATlOX   : 

Saint  Anselme,  par  M.  Domet  dk  Vorges,  ancien  ministre  plénipotentiaire. 

Saint  Augustin,  par  M.  l'abbé  Jules  Martin. 

Descartes,  par  M.  le  baron  Uenys  Cochi.n,  député  de  Paris. 

Saint  Thomas  d'Aquin,  par  M^'  Mercier,  directeur  de  l'Institut  supérieur 

de  philosophie  de  î'Uuiversité  de  Louvain,  et  par  M.  de  Wulf, professeur 

au  même  Inslitut. 
Malebranche,  par  M.  Henri  Joly,  ancien  doyen  de  ia  Faculté  des   lettres 

de  Dijim. 

Saint  Bonaventure,  par  M*'  Dadolle,  recteur  des  Facultés  libres  de  Lyon. 

Maine  de  Biran,  par  M.  Marius  Couailhac,  docteur  ôs  lettres. 

Rosmini,  par  M.  Bazaillas,  agrégé  de  l'Université,  professeur  au  collège 

Stanislas. 
Pascal,  par  M.  Hatzfeld,  professeur  lionoraire  au  lycée  Louis-lc -Grand. 
Spinoza,  par  M.  G.  Fonsegrive,  professeur  au  lycée  Ruffon. 
Dnnsscot.  par  le  R.  P.  David  Flkmlng,  doliniteur  général  de  l'ordre  des 

Franciscains. 


-  13  -  F.  ALCAN. 

BIBLIOTHÈQUE  GÉNÉRALE 

des 

SCIENCES  SOCIALES 

SECRÉTAIRE  DE  LA  RÉDACTION  : 
DICK  MAY,  Secrétaire  géoéral  de  l'École  des  Hautes  Études  sociales. 


VOLUMES    PUBLIÉS  : 

L'individualisation  de  la  peine,  par  R.  Saleilles,  professeur  à  la  Faculté 
.   de  droit  de  l'Université  de  Paris. 

L'idéalisme  social,  par  Eugène  Fournière,  député. 

*  Ouvriers  du  temps  passé  (xv'  et  xvi*  siècles),  par  H.  Hauser,  professeur 
à  rUnivcrsité  de  Glermont-Ferraud. 

Les  transformations  du  pouvoir,  par  G.  Tarde,  professeur  au  Goliè,:'- 
dû  France. 

Morale  sociale.  Leçons  professées  au  collège  libre  des  sciences  sociale*, 
par  MM.  G.  Belot,  Marcel  Bernés,  BRU^fscnvico,  F.  Buisson,  Darli'. 
Dauriac,  Delbet,  Gh.  Gide,  M.  Kovalkvsky,  Malapert,  le  R.  P.  MArMis. 

DE    ROBIIRTY,  G.  SOREL,    Ic  PaSTEUR  WAGNEU.    Préfacc  de   M.   EXILE   Roi- 
TROUX,  de  riiistitut. 

Les  enquêtes,  pratique  et  théorie,  par  P.  du  Maroussem. 

Questions  de  morale,  leçons  professées  à  TÊcolo  de  morale,  par  MM.  Bki.ot. 
Bernes,  F.  Buisson,  A.  Groiset,  Darlu,  Delbos,  Fourniere,  Malai'krf. 

MOCU,   PAROI)],  G.  Sorel. 

Le  mouvement  social  catholique  d<»puis  Fencyclique  littrum  norarmu. 
par  Max  Tirmann. 

Chaque  volume  in-S"  oarré  de  800  pages  environ,  oartonné 
à  rancrlaise 6  f r. 


sois  PRESSE  ou    EN    PRÉPARATION 


La  méthode  historique  appliquée  aux  sciences  sociales,  par  <:harl«^^ 

Seignobos,  maître  de  conférences  à  l'Université  de  Paris. 
La  formation  delà  démocratie  socialiste  en  France,  par  Albert  Metin, 

agn'pi  de  l'Université. 
La  méthode  géographique  appliquée  aux  sciences  sociales,  par  Jciiu 

Bkijnhks,  profes.seur  u  l'Université  do  Fribourg  (Suisse). 
Les  Bourses,  par  Thallkr,  professeur  à  la  Farnlté  de  droit  de  TUnivct >il'' 

de  Paris. 
La  décomposition  du  Marxisme,  pur  Cli.  Andleh,  maître  do  confércnci'>< 

à  FËcole  noriiialc  supérieure. 
La  statique  sociale,  par  le  D'  Uelbëi,  député,  directeur  du  Gollôgc  libre 

des  sciences  sociales. 
Le  monisme  économique  (sociologie  marxiste),  par  de  Kellès-Kraiiz. 
L'orgauisation  industrielle  moderne.  Ses  caractères,  son  développement, 

par  Maurice  Dufourmentelle. 
Précis  d'économie  sociale.  Le  Play  et  la  méthode  d'observation,  par  Alexis 

Delaire,  set^rétaire  géuérul  do  la  Société  d'économie  sociale.  * 

MINISTRES    ET    HOMMES   D'ÉTAT 

Henri  WELSGHINGER.  —  Bismarck,  t  vol.  in-16.  tOOO 2  fr.  T^) 

LÉO.NAUDON.  —  Prim.  1  vol.  in-t6.  l'JOl 2  fr.  :-<) 

sous  PRRSSK    OU    IN  PRÉPARATION   : 

Disraeli,  i^ar  Courci:i.lk.  —  J.  Ferry,  par  Alfred  Bambaud  (de  l'Instiiut .  — 
Gladstone,  par  F.  hl  Phessensé.  —  Okoubo,  ministre  jaimiial^ji,  inr  CuLRant. 
—  L6on  XIII,  par  Anatole  Lehut-Bfaulieu.  —  Alexandre  II,  i>ar  Buybr.  — 
Metternich,  |>ur  Ch.  ScntricR.  —  Lincoln,  par  A.  Vixllatk. 


F.  ALCAN.  -  14  - 


D'HISTOIRE  CONTEMPORAINE 

lolomes  ii-ll  broehéi  à  S  fr.  50.  —  lolnmes  in-8  brochés  de  diTers  prix 


EUROPE 

STBEL  (H.  de).  ^  Hittoir«  de TEiirope  pendant  la  RéTOlntion  Irançaige, 
traduit  de  rallemand  par  Mii«  Dosqoet.  Ouvrage  complet  en  6  vol.  in-8.4Sfr. 

DEBIDOUR,  inspecteur  général  de  rinstruction  publique.  *  Histoire  diplo- 
maticnie  de  1  Enrope,  de  1815  à  1878.  2  vol.  in-8.  (Ouvrage  couronné 
par  rinstitut.)  18  tr. 

FRANCE 

AULARD,  professeur  à  la  Sorbonne.  *  Le  Gnlte  de  la  Raiaon  et  le  Culte  de 
l'fitre  suprême,  étude  historique  (1793-1794).  1  vol.in-12.  3  fr.  50 

^  *  Études  et  leçons  snr  la  RéTolution  française.  2  vol.  in-12.  Cha- 
cun. 8  fr.  50 

DESPOIS  (Eug.).  *  Le  Yandalisme  révolutionnaire.  Fondation!  littéraires, 
scientifiques  et  artistiques  de  la  Convention.  4*  édition,  précédée  d'une 
notice  sur  Tauteur  par  M.  Charles  Bigot.  1  vol.  in-12.  3  fr.  50 

DEBIDOUR,  inRpccteur  général  de  l'instruction  publique.  *  Histoire  des 
rapporU  de  l'Ëglise  et  de  l'Etat  en  France  (1789-1870).  1  fort 
vol.  in-8.  1898.  (Couronné  par  rinslitut.)  12  fr. 

ISAMBERT  (G.).  *  La  vie  à  Paris  pendant  une  année  de  la  Révolution 
(1791-1792).  1  vol.  in-12.  1896.  8  fr.  50 

MARCELLIN  PELLET,  ancien  député.  Variétés  révolutionnaires.  3  voL 
in-iS,  précédés  d'une  préface  de  A.  Ramc.  Chaque  vol.  téparém.    3  flr.  50 

BONDOIS  (P.)»  agrégé  de  TUniversité.* Napoléon  et  la  société  de  son 
temps  (1793-1821).  1  vol.  in-8.  7  fr. 

CARNOT  (H.),  sénateur.  *  La  Révolution  française,  résumé  historique. 
1  volume  in-i2.  Nouvelle  édit.  3  fr.  50 

WEILL  (G.)>  tlucteur  ôs  lettres,  ngrêgé  do  n'iiivcrsité.  Histoire  dn  parti 
républicain  en  France,  de  1814  a  1870.  i  vol.  in-8.  19U0.  10  fr. 

BUMC  (Louis).  *  Histoire  de  Dli  ans  (1830-1840).  5  vol.  in-8.  25  fr. 

—  25  pi.  en  taille-douce.  Illustrations  pour  VHiitoire  de  Dix  atis.  6  fr. 
ELIAS  REGNAULT.  Histoire  de  Huit  ans  (1840-1848).  3  vol.  in-8.    15  fir. 

—  14  planches  en  taille-douce.  Illustrations  pourT^Mtoire  de  Huit  oiu.  4  fr. 
GAFFA REL  (P.),  professeur  à  l'Université   de  Dijon.  *Les  Colonies  fran- 
çaises. 1  vol.  in-8.  6*  édition  revue  et  auginentôc.  5  fr. 

liAUGEL  (Â.).  *  La  France  politique  et  sociale.  1  vol.  in-8.  5  fr. 

8PULLER  (E.),  ancien  ministre  de  l'Instruction  publique.  *  Fignrts  dispa- 

mes,  portraits  contemp.,  littér.  et  politiq.  3  vol.  in-12.  Chacun.     3  fr.  50 

—  Histoire  parlementaire  de  la  deuxième  Répnblicpie.  1  volume  in-12. 
2-  édit.  8  fr.  50 

—  Hommes  et  choses  de  la  Révolution.  1  vol.  in-12.  1896.  8  fr.  50 
TAIILE  DELORD.*  Histoire  dn  second  Empire  (1848-1870).  6  v.  in-8.  42  fr. 
VALLAl'X  (C).  Les  campagnes  des  armées  françaises  (1792-1815).!  vol. 

in-Ii,  avec  17  cartes  <l;ms  1«'  texte.  3  fr.  50 

ZEVORT  (E.),  recteur   do  rAcndémie  do  Caen.   Histoire  de  la  troisième 

République  : 

Tome    1.  *  La  présidence  de  M.  Thiers.  1  vol.  in-8.  2*  édil.         7  fr. 

Tome  II.  *  La  présidence  du  Maréchal.  1  vol.  in-8.  i*  édit.  7  (r 

Tome  III.  La  présidence  de  Jules  Grévy.  1  vol.  in-8.  7  fr. 

Toino  IV.  La  présidence  de  Sadi  Garnot.  1  vol.  in-8.  (Sous  pretse.)  7  fr. 

WAHL,  inspcctiMir  général  honoraire  Ue  Pinslruction  aux  colonies.*  L'Algérie. 

1  vol.  in-8.  4*  édit.  refondue,  t9ii t. (Ouvrage  couronné  par  l'Institut.)    5  fr. 

LANESSAN  (J.-L  de).  *L'Indo-Ghine  française.  Etude  économique,  politique 
et  administrative  sur  la  Cochinchine,  le  Cambodge,  VAnnam  et  le  Tonkin. 
(Ouvrage  couronné  par  la  Société  de  géographie  commerciale  de  Paris, 
médaille  Dupleix.)  1  vol.  in-8,  avec  5  cartes  en  couleurs  hors  texte.  15  f^. 


-  15  -  F.  ALCAN. 

LÀNESSÀN  (J.-L.  de)  *  Lt  oolonitation  française  en  Indo-Chine.  1  vol. 
in-l!2,  avec  une  carte  de  Tlndo-Chine.  1895.  8  fir.  50 

PIOLET  (J.-B.).  La  France  hon  de  France,  notre  émigration,  sa  ncces< 
site.  1  vol.  in-8.  t»OU.  10  fr. 

LAPIE  (P.),  agrégé  de  l'Uiii\ersiié.  *  Les  Civilisations  tanisiennes  (Mu- 
sulmans, Israélites,  Européens).  1  vol.  in-12. 18U8.  (Couronné  par  l'Académie 
rrançaise.)  8  fr.  50 

WEILL  (Georges),  agrégé  de  l'Université,  docteur  es  lettres.  L'École  saint- 
simonienne,  son  histoire,  son  influence  jusqu'à  nos  jours.  1  vol.  in-13. 
1896.  3  fr.  50 

ANGLETERRE 

LAUGEL  (Aug.).  «  Lord  Palmerston  et  lord  Rnsftll.  1  vol.  in-iS.   3  fr.  50 

SIR  CORNEWAL  LEWIS.  *  Histoire  aonvemementalt  de  TAngleterre, 

depuis  1770  Iniqn'à  1830.  Traduit  de  l'anglais.  1  vol.  in-8.  7  fr. 

REYNALD  (H.),  doyen  de  la  Faculté  des  lettres  d'Aiz.  *  Histoire  de  TAn- 
gleterre,  depuis  la  reine  Anne  jusqu'à  nos  jours.  1  vol.  in-i2.  S*  éd.  8  fr.  50 

MËTIN  (Albert).  *  Le  Socialisme  en  Angleterre.  1  vol.  in-lS.  1897. 3  fr.  50 

ALLEMAGNE 

VERON  (Eug.).  *  Histoire  de  la  Pmsse,  depuis  la  mort  de  Frédéric  II 
jusqu'à  la  bataille  de  Sadowa.  1  vol.  in-12. 6*  édit.,  augmentée  d'un  chapitre 
nouveau  contenant  le  résumé  des  événements  jusqu'à  nos  jours,  par 
P.  BoNDOis,  professeur  agrégé  d'histoire  au  lycée  Bu/Ton.  8  fr.  50 

^  *  Histoire  de  l'Allemagne,  depuis  la  bataille  de  Sadowa  jusqu'à  nos  jours. 
1  vol.  in-12. 3*  éd.,  mise  au  courant  des  événements  par  P.  BORDois.  8  f^.  50 

ANDLER  (Ch.)t  maître  de  conférences  à  l'Ecole  normale.  Les  origines  dn 
socialisme  d'état  en  Allemagne.  1  vol.  in-8.  1897.  7  (r. 

GUILLAND  (A.),  urofesseur  d'histoire  à  l'Ecole  polytechnique  suisse.  L'Alle- 
magne nouvelle  et  ses  historiens.  Niebuhr,  Ranke,  Mommsen,  Sybel, 
Treitschke.  1  vol.  in-8.  1899.  5  fr. 

AUTRICHE-HONGRIE 

ASSELINE  (L.).  ^  Histoire  de  l'Antriche,  depuis  la  mort  de  Marie-Thérèse 
jusqu'à  nos  jours.  1  vol.  in-il  3«  édit.  8fr.50 

BOURLIER  (J.).   *  Les  Tchèciues  et  la  Bohème    contemporaine,   avec 

préface  de  M.  Flodrens,  ancien  ministre  des  Affaires  étrangères.   1   vol. 

m-14.  1897.  3  fr.  50 

AUERBACH,  professeur  à  la  Faculté  des  lettres  de  Nancy.  Les  races  et 

les  nationalités  en  Antriche-Hongrie.  In-8, 1898.  5  fr. 

SAYOUS  (Ed.;,  professeur  à  la  Faculté  des  lettres  de  Toulouse.  Histoire  des 

Hongrois  et  de  leur  littérature  politique,  de  1790  à  1815. 1  vol.  in-1:!.  3  fr.  50 

IITALIE 

80R1N  (Élie).  *  Histoire  de  l'Italie,  depnU  1815  jusqu'à  la  mort  de  Victor- 
Emmanuel.  1  vol.  in-12.   1888.  8  fr.  50 

GAFFAREL  (P.),  professeur  à  la  Faculté  des  lettres  de  Dijon.  ^Bonaparte 
et  les  RépnbUques  italiennes  (1796-1799).  1895. 1  vol.  in-8.  5  ir. 

bOLTON  RING  (M.  A.).  Histoire  de  l'unité  iUlienne.  Histoire  politique 
de  rit.ilie,  de  1«M  ù  IbTl,  traduit  de  Tanglais,  introduction  de 
M.  Yves  GiYOT.  1901).  15  fr. 

ESPAGNE 

REYNALD  (H.).  *  Histoire  de  l'Espagne,  depuis  la  mort  de  Charles  III 
jusqu'à  nos  jours.  1  vol.  in-li.  3  fr.  50 

ROUMANIE 

DAMË;(Fr.).  Histoire  de  la  Roumanie  contemporaine,  dciniis  ravèneuicnt 
des  princes  indii^èiics  j(i>qu'à  uos  jours.  1  vol.  in-8.  l'JCK).  7  fr. 

RUSSIE 

GRÊUANGE  (M.),  agrégé  de  l'Université.  *  Histoire  oontemporaine  de  la 
Russie,  depuis  la  mort  de  Paul  1"*  jusqu'à  Tavèncment  de  Nicolas  11  (1801- 
1894).  1  vol.  in-12.  2*  édit.  1895.  3  fr.  50 


F.  ALCAH.  -  16  - 

SUISSE 

DAENDLIKER.  ^Histoire  du  peapU  inifse.  Trad.  de  rallem.  par  M""  Jules 
Payrk  et  précédée  d'une  IntroductioD  de  Jules  Fayki.  1  vol.  in-8.       5  fr. 

GRÈCE    &    TURQUIE 

BÊRARD  (Y.),  docteur  es  lettres.  *  La  Turquie  et  rHelléniame  contam- 
porain.  (Ouvrage  cour,  par  TAcad.  française.)  lv.iii-12.  3*  éd.  3(^.50 

KODOCANACHI  (E.).  Bonaparte  et  les  îles  Ionienne!,  épisode  des  con- 
quêtes de  la  Republique  et  du  premier  Empire  (1797-1816).  1  volume 
in^.  18i^.  5fr. 

AMÉRIQUE 

DEBERLK  (Alf.).  *  Histoira  dt  rAmériqna  du  Sud,  depuis  sa  conquête 
jusqu'à  nos  jours.  1  vol.  in-12.  8*  édit.,  revue  par  A.  Milhaud,  agrégé  de 
rCniversité.  3  fir.  50 

BARNI  (Jules).  *  Hiitoire  dei  idéei  mondei  et  politique!  an  France 
au  ZVIII*  siècle.  S  vol.  in-12.  Chaque  volume.  8  flr.  50 

—  *  Les  M oralistei  français  an  ZVIII*  siècle.  1  vol.  in-12  faisant  suite 
aux  deux  précédents.  8  fr.  50 

BEAUSSIRE  (&mile),  de  Flnstitut.  La  Guerrs  étrangère  at  la  Snarra 
ciTila.  1  vol.  in-12.  3  fr.  50 

BOURDEAU  (J.).  *  La  Socialisme  allemand  et  le  Nihilisme  mssa.  1  vol. 
in-12. 2-  édit.  1894.  3  fr.  50 

D'EICHTHAL  (Eug.).  Souveraineté  du  peuple  et  gouvamamant.  1  vol. 
in-12.  1895.  3  fr.  50 

DEPASSE  (Hector).  Transformations  sociales.  1894.  1  vol.  ia-12.    8  fr.  50 

—  Du  Travail  et  de  ses  conditions  (Chambres  et  Conseils  du  travail). 
1  vol.  in-i2.  1895.  3  ir.  50 

DRIAULT  (E.).  *La  question  d'Orient,  préface  de  G.  Mo^oD,  de  Tlnstltut. 
1  vol.  in-8.  :2«  .-dit.  VmïO.  7  fr. 

UHIAULT  (E.),  pruf.  a{çr.  au  lycée  d*(»rluans.  Les  problèmes  politises 
et  sociaux  à  la  fin  du  X1X«  siècle.  In-8.  19(X).  ,  fr. 

GUSROULT  (G.).  *  La  Centenaire  de  1789,  évolution  oolit.,  philos.,  artist. 
et   scient,  de  TEurope  depuis  cent  ans.  1  vol.  in-lz.  1889.         8  fr.  50 

LAVELEYK  (E.  de),  correspondant  de  l'Institut.  La  Sodaliima  contam- 
porain.  1  vol.  in-12.  10*  édit.  augmentée.  3  fr.  50 

LIGHTENBERGER  (A.).  *  Le  Socialisme  utopiqua,  étude  sur  quelques  pré- 
curseurs du  Socialisme.  1  vol.  in-12.  1898.  8  fr.  50 

—  *  Le  Socialisme  et  la  Révolution  française.  1  vol.  in-8.  5  ir. 
MATTER  (P.).  La  dissolution  des  assemblées  parlementairaSi  étude  de 

droit  public  et  d'histoire.  1  vol.  in-8.  181)8.  5  fr. 

REINAGH  (Josoph).  Pages  républicaines.  1894.  1  vol.  in-12.  3  fr.  50 

SCHEFKR  (i\.).  Bemadotte  roi  (1810  —  1818-1844).  1  vol.  in-8. 1899.  5  fr. 
SPULLEK  (E.).*  £dncaUon  de  la  démocraUa.  1  vol.  in-12.  1892.    3  fr.  50 

—  L'Évolution  politique  et  sociale  de  l'Église.  1  vol.  in-12. 1893.  3  fr.  50 
BONKI-MAURY.   Histoire  de  la  liberté  de  conscience  depuis  Tédit  de 

Nantis  jusqu'à  juillet   1870.  I  vul.   in-8.   lOOU.  5  fr. 

BIBLIOTHÈQUE  HISTORIQUE  ET  POLITIQUE 

DESCIIANEL  (E.),  sénateur,  professeur  au  Collège  de   France.  *  i.e  Peuple 

et  l«  BoarfteolNie.  1  Vol.  in-8.  2"  édit.  5  fr. 

DU  CASSE.  l.eN  nols  frèreu  do  l'apel^^on  l'^  1  vol,  in-8.  10  fr. 

LOUIS  liLANC.  UiMeourH  polliiqueN  (18^8-1881).  1  vol.  in-8.  7  fr.  50 
PHILIPPSON.     Lu    Contre-ré  volai  Ion    rellsleatfe    an    JL^t^   nlècle. 

1  vol.  in-8.  10  fr. 

HKNRARD  (P.).  Henri  IV  et  1«  prlnccMee  de  Condé.  1  vol.  in-8  6  fr. 
NOVICOST.  Lji  Politique  inlernationaie.  1  fort  \ol.  in-8.  7  tr, 
UELNAGH    (Joseph).  *    L«    Frnnee     et     ritnlle     devant     rkiHtoIre 

1  \ol.  il)  8.  ih&3.  5  fi*. 

LORIA  (A.).   LeM  Baneii  écoBomlqueH  de    la  conetltutloB    «oelale. 

1  vol.  in-8.  1893.  7  fr.  50 


-  17  -  F.  ALCAN. 

BIBLIOTHÈQUE  DE    LA  FACULTÉ    DES    LETTRES 

DE  L'UNIVERSITÉ  DE  PARIS 

*Ae  raaIkeBtIellé  de«  épiffr^Mmes  de  Mmeiilde,  par  Am.  Uauvetts, 

proresMor  adjoint  1  vol.  in-8.  5  fir. 

*Aiiiiii«iiiic«  liBs«Uitt4iie«,  par  M.  le  Prof.  Victok  Henrt,  1  v.in-8.  1  tr, 
^MélMiffCfi    d*tatoC«lro   du    oieyeB  âse,  par  MM.  le  Prof.  ▲.  LuCHàlRl, 

Dupoirr,  Ferrier  et  Poupardin.  1  vol.  in-8.  S  fr.  60 

*Éiudem  llBs«l0tt4Hes  Mir  la  Ba0«e-A«vers«e,  pkaa^ll^ne   Msta* 

Hqae  da  paCaia  de  Tiaseltefl  (Pvy-de-DAme),  par  Albert  Dauiàt, 

préface  de  M.  le  Prof.  Art.  Thomas,  i  vol.  in-8.  6  fr. 

*»e  la  flexian  dans  Laerèee,  par  M.  le  Prof.  A.  Cartault,  1  v.  iD-8.  à  fr. 
*Le  trelme  vcadémlalre  an  IV,  par  Heurt  Zivt.  1  vol.  tn-8.  à  fr. 
Efliial  de  resUtnCleB  des  plus  anelea*  Ifémerlaax  de  la  Ctaamlire 

defl  Cemptes  de  Parin,  par   MM.  J.  Petit,    Gavrilovitch,    Maurt   et 

Tkodoru,  préface  de  m.  Ch.-Y.  Langlois»  chargé  de  cours,  ivol.  in-8. 9  fr. 
Étude  nar  quelques  maniueiitM  de  Keme  et  de  Parla,  par  M.   le 

Prof.  A.  LucHAiRE,  membre  de  l'Institut.  1  vol.  in-8.  6  fr. 

KtudeH  Hor  Ici»  Maiirei»  d'Horace,   par  M.  le  Prof.  A.  Cartault.  1  vol. 

inS.  11  fr. 

L*linaKlnaiioii  cl  le«  matk^matlqucfi   selen    Aescarten,  par  P.  Bou- 

iitoiix,  licencié  es  lettres.  1  vol.  iii-8.  2  fr. 

Le  dialecte  alaman  de  Colmar  (Hante- Alsace)  en  III99,  grammaire 

el  Icxiquo,  par  M.  le  prof  ViciOK  Henry.  1  vol.  in-8.  8  fr. 

La  main-d'œuvre  InduNtrlelle  danii    rancicnnc   C^rèce,    par    M.  le 

Prof.  G  LIRAI  D.  i  vol.  in-8.  7  fr. 

TRAVAUX  DE  L'UNIVERSITÉ  DE  LILLE 

PAUL  FABRE.  La  polyptyque  dn  chanolBe  Benoit  —  Etude  «ar  on 
Manuscrit  de  la  bibliotMque  de  Camtoral.  3  fr.  50 

MÉDÉRIG  DUFOUR.  Sur  la  constitution  rytiusique  et  métrique 
du  drame  grée,  V  série,  à  fr.  ;  2*  série,  2  fr.  50;  3*  série,  2  fr.  50. 

A.  P1NL0€BE.  *  Principales  «uvres  de  Herbarl.  7fr.50 

A.  PENJON.  Pensée  et  réalité,  de  A.  Spir,  trad.  deTallem.  in-8.    10  fr. 

G.  LEi-KVRE.  Les  variations  defMUillanme  de  t'hampcaux  et  la  ques- 
tion dei*  tni«en»au!i.  Etude  suivie  dedocumonts  originaux.  1898.  3  fr. 

ANNALES  DE  L'UNIVERSITÉ  DE  LYON 

Itettrea  Intioies   de  «l*-ll«   Aibcroni    adressées    au    con»te  M. 

Bocea,  ministre  des  finances  du  duc  de  Panne,  par  Emile  Bourgeois, 
maître  de  conférences  à  TÊcule  normale,  i  vol.  in-8.  10  fr. 

Saint  Ambrolse  et  In  momie  chrétienne  au  IV*  siècle,  par  Rav- 
niond  Thami.n,  recteur  de  l'Académie  de  Rennos.  t  vol.  in-8.  7  fr.  50 

lia  république  des  Provinces-Unics,  la  France  et  les  Pays- 
Bas  espairnols,  de  ttISO  à  lUftO,  par  M.  le  Pruf.  A.  Waddington. 

Tome  I  (1630-4:2).  1  vol.  in-8.  6  fr.  —  Tomb  II  (164:2-50).  1  vol.  in-8.    6  fr. 

lie  %  ivarals,  essai  de  géographie  régionale,  par  Rurdin.  1  vol.  in-8.     6  fr. 

PUBLICATIONS  HISTORIQUES  ILLUSTRÉES 

*DE  SAINT-LOUIS  A  TRIPOLI  PAR  LE  LAC  TCHAD,  par  le  lieutenant- 
cuionel  Monieil.  1  beau  vol.  in-8  colombier,  précédé  d'une  préface  de 
M.  bL  VoGiif:,  (le  i'Ai'adi'*inie  français**,  illustrations  de  Riou.  1895. 
Ouvrnffe  courunué  pur  CAcndêtitie  française  {Prix  Monti/on),  20  fr. 

«HISTOIRB  ILLUSTRÉE  OU  SECOND  EMPIRE,  par  Taxile  Dklord. 
0  vol.  iD-8,  avec  500  gravures.  Chaque  vol.  broché,  8  fr. 

HISTOIRE  POPULAIRE  DE  LA  FRANCE,  depuis  les  origines  jnt- 
qu'en  1815.  —  A  vol.  iii-8,  avec  1823  gravures.  Chacun,  7  fr.  50 


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F.  ALCAN.  -iH- 

*RECUEIL  DES   INSTRUCTIONS 

D0MMÉI8 

AUX  AMBASSADEURS  ET  MINISTRES  DE  FRANCE 

DEPUIS  LES  TRAITÉS  DE  WESTPHAUE   JUSQD*A   LA   RÉVOLUTION  PIANÇÀ18B 

Publié  SOUS  les  auspices  de  la  Commission  des  archives  diplomatiques 
au  Ministère  des  Affaires  étrangères. 
Beaux  vol.  in-8  rais.,  imprimés  sur  pap.  de  Hollande,  avec  Instruction  et  notes. 
1.  —  AUTRICHE,  par  M.  Albert  Sorel,  de  l'Académie  française.  Épuisé. 

II.  —  SUÈDE,  par  M.  A.  Geffrot,  de  Tlnstitut 20  fr. 

III.  —  PORTUGAL,  par  le  vicomte  de  Caix  de  Sadit-Atvour 20  fr. 

IV  et  V.  —  POLOGNE,  par  M.  Louis  Fàrobs,  2  vol 30  fr. 

VI.  —  ROME,  par  M.  G.  Hanotaux,  de  TAcadémie  française 20  fr. 

VII.  —  BAVIÈRE,  PALATINAT  ET  DEUXPONTS,  par  M.  André  Lebor.     25  fr. 
VIII  et  IX.—  RUSSIE,  par  M.  Alfred  Rambaud,  de  l'Institut.  2  vol. 

Le  i*' vol.  20  fr.  Le  second  vol 26  fr. 

X.  ^  NAPLES  ET  PARME,  parM.  Joseph  Reirach 20  fr. 

XI.  —  ESPAGNE  (1649-1750),  par  MM.  Horbl-Fatio  etLÉONARDOH 

(tome  I) 20  fr. 

XlIetXII  //if.—  ESPAGNE  (1750-1789) (t.  II et Iil),parlesmémes....  àO  fr. 

XIII.—  DANEMARK,  par  M.  A.  Geffrot,  de  l'Institut lA  fr. 

XIV  et  XV.  —  SAVOIE-MANTOUE,  par  M.  Horbic  de  Beaucaire.  2  vol.  AO  fr. 
\VI.  —  PRUSSE,  par  M    Waddincton.  i  vol.  {Sous  presse). 

♦INVENTAIRE   ANALYTIQUE 

DES 

ARCHIVES  DU  IIMSTÈBE  DBS  AFFAIRES  ÉTRANGÈRES 

PURLit 

Sons  les  auspices  de  la  Commission  des  ardÛTes  diplomatiques 

I.  —  C7orre«p«Bdaiiee  pollli««e  de  MM.  de  OA9TILI««li  et  de 
MAmiLIjAC,  «mbas^udeiira  de  France  ea  AnsleSerre  (IftSM- 
ift4«),  par  M.  Jean  Kadlek,  avec  la  collaboration  de  MM.  Louis  Parges 
et  Germain  Lsfèvre-Pontalis.  1  vol.  in-8  raisin 16  fr. 

II.  —  Papier*  de  BARTHELEMY,  amiMiMadevr  de  Fraaee  ea 
MnlMe,  <l«*  I99<  A  1999  (année  1792;»  par  M.Jean  Kaulek.  1  vol. 
in-8  raisin i  5  fr . 

III.  —  Papier*  de  BAMTOÉLEMY  (janvier-août  1793),  par  H.  Jeah 
Kaulek.  1  vol.  in-8  raisin 15  fr. 

IV.  —  CTerreHpondaiiee  pellllqiie  de  OBET  BE  MELYE,  aaslMifl* 
fladenr  de  Franee  en  AiisleSerre  (15A0-1549),  par  M.  6.  LBrftVRI- 
PoRTALis.  1  vol.  iD-8  raisin 15  fr. 

V.  —  Papier*  de  BARTHÉLÉMY  (septembre  1793  à  mars  1794),  par 
M.  Jean  Kaulek.  1  vol.  in-8  raisin 18  fr. 

VI.  —  Papier*  de  BARTHELEMY  (avril  179A  à  février  1795),  par 
M.  Jean  Kaulek.  1  vol.  in-8  raisin 20  fr. 

Vil.  —  Papier*  de  BARTHELEMY  (mars  1795  à  septembre  1796). 
Ségociations  de  la  paix  t/t>  Btlle^  par  M .  Jean  Kaulek.  1  v.  in-8  raisin.     20  fr. 

Vlll.  —  CerreHponilaiice  politique  de  OriLLtlJilE  PELLiCIER, 
ainiia*Hadeur  de  France  à  Yeni*e  (ift4«-l»4«),  par  M.  Alexandre 
Tausserat-Kadf.l.  1  fort  vol.  in-8  raisin AO  fr. 

Corre*pondanre    de*     Bey*    d*AI||er    a%'ec    la    Coar    de    Franee 

(i9ftfi-iflS3),  recueillie  p  «r  Eu|f.  Plahtet,  attaché  au  Ministère  des  Affaires 

étrangères.  2  vol.  in-8  raisin  avec  2  planches  en  taille-douce  hors  texte.    30  fr. 

CorreHpendance  de*  Bey*  de  Tunl*  et  de*  Conenle  de  Franee  avee 

la  Coar  (l&99-ii«3«),  recueillie  par  Eug.  Plaktet,  publiée  sous  les  auspices 
du  Mmistère  des  Affaires  étrangères.  3  vol.  in-8  raisin.  Tome  I  (1577-1700). 
Épuisé.  —  Tome  U  (1700-1770).  20  fr.  —  Tome  III  (1770-1830).     20  fr. 


-  »9  -  F.  ALCAN. 

*  REVUE    PHILOSOPHIQUE 

DE    LA     FRANCE    ET    DE    L'ÉTRANGER 
Dirigée  par  Th.  RIBOT,  Membre  de  riiislltut.  Profcsteurau  Collt-ge  de  Fiance. 

(35*  année,  l'JOO.) 
Piiraît  tous  les  uioi^.  par  livraisons  de  7  feuilles  i;r«nd  in-8,  et  forme  chaque  anuce 

deux  Toluueâ  de  080  paires  chacun. 
Prix  d'abonnement  :  Un  an.  pour  Paris.  30  fr.  —  Pour  les  départements 

el  l'étranger,  33  fr.  —  Lu  livraison,  3  fr. 

Les  années  écoulées,  charune  30  francs,  et  la  livraison,  3  fr. 

TabUs  den  matière»  (187B-<887).  in»8 3  fr.  —  (t888-t805),  iu>8 3  fr. 

'REVUE    HISTORIQUE 

Dirigée  par  O.  MOMOD 

Membre  de  l'Inblitut.  Maître  de  conféro-nces  k  l'Êcnle  normalt:. 
Président  oo  lu  section  historique  et  philologique  à  l'ÉcoIo  de«  hautes  <^tudes. 

{iSi'  année,  iOOO.) 
Paraît  tous  le»  deux  mois,  par  livraisons  grand  in-8  de  .15  feuilles  et  forme  par  an 

trois  volumes  de  500  pages  chacun. 

Prix  d'abonnement:  Un  an,  pour  Paris,  30 fr. —  Pour  les  départements 

et    rélran;;cr,  38  fr.  —   La  livraison,  6  fr. 

Lo'«  années  écuuléfs,  chacune  30 fr.;  le  fascicule, 6  fr.  Les  fascicules  de  la  l"*  année,  9fr. 

TABLES  UÉNEnALES  T.EB   MATlElIKS 

1 .   187^  à  1880. .")  fr.;  poir  1rs  «b«iifi,  1  fr.  50  ;  III.  1886  à  18  '0.  5  fr.;  m»  !««  «bfsn^i,  2  fr.  50 
II.  1881  à  188:».  a  fr.;  —  1  fr.  r.0  \  IV.  1891  à  1895.  3  fr.;  —  1  fr.  50 

ANNALES   DES   SCIENCES   POLITIQUES 

RECUEIL     BIMESTRIEL 

Publié  avec  la  collaboration  des  profesnears  et  des  anciens  élèves 
de    l'Ecole    libre    des  sciences   politiques 

{Quimième  année,  1900.) 
COUITÉ  DE  RÉDACTION:  M.  Emile  UouTMY,  de  l'Ins^litut,  directeur  de  l'Ecole; 
M  Alf.  de  FoviLLB,  de  l'Institut,  conseiller  maître  à  la  (luur  de»  comptes;  M.  II. 
Stourm,  ancien  inspecteur  des  liiiances  et  ailmini^traleur  des  Coniribulious  indi- 
n.>ctes;  M.  Alexandre  Ribot,  député,  ancien  ministre;  M.  Gabriel  AM.x;  M  L. 
IV KNAULT,  professeur  ù  la  Faculté  de  ilruit  ;  &I.  Albert  SuHti<.  lie  IWciidémio  fran- 
•:aise;  M.  A.  Vandal.  de  l'.Viadémie  fnniçaisf;  M.  Aun.  AUNAl'NÉ.  I)ir»cteur  d»*  la 
.Monnaie;  !tf.  Emile  DouRGEOis,  maître  de  conférences  à  l'Ecule  normale  supérieure; 
Directeurs  des  groupes  de  travail,  professeurs  à  l'PIcole. 

Rédacteur  en  chef  :  M.  A.  Viallatb. 

Conditions   d'abonnement.  —  L'n  an  (du  lô  janvier)  :  Paris,  18  fr.; 

départements  et  étran^'er,  19  fr.  —   La  livraison,  3  fr.  50. 

le»  trois  première»  année»  (  1880- 1887>  1888)  te  venaient  chacune  16  franc»,  le» 

Uvmitons,  chacune  5  franc»,  la  quatrième  année  (I8^9i  et  le»  eitivante»  se  vendent 

chacune  18  francs,  et  les  livraisons,  chacune  3  fr.  50. 

Revue  mensuelle  de  l'École  d'Anthropologie  de  Paris 

(10*  année,  1900) 
Publiée  par  les  professeurs  : 

MM.  riAl'irAN  (Anthropologie  pathulogii|ue),  Malhias  Duvai.  (Authropoçénie  et  Enihryo- 
io^ioj.Gcorue^  liKHvÉ  (Ethnologie),  J.-V.  LaBohdk  (Anthropologie  hiologiipie),  André 
I.EFKVKF.  (Klhniigraphie  et  Linguistif|ue),  Ch.  LF.TOU>-KEAir  (Histoire  dr's  civilisations), 
.M  \.N(ii!VhiER  (Anthropologie  physiologique),  MahoL'DEAD  (Anthroptilogie  zoologique), 
SciiKADKli  (Anthropologie  géographique),  H.  Thl'lié,  directeur  de  l'Ecole. 

Abonnement  :  France  el  Étranger,  10  fr.  —  Le  numéro,  1  fr. 

ANNALES  DES  SCIENCES  PSYCHIQUES 

Dirigées    par    le    Dr    DARICZ 

(10'  année.  li<OU> 
Les  ANNALES  DES  SCIENCES  PSTCHIttUES  paraissent  tous  les  deux  mois  par  numéros 
de  quatre  feuilles  in*8  carré  (6i  pHges),  dejyuis  le  15  janvier  1891. 

Abonnement  :  Pour  tous  |iays.  12  fr.  —  Le  numéro.  3  fr   50. 

REVUE   DE    MORALE    SOCIALE 

(l2«*  annéo,  l'.NjO) 

Dirai^teur:  Loois  BRIDEL,  prures.-ieur  a  rUnixerfili*  de  (kmhAo. 

La  Revue  de  Morale  sociale  paraît  tou.s  le»  '4  nioi«i  par  livraison.s  do  x  feuilles  ;in  muin^r. 

Abonnement  :    L'n    au,   10  fr.    —    Le   numéro,   2  fr.   75 

L'année  commence  le  l""^  avril. 


F.  ALCAN.  -  20  - 

BIBLIOTHÈaUË  SCIENTIFIQUE 

INTERNATIONALE 

4 

Publiée  sons  la  direction  de  M.  Emile  ALGLAVE 

La  Bibliothèque  scientifique  internationale  est  une  œuvre  dirigée 
par  les  auteurs  mêmes,  en  vue  des  intérêts  de  la  science,  pour  la  po- 

f Polariser  sous  toutes  ses  formes,  et  faire  connaître  immédiatement  dai  s 
e  monde  entier  les  idées  originales,  les  directions  nouvelles ,  Us 
découvertes  importantes  qui  se  font  chaque  lour  dans  tous  les  pays. 
Chaque  savant  expose  les  idées  qu'il  a  introduites  dans  la  science  et 
condense  pour  ainsi  dire  ses  doctrines  les  plus  originales. 

La  Bibliothèque  scientifique  internationale  ne  comprend  pas  seule- 
ment des  ouvrages  consacrés  aux  sciences  physiques  et  naturelles;  elle 
aborde  aussi  les  sciences  morales,  comme  la  philosophie,  l'histoire, 
la  politique  et  l'économie  sociale,  la  haute  législation,  etc.;  mais  les 
livres  traitant  des  sujets  de  ce  genre  se  rattachent  encore  aux  sciences 
naturelles,  en  leur  empruntant  les  méthodes  d'observation  et  d'expé- 
rience qui  les  ont  rendues  si  fécondes  depuis  deux  siècles. 

Cette  collection  paraît  à  la  fois  en  français  et  en  anglais  :  à  Paris, 
chez  Félix  Alcan;  à  Londres,  chez  C.  Kegan,  Paul  et  O*;  à  New- 
York,  chez  Âppleton. 

Les  titres  marqués  d'un  astérisque*  sont  adoptés  par  le  Ministère 
de  llnstruction  publique  de  France  pour  les  biDliothèques  des 
lycées  et  des  collèges. 

LISTE  DES  OUVRAGES  PAR  ORDRE  D'APPARITION 

93  VOLUMES  IN-8,  CARTONNÉS  A  l'anglaise.  CHÀQDB  VOLUME  :  6  FRANCS. 

1.  J.  TTNDALL.  *  Les  Glaeters  el   îem  Tr«Bflff«rwAtl«Hfl  d«  l*e««, 

avec  figures,  i  vol.  in-8.  S*  édition.  S  fr. 

2.  BAGKHOT.  *  L«ta  «olentlMae*  <!■   dével«»peM«iiit  des  Miêl«M 

dans  leurs  rapports  avec  lea  principes  de  la  sélection  natarelle  et  de 
l'hérédité,  i  vol.  in-S.  6*  édiUon.  S  fr. 

3.  MAREIf.  *  tLm  Maetalne  animale,  locomotion   terreitrt  «t  aérienne, 

avec  di  nombreuses  flg.  i  vol.  in- 8.  6*  édit.  augmentée.  ft  fr 

A.  BAIN.  *  L*E0prll  el  le  Cerps.  i  vol.  in-8.  S*  édiUon.  •  fr. 

5.  PETTIGREW,  *  La  l«»o#ai#ti#ii  ctaea  le«  aBimaas,  marche, natation. 

1  Toi.  iD-8,  avec  figures.  2*  édit.  6  tt. 

S.  HERBERT  SPENCER.* La «eiesee  «eciale.  i  v.  in-8.  i2«édit.        6  fr. 
7    S  ;HMIDT  (0.).  *  E.a  Veseeiidaiiee  de  riieaMae  el  le  »arwlaUBie. 

i  vol.  in-8,  avec  flg.  6*  édition.  6  fr. 

8.  MAUDSLEY.  *  Le  Criase  et  la  FeUe.  i  vol.  in-8.  ft*  édit.  •  fr. 

0.  VAN  BENEDEN.  *  Les   Cemniea^aas   et    les  Parasitée  daae  le 

rèsae  aiilmal.  i  vol.  in-8,  avec  figures,  ti*  édit.  6  fr. 

te.  BALFOUR  STEWART.*La€eBflervatleB  de  réaercle,  suivi  d'urne 

Etude  sur  la  nature  de  la  force^  par  M.  P.  de  Saimt-Rourt,  avec 

figures,  i  vol.  in-8.  6*  édition.  •  fr- 

it. DRAPER,  tieii  Oeafllts  de  la  «eieaee  et  de  la  rettclea.  €  vel. 

in-8.  10"  édition.  6  fr. 

12.  L.  DUHONT.  *Théerie  selentlMiie  «e  U  «eaailillité.  i  vol.  in-8. 

A*  édition.  ft  fr 

13.  SOHUTZENBERGER.  *Ae0  Femeatatlens.  i  vol.   in-8,    avec    fig. 

6«  édit.  8  fr. 

lA.  WHITNEY.  «  La  ¥le  dn  lasisace.  i  vol.  in-8.  A«  édit.  6  fr. 

15.  GOOKE  et  BERKELEY.*  Les  Ohamplcvens.  1  vol.  in-8,  avec  figures. 

k*  édition.  6  fr. 

16.  BERNSTEIN.*  Les  0eM.  1  vol.  in-8,  avec  01  fig.  6«édit.  6  fr. 

17.  BERTHELOT.  *La  «yatkèae  eklml^ae.l  vol. in-8. 8« édit.  8  fr. 


-  2»  -  F.  ALCAN. 

18.  NIKWENGLOWSKI  (H.).  *Mm    pM«t«srapMe    et   la   phst^ehiMle. 

1  ?ol.  ia-8,  avec  gravures  et  une  planche  hors  texte.  6  tr, 

19.  LDY8.  *lte  €erve««  ei  ■••  ff«Beti*B0,  avee  llfurea.  i  vol.  !■-•. 

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20.  STANLEY  IBT0II8.*  I.a  ■■•■■•la  et  U  MéMMiUini^  «•  réaka^c». 

1  vol.  ia*8.  5«  édition.  •  fr. 

21.  F0CH8.  *  liCfl  Tolea^n  et  îem  TrenklanmitA  «•  torra.  1  vol.  in-8, 

avec  flfaroi  et  une  carte  on  couleur.  5"  édition.  •  fr. 

23.  GÉNÉRAL  BRIALMONT.  *  I.aa  Campa  ratra^akéa  ai  laar  rèla 
«•■•  la  tféffaasa  ^iem  fkimU,  avec  fif .  dani  le  texte  et  S  plaa- 
chei  bon  texte.  3*  édit.  Épuisé, 

23.  DI  QOATRKPAGBS.*  L«Eepéeakamai^a.lv.in-8. 13* édit.  «fr. 

24.  BLASERNA  et  HBLMHOLTZ.  *  §m  0a^  et  la  Mairt^aa.  1  vol.  in-8, 

avec  figurei.  5*  édition.  •  fr. 

25.  ROSBNTHAL.  *  !<••  Marito  ai  las  Maflelaa.  1  vol.  in-8,  avec  75  flgu* 

rei.  3*  édition.   Epuisé. 

26.  BRUCKE  et  HELMHOLTZ.  *  rrlaeipaa  aaïa^Mfl^vaa  ûem  kaa«z- 

aria.  1  vol.  in-8,  avec  89  Qguret.  A*  édition.  6  fr. 

27.  WURTZ.  *  La  Tkéarfa  aianl«aa.  1  vol.  in-8.  8«  édition.  6  fr. 
28-29.  SBCCHI  (Lt  père).  *  l.ae  Étailaa.  S  vol.  in-8,  avec  63  figures  dans  le 

texte  et  17  pi.  en  noir  et  en  couleur  hori  texte.  3*  édit.  12  fr. 

30.  J0L7.*  ■.«Hamna  avant  las  nétaaz.  1  v.  in-8,  avec  flg.  é*éd.  Épuisé. 

31 .  A.  BAIN.  *  La  Seienea  de  l'édaeatlan.  1  vol.  in-8. 9°  édit.  6  f^*. 
32-33.  THURSTON  (R.)**  Hleialra  da  la  asacMna  à  vapaar,  précédée 

d'une  Introduction  par  M.  Hiisci.  2  vol.  in-8,  avec  140  flgurea  dani 
le  texte  et  16  planches  hors  texte.  3*  édition.  12  fr. 

34.  HARTMANN  (R.).  *■«••  Paaplae   da  TAfk'iqaa.   1  vol.  in-8,  avec 

figures.  2*  édition.  Épuisé. 

35.  HERBERT  SPENCER.   *  t^em  Basas  da  la  asarala  évalatlanBlela. 

1  vol.  in-8.  6*  édition.  6  fr. 

36.  HUILET.   *  I<'ÉeravlM»a ,  introduction  à  l'étude  de  la  xoologie.  1  vol. 

in-8,  avec  figures.  2^  édition.  6  fr. 

37.  DE  ROBERTT.  *l»a  la  0aelalojja.  1  vol.  in-8.  3*  édition.  6  fr. 

38.  ROOD.  *  Tkéarfa  oeianMA^Ba   dao   eealcani.  1  vol.   iK-8,   avec 

figures  et  une  planche  en  couleur  hors  texte.  2*  édition.  6  fr. 

39.  DE  SAPORTA  et  MARION.  *l<«ÉvalatlaB  da  rècna  vécélal  (les  Cryp- 

togames). 1  vol.  in-8,  avec  figures.  6  fr. 

40-41.  CHARLTON  BASTIAN.  *I<a  Carvaaa,  arcaaa  da  la  panoéa  ehea 

l'hoasma  et ekaa las  anlasaaz.  2vol. in-8,  avec  figures.  2" éd.  12  fr. 

42.  JAMES  SULL7.  *i<m  iilaala^a  daa  memm  et  da  raaprft.  1  vol.  in-8, 

avec  figures.  3*  édit.  6  fr. 

43.  TODNG.  *i«e  0alcil.  1  vol.  in-8,  avec  figures.  Épuisé 

44.  DxCANDOLLE.*  L^Origlaadea  plantas  ealtiveaa.  4*  édition .  1  vol. 

in-8.  tfr. 

45-46.  SIR  JOHN  LDBBOCK.  *  FaarmU,  akalllao  ai  saèpao.  Études 
expérimentales  sur  Torganisation  et  les  mœurs  des  sociétés  d'insectes 
hyménoptères.  2  vol.  in-8,  avec  65  figures  dans  le  texte  et  13  plan- 
ches hors  texte,  dont  5  coloriées.   Épuisé. 

47.  PERRIER  (Edm.).    La  Pkllosophia  Boalasl«aa    avaai  Barwtaa. 

1  vol.  in-8.  3>  édition.  6  fr. 

48.  STALLO.  *I.a  Matière  ai  la  Pkysl^ae  medarBa.  1  vol. in-8.  3*  éd., 

précédé  d'une  Introduction  par  Cb.  Fricdcl.  6  fr. 

49.  MANTEGAZZA.  I.a  PhyelaBamle  et  rExpreMloa  daa  aa^tlnenta. 

1  vol.  in-8.  3*  édit.,  avec  huit  planches  hors  texte.  6  fr. 

50.  DE  MEYER.  *l<es  Orsanaa  da  la  parala  ai  leor  enpiol  paar 

la  farmatla^  des  oobo  da  lancaca.  1  vol.  in-8»  avec  51  figures, 
précédé  d'une  Introd.  par  M.  0.  Claveau.  6  fr. 

51.  DE  LANESSAN.*iBtredaetlaB  à  TÉtade  de  la  boiaBl«ae (le  Sapin.) 

1  vol.  in-8.  2*  édit.,  avec  143  figures  dans  le  texte.  6  fr. 


/ 


F.  ALCAN.  -  ^2  - 

51-51.  DK  SAPORTÀ  et  MARION.  •l.<É¥«latlM  tf«  rèsne  vésélal  (1m 

Phanérofames).  S  vol.  in-8,  avec  1S6  figures.  tS  flr« 

54.  TROQBSSART.  *i<e«  Mler^be»,  le«  Fermeatc  «t  !«■  ■■•talMarcs. 

i  vol.  in-8.  2'édit.,avec  107  figures  dani  le  texte.  6  fr. 

5&.  HARTMANN  (R.).*I.m  Mbcm  «Btkr^p^Mee,  «*  le«r  «rcMUMitl^B 

••■iparée  à  e«lle  de  l^hemiBe.  1  vol.  ia-8,  avec  figurea.  6  fr. 
6t.  SCHMIDT  (0. ).*!<«•  MaMmirèrea  «abs  Icnni  rapporte  mwee  lemwu 

aaeétrefl  sé«l«si«a«s.  i  vol.  iii-8,  avec  51  flguie«,  i  fr. 

17.  BINET  et  ftRÈ.  Le  MasBétisMe  «bImbI.  1  vol.  ifi-8.  A*  édit.  6  fr. 
18-59.  ROMANES.*  li^lBlellisenee  dieeaBlBiaaa.lv.  in-8.  3  édit.  IS  flr. 

60.  F.LAGRANGB.  Phyeleleffle  de«   exerelee*  dM  eerpe.  1  \ol.  ia-8. 

7*  édition.  •  flr. 

61.  DREYFUS.*  Évelatlea  des  neadee  et  ded  eeeléléa.  1  voi.  in-8. 

S«  édit.  6  fir. 

62.  DAUBRÊK.  *  Lee  Wkégtmnm  lavUilMe*  da   sietoe   et  dea  eapaeefl 

eéleetea.  1  vol.  in-8,  avec  85  flg.  danile  texte.  S*  édit.  6  f)r. 

68-64.  SIR  JOHN  LUBBOCK.  *  L*HeinMe  préklatorf^Be.  S   voi.    in-8, 

avec  228  figures  dans  le  texte.  A^  édit.  12  fr. 

66.  RICHET  (Ch.).  La  Chaleur  aalasaie.  1  vol.  ia-8,  avec  figures.      6  fr. 

66.  FALSAN  (A.).  *I«a  Pérfede  claelalre  priaelpaleaseat  ea  rraBee  et 

ea  Saleee.  1  vel.  in-8,  avec  405  figurer  et  2  cartes.  Épuisé, 

67.  BEAUNIS  (H.).  E.ea  SeasatleBs  latemee.  1  vol.  in-8.  6  fir. 

68.  GARTAILHAC  (B.).  I4i  Fraaee  préMaterf^uc,  d'après  les  sépnltores 

et  les  monumecls.  1  vol.  in-8,  avec  162  figures.  2'  édit.  6  tt. 

60.  iERTHELOT.*i<aaévolatleBelilaiUae,I.atotHier.l  voi.  in-8.  6  flr. 

70.  SIR  JOHN  LDBBOCK.    *  Les  «eae  et  Tlaetlnct  ehea  les  aalosaaz, 

principalement  ches  les  insectes.  1  vol.  in-8,  hvbc  150  figures.     6  fr. 

71.  STARGRE.  *I.a  Famille  primitive,  i  vol.  in  8.  6  fr. 

72.  ARLOING.  *  Le*  vira*.  1  vol.  in-8,  avec  figures.  6  fr. 
78.  TOPINARD.  *  L'Homme  «aae  la  Matnre.  1  vol.  in-8,  avec  fig.     6  fr. 

74.  BINET  (Alf.).*I.ee  Altérailone  delà  perA«nnaUté.  1  vol.  in-8, avec 

figures.  6  fr. 

75.  DE  QDATREFAGES  (A.).  *l»arwlB  et  ses  préeureeora  ffraBçala.  1  vol. 

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76.  LEFtVRE  (A.).  *  w.en  Raee«  et  les  laaffues.  1  voL  in-8.  6  fr. 
77-78.   DE  QUATREFAGES.  *  Lee  Emules  de  DarwlB.  2  vol.  in-8,  avec 

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70.  BRUNAGHE  (P.].*I.eCeBtre  de  l\%m«ue,  Aatear  daTelmd.  1  vol. 

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80.  ANGOT  (A.).  *TLem  Aurore*  polaireH.  1  vM.  in-8,  avec  figures.    6  fr. 

81.  JACGARD.  *Lo  pétrole,  le  bitume  et  r«.«plMilte  an  point  de  vne 

géologique.  1  vol.  in-8,  avec  figures.  6  fr. 

82.  MEUNIER(Stan.).=^iACiéolosioeomparce.  i  vol. in-8,  avecfig.  6  fr. 
88.  LE  DANTEC.  ^Théorie  nouvoilo  de  la  vIo.  1  vol.  in-8.  2'  éd.  6  fr. 
8A.  DE  LANESSAN.*  Prineipeii  de  coloalNottoa.  1  vol.  in-8.  6  fr. 

85.  DËMOOR,  HASSART  et  VANDERVELDE.  *l.\-volutloB  récreiMlve  ea 

Moioffie  et  en  «oclolOffie.  1  vol.  in-8,  avec  gravures.  6  fr. 

86.  MORTILLET  (G.  de).  *rormatlon  de   In    .ITatloa  rraaçalae.  1   vol. 

in-8,  avec  150  gravures  et  18  cartes.  2-  é<lit.  6  fr. 

87.  ROGHÊ  {G.).*tM  Culture  deM  MerN  (piscif:icture,  pisciculture,  ostréi- 

culture). 1  vol.  in-8^  avec  81  gravures.  6  fr. 

88.  GOSTANTIN(J.).'^Lefi  Tésélau^  et  Icm  Mllicas   cooml«ae«  (adap- 

tation, évolution).  1  vol.  iii-8,  avec  171  gravures.  6  fr. 

89.  LE  DA?ITPC.i«'évolutioB  Individuelle  et  rbérédité.  1vol. in-8.  6  fr. 

90.  GLIGNET   et   GÂRNlER.*La  Céramique  aneleaae   et    moderne. 

i  vol.  avec  gPîiv.  6  fr. 

91.  GKXLÉ  (E.-M.).  i<«audltionet  mou  orsaneo.  1  v.in-8,  avec  grav.  6  fr. 

92.  MKUNIER (St.).  i.aC;éolofcie expérimentale.  Iv.in-S,  avecgrav.  6  fr. 

93.  COSTANTIN  (J.).  La  liature  tropleale.  1  vol.  in-8,  avec  gitiv.  6  fr. 


-  23  -  F.  ALCAN. 

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Laa  Gonllits  de  la  acience  et  de  la  religion,  par  Dr4pe&,  professeur  à 
rUiiiversité  de  New-York.  1  vol.  in-8.  8*  édit.  6  fr. 

*  Le  Grimf  et  la  Folie,  par  H.  Maddslet,  professeur  de  médecine  légale 
à  rUniversité  de  Londres.  1  vol.  in-8.  5*  édit.  6  fr. 

*  La  Monnaie  et  le  Mécaniime  de  réchange,  par  W.  Stanlet  Jsvolis» 
professeur  i  TUniversité  de  Londres.  1  vol.  in-8.  5*  édit.  6  fir. 

*  La  Sociologie,  par  de  Robertt.  1  vol.  in-8.  3*  édit.  6  fr. 

*  La  Science  de  Tédncation,  par  Alex.  Bain,  professeur  à  rUoiversité 
d'Aberdeen  (Ecosse).  1  vol.  in-8.  U*  édit.  6  fr. 

*  Lois  icientinqnei  du  développement  dei  nationi  dans  leurs  rapports 
avec  les  principes  de  rhérédite  et  de  la  sélection  naturelle,  par  W.  Ba- 
fiEHOT.  1  vol.  in-8.  G*  édit.  ^  6  fr. 

*  La  Vie  dn  langage,  par  D.  Whitnet,  professeur  de  philologie  comparée 
à  Yale-College  de  Boston  (États-Unis).  1  vol.  in-8.  3*  édit.  6  tr. 

*  La  Famille  primitive,  par  J.  Stabcke,  professeur  à  rUniversité  de  Copen- 
haçae.  1  vol.  in-8.  6  tr. 

*  Principes  de  colonisation,  par  J.-L.  de  Lanessan,  prof,  à  la  Faculté  de 
MtMli'cine  de    Paris,  ancien  j;ouverneur  «le    Tlndo-Cliine,  1  vol.  in-8.  6  fr. 

PHYSIOLOGIE 

*  Lei  lUnsioni  dei  leni  et  de  Teiprit,  par  James  Sullt.  1  v.  in-8.  î*  édit.  6  fr. 

*  La  Locomotion  chei  les  animaux  (marche,  natation  et  vol),  par  J.-B.  Pet- 
TI6REW,  professeur  au  Collège  royal  de  chirurgie  d'&dirabourg  (Ecosse). 
1  vol.  in-8,  avec  140  figures  dans  le  texte.  2*  édit.  6  fr. 

*  La  Machine  animale,  par  E.-J.  Maret,  membre  de  Tlnstitut,  prof,  an 
Collège  de  France.  1  vol.  in-8,  avec  117  figures.  6*  édit.  0  fr. 

*  Lei  Seni,parBERNSTEiN,  professeur  de  physiologie  à  rUniversité  de  Halle 
(Prusse).  1  vol.  in-8,  avec  91  figures  dans  le  texte.  4*  édit.  6  fr. 

*  Lei  Organei  de  la  parole,  par  H.  de  Meter,  professeur  à  rUniversité  de 
Zurich,  traduit  de  rallemand  et  précédé  d'une  introduction  sur  VBnui- 
gnement  de  la  parole  aux  sourtU-muets,  par  0.  Claveau,  inspecteur  géné- 
ral des  établissements  de  bienfaisance.  1  vol.  in-8,  avec  51   grav.   6  fr. 

La  Physionomie  et  l'Expreiaion  dei  ientimenti,  par  P.  Mantegaxza, 

Professeur  au  Muséum  d'histoire  naturelle  de  Florence.  1  vol.  in-8,  avec 
gures  et  8  planches  hors  texte.  3*  édit.  6  fr. 

*  Physiologie  des  exercices  dn  oorps,  par  le  docteur  F.  Lagrangb.  1  vol. 
in-8.  7*  édit.  (Ouvrage  couronné  par^  l'Institut.)  6  fir. 

La  Ghalenr  animale,  par  Ch.  Richet,  professeur  de  physiologie  à  la  Faculté 

de  médecine  de  Paris.  1  vol.  in-8,  avec  figures  dans  le  texte.  6  fir. 

Lei  Sensations  internes,  par  H.  Beaunis.  1  vol.  in-8.  6  lir. 

*  Les  Virus,  par  M.  Arloikg,  professeur  i  la  Faculté  de  médecine  de  Lyon, 

directeur  de  l'école  vétérinaire.  1  vol.  in-8,  avec  fig.  6  fr. 

*  Théorie  nouYelle  de  la  vie,  par  F.  Le  Dantec,  docteur  es  sciences,  1  vel. 

in-8,  avec  figures.  6  fr. 

L'évolution  individuelle  et  l'hérédité,  par  le  même.  1  vol.  in-8.  6  fr. 
L'audition  et  ses  organes,  par  le  Doct'  £.-M.  Gellê,  membre  delà  Société 

de  biologie.  1  vol.  in-8  avec  grav.  6  fr. 

PHILOSOPHIE    SCIENTIFIQUE 

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cine, médecin  de  la  Charité.  1  vol.  in-8,  avec  fig.  7*  édit.  6  fr. 

*  Le  Gervean  et  la  Pensée  ohei  Thomme  et  les  animanz,  par  Charltor 
Bastian,  professeur  à  l'Université  de  Londres.  %  vol.  in-8,  avec  184  fig.  dans 
le  texte,  v  édit.  12  fr. 


F.  ALCAN. 


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dres. 1  vol.  in-8.  6*  édit.  6  fr. 
L*Efprit  et  le  Gorpi,  considérés  au  point  de  vue  de  leurs  relations,  suivi 
d'études  sur  les  Srreurt  généralement  ripanduet  au  sujet  de  Vetprit,  par 
Alex.  Bain,  prof,  à  l'Université  d'Aberdeen  (Ecosse).  Iv.  in-8.  6*  éd.    6  fr. 
Théorie  fGienUflqae  de  la  feniibilité  :  le  Plaisir  et  la  Peine,  par  Léon 
Ddhont.  1  vol.  in-8.  3«  édit.  6  f^. 
La  Matièrt  et  la  Physique  moderne,  par  Stallo,  précédé  d'une  pré- 
face par  M.  Ch.  Friedel,  de  l'Institut.  1  vol.  in-8.  2*  édit.  6  fr. 
La  Magnétiime  animal,  par  Alf.  Binet  et  Gh.  FtRt.  1  vol.  in-8,  avec  figures 
dans  le  texte.  4*  édit.  6  fr. 
L'IntelUgenco  dei  animaux,  par  Romanes,  i  v.  in-8.  2*  éd.  précédée  d'une 
préface  de  M.  E.  Perrier,  prof,  au  Muséum  d'histoire  naturelle.             ii  fr. 
L'Evolution  des  mondes  et  des  sociétés,  par  G.  Dreyfus.  In-8.      6  fr. 
L'évolution  régressive  en  biologie  et  en  sociologie,  par  Demoor,  Mas- 
SART  et  VANDËRVELDE,prof.  des  Univ.  de  Bruxelles.  1  v. in-8,  avec  grav.  6  fr. 
Las  Altérations  de  la  personnalité,  par  Alf.  Binet,  directeur  du  labo- 
ratoire de  psychologie  à  la  Sorbonne.  In-8,  avec  gravures.  6  f^. 

ANTHROPOLOGIE 

L'Espèce  humaine,  par  A.  de  Quatrefages,  de  l'Institut,  professeur  au 
Muséum  d'histoire  naturelle  de  Paris.  1  vol.  in-8. 12*  édit.  6  fr. 

Ch.  Darwin  et  ses  précurseurs  français,  par  A.  de  Quatrefages.  i  v. 
in-8.  2*  édition.  6  fr. 

Les  Émules  de  Darwin,  par  A.  de  Quatrefages,  avec  une  préface  de 
M.  Edh.  Perrier,  de  l'Institut,  et  une  notice  sur  la  vie  et  les  travaux  de 
l'auteur  par  E.-T.  Hahy,  de  Tlnstitut.  2  vol.  in-8.  *     12  fir. 

Los  Singes  anthropoïdes  et  leur  organisation  comparée  à  celle  de  l'homme, 

^lar  R.  Hartmann,  prof,  à  l'Univ.  de  Berlin.  1  vol.  in-8,  avec  63  flg.  6  fr. 
'Homme  préhistoriane,  par  Sir  John  Lubbock,  membre  de  la  Société  rovale 
de  Londres.  2  vol.  in-8,  avec  228  gravures  dans  le  texte.  3*  édit.  12  fr. 

La  France  préhistorique,  parE.  Gartailbac.  ln-8,  avec  150  gr.2*édit.  6  fr. 

'  L*Homme  dans  la  Nature,  par  Topinard,  ancien  secrétaire  général  de  la 
Société  d'Anthropologie  de  Paris.  1  vol.  in-8,  avec  101  gravures.  6  fr. 
Las  Races  et  les  Langues,  par  André  Lefèvre,  professeur  à  l'École  d'An- 
thropologie de  Paris.  1  vol.  in-8.  6  fr. 
La  centre  de  l'Afrique.  Autour  du  Tchad,  par  P.  Brunacbe,  adminis- 
trateur à  Aïn-Fczza  (Algérie).  1  vol.  in-8,  avec  gravures.  6  fr. 
Formation  de  la  Nation  française,  par  G.  de  Mortillet,  professeur 
à  TËcole  d'Anthropologie.  In-8,  avec  150  grav.  et  18  cartes.  !*•  édit.  6  fr. 

ZOOLOGIE 

La  Descendanoe  de  l'homme  et  le  Darwinisme,  par  0.  Schhidt,  pro- 
fesseur à  l'Université  de  Strasbourg.  1vol.  in-8,  avec  figures.  6*  édit.  é  fr. 
Les  Mammifères  dans  leurs  rapports  avec  leurs  ancètrts  géologiques, 

^lar  0.  SCHMIDT.  1  vol.  in-8,  avec  51  figures  dans  le  texte.  6  ir. 

es  Sens  et  l'instinct  chez  les  animaux,  et  principalement  chex  les  iu- 
sectcR,  par  Sir  JoHif  Lubrock.  1  vol.  in-8  avec  grav.  6  fr. 

L'Écreyisse, introduction  à  l'étude  de  la  zoologie,  par  Th. -H.  Hdxlet,  mem- 
bre de  la  Société  royale  de  Londres.  1  vol.  in-8,  avec  82  grav.  6  tr. 
Les  Commensaux  et  les  Parasites  dans  le  règne  animal,  par  P.-J.  Var 
Beneden,  professeur  à  l'Université  de  Louvain  (Belgique),  i  vol.  in-8,  avec 
82  figures  dans  le  texte.  3*  édit.  6  fr. 

La  Philosophie  zoologique  avant  Darwin,  par  Edmond  Perrier,  de  l'Ins- 
titut, prof,  au  Muséum.  1  vol.  in-8. 2*  édit.  6  fr. 
'  Darwin  et  ses  précurseurs  français,  par  A.  de  Quatrefages,  de  l'Institut. 
■  1  vol.  in-8.  2- édit.                                                                                        6  fr. 
'^  La  Culture  des  mers  en  Europe  (Pisciculture,  piscifacture,  ostréiculture), 
par  G.  RocifÉ,  insp.  g«^,n.  des  pêches  maritimes.  In-8,  avec  81  grav.      6  fr. 

BOTANIQUE  -  GÉOLOGIE 

*  Les  Champignons,  par  CooKE  et  Berkeley,  iv.  in-8,  avec  110  fig.V  éd.  6  fr. 

*  L'Évolution  du  règne  végétal,  par  G.  de  Saporta  et  Marion,  prof,  à  la 
Faculté  des  sciences  de  Marseille  : 

*  I.  Les  Cryptogames.  1  vol.  in-S,  avec  85  figures  dans  le  texte.  6  fr. 

*  11.  Les  Phanérogames.  2  vol.  in-8,  avec  136  fig.  dans  le  texte.  12  fr. 

*  Les  Volcans  et  les  Tremblements  de  terre,  par  Fochs,  prof,  à  lUniv. 
de  Heidelberg.  1  vol.  in-8,  avec  3(>  fi;;.  G*  éd.  et  une  carte  en  couleurs.  6  fr. 


-  25  -  F.  ALCAN. 

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1  vol.  in-8,  avec  1U5  gravures  et  2  cartes  hors  texte.  Epuisé. 
^  Lea  Régions  invisiblai  da  globe  tt  dea  eapacai  céleataii  par  ▲.  Daubréi, 

de  rinstitut.  1  vol.  in-8,  2*  édit.,  avec  89  gravures.  6  lir. 

^Le  Pétrole,  le  Bitume  et  l'Asphalte,  par  M.  Jaccard,  professeur  à  TAca- 

démie  de  Neuch&tel  (Suisse).  1  vol.  in-8,  avec  figures.  6  tt. 

*  L'Origine  des  plantes  cultivées,  par  A.  de  Candolle,  correspondant  de 

rinstitut.  1  vol.  in-8.  A*  édit.  6  fr. 

*  Introduction  à  Tétude  de  la  botanique  {U  Sapin)^  par  J.  de  LAiiEssAiiy 

professeur  agrégé  à  la  Faculté  de  médecine  de  Paris,  i  vol.  in-8.  2*  édit., 
avec  figures  dans  le  texte.  6  tr. 

*  Microbes,  Ferments  et  Moisissnres,  par  le  docteur  L.  Teodessart.  1  vol. 
in-8,  avec  108  figures  dans  le  texte.  2*  édit.  6  fr. 

*  La  Géologie  comparée,  par  Stanislas  Meunier,  professeur  au  Muséum. 
1  vol.  in-8,  avec  fiisures.  6  fr. 

'^  Les  Végétaux  et  les  milieux  cosmiques  (adaptation,   évolution),   par 

J.  GosTANTiN.  iiKiitre  de  conférences  à  l'Ecole  normale  supérieure.  1  vol. 

in-8,  avec  171  gravures.  6  fr. 

La    Géologie    expérimentale,   par    Stanislas    Meunier,   professeur   au 

Muséum.  1  vol.  in-8,  avec  fig.  6  fr. 

La  Nature  tropicale,  par  J.  Costantin.  maître  do  conférences  à  TÊcole 

normale  sup(*rieure.  1  vol.  in-8,  avec  llg.  6  fr. 

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*  La  Synthèse  chimique,  par  M.  Berthelot,*  secrétaire  perpétuel  de 
TAcadémie  des  sciences.  1  vol.  in-8. 8*  édit.  6  fr. 

*  La  Théorie  atomione,  par  Ad.  Wurtz,  membre  de  l'Institut.  1  vol. 
in-8. 8*  édit.,  précédée  d'une  introduction  sur  la  Vie  et  les  Travaux  de  Tau- 
teur,  par  M.  Gh.  Friedel,  de  l'Institut.  6  fr. 

La  RéYOlution  chimique  (Lavoisier),  par  M.  Rerthelot.  1  vol.  in-8.  6  fr. 

*  La  Photographie  et  la  Photochimie,  par  U.  Niewenglowski.  1  vol. 
avec  gravures  et  une  planche  hors  texte.  6  fr. 

ASTRONOMIE  -  MÉCANIQUE 

*  Histoire  de  la  Machine  A  vapeur,  de  la  Locomotive  et  des  Bateaux  à 
vapeur,  par  R.  Tbukston,  professeur  à  rinstitut  technic^ue  de  Hoboken, 
près  de  New-York,  revue,  annotée  et  augmentée  d'une  introduction  par 
M.  HiRSGH,  professeur  à  l'Ecole  des  ponts  et  chaussées  de  Paris.  2  vol.  in-8y 
avec  160  figures  et  16  planches  hors  texte.  3*  édit.  1i  fr. 

*  Les  Etoiles,  notions  d'astronomie  sidérale,  parle  P. A.  Secchi«  directeur 
de  l'Observatoire  du  Collège  Romain.  2  vol.  in-8,  avec  68  figures  dans  le 
texte  et  16  planches  en  noir  et  en  couleurs.  2*  édit.  12  fr. 

*  Les  Aurores  polaires,  par  A.  Angot,  membre  du  Bureau  central  météorolo* 
gique  de  France.  1  vol.  in-8  avec  figures.  6  fr. 

PHYSIQUE 

La  Conservation  de  l'énergie,  par  Balfodr  Stewart,  prof,  de  physique  au 
collètjce  Owens  de  Manchester  (  Angleterre).  1  vol.  in-8  avec  flg.  6*  édit.    6  fr. 

*  Les  Glaciers  et  les  Transformations  de  Tean,  par  J.  Ttndall,  sniv. 
d'une  étude  sur  le  même  sujet,  par  Uelhboltz,  professeur  à  TOniversité 
de  Berlin.  1  vol.  in-8,  avec  fig.  et  8  planches  hors  texte.  5*  élit.  6  fir. 

*  La  Matière  et  la  Physique  moderne,  par  Stallo,  précédé  d'une  préface 
par  Ch.  Friedel,  membre  de  l'Institut.  1  vol.  in-8.  3*  édit.  6  fr. 

THÉORIE  DES  BEAUX-ARTS 

•Le  Son  et  la  Musique,  par  P.  Blaserna,  prof,  à  l'Université  de  Rome,  prof, 
à  l'Université  de  Berlin.  1  vol.  in-8,  avec  41  fig.  5*  édit.  6  fr. 

*  Principes  scientifiques  des  Beaux-Arts,  par  E.  Brdcke,  professeur  à 
rUniversité  de  Vienne.  1  vol.  in-8,  avec  fig.  4*  édit.  6  fr. 

*  Théorie  scientifique  des  couleurs  et  leurs  applications  aux  arts  et  à 
Tindustrie,  par  0.  N.  ROOD,  professeur  à  Golombia-Gollege  de  New- York, 
t  vol.  in-8,  avec  130  figures  et  une  planche  en  couleurs.  6  fr. 

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tures à  la  Manufacture  des  Gobelins,  et  Garmier,  directeur  du  MusOe  de  la 
Manufacture  de  Sèvres.  1  vol.  in-8,  avec  grav.  6  fr. 


F.  ALCAN.  -  26  - 

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—  PMIoMopMe  Morale  et  politique,  iii-8.  1893.  7fr.  50 

—  Tliéorie  de  rame  kanalne.  1  vol.  in-8.  1895.  10  tt,  (Voy.  p.  S.) 
ALTMEYER  (J.-J.)-  i^*  Préeuroearo  tfe  la  réforme  aaz  Payo-Baa. 

S  forts  volumeg  iii-8.  12  fr. 

AMIABLE  (Louis).  Une  lo^e  maçonnique  d'avant  19tl9.  1  v.  in-8.  6  fr. 
ANS! AUX  (M.).  HeureM  de  travail  et  iialaireM^  étude  sur  ramélioration 

directe  de  la  condition  des  ouvriers  industriels.  1  vol.  in-8. 1896.  5  fr. 
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BAETS  (Abbé  M.  de).  Loh  Banes  de  la  morale  et  du  droit.  In-8.  6  fr. 
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BALFOUR  STEWART  et  TAIT.  L'Vnivero  invl»ltole.  1  vol.  in-8.  7  fr. 
BARNi.  Len  Martym  de  la  llkre  peniiée.  1  vol.  in-18. 2*  édiU  S  fr.  50 
lARTBÉLEMY-SAlNT-HILAlRE.  (Voy.  pages  5  et  10,  Aristote.) 

—  *Vletor  Couoln,  sa  vie,  sacorrespoudance.  3  vol.  in-8.  1895.  30  fr. 
BEAUMUM  (G.  de).  Parolen  d'un  ilvant.  Préface  de  M.  Erkest  Naville. 

1  vol.  in-8  avec  2  portraits  et  notice  biogr.  1900.  5  fr. 

BEAnNIS(H.).  impreoMlono  de  eampasne  (1870-1871).  In-18.  S  fr.  50 
BERTAULD  (P. -A.).  Positivisme   et  phlIoHophle  aelentUlque.  1  vol. 

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BERTON    (H.),    docteur    en     droit.    l/évolutlon    conotilutlonnelle   du 

■econd  empire.  Doctrines,  textes,  hisloire.  1  fort  vol.  in-8.  1900.  12  fr. 
BLONDEAU(C.).  L^uImmiIu  et  na  loi  eonmitutlve.  1  vol.  in-8. 1897.  6  fr. 
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BOUSRKZ    (L.).    L'Anjou   aux    â^es  de   la   Pierre   et   du    Bronse. 

1  vol.  gr.  in-8,  avec  pi.  h.  texte.  1897.  3  fr.  50 

BOUTROUX  (Em.).  *De  ridée  de  loi  naturelle  dans  la  science  et  la 

phiioMophio.  1  vol.  in-8.  1895.  2  fr.  50.  (V.  p.  2  et  6.) 

BRASSEUR.  La  question  sociale.  1  vol.  in-8.  1900.  7  fr.  50 

BROOKS  ADAMS.  La  loi  de  la  civilisation  et  de  la   décadence,    et 

loi  historique.  1  vol.  in-8,  trad.  Aug.  Dietrich.  1899.  7  fr.  50 

BUNGE    (N.-Ch.).     Esquisses    de    lltlérature    politico-économique. 

1  vol.  in-8.  1898.  7  fr.  50 

GARDON  (G.).  *Les  Fondateurs  de  rcniversité  de  Douai,  in-8.  10  fr. 
CLAMAGERAN.  La  aéaction  économique  et  la  démocratie.  In-18. 1  fr.  25 

—  La  luite  contre  le  mal.  1  vol.  in-18.  1897.  3  fr.50 
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C0LL1GN0N(A.).  *INderot,  sa  vie  et  sa  correspondance.  In-12.  1895. 1  fr.  50 
GOMBARIEU  (J.).  *Les  rapports  delà  musique  et  de  la  poésie  consi- 
dérés au  point  de  vue  de  l'expression.  1893.  1  vol.  in-8.                7  fr.  50 


-  «7  -  F.  ALCAN. 

COSTE  (Ad.).  HyslèBe  ■••laie  ••«*!«  !•  pAspérlsMe.  I11-8.  6  flr. 
— *  M^aTol  e^pmaé  tf*éc^a^iiito  p^lKl^ae  et  die  pkyslel^Ble  ■••laie. 

In-18.  3  fr.  50  (Voy.  p.  S,  6  et  3S.) 

COUTURâT  (Louis).  *»e  rinflal  methémett^ae.  In-8.  1896.  12  fr. 

DADRIÀG.  Creyaa^e  et  réalité,  i  vol.  în-l8.  1889.  S  fr.  50 

—  lie  Réallmne  «e  ReM.  In-8.  i  fr.  (V.  p.  2.) 
DAUZAT  TA.),  docteur  en  droit.  M  Rèle  «es  ehamtoreu  ea  nallère 

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DENëUS.   De  la  réserve  héréditaire  de«  eafaste.    In-8.  5  fr. 

DtNiS  (Abbé  Ch.).  Es^alMe  d^aae  apelo^le   da  Chrfiitlaalvne  daa* 

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—  Tome  II.  Eve  daim  l'hnmaalté.  —  TLem  droltn  de  reniant.  — 
Tome  III.  Meii  prinelpes  et  nés  mœnrH.  —  L'anelen  devant  le 
nonrean.  —  Tome  IV.  Lettre  an  elerfé  llrançalii.  Peléml^ne 
relinieufie.  Chaque  volume  3  fr.  50 

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DESPAUX.  Cienèse  de  la  mallére  et  de  Ténersle.  ln-8.  1900.  4  fr. 
DOl'HËRRT.  Idéologie,  discours  sur  la  philos,  prem.  Jn-18.  1900.  1  fr.  25 
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—  Essais  éeonoml^ues.  1  vol.  in-8.  1896.  7  fr.50 

—  La  démoeratle  rédéraUve  et  le  socialisme  d*État.  In-12.  1  fr. 
DURUG  (P.).  *  Essai  sur  la  méthode  en  métaphysique.  1  vol.  io-8.  5  fr. 
DUGAS  (L.).  «L'amitié  antique.  1  vol.  in-8.  1895.  7  fr.  50  (V.  p.  2.) 
DUNAN.  *mar  les  formes  *  priori  de  la  senslhlllté.  1  vol.  in-8.   5  fr. 

—  Eénon  d*Êlée  et  le  mouvement.  In-8.  1  fr.  50  (V.  p.  2.) 
DUPIY  (Paul).  Les  rendements  de  la  morale,  ln-8.  1900.  5  fr: 
DUVEKGIER  DE  HADRANNE  (M-*  E.).  Histoire  populaire  de  la  Réva- 

lutlon  fk>ançalse.  1  vol.  in-18.  5*  édit.  S  fr.  50 

éléments  de  selenee  seelale.  1  vol.  in-18.  4*  édit.  1  fr.  50 

ESPI?IAS(A.).  *Les  Origines  de  la  technologie.  1  vol.  in-8. 1897.  5  fr. 
FEDKRIGI.  Les  Lois  du  progrès.  2  vol.  in-8.  Ghacun.  6  fr. 

FERRf.RE  (F.).  La  situation  relIsUuse  de  TArrl^ne  romaine  depuis 

la  fin  du  IV' siècle  jusqu'à  l'invasion  des  Vandales.  1  v.  in-8.  1898.  7  fr.  50 
PERRI&RE  (Em.).  Les  Apètres,  essai  d'histoire  religieuse.  1  vol.  in-12.  Afr.  50 

—  L*Ame  est  la  fonetion  du  eervean.  3  volumes  in-18.  7  fr. 

—  Le  Pasanisme  des  Héhrenx  Jns^u*à  la  captivité  de  Rahylone. 
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—  La  cauMO  première  d*aprèslesdonnéesexpérlm.ln-18. 1896. 3 fr.50 

—  Étymolofcie  de  M9m  prénoms  usités  en  France.  1  Vol.  in-18. 
1898.  1  fr.  50  (Voy.  p.  10  et  32). 

FLKURY   (Maurice   de).   Introduction   A    la    médecine    de    TEsprlt. 

1  vol.  in-8.  G"  éd.  1900.  7  fr.  50  (V.  p.  3.) 

FLOURNOY.   Des  phénomènes  de  synopsie.  ln-8.  1893.  6fr. 

—  Des  lii«loM  A  la  planète  Mars.  Etude  sur  un  cas  dn  somnambulisme 
avec  jçlossolalie.  1  \ol.  in-8,  avec  grav.  3*  éi\.  I90().  8  fr. 

FRÊDËKICQ  (P.),  pror.  à  l'Univ.  de  Gand.  L'Ennelffnemcnt  supérieur 
de  raistoire.  Allemagne,  France,  Ecosse,  Angleterre.  Holliinde,  Belgique. 
In-8.  1899.  7  fr. 

GOBLET  D'ALVIELLA.  L*ldée  de  Dieu,  d'après l'anthr.  etrhistoire.In-8. 6fr. 

—  La  reprénenCatlon  proportionnelle  en  Belgique.  Histoire  d'une 
réforme.  1900.  &  fri  50 

GOURD.   Le  Phénomène,  i  vol.    in-8.  7  fr.  50 

GREEF  (Guillaume  de),  introduction  à  la  Sociologie.  S  vol.  in-8.  10  fr. 


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F.  ALCAN.  -  28  - 

GREEF  (Guillaume  de).  I/év«latloB  des   eroyaneeii  et  deii  doeliinefl 

politiques,  i  vol.  m-12.  1895.  à  fr.  (V.  p.  7.) 

GRIMAUX  (Ed.).  ^liAYoïfiier  (17&8-179d),  d'après  sa  correspondance  et 

divers  documents  inédits^  i  vol.  gr.  in-8,  avec  gravures.  3*  éd.  1898.  15  fr. 
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GUTAU.  Vem  d'aa  phliofieplie.  In-t8.  3'  cdil.  S  fr.  50  (Voy.  p.  3,  7  et  10.) 
6YEL(le  D^  E.).  L'être  nuliceaseieat.  1  vol.  in-8.  1899.  d  fr. 

HALLEDX  (J.).  Ven  prlnelp<Mi  du  ponicivliime  eontomporala,  exposé  et 

critique.  (Ouvrage  récompensé  par  Tlnstiiut).  1  vol.  in-12.  1895.  3  fr.  50 
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dpeiê  de  la  rermation  des  raees.    1   vol.  in-18.  1898.  2  Tr. 

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Trad.  de  l'allem.  par  L.  Arbbat,  avec  grav.et  34  pi.         8  fr.  (Voy.  p.  7.) 

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HOGQUART  (E.).  L\%rt  de  Ju^er  le  caractère  des  kommes  snr  leur 

fcHturej  picfacede  J.  Créheux-Jahi.n.  Br.  in-8.  1898.  1  fr. 

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adapté  du  hongrois  par  J.  Kont.  (îr.  in-8.avrc  gr.  1900.  Br.  10 fr.  Uel.  I5fr. 
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KAUFMAN.  Ktude  de  la  cause  finale  cl  son  Importance  an   Cenrpji 

présent.  Trad.  de  Tallem.  par  Deiber.  In-12.  1898.  2  fr.  50 

RINGSFORD  (A.)  et  MAITLAND  (E.).  Mm  ¥ole  parfaite  ou  le  Christ  éso- 

térique,  précédé  d'une  préface  d*Edouard  Schure.  1  vol.  in-8.  1892.  6  fr. 
KUFFERATM  (Maurice).  Musiciens  et  philosophes.  (Tolstoï,  Schopen- 

hauer,  Nietz^Echo,  Richard  Wagner).  1  vol.  in-12.  1899.  3  fr.  50 

KUMS  (A.).  '-Xen  choses  naturelles  dans  Homère.  1  vol.  in-8. 1897.  5  fi*. 

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devant  la  psychologie  morbide,  i  vol.  in-18.  S  flr.  50 

LAYELEYE  (Em.  de).  De  Tavenlr  des  peuples  catholiques,  ln-8.  26  c. 

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—  KssalseC  Ktudes.  Première  série  (1861-1875),  —  Deuxième  série  (1875- 
1882).  —  Troisième  série  (1892-1894).  Chaque  vol.  in-8.  7  fr.  50 

LÉGER  (G.).  La  lltoerté  intéfcrale.  1  vol.  in-i2.   1896.  1  fr.  50 

LETAINTURIER  (J.).  Le  socialisme  devant  le  bon  sens,  in-18.  1  fr.  50 

LEVY  (Albert).  "^PMyAioloffle  du  caractère,  ln-8.  1896.  5  fr. 

LIGHTENBERGEIUA.)-  i'C<  socialiNme  au  ILVIII* siècle.  Les  idées  socia- 
listes dans  les  écrivains  français  au  xviii*  siècle,  lu- 8.  1895.         7  fr.  50 

MABILLEAU  (L.).  ^iilutolrc  de  la  philosophie  atomistique.  1  vol.  in-8. 
1895.  (Ouvrage  couronné  par  Tlnstitut.)  12  fr. 

MAINDRON  (Ernest).  *LV%cadémie  des  sciences  (Histoire  de  TAcadémie; 
fondation  de  Tlnslitut  national  ;  Bonaparte,  membre  de  Tlnstitat).  In-8  ca- 
valier, 53  grav.,  portraits,  plans.  8  pi.  hor»  texte  et  2  antographei.    12  tr, 

MALCOLM  MAC  GOLL.  Le  «Jinltun  et  les  grandes  puIsMinces,  essai 
hi>loriqiJt%   Iraiiuct.  de.   Jean  LoNGDKT.    1  \o\.  in-8.   1899.  5  fr. 

MANACtiNE  (>l|Lrie  de).  L'anarchie  pasMire  et  ToIaCoI.  ln-18.  2  fir. 

B1ARSAUGHE(L.).  La  Conrédéralion  helvétique  d*après  la  constitu- 
tion, préface  de  M.  Frédéric  Passy.  1  vol.  in-18.  1891.  3  tr.  50 

MATAGRIN.  —  L'esihéiique  de  Loixe.  1  vol.  in-12.  1900.  2  fr. 

MATTKUZZl.  —  [.es  farte  un*  de  l'évolution  des  peuples.  1  vol.  in-8. 
1900.  6  fr. 


-  «9  -  F.  ALCAN 

MERCIER  (Mgr).  I.e«  •rlglBe*  ««  la  psych.  «•■«cinp.  Ia-12. 1898.  5  fr. 
•^  La  BéflalUan  »lillM«pkl«a«  de  la  ¥ie.  Broch.  in-8.  1899.  i  fr.  50 
MISMER(Ch.).  rriaeipea  Meiaiosi«««0.  i  vol.  iii-8.  S*  éd.  1897.  5  fr. 
M0NG4LM.  Ortidae  de  la  pensée  et  de  la  pareie.  Id-8.  1899.  5  fr. 
MONNIER  (Marcel).  Le  drame  chiaeM.  1  \ol.  in-16.  1900.  2  fr.  50 

MUNTIËR  (Amand).  Rei^rt  Lladet,  député  à  l'Àsieinblée  législative  et  à 

la  Convention,  etc.  1  fort  vol.  grand  in-8.  1899.  10  fr. 

MORIAUD  (P.).  I.a  «oeatlen  de  la  liteerté  et  la  eesdalle  hanialBe. 

1  vol.  in-12.  1897.  3  fr.  50 

MOSSO  (A.).  li'édueaUea pkyid^ae  de  la  JeoaeiMe.  1  vol.  in-12,  cart., 

préfoce  du  commandant  Legros.  1895.  ^  fr. 

NAUDIER  (F.).  Le  soelalkiine  et  la  révolution  ooelale.  ln-18.  3  fr.  50 
>£PLDYEFF  (N.  de).  La  conrrérie  ouvrière  et  Heu  éeoIcM.  1  vol.  in-12. 

1900.  2  fr. 

NIZET.  L^Hypnotiome,  étude  critique.  1  vol.  in-12. 1892.  2  fr.  50 

NODET  (V.).  LeH  asnoiieleM,  la  eérité  pi»yehl«ue.  ln-8.  1899.  A  fr. 
N0VlC0W(J.).LaOaeotlond*AlMee-Lorralne.  In-8.1fr.  (V.p.  U,  8  et  16.) 

—  La  Fédération  de  l'Earope.  i  vol.  in-18.  1901.  3  fr.  50 
NYS  (Ernest).  Les  Théorie*  polltlqat'fi  et  le  droit  intcrn.  la-8.  A  fr. 
PARIS  (comte  de).  Les  Assoeiatlons ouvrières  en  AnsictArrc  (Tradcs- 

uniong).  fl  vol.  ia-18.  7*  édit.  1  fr.  —  ^ition  sur  papier  fort,  2  fr.  60 
PÂl'L-RO^COlR  (J.).  Le  fédéralisme  économique,  préf.  de  M.  Waldeck- 

RoL'ssi:.\u.  1  vol.  in-S.  lUOi).  «  fr. 

PAULHAN  (Fr.).  Le  Monveau  mystlelsme.  1  vol.  in-18. 1891.  2  fr.  50 
PELLETAN  (Eugène).  *La  Malssanee  d'une  viue  (Royan).  In-18.  2  fr. 
»- *  Jaroussean,  le  pasteur  du  d«sert.    i  vol.  in-18.  2  fr. 

—  *  Un  aoE  philosophe  i  Frédérie  le  Grand.  In-18.  3  fr.  50 

—  Broits  de  Thomine.  1  vol.  in-12.  8  fr.  50 

—  Profession  de  fol  du  ILIX*  sièele.  In-12.  3  fr.  50  (Y.  p.  31.)' 
PEREZ  (Bernard).    Thiery  Tledmann.  Mes  deux  ehats.  ln-12.    2  fr. 

—  Jaeotot  et  sa  Méthode   d*émanelpatlon    Intelleet.  ln-18.    3  fr. 

—  INetlonnaire  ahréfé  de  philosophie.  1893.  in-12.  1  fr.  50  (V.p.  8.) 
PHILBERT  (Louis).  Le  Rire.  In- 8.  (Cour,  par  1* Académie  flrançaise.)  7  fr.  50 
PHILIPPE    (J.).    Luerèee    dans    la   Ihéoiosie   ohréUcnne   du  m*  an 

xnr  siècle,  ivol.  in-8.  1896.  2  fr.  50 

PUT  (G.).  L*lntelleet  actif  ou  Dn  rdie  de  Taetivlté  mentale  dans 
la  formation  des  Idées.  1  vol.  in-8.  5  fr.  (V.  p.  8.) 

PICARD  (Ch.).  I9émltes  et  Aryen*  (1893).  In-18.  1  fr.  50 

PICAKO  (B.).  Le  Droit  pur,  les  permanences  Juridiques  abstraites. 
1  vol.  in-8.  1899.  7  fr.  50 

PICAVET(F.).  La  Mettrie  et  la  erit.  allem.  1889.  In-8.    1  fr.  (V.  p.  8.) 
PICTET  (Kaoul).    Étude  critique  du    matérialisme   et  dn  spiritua- 
lisme par  la  physique  expérimentale.  1  vol.gr.  in-8.  1896.  10 fr. 
POEY.  Le  Positivisme.  1  fort  vol.  in-12.  A  fr.  50 

—  M.  LIttré  et  Aunnsle  Comte.  1  vol.  in-18.  3  fr.  50 
PORT.  La  Légende  de  CsthelIncau.  In-8.  ^  fr. 
POULLET.  La  Campanne  do  l'Est  (1870-1871).  In-8,  avec  cartes.  7  fr. 
*  Pour  et  contre   reuMcignement  philosophique,  par  MM.  Vande&em 

(Fernand),  Ribot  (Th.),  RuuTROux  (F.),  Marion  (H.),  Janet  (P.)  et  Fouillée 

(A.)  de  rinstitut;  Mo^oD  (G.),  Lyon  (Georges),  Mariluer  (L.),  Clamadied 

(abbé),  Rourdeau  (J.),  Lacàze  (G.),   Taine  (U.).  1894.  In-18.  2  fr. 

PllAT'Louis).  i.emyst€*rc  de  Platon  (.tfflaophœmos^.  1  v.iii-8.  1900.  5  fr. 

PRr.AUBERT.  La  vie,  mode  de  mouvement.  In-8,  1897.  5  fr. 

PRINS  (Ad.).  L'organisation  de  la  lllicrté  et  le  devoir  social.  1  vol. 

in-8.  1895.  ,  A  fr. 

PUJO  (Maurice).  *Le  rècne  de  la  «race.  1  vol.  in-18.  3  fr.  50 

RATAZZI  (M*"*).  Emilie  Castelar.  In-8,avec  Uliutr.,  portr.  1899.  3  fr.  50 

R.VYMOISL)  {W).  l/arrondissemenc  d'ixès  avant  l'histoire.  Jn-8,  avec 

gravures.  1900.  ti  fr. 


/ 


F.  ALCAN  -  30  - 

RIBOT  (Paul).  0plrftaAlimne  et  MaCérlalliiMe.  S«4d.  i  vol.  m-8.     6  fr. 

R01SEL.  ChronoloKie   deii  iempm  pr^talulorl^oeH.  In-il.  1900.     1  fr. 

ROTT (EL),  nimtolre  de  la»  reprf nenCailen  diplomatique  de  la  France 
aaprèt  de*  eantonii  fi(alMi«efi,.de  leurs  allléii  et  de  leurs  eenré- 
dérén,  tnine  I.  1  fort  vol.  ç^r.  iii-8.  1900.  12  fr. 

BUTE  (Marie-Letizia  de).  Leltren  d'one  veyasease.  Vienne,  Budapest, 
Gonstantmople.  1  vol.  in-8.  1896.  3  fr. 

8ÀNDERVAL  (0.  de).  De  TAImmIu.  U  loi  de  vie.  i  vol.  in-8.  2*  éd.       5  fr. 

—  Kakel.  Le  Soudan  français,  ln-8,  avec  gravures  et  cartel.  8  fr. 
SAUSSURE  (L.  de).  Puyeholoffie  de  la  eolonisatlon  française.  1  vol. 

in-lS.  1899.  3  fr.  50 

SAÏOUS   (E.).  professeur  à  rUnivcrsité  de  Besançon.    Histoire  générale 

des  Houffrols.  2"  rd.  révisée  par  André  S\yous  et  J.  Dmlenecz.   1  vol. 

grand  in-8,  avec  jçrav.  f:l  pi.  hors  texte.  1900.  Br.  15  fr.  Uelié.  20  fr. 
SECRËTAM  (Ch.).  Études  soeiales.  1889.  1  vol.  in-lS.  3  fr.  50 

—  Les  Droits  de  l'humanité .  1  vol.  in-18.  1891.  3  fr.  50 

—  LaCroyanec  et  la  eivlllsatlon.  1  vol.  in-18.  2*  édit.  1891.    S  fr.  50 

—  Mon  Utopie.  1  vol.  in-18.  3  fr.  50 

—  Le  Principe  de  la  morale.  1  vol.  in-8.  2*  éd.  7  fr.  50 

—  Essais  de  philosophie  et  de  Uttérature.  1  vol.  in-12. 1896.  8  fr.  50 
SEGRÊTAN  (H.).  La  Aoelété  et  la  morale.  1  vol.  in-12.  1897.  3  fr.  50 
SOLOWEITSCHIK  (Leonly).    Tn  prolétariat  méconnu,  étude   lur  la  si- 
tuation sociale  et  économique  des  juifs.  1  vol.  in-8.  1898.  2  fr.  50 

SOREL  (Albert)  Le  Traité  de  Paris  du  «O  novemhre  flSflft.  In-8.  A  fr .  50 
8PIR  (A.).  Esquisses  de  philosophie  critique.  1  vol.  in-18.  2  fr.  50 
~  Nouvelles  études  de  philosophie  critique.  Jn-8.  1899.  3  fr.  50 
STOCQUART  (Emile).  Le  contrat  de  travail.  In-12.  1895.  3  fr. 

8TRADA  (J.).    La  loi  de  Thistolre.  1  vol.  in-8.  1894.  5  fr. 

—  Jésus  et  l'ère  de  la  science.  1  vol.  in-8.  1896.  5  fr. 

—  Ultimum  orsanum,  constit.  scient,  delà  met.  générale.  2  v.  in-12.  7  fr. 

—  La  Méthode  générale.  1  vol.  in-12.  2  fr. 

—  La  religion  de  la  science  et  de  l-esprlt  par,  constitution  scientifl(iue 
de  la  religion.  2  vol.  in-8.  1897.  Chacun  séparément.  7  fr. 

TERQUËM  (A.),  science  romaine  à,  répoque  d'Ausnste.  in-8.  3  fr. 
TlSSOr.  Principes  de  morale.  1vol.  in-8.  6  fr.  (Voy.  KamT,  p.  11.) 
YACHEROT.  La  0clence  et  la  Métaphysique.  8  vol.  in-18.  10  fr  50 
VAN  BIERVLIET  (J.-J.).  Psychologie  humaine.   1  vol.  in-8.  8  fr. 

—  La  Mémoire.  Br.  in-8.  1893.  2  fr. 
VIALLATE  (A.).  JoMcph  Chamherlain.  1  vol.  in-12,  préface  deE.  BOUTIIT, 

de  l'Institut.  1899.  2  fr.  50 

VIALLET  (G.-Paul).  Je  pense,  donc  Je  suis.  Introduction  à  la  méthode 
cartésienne.   1  vol.  in-t2.  1896.  2  fr.  50 

VIGOUREUX  (Gh.).  L'Avenir  de  TEurope  au  double  point  de  vue  delà  poli- 
tique de  sentiment  et  de  la  politique  d'intérêt.  1892.  1  vol.  in-18.  S  fr.  50 
WEIL  (Denis).  Le  Droit  d'association   et  le  Droit  de  réunion  devant 
les  chambres  et  les  tribunaux.  1893.  1  vol.  in-12.  3  fr.  50 

—  Les  Élections  législatives.  Histoire  de  la  législation  et  des  mœurs. 
1  vol.  in-18.  1895.  S  fr.  50 

WUARIN  (L.).  Le  Contrihoahle.  1  vol.  in-16.  3  fr.  50 

WL'LF  (M.  de),  liutolre  de  la  philosophie  scolastique  dans  iesPays- 

Dns  et  la  principauté  de  Lièfce  Jusqu'A  la  Dévol.  franc.  In-8.  5fr. 

—  Mur  renthétlque  de  saint  Thomas  d*Aquln.  ln-8.  1  fr.  50 

—  Lu  Philosophie  médiévale,  précédée  d'un  Apen^u  sur  la  philosopha 
awiniuf.  1  vol.  in-8.  1899.  7  fr.  60 

ZIESING  (Th.).  Érasme  ou  Saiisnac.  Étude  SUT  U  lettre  de  Françcrii 
Rabelais.  1  vol.  gr.  in-8.  4  fr. 

ZOLLA  (D.).  Les  questions  agricoles  d*hier  et  d'a«|oard*hal.  1894, 
1895.  2  vol.  in-12.  Chacun.  S  fr.  50 


BIBLIOTHÈQUE    UTILE 

122    VOLUMES    PARUS 

Le  Toliizxie  de  1SS9  pagres,  broch.é,  GO  centimes. 

Cartonné    à   l'anglaise,    1   fr. 

La  plupart  det  livres  de  eetta  eoUeetion  ont  été  adqptéa  par  le  Miniêtkn  de  rin$trttaion»ublique  poor  let  libUo- 
thèqaot  des  Lycées  et  Gollègea  de  garçons  et  de  jeunes  flllet,  celles  des  Ecoles  normales,  les  BibliothèqaM  popoUina 
et  scolaires. 


HISTOIRE 

I.e0  Mér^TUisleB*,  par  Bucui. 

I««0  OarloTiBsieB**  par  Buciu. 

Ii«0  Itatles  rellslewie*  «es  premlem 
fllè«le«,  par  J.  Bastidi.  A«  édit. 

I««0  Claerres  tfe  la  Kéfforme,  par 
)•  lAtTiDi.  4«  édit. 

■•a  Vranee  aa  BMiyea  âse^par  P.  MoAlH. 

Jaaue  d*Ar«,  par  Fréd.  LocK. 

Péaadeaee  de  la  — ■ereMe  fraB- 
taUie,  par  fiug.  Psllraii,  génatenr.  A*  édit. 

lia  mévelatiea  Arastauie,  par  H.  Gai- 
HOT  (S  volumes). 

■•a  Défease  aatleaale  ea  flf99,  par 
P.  Gaptaiil,  profesaear  i  la  Faculté  des 
lettres  de  Dijon. 

■apeiéea  i"',  par  Joies  Barm.  3^  édit. 

■ieSeire  de  la  Re^taorattea,  par 
PMd.  Loge.  8*  édit. 


DE  FRANCE 

■leSelre  de  l«oaia-Phiilpye,  par  Edfir 
ZivoiT,  recteur  de  rAcadémie  de  Gaen.  S* édit 

Moeare  et  laeMtatieae  de  la  Wt  ■■■>, 
par  p.  Bonois,  prof,  au  lycée  BuiTon,  1  Vil. 

liées  Gaasketta,  par  J.  Rumaci. 

■lAéelre  de  Tarmée  AraBçaiee,  par 
L.  BtiE. 

■letelre  de  la  marlae  ffraa^aUie, 
par  DoRKAin),  prof,  à  1* École  navale,  S*  édit. 

■laSelre  de  la  eea^oéle  de  l*Alsétfle, 
par  Queskel. 

*I«e*  Orislaes  de  la  soerre  de  tSfO, 
par  Gh.  de  Laeiviére. 

■letolre  de  la  llMérature  fraatalae. 
par  Georges  Meunier,  agrégé  de  l'Univer- 
sité. 

■liitolre  de  VJkrt  anelea  et  ■ 
par  le  même  (avec  grav.). 


PAYS  ÉTRANGERS 


I.'B0»acae  et  le  Pertasal,  par  B.  Rat- 
XO».  %^  édition. 

■ieteire  de  l'Empire  etteaiaa,  par 
L.  Gollas.  2*  édition. 

liée  Kévelotleas  d*Aasleterre,  par 
Ettg.  i^ispois.  S*  édition. 

MIeteIre  de  la  MMbluea  dUatrtelie» 
par  Gh.  Rollaito.  2*  édition. 

HISTOIRE 
■•a  «rèee  aaeieaae,  par   L.   Gohbes. 
Ii*JL0le  eeeld.  et  TÉsypte,  par  4.  On. 
Ii'lBde  et  la  Cklae,  par  A.  On. 


GÉOGRAPHIE 


Ii*Earepe  eeatemporaine  fl789-it79)y 
par  p.  Boii]>oi8,  prof,  au  lycée  BufTon. 

■ieteire  eeBtemperalae  de  la 
Praeee,  par  àltr,  Doreaud. 

■letelre  eeatemperaUie  de  Fltaile, 
par  Félix  Herregut. 

■Uitelre  eeBtemperaiae  de  TABsle- 
terre,  par  A.  REfiRàRD. 

ANCIENNE 

Htatelre  renalae,  par  GREifiiTOR. 
■.'Aati^oité  reHMftiae,  parWiuuis. 
l.*jiBtl«alté  sreeqae,  par  Maiaut. 


Terreate^  fleavee  et  eaaaax  de  la 

1,  par  H.  Bleizt. 

Celeale*  aasialsee,  par  H.  Blbrzt. 
I.ee  lies  da  PaeiS^ae*  par  le  capitaine 
de  vaiueau  JonAH  (avec  une  carte). 

liée    Peuplée    de    TAfrl^ae    et    de 
i'ABiériqae,  par  Girard  de  Riallr. 

I«ee  Peuples  de  VJkmîe  et  de  l'Barepe, 
par  Ghard  de  Rialle. 

li'iBde-ClilBe  flraatalee,  par  Faqub. 


Cléesraphie  physiqae,  par  Gdub. 
CeatiBeate  et  Oeéaae,  par  GnovE  (avec 
figures). 

lies   Freatlèree   de    la  Praaea,  par 

p.  Gaftarel,  prof,  à  la  Faculté  de  oyon. 

l«'jiffrlqaeffrAacalee,par  A.  lOTEIIK. 

MMdaKaAear4  par  A.  HlLIADD,  prof. 
agrégé  d'histoire  et  de  géographie  (avec  carte). 

Le»  vraadii  ports  de  eemmeree,  par 
D.  Bellet. 


COSMOGRAPHIE 


Batretieas  de  Peateaelle 
la  piaralité  des  laeades,  mis  au  courant 
de  la  science,  par  Boillot. 

I.e  Seleil  et  les  Ételles,  parle  P.  Secgii, 
Briot,  WoLf  et  Deladhat.  S*  éd.  (avec  Ag.). 

lies  Phéaeiaèaes  sélestes,  par  Zurcher 

Ot  11AR60LLÉ. 


A  travers   le   eiel,   par  AmiGUBS,    pro- 
viseur du  lycée  de  Toulon. 

Orlsiaes  et  Pla  des  m9mémm,  par  Gh. 
Richard.  S*  édition. 


Riefiéalede  lascU 
trie,  par  B.  Gastireau. 


Metieas  d*astreaeeye,  par  L.  Gatalar 
4*  édition  (avec  figures). 

SCIENCES    APPLIQUÉES 

Caaserles 

Brothier.  s*  édit. 


sor    la   mécaalqae. 


\ 


Médeelae  popalaire,  par  le  D'  TuRCK. 
7*  édit.,  revue  par  le  D""  L.  Larrivé. 

■•a  Médeelae   de*   meeîdenim,    par  le 
IH  BlOQOtRE. 

Iica  Maladies  épidémlqaes  (Hygiène 
et  Prévention),  par  le  D<^  L.  Morin. 

Hyslèae  «énérale,  par  le  D*"  Crdvsiliier. 

■■atabcrciilose,  mob  traitement  hyfflé- 
■Hiae^  par  P.  Merklen ,  interne  des  hôpitaux 

Peut  Dietleaaalre  deii  fatoldeatleM, 
par  DuFOUR^  pharmacien  de  1'*  claasc. 

It^Hyslèae  do  la   cnlKlno,    par  le   D' 
LninioinER. 

lies  Mines  de  la  Franee  et  de 
••lenles,  par  P.  Maigne. 


lies  Matières  premières  et  leur  emploi, 
parle  D^'H.Gbnitoix,  pharmacien  de  i" d, 

Les  Proeédés  Industriels,  du  nuènie. 

I«a  Phetesraphie,  par  H.  Gossm 

La  MaeMne  à  vapear,  dn  même  (avac 
fgures). 

La  ïVavlsatlen  aérienne,  par  G.  Dallu. 

L^Asricnltnre  française,  par  A.  LâB- 
BALÉTRiER,  prof.  d*agricnUure (avec  figures). 

La  Coltare  des    plantes  d^appnrte» 
ment,  par  A.  Larbal£trier  (avec  flfuraa). 
*La  Vltlcoltare  noavelle,par  A.  BE&6CT. 

Les  Chemins  de  fer,  p.  G.  Mater  (av.  flg.). 

Les  grands  parts  maritimes  de  e#m« 
merre,  par  D.  Bellet  (avec  figures). 


SCIENCES    PHYSIQUES   ET  NATURELLES 


Téleseepe  et  Mieroseepe,par  Zurcber 
et  MAlfiOixt. 

Les  Phénomènes  de  Tatmosphère, 
par  Zurcber.  7*  édit. 

■Isteire   de    Tair,   par    ÀLBERT-LtVT. 

Histoire  de  la  terre,  par  Brotbier. 

Prinelpaas  faits  de  la  ehimle,  par 
Bouaht,  prof,  au  lycée  Charlc magne. 

Les  Phénomènes  de  la  mer,  par  E. 
MARfiOLLÉ.  5*  édit. 

L^Homme  prèhlstorl«ne,  par  Zabo- 
R0W8II.  3*  édit 

Les  Mondes  disparus,  du  même. 

Les  grands  Minces,  du  même. 

Histoire  de  Team,  par  Bodamt,  proll  au 
Ifcée  Charlemagne  (avec  grav.). 


IntrodnoMon  à  Tétade  des  scienecs 
physl«nes,  par  MoRAMB.  5*  édit. 

Le  Darwinisme,  par  B.  FSRRiiRI. 

Géoloffie,  par  Geieis  (avec  flgurei). 

Les  Migrations  des  anlmanx  et  le 
Plceon  voyAcenr,  par  Zabobowsei.  A*  éd. 

Premières  Motions  snr  les  sclei 

par  Th.  Hdxlet. 

La  Chasse  et  la  Pêehe  des  aali 
marias,  par  JoUAll. 

Kooloffle  générale,  par  H.  BEADRS6ARB* 

Botanique  générale,  par  K.  GÉRarbDI, 

(avec  figures). 

La  Yie  dans  les  mers,  par  H.  CoUMIi. 
Los  Insectes  nnisihles,  par  A.  ACLOQVB. 


PHILOSOPHIE 


La  ¥ie  éternelle,  par  £iifahtiii.  2*  éd. 

▼oitaireet  aonssean,  par  E.  NoBL.  3*  éd. 

Histoire  populaire  de  la  philosophie, 
par  L.  Brotbier.  S"  édit. 

La  Philosophie  Booloclqne,  par  Victor 
MlUliIER.  3*  édit. 


L*Orl«lne  do  lansafte,  par  Zabobowbei. 

Physiologie  de  l*esprit,  par  PAbLHAB 
(avec  figures). 

L*Honime  est-Il  llhreff  par  G.  RlHÂl». 

La  Philosophie  positive,  par  le  docteur 
Robinet.  2*  édition. 


ENSEIGNEMENT.  -  ÉCONOMIE  DOMESTIQUE 


He  rÉdneation,  par  H.  Spenceb.  8*  édit. 

La  Statlstl^ae  humaine  de  la  Franee, 
pir  Jacques  Bertillon. 

Le  Journal,  par  Batin. 

•e  rBnseisnement  professionnel^  par 
Gorbob.  8«  édit. 

Les  Délassements  dn  travail,  par 
Maorice  Cristal.  2^  édit. 

Le  Bndset  dn  foyer,  par  H.  Leneveux. 

Paris  monlelpal,  par  H.  Leneteux. 

■Istoire  dn  travail  manuel  en  Franee, 
par  H.  Lemevecx. 

L'Art  et  les  Artistes  en  Franee,  par 
Laurent  IMchat,  sénateur.  A*  édit. 

Premier»  prineipes  des  heanx  arts, 
par  J.  Collier  (avec  gravures). 


La  Loi  elYile 

RLN,  S*  édit. 


en   Franee,   par 


Eeonomie  politique,  par  Stanlbt  Jbtors. 

Le  Patriotisme  à  réeole,  par  JOURBT, 
colonel  d'artillerie. 

Histoire  dn  llhre-éehanse  en  Angle* 
terre,  par  MongrediBH. 

Économie  rurale  etadrleole,parPRIT. 

La  Riehesse  et  le  Bonheur.pir  4d.  GosTE. 

Alcoolisme  ou  épargne,  le  dilemoie 
social,  par  Ad.CosTE. 

*  L*Aicool  et  la  lutte  contre  raleae- 
lisme,  par  les  D*^  SÉRiEix  et  Mathieu. 

Lf*M  plantes  d -appartement,  de  fenê- 
tres et  de  balcons,  par  A.  Larbalétbibr. 

l/.tSMiN tance  publl«iue  en  Franee, 
[lar  ic  D<  L.  Larhive. 

La  pratique  des  vins.  |*ar  A.  Bkrcet. 

Les  vluM  de  France,  (lar  A.  Berget. 

DROIT 
Mo*   I       La  Justiee  erfmlnelle  en  Fraaoei  par 

G.  JODRDAII.  8*  édit. 


L-Iiiii-rimcrip*  ii.»iiii»">,  nif  S;iinl  Bviiuit,  1,  l'jris.  —  87U.